Il est bien évident que la ligne européiste française n'est pas la bonne pour trouver l'emploi.
Il faut donc essayer de comprendre - en sortant de la contre-productive et certainement maladroite attaque de l'Allemagne merkelienne ( laquelle plaît au
contraire à une bonne partie des modérés français , ce que comprend bien la droite qui va encore gagner sur ce terrain comme sur beaucoup d'autres ) - ce que l'opposition socialiste interne
propose.
On perçoit certes qu'elle rejette l' austérité; mais les Hollandais ont raison de dire que cette austérité n'est pas d'ores et déjà
installée en France.. On ne s'est pas, en effet, encore frontalement attaqué aux allocations retraite, chômage et , pour trouver de grosses économies plutôt qu'en réformant enfin le mille
feuille administratif (qui a l'intérêt supérieur de nourrir les réseaux politiques locaux) en taillant dans l'assurance maladie.
Mais soyons sûrs que ces régressions sociales sont pour demain s'il n'y a pas de politique de rechange.
Quelle est donc , derrière les déclarations de principe, la ligne que propose la "gauche" socialiste? Un interview de Emmanuel Maurel que vient de
publier" l'Économie Politique - N° 58" nous éclaire concrètement et tristement .
On en retiendra effet , en réponse à la question "si vous étiez aux manettes" quelle politique engageriez vous ?" les trois points suivants :
- "une relance par la consommation"; toutes choses égales par ailleurs ( cad sans maîtrise monétaire et commerciale), on sait que ces choix, s'ils sont
socialement équitables, seraient économiquement suicidaires : en dilatant, par l'effet de demande, dès lors qu'il
n'y aurait pas de protectionnisme, les importations des pays à bas prix de revient; en compromettant les facultés de la compétitivité ( assurer celle-ci en obtenant comme c'est
suggéré un smig européen relève de la fantaisie) ; en exigeant des ressources fiscales supplémentaires pour les minima sociaux... qui ne pourraient être, comme les services oublics
essentiels d'ailleurs, bien améliorés que si nous étions en économie protégée.
- " une relance de l'investissement par le développement des infrastructures publiques et en bâtissant une stratégie de filières" . Très bien, mais avec quelles
ressources ?
- La troisième proposition ( fusionner IR et CSG) n'est pas assortie de l'idée d'une augmentation du produit fiscal assuré.
C'est qu'en fait - comme l'illustre ensuite des propos convenus , sinon insipides , sur les entreprises - pas plus que ne sont posées les questions clefs d'un
protectionnisme européen et d'une souveraineté monétaire française au moins comparable à celle que la Grande Bretagne s'est garantie hors euro, l'interviewé n'aborde pas le débat de savoir quelle
type de modèle économique doit être préféré .
Doit-on continuer dans le sens d'une économie que l'on veut certes réguler, mais où, dans le fil de l'idéologie des privatisations, l'investissement privé est
le ressort de l'activité ( ce que dit au fond le Président lorsqu'il voit dans l'entreprise le coeur ( exclusif ? ) de la croissance); ou doit on restaurer l'idée qu'une économie pour être
équilibrée doit être mixte, c'est à dire avoir deux piliers : l'entreprise et la puissance publique.
Une économie qui ne passe que par l'entreprise est forcément essentiellement financée par l'épargne et l'investissement privés; et pour avoir ceux-ci,
il faut qu'existent structurellement de profondes et permanentes inégalités de revenus qui fournissent son carburant au système. Seule, une part de financement public de
l'investissement, par combinaison de la fiscalité , de l'emprunt et de la rentabilité même d'investissements publics précédents, peut réapproprier la communauté nationale, diminuer les
inégalités ou ne plus en faire une fatalité, et permettre des choix stratégiques de filières, voire de saisir des opportunités de profits . Il n'est pas nécessaire pour cela d'avoir
un secteur nationalisé; mais il faut un système de contribution publique à l'investissement lui conférant le devoir d'intervention dans certain cas et un droit d'association à des opérations très
profitables dans d'autres. Pour y parvenir c'est une autre conception ( celle qui a été exposé sur ce site le 04/09/12 ) d'une banque
publique d'investissement que celle qui a été mise en place qui serait nécessaire.
Si l'interviewé pointe les insuffisances de la loi bancaire ( encore qu'on se fasse beaucoup d'illusion sur les vertus qu'aurait une plus forte séparation
entre "dépôts" et activités d'"affaires") , il n'envisage pas un instant que l'un des outils d'une stratégie nouvelle serait dans un rôle de banquier d'affaires à
conférer à la puissance publique .
En bref l'opposition socialiste interne ne sort pas des clous. Elle ne traite pas de la pertinence ou de l'inadéquation de la construction européenne et
de l'euro et ne demande pas une vraie renégociation qui - bien au delà de crédits pour la croissance - doit poser les questions de l'exercice du pouvoir monétaire et de la mise en
cause du principe d'ouverture commerciale; elle ne traite pas du besoin d'une intervention publique économique dotée de légitimité démocratique, de capacité juridique et de moyens effectifs
de participation financière à des opérations devant non seulement répondre à de nouveaux besoins de civilisation, mais aussi être, sous des délais raisonnables, capables ( il ne faut pas laisser
aux privés le monopole des prises de risques et faculté de profit) de rentabilité capitaliste au bénéfice de la Nation.
Ces propositions "de gauche" sont aussi dangereuses que les politiques mises en oeuvre, parce qu'elles s'inscrivent pareillement dans un profond conservatisme
social libéral européiste : celui qui a fondé l'Union Euroéenne sur l'illusion de l'harmonisation par le haut et l'euro sur les démissions nationales ou les incompétences de ses
fondateurs ; celui qui prend pour un dogme l'absence de la puissance publique parmi les grands acteurs nécessaires à l'expansion économique dans l'équité sociale.
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