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POURQUOI CE BLOG



L'objet de ce site est de baliser par quelques souvenirs éloquents l'histoire récente et de faire contribuer ces expériences, par des commentaires d'actualité, à éclairer et choisir les changements, en s'interrogeant sur les propositions des politiques et les analyses des essaiystes. Par ailleurs, à côté des problèmes de société (parfois traités de manière si impertinente que la rubrique "hors des clous"a été conçue pour les accueillir), place a été faite à "l'évasion" avec des incursions dans la peinture, le tourisme, la littérature,  des chansons, ce qui constitue aussi des aperçus sur l'histoire vécue.

 
Identité de l’auteur
vous pouvez lui écrire à <gerard.belorgey@wanadoo.fr>

Né en 1933, appartenant à la génération dont l'enfance a été marquée par la deuxième guerre mondiale, l'occupation et la Résistance, l'adolescence par la Libération, la guerre froide, puis par de clairvoyants engagements pour les décolonisations, l'auteur a ensuite partagé sa vie professionnelle entre le service public (il a notamment été préfet, délégué à l’emploi, directeur des affaires économiques de l’outre-mer, président de la chaîne de radio-télévision, RFO), l'enseignement et la publication d’ouvrages de sciences politiques (il est aujourd’hui membre du comité de rédaction et
collaborateur régulier de la "Revue Politique et Parlementaire"). Il a également assumé des missions dans de grandes entreprises en restructuration (Boussac, Usinor/Sacilor), puis a été conseil d’organismes professionnels.

Alors que ses condisciples ont été en particulier Michel Rocard et Jacques Chirac (il a partagé la jeunesse militante du premier dans les années cinquante et fait entrer le second à Matignon dans les années 60, avant d'être son premier collaborateur à l’Emploi, pour la négociation de Grenelle et au secrétariat d’Etat aux Finances, il n'a suivi ni l'un, ni l'autre dans leurs itinéraires. En effet, dans le domaine politique, comme il ressort de ses publications (cf. infra), Gérard Bélorgey n’a rallié ni la vulgate de la Veme république sur les bienfaits de l’alternance entre partis dominants, ni les tenants du catéchisme du libre-échange mondial. Il ne se résigne donc pas à TINA ("there is no alternative" au libéralisme). Tout en reconnaissant les apports autant que les limites de ceux qui ont été aux affaires et avec lesquels il a travaillé, il ne se résigne pas non plus à trouver satisfaction dans tel ou tel programme de camp. Mesurant combien notre société multiculturelle, injuste et caricaturalement mondialisée, souffre aussi bien des impasses de l’angélisme que des progrès de l’inégalité et des dangers de l’autoritarisme, il voudrait contribuer à un réalisme sans démagogie.

Partie de ses archives est déposée dans les Fonds d'Histoire contemporaine de la Fondation des Sciences Poltiques (http://centre-histoire.sciences-po.fr/archives/index.html)

Il a écrit et existé sous d'autres noms que celui sous lequel il a signé des ouvrages fondamentaux que furent "le gouvernement et l'administration de la France" ( 1967), "la France décentralisée" ( 1984), "Les Dom-Tom" (1994)  : le peuso de Serge Adour correspond à l'époque de la guerre d'Algérie et à une grande série de papiers dans Le Monde en  1957 , celui d'Olivier Memling à l'écriture du recueil de poèmes "Sablier " (couronné en 1980 par l'Académie Française et référé  dans l'histoire littéraire du XXeme Siècle de Hachette) et aux chansons qui en sont issues, celui de  Gérard Olivier à son analyse dans de  grands quotidiens de la décentralisation en 1981/82; celui de Solon  (malheureusement partagée par erreur avec d'autres auteurs) à la publication en 1988 de "la démocratie absolue" . Cessant de vivre un peu masqué, il retrouve son nom en 1998 pour "Trois Illusions qui nous gouvernent", puis à compter de 2000 pour "Bulles d'Histoire et autres contes vrais " (série de coups de projecteurs sur notre monde  qui seront souvent repris ci-dessous), ainsi que pour de  nombreux articles dans  diverses revues. En 2009, son récit "la course de printemps" revient sur la guerre d'Algérie.

histoire et societe

Ayant réalisé un dossier sur "le Rif, une guerre oubliée (1921/926)"  - qui constitue le cadre de départ de "La Course de printemps" -  j'en ai confié la publication à Actualité de l' l'Histoire en septembre 2009 ( N° 102 , avec un complément bibliographique dans le N° 103 ). C'est donc dans cette revue qu'on en trouvera l'intégralité, le présent article en produisant la présentation, des extraits, des repères, ainsi que des documents photograhiques qui y sont liés.

titre

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                              commentaire

I - LES ORIGINES

 

En 1909 l’Espagne essuie au « ravin du loup » puis aux portes de Melilla sur les rives de l’oued Kert  sous les coups de Mohamed Améziane (1) - qui soutient les dissidents attaquant la voie ferrée devant permettre l’exportation des minerais d’Ajouan (2) (concédés par le « roghi » Bouhmara(3) ) - de sanglants revers créant une violente contestation populaire ; elle est réprimée, tandis que près de 50 000 hommes supplémentaires  sont bientôt acheminés vers le Rif pour mettre un terme à la révolte. Alphonse XIII vient, en effet,  au delà des « presides » majeurs (Ceuta, depuis 1580;  Melilla depuis 1497),  d’engager l’occupation du croissant rifain qui lui a été ouvert par un jeu accords avec l’Angleterre et la France dès d’octobre 1904 (4).


LIRE LA SUITE DANS "ACTUALITÉ DE l'HISTOIRE" N° 102)

 

L’Espagne, pour sa part, hésitera longtemps devant le « guêpier » rifain que dénonce même celui qui sera le futur chef de gouvernement conduisant la guerre contre Abd el Krim, Primo de Rivera  qui préconise alors l’abandon au profit de la France de la zone d’influence et même un échange avec l’Angleterre entre Gibraltar et Ceuta. Ces hésitations sont telles que la France veut faire considérer que Madrid  ne remplit pas ses obligations internationales et propose en 1919 le rachat du Rif à l’Espagne.

 

En ce temps là,  Mohamed Abdelkrim El Khattabi , né en 1882 à Ajdir dans la tribu des Aït Ouriaghel de la région d'Al-Hoceima,  est le respectueux reflet de sa famille : son père qui est « cadi » cherche à concilier les intérêts locaux et le service incontournable de l’occupant ..... (LIRE LA SUITE, IDEM)

Revenant à Ajdir en 1919 et voyant mourir son père dans des conditions suspectes, il commence, avec son frère, à unir les tribus du Rif dans une idée de résistance que l’étincelle d’une provocation meurtrière du fringant général Sylvestre, va transformer en l’épopée rifaine. En effet alors qu’en 1920,  les Français comme les Espagnols s’implantent dans l’ouest ( les premiers sur Ouezzane, les autres, depuis Tétouan, sur le pays Djebala et sur la ville sainte de Chechaouen) le Rif central se révolte victorieusement.

