Voici pour cet anniversaire, la représentation de ce
qui fut fait
pour le centcinquantenaire
de cette Abolition de l’esclavage
"BALISES ET RÉSONANCES"
Un canevas de Gérard Bélorgey
pour Émilie Benoît et ses musiciens
Quand, sur l'air de
la Marseillaise
le Chant des Esclaves
devient l'hymne des Citoyens de couleurs
à ces accents s'ouvrent les cœurs...
(Émilie chante....)
Divinité de la patrie
Raison et Sainte Liberté
Sœurs immortelles du Génie
Compagnes de la Liberté
.......
Raison et vérité
Daignez, daignez
Sourire aux vœux de la Fraternité"
Entendez comme se mêlent
le chant de la Révolution
et la voix de la Liberté.
Mais comme il faudra du temps pour que le souffle de la Révolution
devienne le souffle de la Liberté;
il faudra deux fois du temps.
Il faudra d'abord un demi siècle
de 1793 à 1848
pour que l'Esclavage soit aboli.
La Révolution l'efface un moment en Guadeloupe.
L'aristocratie anglo-française
le maintient en Martinique.
L'Empire le rétablit partout dans le sang.
1848 proclame enfin l'Abolition.
Mais on ne change pas, d'un coup,
la société par décret.
Il faut ensuite un siècle entier pour que l'égalité républicaine au bénéfice de l'outre mer,
soit établie par la loi d'Aimé CÉSAIRE.
Voilà ce qu'il dit alors à L'Assemblée Nationale, le 26 Février 1946 :
« Dans l'état actuel des choses, près d'un million de citoyens français sont livrés sans défense à l'avidité d'un capitalisme sans conscience et d'une administration sans contrôle. Et alors
on se prend à répéter le mot de Diderot : “Avoir des esclaves n'est rien. Ce qui est intolérable, c'est d'avoir des esclaves en les appelant citoyens “.
Pour passer de la Liberté à l'Égalité, il faudra encore un demi siècle, le temps que les droits sociaux soient portés au
niveau de ceux de la métropole.
Quelle longue et dure histoire, et qui n'est pas finie.
Il reste cent millions d'enfants esclaves à travers le monde...triste épopée de l'inachevé...
L'esclavage, c'était les razzias d'hommes, de femmes et d'enfants... déportés, décimés, séparés, mutilés, embarqués
comme sardines dans les fers et les maladies par des cargaisons d'infamie, jetés, s'il le fallait, à la mer et aux requins et dont il n'arrivait, franchis des océans de calvaire, qu'une fraction
à vendre aux plantations de coton, de café, de canne.
Ce négoce reçoit ses lettres royales de droit, il est doté des blasons de son ignominie.
En septembre 1698, le Prince accorde ce qui suit à la Flotte Royale de Saint-Domingue :
"Portera la dite Compagnie pour Armoiries, un Écu en cartouche
d'Azur à deux Vaisseaux équipé d'Or allant vent arrière sur une mer de Sinople, un Soleil d'Or en chef, à côté de deux Fleurs de Lys de même, pour supports un Américain au naturel à droite, et un
Nègre à gauche... "
En janvier 1716, le Roi de France persiste... Perseverare…diabolicum. :
"Nous avons permis et permettons à tous les Négociants de notre
Royaume, de faire librement à l'avenir, le commerce des Nègres, de la Poudre d'or et de toutes les autres Marchandises qu'ils pourront tirer des Côtes d'Afrique, à condition qu'ils ne pourront
armer ni équiper leurs vaisseaux que dans les Ports de Rouen, la Rochelle, Bordeaux et Nantes."
La traite organisée comme un trust du temps, c'est la sauvagerie pour le lucre.
Le Code Noir lui donne son ordre économique;
le Code Noir ose fixer les règles d'une abomination .
"Louis, par la grâce de Dieu, Roi de France et de Navarre: À tous présents et à
venir,
Salut.
• Tous les esclaves qui seront dans nos Iles seront baptisés et instruits dans la Religion Catholique, Apostolique et Romaine...
• Déclarons les esclaves être meubles...
• Défendons aux curés de procéder aux mariages des esclaves sans le consentement de leurs maîtres...
• Les enfants qui naîtront seront esclaves...
• Les esclaves abandonnés seront adjugés à l'hôpital...
• Les esclaves non baptisés seront enterrés de nuit dans un champ voisin...
• Déclarons les esclaves ne pouvoir avoir rien qui ne soit à leur maître...
• Voulons que l'esclave qui aura frappé son maître au visage soit puni même de mort...
