LIENS FOURNIS À LA DATE DU 3 MAI 2013
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deux E.BOOKS sur BOUSSAC
- volume 1- À PROPOS DE BOUSSAC - Mémoires et leçons : http://fr.calameo.com/books/0018592857868acd737b7
- volume 2- ANNEXES ET DOCUMENTS :
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Il y a plus de 20 ans, l'une des étapes de ma vie professionnelle fut de contribuer à gérer, dans le cadre d'une très originale et invivable location-gérance,
les suites du dépot de bilan du goupe Willot qui était propriétaire de Boussac. Une phase des disparitions des activités traditionnelles de la France dans le domaine de l'industrie textile, mais
avec le maintien, à la suite de la reprise par Arnault, de la haute gamme de Dior et du négoce qu'était alors Conforama. Une grande leçon sur les intérférences des rivalités
politiques et des capacités économiques. Néanmoins, l'évidence aujourd'hui que dans ce secteur des activités de main d'oeuvre, même en renforçant l'intensité capitalistique et la part
d'innovation, la division internationale du travail condamnait l'Empire auquel Papa Boussac avait consacré sa vie et ses ressources et les frères Willot, après leur reprise du groupe en
1976, leur ingénisoité technique et financière : un combat perdu d'avance sous les méchants feux de journalistes tels que Veronique Maurus ( qui n'était alors guère médiatrice) ou d'un
Patrick Lam qui trouva un éditeur pour régler ses comptes. Les miens sont déposés auprès des juridictions compétentes qui eurent à connaître de cet étonnant imbroglio juridique et financier où se
mêlèrent les bonnes et mauvaises fois jusqu'à ce que le cabinet Fabius, lassé de ces guérillas et des fins de mois à assurer, surtout parce que notre
rentabilité était minée par des intrigues, nous fasse payer un repreneur qui fit ainsi le socle de sa fortune.
Tout ce qui est inclus dans les deux textes ci-dessous - extraits de mon livre "Bulles d'Histoire" - est fondé et démontré dans les archives que j'ai déposées à la Fondation Nationale
des SCiences Politiques (cf. liens : Centre d'Histoire du temps présent) où elles sont consultables.
- MIC-MAC CHEZ BOUSSAC (1981-83)
Qui se souvient de l'affaire Boussac ? Que pourrait bien évoquer ce nom dans un sondage de trottoir? Et d'abord quelle affaire Boussac? Parle-t-on du prestigieux
empire de Monsieur Boussac qui habillait de vichy les stars des années cinquante et déversait les invendus de ses cotonnades sur l'Afrique ? Ou parle-t-on de sa chute par un premier
retentissant dépôt de bilan ? Celui dans lequel il laisse sa fortune pour essayer de sauver ses usines. Elles ont été fragilisées par la réduction des débouchés, le changement des formes de
distribution, la concurrence de modes et de produits venus d'ailleurs. Ou bien, parle-t-on de l'affaire de la première reprise, en 1976, du groupe? Ce n'est pas un professionnel du textile et de
la confection comme le prétendant Bidermann qui l'a emporté, mais les quatre frères Willot. Ils avaient rencontré, dans le Concorde, Monory, ministre de l'Économie. Celui-ci dit-on, convainquit
en leur faveur le président de la République. Sous la mauvaise réputation des "Dalton", des gens sérieux : Jean-Pierre, un financier très ingénieux; Antoine, un ingénieur - de la même parente
ingéniosité - sachant inventer et espionner la concurrence, faisant venir des machines soviétiques et construisant des usines en Algérie; Régis, un passionné de véhicules qui gère la flotte de
camions; Bernard, un sage qui gère sa grande exploitation agricole et, enfin, une cinquième personne : "la soeur", puissante secrétaire dévouée chez qui passent toutes les informations, tous les
fils - y compris ceux des écoutes de tous les collaborateurs. La D.S.T. m'avait d'ailleurs prêté sa "dératisation" lorsque m'étant implanté à Lille, et coexistant dans des bureaux voisins avec
les anciennes équipes, j'avais le sentiment que tout ce que je disais au téléphone était connu. L'expédition clandestine et nocturne fut épique et sans grand résultat, ce qui signifie peut être
que c'était une légende...ou très bien bricolé.
