Partager l'article ! Que devient "Marianne" ? Lettre ouverte à Jacques Julliard: J'apprécie " Marianne". J'ai suivi l'itinéraire souvent courageux, toujo ...
| Février 2012 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | ||||||
| 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | ||||
| 13 | 14 | 15 | 16 | 17 | 18 | 19 | ||||
| 20 | 21 | 22 | 23 | 24 | 25 | 26 | ||||
| 27 | 28 | 29 | ||||||||
|
||||||||||
J'apprécie " Marianne".
J'ai suivi l'itinéraire souvent courageux, toujours réfléchi, souvent sachant se remettre en cause, de Jacques Julliard avec lequel, du temps de la lutte pour les décolonisations, j'ai d'ailleurs partagé quelques combats .
C'est dire combien j'ai été surpris de lire dans son éditorial du numéro du19 au 25/11 de l'hebdomadaire les lignes suivantes, sous sa signature :
" Ce déclin industriel ( de la France) n'est pas une fatalité. La comparaison avec l'Allemagne réduit à néant la plus paresseuse des excuses nationales :la mondialisation et les délocalisations. La vérité est que nous n'avons pas voulu nous adapter et que nous avons fait volontairement, mais stupidement, le choix quasi exclusif du tertiaire contre le secondaire" .
Ces lignes m'ont semblé spécialement mal venues et j'ai adressé à "Marianne" ce trop long ci-dessous courrier pour J.J. et le "journal des lecteurs" que "Marianne" naturellement n'a pas publié. Je suis donc appelé à le reprendre ci-dessous en lettrre ouverte à Jacques Julliard. Je me crois d'autant plus fondé à m'obstiner que , malheureusement, dans le numéro de cette semaine, JJ continue, dans sa contribution , à donner le sentiment qu'une gestion socialiste pourrait faire de bonnes réformes internes (au premier chef, une juste fiscalité) sans changer de stratégie internationale, alors qu'à l'évidence l'ouverture à la compétition commerciale par les prix, l'obligation de compétitivité, la possibilité pour les mieux pourvus d'aller chercher hors frontière des rendements très élevés de placements plutôt que d'investir chez nous, les concurrences des moins disants fiscaux dans le même espace économique européen etc, mettraient immédiatment en cause beaucoup des effets positifs d'une bonne réforme de la fiscalité. C'est qu'en fait nombreux sont les esprits nourris comme lui de bonnes intentions et de peu de réalisme qui n'ont pas perçu que l'inégalité étant le carburant nécessaire au fonctionnement de l'économie internationale de marché...il fallait donc se protéger un peu contre cette économie internationale de compétition par les prix, pour pouvoir mettre en oeuvre, avec une petite chance de résultats, des outifs de diminution de l'inégalité...
Voici donc ma lettre
Vous faites, je le redoute, malheureusement parti, Jacques Julliard, de ces grands chroniqueurs qui sont aujourd’hui, plus capables d’entourer d’incantations pour l’avenir ce qui vous paraît (un peu vite) les derniers moments d’un pouvoir en faillite, que d’orienter une éventuelle relève par des conseils bien dosés, tant pour faire campagne que pour gouverner. C'est que la qualité de votre plume me paraît excéder celle de votre jugement. Il faut vous le dire parce que vous avez écrit des choses inadmissibles dans le dernier numéro de cet hebdomadaire sur lequel depuis quelque temps plane votre talent d’illusionniste sur les compétences d’une gauche européiste qui n’a pas fait ses révolutions nécessaires.
Au contraire de ce que vous écrivez, le déclin industriel a bien été une fatalité contre laquelle nous nous sommes battus, mais qui a été la conséquence inéluctable du ciseau créé par la combinaison de l'euro fort et de l'ouverture inconsidérée des frontières commerciales; et celui qui vous le dit est un homme qui a contribué, dans des fonctions d’entreprises, à gérer la peau de chagrin du textile, les restructurations éternelles de la sidérurgie, etc. et qui a connu, dans des fonctions administratives, l’angoisse de bien des impuissances : les effets catastrophiques non même pas des délocalisations, mais, dix fois plus importantes, des localisations d’emblée ailleurs dans le monde de ce que nous ne pouvons plus produire de manière compétitive face à des concurrences mondiales aujourd’hui capables de proposer tous les produits à des prix imbattables.
