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Ce  27 janvier 2010, B. Guetta sur France Inter a réservé un sort éminent à la déclaration de  Ehud Barak, ministre de la Défense du gouvernement de coalition conduit par Benjamin Netanyahu :

 

"C’est un étonnant reflet des désarrois et interrogations d’Israël. Appelant, hier, devant un parterre universitaire, à une paix fondée sur la coexistence de deux Etats, le chef du parti travailliste israélien,, a estimé que « tout autre situation, et non pas une bombe iranienne ou tout autre menace extérieure, constituerait la menace la plus grave pour l’avenir d’Israël ».

On a bien entendu.... le plus sérieux des dangers pesant sur Israël n’est pas que l’Iran se dote de la bombe atomique, que le Hamas ou le Hezbollah dispose d’armes plus sophistiquées ou qu’une nouvelle guerre éclate avec le monde arabe. Non. Le plus grand des dangers, c’est que perdure « tout autre situation » que la coexistence avec un Etat palestinien dont la naissance serait, autrement dit, urgente.

 

Ehud Barak n’est pas le seul à penser en Israël. C’est parce que son parti était arrivé à cette conclusion dès le début des années 90, avant même que ne se développent les ambitions nucléaires de l’Iran, que la gauche israélienne avait signé, avec l’OLP de Yasser Arafat, les Accords d’Oslo, ceux qui auraient, en principe, du mener à cette solution à deux Etats. C’est parce qu’il avait fini par arriver à la même conclusion qu’Ariel Sharon, ancien partisan du Grand Israël, avait évacué Gaza et rompu avec le Likoud, son parti, pour fonder Kadima, nouvelle formation centriste et favorable aux deux Etats. C’est peut-être – c’est moins clair, on verra – pour cette même raison que l’actuel Premier ministre et héros de la droite, Benjamin Netanyahu, a accepté, en juin dernier, avec toutes les conditions imaginables, la création d’un Etat palestinien.

 

L’idée est aujourd’hui majoritaire parmi les Israéliens que, faute d’un Etat nation palestinien, Israël risque d’être confronté bientôt à un changement de stratégie des Palestiniens qui demanderaient à devenir citoyens israéliens, à disposer du droit de vote et pourraient ainsi, pacifiquement, par la démographie et la démocratie, prendre les commandes de ce qui avait été la Palestine du mandat britannique, aujourd’hui divisée."


J'ajoute personnellement  que c'est sans doute pour envisager de compenser un peu ce risque démographique et démocratique que  les autorités de l'État Hébreu cherhent à attirer le maximulm d'immigrants Juifs et du même coup poussent à une colonisation qui par un effet pervers nuit à "la bonne solution" des deux États ! (ce qui illustre parfaitement les contradictions d' Israël)

Quant à B. Guetta il cntinuait ainsi :

L’idée de  l’alternative est simple, l’Etat palestinien ou une victoire palestinienne par le nombre, est devenue dominante en Israël mais pourquoi Ehud Barak, un ministre - de la Défense qui plus est - l’a-t-il en quelque sorte officialisée ?

Il y a deux hypothèses possibles. La première est qu’il a voulu faire pression sur Benjamin Netanyahu, l’amener à ne plus tergiverser mais à vraiment bouger pour parer la « plus grave des menaces ».

Autrement plus fascinante, la seconde est qu’Ehud Barak saurait que des choses progressent dans l’ombre, qu’il a voulu pouvoir apparaître, a posteriori, comme l’un des artisans du mouvement et que sa déclaration était destinée à préparer l’opinion à la possibilité d’un tournant. On ne sait pas mais, dans l’une ou l’autre hypothèse, cette déclaration est importante.

 

 

C'est sur ce changement de concept quant aux voies de traitement du besoin de justice du peuple palestinien  qu'il y a un an sur ce site j'avais appelé  appelé l'attention dand les termes ci dessous:

L’hypothèse ..... que les massacres  de Gaza puissent être jugés par un tribunal international a été regardée comme invraisemblable par certains de mes lecteurs. Or depuis lors, au vu des suspicions d’emplois  d’armes démesurées et meurtrières (avec phosphore,  et aussi avec uranium appauvri ?), et au vu de la destruction d’une installation de l’ONU, c’est le secrétaire général de cette institution qui évoque un  tel type de plainte.

De la même façon que ce qui était hier considéré comme invraisemblable ne doit être exclu, il faut aller à une nouvelle hypothèse de réglement des drames de Palestine, hypothèse que beaucoup regarderont, bien sûr,  comme à contre courant de l'Histoire, mais qui serait peut-être  en fait la chance de l'Histoire. 

L’État hébreu s’est mis sur la sellette sous bien des collimateurs, au milieu de ses impasses . Il a conduit une offensive inspirée par la loi du talion à la puissance X et  construite sur une erreur  d’estimation militaire . En voulant détruire les combattants du Hamas, il  n’a pas vu à temps à quel point le bouclier humain  dont on  leur fait honte est automatique puisque ceux-ci  sont immergés dans un camp assiégé et que pour les détruire il faut quasiment taper dans le tas. Ce qui s’est pratiquement fait jusqu’à un point  levant l’indignation internationale  et a du, en conséquence,  être stoppé. Tel est l’échec de la stratégie d‘Israël. Tandis que l’on s’interroge par ailleurs sur celles qui peuvent ressortir des deux camps palestiniens dont la plus pertinente serait apparemment que ceux-ci  - également aujourd'hui dans leurs impasses - se rapprochent en un gouvernement d’union pour des renégociations.

Mais sur quelles bases? celles de deux États, l’un hébreu et l’autre palestinien, ce qui renouvellera  les occasions de conflits et résoudrait si difficilement les questions des territoires occupés, des populations déracinées, des moyens des uns et des autres.  N‘y a-t- il une totale  révision conceptuelle à imaginer un jour ? Ne devrait -on regarder les chances que pourrait avoir  un État multi culturel ? Un État - comme devraient l’être tous les États sérieux du monde -  sachant gérer, s’il le faut, par le fédéralisme,  des différences religieuses et ethniques , mais refusant d’avoir un  pays né de leurs  héritages,  éclaté entre entités coexistant mal. Un État abandonnant donc ces voies nées  à une autre époque, sous d'autres circonstances et s’engageant, au contraire,  dans une Histoire enfin tournée vers un avenir commun, libérée de  l’inégalité des conditions humaines,  du malheur des vaincus et du malaise de bien des occupants, hors  des passés  fantasmés des uns et des autres?"

Il y a un an environ une réflexion de cette nature ne recevait guère  chez nous du moins,  droit de  crédibilité,  mais les choses ont été vite .
Moustapha Barghouti qui dirige l"’Initiative Nationale Palestinienne", parti politique créé en 2002  préconisant l’action non-violente a développé dans le New York Times du 16 décembre 2009 que 

 « La fin de la solution à deux Etats ne pourra conduire qu’à une nouvelle lutte pour l’égalité des droits dans un seul État. Israël, qui fait le choix tragique de la suprématie plutôt que de l’intégration avec ses voisins palestiniens, aura provoqué ce nouveau combat en poussant sans relâche l’entreprise de colonisation. Nul ne peut dire qu’il n’aura pas été averti.  ( note GB : et c'est bien cet avertissement que vient de relèver E. Barak)  Au bout du compte, nous serons libres dans notre propre pays, que ce soit avec la solution de deux Etats ou dans un nouvel Etat unique. »

(sur  Moustapha Barghouti et son itinéraire cf."le Monde diplomatique", interview par I.Ramonet -

www.monde-diplomatique.fr/carnet/2008-05-09-Moustapha-Barghouti)

 

 

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Jeudi 28 janvier 2010 4 28 /01 /Jan /2010 17:38
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : société multiethnique - Ecrire un commentaire
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