L'objet de ce site est de baliser par quelques souvenirs éloquents l'histoire récente et de faire contribuer ces expériences, par des
commentaires d'actualité, à éclairer et choisir les changements, en s'interrogeant sur les propositions des politiques et les analyses des essaiystes. Donc, à l'origine, deux versants : l'un
rétrospectif, l'autre prospectif.
A côté des problèmes de société (parfois traités de manière si impertinente que la rubrique "hors des clous"a été conçue pour les accueillir),
place a été faite à "l'évasion" avec des incursions dans la peinture, le tourisme, des poèmes, des chansons, ce qui constitue aussi des aperçus sur l'histoire vécue.
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L'auteur
Né en 1933,
appartenant à la génération dont l'enfance a été marquée par la deuxième guerre mondiale, l'occupation et la Résistance, l'adolescence par la Libération, la guerre froide, puis par de
clairvoyants engagements pour les décolonisations, l'auteur a ensuite partagé sa vie professionnelle entre le service public (il a notamment été préfet, délégué à l’emploi, directeur des affaires
économiques de l’outre-mer, président de sa chaîne de radio-télévision, RFO), l'enseignement et la publication d’ouvrages de sciences politiques (il est aujourd’hui membre du comité de rédaction
et collaborateur régulier de la Revue Politique et Parlementaire). Il a également assumé des missions dans de grandes entreprises en restructuration (Boussac, Usinor/Sacilor), puis a été conseil
d’organismes professionnels.
Alors que ses condisciples ont été en particulier Michel Rocard et Jacques Chirac (il a partagé la jeunesse militante du premier dans les années cinquante et fait
entrer le second à Matignon dans les années 60, avant d'être son premier collaborateur à l’Emploi et pour la négociation de Grenelle et au secrétariat d’Etat aux Finances, il n'a suivi ni l'un,
ni l'autre dans leurs itinéraires. En effet, dans le domaine politique, comme il ressort de ses publications (cf. infra), Gérard Bélorgey n’a rallié ni la vulgate de la Veme république sur les
bienfaits de l’alternance entre partis dominants, ni les tenants du catéchisme du libre-échange mondial. Il ne se résigne donc pas à TINA ("there is no alternative" au libéralisme). Tout en
reconnaissant les apports autant que les limites de ceux qui ont été aux affaires et avec lesquels il a travaillé, il ne se résigne pas non plus à trouver satisfaction dans tel ou tel programme
de camp. Mesurant combien notre société multiculturelle, injuste et caricaturalement mondialisée, souffre aussi bien des impasses de l’angélisme que des progrès de l’inégalité et des dangers de
l’autoritarisme, il voudrait contribuer à un réalisme sans démagogie.
Partie de ses archives est déposée dans les Fonds d'Histoire contemporaine de la Fondation des Sciences Poltiques (cf. liens).
Il a publié sous d'autres noms que celui sous lequel il a signé des ouvrages fondamentaux que furent "le gouvernement et l'administration de la France"
(1967), "la France décentralisée" ( 1984), "Les Dom-Tom" (1994) : le pseudo de Serge Adour correspond à l'époque de la guerre d'Algérie et à une grande série
de papiers dans Le Monde en 1957 , celui d'Olivier Memling au recueil de poèmes et chansons "Sablier " (couronné en 1980 par l'Académie Française et référé, dans
l'histoire littéraire du XXeme Siècle de Hachette) celui de Gérard Olivier à son analyse dans de grands quotidiens de la décentralisation en 1981/82; celui
de Solon (malheureusement partagée par erreur avec d'autres auteurs) à la publication en 1988 de "la démocratie absolue" . Cessant de vivre un peu masqué, il retrouve
son nom en 1998 pour "Trois Illusions qui nous gouvernent", puis en 2000 pour "Bulles d'Histoire et autres contes vrais " (série de coups de projecteurs sur quelques apects du
dernier demi siècle qui seront souvent repris ci-dessous), ainsi que pour de nombreux articles dans diverses revues. EN 2009, il est revenu sur la guerre
d'Algérie avec le roman ( Ed. Baurepaire) "La course de printemps". Il prépare "L'évolution des rapports Gouvernés /Gouvernants sous la Veme République :entre absolutismes et
renouvellements?"
