L'Église catholique a bien fait d'ouvrir un débat de société sur le mariage homosexuel. Celui-ci - et c'est là que le vrai problème s'ouvre - débouche sur la
faculté d'adoption, et sur la pratique, beaucoup plus difficile à admettre, de l'homoparentalité.
Non seulement parce qu'on doit se demander si deux hommes ou deux femmes seraient aussi aptes qu'un couple mixte à élever et à entourer un enfant ( et
malgré l'assertion positive de principe de l'éditorial du Monde de ce jour , la réponse reste bien aléatoire) , mais avant tout parce que la filiation - sauf blocage par une stérilité
anormale et regrettée qui est souvent, en même temps que l'empathie pour des enfants orphelins ou abandonnés, le motif des demandes d'adoption - est le résultat de l'union d'un homme et
d'une femme et qu'à l'inverse les couples homosexuels sont eux, stériles, non par malchance, mais par construction.
Le droit positif d'une société peut-il se donner la compétence de nier cette stérilité ? Et , dès lors qu'il est fait appel à un donneur ou à une porteuse, ou
à des enfants disponibles pour adoption, accorder les satisfactions de la maternité et de la paternité à ceux et à celles qui ne peuvent être ni mère, ni père par et dans leur
relation de couples ?
Certains, militant en ce sens, nous disent que ce serait l'égalité entre couples hétérosexuels et couples homosexuels... encore que l'on ne puisse
juger de l'égalité qu'en en appliquant le concept à des situations identiques, et qu'il n'y a pas discrimination dès lors que des traitements différents répondent à des situations différentes, ce
qui est bien le cas aujourd'hui .
D'autres, méchamment, nous disent que ce serait accorder aux couples qui accéderaient à l'homoparentalité... le beurre ( la satisfaction légitime de
leurs préférences sexuelles) et l'argent du beurre ( la satisfaction d'un désir de parentalité qui serait également légitime sans devoir sacrifier au droit naturel commun physiologique de l'union
intersexuelle ) , et en priorisant ce besoin supplémentaire affectif d'adultes homosexuels vis à vis de la question incertaine de la pertinence d'une telle équation "familiale" pour les enfants
appelés à la vivre sans, naturellement, l'avoir choisie, mais en devant , si c'est légal, en subir toutes les hypothèses de conséquences.
La question est encore plus délicate pour l'homoparentalité masculine. On peut, en effet, au moins, reconnaître à l'homoparentalité féminine le fait que
l'enfant dans certains cas aurait été porté par l'une des deux membres du couple, alors même que non conçu par l'autre (ce qui d'ailleurs se produit déjà dans pas mal de cas)
.
Les couples féminins peuvent donc, si l'une des femmes est porteuse, comporter vis à vis d'un enfant, ce lien charnel, physiologique, filial, ombilical,
de la grossesse et de l'accouchement que les couples masculins n'auront jamais. Voilà donc une adaptabilité, une "supériorité"
bien confirmée des femmes. D'autant que la science n'exclurait pas que l'on puisse un jour imaginer qu'une gamète féminine puisse être "travaillée" pour en féconder une autre, ce qui
permettrait et prolongerait une société féminine dont disparaîtrait peu à peu le besoin des hommes. Mais que deux cellules masculines puissent engendrer, puis qu'un corps masculin puisse porter
et accoucher un enfant, je crois qu'on ne l'a pas encore imaginé.
Alors, peut-on ouvrir l'aval de la paternité à qui n'assure ni l'amont de la procréation, ni l'amont de la grossesse et de l'accouchement ?
Voilà une question qui dépasse les engagements de campagne électorale, les sondages d'opinion et même toutes les convictions religieuses ou
philosophiques ...
Et c'est en vérité une question sans doute sans solution rationnelle.
Car elle ne connaît que d'étranges types de réponses. Oui, d'abord dans "la société des oncles" , autrefois quelque part à
Java ou Bornéo je crois, là où c'est le frère de la mère qui assurait la fonction de père , parce que les semences humaines ne viennent pas d'un homme, mais des esprits anciens qui remontent
depuis les sentiers jusqu'au ventre des promeneuses pour les féconder; mais il ne s'agit pas d'un droit construit pour les homosexuels . Et oui, encore, compte tenu de l'influence
acquise par ceux-ci, dans des pays comparables aux nôtres qui ont fait le choix de satisfaire des désirs plutôt que des logiques. C'est ça
l'hédonisme, le risque et la liberté.
Mercredi 15 août 2012
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Par Gérard Bélorgey
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Publié dans : histoire et societe
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