 

II - LA GUERRE ET LA RÉPUBLIQUE DU RIF

 

 

L’histoire a retenu le nom de la victoire d’ Anoual en regroupant sous ce terme une série de journées (fin juillet 1921), de ruses, d’assauts et de massacres qui laissèrent un effroyable charnier  (quinze à vingt mille morts dont le général , suicidé ?), et aux rifains un butin considérable d’armements modernes et de ressources (les rançons des prisonniers qui pouvaient payer). ....... L’humiliation d’Anoual entraînera Primo de Rivera  à concrétiser ses idéaux militaristes, nationalistes et autoritaires en lançant avec succès un coup d'État le 13 septembre 1923 et le « tercio » (la légion espagnole)  formera le jeune officier Franco à être impitoyable.

Abd el Krim, alors,  ne se laisse pas aller ( pourquoi ?) à prendre Melilla, ce qui aura été, selon lui-même,  sa plus grande faute. Il a d’autres chantiers.

Le premier est d’entretenir un réseau de soutiens internationaux qu’il trouvera au cas par cas auprès d’hommes d’affaires ( comme son ami,  Daniel-Bourmancé de Port Say ) ou selon des lignes de clivage politique ; la gauche et particulièrement les partis communistes en Espagne, comme en France (où l’on voit même des révoltes de conscrits)  fait campagne, manifestations très dures  et débats parlementaires agressifs pour la paix dans le Rif, avec le soutien de Barbusse et des anarcho-surréalistes. John Aznell, journaliste anglais et militant socialiste, favorisera les liens sur Londres ( où en 1925 apparaîtra le « Rif comitee » dont le fondateur Gordon Canning devint le représentant international soutenant un plan de paix que Painlevé et Briand traitent par le mépris, tandis que Robert Gardiner (officier du service spécial de l’Amirauté britannique) fut plénipotentiaire du Rif, alors même que la Grande Bretagne lâchait  les rifains par peur des contagions dans son Empire.

 

Par l’envoi des délégations en France et ailleurs les insurgés cherchent à se faire reconnaître ; parfois reçus, ils n’obtiennent guère plus des autorités françaises, alors même que celles-ci apprécient l’homme qui a conduit  ce qui arrive à leurs rivaux hispaniques. Ils sont des pions du jeu de rivalités entre puissances européennes qui gouverne longtemps le cours des événements et l’intérêt réel qu’ils inspirent se manifeste plus clairement dans les pays colonisés d’Asie (Ho Chi Minh retient la leçon rifaine) et du Moyen-Orient, mais ils ne peuvent en recevoir que quelques modestes concours.

 

Au Maroc même, un tête à tête indirect a lieu quatre ans  durant  entre Abd el Krim et Lyautey qui correspondent parfois et dont les relations sont assurées par l’officier des Affaires Indigènes  Léon Gabrielli (qui a laissé des mémoires très précises). Le résident général ne peut admettre la menace et le risque de l’exemplarité qu’un État rifain ferait peser sur sa construction marocaine mais,  longtemps....  en fait il voudrait rallier et absorber la force que représente Abd el Krim,  comme il a réduit et employé d’autres chefs de guerre et il le verrait bien en gouverneur à la mode du Glaoui ( comme d’ailleurs les Espagnols qui y ont pensé un moment). 

 

Mais Abd el Krim est autre chose: la volonté de lier la construction d’une autorité politique, voire d’une nouvelle société à la réalisation d’une indépendance reconnue. ........

COMPLÉMENTS ET SUITE DANS LE N° 102 DE "ACTUALITÉ de l'HISTOIRE" 


L’émir cherche à combiner une obsession de modernité avec la  tradition de l’assemblée berbère .


Alors même qu’il ne voudrait pas la guerre avec la France, mais qu’il est prêt à la faire, ses conditions de paix resteront toujours fondamentalement les mêmes : la reconnaissance d’un territoire libéré des occupants ; une délimitation de ses frontières qui semblent, compte tenu de sa zone d’implantations, devoir déborder sensiblement vers l’ouest le noyau rifain et, vers le sud, la zone espagnole.   

 

C’est la seconde guerre du Rif dans une nouvelle conjoncture politique : à la chute du gouvernement Herriot en avril 1925, succèdent Painlevé et Briand ; le « cartel des  gauches » qui se fissure est en train de passer à des politiques plus droitières sur le terrain financier, comme sur le terrain marocain. Sur place, Abd el Krim se faisant- au vu des appréciations du journaliste anglais Walter Harris - des illusions sur la position des autres puissances reçoit Gabrielli en juin 1925  à Ajdir et confirme qu’il veut « la reconnaissance de l’indépendance du Rif et de claires limites des frontières » . Lyautey est donc dans une impasse  sur le plan diplomatique, comme il l’est sur le plan militaire, aussi longtemps qu’il n’a pas assez de renforts.

 

pétain


C’est Pétain qui, missionné par le président du conseil pour une tournée d’appréciation de la situation au Maroc, va les obtenir. Dans la foulée, en juillet, il fait nommer un commandant militaire ( le général Naudin qui reste un technicien ) et, surtout se fait désigner comme « chargé de la direction des opérations au Maroc ». Sur ses conseils – il a déjà vu à plusieurs reprises les autorités espagnoles - Paris, tout en prenant les formes, désavoue Lyautey pour sortir de la double ambiguïté de celui-ci vis à vis d’Abd el Krim et vis à vis des Espagnols. La politique va céder place à la stratégie. Deux plans de campagne sont en concurrence : celui du Résident qui vise à infliger une leçon à Abd el Krim pour l’obliger à négocier ; celui du «directeur des opérations » qui vise à écraser la sédition . ........ Lyautey part en octobre et est remplacé par  Théodore Steeg (8) qui aurait peut-être cherché à son tour un équilibre, mais que bouscule le nouveau commandant en chef soutenu par tous les lobbies coloniaux : il ne veut, lui,  ni cantonner, ni apprivoiser le rebelle, il veut le détruire à n’importe quel prix. Il n’a d’ailleurs que sympathie vis à vis de l’Espagne du dictateur Primo de Rivera avec lequel, sur la route du Maroc, il ira une nouvelle fois se concerter à Algésiras pour construire leur action commune : elle va comporter deux phases militaires séparées par une fausse négociation. 

 

La première phase militaire est l’offensive d’août septembre 1925. La France déploie 100 000 hommes de son armées régulière (tirailleurs, spahis, zouaves, largement constitués de troupes indigènes maghrébines et africaines ) et 400.000 supplétifs ( les goumiers qui sont des « réguliers » engagés volontaires auprès d’un officier et des « harkas » levées par le Sultan et par ses vassaux) ainsi que 16 escadrilles d’aviation. Elle appuie de sa flotte le  débarquement espagnol qui a lieu à El Hoceima en septembre et qui aboutit à la prise et au sac d’Ajdir ..... SUITE DANS "ACTUALITÉ DE L'HSTOIRE"

 

cercle tribal

 

L’hiver 25/26 tombe sur un corps expéditionnaire englué dans la boue et les maladies (typhus, paludisme, dysenterie)  encerclant  un rif bombardé, et affamé qu’a fini de mettre en état de siège l’embargo anglais et qui, n’ayant pas la qualité  de « belligérant »,  se voit refuser l’intervention de la Croix Rouge. Beaucoup de défections interviennent dans les rangs de la résistance. 12.000 familles du glacis qu’occupait Abd el Krim font soumission. Des expéditions punitives sont réciproques. Les officiers goum, comme de Bournazel (9), rétablissent des caïds déchus, mais d’autres, spécialistes des « affaires indigènes » restent à la recherche d’une sortie politique que Pétain veut naturellement empêcher .

