Commentaires

Recherche

Calendrier

Février 2010
L M M J V S D
1 2 3 4 5 6 7
8 9 10 11 12 13 14
15 16 17 18 19 20 21
22 23 24 25 26 27 28
             
<< < > >>

POURQUOI CE BLOG



L'objet de ce site est de baliser par quelques souvenirs éloquents l'histoire récente et de faire contribuer ces expériences, par des commentaires d'actualité, à éclairer et choisir les changements, en s'interrogeant sur les propositions des politiques et les analyses des essaiystes. Par ailleurs, à côté des problèmes de société (parfois traités de manière si impertinente que la rubrique "hors des clous"a été conçue pour les accueillir), place a été faite à "l'évasion" avec des incursions dans la peinture, le tourisme, la littérature,  des chansons, ce qui constitue aussi des aperçus sur l'histoire vécue.

 
Identité de l’auteur
vous pouvez lui écrire à <gerard.belorgey@wanadoo.fr>

Né en 1933, appartenant à la génération dont l'enfance a été marquée par la deuxième guerre mondiale, l'occupation et la Résistance, l'adolescence par la Libération, la guerre froide, puis par de clairvoyants engagements pour les décolonisations, l'auteur a ensuite partagé sa vie professionnelle entre le service public (il a notamment été préfet, délégué à l’emploi, directeur des affaires économiques de l’outre-mer, président de la chaîne de radio-télévision, RFO), l'enseignement et la publication d’ouvrages de sciences politiques (il est aujourd’hui membre du comité de rédaction et
collaborateur régulier de la "Revue Politique et Parlementaire"). Il a également assumé des missions dans de grandes entreprises en restructuration (Boussac, Usinor/Sacilor), puis a été conseil d’organismes professionnels.

Alors que ses condisciples ont été en particulier Michel Rocard et Jacques Chirac (il a partagé la jeunesse militante du premier dans les années cinquante et fait entrer le second à Matignon dans les années 60, avant d'être son premier collaborateur à l’Emploi, pour la négociation de Grenelle et au secrétariat d’Etat aux Finances, il n'a suivi ni l'un, ni l'autre dans leurs itinéraires. En effet, dans le domaine politique, comme il ressort de ses publications (cf. infra), Gérard Bélorgey n’a rallié ni la vulgate de la Veme république sur les bienfaits de l’alternance entre partis dominants, ni les tenants du catéchisme du libre-échange mondial. Il ne se résigne donc pas à TINA ("there is no alternative" au libéralisme). Tout en reconnaissant les apports autant que les limites de ceux qui ont été aux affaires et avec lesquels il a travaillé, il ne se résigne pas non plus à trouver satisfaction dans tel ou tel programme de camp. Mesurant combien notre société multiculturelle, injuste et caricaturalement mondialisée, souffre aussi bien des impasses de l’angélisme que des progrès de l’inégalité et des dangers de l’autoritarisme, il voudrait contribuer à un réalisme sans démagogie.

Partie de ses archives est déposée dans les Fonds d'Histoire contemporaine de la Fondation des Sciences Poltiques (http://centre-histoire.sciences-po.fr/archives/index.html)

Il a écrit et existé sous d'autres noms que celui sous lequel il a signé des ouvrages fondamentaux que furent "le gouvernement et l'administration de la France" ( 1967), "la France décentralisée" ( 1984), "Les Dom-Tom" (1994)  : le peuso de Serge Adour correspond à l'époque de la guerre d'Algérie et à une grande série de papiers dans Le Monde en  1957 , celui d'Olivier Memling à l'écriture du recueil de poèmes "Sablier " (couronné en 1980 par l'Académie Française et référé  dans l'histoire littéraire du XXeme Siècle de Hachette) et aux chansons qui en sont issues, celui de  Gérard Olivier à son analyse dans de  grands quotidiens de la décentralisation en 1981/82; celui de Solon  (malheureusement partagée par erreur avec d'autres auteurs) à la publication en 1988 de "la démocratie absolue" . Cessant de vivre un peu masqué, il retrouve son nom en 1998 pour "Trois Illusions qui nous gouvernent", puis à compter de 2000 pour "Bulles d'Histoire et autres contes vrais " (série de coups de projecteurs sur notre monde  qui seront souvent repris ci-dessous), ainsi que pour de  nombreux articles dans  diverses revues. En 2009, son récit "la course de printemps" revient sur la guerre d'Algérie.

outre-mer

Un certain nombre de nos concitoyens des DOM se demandent s'il est possible d'être RUP sans être DOM ( cas demandé pour  St Martin) dans le cadre de l'article  74 de la Constitution. Oui, à mon sens,  car ce que demande l'UE ce n'est pas un statut dans la République, mais le respect des contraintes européennes : unité douanière, libre circulation, concurrence,  etc... et en contrepartie, elle apporte ses concours par les fonds structurels.

Or, pour ma part, je pense que c'est l'inverse ( dont j'avais déjà émis l'hypothèse quand je présidais le groupe du Plan) qui pourrait être bon : rester DOM dans la République ( avec tous les avantages qui y sont attachés) en étant COM/PTOM  (et non RUP) dans l'UE : pour se libérer des contraintes douanières ( donc, notamment,  plus de problème de prolongation de l'octroi de  mer,  si des droits d'entrée peuvent être institués par chaque collectivité comme dans le Pacifique) et commerciales au premier chef, d'autant que les aides ont perdu - beaucoup d'investissements étant  faits - une partie de leur intérêt et d'ailleurs déclinent .
Si, en effet on veut un développement endogène, il faut protéger contre les imports ce qui est impossible en tant que RUP, mais normal en tant que PTOM.

