Recherche

Calendrier

Février 2012
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29        
<< < > >>

Partager

stratégies politiques

Christiane Taubira, parlementaire de gauche (PRG), a été sollicitée par Nicolas Sarkozy au mois d’avril dernier pour réfléchir au moyen de relancer les APE (Accords de partenariat économique) négociés entre la Commission Européenne et les pays ACP (Afrique, Caraïbe, Pacifique), sous la houlette de l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce).
 
cf.  http://www.afrik.com/article12554.html

Deux mois plus tard, elle rend un rapport dans lequel elle va à contre-courant des conceptions lbre-échangistes dominantes .  La tête de file du PRG s’impatiente.   C'est  le 16 juin dernier qu'elle a remis à Nicolas Sarkozy son étude concernant les Accords de Partenariat Economique (APE) entre l’Union Européenne et les Etats ACP (Afrique, Caraïbe, Pacifique).
Dans un communiqué de presse publié sur son site   (cf.http://www.christiane-taubira.org/ ) le 27 juin, elle répond aux interrogations légitimes des spécialistes et de la presse qui attendent les suites de ce rapport : « Mme Taubira déclare ignorer les raisons pour lesquelles aucune réaction n’est parvenue, près de deux semaines après avoir rendu son rapport. » Du côté de l’exécutif, c’est le silence complet.

Dans ce   rapport de 191 pages, la députée PRG (Parti Radical de Gauche), répond à la lettre de mission de Nicolas Sarkozy qui, en avril dernier, lui demandait de clarifier les intentions de la Commission Européenne à l’égard des pays ACP, de « restaurer une relation de confiance », de parvenir à faire pleinement profiter les pays concernés des retombées d’une ouverture du marché, et de créer une dynamique porteuse de développement, en favorisant l’intégration régionale.
Il s’agissait donc pour Christiane Taubira d’esquisser des solutions pour pallier les lacunes des APE, négociation difficile entre UE, Etats ACP et OMC. Il s’agissait aussi d’enterrer définitivement les Accords de Lomé (1975) par lesquels les pays africains bénéficiaient de tarifs douaniers préférentiels voire exonérés sur le marché européen et d’entériner à la place la solution de Cotonou (2000). Cet accord prévoit une ouverture commerciale quasi complète-100% pour le marché européen et 80% pour le marché ACP-, pour faire jouer « la concurrence pure et parfaite ».


Ce à quoi la députée a répondu par plusieurs propositions qui semble représenter un virage à 180° dans la politique menée jusqu’ici par l’Europeen en se prononçant en faveur d’une révision complète du mode d’action de la Commission Européenne, prônant même un retour aux accords de «non-réciprocité», ceux qui considéraient que, le Nord et le Sud étant développés à des degrés différents, on ne pouvait leur imposer la même réglementation libérale. Ensuite, elle place le développement, a fortiori le développement durable, au centre des Accords de Partenariat Economique. Plus loin, elle suggère une annulation de la dette extérieure des Etats africains. Et elle consacre le premier chapitre à évoquer les solutions pour contrecarrer la crise alimentaire et éviter les émeutes de la faim.


Un constat politique plus qu’une ébauche technique, Ce qui dérange probablement, dans ce rapport, c’est son ton critique, sans concession pour une politique économique qui a, de l’avis de l’auteure, maintenu les pays africains dans la dépendance vis-à-vis du marché européen. La relance des APE dans le modèle prévu lui semble dangereuse au vu de la fragilité des Etats. Selon elle, le changement sera presque imperceptible pour l’Europe mais risque de mettre à mal des pans entiers de l’économie des pays ACP.

En abattant presque complètement les barrières douanières, le marché africain s’expose à être inondé de marchandises européennes de meilleure qualité et à moindre coût. Les compensations envisagées par l’OMC et l’Europe ne pourront pas combler le manque à gagner pour ces pays, d’autant que les droits de douanes qu’ils perçoivent représentent pour eux une part non négligeable de leurs ressources. Christiane Taubira reprend les critiques des ONG et se positionne du côté de la sauvegarde des valeurs humaines : «Ou bien les mécanismes continuent de faire la loi et les injustices vont leur train jusqu’au chaos qu’aucun mur ni aucune statistique péremptoire ne parviendra à endiguer. Ou bien la Politique se mêle des affaires du monde ».


Le calendrier prévu pour finaliser les APE est fixé à octobre 2009. La présidence française de l’UE est censée être l’instigatrice d’une dynamique de relance, dont le rapport Taubira devait poser les jalons. En ne communiquant pas à ce sujet, Nicolas Sarkozy laisse-t-il augurer que la réaction européenne ne sera pas imprégnée de satisfaction? C'est toute la difficulté de renouveler la réflexion sur les relationss stratégiques  économiques afro-européennes.

 
Ecrire un commentaire
Jeudi 3 juillet 2008 4 03 /07 /Juil /2008 18:45
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : stratégies politiques - Ecrire un commentaire
0
Au moment où les "contributions" socialistes rivalisent sur le plan politique, il faut rechercher quelles sont, le cas échéant, leurs bases de réflexion économique. On peut lier certains enseignements ou ouvrages à des "pilotes" de contributions et donc de tendances, comme par exemple dans le cas DSK, et l'on peut en recenser un certain nombre d'autres qui apparaissent aussi sur divers sites universitaires ou personnels.