Quant à votre germanolâtrie à la mode, elle n’a aucun sens : si l’Allemagne, surtout de l’Ouest (et quelques régions européennes qui lui ressemblent) a pu valoriser les exportations de ses industries de haute qualité, c’est au bénéfice d’un euro trop cher pour presque tous les autres pays de la zone, mais lui donnant un très sérieux avantage de change vis-à-vis des tiers, car bonifiant ses prix d’importation et se cumulant avec celui d’acheter des composants dans des pays à très bas salaires et prix de revient, ainsi – ne le cachons pas – qu’au moyen simultané d’une politique sociale sévère sur l’injustice de laquelle presque tout le monde se tait. Voilà comment et pourquoi notre voisin est quasiment le seul à avoir tiré avantage commercial d’une euro zone qui fut assez inepte pour avoir imposé une monnaie unique à des économies hétérogènes qu’elle a encore fait plus diverger et au sein de laquelle aucune solidarité ne peut entrer en œuvre sans l’accord de la Chancelière et du Bund… à se demander si le mieux ne serait pas que ce soit l’Allemagne qui sorte du système pour vivre sa vie de monnaie forte dont les dirigeants hésitent à payer le prix d’être le très profitable centre de gravité .
Alors, si nous, nous avons été obligés, à bien des reprises, d’aller sur le terrain annoncer des licenciements ( je vous souhaite l’expérience) à ces « paresseux » de salariés, de sous-traitants, de cadres et d’élus locaux qui cherchent pour excuses la mondialisation, et si, la plupart du temps, nous n’avons pu laisser espérer à leurs enfants que des reconversions aléatoires dans le tertiaire (dont la distribution qui est devenue un rare secteur où gagner sa vie…) , c’est parce qu’il n’y avait guère autre chose à trouver de non délocalisable, après que les gestions libérale et socialiste, bénies par tout l’estasblishment des économistes et objectivement complices par aveuglement partagé, aient contribué par leurs abandons de souverainetés et par leurs insuffisances stratégiques à laisser se délabrer la capacité nationale. Que vous n’aimiez pas ceux qui vous mettent du poil à gratter en appelant, à la « démondialisation », je veux bien le comprendre, parce que le terme est trop démagogique, alors qu’il faut accepter ce phénomène, mais bien le discipliner pour en particulier éviter de devenir le protectorat de la grande créancière, la Chine des droits de l’homme.
D’abord en réformant ce traité de Lisbonne dont votre poulain a soutenu la version constitutionnelle rejetée par le peuple et voté, avec les sarkozystes et autres, la version parlementaire sans en mesurer les perversités. Mais, pour avoir une chance absolue d’être bien placé au second tour (et même tout simplement d’y être), alors qu’il n’engrange aujourd’hui que le rejet d’un pouvoir en place n’ayant pas dit ses derniers mots, il faut – Paris vaut bien une demi messe - qu’il mange au moins la moitié de son chapeau. Ce qu’on attend - et ce qu’on espère même de lui, pour ne pas lui apporter nos voix par résignation - car il se fait plus, hélas, remarquer par un profil de « sachant tout » vexé d’être contesté, que par la clarté de ses préconisations - c’est qu’il annonce aux Français qui l’attendent au tournant son intention de tout faire pour obtenir – et c’est possible en suivant un exemple gaullien - la révision de ce traité de Lisbonne :
1) -pour revenir sur l’ouverture de principe des frontières commerciales ( et aller à des régimes de protections et réciprocités parfaitement négociables ) ; 2)- pour obtenir que la BCE puisse faire une plus souple politique monétaire comportant, en pouvant prêter aux États, des possibilités de monétarisation partielle de la dette (comme peut le faire la Réserve Fédérale Américaine ) ; 3)- pour construire enfin - parallèlement aux révisions budgétaires nationales devant extirper abus, niches et injustices - un budget complémentaire européen fondé sur une fiscalité équitable et partagée permettant le financement de leviers de développement .
Peut-être qu’en prenant en compte ces transformations conceptuelles, l’Union et l’euro, pourront servir à quelque chose…tandis qu’il est probable, à défaut, que les nations fassent légitimement exploser l’ambition disciplinaire souverainiste européenne. C’est aussi le moyen qu’une nouvelle gestion socialiste n’aille pas à l’échec par conservatisme européen. Il lui appartient, au contraire, de réunir les conditions d’une sanctuarisation des protections françaises sociales essentielles qui devraient inclure des compensations de pouvoir d’achat aux consommateurs modestes que pourraient le plus pénaliser des droits sur des produits importés et des risques d’inflation.
Tout le reste, Cher Auteur, est plutôt littérature qui n’est plus la compagne de la politique ; celle-ci a renié le romantisme… même celui de Mitterrand pour épouser le contrôle de gestion…et j’espère faire l’objet d’un vrai contrôle populaire.
Derniers Commentaires