• L'esclave fugitif aura les oreilles coupées, s'il récidive il aura le jarret tranché et la troisième fois il sera puni de mort...
• Enjoignons de gouverner les esclaves comme bons pères de famille...
Car tel est notre plaisir... “
L'esclavage, ce fut le pire, ce fut la nostalgie, c'est devenu la servitude imitative.
David
DIOP illustre ainsi le pire...
"Le Blanc a tué mon père
Mon père était fier
le Blanc a violé ma mère
Ma mère était belle
Le Blanc a courbé mon frère sous le soleil des routes
Mon frère était fort
Le Blanc a tourné vers moi
Ses mains rouges de sang Noir
et sa voix de Maître:
"Hé boy, un berger, une serviette et de l'eau "
Guy TIROLIEN évoque la nostalgie...
"Rendez les moi mes poupées noires
que je joue avec elles les jeux naïfs de mon instinct
Le sauront ils jamais cette rancune de mon cœur
à l'œil de ma méfiance ouvert trop tard
Ils ont cambriolé l'espace qui était mien
la coutume les jours la vie
la chanson le rythme l'effort
le sentier l'eau la case
la terre enfumée grise
la sagesse les mots les palabres
les vieux
la cadence les mains la mesure les mains
les piétinements du sol
Rendez les moi mes poupées noires
mes poupées noires
poupées noires
noires"
Léon DAMAS traduit la servitude imitative.
"Ma mère voulant d'un fils très bonnes manières à table
les mains sur la table
le pain ne se coupe pas
le pain se rompt
le pain ne se gaspille pas le pain de Dieu
le pain de la sueur du front de votre père
le pain du pain
Ma mère voulant d'un fils mémorandum
si votre leçon d'histoire n'est pas sue
vous n'irez pas à la messe Dimanche avec vos effets de Dimanche
cet enfant sera la honte de notre nom
cet enfant sera notre
nom de Dieu, Taisez vous
Vous ai-je dit qu'il vous fallait parler français
le français de France
le français du français
le français français...
Il m'est revenu que vous n'étiez encore pas
à votre leçon de violon
un banjo
vous dites un banjo
comment dites vous un banjo
vous dites bien un banjo
non monsieur vous saurez qu'on ne souffre chez nous
ni ban
ni jo
ni gui
ni tare
les mulâtres ne font pas ça
Laissez donc ça aux nègres."
Émilie chante ici…
POV' ESCLAV'
suivi du CHANT DES PARTISANS
“ C'est nous qui brisons les barreaux des prisons pour nos frères...”
Comment ?
Par l'insurrection et la mort
par la réforme
par l'affirmation de soi
et par la révolution
grâce enfin aux Nouveaux Chants du Monde.
L'insurrection et la mort,
c'est TOUSSAINT LOUVERTURE
Affranchi en 1776, il entre à 18 ans dans la bataille à la tête d'une armée d'esclaves. Colonel chez les espagnols, il rallie l'armée
abolitionniste française à Saint Domingue. Devenu général en chef et symbole du pouvoir noir, il tente de proclamer une république haïtienne. I1 est vaincu par l'armée de Bonaparte. Déporté en
France, il meurt en 1803.
“Point d'esclavage, vive la mort “
Ce fut, à Matouba, le cri de 500 soldats, femmes et enfants. Sous la conduite de Louis DELGRES,
ils choisirent de sauter avec le fort
plutôt que de se rendre.
L'esclavage venait, en 1802 d'être rétabli en Guadeloupe.
Pourtant, la volonté de réforme s'était fait jour dès avant la Convention.
Ce fut le prosélytisme de la Société des Amis de Noirs.
Ce fut, devant l'Assemblée Constituante,
la passion de l'Abbé GRÉGOIRE pour la cause des hommes de couleur.
C'est seulement en 1848 qu'une autre croisade sera couronnée de succès
celle de Victor SCHŒLCHER.
Le décret ARAGO du 27 Avril porte abolition de l'esclavage dans les colonies.
L'article 6 de la Constitution du 4 Novembre 1848 confirme:
"L'esclavage ne peut exister sur aucune terre française".
Il faudra du temps, encore du temps, pour faire rentrer ces textes dans les mœurs.
Des accords internationaux de 1841 et 1845
ont bien défini la traite comme crime de piraterie.
Mais des vaisseaux négriers sillonnent toujours les océans:
rapides bâtiments coursiers
qui s'allègent de leurs humaines cargaisons en les virant à la mer
s'ils risquent d'être pris.