Alors que le 23 avril sera commémoré le 50e anniversaire du Putsh des généraux d'AIger, Jean-Pierre Guéno publie un livre de
mémoire et d'apaisement pour espérer un jour en finir avec la torture.
Comme il est indiqué dans son introduction, ce qui est particulièrement émouvant dans ce livre est qu’il est l’écho, plus d’un demi siècle, après de ce que l’auteur
enfant a connu lorsque son père, ancien résistant des maquis de Montluçon, était chargé de préparer , pour les « revues de presse » du ministère de l’intérieur
d’alors, les albums photos qui retraçaient certains des pires aspects de ces affrontements.
Selon la « prière d’insérer », «La guerre d'Algérie s'est accompagnée dans les deux camps de toutes les horreurs, de tous les excès, de
toutes les exactions : sévices corporels, maltraitances psychologiques, tortures. Des acteurs - torturés, simples témoins, et parfois tortionnaires - ont témoigné : civils ordinaires, appelés
d'Algérie, militaires, étudiants algériens, résidant en Métropole ou en Algérie, qui envoyaient leurs témoignages à des journaux ou à la justice. Cinquante ans après la fin de cette guerre, des
lettres remontent aujourd'hui à la surface.
Elles semblent surgir d'un autre âge, celui des ténèbres de l'Inquisition. Celui de la barbarie la plus noire.
Elles nous parlent pourtant de la fin des années 50. d'une époque récente, de la seconde moitié du xxe siècle, de la toute fin du Baby Boom qui vit l'apparition
des premiers ordinateurs français, la généralisation de la troisième semaine de congés payés, l'arrivée sur notre territoire des premiers disques d'Elvis Presley, le triomphe de Dalida, la
naissance de l'Europe des six et les premiers jaillissements de pétrole dans le Sahara. Le contraste est saisissant ! Après la lecture de ces lettres; de ces témoignages inédits sur la torture,
le regard que l'on porte sur cette partie sombre de notre Histoire ne sera plus le même. Un livre dédié par Jean-Pierre Guéno à tous les enfants du XXIe siècle pour qu'ils soient
déterminés à faire de la torture une pratique définitivement interdite. »
J’indique à titre personnel que ces documents reprennent de larges extraits de « En Algérie de l’utopie au totalitarisme » (Serge Adour, alias Gérard
Bélorgey, in Le Monde oct/nov. 1957) et sortent ainsi de l’oubli cette contribution de l’époque à l’analyse de la situation et à la recherche d’une
sortie.
Auteur des Paroles de... (Paroles de poilus, Paroles d'étoiles, Paroles du Jour J, Paroles de détenus, Paroles de femmes... ) aux Éditions Librio et Les
Arènes, Jean-Pierre Guéno est également l'auteur de La mémoire du Petit Prince et Les diamants de l'Histoire (Éditions Jacob-Duvemet).
Il y a quelques mois la maison d'édition "Arènes" en la personne de Rachel Grunstein, après contact avec le centre d'histoire de Sciences-Po où j'ai déposé
mes archives, m'a demandé de contribuer par ma documentation ( qur j'ai largement produite) et mes souvenirs à la préparation de son "livre objet" qui vient de sortir sur la guerre
d'Algérie ( et qu'a repris le dernier "Nouvel Observateur" ). Lorsque ce contact a été pris avec moi j'ai compris que Benjamin Stora serait appelé à participer à ce travail, mais non
qu'il en serait le pilote, ce qui m'aurait conduit à me défier, car d'un contact que j'ai eu par le passé avec lui à "la découverte", puis de ses fins de non recevoir de mes contributions,
et de ces silences sur celles-ci dans tous ses ouvrages, j'avais motifs à le suspecter d'ostracisme. Et voici que vient de sortir sous sa direction ( assistée de Q. Tremeneur auteur d' une
thèse sous sa houlette "la guerre sans nom" qui, à mes yeux, a surestimée l'insoumission du fait de la guerre d'Algérie) ce livre des "Arènes" remarquable par sa composition et
son iconographie ( comme celui qui avait été publié sur le temps de l'Occupation) .
