Partager l'article ! Henri de Bodinat pour un protectionnisme intelligent: L"article ci dessous date des Échos du 21 juin. Mais ses qualités - synthèse, talent ...
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L"article ci dessous date des Échos du 21 juin.
Mais ses qualités - synthèse, talent, lucidité - et la notoriété de son auteur méritent reproducion.
il faut aussi aller voir son blog : http://strategies.blogs.challenges.fr/
On est toujours satisfait lorsque l'on voit exprimet par un autre avec pertinence et aisance ce que l'on cherche soi-même à expliquer parois de manière trop
pesante.
Donc bonne lecture
et j'y ajoute un autre papier de son blog
Entendons -le !
Les gouvernements occidentaux ont tenté désespérément de surmonter la récession de 2009 en utilisant simultanément l'arme du déficit (Keynes) et celle de la création monétaire (Friedman). Les déficits ont été stupéfiants, montant jusqu'à 8-10 % du PNB en Grèce, en Espagne, en Angleterre et en France. La création monétaire a roulé à tombeau ouvert, les banques centrales prêtant de façon quasi illimitée à des taux voisins de zéro.
Cet effort monumental a peut-être évité la récession, mais la croissance reste en panne. Avec une conséquence dramatique : l'endettement colossal résultant des déficits ne pouvant se résorber par la croissance, il ne peut l'être que par la réduction des dépenses publiques et la hausse des impôts. Cette rigueur, en étouffant une croissance déjà molle, pourrait déclencher un cercle vicieux dramatique dont la perspective panique les Bourses depuis quelques semaines
L’erreur des États est d’avoir oublié, dans leur frénétique fuite en avant, deux nouveautés qui font patiner les politiques budgétaires et monétaires: la globaîisa-tion de 1’économie mondiale et la stratégie des multinationales.
La mondialisation, permise par un libre-échange exacerbé et la baisse des coûts de transport et d'information, met en concurrence tous les pays du monde pour la production de biens ou de services. Elle a été instrumentalisée par certains pays comme la Chine pour se doter d'un avantage absolu et d'excédents commerciaux structurels. Depuis dix ans, pour 1 euro vendu à la Chine, nous lui achetons 3 euros. La Chine a ainsi aspiré notre. industrie et nos versements sans rien donner en échange. La croissance chinoise cannibalise d'autant plus la nôtre qu'elle a pour effet secondaire de faire grimper au ciel le prix des matières premières, facteur aggravant de stagnation. Les multinationales comme Nike, Apple ou IBM ou les grands distributeurs comme Carrefour ou Wal Mart ont accéléré et structuré la mondialisation en délocalisant massivement leur production ou leurs achats, écrasant leurs coûts et gonflant leurs marges grâce à la sous-évaluation des monnaies et au moins-disant social systématique de leurs fournisseurs.
Résultat : quand nous injectons des revenus ou des liquidités en Europe ou aux États-Unis, nous créons de la croissance et des emplois... en Asie, et spécialement en Chine.
Keynes et Friedman ont toujours raison, mais au niveau mondial. Les déficits budgétaires et le laxisme monétaire des uns créent des emplois chez les autres... L'Occident est devenu le dindon de la mondialisation.
A la croissance énergique des pays « émergés » répond ainsi notre stagnation, tristement semblable à celle du Japon, qui a connu dix ans de non-croissance, malgré des taux zéro, des déficits déments et un endettement record.
Pour sortir de la nasse en redonnant de l'attraction aux politiques budgétaires et monétaires, une forte baisse de l'euro (1 euro = 1 dollar?) est un bien nécessaire, comme l'a noté François Fillon récemment, mais certainement pas suffisant à cause des rigidités structurelles créées par vingt ans de mondialisation. Il faut y ajouter un protectionnisme intelligent vis-à-vis des aspirateurs de croissance que sont la Chine ou l'Inde, qui permettrait, sans leur mettre genou à terre, de revenir à une situation normale :
celle de l'équilibre des balances commerciales. Les entreprises délocalisatrices râleront devant la baisse de leurs rentes, les intégristes du libre-échange trépigneront, et tous crieront à l'inflation, mais ces aboiements sont un faible prix à payer pour sortir d'une crise sans fin en supprimant le côté obscur de la mondialisation. Pour retrouver la croissance en Europe et aux Etats-Unis, nous allons devoir nous battre. Mais faisons en sorte que ce soit à armes égales...