Au delà de quelques affaires familiales d'origine, dont l'une devient prospère sous le nom de "Peau Douce" pour les couches-culottes et les garnitures féminines (
"nana", vous savez bien), ils avient pris successivement le contrôle du lin français avec la société Agache, puis d'unités de corderie, d'emballage,
de ficellerie agricole, couvrant ainsi, par la société Saint-Frères, toute la zone de la Somme, inventant des machines, créant des produits, amassant des moyens. Avec l'ensemble Boussac, ils
forment dès lors le premier groupe textile français fondé sur le coton. Leurs filatures, tissages, unités de blanchiment et traitement, teintureries, velours , bacheries, tapis, confections sont
réparties dans tout l'hexagone avec de fortes places dans l'Est et dans le Nord. C'est là, à Lille, dans le vieil hôtel bourgeois Agache, le long des terrains vagues qui cernent alors l'ancienne
gare, peuplés, la nuit tombée, de silhouettes de Fellini, que siège la holding : la Société Financière et Foncière Agache Willot, la SFFAW. Les droits de vote majoritaires appartiennent aux
"quatre frères". Leur contrôle s'étend sur les grands magasins, en situation, alors, incertaine, de la Belle Jardinière et du Bon Marché, sur une florissante forme de nouveau négoce, Conforama,
et sur le prestigieux - quoique coûteux, en dehors des "royalties" que lui rapporte sa marque apposée sur ceintures, parfums, montres ou cravates - diadème de la couronne, Christian Dior.
Réputés conduire un capitalisme d'épiciers, les frères sont en fait des téméraires : d'abord parce qu'ils soutiennent des entreprises en pertes de leur groupe, par
des méthodes que les minoritaires réprouvent : en utilisant, pourrait-on dire schématiquement, les moyens de sociétés bénéficiaires au profit de sociétés en difficulté, ce qui leur vaudra
quelques grands procès et enrichira la jurisprudence commerciale; ensuite parce que, mondialistes avant la lettre, ils cèdent à la fascination américaine : ils vont aller perdre beaucoup d'argent
aux États-Unis dans une affaire de distribution où ils se heurtent au réseau des vétérans, comme à des coupes de chemises qui ne sont pas les nôtres.
C'est dans le trou d'air du fonds de roulement que le tonnerre trouve sa voie. Au lendemain, en 1981, de l'arrivée de la gauche au pouvoir, ils ont Joxe, comme
correspondant à l'Industrie, mais le ministère change de titulaire. La fratrie Willot et la fratrie P.S. sont en réunion à des étages différents dans le même hôtel Bristol, mais la première
manque la seconde. Conduit par Maxime Levêque du C.C.F. - qui aurait eu la satisfaction, pour dit-on 147 francs de découvert, de faire exploser une bombe dans les pieds du gouvernement - les
banques leur retirent leur confiance. C'est le plus gros dépôt de bilan français depuis Panama, avec, à la clef, un enjeu de près de vingt mille emplois. Les socialistes doivent concilier la
mythologie et l'économie. Pour la première, ils ont des tribuns vivant encore d'image d'Épinal. Dreyfus, nouveau ministre de l'industrie dira qu'il faut faire "rendre gorge aux Willot". Ceux-ci
sont l'objet de toutes les poursuites possibles. Des années plus tard, elles n'aboutiront pas. Leur effet immédiat est de rendre les frères Willot totalement allergiques à une entente sincère
avec le pouvoir pour sortir le groupe d'affaire. Pour l'économie, les socialistes ont leurs experts et, déjà, leurs banques d'affaires. Une analyse du Crédit national indique que l'ordre de
grandeur des effectifs industriels doit passer de 22.OO0 à I2.OOO, tandis que le président arrivant espère sauver l'emploi. Plusieurs études approfondies établissent que dans le climat de
faiblesse des industries de main-d'oeuvre en ce début de libre-échange mondial, le coeur textile ne peut être sauvé qu'au prix d'une réduction drastique des effectifs par de nombreuses
suppressions de sites non rentables.
