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Depuis que deux évidentes données de l'avenir du monde - la planète ne pourra pas couvrir les besoins de sa démographie, ni absorber les rejets de ses activités -  font l'objet d'une prise de conscience assez généralisées, cette conscience engendre des débats surréalistes sur croissance ou décroissance.

Le plus surréaliste  est que ce soient des personnalités occidentales qui soulèvent  ces questions en brandissant l'étendard de la sauvegarde du monde, alors que les pays d'Occident  sont , à la fois, d'une part ceux qui ont le plus pompé la planète et d'autre part  ceux qui  étant ainsi  à même de devenir prudents, parce qu'avancés, pèseront marginalement le moins sur l'avenir  des équilibres mondiaux, lesquels dépendent avant tout de ce que feront  les nations milliardaires en hommes et en besoins.

Dès lors certains  cherchent à donner un bon exemple  à ceux-ci  pour lesquels la croissance est  une perspective vitale. Mais ces pays Émergents  ne se privent pas à leur tour de largement pomper la même planète.
C'est d'ailleurs en bonne part pour répondre  aux demandes des pays avancés soit - comme depuis toujours - en matières premières et énergie, soit - ce qui est le nouveau fruit de la mondialisation sauvage de la dernière partie du XXeme siècle -  pour satisfaire, par leurs offres de tous produits à des coûts imbattables,  la frénésie  de consommation à bas prix  et les besoins en  biens semi-durables  des pays  d'Occident.

Ces concurrences   s'exerçant das un  cadre général de pénurie (cf l'ouvrage de Lebeau cité précédemment sur ce site  " l'enfermement planétaire" :  la planète n'a ni ressources essentielles extensibles à l'infini, ni capacité illimitée d'absorption des déchets ), elles mènent à des impasses manifestes pour les différentes catégories de pays en présence.

Il est d'abord évident que sans beaucoup de moyens de négociations - en dehors des troubles qui s'y produisent et des peurs qu'ils inspirent  - les pays les plus pauvres de la planète sont appelés à terriblement souffrir des atteintes aux biens et aux équilibres naturels, tout en se faisant exploiter dans leurs quelques ressources de base, comme marchés accessoires et comme réserves de terres , de main d'oeuvre, d'espace par les plus prédateurs. Aussi longtemps que, pour nourrir des fonds d'intervention et de sauvegarde de ce quart monde déshérité,  on ne taxera pas mondialement, non seulement certaines transactions financières, mais surtout  le dumping social qui fait quotidiennement prospérer le négoce mondial sur la misère des plus abandonnés  , il n'y a pas de réponse crédible à cette injustice structuelle du monde.   

Il est ensuite  clair qu'il sera impossible aux pays émergents par les voies de l'expansion commerciale  d'atteindre les niveaux actuels des pays avancés   et qu'ils sont fondés à rechercher un couple moteur unissant demande interne et demande externe. Mais si ce couple moteur  fonctionne il fait imploser la planète. Peut-on considérer que c'est le problème des Émergents plus que le nôtre ?

Certes non, parce que dès lors que nous sommes tous dans le même bateau, leur surexploitation du monde, parfaitement légitime au regard de leurs besoins, condamne les pays d'Occident  à souffrir la dégradation générale des ressources qui va s'ajouter à la compétition inégale sur les marchés, le résultat ne pouvant être qu' une régression inévitable de nos niveaux de vie, ce  qu'une incoyable myopie collective ne permet pas aujourd'hui de voir  et concevoir . Si les pays Émergents ne peuvent pas admettre qu'ils devraient renoncer à leurs ambitions pour préserver le monde, les Avancés devraient-ils plus facilement  admettre qu'il leur faille régresser ? Malgré la mode, aucune opinion n'y est sans doute disposée tant il  est vrai qu'il est encore plus dur de perdre quelque chose que de ne pas l'obtenir.

 On voit combien les idées de décroissance , voire de croissance maîtrisée sont surréalistes au regard des besoins insatisfaits de tous et de la lutte profonde qui oppose en fait les uns et les autres pour savoir qui gagnera ou perdra une place au soleil.

Il faut être réaliste et ne pas se cacher que cette compétition existe avec une dimension. d'e telle portée. Puisqu'il est bien normal de défendre les acquis de nos sociétés, ne nous prêtons pas à des reculs dont on ne nous saurait d'ailleurs aucun gré de la part des puissances montantes, mais que l'on peut au cas par cas consentir à l'égard des pays dans la trappe de la misère et qui sont écrasés autant  par le libre échange d'aujourd'hui que par l'histoire passée . Vis à vis de tous les autres, le salut passe par la négociation de conciliations entre des intérêts qui sont clairement divergents s'ils sont en compérition non régulée. Atteindre à des  rapports de forces gérables pour obtenir  ces conciliations passe donc par des politiques commerciales et de développement combiné  identifiant bien des  objectifs d'équilibre des échanges et de services mutuels  (cf.  En bref/la leçon de Copenhague) et n'ayant rien à voir avec ce qui se passe aujourd'hui sous la houlette de la commission européeenne.
 
Tel est - il faut l'admettre - le versant combatif indispensable d'une ligne de conduite réaliste. Celle-ci a, en contrepartie, un versant exigeant vis à vis de nous-mêmes : non seulement, bien sûr, comme tout le monde y invite, savoir s'engager dans une économie durable  et "verte" , mais plus encore, savoir modérer les frénésies de consomation low cost qui nous livrent impuissants à nos partenaires ayant beau jeu de montrer que s'ils dévastent le monde comme nous l'avons fait, c'est largement pour les clientèles que nous sommes . Laissons les puissances émergentes devenir responsables vis à vis de leurs marchés intérieurs et de leurs propres populations, responsables aussi  de ce que sera une planète où elles  sont majoritaires.  Et cessons de donner des leçons pour nous faire ridiculiser et des verges pour nous faire battre. N'ayons pas honte de défendre nos interêts,  nos enfants qui seront écrasés dans la compétition commerciale mondiale, si nous ne savons d'une part maitriser celle-ci, d'autre part faire préférer  par nos concitoyens des modes d'existence équilibrés sur des modes d'existence consuméristes frénétiques.

Et dans ce cadre bien lutter contre nos fantastiques gaspillages, rapprocher partout où c'est possible lieux de consommation et lieux de production, cantonner la grande distribution qui favorise les déperditions de produits, incite aux  circulations  et joue contre les producteurs, cherher des équlibres dans des sociétés sachant se satisfaire dans les proximités, modérer nos bougeottes, concevoir des urbanismes qui s'écartent des modèles mégalopole pour des formes d'habitat et de travail mieux intégrées, moins consommatrices de temps perdu et d'énergie dépensée en déplacements : autant de facteurs de changements de moeurs qui déjà devraient diminuer le rôle des échanges  internationaux et internes et écrêter les taux de croissance de tout ce qu'ils mesurent d'agitation  fictive  et de "gestes" inutiles : la tour de Babel ou le gratte ciel de Dubaï n'offrent pas un modèle de développement.  
Dimanche 3 janvier 2010 7 03 /01 /Jan /2010 17:39
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : " En bref /"
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