Naturellement l'ouvrage qui vient de sortir ne reprend que quelques unes de mes photos, mais aucun de mes documents fondamentaux dès lors que Benjamin
Stora, comme à l'accoutumée, a soumis mes contributions à sa censure habituelle. Car jamais, me semble-t-il; je n'ai vu apparaître dans ses nombreux travaux une
quelconque référence à ce que j'ai eu, à l'époque chaude, l'occasion de publier en particulier , sous le nom de Serge Adour *, dans le Monde des 1957 à propos de la pacification. Ce
document clé qui est l'un des premiers complets larges témoignages sur ce qu'était cette pacification n'est pas évoqué dans l'ouvrage des "Arènes" alors que celui-ci fait référence à
l'action de Beuve-Méry et aux témoignages de soldats français. D'autres documents - à mes yeux essentiels - comme ce que réalisait au titre de la propagande française le journal "Bled" ou
ce qui apparaît dans la revue "Contacts" des services d'action psychologique, ou bien encore les directives Lacoste ne sont pas plus cités que les articles de Serge Adour, le tout étant
passé à la trappe y compris - ce qui montre bien non pas les difficultés du tri, mais la volonté d'exclusion - dans la bibliographie .
* Ce pseudo (que j'utilisai couramment lorsque je travaillais avec M. Rocard dans les cercles France Maghreb que j'avais fondés et
avec la SFIO en essayant d'investir mon expérience du Maroc où j'avais de nombreuses attaches familiales et été lycéen et où j'avais fait ma thèse sur le paysannat sous la direction de
Georges Balandier et les conseils de Charles André Julien ) a été préféré à mon nom dans le souci de ne pas permettre une identification de mes compagnons d'armes que je ne
considérais pas comme personnellement responsables de ce qu'une commission des droits et libertés auraient pu leur reprocher alors de tortures et exactions qui étaient de la responsabilité
du pouvoir politique. Le pseudo ne m' a pas empêché de porter dans ma vie toutes les conséquences d'une identification rapidement faite par les services intéressés et d'ailleurs rapidement
mise à jour, avant Mohemmed Harbi, par ceux qui commentèrent alors ces papiers; et de supporter diverses hostilités à mon égard engendrées par mes prises de positions.
Je ne cesserai de m'interroger sur les raisons de l'ostracisme d'un Benjamin Stora. Son riche et contradictoire profil enraciné dans
l'Algérie et dans une jeunesse d'un certain trotskisme, assorti certainement d'une animosité intellectuelle vis à vis d'un enarque qui fut responsable des questions du Maghreb aux
"étudiants socialistes" dans les années cinquante , sa façon de voir l'histoire et d'en faire sur l'Algérie son fonds de commerce personnel assez monopolistique peuvent-ils
constituer des motifs d'exclure les expressions d'une personnalité aussi différente de la sienne que celle que j'ai été ? Ou considére-t-il que son passé, et ses drames, lui confèrent une
légitimité à s'exprimer ( et à trancher sur qui peut le faire) que, malgré toutes mes attaches avec le Magrheb, je n'aurais pas; comme lui... de naissance ? Où passent les limites entre
ses réactions affectives et ce que devrait être ses devoirs d'historien ? alors qu'une forte d'une série comme celles des articles de 1957 a constitué non seulement un moment de
témoignages alors irremplaçables mais un combat politique - qui eut ses rententissements jusqu'à l'Assemblée - oh combien difficile alors pour essayer de changer à l'époque,
avec le soutien de Beuve Méry, le cours de la réflexion sur les solutions algériennes .
Il est évidemment plus facile lorsque l'on écrit postérieurement aux événements de faire; comme B.S., des tris arbitraires que de chercher à faire valoir des
convictions lorsque lorsque l'écriture "à chaud" est en même temps un moyen d'action. Quelle espèce de jalousie peut inspirer le voyeur à l'encontre de
l'acteur ? Ou m'exclurait-il parce que je me suis plus placé à l'époque sur le terrain du réalisme politique que sur celui de la défense des droits de l'homme qui pouvait appeler bien des
réactions opposées au vu des férocités et des atrocités des uns et des autres ?