Sur ceux-ci les thèses de Jacques Généreux ( "Les vraies lois de l'Économie" - au sein d'un éventail assez varié de ses publications pédagogiques ou politiques, portant notamment sur la critique  de l'Europe actuelle et sur les distorsions sociales -) réunies en un ouvrage datant, il est vrai, dans ses éditions successives de quelques années, méritent une attention particulière: ses bons tirages en ont fait "le prix lycéen du livre d'économie";  l'accueil de médias assez  divers  lui a marqué de l'estime; il paraît s'inscrire dans une ligne proche d' "Alternatives Économiques" et,enfin,  on le situe dans la gauche du PS.

Il est donc intéressant de savoir jusqu'où va en cohérence sa critique du néo-libéralisme : sans tomber dans les condamnations systématiques et les incrédibles alternatives qu'exprime une famille d'extrême gauche comme celle de Besancenot, il semble bien que Jacques Généreux,  avec  Benoît Hamon, vont au sein de la gauche, aux prises de positions  les  plus audacieuses  en matière d'analyse stratégique.

Et pourtant, il n'est pas évident que, dans cet ouvrage du moins, l'auteur aille au terme de sa logique.  Sur presque  280 pages, il est plutôt convaincant, mais lorsqu'il passe, alors,  à la question des faits et des théories du commerce international, il faut regretter que la pensée flotte un peu. Malgré bien des observations pertinentes, il ne semble pas parvenir à se libérer, dans la prudence d'expression, des tabous sur le libre-échange et sur le protectionnisme dont il ne présente d'ailleurs pas quelques variantes intéressantes.

Sans entrer dans  les termes trop lourds d'un  débat de fond pour cette petite note de lecture, il suffit de constater le divorce qu'il y a, dans le livre, entre d'une part le titrage de "la loi n° 17 : laisser faire ou laisser passer, il faut choisir"  ( une option semble ouverte) et, d'autre part, les développements de la page 294 tout à fait bienvenus : " Dans un contexte de guerre économique, le laisser passer des biens  n'est supportable  pour les entreprises  que si on les laisse faire." Voilà qui signifie en clair qu'il n'y a pas d'option possible : le libre échange conduit , sous le coup des nécessités qui en résultent, à la dérégulation obligatoire tous azimuts , ce qui à des conséquences politiques et sociales graves, comme le constate d'ailleurs  dans la foulée J. Généreux   : "la conjonction de ces deux libertés est insoutenable pour la société." En d'autres termes, il n'y a pas de choix entre laisser passer et laisser faire puisque le laisser passer oblige au laisser faire.

Or c'est bien la leçon essentielle que les socialistes devraient apprendre et que Jacques Généreux leur donne; mais en ne le disant pas suffisamment nettement. Si elle est atténuée c'est parce que l'auteur s'accroche encore à des analyses  qui ont  pu être partiellement vraies mais qui ont un effet pervers en contribuant à avoir de l'influence  alors   qu'elles sont devenues largement fausses. Ces idées sont celles qu'illustrent bien les thèses d'un Paul R. Krugman ( "La mondialisation n'est pas coupable" ) et qui sont reprises pour partie en compte par Généreux : la concurrence internationale serait supportable et, pourrait peut-être même être féconde sans dommage ( c'est la vieille thèse en fait de la sortie par le haut de gamme...qui implique de créer toujours de plus en plus de besoins)  parce qu'on pourrait échapper à la  concurrence par les prix  , grâce à la concurrence par la spécificité ( de qualité,  de caractères)  des offres. Or, la "guerre économique " insoutenable sans désastre de société  c'est quand on n'échappe plus à la concurrence par les prix  sur de très nombreux   secteurs de production de biens et d'offres de services. Et c'est,  à notre avis,  la situation à laquelle nous arrivons, bien loin de la "division internationale du travail" assurant des avantages comparatifs appréciables à tous  partenaires  et chère aux libre échangiste traditionnels, mais qui parlent d'un autre monde que celui où des puissances émergentes capables et pour longtemps de très bas coûts structurels fondent leur développement sur des marchés de toute nature extérieurs à leur propre population.

Les conclusions sont évidentes : en libre échange quasi intégral, mais confrontant des capacités très inégales,  entre pays de compétitivités structurelles  très hétérogène, il n'y a qu'une réponse possible de politique économique; forcément concurrentielle  par les prix  et par voie de conséquence de régression  sociale : la politique libérale de compression des coûts et de maximisation des profits ( pour outiller les entreprises ou , du moins,  des investisseurs). C'est la ligne de conduite qui engendre inéluctablement  diminution de la rémunération du travail, augmentation de sa durée comme de sa productivité, obtention des équilibres par la variante chômage et par  compression des dépenses sociales et des services publics : ce que nous vivons. 

Que  l'utilisation des outils keynésiens puisse devenir  inopérante, sinon  suicidaire, en économie ouverte, n'est pas mis en évidence par cet ouvrage . J. Généreux  a beau avoir raison sur les vertus possibles d'un  déficit budgétaire lorsqu'il est imputable à des investissements , sur le fait que le niveau salarial n'est pas forcément l'ennemi de l'emploi, sur l'utilisation intéressante de l'instrument monétaire  dont il ne faut pas jouer la neutralité, sur le fait que l'économie n'est pas une fatalité et que l'on veut nous faire prendre des choix politiques pour des obligations économiques,  etc.. , toutes ces  bonnes lois non libérales qu'il préconise de reconnaître ne peuvent jouer utilement que dans une économie maîtrisée , mais sont  inapplicables  lorsqu'on est, sans protections, en "guerre économique" de fait ( c'est à dire en concurrence par les prix pour et sur presque tous les marchés)  avec des low cost countries qui ne prennent pas en compte les mêmes facteurs d'abord  politiques ( ces concurrents ne sont guère en démocratie...), ensuite sociaux ( une société plus équitable n'est guère leur objectif) enfin évidemment monétaires, environnementaux, etc.  que nous. Il nous reste à nous aligner vers le bas, en faisant croire - et c'est devenu tout l'art ou l'auto-illusion des  politiques de profession  - qu'on y échappe en se soumettant.