La question juridique est alors de savoir
-si le mieux est le 73 ( mais il faut prévoir que les collectivités pourraient demander de déconnecter le statut de département de l'appartenance à 'l'Europe, par retouche aux traces restant dans Lisbonne du Traité de Rome)
-ou s'il faut aller au 74 qui permet tous les "sur mesures", mais offre le danger, si le pas vers ce statut est franchi par votation populaire locale, de permettre ensuite des évolutions organiques par simple loi organique de la Nation ( ce qui peut ouvrir des tentations de "largage"'  ...)

Bien entendu on est dans la confusion totale , car lorsque bien des élus pensent 74,  ils pensent COM+RUP, ce qui est l'addition des risques ( de largage et de contraintes européennes), alors qu'on pourrait penser 74 comme DOM+PTOM =l'addition des sécurités françaises  et des libérations vis à vis de l'Europe

Mais nous sommes sous la double intoxication
 - "autonomo-indépendantiste"  qui ne mesure pas toutes souplesses possibles dans le 73
-  béate européenne qui continue à penser aux dotations budgètaires européennes et non à l'impérieuse nécessité de plus de flexibilité par rapport à l'Europe pour promouvoir développement endogène et donc emploi local


Indiquons  le trèsintéressant rapport Sénat ( juin 09)de Doligé/ Larcher  (400 pages ) qui réitère  pour l'essentiel ce que nous disons depuis vingt ans ;
mais ne trouve pas la clef du développement local ( sauf des poncifs) parce qu'il ne pose pas les questions ci dessus...
Mardi 11 août 2009 2 11 /08 /2009 17:43
- Publié dans : outre-mer
Par Gérard Bélorgey - Voir les commentaires
Comme suite à nos communications sur ce thème on trouvera ci-dessous le lien sur le site
 http://kaloukaera.over-blog.org/
qui consacre un article très bien fait sur la question.

article-29308811-6.html article-29308811-6.html

Très bien fait en ce sens qu'il illustre sur ce cas les arbitrages qui existent toujours entre pouvoir d'achat et emploi.
Evidemment certaines formules permettraient de faire payer les carburants moins cher aux consommateurs, mais elles supprimeraient de l"emploi, ces emplois qui sont les premiers fondements du pouvoir d'achat .

A notre sens, le souci de  les maintenir, de les développer conseille de toute façons de préférer par principe des solutions de réalisation locale des biens et des services plutôt que d'importation de produits finis...Si ce n'est pas la maximsation économique libérale au bénéfice d'un homme économique universel inconnu, c'et le seul moyen de quelque garantie de travail et ressources pour les hommes qu'on connaît.
Lundi 6 avril 2009 1 06 /04 /2009 09:20
- Publié dans : outre-mer
Par Gérard Bélorgey - Voir les commentaires
pour info cette dépêche AFP


   L'essence pourrait être vendue nettement moins cher dans les DOM
  
   PARIS, 3 avr 2009 (AFP) - Un mois après la fin du long mouvement de grève contre la "vie chère" aux Antilles, un rapport officiel dénonce le système de fixation des prix pétroliers outre-mer et estime que l'essence et le gazole pourraient y être vendus nettement moins cher.
   A la veille des Etats généraux de l'Outre-mer décidés par Nicolas Sarkozy, la mission administrative Bolliet commandée par le gouvernement affirme que le prix du supercarburant pourrait baisser de 32 à 33 centimes en Guyane, de 25 centimes en Guadeloupe et de 22 à 23 centimes en Martinique.
   La mission juge "indispensable d'améliorer la transparence du système et de clarifier les règles d'administration des prix" des carburants dans les DOM, qui ont un effet "anticoncurrentiel, déresponsabilisant et inflationniste".
   Elle avance plusieurs pistes, dont la fixation du prix des carburants, non plus par le préfet, mais par les collectivités ou une autorité indépendante, et la suppression de l'activité de raffinage de la Société anonyme de la raffinerie des Antilles (SARA), filiale à 50% de Total, qui approvisionne Antilles et Guyane en carburants.
   Le rapport relève que le "prix de sortie Sara est plus élevé, en moyenne sur la période 2005-2008, de 19 centimes (supercarburant) et de 11 centimes (gazole) par rapport à une raffinerie standard européenne".
   Parmi les causes de ce surcoût figure la capacité de raffinage de la Sara, qui est de 800.000 tonnes seulement, "soit cinq fois moins que la plus petite des raffineries métropolitaines".
   Mais de nombreuses autres raisons expliquent cette cherté, même si depuis la crise de novembre, qui avait complètement paralysé la Guyane avec des barrages routiers pour obtenir une baisse de 50 centimes, les prix sont à présent moins chers qu'en métropole.
   A l'époque, le litre de super était fixé à 1,77 euro par le préfet, soit 62 centimes de plus qu'en moyenne en métropole.
   Au 1er mars, le prix de l'essence était de 1,27 euro en Guyane, 1,08 en Guadeloupe et en Martinique et 1,24 à la Réunion.
   La mission Bolliet note en particulier que la Sara réalise l'essentiel de sa marge sur le supercarburant et le gazole, et vend peu cher le carburéacteur et le fioul lourd.
   En Martinique, elle vend le fioul à un prix "systématiquement inférieur" au prix maximum fixé par le préfet, notamment à EDF, qui "est en position favorable".
   Selon les inspecteurs de l'administration, se passer de la raffinerie de la Sara (190 emplois directs) permettrait déjà pour le consommateur "un gain de l'ordre de 15 à 17 centimes pour le supercarburant et de 7 à 9 centimes pour le gazole".
    Pour les trois départements français d'Amérique (Guyane, Guadeloupe et Martinique), il serait possible d'utiliser un approvisionnement direct en produits raffinés depuis l'Europe du Nord, en utilisant un mécanisme analogue à celui en vigueur à La Réunion (cotation Rotterdam + fret + prime de trading).
   Le rapport relève aussi le "niveau trop élevé" du "coût de passage dans les dépôts", la marge de gros "surévaluée" et le "niveau des charges salariales": 1.000 pompistes en Guadeloupe et Martinique pour 155 et 96 stations service "très peu automatisées", 1.330 à la Réunion pour 148 stations.
   Et certains gérants de stations-service peuvent avoir une rémunération brute dépassant 120.000 euros, soit six fois plus qu'en métropole
 
