POUR RÉPONDRE À DES AMIS ME DEMANDANT CE QUE J'AI SUR LES OUTRE-MERS ET LA PREMIÈRE GUERRE MINDIALE
ET DANS L'AXE DE CE QUE J'AI PRODUIT SUR CE SITE SUR LA PARTIPATION DES DOM:TOM À LA SECONDE GUERRE MONDIALE
JE PRIE DONC LES UNS ET LES AUTRES DE TROUVER CI-DESSOUS UN TEXTE DONT LA PATERNITÉ APPARTIENT À CEUX QUE CITE SON TITRE ET QUE JE REMERCIE DE LEUR COMPRÉHENSION POUR CETTE DIFFUSION.
OUTRE-MER ET PREMIÈRE GUERRE MONDIALE
Travaux de recherche historique de M. Hazael-Massieux et Philippe Rabbe
mis en forme par JC Cadenet.
En 1914, les habitants des quatre vieilles colonies, Guadeloupe, Guyane, Martinique, Réunion et de Saint-Pierre-et-Miquelon sont des citoyens français.
Le principe du service militaire avait été adopté par une loi de 1889 mais les difficultés d’application firent que les premiers enrôlements ne s’effectuèrent qu’à partir de 1913. En effet, la
revendication du service militaire émerge avec la Troisième République dans les quatre « vieilles colonies ». Nourrie de la rhétorique des droits et des devoirs du citoyen, elle s’inscrit dans
une demande d’égalité. Les obstacles juridiques sont toutefois nombreux et les freins réels de la part des autorités militaires. Il faut attendre 1912-1913 pour que l’extension du service
militaire soit décidée. Les premiers conscrits en provenance des Antilles arrivent en métropole à l’automne. Ils sont rapidement confrontés à des problèmes sanitaires largement dus aux conditions
de voyage.
On estime à 23 000 la participation des Antilles et de la Guyane en effectifs combattants, et près de 10 % de ces soldats tombèrent au champ d’honneur.
6603 Guadeloupéens furent dirigés vers la métropole et 1 027 d’entre eux trouvèrent la mort. Parmi les citations, à titre d’exemple emblématique, on peut mentionner celle de
BONALDIR, de l’Armée d’Orient : « Sortant d’une tranchée, (il) cloue un Turc par terre, et, par son attitude résolue, contraint cinq ennemis à se rendre ».
Quant à la Martinique, 700 de ses enfants méritèrent une citation pour leur bravoure ; là encore, il peut être mis en exergue celle de Joseph CAROLUS : « Au corps expéditionnaire (des
Dardanelles) depuis le 12 mai 1915, a pris part à toutes les affaires, a toujours fait preuve de la plus grande énergie, le 22 mai, est resté 30 heures entre le la ligne française et la ligne
turque, au milieu de ses chefs et camarades morts, et a ramené son caporal grièvement blessé ».
280 Guyanais furent tués et 150 ressortissants de ce territoire reçurent une citation individuelle ; parmi ces dernières, il convient de citer celles (deux) qui échurent à Victor
REY, ancien gouverneur de la Guyane, qui servit comme simple soldat, au 24 ème d’artillerie. Fait unique dans les annales de la Grande Guerre, Rey reçut en 1917 la cravate de commandeur de la
Légion d’honneur.
Enfin, 3000 combattants de la Réunion trouvèrent la mort dans les combats sur 10 000 mobilisés. En outre, 5000 travailleurs issus de ce département vinrent travailler dans les usines
françaises. Les citations individuelles s’élèvent au nombre de 350. J’en retiendrai deux : celles du caporal Georges GARCON, lequel, le 12 avril 1917, s’en va, « sous un feu violent de
mitrailleuses chercher un officier mortellement blessé entre nos lignes et les lignes ennemies », ou de Louis GASTIEN, qui fait prisonnier, réussit « malgré la surveillance dont il était l’objet
à rentrer de nuit dans nos lignes » et qui se bat magnifiquement au combat le lendemain.
Les îles Saint-Pierre-et-Miquelon eurent 64 morts et 56 citations individuelles, sur une population sédentaire d’environ 3 000 à 4000 âmes. Le premier Saint- Pierrais à tomber au champ
d’honneur s’appelle Paul DEYGRAND ; ce fils d’armateur est tué le 27 février 1915 à Beauséjour, en Champagne.
Si les vieilles colonies participèrent à l’effort de guerre commun, il en fut de même des territoires du Pacifique. En 1914, la France était en possession de l’archipel de la
Nouvelle-Calédonie et des Etablissements français de l’Océanie (EFO, correspondants à l’actuel territoire de la Polynésie française) ; Wallis-et-Futuna relevant d’un statut de protectorat.