Et la mort et la souffrance continuent à rôder par le monde.
Dans bien des pays reste vraie la légende de cette vieille gravure de 1772:
Et c’est par l'affirmation de son identité
que l'on peut rompre les chaînes de la dépendance et de la ressemblance.
Aimé CÉSAIRE dans le "Cahier d’un retour au pays natal”
retrouve la force des sources:
"Ma négritude n'est pas une pierre, sa surdité ruée contre la clameur du jour
Ma négritude n'est pas une taie d'eau morte sur l'œil mort de la terre
Ma négritude n'est ni une tour ni une cathédrale
Elle plonge dans la chair rouge du sol
Elle plonge dans la chair ardente du ciel
Elle troue l'accablement opaque de sa droite patience
La voie de la Révolution est celle de Jacques ROUMAIN :
"Afrique j'ai gardé ta mémoire
Afrique tu es en moi
Comme l'écharde dans la blessure
Comme un fétiche tutélaire au centre du village
Fais de moi la pierre de ta fronde
de ma bouche les lèvres de ta plaie
de mes genoux les colonnes brisés de ton abaissement
Pourtant
je ne veux être que de votre race
ouvriers paysans de tous les pays
Ouvrier blanc de Detroit
péon noir d'Alabama...
Peuple innombrable des galères capitalistes
le destin nous dresse épaule contre épaule
et reniant l'antique maléfice des tabous du sang
nous foulons les décombres de nos solitudes
Comme la contradiction des traits se résout en l'harmonie du visage
nous proclamons l'unité de la souffrance
et de la révolte
de tous les peuples sur toute la surface de la terre
et nous brassons le mortier des temps fraternels
dans la poussière des idoles”
Ces temps fraternels sont ceux que cherchera Frantz FANON.
"Je suis nègre, et des tonnes de chaînes, des orages de coups, des fleuves de crachats ruissellent sur mes épaules. ( pour autant ) La densité de l'Histoire ne détermine aucun de mes actes. Ne
perdons pas de temps en stériles litanies ou en mimétismes nauséabonds. (... ) Pour l'Europe, pour nous mêmes et pour l'humanité, camarades, il faut faire peau neuve, développer une pensé neuve,
tenter de mettre sur pied un homme neuf."
N'a-t-il pas commencé à grandir cet homme neuf
grâce aux Nouveaux Chants du Monde ?
C'est d'abord le chant de SAINT JOHN PERSE :
"Il est temps de brûler nos vieilles coques chargées d'algues. La Croix du Sud est sur la Douane. La frégate aigle a regagné les îles; l'aigle harpie est dans la jungle, avec le singe et le
serpent devin. Et l'estuaire est immense sous la charge du ciel. Grand âge, vois nos prises: vaines sont elles, et nos mains libres. La course est faite; la chose est dite et n'est point dite. Et
nous rentrons chargés de nuit, sachant de naissance et de mort plus que n'enseigne le songe d'homme. Après l'orgueil, voici l'honneur, et cette clarté de l'âme florissante dans l'épée grande et
bleue."
Ils apprendront aussi, peu à peu, à vivre moins durement ensemble, ces hommes et ces femmes de toutes origines qui peuplent les îles:
malgré les férocités, les mépris, les haines, affrontés, confrontés, mais unis les uns aux autres, par la terre, les fruits, par les vents, les eaux, les cyclones, portés par les changements de
l'Histoire, sous le grand mouvement pendulaire des jours et des nuits des tropiques, sans larges aubes, ni lents crépuscules, ils font un long chemin de mutuelle reconnaissance. Elle n'est jamais
parfaite; elle n'est jamais finie.
Bien des femmes y travailleront par la force de leur race, par des talents faisant éclater leurs sincérités: qu'elles
disent les mondes noirs et clair obscurs comme Maryse CONDÉ, ou la violence des ravines
comme Gisèle PINEAU; qu'elles soient
blanches comme Marie Reine de JAHAM dont l'Or des Isles dit la saga des sangs.
"Mon aïeul était Soundiata Kango Tara le Sculpteur, mais je suis née aux îles. Les Blancs ont fait de moi une esclave et
pourtant j'ai aimé un Blanc. Son sang coule dans les veines de mon fils. Crois tu qu'il soit plus heureux que toi ? Ni nègre ni blanc. Nulle part à sa place. Beaucoup d'enfants naissent ainsi
dans les cases. Beaucoup d'enfants ni blancs ni noirs ni indiens. Ils sont là, semés comme des graines dans le ventre de la terre. Mais le temps passe et les graines germent. Elles deviennent des
arbres. Un jour, la forêt lèvera. Tous ces enfants, au lieu de se cacher, réclameront leur place. Alors, peut être qu'un peuple naîtra, un peuple nouveau, mélange de Caraïbes, de Blancs et de
Nègres. C'est ce que je me dis parfois quand je regarde la lune un soir comme celui ci.”