On retrouvera ci-dessous pour mémoire le rappel des articles de 1957 et la manière dont ils ont été appréciés par Mohamed Harbi, leur présence
ainsi que la référence a ce que j'ai publié en 2004, " L'Algérie dans nos têtes", dans les synthèses de Wikipédia et sur ce site , ce qui est aussi une forme de témoignage,
la présentation de la version romanesque ( "La course de printemps" ) de mes souvenirs et de mes engagements.`
Serge Adour, « En Algérie : de l’utopie au totalitarisme », Le Monde Six
articles pleine page du 31/10 au 5/11/1957 – document historique sur la « pacification » par un sous-lieutenant du contingent.Selon Mohammed Harbi « Une vie debout » (La Découverte, 2001):
" la passion des jeunes socialistes pour la Tunisie et le Maroc contrastait avec leur timidité à l'égard de l'Algérie. Malgré ses réserves à
l'endroit des nationalistes, Gérard Bélorgey était alors le plus ouvert à notre cause. je ne serai donc pas surpris lorsqu'en 1957 il écrira dans le Monde, sous le pseudonyme de Serge
Adour,l’un des meilleurs articles contre la guerre que nous imposait son
pays" – consultable au Centre d’Histoire de Sciences-Po, fonds Bélorgey et sur « www. ecritures-et-societe.com ».
CES TEXTES SONT DISPONIBLES SUR L'ADRESSE du fichier correspondant :
http://ddata.over-blog.com/xxxyyy/0/50/69/19/les-art-du-monde.html
(avec quelques ereurs de transcription grahique)
et l'article que jai publié à leur propos "L'Algérie dans la Tête" dans la LA REVUE POLITIQUE ET PARLEMENTAIRE de novembre/décembre 2004 sur l'URL :
http://ddata.over-blog.com/xxxyyy/0/50/69/19/alga-rie-rpp.html
Comme je l'ai déjà indique par le passé sur ce site, mes motifs de restituer aces articles et commentaires cinquante ans après ( sur les URL indiquées) sont les suivants :
- Ils furent très particulièrement débattus au lendemain de leur publication, puis cités notamment par Daniel Guerin dans "Ci-gît le colonialisme " en 1973 (Ed.
Mouton) et par Mohammed Harbi en 2001 dans "Une vie Debout" (La découverte) : le premier donnant parfaitement le sens du titre : "L'utopie c'était
le rêve impossible d'une intégration qui venait vingt ans trop tard et d'une chimérique pacification. En s'y obstinant l'on risquait fort de s'engager sur la voie d'un totalitarisme où toute
opinion discordante est considérée comme danger et traitée comme telle. La guerre était largement une guerre raciale".
- Mais, par ailleurs, ces papiers - qui ont été à l'un des tournants de la prise de conscience de l'impasse algérienne - ont été quasiment ignorés de nombre d'historiens et notamment
de tous les travaux pilotés par B . Stora : ils ne font pas partie de son fonds de commerce, pas plus que du fonds éditorial du Monde.
En effet, les équipes du journal ont changé et ces textes n'ont jamais été cités dans ses n°s spéciaux rétroactifs sur l'Algérie. Il est vrai qu'ils n'étaient ni
d'un journaliste , ni d'une personne de notoriété, mais d'un inconnu ( encore que le pseudo avait déjà déjà utilisé dans des publications de la SFIO et au sein des comités France-Maghreb)
pouvant faire problème de crédibilité . Loin du reportage d'investigation et de scandale, ces constats voulaient , à l'inverse, ne pas faire accuser des exécutants -
comme l'explique le chapeau de présentation fait en 1957, en concertation entre Beuve-Méry et moi-même, par la rédaction du journal, c'est même la raison essentielle de choix d'un pseudonyme -
puisque la conviction de l'auteur est que les vrais responsables de ce qui a pu être le pire n'étaient pas ces exécutants mais les chefs politiques du temps. Ajoutons qu'aux yeux des
consciences engagées dans la défense des droits de l'homme , mes contributions se placèrent plus sur le terrain du réalisme (pourquoi se déshonorer dans un conflit qu'on ne peut pas
gagner) que sur celui des principes .
