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POURQUOI CE BLOG



L'objet de ce site est de baliser par quelques souvenirs éloquents l'histoire récente et de faire contribuer ces expériences, par des commentaires d'actualité, à éclairer et choisir les changements, en s'interrogeant sur les propositions des politiques et les analyses des essaiystes. Par ailleurs, à côté des problèmes de société (parfois traités de manière si impertinente que la rubrique "hors des clous"a été conçue pour les accueillir), place a été faite à "l'évasion" avec des incursions dans la peinture, le tourisme, la littérature,  des chansons, ce qui constitue aussi des aperçus sur l'histoire vécue.

 

Identité de l’auteur
vous pouvez lui écrire à <gerard.belorgey@wanadoo.fr>


Né en 1933, appartenant à la génération dont l'enfance a été marquée par la deuxième guerre mondiale, l'occupation et la Résistance, l'adolescence par la Libération, la guerre froide, puis par de clairvoyants engagements pour les décolonisations, l'auteur a ensuite partagé sa vie professionnelle entre le service public (il a notamment été préfet, délégué à l’emploi, directeur des affaires économiques de l’outre-mer, président de la chaîne de radio-télévision, RFO), l'enseignement et la publication d’ouvrages de sciences politiques (il est aujourd’hui membre du comité de rédaction et
collaborateur régulier de la "Revue Politique et Parlementaire"). Il a également assumé des missions dans de grandes entreprises en restructuration (Boussac, Usinor/Sacilor), puis a été conseil d’organismes professionnels.


Alors que ses condisciples ont été en particulier Michel Rocard et Jacques Chirac (il a partagé la jeunesse militante du premier dans les années cinquante et fait entrer le second à Matignon dans les années 60, avant d'être son premier collaborateur à l’Emploi, pour la négociation de Grenelle et au secrétariat d’Etat aux Finances, il n'a suivi ni l'un, ni l'autre dans leurs itinéraires. En effet, dans le domaine politique, comme il ressort de ses publications (cf. infra), Gérard Bélorgey n’a rallié ni la vulgate de la Veme république sur les bienfaits de l’alternance entre partis dominants, ni les tenants du catéchisme du libre-échange mondial. Il ne se résigne donc pas à TINA ("there is no alternative" au libéralisme). Tout en reconnaissant les apports autant que les limites de ceux qui ont été aux affaires et avec lesquels il a travaillé, il ne se résigne pas non plus à trouver satisfaction dans tel ou tel programme de camp. Mesurant combien notre société multiculturelle, injuste et caricaturalement mondialisée, souffre aussi bien des impasses de l’angélisme que des progrès de l’inégalité et des dangers de l’autoritarisme, il voudrait contribuer à un réalisme sans démagogie.

Partie de ses archives est déposée dans les Fonds d'Histoire contemporaine de la Fondation des Sciences Poltiques (http://centre-histoire.sciences-po.fr/archives/index.html)

Il a écrit et existé sous d'autres noms que celui sous lequel il a signé des ouvrages fondamentaux que furent "le gouvernement et l'administration de la France" ( 1967), "la France décentralisée" ( 1984), "Les Dom-Tom" (1994)  : le peuso de Serge Adour correspond à l'époque de la guerre d'Algérie et à une grande série de papiers dans Le Monde en  1957 , celui d'Olivier Memling à l'écriture du recueil de poèmes "Sablier " (couronné en 1980 par l'Académie Française et référé  dans l'histoire littéraire du XXeme Siècle de Hachette) et aux chansons qui en sont issues, celui de  Gérard Olivier à son analyse dans de  grands quotidiens de la décentralisation en 1981/82; celui de Solon  (malheureusement partagée par erreur avec d'autres auteurs) à la publication en 1988 de "la démocratie absolue" . Cessant de vivre un peu masqué, il retrouve son nom en 1998 pour "Trois Illusions qui nous gouvernent", puis à compter de 2000 pour "Bulles d'Histoire et autres contes vrais " (série de coups de projecteurs sur notre monde  qui seront souvent repris ci-dessous), ainsi que pour de  nombreux articles dans  diverses revues. En 2009, son récit "la course de printemps" revient sur la guerre d'Algérie.