 

C’est ainsi qu’a lieu en mai 1926 à Oujda une « négociation » solennelle - cette fois-ci triangulaire (avec les Espagnols) et largement de ce fait « mort née » - qui voit s’opposer des positions inconciliables. Si les représentants de l’émir accepteraient une forme de simple autonomie,  c’est aux conditions du retrait (sauf de Ceuta et Melilla )  des forces coloniales du Rif et des Djebala, de l’exil des chefs locaux qui ont combattu avec l’Espagne, d’indemnités de dommage de guerre et de rançons pour les prisonniers, tandis que les Puissances exigent la restitution de ceux-ci, l’éloignement d’Abd el Kim, le désarmement des tribus qui recevront « des garanties à préciser ».

 

Dès le lendemain de l’échec, la dernière offensive utilise plus de 600.000 hommes ( plus que la population totale du Rif) , des matériels considérables (dont ceux prêtés par la Grande Bretagne) et des centaines d'avions (dont ceux mis à disposition par l’Allemagne et l’Italie) avec pour objectif la réduction totale du réduit des rifains, tandis que les deux armées font course pour être celle qui va  prendre l’émir. A la barbe des Espagnols, ce sont le général Ibos et le colonel Corap (notamment assisté du lieutenant de vaisseau Robert Montagne (10), qui le 25 et le 26 vont négocier la reddition. Abd el Krim vient, dans une grande dignité, recevoir l’ « amman » à l’aube du 27 mai à Targuist.

 

Abd-el-krim-9

 

III –CARACTÈRES et LENDEMAINS de L’AFFAIRE DU RIF

 

 

Alors que la pacification est loin d’être faite (certains rifains poursuivront  des résistances et la réduction de la tache de Taza durera jusqu’en 1934), les photos (ci-contre)  de ce matin là sont les symboles de cette guerre  :

Abd-el-krim-2ces rustiques paysans berbères face aux représentants des états majors qu’ils ont tenu cinq ans en haleine ; ces partisans des uns ou des autres, ces goums et ces soldats indigènes : tant d’hommes de mêmes origines s’étant battus férocement les uns contre les autres; ces petites colonnes de prisonniers et de malades ;  et derrière eux tous,  ces djebels épuisés, gris de misère et de ruines ;  enfin ces taureaux égorgés en un sinistre sacrifice.

Abd-el-krim-5



Abd-el-krim-1

  

 

  Guerre qui fut  un lourd tribut pour tous: cruelle, souvent féodale et sans pitié, relevant d’un autre temps, mais dotée de moyens performants de destruction des combattants et des populations,   laissant beaucoup de morts, d’estropiés, d’incurables et de faméliques, de plus en plus « asymétrique »....... cf. "ACTUALITÉ DE L'HISTOIRE" N° 102

 

Cette guerre fut aussi « totale » : par les armes, par les blocus, par les propagandes, par l’importance que chaque camp donna à la communication. D’où le rôle qu’y prirent des visiteurs nombreux du Rif, et, comme commentateurs, comme conseillers, des journalistes du temps. D’où le rôle aussi de plus en plus marquée le long de son cours du thème nationaliste; Abd el Krim glisse de l’affirmation de l’identité rifaine à l’appel à la solidarité marocaine, à la recherche d’impulsions d’autres dissidences (dans l’Atlas, au Sud) et il est bien obligé de mobiliser - pour trouver les terrains spirituels communs, mais sans jamais prêcher une guerre sainte -  par les valeurs de l’Islam arabe......

 

La « médiatisation » de cette guerre  est, en fait,   à double tranchant. Elle apporte au Rif des soutiens - qui sont d’ailleurs plus des sympathies que des moyens concrets et  des leviers politiques  - mais elle engendre surtout l’appréhension que la révolution rifaine ne devienne exemplaire,  contamine les Empires, favorise le bolchevisme. C’est donc une guerre sous dépendance des jeux internationaux des grandes nations...........   Et c’est ce qui va liguer les puissances coloniales contre le Rif.

 

Ainsi la vieille rivalité franco-espagnole va se dénouer dans le sens d’une coalition de leurs droites militaristes bien que la France eut lorgné depuis longtemps sur le Maroc espagnol qui n’était guère occupé, et ait demandé, en 1919,  de le racheter, et  alors même que certains amoureux de notre Empire avaient peut-être encouragé les attaques rifaines contre les Espagnols en pensant qu'une fois ceux-ci défaits, la France étendrait son influence sur le Nord du Maroc. Lyautey lui-même n’a-t-il été tenté,  en ayant comme fer au feu l’hypothèse d’une communauté rifaine acceptant une forme de rattachement  à Rabat, par l’idée que si l’Espagne était poussée dehors, il y avait place pour la France à condition de s’entendre avec les rifains ? En  proposant de l’argent aux rifains pour attaquer le seul front français, ou lorsqu’elle tâtait l’émir pour une espèce de gouvernement pour son compte l’Espagne imaginait bien sans doute, pour sa part, qu’un grand Rif féodal puisse être son vassal. Entre les deux pays, longtemps la Grande Bretagne, l’oeil sur Gibraltar et Tanger, géra une instable balance ; mais les ondes du Rif en Syrie, Libye, Égypte la convainquirent qu’il fallait s’en tenir à la carte des accords internationaux de 1904/1912 dans laquelle un Rif autonome n’existe pas et que le plus expédient était de les faire respecter.  Elle va donc aider les belligérants européens....

 

Au delà, l’écrasement du Rif donne en Europe des portes, des moyens et des alliances au fascisme. C’est la gloire de Primo de Rivera, c’est l’adoubement de Franco, tandis que le Maroc espagnol sera le tremplin fournissant les « tercios » et les troupes « maures » qui combattront les républicains en employant les mêmes moyens répressifs et expéditifs qu’au Maroc ; le Rif fut aussi l’expérience de collaboration  avec des italiens et des allemands et la découverte en Pétain d’un homme fort qui partage sans limites les implications de l’anticommunisme. L’ordre du monde entre les deux guerres s’oppose autant à l’indépendance du Rif que l’ordre du monde quelque temps après la seconde guerre mondiale imposera des indépendances.  La réalité du temps c’est que l’Histoire n’était pas mûre, malgré le pugnacité des rifains, pour que puisse être reconnu  un état autochtone en Afrique du Nord.

 

Ce qui reste fascinant c’est que malgré ce destin  qui était écrit par le rapport de forces, cette guerre ait aussi été le ballet incessant des barouds et des pourparlers. Cela relève de son aspect médiéval, et berbère aussi ( le proverbe dit «  on se bat le jour et on discute la nuit »), comme d’une contagion du système Lyautey privilégiant la pénétration négociée sur la domination pure. Au pire des engagements, des bombardements, des règlements de comptes, les liaisons continuent, les émissaires passent et sont généralement respectés. De bout en bout,  on aura tué,  mais parlé. Pour faire l’un ou l’autre, bien des figures de la nomenklatura militaire française qui ont déjà un nom ou qui joueront un rôle ultérieur - en exprimant déjà, parfois des sensibilités bien différentes - apparaissent dans les horizons du Rif (11) . C’est l’imagerie de la guerre du Rif faite des photos de combattants comme de conciliabules ; elle diffuse dans l’opinion un goût pour les gloires comme pour les intrigues de l’Empire : pour son rôle « civilisateur » pour ses courages et ses paternalismes, pour, selon ce qu’il faut, son devoir de « sévérité » à l’égard des rebelles  comme de « mansuétude » à l’égard de ceux qui ont demandé l’ammam.

