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La "germanophobie" que certains bien à tort,  croient déceler - en y trouvant prétexte pour enfoncer le clou d'une campagne contre Montebourg  et Hollande -  pourrait bien être comprise comme  l'écho inversé de la "germanolâtrie"  dont le pouvoir - et d'autres...-  font religion.

 

P rospèrant largement  au delà de la droite, la "germanolâtrie"   est  l'idôlatrie d'une Allemagne capitaliste libérale ayant su profiter de  la zone euro. Sans cesse, de partout,  le modèle allemand  est loué comme le meilleur exemple de gestion d'une économie et d'une société. Un président de la République française a invité ses concitoyens à s'y conformer;  des seconds couteaux se relaient en permanence pour en faire  les louanges et des harkas de journalistes ne cessent d'en montrer des sélections d'images et des résultats (pas tous)  pour nous inviter à "faire comme les allemands". C'est d'emblée nous mettre - on y reviendra - à merci de leurs positions dans les négociations : dans la gueule du loup, avec pour ambition d'être le bon second   de la meute.

 

 Cette - invitation qui porte quelques mauvais  relents des années trente et quarante  -  est une forme de détestation des Français qui sont dénigrés; (comme ils le furent par les "Ligues" d'autrefois ) , un appel à renier une part de notre culture  exprimant le mépris pour ce que nous avons  réussi à assurer de positif  dans notre  type de  société   et  ne s'embarrassant pas  de ce que nous risquons  en la jetant aux orties, puisqu'on ne nous cache même plus que ce qu'il faut boucher c'est, à n'importe quel prix, "le trou de la sécurité sociale" . Cette  germanolâtrie  est une injure à nos concitoyens : elle  demande à  reconnaître, et sans barguigner, dans l'Allemagne une  société  exigeante mais bonne  sur laquelle  s'aligner. 

 

 La germanolâtrie ne  respecte pas la France; elle est bien soeur de la germanophobie : une posture qui ne respecterait pas le peuple  allemand, en invitant  à détester l'Allemagne . Or il n'y a rien de germanophobe dans une juste critique portée sur d'intraitables et inadmissibles positions de l'actuel  gouvernement de la RFA.

 

Il faut bien distinguer le regard d'estime à porter sur un  peuple et le jugement qu'appelle son pouvoir d'un moment. Depuis l'écrasement des révolutions succédant à la première guerre mondiale,  en passant par les terreurs puis l'anesthésie, la tétanisation collective par lesquelles  le nazisme  a pu faire des robots de tant d'honnêtes gens, jusqu'aux victoires  alliées qui n'ont pas été obtenues sans un nombre considérable de  victimes civiles, puis avec  des occupations dures ayant engendré  bien des détresses, avant que les alliés n'aident  à se tirer d'une misère souvent inouïe des populations ayant, dans les ruines, démontré  un courage remarquable, les Allemands ont fait preuve  de capacités exemplaires  incluant, à grand prix, d'assumer les coûts de la réunification.

 

Mais la chute du mur et celle du communisme (dont la disparition a permis au capitalisme  de penser qu'il ne risquait plus rien et pouvait tout faire)  ont ouvert -  à la faveur en même temps de la fin de l'isolement de la Chine - un monde de concurrences sans règles et sans limites .

 

L'Allemagne a su bien y jouer, mieux que d'autres,  ses propres cartes : par ses talents propres enracinés dans une culture du "savoir bien faire" et du "devoir d'obéir ", et aussi,  très largement, parce que l'Union Européenne a été de plus en plus  conçue et pilotée   d'une manière si déséquilibrée entre développement des libéralisations économiques et insuffisance des contrepoids et contrôles démocratiques, que la main est forcément passée, après des périodes de flottement,  à ceux qu'ont servi  les atouts de faire prendre le niveau de leur monnaie pour celui de la monnaie partagée, d'avoir un type d'industries pouvant s'accommoder mieux que d'autres du libre échange, et de préférer les  arbitrages des banques à ceux d'une autorité politique qui aurait pu être régulatrice des échanges, des crédits  et des marchés. Et c'est aunsi que Maastricht, puis Amsterdam, puis Lisbonne  furent vendus à des responsables français soit convaincus par les nouvelles valeurs du libéralisme, soit  inconscients des risques qu'ils faisaient prendre à notre communauté.

