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Ayant réalisé un dossier sur "le Rif, une guerre oubliée (1921/926)"  - qui constitue le cadre de départ de "La Course de printemps" -  j'en ai confié la publication à Actualité de l' l'Histoire en septembre 2009 ( N° 102 , avec un complément bibliographique dans le N° 103 ). C'est donc dans cette revue qu'on en trouvera l'intégralité, le présent article en produisant la présentation, des extraits, des repères, ainsi que des documents photograhiques qui y sont liés.

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                              commentaire

I - LES ORIGINES

 

En 1909 l’Espagne essuie au « ravin du loup » puis aux portes de Melilla sur les rives de l’oued Kert  sous les coups de Mohamed Améziane (1) - qui soutient les dissidents attaquant la voie ferrée devant permettre l’exportation des minerais d’Ajouan (2) (concédés par le « roghi » Bouhmara(3) ) - de sanglants revers créant une violente contestation populaire ; elle est réprimée, tandis que près de 50 000 hommes supplémentaires  sont bientôt acheminés vers le Rif pour mettre un terme à la révolte. Alphonse XIII vient, en effet,  au delà des « presides » majeurs (Ceuta, depuis 1580;  Melilla depuis 1497),  d’engager l’occupation du croissant rifain qui lui a été ouvert par un jeu accords avec l’Angleterre et la France dès d’octobre 1904 (4).


LIRE LA SUITE DANS "ACTUALITÉ DE l'HISTOIRE" N° 102)

 

L’Espagne, pour sa part, hésitera longtemps devant le « guêpier » rifain que dénonce même celui qui sera le futur chef de gouvernement conduisant la guerre contre Abd el Krim, Primo de Rivera  qui préconise alors l’abandon au profit de la France de la zone d’influence et même un échange avec l’Angleterre entre Gibraltar et Ceuta. Ces hésitations sont telles que la France veut faire considérer que Madrid  ne remplit pas ses obligations internationales et propose en 1919 le rachat du Rif à l’Espagne.

 

En ce temps là,  Mohamed Abdelkrim El Khattabi , né en 1882 à Ajdir dans la tribu des Aït Ouriaghel de la région d'Al-Hoceima,  est le respectueux reflet de sa famille : son père qui est « cadi » cherche à concilier les intérêts locaux et le service incontournable de l’occupant ..... (LIRE LA SUITE, IDEM)

Revenant à Ajdir en 1919 et voyant mourir son père dans des conditions suspectes, il commence, avec son frère, à unir les tribus du Rif dans une idée de résistance que l’étincelle d’une provocation meurtrière du fringant général Sylvestre, va transformer en l’épopée rifaine. En effet alors qu’en 1920,  les Français comme les Espagnols s’implantent dans l’ouest ( les premiers sur Ouezzane, les autres, depuis Tétouan, sur le pays Djebala et sur la ville sainte de Chechaouen) le Rif central se révolte victorieusement.

 

II - LA GUERRE ET LA RÉPUBLIQUE DU RIF

 

 

L’histoire a retenu le nom de la victoire d’ Anoual en regroupant sous ce terme une série de journées (fin juillet 1921), de ruses, d’assauts et de massacres qui laissèrent un effroyable charnier  (quinze à vingt mille morts dont le général , suicidé ?), et aux rifains un butin considérable d’armements modernes et de ressources (les rançons des prisonniers qui pouvaient payer). ....... L’humiliation d’Anoual entraînera Primo de Rivera  à concrétiser ses idéaux militaristes, nationalistes et autoritaires en lançant avec succès un coup d'État le 13 septembre 1923 et le « tercio » (la légion espagnole)  formera le jeune officier Franco à être impitoyable.

Abd el Krim, alors,  ne se laisse pas aller ( pourquoi ?) à prendre Melilla, ce qui aura été, selon lui-même,  sa plus grande faute. Il a d’autres chantiers.

Le premier est d’entretenir un réseau de soutiens internationaux qu’il trouvera au cas par cas auprès d’hommes d’affaires ( comme son ami,  Daniel-Bourmancé de Port Say ) ou selon des lignes de clivage politique ; la gauche et particulièrement les partis communistes en Espagne, comme en France (où l’on voit même des révoltes de conscrits)  fait campagne, manifestations très dures  et débats parlementaires agressifs pour la paix dans le Rif, avec le soutien de Barbusse et des anarcho-surréalistes. John Aznell, journaliste anglais et militant socialiste, favorisera les liens sur Londres ( où en 1925 apparaîtra le « Rif comitee » dont le fondateur Gordon Canning devint le représentant international soutenant un plan de paix que Painlevé et Briand traitent par le mépris, tandis que Robert Gardiner (officier du service spécial de l’Amirauté britannique) fut plénipotentiaire du Rif, alors même que la Grande Bretagne lâchait  les rifains par peur des contagions dans son Empire.