Samedi 4 avril 2009 6 04 /04 /2009 19:55
- Publié dans : outre-mer
Par Gérard Bélorgey - Voir les commentaires
ARTiCLE (1)  GB  PUBLIÉ DANS "ACTUALITÉ DE L'HISTOIRE " DE MARS 2009


En 1993, le rapport sur l’outre-mer du dernier « Plan » français, « le défi des singularités » - pour soutenir ses préconisations en faveur des DOM - avait imaginé un « scénario catastrophe », inéluctable  si,  d’une part, les inégalités continuaient à prospérer et si, d’autre part, l’effort développement n’y était pas plus soutenu . Or, malgré des réponses apportées en ce sens (cf. les deux encadrés ci-contre) par une convergence des diagnostics et des traitements des gestions de gauche comme de droite (même si elles ont voulu en faire des présentations différenciées), on semble bien proche d’un scénario catastrophe. Pourquoi ?

Limites des politiques mises en oeuvre
L’explication fondamentale est que les Antilles restent caractérisées, malgré parfois quelques progrès, par des taux de désemploi et de précarité  triple et parfois plus de la moyenne nationale.  La valeur ajoutée (qui « se consomme » pour l’essentiel en importations)  provient, beaucoup plus que des productions, des services administratifs et marchands. Le tourisme dont les installations souffrent souvent de désuétude n’a pas trouvé dans une défiscalisation insuffisamment souple à son égard les moyens de sa rénovation immobilière ; concurrencé par les voisins à très bas coûts, il est peu rentable et déjà en chute grave en Guadeloupe. Aucun gouvernement n’est parvenu à traiter deux questions levant beaucoup de passions : celle  de l’impôt sur le revenu, diminué d’abattements bien discutables ; celle des « sur-rémunérations » des agents publics  (métropolitains ou locaux, d’autant que les seconds voient dans leur accès à cet avantage  une conquête post coloniale imprescriptible). La prime  (40%),  dite de "vie chère"  répond plus que largement à un différentiel d'indices de prix à la consommation (entre métropole et outre-mer) qui en représente moins de la moitié ; elle est réputée avoir des conséquences perverses :  dont celui que les prix locaux sont  poussés à la hausse, aussi bien par cet effet de demande que par le système d’importation/distribution.

Aux sources des  affrontements
Est-ce celui-ci aujourd’hui qui doit être mis en cause pour répondre aux demandes du collectif contre la vie chère ? Ce mouvement n’est pas né d’une aggravation spectaculaire de la pauvreté qu’aurait apporté la crise mondiale mais du détonateur - comme auparavant en Guyane - des prix du carburant. Les campagnes conduites à l’échelon national pour le pouvoir d’achat ont trouvé aux Antilles un terrain d’explosion favorable parce que la situation de ces îles ajoute à un héritage post colonial pouvant inspirer  de redoutables retours de flammes de leur histoire (3), une quasi impossibilité pour ces économies de trouver un équilibre dans la globalisation libérale  et  pour ces sociétés d’avoir des perspectives lisibles.

L’héritage post colonial n’est pas dans la rémanence d’un clivage ethnique  d’autrefois, dépassé à raison de la place tenue dans la société politique, civile, libérale, culturelle et marchande par les élites de couleurs.  S’il est vrai qu’un petit nombre de familles européennes de vieille implantation détient des places notables dans l’actionnariat de groupes importants,  le patronat lui-même - et ses associations ( des MPI aux Unions patronales) - est largement multiracial.

Néanmoins, les représentations d’une espèce de projection d’un passé qui commanderait le présent peuvent  entretenir  chez les défavorisés, cherchant une cause visible à leur malheur,  une inclinaison à se voir regarder comme traités en descendants d’esclaves (ce qui leur permet aussi de se présenter en « créanciers de l’Histoire »). Leur blessure est ravivée par ce qui est ressenti, à tort ou à raison, comme des signes rémanents trop fréquents de prévention raciale à leur égard. Il peut s’y ajouter la conviction infondée d’être oublié par une métropole qui les exploiterait,  alors que celle-ci consacre par solidarité et péréquation nationales (comme d’ailleurs en faveur d’autres régions les moins riches) des transferts sociaux et budgétaires considérables en faveur des départements d’outre-mer (2). Et ceci, aujourd’hui, sans retours irremplaçables : le temps du « pacte colonial »  n‘est plus. C’est non sans mal, au regard des principes de libre concurrence et circulation,  que la France essaie de rester un débouché pour les productions tropicales des Antilles; en sens inverse, leurs importations sont d’origines de plus en plus diversifiées. Le schéma du rapport Jarnac ( Conseil économique et social, 1987) selon lequel l’outre-mer transformait de la dépense publique en recettes commerciales françaises  est périmé. Toutefois, la CMA CGM  pour le maritime, Air France pour l’aérien, ont réussi à rester les liens majeurs de transports entre la Caraïbe et la France. Ces  sociétés  sont - par des dénonciateurs au demeurant en désaccord entre eux – souvent prises  comme boucs émissaires des coûts antillais.  Il ne faudrait pas que la recherche de diminutions de prix méconnaisse notre intérêt stratégique mondial à la solidité de ces opérateurs en ouvrant de grandes brèches aux prédateurs low cost des flux de transports assurés par nos flottes. 