La crise serait finie. j'entends, le lis, je reçois de partout l'intox de l'establishment, mais je vois que si les bourses ne baissent plus, l'emploi lui continue à plonger .

Alors pourquoi?  Nombreux sont les analystes - y compris au PS - qui veulent ramener à trois explications (en fait conjoncturelles) la dépression : les contagions de la crise des subprimes, les abus bancaires, la mauvaise adéquation des réponses des états.


Tous les complices de la pensée unique refusent l'explication systémique : dans les pays avancés les effets dévastateurs sur la demande, sur l'investissement et sur le "business model",  du libre échange mondial .

 Et  des relèves politiques -  qui veulent se préparer mais qui seraient sans doute bien illusoires font appel à des personalités internationales surcotées dont les crédos sont social <démocratie + libéralisme international>, sans percevoir que c'est exactement l'équation élémentaire qui a mené l'Espagne "socialiste"  à la catastrophe économique et l'oblige à des régressions sociales bien plus importantes que celles mises en oeuvre ou envisagéees  chez nous ou même en Allemagne .


A la question de base sur les causes de notre situation, les états généraux de l'industrie dont ci après le sommaire du rapport d'étape ( à consulter in extenso sur le site de la documentation française)  de fin janvier donnent d’appréciables éléments de réponse

 

 

I. DIAGNOSTIC de l’industrie française

 

A – Les constats généraux

1. Le recul de l’emploi industriel

1.1 L’emploi dans l’industrie accuse une baisse régulière

1.2 La diminution de l’emploi industriel affecte tous les secteurs, y compris ceux bénéficiant d’une croissance de la valeur ajoutée

1.3 Peu de sous-secteurs se caractérisent par un duo vertueux de maintien des effectifs et de croissance de la valeur ajoutée

1.4 Paradoxalement, certains secteurs éprouvent des difficultés récurrentes de recrutement

 

2. Le recul de la position de l’industrie française

2.1 Un secteur manufacturier qui pèse moins dans la valeur ajoutée que dans la plupart des pays de l’Union européenne

2.2 La valeur ajoutée de l’industrie française a évolué moins favorablement que celle des autres pays de la zone euro depuis 2000 et que celle de l’économie française dans son ensemble

2.3 L’industrie française est en majorité largement ouverte sur l’international, élément de force et de vulnérabilité

2.4 La balance commerciale de l’industrie française se dégrade

2.5 Une situation qui contraste avec celle de l’Allemagne

2.6 Une situation qui se traduit par une perte de parts de marché de l’industrie française au niveau mondial mais aussi et surtout vis-à-vis de l’Allemagne et de la zone euro

2.7 Des marges dans l’industrie française plus faibles que dans les principaux pays de l’Union européenne

 

3. Une faible dynamique d’investissement et d’innovation

 

3.1 Une dynamique d’investissement globalement faible et hétérogène selon les secteurs

3.2 En lien avec les investissements, la productivité de l’industrie continue de croître mais l’hétérogénéité sectorielle est grandissante

3.3 L’effort de R&D dans les branches industrielles les plus intenses en R&D est comparativement plus important en France qu’en Allemagne

3.4 Mais la France accuse un retard notable en termes de dépenses totales de R&D rapportées au PIB du fait de la part importante des industries peu intenses en R&D dans son tissu industriel

3.5 La stagnation de l’effort en R&D privée en France réduit la capacité du pays à influer sur la définition des normes et standards au niveau mondial

3.6 La R&D de l’industrie manufacturière française est concentrée sur quelques secteurs

 

4. Les faiblesses rémanentes du tissu de grosses PME en France

4.1 Les PME représentent plus de 90 % des entreprises en France mais ne génèrent que 17 % des exportations

4.2 Un tissu de PME et d’entreprises de taille intermédiaire (ETI) nettement plus faible en France qu’en Allemagne et au Royaume-Uni

 

B – L’identification des principaux facteurs déterminant la situation de l’industrie française

 