La guerre ne touche les espaces de l’Océanie que de manière très secondaire et ponctuelle et les actions se limitent à la lutte contre les navires allemands qui attaquaient le commerce maritime
des Alliés. Ainsi, en 1914, d’août à octobre, les pays du Pacifique, alliés de l’Entente, prennent-ils possession des territoires allemands : Samoa, Nouvelle-Guinée et Micronésie. Le navire
amiral français, le Montcalm participe à cette guerre maritime. Le 22 septembre 1914, les croiseurs germaniques Scharnhost et Gneisenau, sous les ordres de l’amiral VON SPEE, bombardent Papeete.
L’attaque échoue du fait de l’initiative du lieutenant de vaisseau DESTREMEAU qui saborde son navire, « La Zélée », obstruant ainsi l’accès de la passe aux navires ennemis.
Il convient de noter la participation de 4 000 soldats français du Pacifique aux troupes des Dominions formant le corps expéditionnaire de l’ANZAC (Australian and New-Zealand Army Corps).
En ce qui concerne la mobilisation purement française, il est fait état de 2 244 Calédoniens ayant participé à l’effort de guerre, dont 1 027 citoyens calédoniens blancs et 1 105 Kanaks, ces
derniers engagés volontaires.
On a donc d’un côté des mobilisés, concernant des soldats d’origine française, dont le premier contingent de 713 combattants quitte l’archipel le 23 avril 1915 à bord du Sontay, et de
l’autre des tirailleurs, engagés volontaires, recrutés parmi les indigènes sujets, non soumis à la loi sur le service militaire de 1905 mais invités à se joindre aux combats de la guerre par le
décret du 12 décembre 1915. C’est le pasteur Maurice LEENHARDT qui joua les intermédiaires auprès du peuple kanak, promettant, en retour de la participation à l’effort de guerre, des terres
et des outils.
L’afflux des engagés volontaires permit de constituer le Bataillon des Tirailleurs du Pacifique à Nouméa le 4 juin 1916, le jour de son embarquement à bord du « Gange ». Ce bataillon est
encadré par des sous-officiers calédoniens parlant les langues indigènes et il est initialement créé en tant que bataillon d’étape. En Métropole, on commence par l’utiliser pour le chargement et
le déchargement des navires en partance pour le front d’Orient, à Marseille. Il se transforme en bataillon de marche en avril 1917 en prenant l’appellation de Bataillon Mixte du
Pacifique, par l’adjonction d’une compagnie d’artillerie. Son intégration en tant qu’unité combattante s’effectue à partir de juin 1917. Il se comporte très honorablement dans le secteur toujours
mouvementé de la « Main-de-Massiges » et participe d’août à octobre 1918 à la deuxième bataille de la Marne. Auparavant, il contribue à la défense de la tête de pont de Compiègne et à
l’attaque du 18 juillet 1918 qui se traduit par le premier recul des forces allemandes. Le BMP s’illustre le 25 octobre 1918 lors de la prise du village de Vesles et Caumont et de la ferme
du Petit Caumont, ce qui lui vaut une citation à l’ordre de la Xème armée, remise le 10 décembre 1918 par le général MANGIN. Cette citation indique le nom de l’officier, chef du bataillon :
le commandant GONDY.
A la fin de 1916, ce sont près de 900 Tahitiens qui partiront pour la France, par vagues successives, en passant par Nouméa. Les pertes peuvent se répertorier ainsi : sur l’effectif
total des mobilisés et des engagés, on enregistre 583 tués, se décomposant ainsi : 193 européens et 390 indigènes. En proportion, cela représente 18,5% des soldats Calédoniens d’origine
européenne et 33,5% des 1137 hommes recrutés tirailleurs du BMP et 34,5% des effectifs des 1105 Kanak engagés volontaires.
L’année 1917 fut aussi une année de troubles pour la Nouvelle-Calédonie comme elle le fut pour la métropole à cause des mutineries. En effet, une révolte Kanak se produisit de février 1917
à janvier 1918 dans le nord de la Grande-Terre, résurgence de celle de 1878. Les causes en furent les pressions exercées par les autorités pour forcer le recrutement des engagés volontaires ainsi
que la permanence du problème foncier. Réprimée par le gouverneur REPIQUET, elle prit fin lors de l’aman – la reddition - du sorcier PAETOU, après la mort de celui qui l’avait initiée, le
chef NOEL.
Il faut aussi brosser le portrait de plusieurs individualités qui honorèrent les territoires de l’Outre-Mer français actuel, par leur engagement dans la Grande Guerre.
En premier lieu, il convient de souligner le nombre important d’aviateurs que comptèrent durant la guerre de 1914-1918 les territoires des Antilles et de la Guyane, par rapport à leur
exiguïté. On peut invoquer pour donner une explication à ce fait des paramètres tels que le goût de l’aventure, de celui du risque et des grands espaces tout en ne négligeant pas un sentiment
d’étouffement lié à l’insularité, voire le déterminisme d’un certain tropisme aérien.