C'est l'Institut de Développement Industriel - alors dirigé par Dominique de la Martinière, ancien directeur général des impôts et très proche des milieux
néo-gaullistes - qui, par lettre de Pierre Mauroy, est chargé de cette chirurgie. Il constitue une société - la Compagnie Boussac Saint-Frères - dans laquelle les banques créancières sont tout
juste minoritaires. La CBSF reçoit du tribunal de commerce de Lille, sous le contrôle des autorités de justice et sous la surveillance de deux syndics lillois - Pierre Darrouzet et Michel
François - la charge de la location-gérance de l'ensemble industriel. La gestion des sociétés "in bonis" - Dior, Conforama, Bon Marché - et le suivi de la holding sont confiés à un administrateur
judiciaire, Albert Chassagnon, siégeant, bien sûr, dans les lieux de ce métier, Avenue Victoria à Paris, et ayant déjà quasi réglé la liquidation de sa voisine "la Belle Jardinière".
Les parts étant faites à l'idéologie et au diagnostic, il faut maintenant trouver celle de la gestion. La présidence de la société de location-gérance est proposée
à plusieurs financiers ou capitaines d'industries connus qui écartent ce calice. Par une très sincère conviction socialiste, celui qui l'accepte est René Mayer, polytechnicien, urbaniste, ancien
président de l'Institut Géographique National, persuadé en son âme et conscience que, sur la réputation de la marque Boussac, une politique de modernisation de l'outil et de diversification des
produits sauvera les emplois et que le gouvernement le soutiendra. Il y croit tellement que comparaissant au lendemain de sa nomination devant le large comité d'entreprise - soixante deux
personnes - de cet ensemble industriel réuni pour l'essentiel en une seule société, il ose publiquement espérer - ayant laissé de côté les diagnostics des économistes - qu'à son départ il y aura
plus d'emplois qu'à sa prise de fonction. Au cours de sa première réunion avec les cadres au Holiday Inn de Lille, il se félicite que la vente des draps ait doublé. On perd deux francs
pour chaque mètre vendu. Il se séparera vite de Georges Jollès, issu du groupe Bidermann qui, béni par l'I.D.I., devait assurer la direction générale, laquelle me reviendra parce que j'étais
resté en "speaking terms" avec tous les partenaires. Il entretiendra des relations de défiance avec le financier dont l'actionnaire le flanque, Christian Haas, joli produit de la technocratie
bancaire avec laquelle le président ne trouve pas un langage commun. Il se fait personnellement assister par un homme méticuleux et averti, Michel Croizé, qui connaît bien les milieux des
affaires, après avoir notamment été quelques années auparavant président de la fédération des promoteurs immobiliers. Mais René Mayer, trop flanqué aussi d'un ou deux petits gourous de la
communication, n'a ni les raisonnements, ni la confiance de la place. Il vient d'une autre culture comme l'illustre cette méprise sur les V.R.D.. Il y en avait quelque cinq cent millions dans les
valeurs du groupe, et, parallèlement, beaucoup de biens immobiliers dont on pouvait espérer que les ventes donneraient des liquidités pour reconstruire. Notre président s'étonna un jour devant
nous qu'on ait individualisé et valorisé autant les "Voiries et Réseaux Divers" . On lui précisa qu'il s'agissait des "Valeurs Réalisables et Disponibles".
C'est un homme d'une extrême bonne volonté et d'une grande ténacité. Il multiplie les consultations, les concertations, les séminaires. Certains se tiennent, aux
frontières de Sologne et du Gâtinais, dans le somptueux domaine de Mivoisin que l'administrateur a mis en vente. En son coeur les personnels révèrent comme un sanctuaire "la chambre de Monsieur
Boussac" . Aux frontières des frondaisons et pièces d'eau d'un immense parc magnifiquement dessiné, l'inspiration du temps cherche entre les élégantes constructions et les écuries cossues à
concilier l'espoir de croissance et la rigueur des comptes. Tous les participants, relèvant chacun de différents réseaux d'appartenance et d'intrigues, cherchent des réponses - sur lesquelles ils
ne s'accordent guère - aux trois questions qui vont gouverner l'affaire : comment définir la part de continuité préservant le fonds de commerce tout en taillant dans les parties en pertes;
comment trouver les financements pour ce qui peut perdurer et pour payer les coûts des chirurgies; comment concevoir la sortie de la location-gérance.