 

Par l’envoi des délégations en France et ailleurs les insurgés cherchent à se faire reconnaître ; parfois reçus, ils n’obtiennent guère plus des autorités françaises, alors même que celles-ci apprécient l’homme qui a conduit  ce qui arrive à leurs rivaux hispaniques. Ils sont des pions du jeu de rivalités entre puissances européennes qui gouverne longtemps le cours des événements et l’intérêt réel qu’ils inspirent se manifeste plus clairement dans les pays colonisés d’Asie (Ho Chi Minh retient la leçon rifaine) et du Moyen-Orient, mais ils ne peuvent en recevoir que quelques modestes concours.

 

Au Maroc même, un tête à tête indirect a lieu quatre ans  durant  entre Abd el Krim et Lyautey qui correspondent parfois et dont les relations sont assurées par l’officier des Affaires Indigènes  Léon Gabrielli (qui a laissé des mémoires très précises). Le résident général ne peut admettre la menace et le risque de l’exemplarité qu’un État rifain ferait peser sur sa construction marocaine mais,  longtemps....  en fait il voudrait rallier et absorber la force que représente Abd el Krim,  comme il a réduit et employé d’autres chefs de guerre et il le verrait bien en gouverneur à la mode du Glaoui ( comme d’ailleurs les Espagnols qui y ont pensé un moment). 

 

Mais Abd el Krim est autre chose: la volonté de lier la construction d’une autorité politique, voire d’une nouvelle société à la réalisation d’une indépendance reconnue. ........

COMPLÉMENTS ET SUITE DANS LE N° 102 DE "ACTUALITÉ de l'HISTOIRE" 


L’émir cherche à combiner une obsession de modernité avec la  tradition de l’assemblée berbère .


Alors même qu’il ne voudrait pas la guerre avec la France, mais qu’il est prêt à la faire, ses conditions de paix resteront toujours fondamentalement les mêmes : la reconnaissance d’un territoire libéré des occupants ; une délimitation de ses frontières qui semblent, compte tenu de sa zone d’implantations, devoir déborder sensiblement vers l’ouest le noyau rifain et, vers le sud, la zone espagnole.   

 

C’est la seconde guerre du Rif dans une nouvelle conjoncture politique : à la chute du gouvernement Herriot en avril 1925, succèdent Painlevé et Briand ; le « cartel des  gauches » qui se fissure est en train de passer à des politiques plus droitières sur le terrain financier, comme sur le terrain marocain. Sur place, Abd el Krim se faisant- au vu des appréciations du journaliste anglais Walter Harris - des illusions sur la position des autres puissances reçoit Gabrielli en juin 1925  à Ajdir et confirme qu’il veut « la reconnaissance de l’indépendance du Rif et de claires limites des frontières » . Lyautey est donc dans une impasse  sur le plan diplomatique, comme il l’est sur le plan militaire, aussi longtemps qu’il n’a pas assez de renforts.

 

pétain


C’est Pétain qui, missionné par le président du conseil pour une tournée d’appréciation de la situation au Maroc, va les obtenir. Dans la foulée, en juillet, il fait nommer un commandant militaire ( le général Naudin qui reste un technicien ) et, surtout se fait désigner comme « chargé de la direction des opérations au Maroc ». Sur ses conseils – il a déjà vu à plusieurs reprises les autorités espagnoles - Paris, tout en prenant les formes, désavoue Lyautey pour sortir de la double ambiguïté de celui-ci vis à vis d’Abd el Krim et vis à vis des Espagnols. La politique va céder place à la stratégie. Deux plans de campagne sont en concurrence : celui du Résident qui vise à infliger une leçon à Abd el Krim pour l’obliger à négocier ; celui du «directeur des opérations » qui vise à écraser la sédition . ........ Lyautey part en octobre et est remplacé par  Théodore Steeg (8) qui aurait peut-être cherché à son tour un équilibre, mais que bouscule le nouveau commandant en chef soutenu par tous les lobbies coloniaux : il ne veut, lui,  ni cantonner, ni apprivoiser le rebelle, il veut le détruire à n’importe quel prix. Il n’a d’ailleurs que sympathie vis à vis de l’Espagne du dictateur Primo de Rivera avec lequel, sur la route du Maroc, il ira une nouvelle fois se concerter à Algésiras pour construire leur action commune : elle va comporter deux phases militaires séparées par une fausse négociation. 