Quelles clefs économiques?
Au regard de la demande de pouvoir d’achat, des augmentations salariales significatives générales ne bénéficieraient qu’à ceux qui travaillent et augmenteraient - en dehors de quelques secteurs prospères qui peuvent bien améliorer  les  rémunérations - les risques de désemploi par des effets de fermetures d’entreprises (surtout dans le tourisme et dans les pme de production/transformation ). La piste des concours de l’État ne comporte pas  des actions par des baisses ciblées de TVA  mais via des minima sociaux les puvoirs publics seront sans doute appelés à se substituer aux entreprises trop fragiles pour supporter de fortes hausses.
Les contradictions de la situation antillaise sont éclatantes : des besoins de revenus supplémentaires ne trouvant pas les activités pouvant les générer. L’amélioration du pouvoir d’achat ne pouvant en définitive vraiment résulter que d’un meilleur emploi, le noeud du problème est donc de savoir comment faire apparaître des marchés rentables. Or l’économie de libre échange mondial a déstabilisé la société antillaise par des pertes d’exportations traditionnelles et par des flux d’importations balayant les productions locales existantes ou possibles. Ce n’est pas vraiment  que la création d’activités locales serait bloquée  par les importateurs. C’est que toute création doit identifier un créneau pouvant trouver son débouché et sa rentabilité. C’est très difficile dans ces micro marchés à salaires européens,  en milieu tropical de pays à bas coût de main-d’oeuvre. Le BTP est saturé et la compétition y est rude ; les transports locaux sont  tributaires d’une demande incertaine ; le tourisme est dans un creux, sinon un naufrage; le seul secteur sûrement profitable outre-mer est, hélas,  celui de la distribution (4)
.

Il faut donc avec « les Gracques »(5) admettre que les « économies ultra marines ne sont pas des économies de marché ». Et en tirer des conclusions au delà de la leur. Il faut non seulement établir une administration des prix, mais il faut aussi protéger ces sociétés insulaires pour leur donner chance d’aller à ce fameux « développement endogène » qui doit commencer par une meilleure satisfaction de leur marché intérieur par leurs propres capacités. Si l’on pouvait y ajouter un ralliement des consommateurs à la poésie et à l’écologie, n’irait-on à la réalisation du rêve des chantres de la créolité (6) : celui d’une société antillaise qui saurait mieux être fidèle à elle-même en dépendant moins des importations, en préférant au pib un certain bonheur identitaire. L’indépendance frugale ne serait-elle la seule possible pour ne plus avoir besoin  des transferts de la métropole, sans connaître les risques de misère de certains voisins ?

Institutions et identités
Ce sont ces risques là que n’ont pas voulu prendre ceux qui ont voté, il y a cinq ans,  contre l’évolution des institutions. Après que L. Jospin eut confié à une mission de parlementaires (Lise/Tamaya) le soin d'une réflexion institutionnelle qui s'enlisa, c’est en faisant une surprise  (et un peu peur)  aux conservateurs  que J. Chirac, lança une réforme constitutionnelle qui ouvrit en 2003 des possibilités d'évolution, sous réserve d'accord des populations concernées, vers diverses hypothèses de changements. La plus modeste d'entre elle ( la réunion, proposée par les élus,  de la  Région et  du Département) fut refusée par un électorat redoutant que tout abandon du vieux régime départemental ne porte à une dérive pouvant conduire à une autonomie économique et sociale redoutée (7)

La contradiction sociétale des communautés antillaises est dans une revendication identitaire ne pouvant aller à des conclusions politiques. Parce que les liens avec la République (que matérialise aussi la présence dans l’hexagone  de presque autant  d’originaires et de descendants d’originaires que ceux habitant les îles) sont à la fois pour partie douloureux, mais trop forts pour mener à la rupture. Ainsi l’avenir institutionnel  - sur lequel il va bien falloir réouvrir une réflexion pluraliste - n’est aujourd’hui pas lisible, tandis que notre vie collective offre encore trop d’exemples de « manque de respect » engendrant des amertumes légitimes (comme d’ailleurs aussi des excès). C’est ce qui appelle de la discrimination positive ( sans qu’on l’impose si elle est refusée ) corrigeant des rémanences de la discrimination négative. Même s’il faut alors « tordre » quelques principes d’égalité républicaine. Ainsi la haute fonction publique, territoriale en particulier, paraît avoir fait moins de place à la « créolisation » que les gouvernances d’entreprises ; ainsi, parfois, les « minorités visibles » semblent mieux promues lorsqu’elles sont d’autres origines que de nos outre-mers ; ainsi faut-il en finir avec l’hypocrisie de ne pas clairement reconnaître - si ce n’est pas pour aboutir à des fichiers, mais pour lutter contre les inégalités - des statistiques sur les origines. Les crises des Antilles  doivent pousser notre société multiculturelle à reconnaître aussi bien les valeurs des identités que celle du métissage.