Ce triple défi deviendra progressivement ingérable dans un contexte de complexités juridiques et financieres entretenues avec délices par tous les adversaires d'une
issue favorable au management en place. Par les frères Willot qui, contradictoirement, souhaitent que le fonds survive, mais pas au profit du gérant. Par des mandataires de justice qui font
prévaloir leur propre pouvoir à tel point qu'il faut faire approuver, non sans mal, par trois groupes de signatures - celles des syndics, de l'administrateur et des juges-commissaires - toute
décision de fermetures ou de ventes et, plus généralement, tout acte juridique affectant les fonds de commerce. Par "la Place" qui veut la privatisation. Par des fractions, de plus en plus
complices, de l'establishment politique. Le tout se déroule sous les feux hostiles de la presse dont celle réputée de gauche. Non seulement Les Échos mènent une campagne permanente de
désinformation, mais Le Monde , commençant à se convertir au libéralisme, relaie des offensives de déstabilisation sous des signatures qui s'alimentent à l'évidence chez les ennemis de
R. Mayer.
La vie du groupe est prise dans les ciseaux d'un double dialogue avec les partenaires sociaux et avec les pouvoirs publics. Les premiers s'expriment à travers un
puissant comité d'entreprise que pilote, avec une probité et avec un réalisme sans pareil, un homme modeste et tenace, Henri Deroo, responsable de la C.F.D.T. . Il y apparaît aussi bien des
figures émouvantes de militants dont celle d'une "soeur ouvrière", Catherine, aussi dévouée que soupçonneuse à l'égard du patronat . Tous les syndicats sont prêts à un certain nombre de
sacrifices à condition de sauver l'Empire par l'unité du groupe dont ils espèrent l'effet positif de synergies. Les pouvoirs publics ne parlent pas d'une seule voix : les administrations du
travail ralentissent les licenciements; celles des finances exigent de meilleurs comptes, multiplient les audits de suspicion, n'accordent de moyens d'État que s'ils ne peuvent pas faire
autrement. Or, après le virage de 1983, ils ont envie de faire autrement : passer le bébé hors du cercle public, ce à quoi les encourage l'IDI qui mène campagne contre le président. En canonnant
le capitaine, on ne peut que couler le bateau.
Après que Fabius ait succédé à Dreyfus à l'Industrie, le président de la CBSF sera peu à peu lâché. Or, la compagnie n'a même pas assez de fonds de roulement pour
soutenir son chiffre d'affaire. Elle n'a pas de crédit fournisseur : elle doit payer "au cul du camion" : les établissements spécialisés ne veulent pas cautionner l'entreprise. Pensez donc, il
s'agit du locataire-gérant d'un fonds considéré comme en perdition et dont les dirigeants subissent les avanies de la place bancaire soigneusement entretenues par les soupçons du Trésor. Ne
recevant plus de l'État le minimum de moyens pour gérer les contradictions qu'il nous dicte - la rapidité du redressement dans la protection sociale - allons-nous aller au tribunal de commerce,
en portant à la main la petite valise d'un nouveau dépôt de bilan ? Nous préferons une provocation. Objets de défiance, il nous reste, par une antiphrase, à nous exprimer publiquement. Nous
publions dans Le Monde un encadré, expliquant notre situation et titré :
« la CBSF a confiance dans ses actionnaires ».
BOUSSAC : LE RAPT (1984)
Si elle nous valut réprimandes et représailles, la provocation paya néanmoins. En deux ans, les concours d'État atteindront le niveau de ce que l'on a appelé "le
milliard de Boussac". Pour quoi faire? Un tiers a financé le coût social des restructurations - environ 4000 départs, pour 80.000 francs en moyenne par personne. Gérant ultérieurement les
affaires sociales de la fusion Usinor/Sacilor, dans le cadre des négociations et mises en oeuvre des Conventions de protection Sociale de la Sidérurgie, je pourrai mobiliser de l'ordre de dix
fois plus par personne pour accompagner des dizaines de milliers de départs qui se faisaient moitié sous forme de reconversion sans fin, moitié sous forme de préretraites. Le textile a été
l'enfant pauvre de nos bouleversements industriels. Un second tiers du "milliard" a été aux investissements indispensables dans les secteurs porteurs. Le troisième tiers a pallié, dans le fonds
de roulement, le défaut de crédit fournisseur.