Ils constituèrent néanmoins , après le témoignage de JJSS et d'autres moins médiatisés d'un certain nombre de rappelés, le premier grand panorama des illusions, des techniques et des
dérives de la "pacification" .
En effet, si l'on ne prend en compte que les écrits "à chaud" de l'époque, les plus notoires furent alors, après les déclarations de principe de J.P. Sartre et D.Guérin, les
dénonciations et appels qui s?échelonnent sous les signatures de Claude Bourdet (13 janvier 1955, votre Gestapo d?Algérie), François Mauriac (15 janvier 55 La Question) de Henri Marrou
(France ma patrie , 5 avril 1956) et les cris d?alarme des sermons de Monseigneur Duval, l?achevêque d?Alger ou de Jean Mairey avant de démissionner en janvier 57, de la fonction de DG de
la sûreté), de Pierre Henri Simon ( 13 mars 1957, Contre la torture) , de Bollardière (lettre à l?Express au printemps 1957). Quelques périodiques accueillent des témoignages cruels et
ponctuels (les Temps modernes, Esprit, l'Observateur ) que reprend notamment le Centre de coordination pour la défense des libertés et de la paix (siège Clichy, secrétariat Robert
Barrat, Roland Marin, Maurice Pagat ) de même que des feuilles confidentielles. Preuves mène à bien quelques confrontations de points de vue. Robert et Denise Barrat mettent
au point leur Livre blanc , mais qui n?aura pas de diffusion et ne sera publié qu?'en 2001 par l'Aube. Hormis la série d?articles du Monde, je ne vois, à l'automne 1957, aucune publication
largement diffusée et qui replace la relation des faits dénoncés dans une fresque sur les comportements des acteurs et les conduites des opérations militaires.
La suite des publications restera très ciblée sur le combat contre la torture avec en 1958 les affaires Alleg (février ) et Audin (en mai et qui est le point d'ancrage des nombreuses
actions, puis travaux de P.Vidal-Naquet) et avec la « fuite » sur le rapport de synthèse de la Commission de sauvegarde. En 1960, c'est le roman de Jean Maurienne (Jean-Louis Hurst et
ses difficultés avec le P.C.), Le déserteur. D'autres cas individuels illustrent le refus d?aller combattre en Algérie comme ceux de Émile Lorensot (cf.archives Sc.Po.) d?André Moine,
emprisonné en 1957 (cf. Ma guerre d'Algérie, Editions Sociales, 1979)ou de Fernand Yveton (cf. la publication différée à l'Harmattan, 1986, de l'ouvrage de J.L.
Einaudi « Pour l?exemple »).L?appel des 121 est publié le 6 septembre 1960. Postérieurement on trouve toutes les histoires et études sur la guerre d'Algérie, mais qui sont des écritures ou,
pour le moins, des publications a posteriori.
- Autant il est aisé aujourd'hui d'écrire à posteriori l'Histoire et d'en juger les acteurs, autant il était difficile de s'exprimer alors quand "la fin de l'amnésie" (pour reprendre le
titre de l'ouvrage collectif publié par la découverte) n'avait pas succédé au "temps du boisseau".
Bibliographie indicative selon Wikioédia sur « guerre d’Algérie »
Généralités
Linda Amiri, La Bataille de France, la guerre d'Algérie en métropole, Robert Laffont, 2004.
Gérard Belorgey « L’Algérie dans nos têtes », Revue Politique et Parlementaire n° 1032-1033, octobre-décembre 2004.
Georges-Marc Benamou, Un mensonge français, Retours sur la guerre d'Algérie, Robert
Laffont, 2003.
Raphaëlle Branche, La Guerre d’Algérie, une histoire apaisée ?, Points Seuil,
coll. L’Histoire en Débat, 2005.
Raphaël Delpard, Les Oubliés de la Guerre d'Algérie, Michel Lafon, 2003
Bernard Droz, Évelyne Lever, Histoire de la guerre d'Algérie, Seuil, 1982 ; réédité en 2002.
René Gallissot, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier, Maghreb. 2 Algérie : engagements sociaux et question nationale, de la colonisation à
l'indépendance de 1830 à 1962, l’Atelier, 2007.
