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Un interview daté du 21/10/09 de François Hollande est donné par "le Monde".
 Le responsable socialiste ne semble toujours avoir rien compris à ce qui s'est passé en 2002. Oui, le gouvernement Jospin avait été sérieux...Oui, il est "
bien vu que la lutte des classes s'effaçait derrière la lutte contre le déclassement social et que l'ennemi n'était, hélas, plus celui d'en haut mais celui d'à côté, voire d'en bas".
Mais pourquoi ? Parce que la gestion socialiste depuis des années, depuis l'Europe de Delors et Mitterrand,   n'avait cessé de livrer ces travailleurs français aux conséquences de la concurrence internationale sauvage et aux impasses d la bipolarisation à la française (l'alternance sans alternative).   


Voilà le BOOMERANG que j'expliquai par cette note à mes amis dès le lendemain  du résultat de la  présidentielle 2002 et  avant les législatives,
avant aussi  la nouvelle défaite socialiste de 2007,
tout étant hélas réuni pour qu'elle se produise et se répète
Et tout reste bon à méditer


PRÉSIDENTIELLES -  21 AVRIL 2002 : BOOMERANG : CHANCE OU PÉRIPÉTIE

 

Ce n’est pas un « séisme » invraisemblable. C’est un boomerang logique.

 

1 - J’annonçais le scénario dès 97/98 dans « trois illusions qui nous gouvernent ». C’est le résultat, en effet,

- d’une euro-mondialisation non maîtrisée qui a engendré les exclus votant pour les extrêmes,

- d’un système politique d’alternance dans lequel les Français ne reconnaissent pas leur diversité (d’ou la dose d’abstention  et les dispersions à droite comme à gauche),

- de la vulnérabilité d’une société libéralisée vouée, du fait des frustrations et des laxismes qui en sont le tissu même, à tous les risques.

Certes le chômage, comme ingrédient de base de cette vulnérabilité n’a pas, en apparence, augmenté comme on pouvait le prévoir alors. Mais, en fait, il a été plutôt, par les emplois non marchands, la RTT et le travail parcellaire, plus camouflé et réparti que réellement réduit, tandis que d’une part les pauvretés et précarités des plus modestes, d’autre part les motifs d’irritation (prélèvements, 35 heures)  des plus actifs augmentaient partout. La fin d’une embellie, toute conjoncturelle, a, de plus, remis les pendules à l’heure.

 

Le premier boomerang est donc la sanction d’une internationalisation mal conduite, du fait d’une alternance politique sans alternative stratégique,  de l’économie nationale.

 

2 - Il était prévisible (et j’avais aisément  prévu)  que, dans un tel climat - symbolisé par les insécurités de toute nature -  la droite classique ne ferait pas alliance électorale avec la droite extrémiste, mais alliance intellectuelle : en incorporant une part de ses valeurs et pour rallier son électorat ( comme elle le fera pour les législatives). En bref, en renforçant son emprise, alors que, paradoxalement,  la gauche, bien qu’ éliminée du second tour présidentiel, progresse en total de voix, toutes tendances confondues, tandis que la droite classique (et son président)  recule.

 

Le second boomerang est que, dans une France arithmétiquement droitière depuis toujours,  c’est alors que la droite classique perd des points et de la crédibilité qu’elle trouve un boulevard pour la présidence. Un boulevard qu’elle aurait d’ailleurs pu aussi manquer, car la dispersion des droites aurait pu aussi conduire à un J.Chirac en troisième position. 

 

 

3 - Mais l’on sait que l’ échec de la gauche tient précisément , au niveau de l’échiquier électoral, à cette dispersion des candidatures qui a traduit des contestations d’inspirations différentes (gauchiste par les partis de travailleurs et les verts, classique par le P.C.,  maladroite par le MRG, ou droitière par JPC )  de sa gestion. Une gestion dont le PM était si fier, mais qui n’a pas été appréciée, non par ingratitude, mais parce qu’elle n’était, tout simplement, pas appréciable :

 

-  au plan économique, elle n’a pas maîtrisé les effets négatifs du libre échange : les pansements sociaux ne peuvent tenir place de politique commerciale mondiale;

- au plan de l’emploi, elle a comporté plus d’illusions statistiques que de résultats réels en matière de niveau global et de sécurité de l’emploi marchand;

