il suffit d'avoir un titre universitaire de sciences humaines ...Soyez philosophe, historien, sociologue, etc... et garantissez à un éditeur de vos relations un peu
plus de quinze cents exemplaires d'équilibre et vous publierez votre contribution à l'incompréhension des temps présents.
Sans ces viatiques universitaires et si vous n'êtes pas non plus journaliste ou politique, soyez certain que vos expériences de gestion, vos travaux de
recherche, à moins que vous ne soyez mêlé à quelque scandale ou que vous soyez scandaleux par vous-même, ne vous ouvriront aucune porte de communication.
Comment est-il légitime que l'on puisse, si l'on a seulement un titre d'enseignant ou de chercheur, écrire et se faire publier sur n'importe quoi
qui est dans l'air du temps ?
Prenons l'exemple de la Démocratie. Depuis Jpseph Rovan,( "une idée neuve : la démocratie" elle nourrit bien des titres. Il y a bien sûr, en dehors
des abonnés des trétaux publics, les grands passionnés de causes dont la seule chance d'être un peu intelligible est cette voie du hasard. Mais pour un Jacques Rancière "la haine
de la démocratie" ( la fabrique 2005), combien de "pourquoi nous n'aimons pas la démocratie" , le Seuil, Myriam Revault d'Allonnes, 2010) ?
Une bonne rédaction; mais "à quel titre" de tels auteurs peuvent-ils se faire publier et essayer de faire entendre des textes dont on ne voit pas la
portée ? Évidemment à aucun titre, sinon ceux des mandarinats , car , au long fastidieuxde telles lectures,ou en essayant ensuite après celles-ci d'y trouver matières et leçons , on reste totalement sur sa faim de fécondité .
On a déjà signalé sur ce site plusieurs remarquables auteurs indiens très significatifs par leur représentation des étapes des sociétés
indiennes.
Dans le style de la satire des vies familiales dans l'Inde de transition entre le temps de la présence anglaise finissante et aujourd'hui, ne pas manquer de l'écrivaine Bulbul Sharma
:
" Mes sacrées tantes" ... ((Picquier, 2007))
On a signalé ici quelques remarquables ouvrages indiens. Faut-il y ajouter, sorti il y a deux ou trois ans « La Fille qui marchait sur
l’eau » de Siddhart Dhanvant Shanghvi ? Le Bombay des années 20 et les vies fantastiques, parfois surnaturelles, hors du commun et des temps
d’aujourd’hui, malgré toutes les références à l’émancipation des esprits indiens, en font un ouvrage excentrique qui parle plus de légende et d’happy few ou « peoples » d’alors, que de
la vie des hommes et femmes moteur des peuples.
Le véritable et d’ailleurs lent, toujours en cours basculement immobile, conventionnel et impertinent, féroce et fécond, immense et insuffisant de l’Inde
plurielle ressort sans comparaison bien mieux dans ce gros ouvrage moins brillant, mais prodigieusement documenté, construit, pondéré et étudié qu’est « Un garçon
convenable » de Vikram Seth. Diffusé en minuscules polices en deux très gros volumes par le livre de poche il fait partie des chefs d’oeuvre illisibles
et rejoint les sagas de toutes ces charnières d’histoires symbolique des peuples
Celles qu’illustrent notamment pour la France Les Rougon-Macquartde Zola, puisles Hommes de Bonne
Volontéde J.Romains, puis – en plus enlevé et rigoureux à la fois -les Thibaultde R. Martin du Gard (
et on peut même ajouter les gros romans de peinture sociale de Simenon), tandis que l’image des évolutions allemande et anglaise, aux tournants des siècles, ne se séparent pas desBuddenbrooks de Thomas Mann et dela Saga des Forsytede John Galsworthy. AvecLa Trilogie
du Cairede Naguib Mahfouz, l’Egypte a aussi sa grande fresque du passage d’époque à époque.
Les États-Unis, sauf si j’oublie une oeuvre majeure transversale à toute leur géographie et toute leur histoire échappent un peu au travelling total en
se contentant de la trilogie de Dos Passos, autour de laquelle il y a une effervescence d’œuvres moins larges , mais toutes bien éloquentes et toniques
comme par exemple, entre cent, celle de Frank Mc Court « C’est comment l’Amérique ? »
Et Dieu merci, Latino Américains et Afro Asiatiques répartissent aussi leurs sagas en morceaux de choix, ce qui reste lisible.