 

Le modèle de littérature de propagande coloniale est cet "Abdel Krim" écrit à chaud par un chaud partisan du Protectorat français

 

AEK bon plaisirLorsque l’affaire du Rif entre dans la légende coloniale...et anticolonialiste  (comme en témoignent toutes les publications passionnées des uns et des autres et, aujourd’hui, sur le net, la place qu’elle tient sur les blogs berbères), Abd el Krim entre, lui, dans l’exil de la Réunion. Il y vivra avec sa famille jusqu’à ce printemps 1947, où il germe dans l’esprit d’Erik Labonne, devenu Résident général au Maroc, de donner – on ne voit comment -  à l‘émir,  qui n’a cessé de demander la fin du bannissement,  un certain rôle politique au regard d’un Sultan du Maroc devenu nationaliste. C’est ainsi que le gouvernement  offre à l’émir de venir dans le midi de la France pour laquelle il s’embarque avec les siens en mai, sous une garde légère, sur un vieux navire le Katoomba. A l’escale de Port Saïd il est pressé par diverses personnalités nationalistes d’Afrique du Nord de rester au Caire, ce qu’il fera en prenant bientôt la présidence du comité de libération du Maghreb.

 « Je suis venu trop tôt » dira-t-il, mais il a continué assez longtemps (jusqu’à sa mort en 1963)  ses combats contre les colonisations pour voir reconnues, en Afrique du Nord, les trois indépendances. Ils les a souvent considérées de manière critique parce qu’elles n’étaient sans doute pas bien conformes aux valeurs de sa République du Rif. Malgré sa rencontre en Egypte avec Mohamed V,  il n’a jamais voulu revenir en terre maghrébine aussi longtemps qu’elle serait « souillée » par la présence de forces armées européennes.

 

D’ailleurs la guerre du Rif n’a cessé de peser un peu sur la monarchie chérifienne. Celle-ci en a connu des conséquences politiques enchevêtrées. La première, dès lors que le Trône était dans la dépendance des forces françaises, fut que le Maroc passa de plus en plus sous administration directe, au lieu et place de la méthode Lyautey de gouverner par la préservation de la tradition. Pour autant cette méthode, ayant eu pour effet de cultiver l’identité marocaine, passe parfois pour avoir contribué au nationalisme qui s’est fortifié en protestant contre la dépossession des pouvoirs chérifiens.

En même temps la prise en compte  - certains disent l’exploitation -  du « fait berbère », pour tenir compte de revendications comme celle du Rif et pour récompenser les « grands caïds » de cette appartenance qui avaient servi contre les dissidences,  a conduit la France à confier à ces notables des importantes responsabilités et bénéfices d’administration. En outre « le dahir berbère » de 1930 est passé pour une opération contre le Maghzen arabe : il soustrait alors largement les populations « de coutume berbère» à la justice caïdale en transférant la charge des instructions à des autorités coutumières et à des juridictions spéciales d’appel, ce qui soulève des tollés. Enfin, en 1953 c’est en mobilisant pour ben Arafa un certain nombre de chefs locaux (330 notables signant la pétition,  dont d’importants  caïds berbères tel que le Glaoui) que la France avait déposé le Sultan; mais cette division fit long feu puisque, après des troubles meurtriers,  Mohammed V revint sur le trône avec un très large appui et les ralliements mêmes de ceux qui avaient un moment joué contre lui, tandis que l’Armée de Libération du Maroc avait trouvés de  fortes racines, en pays berbère, dans le Rif et l’Atlas. Loin de jouer contre l’accès à l’indépendance, le monde berbère marocain, dans l’axe des rifains,  a milité pour elle et a contribué à la construire. Ainsi, parmi les 13 caïds qui s’étaient élevés contre la déposition du Sultan et démis de leurs fonctions, il y avait-il, l’un et l’autre, anciens officiers de l’armée française, le pacha de Sefrou, Si Bekkaï, (qui fut le premier chef de gouvernement du Sultan restauré) et le pacha d’Oulmès, Majouhbi Aherdane (qui devint le leader du Mouvement des Forces Populaires, force politique voulant représenter une identité traditionnelle du Maroc)(12).

Pour autant le nouveau Maroc indépendant n’a pas été sans connaître de graves difficultés avec le Rif. Alors que Majouhbi Aherdane entendait bien, au regard de l’approche de l’Istiqlal, qu’il y ait une meilleure prise en compte des singularités de pays comme le Rif, l’apparition en 1958 d’une très grave crise entre le Rif et le Trône aboutit à des opérations militaires faisant quelque 7 à 8.000 morts. La participation à divers gouvernements chérifiens de ce Mouvement populaire (qui se transforme  à plusieurs reprises) n’empêche pas la poursuite d’un profond malaise  - irrédentisme local ?  pouvoir trop distant ? - traduisant surtout, avec les émeutes de la misère de 1980, les difficultés d’une zone montagneuse déshéritée qui - à deux pas aujourd’hui des sites touristiques de la côte - a surtout trouvé ses ressources dans l’émigration, dans l’engagement militaire et dans la culture du kif.

 

Devant ces défis et au regard du poids de l’héritage berbère dans le creuset marocain (cf. encadré) le pouvoir chérifien s’est bien engagé dans une reconnaissance de cette identité. Le Maroc honore aussi de plus en plus la mémoire d’Abd el Krim dont le fantôme pèse toujours sur la monarchie qui le respecte,  mais qui n’a guère bien accueilli ses points de vue, ses  conseils, son frère.... : voir l’enquête du très indépendant magazine marocain  « TEL QUEL »  (14 AU 20 FÉVRIER 2009).

 

ALLEZ sur http://www.telquel-online.com/383/index_383.shtml LE TÉLÉCHARGER POUR ÊTRE ENCORE MIEUX DOCUMENTÉS ET Y TROUVER DES PHOTOS QUE JE N'AI PAS PU TRANSPOSER

 

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(1)Améziane est célébré comme un mythe marocain et berbère.

(2)C’est le principal intérêt économique ibérique qui  relève d’une société appartenant à un  homme politique espagnol, le comte de Romanonès (plusieurs fois ministre et chef de gouvernement (notamment en 1912-1913 où il négocia avec la France les protectorats sur le Maroc).

(3)Bou Hamara (l'homme à l'ânesse) se présentant en pieux descendant des Alaouites, s’était fait proclamer chérif de Taza ;  prétendant au trône et maître de la région pendant sept ans, il vend des concessions aux Espagnols ; capturé, il est abominablement exécuté  en 1909 par le sultan Moulay Hafid.

(4)Cf. « Les origines diplomatiques du "Maroc espagnol » (1880-1912), Henry Marchat, Revue de l'Occident musulman et de la Méditerranée, Année 1970, Volume 7,  et du même auteur « La France et l'Espagne au Maroc pendant la période du Protectorat (1912-1956) », in même revue, Année 1971, Volume 10.

................................................

(8) Gouverneur de l'Algérie de 1921 à 25  résident général au Maroc jusqu’en 29 ; président du conseil en 1930.