Tout ceci pour souligner une nouvelle fois qu'aucun  programme, qu'aucune "contribution" de progrès ne sont crédibles si la question fondamentale de la régulation du commerce mondial n'est pas sérieusement abordée. On reste dans tous les autres cas dans la compassion sociale et dans l'angélisme politique. C'est la  garantie que le boomerang de 2002 ( et ses  suites) se reproduiraient envers des gestions socialistes qui oublieraient ces réalités basiques. Il n'y a de salut - c'est à dire d'équation supportable pour notre type de société - qu'en révisant les régimes  des échanges mondiaux. Si on ne le fait pas, il faut se résoudre et se soumettre au libéralisme interne comme conséquence inéluctable du libéralisme externe. C'est pourquoi la droite d'affaires, comme je l'ai expliqué depuis dix ans ( cf. "Trois illusions qui nous gouvernent")- ,  tient tellement au libre échange qui est guerre des coûts , légitimation des meilleurs profits et des charges les plus basses.  C'est pourquoi lorsque la gauche ne met pas en cause le libéralisme externe elle ne peut vendre que des illusions car elle fut et elle serait  obligée de faire, avec plus ou moins d'habillage par des pansements sociaux (devenant vite contre-productifs, sauf miracles de civisme de la part de tous les acteurs de la vie collective)  une politique libérale en interne. C'est d'ailleurs ce que sa majorité sociale démocrate affiche désormais.

Pour que, différemment de cette sociale démocratie là et sans aller à l'illusion gauchiste qui est le second péril,   des hommes comme Jacques Généreux  (portant bien son nom)  fassent prévaloir  la justice sur  le marché, et  la  démocratie sur les "experts" , il faut encore que la justice puisse un peu discipliner les marchés ( par des protectionnismes intelligents ) et que les démocrates soient plus experts qu'apprentis sorciers  : incanter pour une société sauvegardant ses acquis comme la sécurité sociale  et améliorant les conditions de beaucoup  ne suffit pas à faire  changer le monde si l'on ne s'attaque pas aux réalités. en n'étant plus tenu en laisse par les tabous. 
Dimanche 29 juin 2008 7 29 /06 /Juin /2008 11:25
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : stratégies politiques
0





Le « manifeste « des Gracques publié il y a quelques jours dans un quotidien du soir est l’expression d’une démarche sympathique comme aussi, de dangereuses illusions à la mode. Il comporte en effet deux aspects qui se voudraient logiquement liés, mais qui sont antinomiques puisque les outils acceptés condamnent, à nos yeux, la possibilité d’atteindre les fins affichées .

Le premier aspect de ce texte est en effet d’offrir en ouverture, comme en seconde partie, la profession de valeurs de gauche et plus largement de l’humanisme français. C’est bien pourquoi y adhèrent des personnes ayant toujours mérité estime et venant de sensibilités différentes, ce qui esquisse cette réunion des centres de progrès que des hommes comme moi ont toujours voulu pour casser notre bipolarisation à la française, celle qui, grâce à l’addition des scrutins majoritaires, a fracturé et paralysé de trop longue date notre corps public. C’est la concurrence complice des partis dominants, espérant chacun concentrer le pouvoir pour lui seul, qui a conduit aux réformes constitutionnelles Chirac/Jospin ayant favorisé l’équation politique 2007. Elle est tellement contre nature que deux facteurs en corrigent de façon intéressante l’excès : l’électorat "populaire" s’est largement réparti entre « droite » et « gauche » et le Président de la République, tout en ayant fait voter son programme de «sucreries fiscales» pour son noyau électoral, continue plus intelligemment à chercher à rallier assez largement autour d’un bon sens apparent quoique, sur certains points, bien partisan et dont l’expression droitière choque parce qu' abrupte, mais trouve des résonances partout. La critique d'y voir un système plébiscitaire ne mène à rien; ce qui est révélé ( et qu'il a bien compris) c'est que la bipolarisation sommaire ne marche pas.

Or, parmi ces Gracques d’aujourd’hui n’en est-il qui, d’un côté ou d’un autre, ont été dans les équipes promouvant les funestes réformes institutionnelles ayant, de fait, interdit l’alliance PS/Modem dont ils ont été les chantres ? Reconnaissons leur qu’il n’est jamais trop tard pour revenir sur ses erreurs, mais regrettons que ce chemin de Damas ne leur révèle pas - plus explicitement que par l’allusion selon laquelle il faudrait "une plus juste représentation des courants d'opinion dans le système législatif" - tout l’intérêt du scrutin proportionnel comme l’une des clefs indispensables de l’apaisement français et de la reconquête du pays sur la coalition majoritaire parlementaire des droites unifiées.


