Oseront-ils faire le coup d'état de la monnaie? Devant le désordre fantastique de la zone euro - désordre
moins imputable aux endettements des États qu'aux effets totalement néfastes résultant, pour la plupart des pays et régions, de la combinaison d'une monnaie trop forte et du
libre-échange, ce qui a ruiné la capacité de croissance, les comptes extérieurs et publics - devant la dégradation des conditions d'emprunt des pays de la zone où l'éventail des taux
d'intérêt demandés aux différents États est gigantesque , devant "la foire aux actifs" qu'engendrent bien des banques, pour retrouver de la marge de manoeuvres - coincées qu'elles
sont entre de mauvais engagements et des réglementations qui se révèlent excessives et inadaptées - en se délestant de nombreuses valeurs et, au premier chef, de ces titres d'État
qu'elles chérissaient auparavant; alors qu'on ne sait plus qui va pouvoir faire du crédit à ces États et aux économies réelles, nous nous voyons renvoyés à bien pire que la situation qui
prévalait avant la création de l'euro lorsque chaque pays avait sa propre monnaie nationale; et cette crise est manifestement imputable au concept même de l'euro et à
l'incapacité de ceux qui le gère ( d'ailleurs est-il géré ?) à proposer autre chose pour salut que la dépossession des nations et des peuples.
Les propositions d'aujourd'hui de la commission européenne directement inspirées par les dirigeants allemands sont
de faire viser les lois de finances des états membres par la Commission avant leur vote par les parlements nationaux.
Nous en sommes au paroxysme de l'agression, avec le soutien de la France, du souverainisme germano-européen contre les autres pays.
Et comme il faudrait bien valider cette dépossession du pouvoir démocratique capital de voter les budgets, on annonce
qu'on va réviser le traité de Lisbonne dans ce sens...sans que les gouvernements et les technocrates complices ne s'accordent, même avant cette révision, pour passer les budgets sous le
visa d'une commission à laquelle on ne peut reconnaître aucune légitimité pour faire la loi , dire le droit. .Faudrait-il faire juger des budgets pour incompatibilité européenne par
la Cour de Justice ? Beau débat qui montre l'absurdité à laquelle nous sommes arrivés
Oui il faut réformer le mauvais traité de Lisbonne, mais autrement :
-pour autant qu'il y ait besoin d'une coordination et d'une discipline budgétaire ce ne doit pas être sous le contrôle de
la commission, mais sous celui en dernière instance du Parlement européen et par des députés vraiment convenablement élus par le peuple d'Europe... s'il existe
-Mais les urgences sont ailleurs :
1-réformer la banque centrale européenne en lui permettant de prêter directement aux États, en lui
donnant la mission de veiller au développement durable et à l'emploi tout autant qu'à la stabilité des prix et à la cotation de la devise dont la
surévaluation nous fait tant de tort;
2 -au-delà de l'article 123 qui concerne la BCE, réviser les articles 124 à 126 qui interdisent en fait la solidarité
européenne en excluant des transferts financiers d'État à État : tout au contraire permettre la construction d'un budget européen d'investissements qui serait financé d'abord
par des ressources fiscales communes établissant une péréquation équitable sur l'ensemble du territoire, ensuite par des taxes aux frontières européennes et, au premier chef, par
une taxe carbone
3 ) - dénoncer donc le principe d'ouverture commerciale, le libre-échange pour y substituer le
principe selon lequel les déséquilibres structurels des commerces extérieurs doivent être écartés, soit par des mesures commerciales, soit par des mesures monétaires, autoriser donc
en tant que de besoin les protections par tarifs et contingents et donner pour objectif de chercher à passer avec d'autres puissances des accord interrégionaux respectant la réciprocité des intérêts.
La seule manière dont sauver l'Europe, s'il est encore temps, c'est de lui donner des dimensions et des pouvoirs ne
devant ne pas en faire un père fouettard mais une mère veillant à la croissance dans le développement durable et par ces voies , essayer qu'elle n'explose pas; sinon
elle ne le fera très bientôt sous la colère des peuples.
Le débat sur le contenu d'une révision du traité de Lisbonne doit être au centre des campagnes présidentielles françaises. C'est sur ce
point que les Français devront juger de la valeur des candidats et si les deux finalistes sont trop ressemblants, on comprendrait que beaucoup n'aillent pas
voter.
Redoutons aussi qu'on nous vole ce débat et que des arrangements interviennent en catastrophe avant l'élection présidentielle et qui arrangeraient tout le
monde pour permettre la discioline budgétaire par la commission sans autre formalités et sans autres changements.
Mercredi 23 novembre 2011
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/2011 23:23
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Par Gérard Bélorgey
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