(9)L’homme à la « baraka » légendaire, combattant en burnous rouge, tué à Rissani en 1933.

(10)spécialiste, déjà,  du renseignement et de l’action psychologique  qui deviendra un auteur réputé sur le Maghreb.

(11)Mangin, Giraud,  Catroux,  Franchet d'Espérey,  Juin, Rondot, de Lattre,  Billotte, de la Rocque, Beauffre, Noguès, etc.


croixfontaine3.jpg(12)  on les voit, dans les photos ci contre, fin 1954 ou  début 1955,

à une réunion de concertation pour le Maroc avec

l’historien Charles André Julien et le député socialiste

  Robert Verdier.

           croixfontaine-1.jpgcercle-fr-Maghreb-54--Verd-.jpg



Lundi 25 janvier 2010 1 25 /01 /2010 17:04
- Publié dans : histoire et societe
Par Gérard Bélorgey - Voir les commentaires
En complément de l'article précédent voici une bibliographie sur la guerre du Rif et des repères.
 

BIBLIOGRAPHIE

 

 La guerre du Rif a engendré des publications, études, et travaux en nombre sans pareil : par les acteurs du temps, par des militants de telle ou telle cause politique,  puis par des chercheurs , des historiens, des journalistes,  maghrébins et européens. Dans cette impressionnante bibliographie, indiquons de manière très sélective

*au titre de la recherche

- l’ouvrage fondamental de Germain Ayache, « les Origines de la guerre du Rif » (Smer, Rabat , 1981)

- « les Actes du colloque du cinquantenaire de la guerre du Rif » (collectif, Maspéro, 1976)

* au titre de documents d’époque

- « Les mémoires d’Abd el Krim » de Roger Mathieu ( Lib. Des Champs Élysées, 1927) , recueil des entretiens que ce journaliste du Matin s’étant embarqué avec Abd el Krim sur le bateau menant celui-ci en exil  a  alors transcrits comme témoignage de première main sur la vue par l’émir lui-même de son action.

-« Abd el Krim » , Pierre Dumas,  Ed. Le bon plaisir ( Toulouse, 1927) . FAC-SIMILE DE COUVERTURE DANS ARTICLE PRÉCÉDENT.  Cet ouvrage – qui est à lui seul un document sur le temps -  illustre parfaitement l’époque en exprimant avec véhémence l’exaltation coloniale qui a imprégné plusieurs générations; il informe plus sur les ennemis d’Abd el Krim que sur celui-ci.

rif points* au titre de travaux historiques très nourris et éloquents

- la somme de  Zakya Daoud «  Abdelkrim, une épopée d’or et de sang » Séguier , 1999.

- « La guerre du Rif - Maroc 1921 26 », Vincent Courcelle-Labrousse et Nicolas Marmié , Tallandier, 2008 - FAC- SIMILE DE COUVERTURE CI-CONTRE.

 

* un ouvrage espagnol récent (Alianza Editorial, 2005),  « En el barranco del lobo – las guerras de Marruecos », par l’historienne Maria Rosa de Madariaga qui a beaucoup oublié sur la question et qui revient sur les évènements tragiques qui marquèrent profondément la mémoire collective des Espagnols tout au long du premier quart du siècle dernier en voyant dans la victoire sur Abd el Krim l’une des sources du facisme

* Pour la période succédant à l’indépendance, voir « Les trois Rois » , Ignace Dalle, Fayard 2004

 

 

 

 

 

Les Sultans de l’époque

 

Appartenant à la dynastie des Alaouites régnant depuis le XVIIeme siècle, succédant à Hassan 1er, Abd el Haziz (1894-1908), intéressé par les modes et techniques nouvelles,  lance des modernisations qui déclanchent contre son « impiété »  des rébellions au regard desquels il fait appel au secours de la France ; mais, dans une politique de balance,  à l’instigation de l’Allemagne, il demande la convocation d’une conférence internationale sur le Maroc qui aboutit,  du fait d’un considérable  endettement du pays, au traité d'Algésiras. Il est détrôné, dans l’esprit de cantonner l'influence étrangère, le 4 janvier 1908 par Abd el Hafid, son frère, soutenu par Thami El Glaoui, pacha de Marrakech. Mais en 1911, assiégé dans Fès par des tribus dissidentes, Abd el Hafid demande l'aide française ; toutefois, il  abdiquera au lendemain de la signature du protectorat en faveur de Moulay Youssef, lequel cherchant la sécurité, se transféra de Fès vers Rabat. Au décès de celui-ci en 1927, succèdera son plus jeune fils, préféré par les autorités françaises et qui deviendra Mohammed V, ayant réussi la jonction entre le Maroc de Lyautey et celui de l’indépendance.

 

Le pouvoir des sultans s’exerce sur le « bled makhzen » qui accepte leur administration et paie les impôts. Mais le « bled siba » aux sinueux contours selon les dissidences et les « mehallas » ( les expéditions guerrières) est un défi permanent à leur autorité et un recours peuplé de multiples intrigues pour leurs rivaux ( les « roghis »).

 

Abd el Krim qui, dans le fil des chefs de guerre du nord ayant appuyé Abd el Hafid, tenta de se faire reconnaître (en ne se déclarant pas sultan, en ordonnant aux imams du Rif de faire la prière du Vendredi au nom du sultan, en ne remettant jamais en question l'autorité du roi, en cherchant à lui adresser part des impôts) ne reçut jamais ni réponse, ni soutien. Le temps n’était pas venu de la future révolution nationale marocaine.

 

 


 

Étapes schématiques de la pénétration française au Maroc

 

- 1903 , le général Lyautey occupe Colomb Béchar aux confins algéro-marocains.

- 1904, Parallèlement à « l’entente cordiale - largement bâtie sur le « troc » accordant le Maroc à la France et l’Égypte à l’Angleterre - des accords franco-britannique et franco espagnol aboutissent à la définition de la frontière entre les deux futurs protectorats de Paris et de Madrid , selon le tracé porté sur la carte ci-contre et qui sera confirmé par un traité franco-espagnol du 27 novembre 1912.

- 1906, 7 avril, Conférence d’Algésiras : douze pays reconnaissent l’intégrité du Maroc et son ouverture aux entreprises de toutes les nations,  un droit de regard étant reconnu à l'Allemagne. Mais ce sont la France et l'Espagne qui obtiennent des droits particuliers et notamment la police des ports. En outre, la surveillance des frontières avec l’Algérie, et la présidence de la Banque centrale sont confiées à la France. 

- 1907, à l’assassinat à Marrakech du docteur Mauchamp, répond l’occupation de Oujda par les Français ; les émeutes qui éclatent en juillet à Casablanca, à la suite de l’ouverture d’un chantier de voie ferrée à l’emplacement d’un cimetière, entraînent le bombardement de la ville et le contrôle du port

- 1908, l’autorité française est imposée aux tribus installées entre la région d’Oujda et la Moulouya, le général d’Amade prend le contrôle de la Chaouïa, Lyautey cherche à sécuriser le couloir de Taza.