Ces ressources donnèrent ainsi des moyens très tendus d'assurer la continuité de secteurs considérés comme viables et de conduire ailleurs des suppressions
d'unités. Nous allions sur les sites à amputer ou à fermer expliquer pourquoi à des assemblées de salariés. Nous passions devant des lignes de maisons dont, sur les pas des portes, les familles
nous regardaient. Nous palabrions de longues heures pour présenter nos raisons, nos pansements, nos essais de reconversion. Il est arrivé qu'il faille la nuit pour s'expliquer. Non, nous n'étions
pas "retenus" - comme telle ou telle préfecture, parfois, l'a cru avec la maladresse d'envoyer quelques gendarmes voir ce qui se passait. Nous prenions le temps d'expliquer, de répondre, de
rassurer, de tuer aussi. Nous avons rencontré plus de résignation que de colère parce que nous n'étions pas regardés comme des patrons ordinaires; nous avons aussi touché les désespoirs simples
et poignants de celles et de ceux chassés à jamais de "la vie humble aux travaux ennuyeux et faciles" qui avait été tout leur horizon, toute leur dignité, toute leur modeste existence partant en
lambeaux.
La ligne de frontière entre ce qui pouvait être sauvé et ce qui devait être fermé était souvent révisée par des plans industriels et sociaux successifs. Bien des
diagnostics, dans un sens ou un autre, s'avéraient, de fait, fragiles au plan économique et étaient toujours très débattus au plan stratégique : parce que la gestion industrielle perdante,
séparée de la holding qui incluait les sociétés florissantes, manquait de facultés d'appuis de toute espèce. C'est non seulement ce besoin de synergies qui menait à la question du contrôle de la
holding , mais aussi la recherche d'un dénouement de la location-gérance.
L'issue de l'affaire, en effet, pouvait être recherchée dans plusieurs directions. La première était la liquidation des biens de la SFFAW : une vente par
appartements qui eut abouti d'emblée à la disparition des unités en mauvaise santé et à laquelle s'opposaient sentimentalement et vigoureusement le monde syndical et l'équipe de la présidence. La
seconde était la recherche d'un concordat. Mais qui pouvait y mener? Ceux qui pouvaient prétendre à préparer cette bonne sortie, étaient d'abord l'administrateur pour le compte de la SFFAW, en
accord de fait avec les frères, ensuite l'IDI, actionnaire majoritaire de la CBSF et, enfin, notre Compagnie elle-même. Les deux premiers travaillaient à l'arrivée - selon leurs préférences - de
tel ou tel "repreneur" pouvant se substituer à la CBSF , après que celle-ci ait fait le vilain travail de dégraissage. Pour le management de la location-gérance, c'est la CBSF qui devait préparer
un concordat dans la perspective, après une période de soudure en gestion publique, de repasser la main à des acteurs privés.
De toutes façons, l'obtention d'un concordat supposait deux conditions. L'une était d'obtenir un redressement économique que rendaient aléatoires les difficultés
des restructurations et la répugnance du président à y procéder. L'autre était, au plan juridique, d'avoir la maîtrise de la holding, la SFFAW. Pour y parvenir, la voie la plus expédiente était
aux yeux de tous, sauf de la Justice, de trouver une forme d'entente avec les frères Willot pour qu'ils cèdent leurs parts. Mais à qui ? La préférence pour une cession à un tiers était celle des
adversaires de la CBSF. Les responsables de celle-ci cherchaient au contraire à réaliser cette acquisition pour le compte commun de la Compagnie et de l'IDI. Mais, nous n'eûmes ni le soutien de
notre actionnaire, ni celui des pouvoirs publics.
