1 - Les sondages s'accélèrent dans le sens d'un écart amoindri
avec d'assez mauvais reports pour FH et une très basse cote pour lui chez les personnes âgées, ce qu'il ne faut pas prendre à la légère parce qu'elles ont des
problèmes, et parce que c'est une classe d'âge dont le poids relatif va en augmentant.
- sur le second point, à force de faire du "jeunisme", il faut noter que FH a négligé les personnes âgées (pour lesquelles une bonne
couverture maladie - et , à venir, pour la dépendance - qu'il faut "sanctuariser" est, en fait, plus importante qu'un décalage de l'âge de départ en retraite... et l'on pourrait même soutenir
qu'il faut financer les premières par des économies sur les secondes...)
- sur le premier point, le candidat socialiste n'a pas a eu le langage - par une insuffisante critique de l'euromondialisation (
dictatures du libre échange et de l'euro) - qui eut permis de rallier aussi bien des contestataires des électorats de Le Pen que de Melenchon (il perd sur les reports FG dans le sondage
d'hier) , et accessoirement de Dupont-Aignan.
En bref il a été trop conformiste sur l'Europe ( ce qui ne lui rapporte même rien du Modem dont l'électorat semble aller plus à droite que vers lui)
tandis que NS a su, lui, avec le culot nécessaire, prendre le vent national et europhobe.
2 - L'importance des "frontières" ne peut effectivement être sous-estimée lorsque le pouvoir continue à être dévolu et sanctionné
au sein du périmètre national. Toute la question est de savoir par quel bon bout il faut l'aborder : certainement pas par celui consistant à expliquer nos problèmes par
l'immigration, ce qui est tout autant démagogie que déni de justice et d'une réalité infiniment plus nuancée entre les charges et les atouts qui sont unis au sein d'une nation composite et
multiculturelle.
Les bons bouts par lesquels interpeller sur le thème des frontières sont bien évidemment, d'un côté,
la question du pouvoir monétaire qui ne peut être abandonné à une banque européenne politiquement irresponsable, sinon apatride, et, d'un
autre côté, celle des localisations d'activités qui s'effectuent de manière perverse sous le régime du libre échange absolu .
Autant il peut être normal de localiser dans des pays tiers émergents des productions destinées aux marchés de ces pays tiers,
autant - en plus de servir désormais des clients étrangers (perdus pour les entreprises installées en France) depuis ces zones mondiales à bas coûts de revient - il est suicidaire d'y
localiser des productions destinées à nous-mêmes, sans la précaution minimale de droits d'entrée et d'accords de réciprocité rétablissant les conditions d'une concurrence
loyale.
Or l'expression du besoin de protection commerciale est manifestement plus présente en 2012, comme déjà en 2007, dans le discours - sinon dans les actes...- de NS
que du challenger . C'est la faiblesse de celui-ci vis à vis des entreprises qui ont besoin de marchés et vis à vis des Français qui ont besoin d'emplois. Elle n'est pas compensée par l'appel à
la croissance européenne. La croissance n'a pas d'effet magique et même si les demandes (publiques, privées, de biens de consommation et d'investissement) augmentaient , elles
peuvent coûter plus cher en dépenses qu'elles ne rapportent en emplois : le keynesianisme simpliste ne fonctionne plus lorsque l'on est dans une économie mondiale ouverte, parce que ces
demandes ( et la plupart des injections de liquidités) vont profiter aux fournisseurs à bas coûts de revient et hautes rentabilités tandis que pour susciter ces demandes il faut
recourir à l'endettement ou à l'impôt. C'est exactement ce qui s'est passé en 2008/2010 pour faire face à la crise et ayant ensuite conduit à basculer dans l'exigence de rigueur.
3 - Alors que le candidat socialiste subit par ailleurs la
pugnacité d'assauts d'inspirations purement politiques, la lacune stratégique qu'il n'a pas assez comblée en matière de réflexion sur les échanges
internationaux et sur le pouvoir monétaire - et sur le besoin donc d'une révision de l'esprit de Lisbonne à laquelle ne peut être substituée un réformisme par ailleurs
utile du capitalisme financier - risque de le pénaliser dans cette dernière ligne de compétition qui n'est pas une dernière ligne droite mais celle de tous les coups
tordus.
Lorsque l'écart se resserre à un niveau qui peut être celui des erreurs d'estimation, les partisans du "changement", et même ceux tout
simplement d'une relève, doivent redouter des faiblesses de préconisations (pouvant encore être prudemment complétées) du
candidat à cette relève.
Ces faiblesses pourraient favoriser le scénario de Cassandre : une courte victoire surprise du président sortant et, en
contrepartie du transfert sur son nom de nombreuses voix d'extrême droite, des élections législatives que marqueraient des alliances, au moins de fait, entre une partie de
l'UMP et le FN dont, malgré les affirmations d'antisarkozysme de sa cheffe, ce pourrait bien être le choix... tout simplement parce qu'au stade atteint de bipolarisation
idéologique, ce serait tout à la fois la logique du système et un intérêt commun des droites imposé par une pulsion populaire ne trouvant pas, à gauche, un écho suffisant ( sauf en des
mouvements restant trop marginaux comme le M'PEP) à la revendication d'une souveraineté nationale retrouvée.
Lundi 30 avril 2012
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30
/04
/Avr
/2012 16:09
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Par Gérard Bélorgey
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