Car le propre et le danger des grandes fresques c’est qu’elles sont devenues ou deviennent vite des documents d’histoire que l’on peut consulter plus que des
ouvrages qu’on lit ou qu’on retrouve avec allégresse, des fonds de bibliothèques, plus que des productions littéraires à parcourir attentivement et à pouvoir proposer à la formation culturelle
des adolescents, si bien qu’elles trouvent au mieux parfois leurs déclinaisons en séries télévisuelles, en tant que sous-produits ressentis comme mieux comestibles ou plus alléchants . Ces grands
chefs d’oeuvre , parfois bien anciens, parfois plus récents comme « un garçon convenable », ont donc perdu leur fonction sociale première : en rançon même de leurs
talents qui faut savoir goûter avec beaucoup d’une trop rare patience.
Voici un bon ouvrage de documentation...sans révélations et dont le titre excède le contenu 1 - Louis Maurin ne "déchiffre" rien; il photographie, il "chiffre", sans expliquer les causes de ce qu'il constate et de cette manière peut-être qu'en"chiffrant", aboutit-il comme le service du "chiffre" -malgré lui bien sûr - à dissimuler les vrais motifs économiques du système mondial qui font les inégalités grandissantes de revenus et la montée du chômage mais ce n'est pas un économiste, encore moins un économiste hors pensée unique ( il est de la sympathique équipe d'"Alternatives Économiques" semblant croire que les politiques sociales peuvent presque tout résoudre) c'est un descripteur social qui donne à être affligé à avoir de la compassion sans inspirer moyen réaliste de remédier 2 - sans parler de sous titres malheureux comme "le travail et l'ombre du chômage" alors que l'inverse " le chômage et l'ombre du travail" eut été plus parlant
3 - Notons que la France considérée ne comporte pas d'outre-mers ( sauf très occasionnellement dans une statistique, et parfois pour dire
" outre-mer" non compris) qui ne méritent pas un chapitre 4 - Il y a tous les poncifs habituels, mais ils sont à jour
5 - Rions un peu en particulier avec celui sur l'inégalité hommes femmes ( qui fait les ressources de tous les programmes politiques) On y réapprend que l'espérance moyenne de vie des femmes est bien plus élevée que celle des femmes Or on sait cet indice mesure de manière synthétique le bon ou mauvais état relatif d'un ensemble (ainsi l'augmentation des chances de vie dans les PVD
est-elle habituellement mise au crédit du libre-échange, alors que cette augmentation aurait pu parfaitement être obtenue par des politiques économiques et sociales de développement interne et
non de prédation du commerce mondial) L'espérance de vie des femmes, bien plus longue que celle les hommes - en dépit de toutes les inégalités dont elles souffrent et qu'il faut combattre (
notamment par de plus grandes chances économiques pour toute notre société) - ne pourrait-elle exprimer qu'elles ont malgré tout en prenant toutes les gammes de situations en compte,
en genéral ( ce qui n'empêchent des cas pénibles, voire très douloureux) , des vies plus équilibrées , mieux suivies en matière de santé - "meilleures" peut-être -
que celles des hommes? Tel n'est pas le cas ; on nous confirme que c'est parce que les hommes boivent et fument qu'ils vivent moins longtemps Mais s'ils boivent et fument, est-ce leur mauvaise nature ou ne serait-ce parce qu'ils ont à compenser des difficultés, des manques, des mal-être encore plus
importants en moyenne que ceux des femmes ? D'ailleurs l'écart entre espéreances moyennes d'existence des unes et des autres se réduit en même temps que les inégalités se réduisent un peu, c'est à dire en
même temps que les femmes vivent de plus en plus comme des hommes ( et du coup, fumeraient plus aussi ..)
Mon vilain paradoxe veut simplement dire que je suis resté sur mes interrogations quant aux rapports entre longévité, conditions masculines et
féminines de vie, sexe et stress.
Il faut croire qu'il ya effectivement dans ces différences de chances, de forces , de vitalités une affaire d'hormones...ce qui montre bien que l'identité homme/femme fait partie des mythes
et que la femme est bien la meilleure.
Il y a déjà bien longtemps , j'avais signalé sur ce site deux livres indiens dans les termes suivants :i "A la faveur de
romans aux chapitres inégaux, l'Inde nous envoie de bien grinçants témoignages par lesquels d’impitoyables reporters sociaux nous montrent le prix de l’émergence économique ajoutant son cortège
d’horreurs ordinaires au poids, plus écrasant que féerique, des passés. Leur humour un peu lourd n’est pas de trop pour faire supporter à la mode britannique dont ils ont hérité, les destins que
supportent les frères cadets des enfants dévorés et violés par l’industrialisation européenne du XIXeme. On écoutera peut-être mieux ces « originaires » que l’on a entendu, il y a qulues années,
« le Sang des roses » de Patrick Cauvin dont l’écriture cinématographique est sans doute trop populaire pour intéresser certains critiques littéraires. Pour connaître le prix de vos tapis, de vos
vêtements, de vos matériels electro-ménager, de vos logiciels, de vos aciers, de vos voyages, de votre Occident qui jouit de ses bas prix grâce aux galères de la faim, des détritus et de
l’humiliation par leurs propres concitoyens d’un milliard d’hommes allez donc lire - et ils parviendront néanmoins à vous faire rire - Rhadida Jha, «L’éléphant et la maruti » ( Picquier Poche) et
Vikas Swarup, «Les fabuleuses aventures d’un indien malchanceux qui devint milliardaire ». Ce dernier a donné lieu au succès cinématographique que l'on sait, sans qu'il en ait été tiré la moindre leçon dans les rapports économiques Nord Sud.