-au plan de la communication, elle a souffert d’un manque de relations personnelles directes du chef du gouvernement avec les partenaires sociaux;

- au plan de la stratégie sociétale, elle n’a pas su concilier sa recherche au centre et sa recherche à gauche, parce qu’elle n’a su poser les problèmes de la régulation du libre-échange;

- au plan de la stratégie institutionnelle, elle s’est enfermé dans l’idée bi-partisane :  avec l’ambition  du « grand chelem » c.a.d.  de résultats superposés de majorités présidentielle et législative; d’où le changement de l’ordre des élections (pour la présidentielle d’abord et les législatives ensuite), ce qui a été un poker fatal : elle pouvait peut-être avoir une majorité relative aux législatives, mais elle n’a même pas une seconde place aux présidentielles, ce qui va fortement compromettre ses chances aux législatives, après, de surcroît,  qu’elle se soit crue obligée d’appeler à voter pour J.C, sauveur des droits de l’homme.

- au plan psychologique, parce que le gouvernement, imbu de la bonne conscience de son action, n’a jamais voulu écouter personne qui ne relève de son entourage et s’est refusé non seulement à entendre d’autres voix de conseils, mais a souvent écarté bien des retouches qui lui auraient valu du crédit;

- solidairement, parce que - comme l’illustrent les conditions dignes, mais caractérielles, de l’annonce de son retrait dans le droit fil du style de sa gestion -  le PM a été un psychorigide, ce  que vivent mal un certain nombre de Français qui se reconnaissent moins mal  dans les défauts et qualités du chef de l’État.

 

Le troisième  boomerang c’est donc la sanction logique de ce faisceau d’erreurs et de surdités gouvernementales, illustrées, entre bien d’autres fermetures d’esprit des gouvernants, par l’entêtement d’une Aubry ou la froideur d’une Guigou.

Et il est aujourd’hui consternant, pour l’avenir même de la gauche, que cette autocritique ne soit pas faite et que les législatives risquent de s’engager sur les vielles antiennes, sans mettre à jour les vraies questions : les excès du libéralisme permissif (l’encouragement au laisser passer et au laisser faire)  dans la gestion de l’économie comme de la société, car c’est un seul et même problème et ses conséquences : l’obligation d’un très coûteux mais peu efficace acompagnement du désemploi, des déséquilibres, insécurités et précarités. 

 

4 - Le quatrième boomerang - qui lie plusieurs facteurs entre eux -  va bien plus loin que cette leçon méritée que viennent  de se faire infliger  les  gauches :

-  les Français ne veulent plus du tout  de système de camps bipolaire

-  le refus de ce système par la classe politique elle-même ( les dispersions de candidatures) et par l’opinion ( les absentions, la dispersion des voix)

 

a ouvert une crise de régime.

 

- Celui-ci, de 1958 à 1962, a été un régime de rassemblement présidentiel;

- celui-ci, depuis 1962, a été un régime d’alternance totale ou modérée par la cohabitation

- fondé sur trois scrutins majoritaires ( pour les présidentielles, pour l’Assemblée, pour la plupart des élections locales)

 

Il vient de conduire à une compétition interne aux droites pour la présidentielle. Il va, néanmoins, conduire à une nouvelle compétition droite/gauche pour les législatives puisque le mode de scrutin majoritaire à deux tours reste inchangé, mais avec une probabilité d’arbitrage (reports ou triangulaires) par les candidats et l’électorat d’extrême droite.

Le « séisme », après avoir assuré la réélection de J.Chirac n’aura été qu’une péripétie dans la continuité des mêmes errements.

 

5 - Sauf si ces circonstances pouvaient être mises à profit pour que le boomerang soit constructif, en en tirant les leçons :

 

a) - la première serait de reconnaître que le choix d’un Président de la République doit - face aux périls de l’extrême droite, mais face aussi aux périls du monde -  être dégagé des partis.

