Par antinomie avec "pied-noir", "pied-rouge" a désigné celui qui se rangeait activement du côté des nationalistes algériens, puis celui qui allait se mettre au
service de la révolution algérienne à compter de l'indépendance.
Ce ne fut jamais ma tribu. Préconisant d'aller à l'indépendance de l'Algérie au lieu d'y faire la guerre , je n'ai pas été ( même si Daniel Guérin m'a salué
de la sorte) un "anticolonialiste" (ni les réseaux des porteurs de valises, ni les groupuscules d'extrême gauche faisant passer au FLN ne m'ont jamais attiré) mais je me suis situé, à
la lumière de mes expériences maghrébines du début des années cinquante, de ma formation historique et de mon militantisme , comme un "décolonisateur" ; parce que c'était à
mes yeux le réalisme politique et un réalisme politique qui devait sauver l'honneur .
Si après l'indépendance du Maroc, ses autorités m'ont proposé en 1958 de travailler pour et dans le royaume chérifien que je connaissais alors bien, ma carrière autrement engagée m'en a
écarté et , par la suite, la Coopération ne m'a pas conduit en Algérie où je n'aurais pas été d'ailleurs volontiers : ma propension à soutenir une nouvelle Algérie ne me portait pas pour autant à admettre ce que celle-ci avait laissé commettre comme martyr pour les harkis, sans comprendre les aliénations auxquelles, sous la
"pacification" avaient été soumis ses propres habitants (ce pays est bien difficilement celui du pardon).
Je n'ai donc fait en aucun cas parti (même si j'en ai croisés quelques-uns) de ces "pieds rouges" dont traite le livre venant de paraître de Catherine Simon
("En Algérie, les années pieds-rouges" ) : une fantastique enquête rétrospective sur les destins de ceux qui sont passés des années Ben Bella aux années Boumedienne, "des rêves au
désenchantement" et parfois de l'intégration à l'Algérie à la torture par des Algériens, des prisons et des cavales françaises à la résistance locale et aux poursuites par les autorités
d'Alger. Un tragique morceau incontournable de l'Histoire d'Algérie ( à quand la possibilité d'explorer des archives algériennes...) , en attendant les suivants et avec l'étonnement
de ne pas voir quelques noms, quelques livres parmi les références.
Cet ouvrage illustre les pièges des lignes de conduite trop exclusivement inspirées par les idéologies
et même par la seule passion des droits de l'homme, sans relativiser toutes ces références à l'aune de ce qu'est la réalité d'un monde plus proche des temps passés et des cupidités
éternelles pour le pouvoir que des angélismes personnels ou des mythes révolutionnaires. Et parmi les survivants combien de nobles militants retraités amers et perdus pour ce meilleur monde
qu'ils ont voulu faire et servir.
Il y a deux ou trois ans c'est la fiction qui avait apporté un autre éclairage sur une histoire de ce registre ; " Le pied Rouge" , policier publié chez
Gallimard de François Muratet et couvert de quelques prix, racontait des djebels à Paimpol en passant par Paris, la traque d'un pied rouge par un quasi pied noir, d'un gauchiste mao
reconverti dans les missions délicates par un franquiste reconverti dans le milieu . Ce qui se passait en Algérie indépendante était quasi laissé dans l'ombre, sauf quelques allusions au
FIS et à d'étranges alliances. Mais les engagements dans le bled entre kathibas et commandos, passeurs et gardiens de la frontière et les combats entre polices , anciens du sac et
services parallèles ne sonnaient pas faux. C'était dur et crédible; fol aussi ; mais peut-être plus supportable que la réalité de l'ouvrage minutieusement historique que vient de nous livrer "La
découverte"?"; on pouvait croire que c'était de la fiction. Là on sait hélas que c'est de l'Histoire.
Dimanche 1 novembre 2009
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06:45
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Par Gérard Bélorgey
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Publié dans : Algérie
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