 

Ceux de ces responsables qui sont au pouvoir en sont venus à la double adoration de l'intouchable euro et de l'exemple allemand , et ces adorations  désarment la France. En effet - en ne laissant même pas imaginer à nos interlocuteurs qu'il puisse advenir des circonstances ou nous (et d'autres) préfererions sortir de l'euro plutôt que se soumettre à des diktats -  on se prive de pouvoir mettre notre partenaire au pied du mur.  Or, au contraire, le langage  à tenir  - celui d'un  rapport de forces, le seul que peut entendre l'interlocutrice et son entourage - est le suivant : ou  bien l'Allemagne consent aux demandes d'assouplissement de politique monétaire, de réforme de la BCE  et de partielle mutualisation d'émission de titres d'emprunts d'État (la contrepartie bien normale des avantages qu'elle a tirés de la Zone); ou bien il faut imaginer que la France - et d'autres -  ne voit plus d'intérêt à rester dans  cette zone euro. Or sans celle-ci - qui n'y survivrait pas - l'Allemagne serait conduite à assumer un  isolement de monnaie encore plus renforcée, en perdant bien des avantages d'être centre de gravité de l'ensemble européen. Elle devrait donc plutôt  entendre ceux qui demandent un fonctionnement plus solidaire de l'Europe et sa protection contre l'extérieur que d'envisager de  faire cavalier seul, d'autant  qu'elle n'a pas la solidité qu'on lui prête.

 

  Le succès actuel de la RFA - essentiellement en matière de commerce extérieur et, à proportion, en matière d'emploi, mais tournant le dos au progrès du marché intérieur et des conditions de vie -  a pour origine  les grandes réformes des sociaux démocrates (les  lois Hartz) ayant mis en place flexibilité et précarisation des contrats de travail et réduction des allocations des chômeurs  obligeant ceux-ci à reprendre emploi quel qu'il soit  - réductions de coûts  qui ont donné un avantage relatif appréciable à l'Allemagne dans les échanges  intra européens - puis a été favorisé par  la  fiscalité  ciselée   par la coalition d'A. Merkel   pesant largement sur tous les contribuables, et favorable, par ailleurs,   aux investisseurs ainsi qu'aux entreprises.   Enfin (comme nous  l'avons déjà indiqué sur ce site), le suréquilibre des comptes commerciaux   tient notamment à des  importations faites avec le bénéfice d'un euro fort  nourrissant  en particulier la position charnière d'activités de montage dont les produits finis de haute gamme sont vendus hors compétition  prix .   Ces niveaux d'activité autorisent des assiettes fiscales convenables pour les recettes publiques,  ce qui permet le faible apparent déficit public allemand (tandis que nos  insuffisances de croissance, unies à nos évasions ou fraudes considérables envers les impôts, et aux réductions bien inopportunes de ceux-ci sont les causes majeures des trous de nos finances publiques)  .

 

Mais, avec les plans d'austérité généralisés,  la diminution des demandes de ses clientèles  va toucher l'Allemagne dans son niveau d'activité , comme dans ses recettes fiscales et cette donnée conjoncturelle va se télescoper avec des problèmes structurels  qui la fragilisent  : une  démographie  déclinante et vieillissante qui diminue aussi les recettes et fera exploser les coûts de la sécurité sociale  et de l'assurance maladie ; un endettement cumulé des collectivités publiques et des ménages qui est globalement un des plus lourds d'Europe et sur lequel pèse le doute d'un redressement un jour de comptes publics que certains estiment  "truqués" (1) : " les dizaines de milliards déboursés , après le choc de 2008, pour relancer l'économie et sauver le secteur financier auraient été logés dans un fonds spécial qui a contribué à faire grossir la dette , mais qui n'est pas pris en compte dans le déficit public". Enfin,  comme l'indique le constat  d'un défaut  récent de couverture d'une émission de titres du Bund, montrant que  l'Allemagne va, sans doute,  devoir consentir, elle aussi, des taux d'intérêt plus élevés au regard d'une certaine réserve des  souscripteurs,   la RFA  " a des fondamentaux solides, mais pas inébranlables" (2).

 

  Cette équation plus nuancée qu'on ne le pense souvent doit permettre - si l'on cesse  de se désarmer et par notre   germanolâtrie,  et par l'exclusion de toute hypothèse de "négociation musclée" (oui, E. Todd a raison, c'est la seule qui peut marcher )  - de faire bouger la position des dirigeants allemands et, par là, de chercher à faire évoluer l'Europe , plutôt que d'être un  jour contraint à l'abandonner.

 

 

 

 

(1) comme l'indique un  article en date du 19/11/11 in Le  Monde de ses correspondants  à Berlin et reprenant  les propos d'un  analyste de Natixis.

(2)in  Le monde du 24/11/11.

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Vendredi 2 décembre 2011 5 02 /12 /Déc /2011 19:39
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : actualité - Ecrire un commentaire
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