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En complément de l'article précédent voici une bibliographie sur la guerre du Rif et des repères.
 

BIBLIOGRAPHIE

 

 La guerre du Rif a engendré des publications, études, et travaux en nombre sans pareil : par les acteurs du temps, par des militants de telle ou telle cause politique,  puis par des chercheurs , des historiens, des journalistes,  maghrébins et européens. Dans cette impressionnante bibliographie, indiquons de manière très sélective

*au titre de la recherche

- l’ouvrage fondamental de Germain Ayache, « les Origines de la guerre du Rif » (Smer, Rabat , 1981)

- « les Actes du colloque du cinquantenaire de la guerre du Rif » (collectif, Maspéro, 1976)

* au titre de documents d’époque

- « Les mémoires d’Abd el Krim » de Roger Mathieu ( Lib. Des Champs Élysées, 1927) , recueil des entretiens que ce journaliste du Matin s’étant embarqué avec Abd el Krim sur le bateau menant celui-ci en exil  a  alors transcrits comme témoignage de première main sur la vue par l’émir lui-même de son action.

-« Abd el Krim » , Pierre Dumas,  Ed. Le bon plaisir ( Toulouse, 1927) . FAC-SIMILE DE COUVERTURE DANS ARTICLE PRÉCÉDENT.  Cet ouvrage – qui est à lui seul un document sur le temps -  illustre parfaitement l’époque en exprimant avec véhémence l’exaltation coloniale qui a imprégné plusieurs générations; il informe plus sur les ennemis d’Abd el Krim que sur celui-ci.

rif points* au titre de travaux historiques très nourris et éloquents

- la somme de  Zakya Daoud «  Abdelkrim, une épopée d’or et de sang » Séguier , 1999.

- « La guerre du Rif - Maroc 1921 26 », Vincent Courcelle-Labrousse et Nicolas Marmié , Tallandier, 2008 - FAC- SIMILE DE COUVERTURE CI-CONTRE.

 

* un ouvrage espagnol récent (Alianza Editorial, 2005),  « En el barranco del lobo – las guerras de Marruecos », par l’historienne Maria Rosa de Madariaga qui a beaucoup oublié sur la question et qui revient sur les évènements tragiques qui marquèrent profondément la mémoire collective des Espagnols tout au long du premier quart du siècle dernier en voyant dans la victoire sur Abd el Krim l’une des sources du facisme

* Pour la période succédant à l’indépendance, voir « Les trois Rois » , Ignace Dalle, Fayard 2004

 

 

 

 

 

Les Sultans de l’époque

 

Appartenant à la dynastie des Alaouites régnant depuis le XVIIeme siècle, succédant à Hassan 1er, Abd el Haziz (1894-1908), intéressé par les modes et techniques nouvelles,  lance des modernisations qui déclanchent contre son « impiété »  des rébellions au regard desquels il fait appel au secours de la France ; mais, dans une politique de balance,  à l’instigation de l’Allemagne, il demande la convocation d’une conférence internationale sur le Maroc qui aboutit,  du fait d’un considérable  endettement du pays, au traité d'Algésiras. Il est détrôné, dans l’esprit de cantonner l'influence étrangère, le 4 janvier 1908 par Abd el Hafid, son frère, soutenu par Thami El Glaoui, pacha de Marrakech. Mais en 1911, assiégé dans Fès par des tribus dissidentes, Abd el Hafid demande l'aide française ; toutefois, il  abdiquera au lendemain de la signature du protectorat en faveur de Moulay Youssef, lequel cherchant la sécurité, se transféra de Fès vers Rabat. Au décès de celui-ci en 1927, succèdera son plus jeune fils, préféré par les autorités françaises et qui deviendra Mohammed V, ayant réussi la jonction entre le Maroc de Lyautey et celui de l’indépendance.

 

Le pouvoir des sultans s’exerce sur le « bled makhzen » qui accepte leur administration et paie les impôts. Mais le « bled siba » aux sinueux contours selon les dissidences et les « mehallas » ( les expéditions guerrières) est un défi permanent à leur autorité et un recours peuplé de multiples intrigues pour leurs rivaux ( les « roghis »).

 

Abd el Krim qui, dans le fil des chefs de guerre du nord ayant appuyé Abd el Hafid, tenta de se faire reconnaître (en ne se déclarant pas sultan, en ordonnant aux imams du Rif de faire la prière du Vendredi au nom du sultan, en ne remettant jamais en question l'autorité du roi, en cherchant à lui adresser part des impôts) ne reçut jamais ni réponse, ni soutien. Le temps n’était pas venu de la future révolution nationale marocaine.

 

 


 

Étapes schématiques de la pénétration française au Maroc

 

- 1903 , le général Lyautey occupe Colomb Béchar aux confins algéro-marocains.

- 1904, Parallèlement à « l’entente cordiale - largement bâtie sur le « troc » accordant le Maroc à la France et l’Égypte à l’Angleterre - des accords franco-britannique et franco espagnol aboutissent à la définition de la frontière entre les deux futurs protectorats de Paris et de Madrid , selon le tracé porté sur la carte ci-contre et qui sera confirmé par un traité franco-espagnol du 27 novembre 1912.

- 1906, 7 avril, Conférence d’Algésiras : douze pays reconnaissent l’intégrité du Maroc et son ouverture aux entreprises de toutes les nations,  un droit de regard étant reconnu à l'Allemagne. Mais ce sont la France et l'Espagne qui obtiennent des droits particuliers et notamment la police des ports. En outre, la surveillance des frontières avec l’Algérie, et la présidence de la Banque centrale sont confiées à la France. 

- 1907, à l’assassinat à Marrakech du docteur Mauchamp, répond l’occupation de Oujda par les Français ; les émeutes qui éclatent en juillet à Casablanca, à la suite de l’ouverture d’un chantier de voie ferrée à l’emplacement d’un cimetière, entraînent le bombardement de la ville et le contrôle du port

- 1908, l’autorité française est imposée aux tribus installées entre la région d’Oujda et la Moulouya, le général d’Amade prend le contrôle de la Chaouïa, Lyautey cherche à sécuriser le couloir de Taza.

- 1911, devant une révolte des tribus qui a gagné Fès, la colonne Moinier y entre le 21 mars. Meknès est prise en juin. En contrepartie, l’Espagne occupe Larache et Ksar-el-Kébir. «Pour protéger ses intérêts économiques»  l’Allemagne envoie la canonnière Panther à Agadir ouvrant une crise réglée, selon accord  du 4 novembre 1911,  par un nouveau « troc » : l’Allemagne laisse les mains libres à la France dans le royaume chérifien contre le rattachement d’une partie de l’Afrique équatoriale au Cameroun allemand.

- 1912 le  protectorat français est imposé le 30 mars 1912 ; quelques jours après la signature, Fès se soulève, des Français sont assassinés, le mellah juif est pillé. Le 27 avril, Lyautey est nommé résident général et, un mois plus tard, Gouraud écrase la révolte de Fès. En août, les tribus du Sud, sous la conduite de Hel Hiba, entrent en dissidence et veulent prendre Marrakech, mais  Lyautey obtient la neutralité des chefs de l'Atlas ;  parmi ceux-ci, Thami El Glaoui  qui  est nommé Pacha de Marrakech, occupé fin septembre. 

- A compter de 1919, se déroulent, apparaissant d’abord sur le versant espagnol  les soulèvements du Rif.

- Après la reddition, en 1926, d’Abd el Krim, il faut attendre 1934 pour que  la « pacification » ( qui aurait fait 37.000 morts français, selon Le dictionnaire historique et géopolitique  du XXeme siècle, La découverte  ) atteigne la dernière région, le djebel Saghro, l’année  même où, d’une nouvelle inspiration, est fondé le premier parti politique national, « le comité d’action marocaine » , dirigé par Allal el Fassi, Mohammed Hassan Ouazzani et Ahmed Balafrej.

 

 

TANGER : Les 275 km2 de la zone internationale définie par les accords anglo-franco-espagnols de 1904 et 1912 restèrent en dehors de la guerre du Rif, mais non des trafics approvisionnant les insurgés, des passages et rencontres des émissaires des parties en conflit et des puissances qui s’y intéressent, ni ensuite d’une grande tension diplomatique : la première guerre mondiale avait aiguisé les concurrences et il fallut attendre 1923/25 pour un statut international plaçant la ville sous l’autorité théorique du sultan et en confiant l’administration à des services multinationaux. C’est le lieu que choisit en avril 1947, le sultan Mohammed V pour prononcer le premier discours qui fait référence à un Maroc unifié et indépendant rattaché à la nation arabe. Il subsiste de l’histoire de Tanger des spécificités fiscales qui n’ont pas complètement disparu avec le retour de Tanger en 1956 dans l’empire chérifien.

 

La guerre du Rif en chiffres

 

Quelle était la population de cette République ? Dans lequel de ses périmètres mobiles ?  On ne  trouve pas  d’estimation, mais si l’on réfère d’une part, en osant quelques translations, à la démographie du Maroc français, telle qu’appréciée pour 1926 (4, 9 millions d’habitants ?) et d’autre part à un ratio, pour 80.000 hommes,  d’un « fusil » mobilisable  pour 6 habitants,  pourrait-on risquer le chiffre de  quelque 500.000 berbères pour le Rif et les Djebala ?

Quelles furent au total,  de part et d’autres, les pertes ? Il faudrait décompter celles indiquées dans les combats recensés ou par les maladies connues et y ajouter celles subies en embuscades par les troupes coloniales et celles, pas toujours recensées, de leurs partisans,  ainsi que celles des moujhadins et des populations dans des djebels en feu : 20 à 30. 000 par an dans les barouds de la première année, plus la dernière année ? et moins, certainement,  au coeur de la période... Est-on autour de 100.000 ? 

 

LES BERBÉROPHONES au MAROC

 

40 %environ de la population marocaine de souche Amazigh est berbérophone répartie en  trois régions de dialectes : le tamazight rifain, ou tarifit au nord, le chleuh ou tachelhit au sud, le tamazight berber au centre du pays. Toutefois le dialecte arabe– qui est la darija, langue maternelle des arabophones – contribue au creuset marocain, car elle est, aujourd’hui, couramment parlée dans la vie courante et pratiquée bien souvent par les berbérophones.

Le tamazight n'est pas reconnu comme langue officielle ; cependant Mohammed VI a créé « l’Institut Royal de la Culture Amazighe » qui a pour vocation de donner avis « sur les mesures de nature à sauvegarder et à promouvoir la langue et la culture amazighes dans toutes leurs formes et expressions ».

 

 

Dimanche 24 janvier 2010 7 24 /01 /Jan /2010 17:22
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : histoire et societe
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