Toujours est–il qu’on ne saurait qu’applaudir les Gracques dans leur refus des déterminismes de la naissance et de la fortune (encore que la loterie sociale à l’américaine n’est pas une panacée de remplacement), leur volonté de justice, de défense et promotion des libertés et de respect des cultures dans une réussite laïque des intégrations, de juste redistribution de la richesse, de pluralisme décentralisé, de dialogue pouvoirs/société civile, d’éducation et formation pour l’égalité des chances, de promotion de l’économie de la connaissance et de la sauvegarde de la planète, conciliées par recherche d’un développement durable : tout ce qu’a mis en avant, en vain au demeurant pour suffisamment séduire, la campagne de la candidate socialiste lors de la présidentielle .

La question étant toujours de savoir par quels moyens obtenir ces excellents objectifs inspirés par les meilleurs sentiments ? Dans ce domaine, le texte est différemment mais tout aussi déficient que le fut cette campagne. Pires que le flou, les leviers que nous proposent les Gracques sont ceux par lesquels le libéralisme international a trouvé l’arme atomique du capitalisme absolu contre le progrès social des pays avancés : le libre échange entre sociétés inégalement avancées, mais toutes très largement aptes désormais pour la production de biens et services de presque toute nature.

Non, la gauche qu’invoquent les Gracques et avec elle la majorité des Français ne peut pas « dire haut et fort que la mondialisation (telle qu’elle est) est un progrès. » C’est un énorme complexe cocktail de quelques avancées pour des fractions marginales des populations des pays émergents et de scandales structurels, financiers, commerciaux et sociaux : des approvisionnement à prix imbattables de la part des pays pauvres aux pays avancés, au bénéfice des ploutocraties ( et de leurs serviteurs) des pays livreurs, grâce à l’exploitation dans la misère, l'autoritarisme et les détritus des populations des « low costs countries » du Sud. Au Nord, la contrepartie positive en est la pression sur les prix de la grande consommation et la contrepartie négative est la disparition des emplois de toutes les activités délocalisables : partout la précarisation des niveaux de vie et des garanties du plus grand nombre, sans qu’aucune convergence par le haut entre sud et nord puisse naître à un horizon crédible de quelque divine main libérale, d’autant qu’il y a partout sur la planète des réserves de main d’œuvre si pauvres qu’elles sont mises sous le boisseau par les moins pauvres qu’elles. S’il faut donc "faire avec" ce cocktail parfois de bonnes choses , et le plus souvent des pires, qu’est la mondialisation d’aujourd’hui, il faut cesser de déifier le libre échange international. Il a d’ailleurs contribué chez nous a souvent faire prévaloir la préférence pour la consommation sur la valeur travail, la spéculation sur la production, l’argent facile sur l’argent du labeur. Quant à l’augmentation par les ouvertures commerciales du volume des échanges elle est bien souvent une mesure fictive de la croissance : des divisions internationales du travail sophistiquées aboutissent à multiplier les transports au grand dam de l’environnement.

Non, la gauche qu’invoquent ces Gracques, ni d’ailleurs plus largement la France des réalités vécues par les travailleurs de toute expression électorale ne peut renoncer à des formes intelligentes de protectionnismes croisés et négociés, utiles à un type de pays ou à un autre (sinon on ne voit pas de quelle régulation effective nos bons apôtres veulent parler). Faire bien évoluer la mondialisation c’est chercher à porter les pays émergents qui fondent aujourd’hui essentiellement leur croissance sur l’export - c’est à dire sur le pouvoir d’achat des autres - à trouver dans la progression de leur propre pouvoir d’achat populaire (comme le firent autrefois les E.U. et l’Europe) le levier majeur de leur transformation. Ceci, qui ne se fera pas spontanément, ne peut aller sans une révision des conditions d’accès de leurs produits et services en Europe.

Non, gauche et droite ensemble, donc la France, ne peuvent mettre par principe au pilori le patriotisme économique que pratiquent d’ailleurs la plupart de nos partenaires. Car il y a un patriotisme économique bien légitime : c’est d’attendre de l’existence et du développement d’entreprises nationales que la richesse qu’elles créent ait des retombées en emplois dans le pays dont elles portent le nom. Tel n’est pas le cas fréquent lorsque la bonne position des grandes firmes françaises dans le palmarès financier international va de pair avec la création d’emplois essentiellement hors de France.

Mais oui, la gauche, et toute la France, reconnaissent de belle lurette le marché, mais le veulent honnête et fair play. Honnête sans être perverti par les pratiques des dominants ; fair play en n’habillant pas du slogan des « concurrences non faussées », les primes décisives accordées aux moins disant sociaux et fiscaux. Le libéralisme économique a bien deux dimensions différentes : d'une part, celle qui s’applique légitimement à des espaces à peu près homogènes ou entre pays différents, mais selon alors une division du travail équilibré car ne concernant que des segments de produits ; d'autre part, celle devant être refusée qui met en compétition tous les secteurs d'activités de mondes très différents, lesquels s’entre-tuent et tuent ou marginalisent chacun les plus faibles en leurs propres seins.

Bien des citoyens de droite, de gauche, des centres - en bref la France - ne veulent pas entendre jouer du violon européen en oubliant qu’il peut interpréter des partitions très différentes et ne veulent plus entendre non plus que pour « éviter les guerres ( voilà le vieil argument démagogique mobilisant les peurs ancestrales pour faire gober n’importe quelle Europe), il faut faire toujours plus dans les errements actuels commerciaux et fiscaux et les insuffisances industrielles et sociales d’une Union Européenne plus hétérogène que jamais. Vers quoi et comment tenter de gouverner cette Europe là dans le bon sens, à quelles conditions internes et externes ? Alors que la vraie tâche européenne est de rechercher ces régulations économiques mondiales qui ne peuvent exister qu’à son initiative et à son niveau, pas un mot de nos Gracches européens . Les vieux « cabris » du général de Gaulle ont des enfants.