---------------------------------------------------------------------------------------------

1-  Cet article ne produit pas de  bibliographie. Une source d’informations actualisées est www.ladocumentationfrancaise.fr/dossiers/outre- mer/index.shtml
2 - chaque année, l’IEDOM publie le seul rapport économique complet existant sur chacun de ces départements et incluant les comptes de leurs relations externes ; cf. www.iedom.fr/interet_general/publications_periodiques.asp
3 - Alors que la Martinique était tenue alors par une aristocratie blanche anglo-française, la Guadeloupe fit sa révolution abolitionniste de 1793 et résista, avec Delgrès jusqu’au sacrifice de Matouba,  contre la reconquête esclavagiste de Napoléon.  Sa population mêlant des arrivées africaines, indiennes et asiatiques exprima souvent sa pugnacité. Des mouvements sociaux durs et des actions politiques radicales ( conduites par l’ARC, l’UPLG , le GONG) confrontées à une administration conservatrice  s’échelonnèrent des  années 1960 aux années 80. 1967 en particulier fut marqué par un court cycle meurtier de répressions, terrorisme, émeutes, faisant de nombreuses victimes ; une amnistie est intervenue  en 1989. 
4- et c’est bien pourquoi, les investissements n’y sont  pas défiscalisables.
5 venant de diffuser une réflexion en ce sens
6 - cf. la contribution de Glissant, Chamoiseau, et autres personnalités  in le Monde du 16/2/9) 
7 et le seul effet du texte d’ouverture,  fut que chacune des Îles de St Barthélémy et de St Martin ( cas très particuliers, s’il en est) a pris effectivement une forme d'autonomie.


 


INFORMATIONS FONDAMENTALES

Egalité sociale réalisée et leviers de développement
Les avancées du gouvernement Rocard de 1988, puis la réalisation de l’engagement de J. Chirac lors de sa campagne présidentielle ont conduit à l’égalité  sociale totale  entre les citoyens de l’hexagone et ceux des DOM, sans préjudice de quelques dispositifs spécifiques. Des régimes fiscaux favorables,  notamment en matière de TVA, sont faits pour compenser les handicaps de la distance. Une large mise à niveau des équipements publics a été cofinancée par les ressources locales, des concours budgétaires massifs et d’importants fonds européens. Deux principaux outils pour l’emploi et le  développement sont en place : des exonérations de cotisations sociales plus importantes qu’en métropole au bénéfice des secteurs « exposés » et des entreprises de moins de 11 personnes ; un appel aux ressources des contribuables nationaux les plus aisés - pour financer des investissements productifs et divers types de logement - fondé sur des mécanismes de défiscalisation datant de la loi Pons de 1985, qui a été progressivement très « moralisée ». Des lois de programme successives (Queyranne, Girardin) ont cherché à donner aux acteurs économiques la sécurité dans la durée. Voulant renouveler, l’actuel Président de la République a inspiré une remise en chantier renforçant certains moyens par des « zones franches globales », réorientant l’investissement logement vers le social, mais diminuant le volume des exonérations de cotisations patronales.




La relation à l‘Europe
La gauche, en 1988, a été confrontée à une méfiance antillaise envers l’Europe qu’exprimaient le thème du "loup européen", la consigne "pavoté" et la peur d’une immigration en provenance du vieux continent. Le  ministère de Louis Le Pensec - en lien avec ses homologues d'Espagne et Portugal ayant aussi leurs "régions ultrapériphériques – a alors construit toutes  les bases d'une place exceptionnelle de ces régions dans l'Union, selon ce que permettaient les Traités, les jurisprudences de la Cour de Justice et les rapports de force internationaux. Le résultat a été de modérer les portées des principes de libres circulation et concurrence et de permettre les adaptations justifiées par les décalages de PIB et niveaux sociaux. Les DOM vivent toujours sous ces principes ayant notamment engendré les programmes structurels européens,  des plans de soutien à l'agriculture et à la pêche, une OMC pour la banane (mais qui, sous de plus en plus d’ouverture, est devenue bien fragile), des dispositifs spéciaux pour la filière canne, avec un régime permettant aux rhums d'outre-mer de garder des marchés externes, l’activité sucrière restant déficitaire en Martinique et regroupée sur une usine à peine à l’échelle critique en Guadeloupe). En outre, il fut obtenu, dès 1989, que « l’octroi de mer » protégeant contre les importations concurrençant certaines productions locales soit maintenu, moyennant aménagements et stricts contrôles européens, ce qui a été prorogé en 2004.








Mardi 31 mars 2009 2 31 /03 /2009 11:08
- Publié dans : outre-mer
Par Gérard Bélorgey - Voir les commentaires
POUR RÉPONDRE À DES AMIS ME DEMANDANT CE QUE J'AI SUR LES OUTRE-MERS ET LA PREMIÈRE GUERRE MINDIALE

ET DANS L'AXE DE CE QUE J'AI PRODUIT SUR CE SITE SUR LA PARTIPATION DES DOM:TOM À LA SECONDE GUERRE MONDIALE

 JE PRIE DONC LES UNS ET LES AUTRES DE TROUVER CI-DESSOUS UN TEXTE DONT LA PATERNITÉ APPARTIENT À CEUX QUE CITE SON TITRE ET QUE JE REMERCIE DE LEUR COMPRÉHENSION POUR CETTE DIFFUSION.



OUTRE-MER ET PREMIÈRE GUERRE MONDIALE
Travaux de recherche historique de M. Hazael-Massieux et Philippe Rabbe
mis en forme par JC Cadenet.





En 1914, les habitants des quatre vieilles colonies, Guadeloupe, Guyane, Martinique, Réunion et de Saint-Pierre-et-Miquelon sont des citoyens français.

Le principe du service militaire avait été adopté par une loi de 1889 mais les difficultés d’application firent que les premiers enrôlements ne s’effectuèrent qu’à partir de 1913. En effet, la revendication du service militaire émerge avec la Troisième République dans les quatre « vieilles colonies ». Nourrie de la rhétorique des droits et des devoirs du citoyen, elle s’inscrit dans une demande d’égalité. Les obstacles juridiques sont toutefois nombreux et les freins réels de la part des autorités militaires. Il faut attendre 1912-1913 pour que l’extension du service militaire soit décidée. Les premiers conscrits en provenance des Antilles arrivent en métropole à l’automne. Ils sont rapidement confrontés à des problèmes sanitaires largement dus aux conditions de voyage.

