Partager l'article ! Romans indiens et destin des grandes sagas historiques: On a signalé ici quelques remarquables ouvrages indiens. Faut-il y ajouter, sorti il y a ...
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On a signalé ici quelques remarquables ouvrages indiens. Faut-il y ajouter, sorti il y a deux ou trois ans « La Fille qui marchait sur l’eau » de Siddhart Dhanvant Shanghvi ? Le Bombay des années 20 et les vies fantastiques, parfois surnaturelles, hors du commun et des temps d’aujourd’hui, malgré toutes les références à l’émancipation des esprits indiens, en font un ouvrage excentrique qui parle plus de légende et d’happy few ou « peoples » d’alors, que de la vie des hommes et femmes moteur des peuples.
Le véritable et d’ailleurs lent, toujours en cours basculement immobile, conventionnel et impertinent, féroce et fécond, immense et insuffisant de l’Inde plurielle ressort sans comparaison bien mieux dans ce gros ouvrage moins brillant, mais prodigieusement documenté, construit, pondéré et étudié qu’est « Un garçon convenable » de Vikram Seth. Diffusé en minuscules polices en deux très gros volumes par le livre de poche il fait partie des chefs d’oeuvre illisibles et rejoint les sagas de toutes ces charnières d’histoires symbolique des peuples
Celles qu’illustrent notamment pour la France Les Rougon-Macquart de Zola, puis les Hommes de Bonne Volonté de J.Romains, puis – en plus enlevé et rigoureux à la fois - les Thibault de R. Martin du Gard ( et on peut même ajouter les gros romans de peinture sociale de Simenon), tandis que l’image des évolutions allemande et anglaise, aux tournants des siècles, ne se séparent pas des Buddenbrooks de Thomas Mann et de la Saga des Forsyte de John Galsworthy. Avec La Trilogie du Caire de Naguib Mahfouz, l’Egypte a aussi sa grande fresque du passage d’époque à époque.
Les États-Unis, sauf si j’oublie une oeuvre majeure transversale à toute leur géographie et toute leur histoire échappent un peu au travelling total en se contentant de la trilogie de Dos Passos, autour de laquelle il y a une effervescence d’œuvres moins larges , mais toutes bien éloquentes et toniques comme par exemple, entre cent, celle de Frank Mc Court « C’est comment l’Amérique ? »
Et Dieu merci, Latino Américains et Afro Asiatiques répartissent aussi leurs sagas en morceaux de choix, ce qui reste lisible.
Car le propre et le danger des grandes fresques c’est qu’elles sont devenues ou deviennent vite des documents d’histoire que l’on peut consulter plus que des ouvrages qu’on lit ou qu’on retrouve avec allégresse, des fonds de bibliothèques, plus que des productions littéraires à parcourir attentivement et à pouvoir proposer à la formation culturelle des adolescents, si bien qu’elles trouvent au mieux parfois leurs déclinaisons en séries télévisuelles, en tant que sous-produits ressentis comme mieux comestibles ou plus alléchants . Ces grands chefs d’oeuvre , parfois bien anciens, parfois plus récents comme « un garçon convenable », ont donc perdu leur fonction sociale première : en rançon même de leurs talents qui faut savoir goûter avec beaucoup d’une trop rare patience.
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