Voici quelques noms emblématiques. Ainsi du Martiniquais Pierre REJON. Ce dernier, né à Trinité en 1895, poursuivait des études d’ingénieur à l’école des Arts et Métiers lorsque le conflit
éclata. Engagé volontaire, il combattit avec le 33 ème régiment d’infanterie avant d’être affecté dans l’aéronautique militaire ; il y servit à l’escadrille des Coqs, SPA 62. Tous les avions sur
lesquels il volait s’appelaient « Zaza », surnom de sa petite sœur, Isadie. Pierre REJON obtint quatre victoires ; il trouva la mort le 15 août 1920, dans un accident d’avion, en Guyane.
Ainsi du Réunionnais Roland GARROS. Il naît en 1888 à Saint-Denis de la Réunion et s’illustre avant guerre en devenant champion de France de cyclisme en 1906 ; en outre, il réalise le
23 septembre 1913, la première traversée en aéronef de la Méditerranée. Durant la guerre, dès novembre 1914, il fut le premier spécialiste à définir dans un rapport l’avion de chasse tel
qu’il fut utilisé dans les décennies suivantes et il participa à la mise au point du tout premier chasseur de l’histoire. En 1915, une panne le contraint à atterrir en territoire ennemi où
il est fait prisonnier avant d’avoir pu détruire son avion, son système fut aussitôt copié par l’allemand Anthony FOKKER, ce qui permit à l’aviation du Kaiser d’acquérir une suprématie
absolue dans les airs jusqu’à la fin de l’année 1915. Roland Garros connaît trois ans de rude captivité et réussit à s’évader en reprenant sa place dans l’escadrille des Cigognes. Il meurt
dans un combat inégal en se portant à la rencontre de plusieurs groupes d’avions ennemis le 5 octobre 1918 à Saint-Morel, près de Vouziers, dans les Ardennes, où il est enterré. Il avait quatre
victoires à son actif.
Ainsi du Tahitien Henri CADOUSTEAU, mécanicien d’origine qui réalisa son rêve de devenir pilote en étant incorporé au début des hostilités à l’Ecole d’aviation militaire d’Istres. Ayant
fait l’objet d’une citation, CADOUSTEAU survécut à la guerre en revenant à Tahiti où il s’installa.
D’autres militaires de l’Outre-Mer s’illustrèrent par l’éclat de leur action. On doit citer en premier lieu le capitaine de vaisseau Camille MORTENOL né en 1859, à Pointe-à-Pitre. Ayant manifesté
de brillantes dispositions pour l’étude des mathématiques, il réussit le concours de Polytechnique et, choisit à la sortie de l’école, la carrière d’officier de marine. En 1915, MORTENOL,
âgé de 56 ans, est choisi par GALLIENI, gouverneur militaire de Paris, à la direction du service d’aviation maritime du camp retranché de Paris, en remplacement du capitaine de vaisseau PRERE,
décédé. GALLIENI avait pu se convaincre du dévouement de son subordonné à Madagascar, où ils servirent ensemble. MORTENOL a donc la tâche, dès sa nomination, de défendre la capitale contre les
attaques de l’aviation ennemie. Il s’acquitta de sa mission de manière exemplaire, en s’appuyant sur des services de renseignement remarquablement structurés et efficaces ainsi que sur
l’installation de postes de projecteurs géants, en particulier celui du Mont- Valérien. Après la guerre, il fut nommé commandeur de la Légion d’honneur et son souvenir est vivace aux Antilles,
après sa mort survenu en 1930. Sa statue a été érigée dans la ville où il est né.
Un Antillais fut général pendant la Première guerre mondiale. Il s’agit de Charles LANZERAC, lequel est Guadeloupéen d’origine, né à Basse-Terre le 30 juillet 1852. A l’âge de 18 ans,
il s’engage en 1870 dans l’armée de la Loire où il se conduit brillamment ; ensuite, il gravit les divers échelons de la carrière militaire, pour aboutir en 1905 au poste de professeur d’histoire
et de tactique générale à l’Ecole de Guerre. Il y élabore une théorie cartésienne de l’art militaire, s’appuyant sur l’esprit de manœuvre et le calcul réfléchi et rationnel. LANREZAC appuie sa
méthode sur le raisonnement, l’analyse des difficultés et la connaissance de l’adversaire ; il intègre volontiers la possibilité de manœuvres de retraite lorsque les situations et les
circonstances l’exigent. Cette analyse se heurte aux conceptions du Grand Etat Major, dominé à partir de 1911 par la figure de JOFFRE.