On estime à 23  000 la participation des Antilles et de la Guyane en effectifs combattants, et près de 10 % de ces soldats  tombèrent au champ d’honneur.

6603 Guadeloupéens furent dirigés vers la métropole et 1 027 d’entre eux trouvèrent la mort. Parmi les citations, à titre d’exemple emblématique, on peut mentionner celle de  BONALDIR, de l’Armée d’Orient : « Sortant d’une tranchée, (il) cloue un Turc par terre, et, par son attitude résolue, contraint cinq ennemis à se rendre ».

Quant à la Martinique, 700 de ses enfants méritèrent une citation pour leur bravoure ; là encore, il peut être mis en exergue celle de Joseph CAROLUS : « Au corps expéditionnaire (des Dardanelles) depuis le 12 mai 1915, a pris part à toutes les affaires, a toujours fait preuve de la plus grande énergie, le 22 mai, est resté 30 heures entre le la ligne française et la ligne turque, au milieu de ses chefs et camarades morts, et a ramené son caporal grièvement blessé ».

 280 Guyanais furent tués et 150 ressortissants de ce territoire reçurent une citation individuelle ; parmi ces dernières, il convient de citer celles (deux) qui échurent à Victor REY, ancien gouverneur de la Guyane, qui servit comme simple soldat, au 24 ème d’artillerie. Fait unique dans les annales de la Grande Guerre, Rey reçut en 1917 la cravate de commandeur de la Légion d’honneur.

 Enfin, 3000 combattants de la Réunion trouvèrent la mort dans les combats sur 10 000 mobilisés. En outre, 5000 travailleurs issus de ce département vinrent travailler dans les usines françaises. Les citations individuelles s’élèvent au nombre de 350. J’en retiendrai deux : celles du caporal Georges GARCON, lequel, le 12 avril 1917, s’en va, « sous un feu violent de mitrailleuses chercher un officier mortellement blessé entre nos lignes et les lignes ennemies », ou de Louis GASTIEN, qui fait prisonnier, réussit « malgré la surveillance dont il était l’objet à rentrer de nuit dans nos lignes » et qui se bat magnifiquement au combat le lendemain.

Les îles Saint-Pierre-et-Miquelon eurent 64 morts et 56 citations individuelles, sur une population sédentaire d’environ 3 000 à 4000 âmes. Le premier Saint- Pierrais à tomber au champ d’honneur s’appelle Paul DEYGRAND ; ce fils d’armateur est tué le 27 février 1915 à Beauséjour, en Champagne.

Si les vieilles colonies participèrent à l’effort de guerre commun, il en fut de même des territoires du Pacifique.
En 1914, la France était en possession de l’archipel de la Nouvelle-Calédonie et des Etablissements français de l’Océanie (EFO, correspondants à l’actuel territoire de la Polynésie française) ; Wallis-et-Futuna relevant d’un statut de protectorat.

La guerre ne touche les espaces de l’Océanie que de manière très secondaire et ponctuelle et les actions se limitent à la lutte contre les navires allemands qui attaquaient le commerce maritime des Alliés. Ainsi, en 1914, d’août à octobre,  les pays du Pacifique, alliés de l’Entente, prennent-ils possession des territoires allemands : Samoa, Nouvelle-Guinée et Micronésie. Le navire amiral français, le Montcalm participe à cette guerre maritime. Le 22 septembre 1914, les croiseurs germaniques Scharnhost et Gneisenau, sous les ordres de l’amiral VON SPEE, bombardent Papeete. L’attaque échoue du fait de l’initiative du lieutenant de vaisseau DESTREMEAU qui saborde son navire, « La Zélée », obstruant ainsi l’accès de la passe aux navires ennemis.

Il convient de noter la participation de 4 000 soldats français du Pacifique aux troupes des Dominions formant le corps expéditionnaire de l’ANZAC (Australian and New-Zealand Army Corps).

En ce qui concerne la mobilisation purement française, il est fait état de 2 244 Calédoniens ayant participé à l’effort de guerre, dont 1 027 citoyens calédoniens blancs et 1 105 Kanaks, ces derniers engagés volontaires.

On a donc d’un côté des mobilisés, concernant des soldats d’origine française, dont le premier contingent de 713 combattants quitte l’archipel le 23 avril 1915 à bord du  Sontay, et de l’autre des tirailleurs, engagés volontaires, recrutés parmi les indigènes sujets, non soumis à la loi sur le service militaire de 1905 mais invités à se joindre aux combats de la guerre par le décret du  12 décembre 1915. C’est le pasteur Maurice LEENHARDT qui joua les intermédiaires auprès du peuple kanak, promettant, en retour de la participation à l’effort de guerre, des terres et des outils.

L’afflux des engagés volontaires permit de constituer le Bataillon des Tirailleurs du Pacifique à Nouméa le 4 juin 1916, le jour de son embarquement à bord du  « Gange ». Ce bataillon est encadré par des sous-officiers calédoniens parlant les langues indigènes et il est initialement créé en tant que bataillon d’étape. En Métropole, on commence par l’utiliser pour le chargement et le déchargement des navires  en partance pour le front d’Orient, à Marseille. Il  se transforme en bataillon de marche en avril 1917 en prenant l’appellation de Bataillon Mixte du Pacifique, par l’adjonction d’une compagnie d’artillerie. Son intégration en tant qu’unité combattante s’effectue à partir de juin 1917. Il se comporte très honorablement dans le secteur toujours mouvementé de la «  Main-de-Massiges » et participe d’août à octobre 1918 à la deuxième bataille de la Marne.  Auparavant, il contribue à la défense de la tête de pont de Compiègne et à l’attaque du 18 juillet 1918 qui se traduit par le premier recul des forces allemandes. Le BMP s’illustre le 25 octobre 1918 lors de la prise du village de Vesles  et Caumont et de la ferme du Petit Caumont, ce qui lui vaut une citation à l’ordre de la Xème armée, remise le 10 décembre 1918 par le général  MANGIN. Cette citation indique le nom de l’officier, chef du bataillon : le commandant  GONDY.