 

 La gauche, aujourd’hui, bien hâtivement, vient sans aucune garantie, de faire ce pas puisque ses leaders appellent d’emblée  à voter Chirac. Ils l’ont fait, sauf le PM ( ce qui, est à son honneur)  avec beaucoup de précipitation.  Est-ce, sous le coup de la stupeur, par vraie peur de Le Pen, ou - plutôt,  parce qu’ils ont redouté -  sous l’agression des questions des médias - de prendre le risque de donner à penser qu’ils pourraient être, par sectarisme ou rancoeur,  plus ou moins complices d’une insuffisance de barrage à l’égard du « fascisme » ? Toujours est-il qu’ils ont ainsi favorisé une vraisemblance de plébiscite, du moins par les suffrages qui s’exprimeront, en faveur de leur adversaire de toujours qui ne leur renverra en aucun cas l’ascenseur. Il eut fallut qu’ils mettent des conditions à ce soutien, d’autant que J.C. a ailleurs des réserves de voix telles qu’un risque Le Pen est vraiment mince et qu’en vérité, il vaut mieux que ce risque (Le Pen à la Présidence)  soit couru pour qu’on crève l’abcès, plutôt que de continuer un régime à bout de capacités. Mais la vérité est que ces leaders de la gauche, pris au piège bipolaire, n’imaginent sans doute pas un autre régime institutionnel, même s’ils se désarment pour les législatives. Il est clair, en effet, que, pour ces législatives, la droite classique tentera et réussira largement  le plein des voix de droite, en maintenant sa ligne de combat ( cf. déclarations de Sarkozy).

 

 C’est  à J.C. lui même que pourrait appartenir l’ouverture de cette révolution  : renouveler la notion de la présidence, la libérer des camps. C’est son vocabulaire; ce n’est guère sa nature. Et c’est pourquoi, une négociation avec lui ( sur un tronc commun de besoins à servir pour la France; sur une réflexion  institutionnelle pour une VIeme République)  eut été bienvenue da la part des précipités de gauche à se jeter dans ses bras.  A la condition qu’il fasse cette ouverture de reconstruction  nationale (à quoi a semblé encouragé un homme comme Bayrou, mais certainement pas un Sarkozy)  et, derrière, de révision constitutionnelle. Celle-ci est  incontournable si l’on veut permettre enfin que « deux Français sur trois » se retrouvent dans des majorités de rassemblement central excluant les extrêmes.

 

- b) Quant à la révision constitutionnelle à engager elle est claire : un régime présidentiel, mais une assemblée pluraliste largement  élue à la proportionnelle ( ce qui répond aux voeux des Français et ce qui est parfaitement compatible avec la stabilité de l’exécutif, si celui-ci n’est pas responsable devant l’assemblée  ) avec les formations centrales de laquelle le chef de l’État devrait trouver les moyens d’une politique partagée;  le référendum - à l’initiative de l’un ou de l’autre des deux pouvoirs, présidentiel ou délibératif - pouvant servir de moyen d’arbitrage populaire en cas de divergences fondamentales. C’est ce que Jacques Chirac ne semble jamais avoir voulu regarder; mais l’on peut un tout petit peu espérer que s’il est enfin  « tutoyé  par l’Histoire », il pourrait, comme il l’a fait lors d’autres  tournants  moins décisifs, savoir changer d’avis. Malheureusement, les  gauches ne semblent  pas non plus avoir fait leurs révolutions en de tels sens et il est aussi à redouter qu’elles cherchent plutôt à se ressourcer dans d’autres catéchismes et illusions.   

 

 

Aussi, faut-il  gager que tout cela ne se fera pas : que chaque coalition va poursuivre sa stratégie de division de la France entre camps et clientèles;  que la gauche va tenter, avec peu de chances de succès, une récupération législative menant à une nouvelle mauvaise cohabitation ( mais qui vaut mieux que la « démocratie absolue », c.a.d. la concentration des pouvoirs aux mains d’un seul camp);  que la droite va conduire et réussir, en cimentant (par l’exploitation aisée des thèmes des charges et de l’insécurité, même si la sécurité implique des charges) - et c’est là la vraie pollution -  l’union de clientèles classiques et extrêmes, son « grand chelem », c’est à dire l’écrasement des autres et tous les pouvoirs pour elle, en ne résolvant rien beaucoup mieux que la gauche - si elle ne sait poser les problèmes économiques internationaux -  et en créant d’autres spasmes ... à l’italienne.

 

Samedi 31 octobre 2009 6 31 /10 /Oct /2009 18:32
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : histoire et societe
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