Mohammed Harbi, Les Archives de la Révolution algérienne, 1981.
Serge Adour, « En Algérie : de l’utopie au totalitarisme », Le Monde 31/10-5/11/1957 –document historique sur la
« pacification » par un sous-lieutenant du contingent, « l’un des meilleurs articles contre la guerre que nous imposait son pays », selon Mohammed Harbi « Une vie
debout » (La Découverte, 2001) – consultable au Centre d’Histoire de Sciences-Po, fonds Bélorgey et sur « www. ecritures-et-societe.com ».
Raphaëlle Branche, La Torture et l’armée pendant la guerre d’Algérie, 1954-1962, Paris, Gallimard, 2001.
Jean-Charles Jauffret, Soldats en Algérie, 1954-1962. Expériences contrastées des hommes du contingent. Autrement, 2000.
Jean-Charles Jauffret, Des hommes et des femmes en guerre d'Algérie. Autrement, 2003.
Sylvie Thénault, Une drôle de justice : les magistrats dans la guerre d’Algérie, La Découverte, Paris, 2001.
etc.
Oui , je ne parviens pas à comprendre que ce que j'ai communiqué ait été passé à la trappe, ce qui contribue à faire de l'ouvrage des
"Arènes" un document très spécial : exprimant bien toutes les sensibilités, les épreuves, les souffrances, touchant profondément par ses aspects
factuels et affectifs, mais qui manque assez largement des objectifs pédagogiques et historiques qui auraient du être aussi les siens . Il est vrai que l'on fait désormais valoir les
mémoires et leurs valeurs contre l'histoire et ses explications d'enchaînements et de responsabilités…
Par antinomie avec "pied-noir", "pied-rouge" a désigné celui qui se rangeait activement du côté des nationalistes algériens, puis celui qui allait se mettre au
service de la révolution algérienne à compter de l'indépendance.
Ce ne fut jamais ma tribu. Préconisant d'aller à l'indépendance de l'Algérie au lieu d'y faire la guerre , je n'ai pas été ( même si Daniel Guérin m'a salué
de la sorte) un "anticolonialiste" (ni les réseaux des porteurs de valises, ni les groupuscules d'extrême gauche faisant passer au FLN ne m'ont jamais attiré) mais je me suis situé, à
la lumière de mes expériences maghrébines du début des années cinquante, de ma formation historique et de mon militantisme , comme un "décolonisateur" ; parce que c'était à
mes yeux le réalisme politique et un réalisme politique qui devait sauver l'honneur .
Si après l'indépendance du Maroc, ses autorités m'ont proposé en 1958 de travailler pour et dans le royaume chérifien que je connaissais alors bien, ma carrière autrement engagée m'en a
écarté et , par la suite, la Coopération ne m'a pas conduit en Algérie où je n'aurais pas été d'ailleurs volontiers : ma propension à soutenir une nouvelle Algériene me portait pas pour autant à admettre ce que celle-ci avait laissé commettre comme martyr pour les harkis, sans comprendre les aliénations auxquelles, sous la
"pacification" avaient été soumis ses propres habitants(ce pays est bien difficilement celui du pardon).
Je n'ai donc fait en aucun cas parti (même si j'en ai croisés quelques-uns) de ces "pieds rouges" dont traite le livre venant de paraître de Catherine Simon
("En Algérie, les années pieds-rouges" ) : une fantastique enquête rétrospective sur les destins de ceux qui sont passés des années Ben Bella aux années Boumedienne, "des rêves au
désenchantement" et parfois de l'intégration à l'Algérie à la torture par des Algériens, des prisons et des cavales françaises à la résistance locale et aux poursuites par les autorités
d'Alger. Un tragique morceau incontournable de l'Histoire d'Algérie ( à quand la possibilité d'explorer des archives algériennes...) , en attendant les suivants et avec l'étonnement
de ne pas voir quelques noms, quelques livres parmi les références. Cet ouvrage illustre les pièges deslignes de conduite trop exclusivement inspirées par les idéologies
et même par la seule passion des droits de l'homme, sans relativiser toutes ces références à l'aune de ce qu'est la réalité d'un monde plus proche des temps passés et des cupidités
éternelles pour le pouvoir que des angélismes personnels ou des mythes révolutionnaires. Et parmi les survivants combien de nobles militants retraités amers et perdus pour ce meilleur monde
qu'ils ont voulu faire et servir.