 A la fin de 1916, ce sont près de 900 Tahitiens qui partiront pour la France, par vagues successives, en passant par Nouméa. Les pertes peuvent se répertorier ainsi : sur l’effectif  total des mobilisés et des engagés, on enregistre  583 tués, se décomposant ainsi : 193 européens et 390 indigènes. En proportion, cela représente 18,5% des soldats Calédoniens d’origine européenne et 33,5% des 1137 hommes recrutés tirailleurs du BMP  et 34,5% des effectifs des 1105 Kanak engagés volontaires.

L’année 1917 fut aussi une année de troubles pour la Nouvelle-Calédonie comme elle le fut pour la métropole à cause des mutineries. En effet,  une révolte Kanak se produisit de février 1917 à janvier 1918 dans le nord de la Grande-Terre, résurgence de celle de 1878. Les causes en furent les pressions exercées par les autorités pour forcer le recrutement des engagés volontaires ainsi que la permanence du problème foncier. Réprimée par le gouverneur REPIQUET, elle prit fin lors de l’aman – la  reddition - du sorcier PAETOU, après la mort de celui qui l’avait initiée, le chef NOEL.



Il  faut aussi brosser le portrait de plusieurs individualités qui honorèrent les territoires de l’Outre-Mer français actuel, par leur engagement dans la Grande Guerre.

 En premier lieu, il convient de souligner le nombre important d’aviateurs que comptèrent durant la guerre de 1914-1918 les territoires des Antilles et de la Guyane, par rapport à leur exiguïté. On peut invoquer pour donner une explication à ce fait des paramètres tels que le goût de l’aventure, de celui du risque et des grands espaces tout en ne négligeant pas un sentiment d’étouffement lié à l’insularité, voire le déterminisme d’un certain tropisme aérien.

Voici quelques noms emblématiques. Ainsi du Martiniquais Pierre REJON. Ce dernier, né à  Trinité en 1895, poursuivait des études d’ingénieur à l’école des Arts et Métiers lorsque le conflit éclata. Engagé volontaire, il combattit avec le 33 ème régiment d’infanterie avant d’être affecté dans l’aéronautique militaire ; il y servit à l’escadrille des Coqs, SPA 62. Tous les avions sur lesquels il volait s’appelaient « Zaza », surnom de sa petite sœur, Isadie. Pierre REJON obtint quatre victoires ; il trouva la mort le 15 août 1920, dans un accident d’avion, en Guyane.
Ainsi du Réunionnais Roland GARROS. Il naît en 1888 à Saint-Denis de la Réunion  et s’illustre avant guerre en devenant champion de  France de cyclisme en 1906 ; en outre, il réalise le 23 septembre 1913, la première traversée en aéronef de la Méditerranée. Durant la guerre, dès novembre 1914, il fut le premier spécialiste à définir dans un rapport l’avion de chasse tel qu’il  fut utilisé dans les décennies suivantes et il participa à la mise au point du tout premier chasseur de l’histoire. En 1915, une panne le contraint à atterrir en territoire ennemi où il est fait prisonnier avant d’avoir pu détruire son avion, son système fut aussitôt copié par l’allemand  Anthony FOKKER, ce qui permit à l’aviation du Kaiser d’acquérir une suprématie absolue dans les airs jusqu’à la fin de l’année 1915. Roland Garros connaît trois ans de rude captivité et réussit à s’évader en reprenant sa place dans l’escadrille des Cigognes. Il meurt  dans un combat inégal en se portant à la rencontre de plusieurs groupes d’avions ennemis le 5 octobre 1918 à Saint-Morel, près de Vouziers, dans les Ardennes, où il est enterré. Il avait quatre victoires à son actif.

 Ainsi du Tahitien Henri CADOUSTEAU, mécanicien d’origine qui réalisa son rêve de devenir pilote en étant incorporé au début des hostilités à l’Ecole d’aviation militaire d’Istres. Ayant fait l’objet d’une citation, CADOUSTEAU survécut à la guerre en revenant à Tahiti où il s’installa.

D’autres militaires de l’Outre-Mer s’illustrèrent par l’éclat de leur action. On doit citer en premier lieu le capitaine de vaisseau Camille MORTENOL né en 1859, à Pointe-à-Pitre. Ayant manifesté de brillantes dispositions pour l’étude des mathématiques,  il réussit le concours de Polytechnique et, choisit à la sortie de l’école, la carrière d’officier de marine. En 1915, MORTENOL, âgé de 56 ans, est choisi par GALLIENI, gouverneur militaire de Paris, à la direction du service d’aviation maritime du camp retranché de Paris, en remplacement du capitaine de vaisseau PRERE, décédé. GALLIENI avait pu se convaincre du dévouement de son subordonné à Madagascar, où ils servirent ensemble. MORTENOL a donc la tâche, dès sa nomination, de défendre la capitale contre les attaques de l’aviation ennemie. Il s’acquitta de  sa mission de manière exemplaire, en s’appuyant sur des services de renseignement remarquablement structurés et efficaces ainsi que sur l’installation de postes de projecteurs géants, en particulier celui du Mont- Valérien. Après la guerre, il fut nommé commandeur de la Légion d’honneur et son souvenir est vivace aux Antilles, après sa mort survenu en 1930. Sa statue a été érigée dans la ville où il est né.