1. Les facteurs favorables

1.1 Des grandes entreprises à rayonnement mondial et des savoir-faire reconnus

1.2 Des écosystèmes innovants de PME/ETI dans certains segments industriels

1.3 Une capacité relative d’attraction des investissements étrangers

1.4 Une qualité reconnue de la formation des ingénieurs et des scientifiques

1.5 Une bonne performance comparée en matière environnementale

1.6 Des dispositifs de soutien public qui attestent de l’intérêt soutenu des Pouvoirs publics et des collectivités territoriales pour l’industrie

1.7 Des infrastructures de qualité

 

2. Les facteurs pénalisants

2.1. Le constat d’une sensibilité plus forte qu’en Allemagne à la question des parités monétaires

2.2 Un prélèvement public sur les entreprises par rapport à la valeur ajoutée plus important que dans la plupart des pays comparables

2.3 Un avantage compétitif sur les coûts du travail dans l’industrie par rapport à l’Allemagne qui s’est effrité depuis 2000 et a disparu

2.4 Des difficultés spécifiques dans le domaine du financement

2.5 Des dispositifs de formation insuffisamment adaptés aux besoins des salariés et des entreprises

2.6 Une image dégradée de l’industrie et de ses métiers qui entraîne un déficit d’attractivité

2.7 Une culture de l’innovation et de la créativité insuffisamment développée

2.8 La croissance des entreprises encore trop peu encouragée et accompagnée

2.9 Des relations entre acteurs du monde de l’industrie et de la recherche insuffisamment structurées et pas assez orientées vers le bénéfice collectif

2.10 Les outils d’aides publiques à l’industrie sont nombreux mais manquent d’une lisibilité d’ensemble

 

C – Les spécificités par filière

 

1. Les biens intermédiaires, biens d’équipement et industries de l’environnement

2. Les biens de consommation (y compris agro-alimentaire)

3. Les industries de santé

4. Les industries des TIC

5. Les industries des matériels de transport

 

II. LES ENJEUX

 

A – Les défis majeurs auxquels les sociétés sont confrontées aujourd’hui appellent tous une réponse de l’industrie

1. Le défi démographique

2. Le défi du développement durable

3. Le défi de la mobilité

4. Le défi du progrès médical

5. Le défi de la société numérique

 

B –La réponse de l’industrie doit se faire en combinant toujours davantage l’innovation, la production et les services

1. Intégrer davantage l’enjeu de l’accélération de l’innovation technologique et celui de l’extension du concept d’innovation

- Se fixer pour objectif d’atteindre un effort de R&D comparable à celui des grands pays qui comptent en ce domaine (Allemagne, Suède, Finlande, Etats-Unis, Japon, Corée) et créer les conditions d'un dialogue structuré entre la recherche publique et la recherche privée pour utiliser au mieux le potentiel de chacune

- Etre en capacité d’anticiper, de détecter ou mieux encore d’inventer des innovations de rupture

- Intégrer l’innovation dans toutes ses dimensions : technologie, management, process, design, marketing

- Raccourcir les délais entre la R&D et l’industrialisation

- Mettre à profit les TIC pour améliorer la productivité et la compétitivité des entreprises, notamment dans les PME

- Favoriser la mise en place dans les entreprises d’un véritable management de l’innovation ; organiser un recensement et une diffusion des meilleures pratiques en ce domaine, notamment au sein des PME

- Identifier de nouvelles pistes financières pour favoriser l’innovation dans l’industrie

 

2. Satisfaire les attentes des consommateurs et répondre aux interrogations de la société

- Développer au sein des entreprises la connaissance et la compréhension des tendances mondiales, des spécificités des marchés régionaux et des évolutions des attentes des consommateurs

- Répondre de façon transparente aux questions de la société

- Prendre en compte les enjeux sanitaires, sécuritaires et environnementaux

- Identifier de nouvelles pistes pour encourager les entreprises à investir davantage dans l’éco-conception et l’éco-production

 

3. Structurer des écosystèmes plus solidaires dans le cadre d’une politique de filières

- Travailler à l’identification des filières les plus porteuses pour asseoir au besoin une spécialisation industrielle plus performante

 