- 1911, devant une révolte des tribus qui a gagné Fès, la colonne Moinier y entre le 21 mars. Meknès est prise en juin. En contrepartie, l’Espagne occupe Larache et Ksar-el-Kébir. «Pour protéger ses intérêts économiques»  l’Allemagne envoie la canonnière Panther à Agadir ouvrant une crise réglée, selon accord  du 4 novembre 1911,  par un nouveau « troc » : l’Allemagne laisse les mains libres à la France dans le royaume chérifien contre le rattachement d’une partie de l’Afrique équatoriale au Cameroun allemand.

- 1912 le  protectorat français est imposé le 30 mars 1912 ; quelques jours après la signature, Fès se soulève, des Français sont assassinés, le mellah juif est pillé. Le 27 avril, Lyautey est nommé résident général et, un mois plus tard, Gouraud écrase la révolte de Fès. En août, les tribus du Sud, sous la conduite de Hel Hiba, entrent en dissidence et veulent prendre Marrakech, mais  Lyautey obtient la neutralité des chefs de l'Atlas ;  parmi ceux-ci, Thami El Glaoui  qui  est nommé Pacha de Marrakech, occupé fin septembre. 

- A compter de 1919, se déroulent, apparaissant d’abord sur le versant espagnol  les soulèvements du Rif.

- Après la reddition, en 1926, d’Abd el Krim, il faut attendre 1934 pour que  la « pacification » ( qui aurait fait 37.000 morts français, selon Le dictionnaire historique et géopolitique  du XXeme siècle, La découverte  ) atteigne la dernière région, le djebel Saghro, l’année  même où, d’une nouvelle inspiration, est fondé le premier parti politique national, « le comité d’action marocaine » , dirigé par Allal el Fassi, Mohammed Hassan Ouazzani et Ahmed Balafrej.

 

 

TANGER : Les 275 km2 de la zone internationale définie par les accords anglo-franco-espagnols de 1904 et 1912 restèrent en dehors de la guerre du Rif, mais non des trafics approvisionnant les insurgés, des passages et rencontres des émissaires des parties en conflit et des puissances qui s’y intéressent, ni ensuite d’une grande tension diplomatique : la première guerre mondiale avait aiguisé les concurrences et il fallut attendre 1923/25 pour un statut international plaçant la ville sous l’autorité théorique du sultan et en confiant l’administration à des services multinationaux. C’est le lieu que choisit en avril 1947, le sultan Mohammed V pour prononcer le premier discours qui fait référence à un Maroc unifié et indépendant rattaché à la nation arabe. Il subsiste de l’histoire de Tanger des spécificités fiscales qui n’ont pas complètement disparu avec le retour de Tanger en 1956 dans l’empire chérifien.

 

La guerre du Rif en chiffres

 

Quelle était la population de cette République ? Dans lequel de ses périmètres mobiles ?  On ne  trouve pas  d’estimation, mais si l’on réfère d’une part, en osant quelques translations, à la démographie du Maroc français, telle qu’appréciée pour 1926 (4, 9 millions d’habitants ?) et d’autre part à un ratio, pour 80.000 hommes,  d’un « fusil » mobilisable  pour 6 habitants,  pourrait-on risquer le chiffre de  quelque 500.000 berbères pour le Rif et les Djebala ?

Quelles furent au total,  de part et d’autres, les pertes ? Il faudrait décompter celles indiquées dans les combats recensés ou par les maladies connues et y ajouter celles subies en embuscades par les troupes coloniales et celles, pas toujours recensées, de leurs partisans,  ainsi que celles des moujhadins et des populations dans des djebels en feu : 20 à 30. 000 par an dans les barouds de la première année, plus la dernière année ? et moins, certainement,  au coeur de la période... Est-on autour de 100.000 ? 

 

LES BERBÉROPHONES au MAROC

 

40 %environ de la population marocaine de souche Amazigh est berbérophone répartie en  trois régions de dialectes : le tamazight rifain, ou tarifit au nord, le chleuh ou tachelhit au sud, le tamazight berber au centre du pays. Toutefois le dialecte arabe– qui est la darija, langue maternelle des arabophones – contribue au creuset marocain, car elle est, aujourd’hui, couramment parlée dans la vie courante et pratiquée bien souvent par les berbérophones.

Le tamazight n'est pas reconnu comme langue officielle ; cependant Mohammed VI a créé « l’Institut Royal de la Culture Amazighe » qui a pour vocation de donner avis « sur les mesures de nature à sauvegarder et à promouvoir la langue et la culture amazighes dans toutes leurs formes et expressions ».

 

 

Dimanche 24 janvier 2010 7 24 /01 /2010 17:22
- Publié dans : histoire et societe
Par Gérard Bélorgey - Voir les commentaires
Simplement, quelques observations personnelles à propos de ce piège qu'il faut objectivement contribuer à démonter pour qu'il ne devienne pas un brulot.

La notion peut être descriptive  :  quelle est "notre" identité - ou normative : quelle doit être cette identité.
Les apprentis sorciers sont aux deux extrêmes : ceux qui   ont une conception  fixiste de l'identité : une âme enracinée dans les passés ( au demeurant lesquels ?) et qu'il ne faudrait pas polluer; ceux qui ont une conception évolutive, absorbante, de cette identité : elle est tout ce qu'elle devient par les évolutions des démographies et des moeurs.

Ainsi ce qui est ressenti comme "l'identité" est à la fois, au plan normatif,  le produit de  subjectivités qui peuvent être  opposées et, tout factuellement, au plan descriptif, des photographies successives  mobiles d'un existant mouvant .

Quant aux regards sur cette identité - et sur ses contenus de fait ou souhaitables - ce  sont des regards multiples : notamment ceux tantôt des héritiers d'une longue  histoire personnelle  familiale vécue en France , tantôt  d'itinéraires plus variés mêlant des souches provinciales qui ont mis assez longtemps souvent  à se fondre un peu dans le melting pot national, des souches étrangères qui y ont trouvé une seconde patrie, sans oublier , ce qui est bien légitime, leurs origines culturelles; ajoutons que pour les uns c'est une rente, pour les autres une conquête , ou un havre; et que les valeurs que chacun place en cette identité  comportent toutes les variantes et souvent toutes les contradictions. En effet- comme je l'ai marqué dans ma chronique  (reprise sur ce site)  de la Revue Politique et Parlementaire (les tensions et les progrès d' une société de plus en plus multi ethnique et multi culturelle) , si les Français sont souvent accueillant, ils accueillent surtout plus aisément des gens qui acceptent de leur ressembler; d'où cette longue  politique d'assimilation/intégration ( allant de pair avec cette réserve, sinon cette hostilité,  envers les "communautarismes") qui répond à la fois à une conception égalitaire ouverte des droits de l'homme ( et de la femme), mais aussi à un penchant très fort pour une uniformisation  réductrice.

Mais oh combien, l'appréciation de l'identité, varie-t-elle à travers le temps. L'idée des tempéraments nationaux, provinciaux, également est une idée force rémanente qui a eu ses chantres , et particulièrement, bien après Montesquieu,  un Élie Faure dans sa "Découverte de l'Archipel", alors qu'aujourd'hui les ressemblances entre Européens semblent avoir  progressé plus vite que les différences héritées de l'histoire ou pour une part talentueusement systématisées ( car où était le "scientifique" plus que le littéraire dans toute ces proses ?) par les écrivains qui en ont décrit les réalités et entretenu les légendes

De plus, Souveraineté et identité sont dans une étrange dialectique. Les transferts de souveraineté peuvent se faire parce qu'ils vont de pair avec cette érosion (sous l'effet des modes de vie et des intérêts réputés communs ) des personnalités nationales. En contrepartie la perte même de souveraineté nationale pourrait expliquer  une revendication de maintien d'une personnalité identitaire. La recherche des racines ou des particularités n'est-elle le dernier refuge de ceux qui ont perdu le pouvoir propre de leur communauté sur une large part de leur destin ?