Sous la forme d'un prodigieux policier - n'ayant rien voir avec ces classiques parodies indiennes que sont des productions comme les séries de H RF Keating sur "l'inspecteur
Ghote",Traquin Hall ( grand reporter britannique sans doute très bien conseillé par sa femme jounaliste indienne ) nous offre aujourd'hui
avec "l’Homme qui exauce les voeux" (collection 1018 ), un personnage truculent de détective très Privé opérant à New Dellhi et Jaipur et se colletant avec tous les préjugés, les tares,
les corruptions, les délices alimentaires, l'exploitation des faméliques, les violences insidieuses ou éclatantes - mais toujours incessantes - du nouveau miracle libéral économique
indien s'épanouissant entre call-centers, mines d'uranium et spéculation immobilière dans la pollution atmosphérique et morale la plus complète et la moins sanctionnée. Un monde
inimaginable mais certainement largement réel ou les vertus petites bourgeoises de rares braves gens plutôt ridicules, mais parfois efficaces, sont le meilleur que l'on trouve pour sauver
quelques victimes d'une horreur quotidienne qu'on accepte parce quelle est peuplée de
personnages burlesques et vivants dont les profils et dialogues sont traités avec un humour étincelant. Pour faire bonne mesure et montrer que c'est bien, comme un Dickens
d'aujourd'hui, l'horrible conte d'histoires vraisemblables, il y a "happy end".
La production indienne comporte - parmi bien sûr mille autres choses - un maillon de soudure dans la peinture sociale avec le roman singulier datant de 2005 deAbh Dawesar, "Babyji" (Editions HéloÎse d’Ormesson & 1018 )contant les premières tribulations d'une jeune
fille de famille qui trouve entre les amours féminines (ancillaires et élitistes) et sa fascination d'étudiante douée et privilégiée pour l'aisance matérielle et intellectuelle d'un modèle
occidental libéré ( mais pour quoi ?) des contraintes qu'elle subit , une évasion vers un ailleurs du monde révélant en fait l'impasse actuelle de sa société d'origine...Et celle-ci est aujourdhui regardée et subie, cette fois, par un jeune garçon, dans "l'Inde en héritage", de la même
auteure, chez la même éditrice et nominé pour l'un des prochain prix Médicis ou Renaudot, tant il est vrai que la production littéraire strictement française laisse elle-même à désirer autre
chose souvent que les obsessions de ses auteurs à la mode.
Derrière les qualités de ces différentes oeuvres , rien qui porte à une vision optimiste du cours des choses ..ni de l'Histoire
Sur la France, sur bien des pays d'Europe et sur ce que fut la gauche, c'est aussi un regard féroce, mais tendrement attaché au choses et aux gens que nous apporte l'étonnant MISSAKde Didier Daeninckx, chez Perrin, Un choix d"éditeur d'"histoire" marquant que D.D., toujours dans une ligne de Zola, toujours également aussi aigu et
découvreur - une fois de plus et peut-être plus audacieusement que jamais - mêle roman sombre et reconstitution historique valant procès à charge contre bien des autorités.
Là c'est l'autorité du PC qui est dans le collimateur à travers l'enquête que mène, au mitant des années cinquante évoquées avec une justesse de ton remarquable, à la demande du
Parti, un jeune journaliste de "l'Humanité" sur l'affaire de l"'Affiche rouge" : les conditions dans lesquelles furent exécutées vingt trois résistants et dans lesquelles est
tombé le réseau arménien des FTP qui compta dans ses rangs des opposants marqués au régime soviètique. Cette enquête n'aboutit pas à établir une responsabilité de l'appareil communiste dans cette
affaire, mais un profond malaise annonciateur des changements qui allaient suivre tandis que ces pages sont traversées par les portraits en pied que Daeninckx trace avec force de
personnages vivants que son limier rencontre alors : Duclos, Aragon, Krasucki, Tillon. Toute une époque toujours à comprendre avec la nostagie de ses forces et l'angoisse de ses
défaillances... C'était le temps des idéologies et des sacrifices en leur nom.
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