- Favoriser de façon générale, en matière de projets industriels ou de R&D, le raisonnement en filières, en écosystème, en projet industriel multi-partenarial au niveau international, national ou territorial

 

- Structurer dans ce cadre une démarche de montée en gamme de la production française

 

- Mettre en place les enceintes de dialogue nécessaires pour permettre la définition de visions stratégiques partagées entre tous les partenaires d’une même filière et la mise en place d’actions partenariales visant le bénéfice collectif

 

C –Un environnement plus favorable à la compétitivité de l’industrie française doit être mis en place

- Assurer une meilleure stabilité de l’environnement réglementaire des entreprises, une visibilité sur les évolutions prévisibles de cet environnement et leur donner des délais d’adaptation suffisants ; repérer et mettre en place tous les mécanismes de simplification administrative possibles

- Inscrire les évolutions du coût du travail en France dans une perspective de compétitivité

- Identifier les mesures les plus favorables au renforcement du tissu d’ETI en France par exemple par la fiscalité ou l'amélioration des règles de transmission

- Améliorer les systèmes de formation, en particulier dans l’enseignement technique, pour mieux répondre simultanément aux attentes des salariés et aux besoins de l’industrie

- Engager des campagnes publiques pour améliorer l’image de l’industrie et renforcer son attractivité auprès des jeunes

- Renforcer la présence de la France et de ses industries sur les chantiers internationaux des standards et de normalisation, en encourageant et facilitant la participation des entreprises à ces travaux par tous les moyens possibles, y compris financiers

- Evaluer les dispositifs d’aides publiques à l’industrie existants pour s’assurer qu’ils s’inscrivent pleinement dans la stratégie nationale pour l’industrie et les adapter en tant que de besoin ; rendre les modalités d'accès à ces dispositifs plus simples, par exemple par la mise en place d'un guichet unique

- Amplifier les actions de soutien aux entreprises à l’export

- Assurer une défense plus efficace de la propriété industrielle et une lutte renforcée contre la contrefaçon

- Encourager les relocalisations par la valorisation des atouts « France » et par l’identification et la mise en œuvre d’actions incitatives nouvelles

 

D – La mobilisation et l’engagement de tous les acteurs autour de l’objectif de la reconquête industrielle doivent être recherchés



Les reprises par les médias sont nombreuses.  On citera tout particulièrement celle de "Alternatives Économiques"  de février et le dossier de "l'Humanité" du 28 janvier. Cet effondrement industriel français  est la première explication de notre mauvais emploi mais  cet effondrement n'a-t--il lui même comme cause dominante l'impossiibilité actuelle de notre industrie, du moins de celle qui est "exposée - à faire face à la compétitivité des pays à bas coût de revient.?

 C'est bien ce qui ressort entre les lignes de ce que disent les chefs d'entreprise eux-mêmes: l' abence d'une protection raisonnable  de l'industrie ( cf. ci après ce que je souligne dans la déclaration de Yvon Jacob, ) et/ ou  l'excès de nos coûts collectifs  ( les impôts) et sociaux ( les rémunérations et charges) et les dépenses d'énergies en dialogues infructueux  ( cf. extraits de l'article de l'entretien Gallois/Humanité) se conjuguent pour nous pénaliser .

 

Entretien avec Yvon Jacob, président du Groupe des Fédérations Industrielles

In Alternatives Économiques Février 2010

 

Pour restaurer la compétitivité de l'industrie française, faut-il aider en priorité certains secteurs ?

Il peut y avoir de grands projets dans certains secteurs, pour lesquels l'inves-tissement public est indispensable. Mais c'est l'industrie dans son ensemble qui doit être soutenue, parce que tous les secteurs sont fortement interdépendants.