 

La première phase militaire est l’offensive d’août septembre 1925. La France déploie 100 000 hommes de son armées régulière (tirailleurs, spahis, zouaves, largement constitués de troupes indigènes maghrébines et africaines ) et 400.000 supplétifs ( les goumiers qui sont des « réguliers » engagés volontaires auprès d’un officier et des « harkas » levées par le Sultan et par ses vassaux) ainsi que 16 escadrilles d’aviation. Elle appuie de sa flotte le  débarquement espagnol qui a lieu à El Hoceima en septembre et qui aboutit à la prise et au sac d’Ajdir ..... SUITE DANS "ACTUALITÉ DE L'HSTOIRE"

 

cercle tribal

 

L’hiver 25/26 tombe sur un corps expéditionnaire englué dans la boue et les maladies (typhus, paludisme, dysenterie)  encerclant  un rif bombardé, et affamé qu’a fini de mettre en état de siège l’embargo anglais et qui, n’ayant pas la qualité  de « belligérant »,  se voit refuser l’intervention de la Croix Rouge. Beaucoup de défections interviennent dans les rangs de la résistance. 12.000 familles du glacis qu’occupait Abd el Krim font soumission. Des expéditions punitives sont réciproques. Les officiers goum, comme de Bournazel (9), rétablissent des caïds déchus, mais d’autres, spécialistes des « affaires indigènes » restent à la recherche d’une sortie politique que Pétain veut naturellement empêcher .

 

C’est ainsi qu’a lieu en mai 1926 à Oujda une « négociation » solennelle - cette fois-ci triangulaire (avec les Espagnols) et largement de ce fait « mort née » - qui voit s’opposer des positions inconciliables. Si les représentants de l’émir accepteraient une forme de simple autonomie,  c’est aux conditions du retrait (sauf de Ceuta et Melilla )  des forces coloniales du Rif et des Djebala, de l’exil des chefs locaux qui ont combattu avec l’Espagne, d’indemnités de dommage de guerre et de rançons pour les prisonniers, tandis que les Puissances exigent la restitution de ceux-ci, l’éloignement d’Abd el Kim, le désarmement des tribus qui recevront « des garanties à préciser ».

 

Dès le lendemain de l’échec, la dernière offensive utilise plus de 600.000 hommes ( plus que la population totale du Rif) , des matériels considérables (dont ceux prêtés par la Grande Bretagne) et des centaines d'avions (dont ceux mis à disposition par l’Allemagne et l’Italie) avec pour objectif la réduction totale du réduit des rifains, tandis que les deux armées font course pour être celle qui va  prendre l’émir. A la barbe des Espagnols, ce sont le général Ibos et le colonel Corap (notamment assisté du lieutenant de vaisseau Robert Montagne (10), qui le 25 et le 26 vont négocier la reddition. Abd el Krim vient, dans une grande dignité, recevoir l’ « amman » à l’aube du 27 mai à Targuist.

 

Abd-el-krim-9

 

III –CARACTÈRES et LENDEMAINS de L’AFFAIRE DU RIF

 

 

Alors que la pacification est loin d’être faite (certains rifains poursuivront  des résistances et la réduction de la tache de Taza durera jusqu’en 1934), les photos (ci-contre)  de ce matin là sont les symboles de cette guerre  :

Abd-el-krim-2ces rustiques paysans berbères face aux représentants des états majors qu’ils ont tenu cinq ans en haleine ; ces partisans des uns ou des autres, ces goums et ces soldats indigènes : tant d’hommes de mêmes origines s’étant battus férocement les uns contre les autres; ces petites colonnes de prisonniers et de malades ;  et derrière eux tous,  ces djebels épuisés, gris de misère et de ruines ;  enfin ces taureaux égorgés en un sinistre sacrifice.