Quant aux entreprises, la gauche elle-même n’a pas besoin des Gracques pour savoir qu’elles sont des supports et non des adversaires, que leurs problèmes, leurs besoins sont ceux des salariés eux-mêmes s’il s’agit de leur survie ou de leur développement et non des priorités financières de leurs actionnaires.

Mais nous savons aussi que ces entreprises peuvent être privées ou publiques et que si toutes les entreprises de toute taille dans tous les secteurs sont des entreprises privées, les facteurs de l’inégalité sociale se trouvent automatiquement renforcée. En effet, les besoins de financement de ces entreprises privées ne peuvent, par un circuit ou par un autre, provenir que de la part des revenus issus d’agents économiques assez riches pour le faire, notamment en épargnant sur leur consommation. L’appropriation exclusive privée et le financement également privé des moyens de production exige et renforce donc toujours l’inégalité sociale. C’est bien pourquoi, à côté de bien d’autres motifs d’avoir un secteur public économique qu’aurait du cesser de brader les sociaux-démocrates, il est indispensable à la régulation sociale qu’il y ait un secteur à capital national majoritaire nourri de prélèvements publics équitables et garantissant les investissements prioritaires, à long délai de retour particulièrement utiles pour les secteurs vitaux de l’énergie, de l’eau de l’environnement et plus généralement pour la recherche appliquée et l’innovation Mais les Gracches paraissent bien respecter le caractère tabou de ce sujet interdit. L’économie mixte est devenue une incongruité.


C’est ce que le courant intellectuel que représente nos Gracques a perdu l’usage de deux instruments d’analyse essentiels qui réfèrent à des mondes qu’ils ont condamnés et, jetant les bébés avec l’eau du bain, ils ne veulent plus rien utiliser de deux outils, au demeurant complémentaires, qui gardent toute leur valeur : l’outil de l’analyse marxiste, l’outil de la référence à l’Etat nation. Ce n’est pas, d'abord, parce que le marxisme a été illustré par de massifs et sanglants échecs historiques ( non parce que c’était le "marxisme", mais parce que le communisme totalitaire fut l’habillage et l’instrument cruel de révolutions industrielles hâtives et mal conduites de pays sous-développés), que la critique matérialiste historique permettant de comprendre les rapports de techniques, d’intérêts et de forces qui mènent le monde doit être abandonnée. Ce n’est pas, ensuite, parce que les Etats Nations se sont faits des guerres tout aussi tragiques et que le progrès international consiste à les faire travailler ensemble y compris, d’une manière organique poussée, comme au sein de l’U E. , que disparaît la donnée fondamentale dans laquelle s’inscrit la dévolution, du pouvoir. Celui-ci continue à être attribué dans chaque périmètre de chacun des États Nations, même s’il est ensuite plus ou bien délégué à des instances pluri nationales. Toute politique est donc jugée et sanctionnée par les citoyens à l’aune de ses effets nationaux.

Tout à l’inverse les apprentis sorciers distributeur de la potion magique libérale internationale veulent faire passer pour ringards et ceux qui croient que la prise en compte des réactions de la Nation reste le test de la capacité politique, et ceux qui continuent à reconnaître à l’analyse marxiste la valeur irremplaçable de faire voir le réel derrière les idéologies dominantes.

Utiliser conjointement ces deux outils de la critique historique et de la référence nationale peut concilier des "France de gauche" et des "France de droite" – au sein desquelles nombreux sont ceux qui ne se reconnaissent pas vraiment, même s’ils optent un moment pour l’une ou l’autre - dans un grand mouvement de réalisme et de progrès dont le nombre issu de partout pourrait donner une autre forme de majorité de gestion à un chef d’État aussi audacieux que se veut le nôtre, mais parvenant à se dégager de certains préjugés idéologiques.

La naïve simplification de nos auteurs ( dont chaque assertion mériterait un essai nuancé de réfutation) fait en effet presque apparaître en contrepoint une partie de la droite nationale française comme réaliste et progressiste et Nicolas Sarkozy pour un bien utile agitateur de l’establishment mondial. Il a su capter à la fois l’intérêt du business et des possédants et des réactions favorables des classes populaires excédées par l’incapacité de trop de sociaux démocrates à réagir au regard des ravages de la compétition mondiale et à proposer à nos partenaires européens un modèle d’adaptation ne sacrifiant pas toujours les mêmes. Il faut que l’opposition cesse de rééditer régulièrement la vieille recette sociale démocrate d’ échec garanti : accepter les règles du jeu des dominants, des adversaires, en bref le monde tel qu’il est, en espérant par des arrangements à la marge le rendre supportable aux déshérités, mais sans en changer les logiques.