Par exemple, parmi les clients de la mécanique, on trouve l'automobile, l'aéronautique, le ferroviaire et le nucléaire. Ou la chimie, dont toute la production passe par des équipements mécaniques : tuyauterie, vannes, chaudronnerie, etc. Arevane pourrait pas construire de réacteur nucléaire en France ni en vendre à l’étranger si elle n'avait à son service une multitude de sous-traitants très spécialisés. Areva n'est qu'un concepteur-assembleur,comme les deux constructeurs automobiles français : il y a trois fois plus de valeur ajoutée et d'emplois chez les fournisseurs de Renault et PSA que chez eux. Ces grands groupes ne pourraient plus se développer en France s'il n'y avait plus ces compétences en amont. Ils seraient obligés d'aller les chercher à l'étranger. Et à terme, la logique serait de s'installer là où sont ses fournisseurs.

 

Cette politique peut-elle être efficace sans action au plan européen?

L'Europe se veut un modèle au plan du libre-échange, de la lutte contre les émissions de CO2 comme de la qualité des produits. Mais une fois qu'elle a mis en place des réglementations comme le dispositif Reach d'enregistrement et de contrôle des produits chimiques, elle se désintéresse du problème concurrentiel vis-à-vis du reste du monde. Elle exige des industriels européens qu'ils respectent ces normes, qui représentent un coût supplémentaire pour eux, mais un industriel chinois peut quant à lui se contenter d'apposer le label CE sur ses produits et les faire entrer sur le territoire européen sans aucun contrôle.

Il faut que les Etats membres exigent de l'Union européenne qu'elle mette en place ces contrôles pour les produits en provenance de l'extérieur de l'Europe et qu'elle fasse respecter ses normes dans les discussions commerciales à l'Organisation mondiale du commerce (OMC)

Enfin, il faudra traiter un jour le problème de la parité de change entre l'euro et les autres monnaies de la zone dollar. Cela ne sert à rien de se battre pour améliorer la productivité de 5 % si, dans le même temps, l'euro voit sa valeur augmenter de 50 %,comme c'est le cas depuis huit ans. Certaines industries européennes sont menacées de disparition par l'euro fort.

 

Qu'attendez-vous des Etats généraux de l'industrie ?

En premier lieu, un diagnostic sur les causes de la perte de compétitivité de l’indusirie française, et la reconnaissance du rôle primordial qu'elle joue dans l'économie. Les politiques publiques qui se sont succédé en France depuis le débutdes années 1990 ont eu pour résultat d'ouvrirle pays sans restriction à la concurrence internationale. Sans qu'aucune conclusion n'en ait été tirée afin de placer l'industrie française dans les meilleures conditions pour affronter cette concurrence.

 

Propos recueillis par M. Ch.


 

 

 

Entretien Louis Gallois/Humanité


Vous ne concevez pas l'Europe sans usines. Pourtant, les grands groupes européens délocalisent.

Louis GALLOIS. Je ne crois pas que l'on puisse construire une Europe autonome avec une réelle capacité de décision sans industries et sans usines. Il n'est pas possible de se replier sur les services ou uniquement sur les bureaux d'études. Aucun continent ne peut considérer qu'il joue un rôle mondial s'il n'assure pas sa capacité industrielle.......Les pays émergents vont s'attaquer à tous les créneaux, y compris ceux de  haute technologie. Tant que ces pays n'auront pas atteint notre niveau de développement, ils produiront moins cher que  nous. Notre force, c'est laqualité de nos produits et des services qui les accompagnent, et l'innovation, pour être toujours un pas (ou deux) en avance sur les autres. Pour cela, l'effort de recherche et développement dans les hautes technologies est décisif.

Nous avons, bien sûr, également besoin d'un environnement qui soutienne l'industrie par plusieurs leviers. Certainement, une politique monétaire qui ne handicape pas les industries en Europe. Une politique industrielle qui devienne une vraie priorité en France et en Europe. Pour être tout à fait franc, je ne sens pas encore cette volonté au niveau européen.....

Et en France?

Louis GALLOIS. Des outils ont montré leur efficacité : les grands programmes de typeAriane ou Airbus, les agences de financement Oseo, le FSI -, le   'crédit impôt recherche ou les pôles-dé compétitivité. Il y a la base  d'une politique industrielle, et le gouvernement a pris des initiatives qui peuvent créer une dynamique ...Cela dit, il faut aussi assurer la compétitivité des entreprises : je n'ai jamais été un adepte des 35 heures. Je ne dis pas du tout que l'on paye trop les gens en France et je sais que la productivité horaire est forte. Mais il y a un problème global de durée du travail sur la vie professionnelle...... C'est une vraie contrainte pour la croissance et pour l'industrie.

N'est-il pas pourtant devenu urgent d'investir en direction des personnels, des emplois, des formations et des qualifications?

Louïs GALLOIS. J'évoquerai un premier problème...Cela me navre de voir de plus en plus de diplômés des écoles d'ingénieurs choisir la finance et les banques.... Il faut réhabiliter (enfin !) enseignement technique et professionnel Mais, plus largement, je pense, le renouveau industriel de notre pays doit s'appuyer sur une nouvelle « dynamique sociale ».Est-on capable de demanderles efforts que nécessite une compétition mondiale farouche et dans le même temps, discuter avec les salariés et leurs représentants sur la flexi-sécurité ou sécurité professionnelle, sur la penibilité du travail, sur la formation, sur le partage de la valeur ajoutée ou sur la capacité d’intervention des personnels dans les entreprises ? C'est aux partenaires sociaux de trouver ensemble les conditions d'une dynamique industrielle et sociale . Le pays en a besoin!

 

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR ILDE MATHIEU ET ALAIN RAYNAL

 




Mais, alors qu'il est vrai que les entreprises soumises  à une farouche  concurrence mondiale, ne peuvent avoir une autre position que de rechercher tous les allégements possibles de coûts de production, on ne  pourra méconnaître toujours plus loin  les besoins collectifs que nourrissent les impôts et  le respect des standarts sociaux occidentaux.

D'autant que les politiques conduites en faveur des entreprises et des plus aisés des acteurs économiques en tant qu'on y voit des porteurs d'investissement ne sont pas sélectives : elles ne font pas la distinction entre les activités exposées aux concurrences internationales qu'il est légitime de soutenir et l'ensemble des entreprises et des détenteurs de revenus et patrimoines  appréciables. Ce qui est vital pour qui opère dans les secteurs "exposés" est effet d'aubaine pour les autres quand les mêmes allégements ou les mêmes privilèges fisccaux s'appliquent à tous. C''est ainsi, par exemple,  que la suppression de la Taxe professionnelle - encore qu'il est sans doute erronné d'y voir une cause majeure de délocalisations ou de non localisation en France  - peut se justifier pour certaines catégories  d'entreprises et constitue un "cadeau" pour d'autres, comme la baisse de la tva en restauration, tant il est vrai que ce n'est pas ce taux de  tva qui commande l'attractivité touristique de la France, et que nos efforts budgétaires et  "dépenses fiscales" devraient être focalisés au bénéfice  des  secteurs exposés ( ce qui s'obtient mieux par des exonérations ou dégrèvements ciblés que par des mesures générales d'allégement  fiscal).

Mais moins d'impôts, moins de services publics ,  des restrictions salariales et  la rigueur sociale sont les versets de la bible élémentaire des politiques libérales  bible dans laquelle il y a une part de vérité et une part d'excès. La première est qu'il faut se garder de trouver remède à tous les problèmes dans la dépense publique ( comme il est bien aisé de le faire quand on est dans l'opposition) et qu'il faut bien veiller tout au contraire à comprimer ( mais avec discernement) celle-ci  pour réduire la dette. La part d'excès ( comme on peut y être porté par clientèlisme quand on est au pouvoir) est d'appliquer sans sélectivité  une stratégie en faveur de toutes les entreprises et de tous les mieux nantis    D'ailleurs le modèle dit "allemand" n'offre en réalité
qu'un exemple de  rémission parce  que malgré des particularités industrielles qui l'ont ménagé  notre voisin subit avec décalage les mêmes phénomènes que nous ccnnaissons ; la perspective sans une certaine dose de protection commerciale  de pertes de positions économiques, de rigueur sociale amplifiée obligatoire et de l'entrée des pays du noyau européen sous le contrôle politique de fait des plus puissants des Émergents. Nous n'allons pas à un monde multipolaire, mais , au delà, à l'asservissement  de nos sociétés et de nos héritiers   par des puissances étrangères dont les patriotes contrôlent les multinationales . Le soin que l'on prend déjà à ne pas contrarier par exemple la Chine ou les Émirats témoigne de l'installation de  notre dépendance.
 

Il ne s’agit pas ici  ni de faire le procès de ceux qui ont la responsabilité des affaires, ni la critique des postures de l’opposition, mais de revenir à la question fondamentale qui  relève autant d’une analyse de généraliste que de compétences d‘économiste, tant il est vrai que la consultation des travaux de ceux-ci, malgré l'interpellation en cours pour contester l'uniformité de leur formatage mental, fait apparaître que leur référence logique au marché occulte chez la plupart d'entre eux le concept de nation.

Cette question fondamentale est simple : elle  est de savoir comment gérer le défi de la compétitivité des ÉMERGENTS : par leurs low costs, ceux-ci conduisent les pays occidentaux avancés aux pertes de positions, de marchés et d’emplois que l’on sait  ( et personne aujourd’hui ne saurait honnêtement le nier , une compensation étant au mieux trouvée dans le bénéfice financier qu'en contre-partie les économies ocidentales  peuvent, au profit de leurs privilégés, tirer de ce système-monde )


  Pour faire face à ce défi et à nos besoins d'emplois il y a ,  certes en simplifiant  beaucoup, deux approches

- celle qui consiste à chercher à être compétitifs par les prix ( car les progrès en qualité des Émergents font que seuls les prix sont décisifs, l'indispensable innovation occidentale étant très vite rattrapée par des facultés  considérables d'innovation des nouvelles puissances)  non seulement à leur égard, mais relativement aussi envers des pays comparables au nôtre; 

- celle qui consisterait à se protéger contre les low costs  en combinant  une forme ou une autre de droits ( voire de contingents) d’entré et de contrôle,  et un soutien par les finances publiques (et donc par l'ensemble des contribuables) en faveur des activités situées ou s'implantant dans un  périmère de notre intérêt politique et social , c'est à dire sur le territoire national ( au premier chef aussi longtemps que c'est dans ce périmètre qu'a lieu le choix des gouvernants)  ou dans un espace européen homogène et dont les composantes resteraient clairement en synergie, en même temps que la dévolution du pouvoir politique  pourrait s'y effectuer "at large" de manière de plus en plus démocratique  à un échelon supra national mais culturellement  cohérent. 


La première voie est la voie politique libérale et, un peu tempérée par des précautions sociales, la voie sociale démocrate. Cette variante est à l'aise dans les postures  critiques d'opposition , parce que ses  clefs sont  la compassion pour les victimes, la concommation populaire comme levier économique revendiqué, la recherche et l'innovation comme horizon stratégique. Mais cette variante si elle vient aux affaires débouche inéluctablement sur des contradictions : ses vertueuses politiques sociales entrant en conflit avec l'impératif de compression des coûts qui restera dominant aussi longtemps qu'il n'est pas tempéré par une part de protection négociée avec nos partenaires de manière  à nous garantir des marchés et donc des emplois   ainsi que  des ressources fiscales  pour les services publics et des facultés de prélévement assouplies pour les besoins des régimes de couverture des risques . 

 

C'est la seconde voie - aujourd'hui taboue- qui serait autant que la première une impasse si elle n'était judicieusement conduite et bien pondérée. Il n'est de salut que dans le dosage.  Mais les libéraux, soutenus et  tenus  de surcroît par les principes d'ouverture commerciale de l'UE n'y sont guère prêts sauf peut-être pour des cas particuliers comme pour une taxe carbone aux frontières. Et les courants  "de gauche"  ne conditionnent jamais aujourd'hui leurs programmes consuméristes et sociaux à la mise en place de leur condition minimale de faisabilité : ces  parts  de protection - qui sont à étudier et rechercher de manière très habile et ciselée - sans lesquelles nous sommes voués aux compétitions de la jungle ainsi qu'à la probabilité des décadences et de la soumision à d'autres intérêts que les nôtres     

 

 

Mercredi 3 février 2010 3 03 /02 /2010 14:27
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : politique éco et emploi
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