Henri de Bodinat est président de Time Equity Partners.
Et le second texte:
La stratégie de la terre brûlée
Avec la règle du jeu économique actuelle la désindustrialisation est notre destin. A la place d'une économie, un désert...Depuis une trentaine d'années, les états ont lâchés la bride aux entreprises et ont poussé comme des forcenés à l'ouverture des frontières, se ralliant au panache malsain de l'OMC, pendant que les coûts et les temps de transport baissaient massivement grâce au container et qu'Internet fluidifiait le transfert d'information.
Les grandes entreprises ont très vite compris l'intérêt stratégique de la globalisation : possibilité de baisser fortement les coûts de production en délocalisant dans les pays émergents, et, en un double effet kiss cool, possibilité de freiner voire de bloquer les hausse de salaire dans les pays occidentaux grâce à l'épée de Damoclès de la dite délocalisation. La globalisation a boosté de façon formidable les profits des entreprises, et contribue à expliquer que la part des salaires dans la valeur ajoutée, chère à notre président, se soit rétrécie comme une peau de chagrin.
De plus en plus d'entreprises sont même devenues « fabless », ne s'encombrant plus d'usines et d'ouvriers, mais transférant leur production à des entreprises de pays émergents. Elles combinent ainsi prix de vente élevés, coûts faible, et souplesse totale de la production, comme Apple ou Nike. Archos, entreprise « française » fait fabriquer tous ses produits en Chine. Seul le bureau d'étude reste français. La délocalisation permet non seulement d'exploiter un différentiel de coûts mais aussi de contourner les règles de protection sociale des pays occidentaux.
Même les entreprises éventuellement réticentes à délocaliser sont obligées de le faire pour ne pas perdre pied dans la concurrence internationale. Renault ne produit pas la Twingo en Roumanie par plaisir mais par nécessité, et le pourcentage de l'état dans le capital n'y changera rien.
La globalisation a ainsi créé une divergence dramatique entre l'intérêt des entreprises et celui des pays ou elle ont leur siège. Entre le profit des unes et l'emploi des autres, la messe est dite.
Mais faut être deux pour danser le tango. Les partenaires des entreprises dans ce mouvement de délocalisation ont été la Chine et quelques pays asiatiques. Ajoutant au dumping social la sous évaluation de leur monnaie, ils sont devenus les usines du monde pour le jouet, l'électronique, le textile, et même le luxe.
L'intérêt des entreprises multinationales et celui des pays émergents convergent ainsi pour pratiquer une stratégie de la terre brûlée qui désindustrialise l'Occident...Seuls résistent les secteurs qui voyagent mal, comme le ciment, l'électricité ou les opérateurs télécoms, des secteurs très innovants, comme Internet, et des secteurs de création, comme les media. Mais touts les autres sont menacés.
La désindustrialisation va continuer. Demain, l'alliance des multinationales et des pays émergents peut faire disparaître des pays occidentaux la chimie, le raffinage, l'automobile, l'aéronautique, le nucléaire, les équipements télécoms, par avantage absolu social, monétaire, technologique, ou énergétique. Et avec ces industries, disparaîtront leurs sous traitant ou les fournisseurs de services.
De bonnes âmes, invoquant la bascule du primaire vers le secondaire et le tertiaire, traitent avec désinvolture cette évolution. Ils prédisent un monde idéal ou des français tous polytechniciens concevront les produits que les fourmis chinoises produiront avec diligence... Mais cette analogie est stupide.
L'emploi agricole a diminué non par délocalisation mais par gain de productivité.
Quand l'emploi industriel diminue par automatisation ou gain de productivité, l'évolution n'est pas malsaine. Mais quand l'emploi disparaît par délocalisation, les dommages collatéraux sont massifs. Avec l'emploi s'évapore tout un écosystème de savoir-faire, de sous traitants, de prestataires de services qui font de ce départ un adieu irréversible. A la vitesse à laquelle des pays comme la Chine, l'Inde ou le Brésil développent leur population d'ingénieurs ou de managers, le design, la conception, et l'innovation risquent eux aussi de basculer vers les pays émergents, qui auront l'avantage de regrouper industrie, design et recherche/développement. Les pays émergents envoient d'ailleurs massivement leurs étudiants d'élite en occident pour accélérer ce transfert. Ils auront à la fois les employés, les designers, les managers et les ingénieurs.
Contrairement à une idée reçue, la délocalisation peut aussi toucher les services. Centre d'appels, centres informatiques, production de contenus (jeux vidéos, dessins animés) émigrent vers l'Asie. Elle n'épargne que les services « géolocalisés », comme la distribution ou la banque. Mais Internet peut changer la donne. Le e-commerce peut délocaliser la distribution, et le e-banking la banque.
Que nous restera t'il, alors ? Des retraités, des fonctionnaires, des professeurs et des employés du tourisme ? Tous très utiles, mais peut-être pas suffisants pour atteindre le plein emploi, payer les retraites, financer le budget des états occidentaux. L'alliance fatale des grandes entreprises et des pays émergents aura vidé les pays occidentaux de leurs forces vives, conduisant à un appauvrissement inéluctable et à une instabilité sociale exacerbée.
Est-ce une fatalité ? Oui, et toutes les incantations politiques sont aussi efficaces contre la désindustrialisation que la danse de la pluie pour faire pleuvoir. Seuls un changement déterminé et profond des règles du jeu, par exemple un protectionnisme intelligent à l'échelon régional, peut freiner puis inverser la donne, en recréant la convergence perdue entre intérêt des entreprises, intérêt des pays occidentaux, et même intérêt des pays émergents.
Il est très tard, mais il n'est peut-être pas trop tard.
Avec la règle du jeu économique actuelle la désindustrialisation est notre destin. A la place d'une économie, un désert...Depuis une trentaine d'années, les états ont lâchés la bride aux entreprises et ont poussé comme des forcenés à l'ouverture des frontières, se ralliant au panache malsain de l'OMC, pendant que les coûts et les temps de transport baissaient massivement grâce au container et qu'Internet fluidifiait le transfert d'information.
Les grandes entreprises ont très vite compris l'intérêt stratégique de la globalisation : possibilité de baisser fortement les coûts de production en délocalisant dans les pays émergents, et, en un double effet kiss cool, possibilité de freiner voire de bloquer les hausse de salaire dans les pays occidentaux grâce à l'épée de Damoclès de la dite délocalisation. La globalisation a boosté de façon formidable les profits des entreprises, et contribue à expliquer que la part des salaires dans la valeur ajoutée, chère à notre président, se soit rétrécie comme une peau de chagrin.
De plus en plus d'entreprises sont même devenues « fabless », ne s'encombrant plus d'usines et d'ouvriers, mais transférant leur production à des entreprises de pays émergents. Elles combinent ainsi prix de vente élevés, coûts faible, et souplesse totale de la production, comme Apple ou Nike. Archos, entreprise « française » fait fabriquer tous ses produits en Chine. Seul le bureau d'étude reste français. La délocalisation permet non seulement d'exploiter un différentiel de coûts mais aussi de contourner les règles de protection sociale des pays occidentaux.
Même les entreprises éventuellement réticentes à délocaliser sont obligées de le faire pour ne pas perdre pied dans la concurrence internationale. Renault ne produit pas la Twingo en Roumanie par plaisir mais par nécessité, et le pourcentage de l'état dans le capital n'y changera rien.
La globalisation a ainsi créé une divergence dramatique entre l'intérêt des entreprises et celui des pays ou elle ont leur siège. Entre le profit des unes et l'emploi des autres, la messe est dite.
Mais faut être deux pour danser le tango. Les partenaires des entreprises dans ce mouvement de délocalisation ont été la Chine et quelques pays asiatiques. Ajoutant au dumping social la sous évaluation de leur monnaie, ils sont devenus les usines du monde pour le jouet, l'électronique, le textile, et même le luxe.
L'intérêt des entreprises multinationales et celui des pays émergents convergent ainsi pour pratiquer une stratégie de la terre brûlée qui désindustrialise l'Occident...Seuls résistent les secteurs qui voyagent mal, comme le ciment, l'électricité ou les opérateurs télécoms, des secteurs très innovants, comme Internet, et des secteurs de création, comme les media. Mais touts les autres sont menacés.
La désindustrialisation va continuer. Demain, l'alliance des multinationales et des pays émergents peut faire disparaître des pays occidentaux la chimie, le raffinage, l'automobile, l'aéronautique, le nucléaire, les équipements télécoms, par avantage absolu social, monétaire, technologique, ou énergétique. Et avec ces industries, disparaîtront leurs sous traitant ou les fournisseurs de services.
De bonnes âmes, invoquant la bascule du primaire vers le secondaire et le tertiaire, traitent avec désinvolture cette évolution. Ils prédisent un monde idéal ou des français tous polytechniciens concevront les produits que les fourmis chinoises produiront avec diligence... Mais cette analogie est stupide.
L'emploi agricole a diminué non par délocalisation mais par gain de productivité.
Quand l'emploi industriel diminue par automatisation ou gain de productivité, l'évolution n'est pas malsaine. Mais quand l'emploi disparaît par délocalisation, les dommages collatéraux sont massifs. Avec l'emploi s'évapore tout un écosystème de savoir-faire, de sous traitants, de prestataires de services qui font de ce départ un adieu irréversible. A la vitesse à laquelle des pays comme la Chine, l'Inde ou le Brésil développent leur population d'ingénieurs ou de managers, le design, la conception, et l'innovation risquent eux aussi de basculer vers les pays émergents, qui auront l'avantage de regrouper industrie, design et recherche/développement. Les pays émergents envoient d'ailleurs massivement leurs étudiants d'élite en occident pour accélérer ce transfert. Ils auront à la fois les employés, les designers, les managers et les ingénieurs.
Contrairement à une idée reçue, la délocalisation peut aussi toucher les services. Centre d'appels, centres informatiques, production de contenus (jeux vidéos, dessins animés) émigrent vers l'Asie. Elle n'épargne que les services « géolocalisés », comme la distribution ou la banque. Mais Internet peut changer la donne. Le e-commerce peut délocaliser la distribution, et le e-banking la banque.
Que nous restera t'il, alors ? Des retraités, des fonctionnaires, des professeurs et des employés du tourisme ? Tous très utiles, mais peut-être pas suffisants pour atteindre le plein emploi, payer les retraites, financer le budget des états occidentaux. L'alliance fatale des grandes entreprises et des pays émergents aura vidé les pays occidentaux de leurs forces vives, conduisant à un appauvrissement inéluctable et à une instabilité sociale exacerbée.
Est-ce une fatalité ? Oui, et toutes les incantations politiques sont aussi efficaces contre la désindustrialisation que la danse de la pluie pour faire pleuvoir. Seuls un changement déterminé et profond des règles du jeu, par exemple un protectionnisme intelligent à l'échelon régional, peut freiner puis inverser la donne, en recréant la convergence perdue entre intérêt des entreprises, intérêt des pays occidentaux, et même intérêt des pays émergents.
Il est très tard, mais il n'est peut-être pas trop tard.
Henri de Bodinat
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