Si, dans la ligne de cette soumission, la sociale démocratie fait catéchisme du libre échange mondial, rejette toute sérieuse régulation du commerce international, toute recherche de sauvegarde et de priorité au développement des emplois nationaux, elle ne pourra tirer de telles prémisses que des obligations aboutissant aux mêmes résultats que les programmes de la droite ultralibérale. Le développement des services non délocalisables et les activités de haute gamme ne suffiront ni à notre croissance, ni à pallier l’effritement des activités qui sont le socle nourricier nécessaire au financement de nos régimes sociaux même reformés. La compétition par les prix s’imposera partout et sans fin sous le pilotage autoritaire des privilégiés n’y risquant pas leurs moyens vitaux, avec pour conséquences inéluctables, au delà des dosages équitables devant aller de pair avec des réformes de raison, la déconstruction totale du droit du travail, la réduction des sécurités et garanties sociales, la précarisation de l’emploi, l’amplification de ce qu’engendre le couple fatal privatisations/inégalités : la fixation au plus bas des rémunérations de beaucoup qui perdront en même temps des moyens de veiller à leur santé et d’avoir une vieillesse décente, des coupes sombres dans les dépenses de services publics, la disparition de nombreuses entreprises et la marginalisation de bien des professions indépendantes.

Lorsqu’on accepte un système – comme il nous est proposé par les Gracques de le faire – on est obligé d’en assumer les implications. On ne peut sans se mentir proposer des valeurs que l’on s’interdit d’atteindre. Croire que l’adhésion quasiment sans réserve au système monde triomphant en vigueur peut permettre une société plus juste et plus heureuse pour tous est au mieux de l’angélisme, au pire un pari d’irresponsables. Si la nouvelle gauche devait être la confirmation de ce piège dans lequel sont déjà tombés des équipes socialistes n’ayant que pu, en conséquence , perdre des élections capitales successives, c’est un autre mouvement politique national qu’il faudrait re-inventer et qui est possible, tant il est qu’il y a de fortes convergences entre des valeurs affichées à gauche et l’intérêt de nombreuses autres composantes économiques, sociales et spirituelles de notre pays.


Une majorité d’opinions et de volontés traverse en fait les partis et formations politiques pour une autre politique économique nationale et européenne dans le refus du libre échange tel qu’il fonctionne, ce refus trouvant ses soutiens aussi bien dans des citoyens votant à droite qu’à gauche . Cette politique répondrait aux attentes des salariés comme de bien des entreprises, de nombreux responsables comme des exclus, des héritiers de l’ambition socialiste et des héritiers de l’ambition gaulliste, des continuateurs de la grande tradition chrétienne des centres de progrès, plus largement encore, dans la population tout entière, à la demande profonde des femmes et des hommes de bon sens libres de cupidités ou de privilèges, attachés à l’intérêt général et au service public. C’est cette majorité virtuelle qui n’a jamais pu sortir – mais qui se déforme chaque fois au bénéfice d’un camp – de notre mode de scrutin majoritaire législatif, lequel résume en fait tout notre régime politique.

La clef d’un avenir mieux gérable est qu’un jour, par des voies dont on ne voit certes pas les approches aujourd’hui, mais qui peuvent soudainement mûrir dans les redistributions auxquelles on assiste, on en vienne enfin à ce changement institutionnel permettant la réforme dans la sécurité : un chef d’État élu au suffrage universel, mais devant dialoguer avec une majorité pluraliste, le cas échéant à géométrie variable, issue de la proportionnelle, ces pouvoirs séparés ne pouvant se renvoyer ni l’un ni l’autre, mais étant, en cas d’impossible conciliation sur des questions majeures, arbitrés par l’appel au référendum.

Les prochains rendez-vous du pouvoir sont non seulement sur les recettes et les dépenses sociales, sur l’environnement et sur les moyens de la croissance, mais aussi sur la réflexion institutionnelle. Serait-ce rêver d’imaginer que certains puissent y « accrocher » le thème ci-dessus ?


.
Ecrire un commentaire
Samedi 22 septembre 2007 6 22 /09 /Sep /2007 19:00
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : stratégies politiques - Ecrire un commentaire
0
Le résultat du premier tour est que les médias sont satisfaits.
Ils ont retrouvé leurs marques. Le duel traditionnel
qui leur plait tant.
Et, deux primes de nouveauté :
- la première est l’union des droites jusqu'à l'extrême, sinon par les appareils ; du moins par les électorats, ce qui dans le régime du double scrutin majoritaire peut garantir « la démocratie absolue » au bénéfice de cette droite-là, contre les libertés publiques, les droits sociaux et le centre ;
- la seconde est l’apparition d’un joker, battu, mais arbitre ?

Ce qui ouvre le vrai débat de fond sur la nature de la République.

Il semble bien que l'infanterie parlementaire UDF va jouer Sarko, à cause des législatives qui se présenteraient mieux pour tous les "centristes" s'il y avait la proportionnelle leur rendant chances et liberté.
Si S.R. mettait donc bien en exergue que si elle était élue, elle ferait établir, certes seulement pour l'avenir, une part significative de proportionnelle est sans doute son moyen clef de se rallier, de fait, même sans désistement explicite, difficilement concevable, des éléments marquants du centre et au premier chef FB personnellement ( qui n'a pas d'avenir sans ce mode de scrutin).

D'ailleurs si la ventilation des voix de ce premier tour se traduisait dans une assemblée, il y aurait circonstance à des coalitions dont l'une - la plus vraisemblable, compte tenu des durs propos de FB contre l'extrémisme de NS - serait de troisième force, en unissant gauche et centre . Il faut regretter une nouvelle fois - comme je le soulignais, en 1998, dans les « Trois Illusions qui nous gouvernent » - que les hommes charnières comme MR aient par le passé toujours écarté ce mode de scrutin, puisque dans une France arithmétiquement plutôt à droite, le scrutin majoritaire joue pour la droite rassemblée , la coïncidence des deux majorités présidentielle et législative lui donnant le pouvoir absolu. Mais, c’est bien parce que les socialistes ont toujours commis le même péché de devenir attachés au scrutin majoritaire qu'ils ont aggravé par le quinquennat : de manière sectaire en rêvant bêtement - ce qui les mènent aux défaites si les droites sont rassemblées - de ce pouvoir absolu en leur faveur en réalisant l’Etat socialiste ou plutôt ( ce qui n’a guère à voir) néo-mitterrandien, comme il y eu « l’Etat RPR ».

Or, par contre, FB comme SR semblent réunis dans un meilleur sens de l’État, loyal envers tous et pluraliste. Voilà ce qui devrait conduire à un deal bien affiché qui, à terme, sauve le centre et, demain, pourrait peut être écarter NS. Ce deal serait une espèce de contrat de transformation institutionnelle par réforme annoncée du mode de scrutin, ( ce qui pourrait aussi utilement séduire des formations souhaitant sauvegarder leur identité et avoir au moins des chances de porte-parole à l’assemblée, ainsi que des « lepenistes » entêtés et les détourner de voter NS ).

De telles évolutions consisteraient évidemment à tourner le dos à l’héritage Chirac sur lequel nous dirons quelques mots dans le prochain billet.



Ecrire un commentaire
Mardi 24 avril 2007 2 24 /04 /Avr /2007 08:52
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : stratégies politiques - Ecrire un commentaire
0
La percée d’un centre et l’hypothèse d’une alliance entre celui-ci et certains socialistes ont donc ouvert l’esquisse d’une « troisième force ».

Mais quelle « troisième force » ? Son aspect positif est de chercher à mettre en commun des recherches de réponses plus consensuelles entre les uns et  les autres aux problèmes des Français, plutôt qu’y appliquer les points de vue de tel ou tel camp et champion et d’avoir peut-être ainsi un effet d’apaisement contre les risques d’affrontements civils. Mais, lorsqu’on voit qui cette hypothèse  séduit dans la classe politique, force est de constater que son socle est dans un « européeanisme » libéral qui est l’une des sources même des maux à traiter et sur lequel personne de ces milieux ne semble apte à remettre en cause ce que leurs personnalités - telles des Michel Rocard, François Bayrou, Jacques Delors, D.S.K.- ont porté, voulu, géré. Lorsque l’inspirateur du rapprochement est l’homme qui ne voyait dans le projet de Constitution, Européenne qu’une sorte de «règlement intérieur », et alors qu’aucune autre stratégie que l’ouverture à la concurrence mondiale de l’Europe et de pieuses recherches d’harmonisations internes n’est proposée par cette famille de pensée, il y a vraiment lieu d’être très inquiet.

 C’est ce qu’illustre la désinformation dont fait preuve la presse dite économique qui ne présente même pas des alternatives à ce qui se fait, mais ignore qu’il puisse y avoir des alternatives .  Le dossier du Monde du 27 avril est désespérant. Le diagnostic de la gauche et de la droite serait similaire, mais les recettes seraient différentes, ces différences portant sur des instruments internes (fiscalité, etc .)  ou sur l’accent porté sur des réponses par la demande ou par l’offre. Le fait qu’il existe d’autres réponses passant, pour une part,  par la régulation des échanges mondiaux, n’est même pas évoqué. A la trappe, parce que les économistes de la pensée unique ont encadré le débat par cinq contraintes (qui sont en fait des choix modifiables et non des faits imprescriptibles comme on voudrait le donner à penser ) et qu’au nombre de  ces cinq contraintes il y aurait  les règles de l’OMC, de Bruxelles et de la BCE. Cet immobilisme est aussi pas mal exprimé par  le N° sur la gauche et la mondialisation d’Alternatives Économiques, qui malgré son titre, ne présente guère non plus aucune alternative sérieuse (malgré un petit créneau donné à Attac, mais qui ne va pas au fond des choses sur la mise à plat du libre-échange). On nous donne par omission calculée à penser que la réflexion de gauche sur la mondialisation n’est que celle des « économistes » et politiques  socio libéraux dont les signatures habituelles couvrent les mêmes tragiques errements de bonnes impuissantes volontés et au mieux de préconisations d’adaptations soumises et d’insuffisants et coûteux pansements.

 A tel point que l’on rêve en voyant  qu'au sein du trio de tête,  celui qui s'empare le mieux des questions sur l’économie mondiale et l’Europe c’est souvent Nicolas Sarkozy, comme à Petite Rosselle avant-hier. Car, à la recherche des voix populaires, il reprend les bons constats que ses compétiteurs de droite partagent en bon sens avec la gauche anti-libérale. Voilà qui a un autre poids qu’une répétition de thèmes sympathiques (comme contrôler les dépenses de l’Elysée), convenus (comme les droits des femmes) ou bien peu concrets aujourd’hui pour l’électorat ( comme la réforme institutionnelle, malgré toute son importance), de la candidate socialiste. Il est vrai qu’ avec pertinence, pour une fois, comme le dit  un collaborateur du Monde (TV/Radio du 16 au 22 avril, Denis Muzet, dans la parole politique en miettes : « dès qu’un dirigeant tient un raisonnement macro-économique ou macro social, les gens décrochent. Ils n’entendent que ce qui relève de leur quotidien »). Mais il se trouve que la plume de Guaino – qui a tout compris depuis Maastricht qu’il combattit – est le bon inspirateur de textes de Sarkozy, ( mais pourrait-il l’être de la politique du même en face du poids des « éléphants » de la droite libérale ?) et que les messages correspondants passent ...et bien, comme j'en suis la preuve !