LANZERAC est nommé membre du Conseil supérieur de la guerre en 1914 et, en mai de la même année, il prend le commandement de la Vème armée. Attaqué de toutes parts sur la ligne de Charleroi, il
décide finalement de battre en retraite et cette initiative sauve son armée, évite un massacre des troupes et permet la mise en échec de la manœuvre allemande. A ce moment, LANZERAC,
assiégé par les troupes ennemies, décide de stopper l’attaque allemande sur Saint-Quentin ; le gros de son armée prend l’avantage sur l’adversaire à Guise et le refoule jusqu’au sud
de l’Oise. Cette victoire remonta certes le moral des troupes françaises mais surtout elle contraint l’ensemble de l’armée allemande à un décalage général vers l’est, donc à l’origine de
l’infléchissement par rapport au plan Schlieffen qui permit à JOFFRE de contre-attaquer victorieusement lors de la première bataille de la Marne. Malgré cela, le général est remercié par
Joffre le 3 septembre 1914 et remplacé par FRANCHET D’ESPEREY. Cette disgrâce fut-elle la conséquence de sa mésentente avec le maréchal FRENCH, qui commanda le corps expéditionnaire britannique
sur le front occidental d’août 1914 à fin 1915, ou bien celle de sa clairvoyance par rapport à la conception dominante d’alors de l’offensive à tout prix ? Auquel cas, il n’aurait pas été
pardonné à ce stratège d’avoir eu raison et d’avoir été lucide.
Néanmoins, LANZERAC fut réhabilité : le 3 juillet 1917, il est nommé grand officier de la Légion d’honneur et, après la guerre, la littérature relative au conflit lui rend hommage tandis que des
militaires en viennent à approuver la manœuvre de Charleroi ; en définitive, le revirement en sa faveur de l’opinion publique fut total. Le général LANZERAC s’éteignit dans les honneurs le 18
juin 1925, ayant l’année précédente, reçu la grand-croix de la Légion d’honneur, ce qui marquait sa réhabilitation officielle.
Il ne faut pas oublier, non plus, que le fils d’un médecin de la Réunion et d’une créole descendante d’un officier de marine occupa le poste de ministre de la Marine d’octobre 1915 à 1917. Lucien
LACAZE, né à Pierrefonds, dans l’Oise, en 1860, et qui passa on enfance à la Réunion, eut en effet une carrière d’officier de marine qu’il mena jusqu’au grade d’amiral. Par la suite, il fut élu à
l’Académie française en 1936 et mourut à 95 ans en 1955.
Enfin, parmi les simples soldats de cette guerre, Camille DAUCOURT, né en Guadeloupe, lequel, âgé de 21 ans, à la déclaration de guerre, participera aux Dardanelles et à la bataille de
Verdun. S’il épouse une créole dont il aura deux filles et trois fils, il ne retournera jamais sur son île natale, les biens familiaux n’ayant pas résisté à l’absence des bras nécessaires pour
les faire valoir. Camille mourut, plus que centenaire, en 1994.
Ainsi s’établit la participation de l’outre-mer français actuel au premier conflit mondial, à la fois engagement de masse des populations et action d’éclat de quelques figures emblématiques.
La différence d’avec la Seconde guerre mondiale réside dans le fait que durant la Grande Guerre, l’Empire collabore à l’effort de la métropole en tant que force d’appoint, laquelle est loin
d’être négligeable alors que dans le conflit qui éclate en 1939, c’est lui qui porte l’effort principal sur la théâtre mondial en donnant un bras armé à la France libre du général De GAULLE
jusqu’à la Libération, ceci en conséquence de la défaite française de 1940 qui contraignit la métropole à l’armistice et une frange de la population à continuer le combat dans la
clandestinité de la Résistance intérieure.
Lors d'une conférence à l'École coloniale de Paris, le 30 mars 1919,
Gabriel CANDACE (député de Guadeloupe) déclarait : " La Guadeloupe, la Martinique et la Réunion ont envoyé à la métropole leur production de
sucre qui représente près de 12 0000 tonnes par an, et leur production de rhum pour le ravitaillement des armées. La Guadeloupe a envoyé ses cafés et ses cacaos ; la Martinique ses cacaos ; la
Réunion ses tapiocas et ses sacs de cacaos. L'effort économique de nos vieilles colonies pour la métropole s'est complété par un effort financier admirable. Ce n'est pas seulement avec le sang de
leurs enfants et le produit de leur sol que les vieilles colonies ont apporté leur effort à la Défense nationale ; leurs souscriptions aux emprunts de la Défense nationale de 1915, 1916, 1917 et
1918 se montent à 110 millions de francs, pour la Guadeloupe, la Martinique, la Réunion et la Guyane. Quarante-quatre millions ont été versés dans la caisse du Trésor, et 66 millions ont été
recueillis par les banques. "
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