Et cette idée qui nous semble  de plus en plus obsolète ( parce que les jeunesses de chacun de nos pays d'Europe sont largement conditionnées par les mêmes moules contemporains et par des communications partagées) de personnalités française, allemande, espagnole, italienne, britannique absolument irréductibles les unes aux autres ne fut pas la seule qui conféra dans les temps passés un caractère récurrent à des appartenances historico-géographiques. La croyance autrefois en un rôle éminent des types régionaux a été très illustrée notamment par la célèbre somme  des "Français peints par eux-mêmes" de la monarchie de Juillet rédigée sous les plus prestigieuses signatures du temps ( Balzac, Hugo, Nodier, etc.)  : le Basque, le Breton, le Franc-Comtois, etc. y sont sculptés comme de quasi immuables santons. Plus grand chose de tout cela dans le remake 2003 ( en quatre volumes : la rue, l'entreprise, le sexe, la politique ) à  "la Découverte" des "Français peints par eux-mêmes".

Il y a donc bien une relativité, une usure dans le temps, des notions de personnalités attachées à un territoire national ou régional, sans que s'efface le goût que des personnalités différentes existent, ce qui est d'ailleurs l'argument partout en filigrane dans les promotions touristiques de tel ou tel pays , de telle ou telle région.


Nous poursuivons à la fois une universalisation des profils humains et un  profond attachement à leurs différences qui font la saveur du monde.  Et voilà que ces différences - au delà de celles de nos provinces hexagonales et de nos outre-mers  -  nous  les connaissons  en notre sein national lui même, puisque ( dès lors que nous avons été chez eux et qu'ils ont bien fondés à venir chez nous )  - qu'ils y  trouvent, avec plus ou moins de difficulté résidence ou qu'ils accèdent à la nationalité - des immigrants nous enrichissent de leurs présence et nous posent - ce qui est bien naturel - les problèmes d'accueil et des coûts induits qui en résultent en contrepartie des apports qu'ils constituent à notre travail,  notre culture, notre démographie, nos succès.

Et, au delà des faiblesses des moyens qui peuvent leur être dédiés, au delà même de ce rôle ingrat de volant d'ajustement quantitatif et qualitatif ( par les taches qu'ils acceptent) du marché du travail, notre rigueur et notre erreur sans doute à leur égard , et même pour la solidité de notre société - est de vouloir trop vite, trop systématiquement trop d'assimilation.

S'ils entendent rester parmi nous, il faut donner le temps au temps, comme par le passé celui-ci a du jouer  pour l'intégration progressive en deux ou trois générations des Polonais, ses Italiens, sinon des Bretons et  des Auvergnats, etc. Nombreux sont ceux qui sont passés par les "sas"  en quelque sorte de communautés acceptées de fait, avec leurs particularités dans le tissu national français, un tissu qu'ils ont si bien continué à nourrir tout en restant souvent culturellement eux-mêmes, comme nous aimons d'ailleurs les reconnaître dans leurs singularités.

La force d'une Nation (et la séduction qu'elle exerce)  n'est pas seulement dans les points d'identité, les droits, les devoirs, les valeurs que partagent ses membres , ni même dans la seule vertu des métissages qui en sont le lien mais n'en sont pas le tout , mais dans sa capacité de réunir des communautés différentes, des singularités qui ne sont pas écrêtées par l'obligation de ressemblance pour compter parmi ses citoyens et être regardées comme tels. D'ailleurs chacun d'entre nous appartient à des communautés de passés, d'engagements,  de goûts, de valeurs, d'affinités  qui ne disloquent pas en fiefs la communauté nationale absorbant toutes les autres. Comme elle peut englober et unir des  communautés s'identifiant par le fait de correspondre à des minorités ethniques  et/ou spirituelles dont le besoin est souvent d'autant plus ressenti qu'elles réunissent des membres de miniorités visibles et/ou culturelles, appréciant des solidarités entre ceux qui se ressemblent, des liens de groupes qui peuvent les rassurer  si elles sont stigmatisées  C'est à la condition nécessaire et suffisante que les valeurs de la Nation et les valeurs de chaque communauté y participant soient compatibles entre elles, mais pas forcément  identiques. Quant les coexistences sont réussies c'est le bel ancien modèle Andalou, et plus près de nous peut-être l'exemple Réunionnais. Recherchons ces compatibilités, respectons les singularités qui ne portent pas atteinte à l'ordre public : pas plus;   et cessons de croire que le modèle français  a été le meilleur et que ce que de manière dominante nous pensons de tout doit partout triompher.

Laissons aussi les temps d'étapes qu'il faut à des communautés jouant leur rôle de transition,  de relais et de conciliation pour savoir avec elles coudre des morceaux originaux dans une identité française qui peut  - comme  c'est le cas dans toutes les grandes nations nées d'une part d'Empire - comporter  quelques
patchworks sans que ces apports nuisent à  la cohérence d'une  composition d'ensemble riche  de sa tolérance  
 

              
Mercredi 6 janvier 2010 3 06 /01 /2010 17:49
- Publié dans : histoire et societe
Par Gérard Bélorgey - Voir les commentaires
Deux publications relatives à  "l'Histoire économique globale" viennent d'avoir lieu.

C'est sous ce titre d"abord que Philippe Norel publie un  ouvrage,  aux éditions du Seuil.


"L'histoire économique n'est pas d'abord celle de l'Europe. La genèse de l'économie moderne est aussi orientale, comme le montre, bien avant notre Renaissance, la circulation afro-eurasienne des biens, des hommes et des techniques. Ce livre analyse les réseaux commerciaux asiatiques plurimillénaires, la technicité financière du monde musulman entre le VIIIe et XIe siècle, le poids récurrent d'une Chine qui, la première, conçut à peu près toutes les techniques productives de base. Il cherche à comprendre les institutions de ces premiers échanges globaux, notamment les diasporas qui, après l'effondrement de l'empire romain, continuent d'animer les faibles échanges intra-européens sur un modèle pratiqué de longue date sur les routes de la soie. Notre eurocentrisme spontané n'en sort pas indemne: l'Europe est longtemps dépassée par l'Orient, en matière de PIB par tête, de croissance démographique, d'urbanisation, de techniques. Si l'histoire économique globale cherche à comprendre ces inégalités à travers le concept de "système-monde", elle est surtout confrontée à un paradoxe de taille: comment l'Europe, économiquement plus fruste, peut elle connaître cet essor spectaculaire à partir du XVIe siècle? C'est le défi que relève cet ouvrage en construisant pas à pas l'originalité du capitalisme européen, de fait largement fondé sur l'économie globale qui l'a précédé."

 

 

Aux Editions de la Découverte, "Histoire globale, mondialisations et capitalisme", dirigé par le même auteur , mais  plus orienté recherche, vient également de sortir. Quatrième de couverture :


"En quoi l'actuel renouveau de l'Asie plonge-t-il ses racines dans une " longue durée globale " ?