 Un Antillais fut général pendant la Première guerre mondiale. Il s’agit de Charles LANZERAC, lequel est Guadeloupéen d’origine, né à Basse-Terre le 30 juillet 1852.  A l’âge de 18 ans, il s’engage en 1870 dans l’armée de la Loire où il se conduit brillamment ; ensuite, il gravit les divers échelons de la carrière militaire, pour aboutir en 1905 au poste de professeur d’histoire et de tactique générale à l’Ecole de Guerre. Il y élabore une théorie cartésienne de l’art militaire, s’appuyant sur l’esprit de manœuvre et le calcul réfléchi et rationnel. LANREZAC appuie sa méthode sur le raisonnement, l’analyse des difficultés et la connaissance de l’adversaire ; il intègre volontiers la possibilité de manœuvres de retraite lorsque les situations et les circonstances l’exigent.  Cette analyse se heurte aux conceptions du Grand Etat Major, dominé à partir de 1911 par la figure de JOFFRE.

LANZERAC est nommé membre du Conseil supérieur de la guerre en 1914 et, en mai de la même année, il prend le commandement de la Vème armée. Attaqué de toutes parts sur la ligne de Charleroi, il décide finalement de battre en retraite et cette initiative sauve son armée, évite un massacre des troupes et permet la mise en échec de la manœuvre allemande. A  ce moment, LANZERAC, assiégé par les troupes ennemies, décide de stopper l’attaque allemande sur Saint-Quentin ; le gros de son armée prend l’avantage sur l’adversaire à  Guise  et le refoule jusqu’au sud de l’Oise. Cette victoire remonta certes le moral des troupes françaises mais surtout  elle contraint l’ensemble de l’armée allemande à un décalage général vers l’est, donc à l’origine de l’infléchissement par rapport au plan Schlieffen qui permit à JOFFRE de contre-attaquer victorieusement lors de  la première bataille de la Marne. Malgré cela, le général est remercié par Joffre le 3 septembre 1914 et remplacé par FRANCHET D’ESPEREY. Cette disgrâce fut-elle la conséquence de sa mésentente avec le maréchal FRENCH, qui commanda le corps expéditionnaire britannique sur le front occidental d’août 1914 à fin 1915, ou bien celle de sa clairvoyance par rapport à la conception dominante d’alors de l’offensive à tout prix ? Auquel cas, il n’aurait pas été pardonné à ce stratège d’avoir eu raison et d’avoir été lucide.

Néanmoins, LANZERAC fut réhabilité : le 3 juillet 1917, il est nommé grand officier de la Légion d’honneur et, après la guerre, la littérature relative au conflit lui rend hommage tandis que des militaires en viennent à approuver la manœuvre de Charleroi ; en définitive, le revirement en sa faveur de l’opinion publique fut total. Le général LANZERAC s’éteignit dans les honneurs le 18 juin 1925, ayant l’année précédente, reçu la grand-croix de la Légion d’honneur, ce qui marquait sa réhabilitation officielle.

Il ne faut pas oublier, non plus, que le fils d’un médecin de la Réunion et d’une créole descendante d’un officier de marine occupa le poste de ministre de la Marine d’octobre 1915 à 1917. Lucien LACAZE, né à Pierrefonds, dans l’Oise, en 1860, et qui passa on enfance à la Réunion, eut en effet une carrière d’officier de marine qu’il mena jusqu’au grade d’amiral. Par la suite, il fut élu à l’Académie française en 1936 et  mourut à 95 ans en 1955.

 Enfin, parmi les simples soldats de cette guerre, Camille DAUCOURT, né en Guadeloupe, lequel, âgé de 21 ans, à la déclaration de guerre, participera aux Dardanelles et à la bataille de Verdun. S’il épouse une créole dont il aura deux filles et trois fils, il ne retournera jamais sur son île natale, les biens familiaux n’ayant pas résisté à l’absence des bras nécessaires pour les faire valoir. Camille mourut, plus que centenaire, en 1994.

Ainsi s’établit la participation de l’outre-mer français actuel au premier conflit mondial, à la fois engagement de masse des populations et action d’éclat de quelques figures emblématiques.

La différence d’avec la Seconde guerre mondiale réside dans le fait que durant la Grande Guerre, l’Empire collabore à l’effort de la métropole en tant que force d’appoint, laquelle est loin d’être négligeable alors que dans le conflit qui éclate en 1939, c’est lui qui porte l’effort principal sur la théâtre mondial en donnant un bras armé à la France libre du général De GAULLE jusqu’à la Libération, ceci  en conséquence de  la défaite française de 1940 qui contraignit la métropole à l’armistice et une frange de la population à continuer le combat dans la clandestinité de la Résistance intérieure.

Lors d'une conférence à l'École coloniale de Paris, le 30 mars 1919,
Gabriel CANDACE (député de Guadeloupe) déclarait : " La Guadeloupe, la Martinique et la Réunion ont envoyé à la métropole leur production de
sucre qui représente près de 12 0000 tonnes par an, et leur production de rhum pour le ravitaillement des armées. La Guadeloupe a envoyé ses cafés et ses cacaos ; la Martinique ses cacaos ; la Réunion ses tapiocas et ses sacs de cacaos. L'effort économique de nos vieilles colonies pour la métropole s'est complété par un effort financier admirable. Ce n'est pas seulement avec le sang de leurs enfants et le produit de leur sol que les vieilles colonies ont apporté leur effort à la Défense nationale ; leurs souscriptions aux emprunts de la Défense nationale de 1915, 1916, 1917 et 1918 se montent à 110 millions de francs, pour la Guadeloupe, la Martinique, la Réunion et la Guyane. Quarante-quatre millions ont été versés dans la caisse du Trésor, et 66 millions ont été recueillis par les banques. "


Samedi 28 mars 2009 6 28 /03 /2009 13:52
- Publié dans : outre-mer
Par Gérard Bélorgey - Voir les commentaires
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés