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POURQUOI CE BLOG



L'objet de ce site est de baliser par quelques souvenirs éloquents l'histoire récente et de faire contribuer ces expériences, par des commentaires d'actualité, à éclairer et choisir les changements, en s'interrogeant sur les propositions des politiques et les analyses des essaiystes. Par ailleurs, à côté des problèmes de société (parfois traités de manière si impertinente que la rubrique "hors des clous"a été conçue pour les accueillir), place a été faite à "l'évasion" avec des incursions dans la peinture, le tourisme, la littérature,  des chansons, ce qui constitue aussi des aperçus sur l'histoire vécue.

 
Identité de l’auteur
vous pouvez lui écrire à <gerard.belorgey@wanadoo.fr>

Né en 1933, appartenant à la génération dont l'enfance a été marquée par la deuxième guerre mondiale, l'occupation et la Résistance, l'adolescence par la Libération, la guerre froide, puis par de clairvoyants engagements pour les décolonisations, l'auteur a ensuite partagé sa vie professionnelle entre le service public (il a notamment été préfet, délégué à l’emploi, directeur des affaires économiques de l’outre-mer, président de la chaîne de radio-télévision, RFO), l'enseignement et la publication d’ouvrages de sciences politiques (il est aujourd’hui membre du comité de rédaction et
collaborateur régulier de la "Revue Politique et Parlementaire"). Il a également assumé des missions dans de grandes entreprises en restructuration (Boussac, Usinor/Sacilor), puis a été conseil d’organismes professionnels.

Alors que ses condisciples ont été en particulier Michel Rocard et Jacques Chirac (il a partagé la jeunesse militante du premier dans les années cinquante et fait entrer le second à Matignon dans les années 60, avant d'être son premier collaborateur à l’Emploi, pour la négociation de Grenelle et au secrétariat d’Etat aux Finances, il n'a suivi ni l'un, ni l'autre dans leurs itinéraires. En effet, dans le domaine politique, comme il ressort de ses publications (cf. infra), Gérard Bélorgey n’a rallié ni la vulgate de la Veme république sur les bienfaits de l’alternance entre partis dominants, ni les tenants du catéchisme du libre-échange mondial. Il ne se résigne donc pas à TINA ("there is no alternative" au libéralisme). Tout en reconnaissant les apports autant que les limites de ceux qui ont été aux affaires et avec lesquels il a travaillé, il ne se résigne pas non plus à trouver satisfaction dans tel ou tel programme de camp. Mesurant combien notre société multiculturelle, injuste et caricaturalement mondialisée, souffre aussi bien des impasses de l’angélisme que des progrès de l’inégalité et des dangers de l’autoritarisme, il voudrait contribuer à un réalisme sans démagogie.

Partie de ses archives est déposée dans les Fonds d'Histoire contemporaine de la Fondation des Sciences Poltiques (http://centre-histoire.sciences-po.fr/archives/index.html)

Il a écrit et existé sous d'autres noms que celui sous lequel il a signé des ouvrages fondamentaux que furent "le gouvernement et l'administration de la France" ( 1967), "la France décentralisée" ( 1984), "Les Dom-Tom" (1994)  : le peuso de Serge Adour correspond à l'époque de la guerre d'Algérie et à une grande série de papiers dans Le Monde en  1957 , celui d'Olivier Memling à l'écriture du recueil de poèmes "Sablier " (couronné en 1980 par l'Académie Française et référé  dans l'histoire littéraire du XXeme Siècle de Hachette) et aux chansons qui en sont issues, celui de  Gérard Olivier à son analyse dans de  grands quotidiens de la décentralisation en 1981/82; celui de Solon  (malheureusement partagée par erreur avec d'autres auteurs) à la publication en 1988 de "la démocratie absolue" . Cessant de vivre un peu masqué, il retrouve son nom en 1998 pour "Trois Illusions qui nous gouvernent", puis à compter de 2000 pour "Bulles d'Histoire et autres contes vrais " (série de coups de projecteurs sur notre monde  qui seront souvent repris ci-dessous), ainsi que pour de  nombreux articles dans  diverses revues. En 2009, son récit "la course de printemps" revient sur la guerre d'Algérie.

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Des générations d'élèves de l'ena ont considéré que le classement de sortie de l'École leur pourrissait la vie pendant la scolarité et souvent, longtemps au delà. Il est supprimé et voilà que les critiques et protestations fusent...

Ayant été,  de trois ou quatre manières dans cette école - comme élève à la fin des années cinquante, comme directeur adjoint des stages en 65/66, comme membre de son conseil et comme enseignant par la suite, j'avais naturellement eu,  comme tout le monde, ma petite idée de réforme : que l'ena soit l'institution dans laquelle il fallait être entré et avoir été (un peu) formé pour pouvoir se présenter à un panel de concours donnant accès à tel ou tel corps ou à telle ou telle fonction du service public, ce qui garantissait un recrutement de l"ensemble au mérite et, grâce à la possibilité ( que je suggérai) de tenter plusieurs fois une entrée dans la filière de sa préférence ( alors que le plus dur de "l'amphi garnison" est que ses résultats sont sans appel, sauf tournants incertains ultérieurs de carrière) ,  un certain respect des préférences et des vocations de chacun.

On n'arrive pas aujourd'hui à  quelque chose de très différent si de la souplesse préside aux affectations définitives après sortie  et il reste effectivement à savoir comment se feront les passages de la qualité d'élève à  telle ou telle institution ou administration, mais l'on vient de se se donner le délai pour y réfléchir et ce n'est pas si mal.

Une  vraie question  qui subsiste était de savoir s'il eut fallu  "débrancher" l'accès à certains grands corps  (IGF, CE, CC) de la fin de la scolarité et n'ouvrir cet accès qu'après une certaine ancienneté dans d'autres fonctions. Le problème du choix eut été retardé, mais il n'aurait pas été plus facile, peut-être même avec des critères plus aisément biaisés.  De surcroît certaines vocations ont intérêt à être affirmées assez tôt, et pas si tôt d'ailleurs lorsque les élèves sont issus du concours fonctionnaire avec déjà un temps de vie professionnelle précédente.

 De fait "l'alimentation de ces "grands corps " peut être influencée de bien des manières et au premier chef par de nombreux recrutements parallèles à ceux de l'ena qui est le seul système à  maintenir la méritocratie de base ( à mieux nourrir encore par la troisième voie si celle-ci est bâtie avec plus de rigueur que d'arbitraire). Il faut donc surtout que les "tours extérieurs" restent en proportion raisonnable. Au delà une circulation entre "corps" pour l'instant, et métiers de toutes les façons sans doute dans l'avenir,  est le moyen  par lequel écarter des carrières trop linéaires, trop enfermées ou trop débitrices d' heureuses  influences.

Il n'y aura jamais de perfection, mais la leçon du service public est d'apprendre à savoir bien doser par des compromis intelligents et hors des passions politiques. Sur la réforme appréciable en son  principe qui vient d'intervenir enfin, sachons donc raison garder...
Jeudi 26 mars 2009 4 26 /03 /2009 15:23
- Publié dans : services publics
Par Gérard Bélorgey - Voir les commentaires
   E. Balladur est décidément le préposé de la Présidence aux réflexions sur les réformes institutionnelles. Après celle de la Constitution, le voici en charge de propositions pour la réforme de l'organisation territoriale de la France, chantier que lui disputent des élus sous la houlette du chef des parlementaires UMP , l'institution sénatoriale en tant qu'elle représente les collectivités locales de la Nation, et quelques groupes d'"experts" réels ou improvisés, sans compter les approches de principe du rapport Attali et celles  plus  comptables du Budget.

Économies donc, et  rationalité ?

Il ne peut y avoir de redistribution des tâches sans une mise à plat des responsabilités de financement et des attributions de ressources fiscales. Mais le poids des habitudes, parfois  des inerties passées est considérable, tandis que le  renoncement d'autrefois à des réformes qui eussent été capitales ne peut sans doute plus être compensé. Si l'on voulait réduire le nombre d'échelons d'administration et, par exemple, fusionner l'étage qui subventionne ( La région, sur ses fonds ou sur des fonds délégués par l'État) avec l'étage qui gère ( le département et les regroupements intercommunaux), on ne trouverait pas seulement lle problème  technique de définir le bon périmètre ( ce n'est pas conceptuellement le plus difficile et le bon schéma semble bien le vieux schéma de Michel Debré de quelque quarante régions "administrantes"  obtenues par des regroupements de départements et le  découpage de certaines unités régionales aujourd'hui trop vastes pour pouvoir administrer d'assez près), mais on trouverait surtout toutes les susceptibilités sur la détermination des chefs lieux et la difficulté psycho politique majeure d'avoir à remercier  une part  des notables locaux qui n'ont pas démérité dans des fonctions d'élus de telle ou telle collectivité pouvant, il est vrai,  faire double emploi.
Quant aux ressources, elles sont privées d'une base fiscale dont l'existence eut permis d'alléger l'actuelle batterie si contestée des vieux impôts directs locaux dont la TF et la TP.  On a renoncé, devant l'alliance de certains élus locaux , avides de bénéfices fonciers pour leurs électeurs propriètaires de toute taille , avec les intérêts de la promotion immobilière ,   à créer
en 1967 ( et l'on est jamais revenu sur cette erreur)  en France, comme il existe en d'autres pays, notamment aux E.U, une vraie taxe foncière sur l'urbanisation alors galopante, qui eut été une taxe sur la constructibilité des sols; ses  effets induits eussent été salutaires : de lutte contre la spéculation foncière, d'incitation à un urbanisme rationnel, de répartition équitable des charges d'urbanisation et de protection contre les ghettos, de ressource flexible mais très responsabilisante pour les collectivités et notamment les communes ou leurs regroupements.  Le résultat de cette absence a été la forme diabolique prise par notre urbanisation désordonnée faisant de plus peser trop d'autres types de  charges sur les plus modestes des ménages et  les plus intéressantes  des entreprises. C'est sans doute irrattrapable, car l'effet rétroactif serait aujourd'hui plutôt inéquitable  et cela gèle vraisemblablement  dans ses grands traits la fiscalité locale telle qu'elle existe aujourd'hui.
    

Opérationnalité ou projections de préoccupations de rapports de forces politiques ?
Des réformes n'iraient pas sans incidence sur le mode d'élection, la RP , utilisée pour le choix des conseillers régionaux, étant manifestement regardée avec réserve par ceux qui préfèrent les scrutins uninominaux comme pour l'élection des conseillers généraux, d'autant que tout aggiornamento et découpage ouvrirait la boite de Pandore des recherches optimisant les chances électorales de tel ou tel camp, compte tenu de l'intérêt majeur que représente l'exercice  des pouvoirs de gestion territoriale assorti de tant d'influences dans le paradoxe d'une Nation pilotée à droite au niveau national et gérée à gauche à bien des niveaux locaux, avec enfin, en perspective,  des effets considérables  sur le Sénat.

Enjeu de relations entre collectivités territoriales ou d'organisation de l'État ?

Les deux se tiennent  dès lors que depuis toujours les circonscriptions d'État ont pour une part coïncidé avec les périmètres géographiques de collectivités locales, à tel point que, jusqu'aux réformes de 1981, le préfet était le représentant du premier et l'exécutif des départements et régions. Mais, dans la réalité,  dès le milieu des années 70, les assemblées de ceux-ci et celles-ci avaient pris, de fait ,dans la plupart des cas, tellement d'influence, y compris, sur la répartition des crédits d'État, que ce rôle préfectoral d'exécutif local était parfois une commodité  pour les élus locaux qui pouvaient faire passer, certains de leurs choix ( lorsqu'ils ne plaisaient pas à tous ... et le poids de leurs fiscalités) pour ceux de la puissance publique nationale , si bien que le transfert des exécutifs a été une opération vérité, mais accompagné d'une espèce de revanche, parfois, sur l'autorité d'État dont le rôle coordonnateur a néanmoins obligatoirement perduré.

C'est à propos de ce métier préfectoral dans lequel j'avais tellement voulu croire que dans les observations terminales ( " Entre transaction et solitude" )  de l'ouvrage "Bulles d'Histoire et Autres Contes vrais" ( Phenix Edition, 2000, disponible sur Alapage .com) j'écrivais alors : " L'administration préfectorale  qui a été l'ossature d'une société traditionnelle ne remplit plus ce rôle, mais en exerce d'autres.  "Départis" dans les provinces pour y faire exécuter les lois - celles des Révolutions, des Empires, des Républiques - réquisitionner les chevaux et les hommes, maintenir l'ordre, sinon gagner les élections pour le pouvoir en place, du moins mettre les gouvernements en situation de comprendre comment elles se présentaient,  à la fois impulser les administrations d'État et inscrire les actions des assemblées départementales dans une cohérence nationale,  faire face à toutes sortes de problèmes à régler, les préfets ont longtemps été les seuls bien outillés à ces fins : par une information et des instruments de communication qui n'étaient pas diffusés comme aujourd'hui, par leur rôle de double exécutif de l'État et des collectivités sous tutelle qui sont devenus majeures, et - même - jusqu'à la Cinquième république, parce que l'absence de grand phénomène majoritaire de gouvernement  leur conférait un pouvoir propre un peu libéré des partis. Plus encore, à la différence de tous les autres agents publics qui ne peuvent agir que dans le champ d'habilitations précises, les préfets ont eu le devoir de trouver, dans la nécessité d'assumer leurs très vastes responsabilités de fait, les moyens, juridiques ou autres, de leurs compétences.    C'étaient les préfets de légende. Une légende qui a survécu à la réalité,  une vingtaine d'années, entre 1960 et 1980 . Pendant ce sursis, la stabilité  d'un fort pouvoir politique réduisit la part d'autonomie et d'arbitrage de la fonction;  les élus se virent reconnaître bien des légitimités en exerçant déjà des influences déterminantes sur le contenu de décisions qui passaient pour être celles des administrations du territoire, tandis que les puissances de l'économie commençaient à faire prévaloir leurs intérêts internationaux sur les lectures provinciales des affaires.

Parce que le droit traduisait les faits en mouvement et semblait  devoir mettre, grâce au transfert des exécutifs,  un terme aux alibis par lesquels bien des élus faisaient porter aux préfets la responsabilité de leurs choix, j'ai, sous le nom de Gérard Olivier, salué, dans Le Monde  et dans La Croix ,  au lendemain des réformes de 1981/82, "La fin des préfets de légende ".  Comme je l'exprimais alors , puis le développais dans "la France décentralisée" (  Berger- Levrault, 1984) et dans un cours  sur les finances locales (polycopié toujours consultable dans les fonds de bibliothèque de l'IEP et de l'ENA),   la  décentralisation restait pourtant inquiétante : elle  s'accompagnait d'enchevêtrement de compétences, de cocktails de financements,  d'absence de responsabilisation fiscale, de cumul des mandats : une constellation de défauts propices à la construction de nouvelles féodalités maillant le pays.

Celui-ci s'en est bien rendu compte. Il a fait sentir le besoin de quelques correctifs, en même temps qu'il est beaucoup revenu à ses préfets. La réforme décentralisatrice avait été conduite par Deferre comme un règlement de comptes entre élus et préfets. Il fut, un moment,  de bon ton de brocarder ces derniers. Un ministre des années 1980 n'avait-il pas dit qu'à la suite d'un changement politique, il n'était pas nécessaire de changer les préfets, mais seulement de les "faire tourner". Puisqu'ils avaient à chanter une autre chanson, il fallait seulement les faire chanter dans une autre cour. A quelques exceptions près,  ils ne se contentent pas de chanter. Ils se coltinent avec la réalité et essayent de la rendre supportable par les administrés. D'ailleurs, de toutes les personnalités publiques, ce sont encore celles qui ont le plus la confiance de l'opinion. Je n'ai jamais refait le métier, mais, comme interlocuteur d'entreprises ou comme  directeur de centrale, je suis resté en relations fréquentes et étroites avec ceux qui l'exercent. Ce ne sont plus des pivots de la Nation, mais des utilités appréciées. On attend d'eux que les services publics fonctionnent, qu'une bonne logistique soit en place, que la politique du gouvernement soit expliquée, que les crises soient traitées, même s'ils n'en ont pas les moyens. On veut aussi qu'ils ne fassent pas d'ombre aux élus : qu'ils soient suffisamment puissants pour être efficaces en cas de besoin et assez effacés pour ne pas être personnellement influents. Ils doivent être des hommes de service, pas des hommes de pouvoir."

Or, le corps préfectoral a tenu un langage constant que les gouvernements d'ailleurs ont écouté et essayer de mettre en oeuvre : la "déconcentration"( doter l'autorité territoriale d'État de pouvoirs définitivement délégués par les administrations centrales) doit aller de pair avec la "décentralisation"  ( habiliter des autorités locales  à exercer des compétences transférées par l'État) . Beaucoup a été fait en ce sens sur le plan technique, en particulier, à la suite des travaux, à la charnière des années 70, d'une "commission Iélhé" ( du nom de son présient, conseiller maître à la Cour ,venu de la France d'Outre-mer) qui s'était attaqué, avec une petite épuipe de collaborateurs dont je fus, ministère par ministère à "éplucher" tout ce qui était transférable. Depuis  lors, dans cet esprit, bien des textes solennels sur l'organisation territoriale ont voulu doter les chefs d'orchestre de l'État dans ses circonscriptions , région ou département,  des moyens d'assurer des politiques cohérentes.

Mais le temps de la chance de le réussir vraiment était passé. Il eut fallu le souffle politique. Ce fut celui que chercha, en 1969, le projet de loi référendaire sur la regionalisation qui mêlait étroitement décentralisation et déconcentration. Ce souffle mourut avec son inspirateur. En même temps, l'État se trouvait rogné par le haut et par le bas....et par le milieu.  L'Europe lui prenait les compétences stratégiques, les collectivités locales recevaient largement le soin de gérer  les actions de proximité. La tenue du tissu économique dépendait de plus en plus enfin des milieux d'affaires et des  choix ou obligations des entreprises confrontées à la concurrence internationale. Quant aux  administrations elles eurent surtout à intervenir pour contrôler ( mais il s'agit là d'une tâche quasi juridictionnelle qui relève du droit du travail et qui est théoriquement hors compétence préfectorale) ou pour faire face à des situations  de restructuration  si pénibles à gérer que c'est bien souvent, de fait, au corps préfectoral à tout faire que revint la charge des préventions, des pansements, des conversions, des consolations...

La  question préababe à une réforme territoriale de l'État et en même temps des collectivités locales est de savoir ce qui reste à faire à la Nation et en son sein, de dire clairement par qui .   

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Vendredi 17 octobre 2008 5 17 /10 /2008 10:23
- Publié dans : services publics
Par Gérard Bélorgey - Voir les commentaires
Sans  doute, parce que, de longue date,  les pouvoirs publics de toutes inspirations n'ont pas su définir une stratégie nationale suffisamment respectueuse des intérêts des Français et donc de l'avenir de leurs services publics, ceux-ci sont systématiquement  contestés par les idéologies libérales, les institutions européennes et les besoins d'économies imputables à l'ouverture aux concurrences mondiales. Ainsi les dépenses de  service public sont-elles aujourd'hui dans le collimateur de toutes les suspicions, ce qui donne lieu à un faisceau d'approches de valeurs  très inégales et peut trop souvent aller jusqu' à récuser l'esprit et l'utilité des services publics dans bien des domaines.


Il  a des besoins de réorganisations plus efficientes et moins coûteuses que le statu quo  qui sont tout à fait respectables  et impliquent légitimement la révision  des cartes administratives, judiciaires, hospitalières, militaires, etc. dont on ne peut qu'approuver les principes tout en se devant d'être vigilants sur les mises en oeuvre. L'une des clefs de ces opérations   serait dans la fusion des régions et départements en une circonscription unifiée dont une quarantaine environ devraient  couvrir l'hexagone (si souvent les départements très utiles sont étroits pour la rentabilité de certaines fonctions,  nombre de régions sont trop grandes pour être des circonscriptions administrantes) ; mais ce schéma (toujours pertinent et que  Michel Debré  suggéra il y a bien longtemps) heurte un peu les situations et habitudes d'une partie de la nomenklatura locale que l'on devrait néanmoins  pouvoir convaincre si on  en faisait effectivement l'effort.

Il y a la complète révision de la méthodologie budgétaire débutée sous les gestions précédentes et dans un réel consensus technique d'élus compétents appartenant à des familles  politiques différentes; mais  on a du mal à percevoir la portée pratique de cette révision laborieuse et sophistiquée, tant les chamboulements d'approche et la lecture difficile de "missions" posant des problèmes de définition rendent les navigations  hasardeuses  dans la préparation et la compréhension de la dépense publique.

Cette réforme de la technique budgétaire a été de pair avec la poursuite d'"objectifs  d'excellence"  s'appuyant  sur la multiplication  - avec un choix thématique qui paraît assez aléatoire -  des "audits de performance" ( que l'on peut consulter sur la rubrique éponyme du site web du ministère des finances), ce qui a souvent mobilisé les compétences reconnues des corps d'inspection et de contrôle, sans toujours apporter  des appréciations assez  pluralistes des  bien et mal fondés  de dépenses passées en revue.

Il y a enfin
la propension à confier à des cabinets privés d'audit et de "consulting" (s'exprimant souvent dans ces termes prétentieux et jargonneux) des missions de diagnostic et de réorganisation d'administrations publiques, ce qui répond à l'idée fausse selon laquelle ce sont des regards de gestionnaires privés qui doivent gouverner l'appréciation de services publics. Pour avoir exercé des responsabilités publiques et privées, je tiens au contraire à témoigner que l'esprit et les contraintes imprégnant le service public n'ont rien à voir avec les ressorts et les obligations selon lesquels doivent être gérés des  centres privés de profits et de pertes. AInsi des critères différents ôtent  toute pertinence à une approche analogique, en ne laissant d'intérêt de transposition qu'à des facteurs communs de bon sens.

Ce n'est  pas d'ajourd'hui que date ces modes répondant à l'esprit qu'il faut concevoir et gérer  l'État comme une entreprise; les agents publics ne sont pas rares qui ont  subi avec effarement les descentes inquisitoriales et souvent incompétentes  d'"experts" dont les travaux ne trouvaient la plupart du temps un sens que lorsqu'ils reprenaient des études administratives sérieuses précédentes.

La machine publique a pourtant l'expérience de grands chantiers qui ont tourné court très largement par suite d'erreurs psychologiques vis à vis du milieu public alors qu'ils comportaient néanmoins des fécondités méthodologiques vérifiées. La fin des années soixante a été marquée par la grande ambition de la Rationalisation des Choix Budgétaires (inspirée du PPBS américain) qui a eu la vertu, lorsqu'elle fut intelligemment appliquée,  d'apprendre aux services dÉtat à s'avouer leurs préférences et les prix qu'ils étaient prêts ou non à les payer; c'est sans doute d'ailleurs cet aspect d'opération vérité qui  a été   fatale à la RCB (
cf. L’ECHEC DE L’EXPERIENCE FRANCAISE DE RCB; une référence pour la réforme financière de l’État; ;Groupe d’études et de recherches sur l’administration publique(GERAP) par Alexis Quint), mais il y aurait encore beaucoup à apprendre de cette approche dont la finesse pourrait permettre, à nos yeux,  de mieux cerner et bâtir des  budgets de programme.

C'est l'excès de grandes messes trop politisées autour d'un autre thème, celui, en soi très porteur et opérationnel,  de la qualité, et le caractère trop systématique  des tentatives de mise en place des cercles et procédures du même nom  qui ont détourné, en partie à la faveur du changement de majorité  de l'époque,  à la fin des années 80, de finaliser à bonne mesure les processus très intéressants de recherche des causes de "non qualité" dans les administrations et établissements publics  et qui  restaient raisonnables dès lors que des techniques  éprouvées  en entreprises étaient transposées comme il convenait à un autre milieu  (cf. Gérard Bélorgey et Cabinet Delta, LA QUALITÉ DANS LES SERVICES PUBLICS, 1987, Berger Levrault).

La réforme de l'État - chantier sans cesse renouvelé et toujours en cours, et qui veut aujourd'hui se présenter comme une "rupture" - ferait bien de se garantir une  légitimité en se gardant de prendre le modèle privé comme référence et en  se plaçant  dans une continuité  tenant compte des grandes expériences passées, de leurs zones de réussite et d'échecs. Le problème est que la réforme administrative est aussi une geste politique qui veut donc faire croire et faire voir en se plaçant sous l'éclairage  idéologique actuel du néo libéralisme voulant faire passer des choix politiques pour des obligations économiques. C'est pourquoi la première réforme de l'État ne consiste pas à réformer l'État, mais à le diminuer
.:  en réduire la sphère d'intervention ou d'influence ,  par principe et au profit d' investisseurs privés, appelés à remplacer des opérateurs publics nationaux. Il y a ainsi toujours une bonne raison - qui n'est certes pas de bonne gestion sauf comme prétexte invoqué - pour élargir de plus en plus le champ des privatisations comme  l'exige l'Europe et comme le veut d'ailleurs avec elle la classe économique dirigeante française. C'est le tour de la Poste,  après l'énergie, les transports et avant, n'en doutons pas,  les services sociaux eux-mêmes, dès que ce sera possible par suite du conditionnement de l'opinion. Celui-ci consiste à faire valoir un programme simple : il faut moins d'impôts, moins de dépenses et moins de fonctionnaires ou de personnels d'un secteur d'économie mixte. La réforme administrative et la rétraction étatique, deux habillages du rouleau compresseur libéral en marche ?

Dimanche 20 juillet 2008 7 20 /07 /2008 10:44
- Publié dans : services publics
Par Gérard Bélorgey - Voir les commentaires

Je porte un regard très attentif sur  la réforme envisagée  du  service public de l'emploi par  la perspective enfin mise en chantier d'une "fusion"  des agences ANPE et des Assedic.

Un rappel historique met bien en évidence que si cette union n'a pas été faite par le passé, dès les grandes réformes des structures de l'administration du travail ( et du chômage, modeste alors ) en 1967, ce défaut de conception n'a tenu qu'à des raisons  contingentes et non à des motifs logiques. Le constat que fait Georges Pompidou en 1967 est que la transformartion  industrielle ( encore) que connaît alors la France va avoir trois conséquences : des changements inéluctables de métiers pour nombre de salariés, des interruptions de continuité d'emploi constituant un chômage d'adaptation qu'il faut très convenablement couvrir pour permettre des mobilités consenties et un besoin de garantir les formations professionnelles continues pour ces adaptations ou reconversions nécessaires. C'est d'ailleurs aussi bien l'analyse de l'épopue d'un Jacques Delors chargé des affaires sociales au Plan.

Pour gérer ces changements dans la sécurité et la paix sociale, il faut le bon outil collectif qui n'existe pas : les services traditionnels du Travail sont centrés sur le contrôle du droit du travail
tandis que leurs tâches de placement ne sont guère des priorités malgré leur quasi monopole  théorique; l'indemnisation du chômage par  l'Etat est  marginale et relève plutôt de l'aide sociale ; un accord interprofessionnel de 1958 ayant créé à l'instigation du Général de Gaulle  une assurance chomage gérée paritairement par employeurs et salariés ne couvre pas toutes les activités du pays  et, en dehors d'instances professionnelles spécialisées comme dans la sidérurgie ou par le biais des CCI, la formation professionnelle puissante est essentiellement conduite par l'AFPA pour la mise en capacité et compétence des gros bataillons de qualifiés dont l'économie a alors besoin : dans le BTP, les métaux, la mécanique, etc.


 Ce sont les bonnes ordonnances sociales de 1967 dont le pilotage est en fait alors confié à Jacques Chirac, secrétaire d'État à l'emploi dont je suis le directeur de cabinet, qui vont créer les bases donnant les sécurités minimales nécessaires ; amélioration des indemnités de licenciement, surtout généralisation obligatoire de l'Unedic à toutes les activités et dimensions d'entreprises (  c'est à  à l'époque un pas considérable) et recherche du bon outil qui pourrait faire en cohérence le service des prestations chômage d'ETAT et UNEDIC, le placement des chômeurs en rapprochant, comme une bourse, demandes et offres d'emploi, mieux encore,  le moyen des ajustements entre les deux par une politique articulée de formation professionnelle tous azimuts et tout au long des parcours professsionnels.  C'est la le modèle que préconise le  rapport ORTOLI, ex-directeur de Cabinet de Pompidou devenant alors Ministre de l'Equipement : un grand service non administratif mais délégué à la  gestion paritaire syndicats/ organisations patronales ou entreprises, responsabilisant les uns et les autres, conçu selon le modèle allemand,  contractant avec l'Etat pour une mission de service public, certes sous tutelle, mais ne mettant plus l'État en première ligne, et supprimant les étanchéîtés entre indemnisation, placements, formation.

 

De ce rêve logique il ne sortit alors que la petite souris administrative ANPE, avec  je me rappelle un premier budget, en 1968, de 41 millions de francs .  Le Ministre d'État des affaires sociales, J.M. Jeanneney ne voulait pas voir son administration éliminée car il lui voyait un rôle prétorien de veiller au travail de tous; certains  partenaires sociaux redoutaient d'être en charge  du défi de monter un établissement industriel et commercial à vocation sociale  et obligation de résultats de reclassements par mobilités et formations , tandis que l'AFPA campait, comme elle campe toujours, je crois, sur son originalité issue de la guerre d'un pilotage  à trois , salariés, patrons, État. Le compromis fut donc ce petit établissement public administratif ( administratif, parce que les Finances voulaient le contrôler et parce que que le ministre du travail voulait toujours y voir son bras), cette ANPE que l'amplification du désemploi, l'infirmité du début, la difficulté de monter de vrais bourses d'échanges entre demandes et offres a du obliger à se porter  de réformes  en réformes  à la dimension considérable et aux complexités de fonctionnment que l'on sait dans ses relations avec les institutions cousines qui n'ont même pas des  programmes  informatiques compatibles. Le fait que  les Assedic aient  reçu la compétence de faire aux chomeurs les mandatements de leurs diverses sources de revenus de remplacement. n'a pas empêché les developpements séparés de chaque  esprit maison tout à la fois missionnaire et l'oeil sur son budget, ce qui  paraît créer des  interferences permanentes sur des questions de formations ( (définition, rémunérations)  dont une institution ou l'autre s'est souvent quasi autoconférée la charge de pilotage, en les déléguant fréquemment hors Afpa à des tiers très friands de ces mannes.    La double affaire a pris son énorme souffle, ses gros recrutements, ses déficits de résultats avec les grandes vagues de restructurations des années 80/90, en même temps que les incontournables pré-retraites ou les interminables stages de reconversion ( puisqu'il n'y avait pas de travail de remplacement à offrir), les spécificités de chaque approche statistique ont de plus en plus mêlé les rôles et rendus difficiles des contrôles que chacun voulaient faire à sa manière et selon ses critères. En 1985/86, alors que j'étais revenu dans l'univers du travail et de l'emploi comme Délégué à l'emploi ( que je fus avec Michel Delebarre puis avec Philipe Seguin) un audit de bon sens avait mis en évidence que le parcours d'un chômeur de moyenne durée comportait 19 étapes d'aller et retour entre les diverses administrations compétentes ( de la mairie, à l'assedic, à l'anpe, aux stages de formation, aux bilans d'étapes ou définitifs et aux revisions des situations). Plutôt que remettre une fois de plus sur le métier l'essai de rationnalisation de ce pélérinage, après avoir en vain essayé de préparer  une fusion ASSEDIC/ANPE, je laissai pour testament au ministre que je quittai  en 1987 un dossier fourni expliquant pourquoi et comment il fallait le faire et en rapprocher l'AFPA ainsi qu'une nébuleuse d'abonnés aux crédits de la form.prof.  dont les fortunes ont été bon train après les décisions de principes et les lois en la matière ayant procédé de la négociation de Grenelle en 58.

 

Je pense quen 2007, 20 ans après cette préconisation de 1987, 40 ans après le coup manqué en 1967 du grand service unifié de l'emploi (à transmettre  sous contrôle, mais vraiment à confier aux partenaires sociaux avec les garanties statutaires nécessaires aux personnels), les objections des états-majors, des personnels, des syndicats risquent de s'être encore plus renforcées, en se fossilisant par le temps et en s'amplifiant par le nombre des concernés et en s'étant de plus en plus compliquées par les charges des comptes des divers fonds de chômage , du placement et de la formation. Malgré de tels obstacles à surmonter, il faut faire cette réforme logique  dont on voudrait trouver des prémisses dans l' une des  "étude de performance" du site du ministère du budget. Mëme s' il  est sans doute peu propable qu'elle permette des économies rapides de personnels,  elle doit autoriser des gains de structure, des rationnalisations de moyens et des montées en efficacité, enfin et surtout, un peu moins de galère pour les chômeurs, usagers ou clients comme on veut bien désormais les appeler ici ou là : ces demandeurs d'emploi en perdition qui étaient  quelques dizaines de milliiers autrefois et qui sont d'importantes centaines de milliers aujourd'hui, obligés de devenir plus compétents sur le fonctionnement du service public de l'emploi que pour  l'exercice de leur propre métier!  

Lundi 1 octobre 2007 1 01 /10 /2007 23:39
- Publié dans : services publics
Par Gérard Bélorgey - Voir les commentaires
De la même façon que j'ai essayé - peu efficacement - de conseiller des amis socialistes, l'un de mes correspondants cherche à conseiller - j'espère plus efficacement - des amls du MODEM. Le texte qu'il leur a fait parvenir pour leur réflexion a retenu tout mon intéret. Je vous invite donc à partager son analyse ou à y réagir. 


Olivier MIRÉ
Services publics : on a été trop loin dans la libéralisation

Il y a de bons principes à gauche et à droite, dans l’intervention publique et dans le libéralisme. Mais les excès de l’un et de l’autre sont néfastes. Il faut doser. C’est précisément une démarche centriste.

La question des services publics fournit un bon exemple. En partant d’une situation, après les nationalisations de 1982, où l’Etat avait beaucoup trop étendu sa sphère d’intervention directe dans l’économie, d’ailleurs bien au delà de ce qu’on peut considérer comme des services publics, on a été manifestement trop loin dans la libéralisation, c’est à dire dans le fait de confier de véritables activités de service public à un mode de gestion d’entreprise privée, autrement dit à un mode de gestion guidé avant tout par l’intérêt propre de l’entreprise et non par l’intérêt général. Dans ce dernier modèle , pour assurer le service public, l’Etat n’intervient plus qu’au travers de règles générales et pour rectifier après coup les situations trop flagrantes de négligence du service public ou de violation des règles de concurrence.

Prenons quelques exemples dans les services publics économiques.

On avait de grands monopoles publics (SNCF, Poste, France Télécom, EDF et GDF) qui avaient sans doute besoin d’être dynamisés sur différents points et, pour certains, d’être moins coûteux pour la collectivité. Mais ils fonctionnaient globalement bien, assuraient une couverture géographique totale, étaient souvent à la pointe du progrès technique (Minitel, TGV) et, chose dont les Français n’étaient pas conscients, avaient des tarifs pour l’usager tout à fait raisonnables par rapport aux autres pays en Europe (tarifs postaux, électricité la moins chère d’Europe, hormis la Scandinavie).

Au motif de rendre plus performantes les entreprises en cause, mais aussi par parti pris et en répondant aux appétits de dirigeants ou investisseurs qui voyaient là des secteurs où il y avait sans doute beaucoup d’argent à faire, l’Europe et la France ont décidé de supprimer ces monopoles, de « libéraliser » ces secteurs. Le processus a été initié par les gouvernements de droite, qui ont permis qu’il s’enclenche au niveau européen avec l’adoption de directives de libéralisation. Mais il n’a pas vraiment été freiné par les gouvernements de gauche et il avait d’ailleurs le soutien de dirigeants de certaines des entreprises concernées –ce qui montre qu’ils pensaient que l’intérêt propre de leur entreprise allait dans ce sens. Ces derniers avaient d’ailleurs raison : en tout cas EDF et France Télécom, aujourd’hui sociétés à capital, n’ont jamais été aussi florissantes.

On a donc entamé un processus d’abolition progressive des monopoles légaux. La téléphonie est complètement libéralisée, l’électricité et le gaz le seront pour les particuliers le 1er juillet, la poste en 2009, de même que le transport ferroviaire (à compléter).

Or, à la place des monopoles publics qui étaient étroitement contrôlés par l’Etat, qu’a-t-on ? De très grosses entreprises, sinon en position dominante, du moins chacune en très forte position, mais qui agissent essentiellement dans leur intérêt propre et qui assurent une qualité du service public en baisse.

Le train : on a maintenant deux catégories. Pour le transport régional, heureusement les régions sont là, mais avec des difficultés avec l’opérateur qui reste la SNCF. Pour le national, on a tout misé sur les grandes liaisons rentables TGV. Résultat : manque de coordination avec les correspondances régionales, manque de souplesse et tarification exorbitante : les entreprises et les personnes qui ne sont pas dans une catégorie particulière dépensent des fortunes pour voyager. Même seul, il est moins cher de venir en Touraine de Paris par l’autoroute que par le TGV. Pas très écologique!

La poste : fermeture des bureaux ruraux et pas plus de monde au guichet dans les villes. Par ailleurs, quel intérêt de transformer les services financiers de la poste, qui avaient une très forte spécificité sociale, en une banque classique, sinon compenser les pertes que fera l’activité courrier du fait de l’écrémage de celle-ci sur les créneaux les plus rentables du fait de l’ouverture à la concurrence  ? Comme s’il n’y avait pas assez de banques sur le marché. Autre effet pervers, la poste cherche des recettes en inondant nos boîtes aux lettres de publicité adressée. Pas très écologique non plus !

Les télécoms. Des entreprises qui dépensent des fortunes de publicité pour attirer le client sur un maquis de formules tarifaires qui ne permettent pas au consommateur de s’y retrouver. D’ailleurs France Télécom, SFR et Bouygues ont été condamnés à plus de 500 millions d’euros d’amende par l’autorité de concurrence en 2005 pour entente anticoncurrentielle, notamment sur plainte de Que Choisir ?. La qualité du réseau fixe se détériore alors que l’abonnement n’a pas cessé d’augmenter ces dernières années. Ne parlons pas du sketch ridicule de la disparition du 12 pour les renseignements téléphoniques au profit d’une multitude de prestataires qui dépensent eux-mêmes des fortunes en publicité.

L’électricité. Depuis l’ouverture du marché pour les entreprises, qui a commencé en 2000, EDF est donc florissante, mais les prix du marché libre sont désormais à près de 70% au dessus des tarifs publics. Les entreprises qui ont fait le choix de quitter les tarifs publics en pensant que libéralisation voulait dire baisse des prix auraient du comprendre que ce n’est le cas que s’il y a vraiment concurrence. Or, personne n’a les moyens de concurrencer sérieusement EDF. Sait-on que le Conseil constitutionnel a jugé que la directive européenne qui prévoit la libéralisation du marché pour les particuliers à compter du 1er juillet prochain interdit le maintien du tarif public pour les nouveaux contrats à compter de cette date, sauf pour les « cas sociaux » ? Il vaut mieux ne pas déménager à compter du 1er juillet. Comment le gouvernement envisage-t-il ce problème dont on n’a pratiquement pas parlé ?

En vérité dans la plupart des cas, on n’a pas abouti à une situation saine. Il fallait libéraliser ce qui ne relève pas des services publics nationaux fondamentaux et ce qui pouvait l’être en débouchant sur une situation vraiment concurrentielle : par exemple, oui pour l’Internet et les mobiles, non pour la téléphonie classique. France Télécom aurait du se cantonner à cette dernière et à gérer le réseau fixe au lieu de se comporter désormais comme un marchand de tapis sur tous les fronts. Oui pour le gaz, qui est en concurrence large avec d’autres énergies et pour lequel il faut constituer un champion européen, non pour l’électricité dont les usages captifs et le caractère essentiel sont trop importants. Oui pour l’avion, non pour le train et les autoroutes qui sont des monopoles naturels et qui devraient être gérés dans un très fort esprit de service public. Partiellement pour la poste qui devait garder un monopole suffisant pour rester viable sans aller perturber la concurrence sur des marchés où l’initiative privée est suffisante.

Les choix critiquables qui ont été faits profitent à certains mais non à l’intérêt général. Ils ont été opérés subrepticement, sans que les citoyens en soient informés alors que les effets les touchent directement. Comme ils sont largement passés par le truchement de l’Europe, cela a contribué à compromettre la confiance des gens dans le magnifique projet qu’est la construction européenne. Il faut recentrer tout cela !
Mardi 5 juin 2007 2 05 /06 /2007 13:09
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Par Gérard Bélorgey - Voir les commentaires
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