Il y a deux ou trois ans c'est la fiction qui avait apporté un autre éclairage sur une histoire de ce registre ; " Le pied Rouge" , policier publié chez
Gallimard de François Muratet et couvert de quelques prix, racontait des djebels à Paimpol en passant par Paris, la traque d'un pied rouge par un quasi pied noir, d'un gauchiste mao
reconverti dans les missions délicates par un franquiste reconverti dans le milieu . Ce qui se passait en Algérie indépendante était quasi laissé dans l'ombre, sauf quelques allusions au
FIS et à d'étranges alliances. Mais les engagements dans le bled entre kathibas et commandos, passeurs et gardiens de la frontière et les combats entre polices , anciens du sac et
services parallèles ne sonnaient pas faux. C'était dur et crédible; fol aussi ; mais peut-être plus supportable que la réalité de l'ouvrage minutieusement historique que vient de nous livrer "La
découverte"?"; on pouvait croire que c'était de la fiction. Là on sait hélas que c'est de l'Histoire.
Voilà plus de cinquante ans - exactement 53 - que j'ai sur le coeur l'affaire du Zakri.
C'est à cet engagement meurtrier, en Oranie en 1956, que je réfère dans l'épisode "Mes marins" de "Bulles d'Histoire " , de même que je reprends
quasiment dans les mêmes termes, les moments de cette "bataille" dans le Chapitre 11 de "la Course de Printemps" .
Or des recherches m'ont conduit à découvrir le site sur lequel écrivent et témoignent depuis quelques années des fusiliers marins de la DBFM rescapés de cette
aventure
On y trouve souvenirs précis, expressions de tout ce que pouvaient penser les soldats
d'alors, cartes, fac similé d'articles de presse,correspondances, photos très éloquentes,etc. :tous documents que je n’ai pas pu bien transférer, mais
...
IL FAUT ALLER VOIR CE SITE : la vérité de cette époque parfaitement décrite par des engagés volontaires du temps, mais qui n'auraient pu imaginer ce à quoi, et
à qui , ils s'étaient livrés
Je reproduis ci-après mon témoignage et ce que j'ai comme part d'explication de cette vilaine affaire
- MES MARINS - 1956
Au chef lieu, il y avait des obsèques : après une lourde intervention de pacification,
on rendait les honneurs aux cercueils alignés, drappés de tricolore, frappés de l'ancre de marine. Il y en avait presqu'autant que, selon la presse, de combattants F.L.N. tués au cours de que
l'on avait appelé la "bataille du Zakri" dans l'ouest algérien,.
Entre les sonneries aux morts et les remises de décorations, je revivais l'opération. Elle
avait été montée de manière classique. Un vaste compartiment de terrain, composé de djebels allongés et de petits plateaux de piémonts, avait été, le plus discrètement possible, bouclé
avant l'aube, par des troupes motorisées constituant le filet de la nasse. Une fois en place, elles croisaient leurs vues et leurs feux sur tout ce qui prétendrait en sortir. D'autres
unités, à pied, étaient chargées de battre et ratisser la surface encerclée. Les habitants étaient rameutés vers des points de contrôle. Ceux qui ne se laissaient pas contrôler étaient les
rebelles. Au point haut du dispositif, un peu en avant du bouclage, était le piton du commandement. Deux types de forces étaient engagées : celles du secteur qui quadrillaient habituellement le
pays et le connaissaient bien; des forces d'intervention venues d'ailleurs. Mon peloton de chars et d'hommes portés appartenait aux premières. Nous y travaillions tantôt en véhicules, tantôt au
contact. Nous avions été placés en réserve auprès du commandant d'une demi-brigade de fusiliers marins : une troupe d'élite, spécialement entraînée, sophistiquement équipée, faisant, sur de
courts séjours opérationnels, la guerre comme un ballet, avec élégance, courage et férocité. C'est dans un douar qu'elle avait un jour "nettoyé" que j'ai fait fait rapine, avant que tout ne
brûle, d'une couverture de laine aux bandes vertes et blanches surlignées de fines rayures oranges, pourpres et noires, dont je ne parviens pas à me séparer, sur laquelle je couche encore souvent
depuis plus de quarante ans.
