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Une large  victoire des oppositions, en particulier de gauche et du centre aux régionales aurait  toutes les vertus que l'on connaît : faire ressentir au pouvoir l'état du pays; conduire à la gestion des régions des hommes et des femmes de bonne volonté ( encore que tous les programmes sont de qualité)  ; établir un certain contrepoids politique au bloc des pouvoirs législatifs et exécutifs.

Mais nous ne leurrons pas; c'est un contrepoids d'images,  mais guère  d'influences. Si les Régions ont quelques pouvoirs au delà de leur devoirs obligatoires ( comme les investissements pour le second degré), elles ne jouent en aucun cas dans la même cour que les pouvoirs publics nationaux et c'est beaucoup plus qu'une différence d'échelle  : il s'agit une profonde sinon totale différence de nature. 

Pour autant qu'elle ne soit transférée à l'Europe, la compétence économique stratégique n'appartient pas  aux Régions ( qui sont seulement parfois une roue de secours pour des problèmes d'emploi) : les règles du jeu fiscales, sociales leur échappent et elles ne peuvent apporter que des correctifs à la marge aux plus criantes injustices d'autant qu'elles disposent seulement pour ressources des impôts que la puissance étatique leur accorde , sans avoir de pouvoir de création d'instruments fiscaux ( ce qui serait la vraie décentralisation) . La politique budgétaire et  les choix majeurs d'intervention (ou d'abstention) sur l'ordre économique, financier et bancaire ne relèvent que de l'État. C'est lui et lui seul qui décide des affaires régaliennes, de l'organisation des services publics nationaux , notamment  de la justice et de l'enseignement,  du droit des personnes ( droit civil, nationalité , immigration) de celui des biens et de celui des medias; en bref des obligations et des libertés et garanties publiques.

Il n'y a pas, non plus,  sauf, dans d'étroites marges quant il y a usage  de leur domaine public propre, de pouvoir réglementaire significatif  des collectivités locales; si le Maire a bien des pouvoirs ( très encadrés de police) les Régions n'ont, dans un État unitaire - où le pouvoir central a quasiment le monopole de dire le droit et de distribuer les ressources , aucune compétence pour créer des normes ou se découvrir des revenus au delà de la modul
ation des taux d'impôts dont elles ne définissent pas les assiettes, et de l'exploitation de leurs éventuels patrimoines. Elles peuvent certes contribuer aux choix  d'urbanisme et de transport et à l'amélioration du logement ;  mais en fait leur pouvoir est essentiellement un pouvoir de gestion et de contribution. Rien à voir avec la puissance d'État malgré les démembrements de celui-ci par l'échelon international et ses grignotages par les décentralisations.

Détenir les régions ne peut conduire d'aucune manière à faire les choix de la France; et s'il s'établissait une espèce de complaisance pour apprécier que le destin de la France appartienne aux uns et qu'en compensation, les "politiques" régionales appartiennent aux autres, on serait dans un grand jeu de dupes.

Le premier danger d'une victoire de la gauche aux régionales est qu'elle se voit satisfaite d'un plat de lentilles, d'un lot de consolation qui n'emporte aucune influence majeure sur les affaires stratégiques.

Le second danger est qu'elle imagine - bien qu'elle ait déjà été échaudée par les déceptions du passé -  que ce résultat est annonciateur de victoires au niveau de l'État.

Le troisième danger serait en effet que socialistes et écologistes réunis considèrent que l'outillage intellectuel et programmatique avec lequel ils auraient gagné à cet échelon soit efficace et bon pour des élections nationales.

 Ce qui est programme porteur aux échelons de la gestion locale n'est pas adapté à ce qui peut non seulement porter, mais doit surtout être crédible pour les citoyens, puis  efficace comme programme de gouvernement quand on joue à l'échelon national. On peut gagner aux échelons régionaux, dans un climat de déception et parfois de colère des citoyens vis à vis du pouvoir,  avec du bon sens et de la générosité,  avec de bons sentiments, de justes critiques  et de pieuses intentions  comme le développement durable. Mais mettre en avant des points tels que le renforcement des facultés de consommation ou la mise en oeuvre de belles actions sociales  -  dont on croît à tort qu'ils pourraient être à eux seuls des leviers de croissance  alors qu'ils ont besoin pour trouver de l'efficience d'un contexte de précautions (rigueur budgétaire, protection commerciale) - ne peut faire sérieusement faire croire à personne que ce sont des voies magiques pour résoudre la crise et le désemploi.

  Chacun sait que
-  ni dans le fourre tout constituant le bouquet des convictions écologiques dans lesquelles la vieille inspiration  libéralo-libertaire écarte d'imaginer des disciplines remettant  vraiment en cause le libre commerce mondial tel qu'il est ...
- ni dans l'absence de choix stratégique socialiste, ce  qui ressort - hélas - de la vacuité ou de la timidité  de la réflexion critique sur les caractères suicidaires  de  l'Europe du libre échange ...
- ni dans la confusion permanente que l'on fait dans une partie de la gauche de la gauche entre des problèmes de moeurs et de société d'une part et , d'autre part, le défi d'un besoin de promotion économique et sociale globale sur les bases d'un mimum de protection de nos productions et donc de nos niveaux de vie et de nos chances de moins d'injustices ...

il n'y a pas aujourd' hui de plateforme cohérente.

Et c'est pourquoi les ingrédients d'une victoire aux régionales ne peuvent engendrer aucun automatisme
-  qui puisse porter à la conduite des affaires du pays
- qui puisse rivaliser efficacement avec les thèmes, les démagogies et les attraits du néo-libéralisme qui a conquis un grand nombre de nos contemporains .

Ce néo-libéralisme  en additionnant  les principes de concurrence  et d'excellence ( fondés sur le socle du libre échange, faisant appel à l'esprit de responsabilité, armés  par  les outils de la  privatisation des investissements et des activités)  avec  un ralliement de circonstances à des interventions étatiques séduisantes car elles se  prétendent assez correctrices pour moraliser le système monde conserve un pouvoir d'attraction considérable sur les esprits des Français qui se sont détournés des idéologies pour s'intéresser aux succès.


Parallèlement, dès lors que les acteurs  les plus pugnaces et prédateurs des faibles et naïfs de ce système monde refusent naturellement de telles règles correctrices qui ne les serviraient pas, le piège qui attend la gauche est qu'elle porte aussi la bannière de ces manières de réagir plutôt que de rechercher une autre stratégie. Ce n'est malheureusement pas à l'échelon de la conquête et de l'exercice du pouvoir régional - qui est un pouvoir modérateur des excès  du système en vigueur, mais non un pouvoir de substitution  que l'on peut prendre l'habitude et les chemins de rechercher de nouveaux types de solution.

Ainsi, le dernier danger d'une victoire de la gauche aux régionales est qu'elle prépare une victoire à l'échelon national d'une gauche qui ne se différencierait pas significativement sur le fond de ce qui se fait aujourd'hui : des copies conformes des gestions grecques ou espagnoles,  sous les mêmes sceaux et bénédiction d'un  social-libéralisme  bon éléve de la Commission et du FMI et avec le risque que ce soit ce modèle qui sélectionne le candidat "de gauche" le mieux placé. 

Le danger capital d'une victoire de la gauche aux régionales c'est qu'elle soit satisfaite d'elle-même , telle qu'elle est ... alors quon ne peut vraiment pas l'être.                   
  
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Vendredi 12 mars 2010 5 12 /03 /Mars /2010 15:52
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : actualité - Ecrire un commentaire
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