Le propre de cette campagne est que chacun des grands compétiteurs  tient et joue un bon morceau des politiques qu’il faudrait faire, mais soit acoquine malheureusement ces bons morceaux à d’autres bien mauvaises musiques (comme NS), soit fait planer ses bons sentiments (comme SR) dans le vide sidéral de la réflexion macro-économique. Le troisième étant tout à la méthode
– ce qui est vraiment aujourd’hui un  levier essentiel, il est vrai – laisse en suspens le contenu d’une ligne de conduite , notamment à l’égard de l’Europe et des règles du jeu relatives aux affaires monétaires et de commerce mondial. Mais quand l’on voit qui s’intéresse à cet aggiornamento, il est clair que s’il y a renouvellement politique, il est douteux qu’il y ait renouvellement économique; au contraire  le risque est de continuer à jouer dans les mêmes ornières, avec comme dit Laurent Fabius « les vieilles lunes » (MR et JD ?) de la nouvelle « gauche » . 

C’est que les lignes de clivage du jeu politique et celles des positionnements  économiques et au regard du libre-échange mondial  ne coïncident  guère. Avec ce paradoxe que, pour contrer l’ordre libéral mondial, il y a peut-être plus à attendre d’une nouvelle droite - si elle est nationale sans être xénophobe -  que de la gauche démocrate.   Le nouvel intéressant casting politico-économique eut été celui qui aurait réuni dans une troisième voie vraiment  créatrice des sensibilités de gauche et de droite comme le rejet du Traité constitutionnel européen  a su les réunir. C’est bien pour que cette réunion puisse un jour avoir lieu qu’il faut faire dépasser ces rattachements parfois sectaires et toujours surtout emblématiques  aux labels et aux vulgates. Il n’y a qu’un changement de régime institutionnel faisant sa bonne part à la proportionnelle, pour le permettre, ce qu’étonnamment des hommes comme MR, dans la phase socialiste du pouvoir, n’avaient jamais voulu comprendre. Y viendrait-il ? Faut-il acheter une chance de renouvellement du jeu politique, de fermer un moment les yeux sur le dangereux européanisme conformiste des leaders du changement institutionnel ?

Ou faut-il penser qu’une présidence de  droite ou de gauche,  de labels classiques, mais un peu renouvelées aujourd’hui  sur le fond,  en charge du pays seraient, l’une comme l’autre, tellement interpellées par la macro-économie mondiale, par les régles qui gouvernent en conséquence les localisations d’activités et nous promettent l’insuffisance d’emplois ( car ce n’est  ni l’innovation, ni les services non délocalisables qui suffiront à l’assurer)  et les ressacs français, que tout Président de la République sera bien obligé de chercher à inspirer à l’Europe une autre voie ? Tout dépend évidemment aussi de ce qui peut ressortir du scrutin législatif qui va avoir lieu, hélas,  sans RP, mais qui peut révéler des ouvertures et des transformations. Les rapports de forces pour faire bouger notre système  sont autant dans les affrontements de tendances au sein des formations qu’entre les formations  dominantes. Quel que soit le résultat de la présidentielle, le troisième tour est bien, même avec ce scrutin faussé qu’est le scrutin majoritaire dans la foulée, celui des élections à l’Assemblée nationale.

Car au moment de choisir un président, il  faut bien revenir sur une question clef. Tel type d’élection constitue-t-il une bonne forme de choix des gouvernants ? L’illusion d’influence sur le pouvoir qu’en ont reçue les Français fait que revenir à un régime parlementaire ( ce que nous sommes, en droit strict), non assorti de cette dyarchie qu’entraîne l’élection du chef de l’État au suffrage universel est sans doute impossible. Mais lorsque les deux majorités se superposent, c’est la « démocratie absolue »  au profit du clan – forcément minoritaire dans le pays – qui a a gagné la loterie, au prix d’un jeu toujours évidemment biaisé. Que le destin d’un pays puisse dépendre des voix flottantes et marginales qui font – à quelques petits points parfois - les alternances est profondément choquant, car c’est une caricature de démocratie.

Celle qui est infiniment plus difficile, plus exigeante, plus fructueuse aussi est celle dans laquelle des familles d’esprits différents composant  un corps délibératif pluraliste seraient obligés de trouver des convergences sous l’impulsion d’un exécutif apte à créer ces rassemblements, et avec les consentements et  les compromis indispensables qu’une Assemblée traduirait dans ses lois et ses budgets . Ce serait un régime de pouvoirs séparés ne pouvant se renvoyer l’un l’autre,  mais contraints à la collaboration et, en cas de divergences, devant se soumettre, pour écarter tout blocage,  à l’arbitrage de referendums d’orientation par les questions nécessaires posées devant le peuple ou inspirées par lui. Voilà les chemins d’une démocratie plus directe, plus effective dont nous sommes loin et dont toutes les frustrations, toutes les hésitations, tous les illogismes  que met en évidence la campagne présidentielle  établissent  bien le besoin.                  

Ecrire un commentaire
Mercredi 18 avril 2007 3 18 /04 /Avr /2007 12:03
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : stratégies politiques - Ecrire un commentaire
0
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés