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On apprend ce soir que F. Hollande

- d'une part s'est bien prononcé pour le maintien de la souveraineté budgétaire française

- d'autre  part a bien indiqué que ce n'est pas au couple déséquilibré franco allemand de tout chercher à régler

- enfin  qu'il fallait - et il s'y efforcerait - que la France fasse mieux le poids dans ce dialogue

 

 

Or nous avons déjà perdu

- la souveraineté commerciale , puisque les échanges commerciaux extérieurs de l'UE - aux choix et  règles desquels  nous sommes intégralement soumis - sont gérés par un commissaire européen qui fait marcher, sans besoin des accords des États , le libre échange à tout va;

- la souveraineté monétaire, par la BCE indépendante se refusant à une politique de liquidés en faveur des États.

Ces transferts sont inadmissibles,  car il n'y a pas de contrôle démocratique européen des pouvoirs transférés. C'est évident dans les deux cas précédents : c'est la Commission qui est compétente pour les échanges commerciaux extérieurs; et la BCE ne réfère à aucune autorité politique.

 

 Pour un  contrôle budgétaire souverain européen,  l'autorité politique ne pourrait être  le Conseil des Ministres de l'Union  :  sa légitimité est très indirecte, en ce qu'elle émane de 27 constitutions ayant créé  des habilitations  de pouvoirs pour  leurs gouvernements respectifs   et, surtout,  que la responsabilité de ce Conseil des ministres ne peut pas, en fait, être mise en cause.

 

Il faudrait effectivement un pouvoir délibératif fédéral que le Parlement européen aujourd'hui ne peut pas assurer.  La méthode Monnet de donner des compétences à l'Europe  sans en  construire une légitimité démocratique - la charrue avant les boeufs pour ouvrir des sillons obligatoires - trouve enfin ses limites.

 

Le chantier européen à réouvrir est peut-être celui d'une construction fédérale , mais inimaginable aujourd'hui dans l'étendue et la diversité de l'espace de l'Union. En attendant qu'une autre Union européenne devienne possible,

- il faut maintenir aux États ce qu'ils ont encore de compétences et qu'ils parviennent à coopérer; 

- il faut obtenir que les délégations de compétences législatives soient mieux évaluées : lorsque le Gouvernement demande de faire rentrer dans le droit français par Ordonnances un paquet de directives, ce n'est pas sérieux; car le Parlement est dessaisi du pouvoir d'apprécier ces directives; 

- il faut que les organes indépendants soient  mis au service des intérêts diversifiés existant dans  l'Union :

        - que la Commission soit soumise à  des encadrements et à des approbations formelles avant de négocier des accords commerciaux qui devraient être explicitement approuvés avant entrée en vigueur par le  Parlement;

        - que la BCE soit pilotée par une "gouvernance" politique, puisque l'on fait tant de cas de la "gouvernance"...et que le problème majeur qui vient est - semble-t-il - celui d'une crise de liquidités au regard tant des besoins de l'économie que de ceux des états. 

 

Notons enfin - comme nous avons noté que F. Hollande était sur des positions raisonnables pour les affaires budgétaires - que N. Sarkozy , dans le cadre existant, fait, à nos yeux, face à la Chancelière très entêtée,  tout son possible, pour obtenir un rôle monétaire assoupli de la BCE ; l'idée que celle-ci soit nourrie de concours du FMI pour pouvoir ouvrir des crédits est une voie d'approche, insuffisamment franche  car  trop indirecte,  mais intéressante, vers la faculté de la BCE, en tant que de besoin,  d'émettre des euros ( dans le cas  d'espèce, qui proviendraient en quelque sorte .. du FMI)  de la même façon que peut  le faire dans sa devise,  toute banque centrale  digne de ce nom et  de cette fonction. 


Les hommes politiques français en compétition prendraient-ils en même temps  et sur différents fronts enfin conscience qu'il faut faire fonctionner autrement l'Europe et restaurer la Nation?

 

Il faut espérer que chacun progresse en ce sens puisque aujourd'hui, selon un sondage tout frais, plus de la moitié des Français ne seraient pas satisfaits  du duel avec ces duellistes. Il faut donc , soit qu'une autre offre politique prospère, soit que l'un des  deux intéressés  réponde de mieux en mieux  aux aspirations de nos concitoyens.

 

Et, à nos yeux, la différence ne se fera pas sur la sécurité ou sur l'immigration (les épouvantails correspondants ont fait leur plein et les bénéfices ne s'en disputent plus qu'au prix de surenchères entre  l'extrême droite et une partie de la droite aux affaires ) , mais sur la manière dont une gestion  française saura expliquer, démythifier  et gérer une crise qui est instrumentalisée au niveau européen pour faire du constat de l'endettement  le moyen d'une régression sociale, aux fins de pouvoir continuer dans le libre échange mondial. En effet les bénéfices de celui-ci nourrissent le capitalisme du négoce et de la distribution  - combattant donc toute réglementation du commerce international  -  et les intérêts de la dette versés aux prêteurs nourrissent le capitalisme financier. Celui-ci vit donc largement et bien de la dette même qu'il critique  parce qu'il redoute  tout risque de défaut  de paiement comme l'érosion  des intérêts  qui proviendrait d'une action monétaire entraînant un glissement  des prix  .   (Nous relaierons bientôt  sur partie de ces points une excellente étude sur la dette publique qui vient d'être publiée par Attac).  

 

Bien entendu, ce n'est pas exactement dans ces termes  que tout un chacun perçoit les enjeux. Mais le sentiment est diffus et fort qu'il se joue quelque chose de considérable résultant de la volonté des tenants du raz de marée libéral - qui a déferlé depuis presque un quart de siècle - de poursuivre celui-ci à tout prix  malgré ses effets de désordres des marchés, de dépression des activités et de l'emploi; chacun sait de même  que  les vilaines petites mesures  antisociales qui sont tentées ou prises ces temps-ci ne sont que des prémisses  de très dures perspectives d'austérité, au premier chef de réductions des garanties santé, des rémunérations et des services publics (police, éducation,etc.)   s'il n'y a d'autre stratégie imaginée  que celle des gouvernants en place  .

 

Aussi devant l'accumulation des risques,  ce que l'on veut aujourd'hui, c'est "plus d'État",  et pour réguler les marchés et pour donner du souffle aux économies et pour donner des sécurités à chacun .  Mais nos concitoyens  ne sauraient imaginer - car le seul État protecteur qu'ils  connaissent c'est l'État Nation -  que ce "plus d'État" soit exercé, soit inspiré même,  par un échelon supra national qui leur semble bien pouvoir être le porteur des intérêts et du grand négoce et du capitalisme financier. Ils attendent donc des porteurs d'offre politique qu'ils leur disent comment ils vont pouvoir faire avec  ce pouvoir supra national  et comment ils vont pouvoir conserver  à l'État national un rôle effectif face aux menaces du temps dont ils sentent bien aussi que les véritables explications leur échappent .

Et c'est pourquoi la première tâche des prétendants au pouvoir c'est d'expliquer comment on en est arrivé là,  en faisant la part de ce qui tient à nos excès et à nos erreurs , mais aussi la part  de ce qui tient au système économique et financier mondial et en dessinnant des voies permettant sinon de tout le réformer, du moins d'en cantonner les plus grandes perversités, en se donnant pour but réel de pouvoir un jour mieux les maîtriser.   

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Mercredi 30 novembre 2011 3 30 /11 /Nov /2011 22:05
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : actualité - Ecrire un commentaire
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