Abd-el-krim-5



Abd-el-krim-1

  

 

  Guerre qui fut  un lourd tribut pour tous: cruelle, souvent féodale et sans pitié, relevant d’un autre temps, mais dotée de moyens performants de destruction des combattants et des populations,   laissant beaucoup de morts, d’estropiés, d’incurables et de faméliques, de plus en plus « asymétrique »....... cf. "ACTUALITÉ DE L'HISTOIRE" N° 102

 

Cette guerre fut aussi « totale » : par les armes, par les blocus, par les propagandes, par l’importance que chaque camp donna à la communication. D’où le rôle qu’y prirent des visiteurs nombreux du Rif, et, comme commentateurs, comme conseillers, des journalistes du temps. D’où le rôle aussi de plus en plus marquée le long de son cours du thème nationaliste; Abd el Krim glisse de l’affirmation de l’identité rifaine à l’appel à la solidarité marocaine, à la recherche d’impulsions d’autres dissidences (dans l’Atlas, au Sud) et il est bien obligé de mobiliser - pour trouver les terrains spirituels communs, mais sans jamais prêcher une guerre sainte -  par les valeurs de l’Islam arabe......

 

La « médiatisation » de cette guerre  est, en fait,   à double tranchant. Elle apporte au Rif des soutiens - qui sont d’ailleurs plus des sympathies que des moyens concrets et  des leviers politiques  - mais elle engendre surtout l’appréhension que la révolution rifaine ne devienne exemplaire,  contamine les Empires, favorise le bolchevisme. C’est donc une guerre sous dépendance des jeux internationaux des grandes nations...........   Et c’est ce qui va liguer les puissances coloniales contre le Rif.

 

Ainsi la vieille rivalité franco-espagnole va se dénouer dans le sens d’une coalition de leurs droites militaristes bien que la France eut lorgné depuis longtemps sur le Maroc espagnol qui n’était guère occupé, et ait demandé, en 1919,  de le racheter, et  alors même que certains amoureux de notre Empire avaient peut-être encouragé les attaques rifaines contre les Espagnols en pensant qu'une fois ceux-ci défaits, la France étendrait son influence sur le Nord du Maroc. Lyautey lui-même n’a-t-il été tenté,  en ayant comme fer au feu l’hypothèse d’une communauté rifaine acceptant une forme de rattachement  à Rabat, par l’idée que si l’Espagne était poussée dehors, il y avait place pour la France à condition de s’entendre avec les rifains ? En  proposant de l’argent aux rifains pour attaquer le seul front français, ou lorsqu’elle tâtait l’émir pour une espèce de gouvernement pour son compte l’Espagne imaginait bien sans doute, pour sa part, qu’un grand Rif féodal puisse être son vassal. Entre les deux pays, longtemps la Grande Bretagne, l’oeil sur Gibraltar et Tanger, géra une instable balance ; mais les ondes du Rif en Syrie, Libye, Égypte la convainquirent qu’il fallait s’en tenir à la carte des accords internationaux de 1904/1912 dans laquelle un Rif autonome n’existe pas et que le plus expédient était de les faire respecter.  Elle va donc aider les belligérants européens....

 

Au delà, l’écrasement du Rif donne en Europe des portes, des moyens et des alliances au fascisme. C’est la gloire de Primo de Rivera, c’est l’adoubement de Franco, tandis que le Maroc espagnol sera le tremplin fournissant les « tercios » et les troupes « maures » qui combattront les républicains en employant les mêmes moyens répressifs et expéditifs qu’au Maroc ; le Rif fut aussi l’expérience de collaboration  avec des italiens et des allemands et la découverte en Pétain d’un homme fort qui partage sans limites les implications de l’anticommunisme. L’ordre du monde entre les deux guerres s’oppose autant à l’indépendance du Rif que l’ordre du monde quelque temps après la seconde guerre mondiale imposera des indépendances.  La réalité du temps c’est que l’Histoire n’était pas mûre, malgré le pugnacité des rifains, pour que puisse être reconnu  un état autochtone en Afrique du Nord.

 

Ce qui reste fascinant c’est que malgré ce destin  qui était écrit par le rapport de forces, cette guerre ait aussi été le ballet incessant des barouds et des pourparlers. Cela relève de son aspect médiéval, et berbère aussi ( le proverbe dit «  on se bat le jour et on discute la nuit »), comme d’une contagion du système Lyautey privilégiant la pénétration négociée sur la domination pure. Au pire des engagements, des bombardements, des règlements de comptes, les liaisons continuent, les émissaires passent et sont généralement respectés. De bout en bout,  on aura tué,  mais parlé. Pour faire l’un ou l’autre, bien des figures de la nomenklatura militaire française qui ont déjà un nom ou qui joueront un rôle ultérieur - en exprimant déjà, parfois des sensibilités bien différentes - apparaissent dans les horizons du Rif (11) . C’est l’imagerie de la guerre du Rif faite des photos de combattants comme de conciliabules ; elle diffuse dans l’opinion un goût pour les gloires comme pour les intrigues de l’Empire : pour son rôle « civilisateur » pour ses courages et ses paternalismes, pour, selon ce qu’il faut, son devoir de « sévérité » à l’égard des rebelles  comme de « mansuétude » à l’égard de ceux qui ont demandé l’ammam.

 

Le modèle de littérature de propagande coloniale est cet "Abdel Krim" écrit à chaud par un chaud partisan du Protectorat français

 

AEK bon plaisirLorsque l’affaire du Rif entre dans la légende coloniale...et anticolonialiste  (comme en témoignent toutes les publications passionnées des uns et des autres et, aujourd’hui, sur le net, la place qu’elle tient sur les blogs berbères), Abd el Krim entre, lui, dans l’exil de la Réunion. Il y vivra avec sa famille jusqu’à ce printemps 1947, où il germe dans l’esprit d’Erik Labonne, devenu Résident général au Maroc, de donner – on ne voit comment -  à l‘émir,  qui n’a cessé de demander la fin du bannissement,  un certain rôle politique au regard d’un Sultan du Maroc devenu nationaliste. C’est ainsi que le gouvernement  offre à l’émir de venir dans le midi de la France pour laquelle il s’embarque avec les siens en mai, sous une garde légère, sur un vieux navire le Katoomba. A l’escale de Port Saïd il est pressé par diverses personnalités nationalistes d’Afrique du Nord de rester au Caire, ce qu’il fera en prenant bientôt la présidence du comité de libération du Maghreb.

 « Je suis venu trop tôt » dira-t-il, mais il a continué assez longtemps (jusqu’à sa mort en 1963)  ses combats contre les colonisations pour voir reconnues, en Afrique du Nord, les trois indépendances. Ils les a souvent considérées de manière critique parce qu’elles n’étaient sans doute pas bien conformes aux valeurs de sa République du Rif. Malgré sa rencontre en Egypte avec Mohamed V,  il n’a jamais voulu revenir en terre maghrébine aussi longtemps qu’elle serait « souillée » par la présence de forces armées européennes.

 

D’ailleurs la guerre du Rif n’a cessé de peser un peu sur la monarchie chérifienne. Celle-ci en a connu des conséquences politiques enchevêtrées. La première, dès lors que le Trône était dans la dépendance des forces françaises, fut que le Maroc passa de plus en plus sous administration directe, au lieu et place de la méthode Lyautey de gouverner par la préservation de la tradition. Pour autant cette méthode, ayant eu pour effet de cultiver l’identité marocaine, passe parfois pour avoir contribué au nationalisme qui s’est fortifié en protestant contre la dépossession des pouvoirs chérifiens.

En même temps la prise en compte  - certains disent l’exploitation -  du « fait berbère », pour tenir compte de revendications comme celle du Rif et pour récompenser les « grands caïds » de cette appartenance qui avaient servi contre les dissidences,  a conduit la France à confier à ces notables des importantes responsabilités et bénéfices d’administration. En outre « le dahir berbère » de 1930 est passé pour une opération contre le Maghzen arabe : il soustrait alors largement les populations « de coutume berbère» à la justice caïdale en transférant la charge des instructions à des autorités coutumières et à des juridictions spéciales d’appel, ce qui soulève des tollés. Enfin, en 1953 c’est en mobilisant pour ben Arafa un certain nombre de chefs locaux (330 notables signant la pétition,  dont d’importants  caïds berbères tel que le Glaoui) que la France avait déposé le Sultan; mais cette division fit long feu puisque, après des troubles meurtriers,  Mohammed V revint sur le trône avec un très large appui et les ralliements mêmes de ceux qui avaient un moment joué contre lui, tandis que l’Armée de Libération du Maroc avait trouvés de  fortes racines, en pays berbère, dans le Rif et l’Atlas. Loin de jouer contre l’accès à l’indépendance, le monde berbère marocain, dans l’axe des rifains,  a milité pour elle et a contribué à la construire. Ainsi, parmi les 13 caïds qui s’étaient élevés contre la déposition du Sultan et démis de leurs fonctions, il y avait-il, l’un et l’autre, anciens officiers de l’armée française, le pacha de Sefrou, Si Bekkaï, (qui fut le premier chef de gouvernement du Sultan restauré) et le pacha d’Oulmès, Majouhbi Aherdane (qui devint le leader du Mouvement des Forces Populaires, force politique voulant représenter une identité traditionnelle du Maroc)(12).

Pour autant le nouveau Maroc indépendant n’a pas été sans connaître de graves difficultés avec le Rif. Alors que Majouhbi Aherdane entendait bien, au regard de l’approche de l’Istiqlal, qu’il y ait une meilleure prise en compte des singularités de pays comme le Rif, l’apparition en 1958 d’une très grave crise entre le Rif et le Trône aboutit à des opérations militaires faisant quelque 7 à 8.000 morts. La participation à divers gouvernements chérifiens de ce Mouvement populaire (qui se transforme  à plusieurs reprises) n’empêche pas la poursuite d’un profond malaise  - irrédentisme local ?  pouvoir trop distant ? - traduisant surtout, avec les émeutes de la misère de 1980, les difficultés d’une zone montagneuse déshéritée qui - à deux pas aujourd’hui des sites touristiques de la côte - a surtout trouvé ses ressources dans l’émigration, dans l’engagement militaire et dans la culture du kif.

 

Devant ces défis et au regard du poids de l’héritage berbère dans le creuset marocain (cf. encadré) le pouvoir chérifien s’est bien engagé dans une reconnaissance de cette identité. Le Maroc honore aussi de plus en plus la mémoire d’Abd el Krim dont le fantôme pèse toujours sur la monarchie qui le respecte,  mais qui n’a guère bien accueilli ses points de vue, ses  conseils, son frère.... : voir l’enquête du très indépendant magazine marocain  « TEL QUEL »  (14 AU 20 FÉVRIER 2009).

 

ALLEZ sur http://www.telquel-online.com/383/index_383.shtml LE TÉLÉCHARGER POUR ÊTRE ENCORE MIEUX DOCUMENTÉS ET Y TROUVER DES PHOTOS QUE JE N'AI PAS PU TRANSPOSER

 

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(1)Améziane est célébré comme un mythe marocain et berbère.

(2)C’est le principal intérêt économique ibérique qui  relève d’une société appartenant à un  homme politique espagnol, le comte de Romanonès (plusieurs fois ministre et chef de gouvernement (notamment en 1912-1913 où il négocia avec la France les protectorats sur le Maroc).

(3)Bou Hamara (l'homme à l'ânesse) se présentant en pieux descendant des Alaouites, s’était fait proclamer chérif de Taza ;  prétendant au trône et maître de la région pendant sept ans, il vend des concessions aux Espagnols ; capturé, il est abominablement exécuté  en 1909 par le sultan Moulay Hafid.

(4)Cf. « Les origines diplomatiques du "Maroc espagnol » (1880-1912), Henry Marchat, Revue de l'Occident musulman et de la Méditerranée, Année 1970, Volume 7,  et du même auteur « La France et l'Espagne au Maroc pendant la période du Protectorat (1912-1956) », in même revue, Année 1971, Volume 10.

................................................

(8) Gouverneur de l'Algérie de 1921 à 25  résident général au Maroc jusqu’en 29 ; président du conseil en 1930.

(9)L’homme à la « baraka » légendaire, combattant en burnous rouge, tué à Rissani en 1933.

(10)spécialiste, déjà,  du renseignement et de l’action psychologique  qui deviendra un auteur réputé sur le Maghreb.

(11)Mangin, Giraud,  Catroux,  Franchet d'Espérey,  Juin, Rondot, de Lattre,  Billotte, de la Rocque, Beauffre, Noguès, etc.


croixfontaine3.jpg(12)  on les voit, dans les photos ci contre, fin 1954 ou  début 1955,

à une réunion de concertation pour le Maroc avec

l’historien Charles André Julien et le député socialiste

  Robert Verdier.

           croixfontaine-1.jpgcercle-fr-Maghreb-54--Verd-.jpg



Lundi 25 janvier 2010 1 25 /01 /Jan /2010 17:04
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : histoire et societe
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