A peine l'aube s'était-elle ouverte, que ces commandos de marines, en progression sur
les pentes du djebel, furent cloués au sol par des tirs émanant d'une ligne de maisons, de figuiers de barbarie et de rocs en désordre. L'ensemble constituait comme un petit ksar surélevé par
rapport au lacet abrupt d'une piste. Au delà, un tournant, pour franchir un mauvais col, passait sur l'autre versant de ce haut de vallée.
Longtemps, dans mes jumelles, depuis le P.C., je suis resté à observer: dispersés en
tirailleurs, dans leurs treillis vert pomme, les hommes aux bérets à pompon rouge se faisaient "allumer" dès qu'ils se levaient de derrière un pli de terrain ou une murette. Ils ont fini par
donner l'assaut à découvert, enlevés par des enseignes de vaisseaux, glorieux comme en quatorze et fauchés par les rafales. Ils ne sont pas arrivés jusqu'au ksar avant que les fellaghas n'aient
réussi à se replier dans une grotte au delà du col. La journée s'est achevée sous les attaques au rocket de l'aéronavale, dans les fumées et dans les flammes.
Ce terrain, qui a fait tant de morts, je le connaissais. Sur cette piste, entre les aloès,
j'aurais pu me porter. Avec mes jeeps et mes chars légers - du modèle de ceux qui avaient fait la guerre de Corée - je l'avais souvent empruntée. Un jour, je l'avais trouvée coupée en dents
de piano, par des tranchées dans une épingle à cheveu et le half track de tête, surpris, a versé : deux hommes aux jambes écrasés. C'est sur cette piste aussi que j'avais vu mes premiers égorgés
: des jeunes du contingent, avec les couilles bourrant leurs bouches, déjà couverts de mouches.
Je ne croyais pas à la pacification, à cette guerre, à cette bataille. Mais je ne pouvais
plus rien changer. J'étais soldat : là pour prendre et pour sauver des vies. Au début de l'accrochage, j'avais osé dire au pacha :
« Commandant, mes chars peuvent passer. La résistance, je peux la
canonner.
Il m'avait foudroyé de son regard de chef.:
- Non, mon petit; ça c'est pour mes marins ».
Correction du 1er Février 2010 : Un correspondant
qui était présent comme membre des commandos de marine ,Jean Claude Balisson, m'inviteà insérer das le texte ci-dessus "les corrections nécessaires pour
le rétablissement de la vérité."
Rectificatif que je produis bien volontiers et qui
éclaire comment cet engagement n'a pas plus fait appel aux commandos de marine qu'à la cavalerie légère blindée qui pouvait éviter le massacre de marins de ja DBFM; j'insère donc ci
dssous ce qui m'est demandé :
Votre blog fait référence, entre autre, à la
trop fameuse opérationdjebel Zakri dont j'ai décrit le déroulement à l'aide de témoignages reçuspar des rescapés et le mien, en tant qu'acteur
passif.J'y découvre
une anomalie quant à la troupe que vous désignez pour avoirpris une part active à l'assaut. Ce ne sont des commandos marine, comme vous le
citez, qui ont essuyé lespremiers coups de feu, mais des marins de la D B F M ( Demi- Brigade deFusiliers Marins), composée majoritairement d'appelés du contingent et
derappelés, donc une
troupe peu aguerrie et totalement inexpérimentée. Les commandos marine, auxquels j'appartenais,
ainsi que la légion étrangèreont été héliportés à 400 mètres du piton sur lequel se tenaient lesrebelles. Nous avons reçu l'ordre de ne pas bouger (
note de GB : comme moi-même ) laissant ainsi aucommandement de la
D B F M le soin de recueillir les lauriers d'une victoirequi ne pouvait se solder que par un massacre. Vous en connaissez ledénouement....
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