"Trois fleuves
trois fleuves coulent ~
trois fleuves coulent dans mes veines"
Ainsi parlait déjà Léon. G. DAMAS.
Ces fleuves s'unissent dans un même estuaire, la créolité caraïbe.
Edouard GLISSANT voit dans cette créolité:
" Non seulement une rencontre, un choc, un métissage, mais une dimension inédite qui permet à chacun d'être là et ailleurs, enracinés et ouvert, perdu, dans la montagne et libre sous la mer, en
accord et en errance ".
Dans "l'Eloge de la créolité", BERNABÉ , CHAMOISEAU, CONFIANT, ni Européens, ni
Africains, ni Asiatiques, se proclament Créoles.
" Cela sera pour nous une attitude intérieure, mieux: une vigilance. ou mieux encore une sorte d'enveloppe mentale au mitan de laquelle se bâtira notre monde en pleine conscience du monde. Notre
Histoire est une tresse d'histoires. Véritable galaxie en formation autour de la langue créole comme noyau
À la Réunion, on se souvient certes de LECONTE DE LISLE, on promène sur la
société le regard tamoul d'un personnage romanesque d'Alex GAUVIN ; on célèbre la "créolie", unissant des essayistes et des poètes à
l'évêque Gilbert AUBRY.
Celui ci en est naturellement le porte-foi :
" Ici nous vivons de Créolie, comme ailleurs de négritude ou d'Occitanie. Nous savons que nul ne peut nous assimiler à une autre histoire. Au contraire. dans la recherche et le respect des
racines propres aux divers groupes, c'est l'ensemble qui prend les cultures des quatre horizons pour en faire son trésor et son partage quotidien ".
Tous ces Nouveaux Chants du Monde
parviennent ils à dissoudre l'héritage de l'esclavage
dans la fécondité des métissages ?
Devons nous dire ensemble, comme il est de mode
“le métissage est l'avenir du monde” ?
Ou, respectueux aussi de chaque identité
dire à plusieurs voix que l'Autre existe sans pareil.
Chacun - égal et irremplaçable - se nourrit des réciproques différences.
Qu'elles perdurent pour la richesse de l’univers.
Que notre monde s'enrichisse aussi de brasser
- dans l'exaltation de la pensée et la chamade des corps - tous les esprits et tous les sangs.
Un monde réconcilié
si loin encore et pour lequel tant reste â faire
celui où il n'y a plus de férocité, de boucs émissaires, d'humiliation...
Il n'est pas de vraie joie tant qu'il y aura encore tant d'esclaves sur notre planète.
Parmi tant d'autres d'outre mer
qui portent et disent les joies et les douleurs de ce temps
Edouard MAUNICK, de l'Océan Indien,
ne cédera jamais
dans son fertile combat
avec l'Histoire et avec la Mer:
".. Mon Ile est un ghetto
si mes yeux ne se rivent qu'au nombril de la terre...
Mon Ile est une aubaine
si je monte à l'assaut des chemins océans
.................. ...
Que le rêve se casse
que cesse le va et vient
entre imposture du jour et menaces de la nuit
.................
Que je dise bois d'ébène
et que l'aubier durcisse au seul nom du bois noir...
Que je dise outremer
pour dire nous sommes vivants
pour scinder la lumière en égal héritage...
Que le rêve se casse
que je revienne ici
vers ma foule arc en ciel
... De quel peuple sommes nous plus
neuf que l'an deux mille
nos visages confondus
nos langues s'entremêlant
nos veines se tutoyant
nos dieux plantés en terre de même cérémonial
et nos gorges mouillées par les mêmes prières
Nous sommes le lendemain des siècles à venir
avec danse à nos reins
.................
Nous fûmes de toutes les cales
nous sommes sur tous les ponts
de l'Ile notre navire..."
Voilà ses ”Paroles pour solder la Mer "
la mer qui n'était pas l'évasion
mais le support de la traite
et le mur de la prison des îles
dans lesquelles on rattrapait
presque toujours les esclaves enfuis
sauf dans ces forêts de Guyane
où les marrons ont fait les bonis
MWEN SÉ LAN MÈ..
Une vision pour solder l'Esclavage.
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