Quelle est la nature des changements structurels accompagnant la croissance démographique, le développement de l'Etat et du commerce, l'accumulation localisée des richesses et des savoirs ?

Comment rendre intelligibles une expansion géographique des flux d'échange et le déploiement parfois concomitant du capitalisme à l'échelle nationale, puis mondiale ?

L'ouvrage réunit anthropologues, économistes, polilologues, sociologues et historiens pour répondre à ces questions et esquisser les grandes lignes d'un nouveau programme de recherche : l'Histoire globale.

Celle-ci recouvre d'abord une analyse du rôle crucial du monde non européen dans l'histoire de l'humanité pour sortir enfin d'une démarche trop " eurocentrée ".

Elle constitue ensuite un profond renouvellement de l'analyse en termes de système-monde, au-delà des oeuvres incontournables de Braudel et de Wallerstein.

Elle inclut enfin l'analyse comparative des processus de mondialisation.

Le pari de cet ouvrage est de présenter l'Histoire globale à partir de textes classiques ou inédits de quelques-uns de ses auteurs les plus marquants. Un prologue propose une synthèse de ses problématiques et recherches les plus caractéristiques, en soulignant leurs enjeux épistémologiques pour les sciences sociales. Les contributions de Beaujard, Bentley, Goody, Hall et Chase-Dunn éclairent les processus pluriséculaires d'intégration intercontinentale ; celles d'Aglielta, Arrighi et Silver, Gills et Denemark, Wallerstein abordent la naissance, le développement et les crises du capitalisme global ; les écrits de Berger, Goldstone, Norel, Pomeranz, Wong analysent les liens entre les épisodes de croissance et de créativité culturelle récurrents (ou " efflorescences "), et les processus de mondialisation".

 

 

Ces mises en perspective et ces relativisations des approches occidentales de l'histoire économique sont d'importants apports à la compréhension des passés, des évolutions et des enjeux du monde.

On peut y trouver les moyens de comprendre  d'ailleurs aussi bien comment ces mondes ont  accouché de richesses  que de monstruosités, de périodes d'équlibre que de moments d'écroulements.

 

Mais de tels remarquables travaux  ne risquent-ils d' offrir, par certains de leurs aspects,  en parallèle de ces qualités,  une  boite à outils  à ceux qui  sont tout acquis à des ordres du monde dans lesquels  les valeurs humaines et sociales  n'ont aucun rôle gouvernant ?


Ne peuvent-ils y  trouver la part intellectuelle de parfaite justification historique à l'effondrement, du fait de la nouvelle mondialisation, de ce que - malgré tout ce qu'on peut  dire de critique sur les sociétés d'Occident - celles-ci ont plus ou moins réussi à mettre en oeuvre?  Des modèles sociaux , ou au moins  des compromis, respectant les intérêts des catégories socio-profesionnelles les plus modestes, les dignités et survies  des exploités, des marginaux et  des exclus, de tous ces "ti moon"  que l'histoire globale du monde ,sous l'effet des puissances qui ont triomphé ailleurs et autrefois (et qui sont en train de recommencer  par des méthodes souvent comparables) ,  s'est parfaitement satisfait depuis des millénaires d'écraser ?


Voici donc des travaux à consommer avec circonspection sans jamais perdre le sens des valeurs de notre propre civilisation amendée par les  exigences idéologiques - chrétiennes, révolutionnaires, socialistes - qui en font l'originalité et, à côté de ses vices, ses vertus.   Le salut ne passe pas par l'alignement.  

 

Mardi 3 novembre 2009 2 03 /11 /2009 11:00
- Publié dans : histoire et societe
Par Gérard Bélorgey - Voir les commentaires
Après avoir fait il y a quelques jours les deux affligeants constats de la  puissance de la mondialisation ( telle qu'elle existe)  et de l'impuissance de la démocratie (telle qu'elle fonctionne) , la démarche positive consisterait à se demander comment   la mondialisation pourrait être disciplinée et comment la  démocratie pourrait être efficace. Mais dans l'un et l'autre cas il faudrait jugement et  vertu.

Que l'un et l'autre ne soient pas garantis  ne peut évidemment porter à  "la haine de la démocratie" - cette haine  dont traite si éloquemment Jacques Rancière ( La Fabrique, 2005). Mais ce qui est  "le moins mauvais" ou plutôt le réputé moins dangereux  des régimes politiques  peut toutefois engendrer, par les résultats qu'il permet,  comme tout grand attachement qui rencontre des obstacles, une part de  dépit .

Reflet plus ou moins déformé de la réalité des hommes, la démocratie reflète bien aussi, surtout dans les pénuries et les crises,  que "l'homme est un loup pour l'homme" et qu'il n'est sans doute pas - à l'inverse du message des rêves optimistes humanistes - de régime politique qui puisse être la rédemption de la nature humaine.   Et ce qu'il y a de redoutable dans la démocratie c'est que les résultats qu'elle engendre, par sa nature démocratique inspirant une adhésion de principe,  elle les légitime. Quels qu'ils soient ? Si on ne pense pas  que le label "démocratie" peut légitimer tout ce dont ont accouché des démocraties - et on ne  peut pas le penser lorsque qu'on voit ( c'est l'exemple limite, mais il y en a d'autres bien inquiétants aussi...)  comment le fascisme a pu venir aux Nations,  par le jeu démocratique lui-même - il  faut parvenir à expliquer comment une démocratie  peut dérailler . Et alors même qu'on l'explique, cela ne sert  ne sert à rien si on ne parvient pas à réformer à temps le fonctionnement et/ou l'esprit  de telle ou telle démocratie.   

Or ce qui a inspiré mes constats est le sentiment que bien des citoyens confrontés à l'âpreté et aux cupidités du monde, loin de chercher, par un effort de jugement,  des conciliations, mais pour s'assurer, d'instinct,   des dominations ou des sécurités, éprouvent le besoin et sont portés à faire  choix de dirigeants  - qui leur ressemblent -  optant, sous l'habillage des habiletés indispensables, pour les lignes de conduite aussi dures et agressives qu'ils l'estiment nécessaire vis à vis des autres.  

Un bon correspondant  me fait observer que l'idée selon laquelle les Français auraient besoin de tels  dirigeants est en partie diffusée par  ceux-là même qui satisfont  ce profil  et que c'est donc de  l'autojustification. Il laisse entendre  que si j'exprime l'opinion que  ce type de candidats a plus de chances que des candidats "vertueux", c'est  parce que, au fond,  je serais intoxiqué par les idées dont  ces  "contre-modèles" parviennent à imbiber le corps social en faisant promotion d' une forme de prophétie qui vise à l'auto-réalisation.

 


Je voudrais que mon critique ait raison. Mais  j'estime néanmoins  que ce n'est pas parce que ces "contre-modèle" diffuseraient, soutiendraient ce type d'analyses pessimistes  qu'elles seraient  fausses pour autant .

Plus que jamais les  défis majeurs s'adressent à l'esprit  :  comment l'outiller - alors que tant de facteurs le modèlent quotidiennement  en sens contraire - pour qu'il perçoive   les  dérives de la démocratie, comme les abus de la mondialisation ?

 

 


Lundi 2 novembre 2009 1 02 /11 /2009 16:32
- Publié dans : histoire et societe
Par Gérard Bélorgey - Voir les commentaires
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