Toujours est-il que le chemin du contrôle de la holding passait par les relations avec les Willot. Ceux-ci avaient été traînés en correctionnelle. Toutefois deux
d'entr'eux - Jean-Pierre et Antoine - furent , pour des motifs techniques et parce qu'il fallait ménager, dans le but de chercher une entente, des possibilités de négociation, des "conseillers"
de la CBSF. Ils jouaient, sans doute, double jeu. Toujours est-il qu'ils étaient très présents auprès du locataire gérant. Les travaux quotidiens, les démarches commerciales, les recherches
industrielles se conduisent avec Antoine qui est un bon professionnel. Il lui arrive même de participer à des comités centraux d'entreprise dans un grand hall à Wambrechies. Au cours de l'un
d'entr'eux est présentée l'une des versions d'un plan de restructurations et licenciements. Il cherche à les expliquer. Les difficultés lui sont imputées par les syndicats de manière de plus en
plus véhémente. L'atmosphère, comme jamais, s'échauffe jusqu'à l'échauffourée, la seule que j'ai vécu chez Boussac. C'est sous ma protection corporelle- parce que mes interlocuteurs sociaux ne
voulaient pas me molester - que j'assure sa sortie sous les huées.
Ces étranges relations permettent, en juillet 1983, un accord avec les Willot. En contrepartie de certaines démarches juridiques en leur faveur et d'un rachat pour
soixante millions de leurs parts, la CBSF - par l'intermédiaire de sa filiale de reconversion que j'avais créée et présidais, AUFINEC - recevait le contrôle de la S.F.FAW. Nous pouvions donc, en
principe, présenter un concordat sur la base de plans industriel et financier qui étaient prêts et qui paraissaient viables. Parallèlement, le président, fasciné par Dior, cherche à obtenir, dès
ce stade, l'entrée dans cette société, ce qui irrite partout.
L'accord échouera. L'administrateur provisoire y est foncièrement opposé. Détenant les clefs du transfert des titres séquestrés, il a les moyens d'y faire entrave
en droit. Deux esprits opposés, coexistant au sein du pouvoir politique, sont également , l'un et l'autre, hostiles à l'accord passé. A la Chancellerie, l'idéologie de gauche reste attachée à
l'idée de poursuite des Willot; elle s'indigne qu'on ait pu promettre de favoriser un arrangement dans une affaire qui relève, à ses yeux, des tribunaux. Aux Finances, à l'Industrie et à l'IDI,
le souffle libéral ne veut manifestement pas d'une reprise par un opérateur public et, surtout pas, le succès de la CBSF, encore moins de son président. Les frères savent que l'idéologie perd du
terrain et comprennent vite qu'ils pourront obtenir mieux du souffle libéral. Ils engagent divers contentieux lourds à l'égard du contrat de location-gérance et de ses actes d'application. Ces
procès ont l'effet de retarder la mise en oeuvre des accords et permettent aux frères de jouer la montre. D'ailleurs, par divers motifs, ils mettront même en cause la validité de leurs signatures
données aux accords de juillet 1983. Nous engageons, avec d'excellents dossiers et avec le pugnace cabinet d'avocats Vaisse-Beauvisage, toutes les procédures nécessaires devant bien des
instances, cours et parquets dont celui très encourageant de Douai. Mais, c'est une épuisante ambiance de guérilla juridique. Pour en sortir victorieux, il faut, il faudrait du temps.
Or, le temps est compté. Sur le plan économique interne, malgré les analyses industrielles et les plans de licenciements, le redressement tarde et chaque trimestre
réserve ses mauvaises surprises. La plus étonnante fut celle de voir le profitable département de l'hygiène, pilotée par un manager du clan Willot, perdre, à un moment critique, à son tour, de
l'argent. Notre contrôleur de gestion réédite, semaine après semaine, des tableaux inquiétants. Dans le tarissement du cash flow et dans les angoisses de trésorerie au jour le jour, toujours sans
crédit-fournisseur, la CBSF dépend d'un goutte à goutte public pour couvrir ses besoins de ressources.
Sur le plan politique, une mission Plescoff de préconisations, des audits télecommandés par les finances dont les analyses sectorielles, qu'elles soient optimistes
ou pessimistes, sont souvent démenties par les faits, des travaux aux résultats contradictoires selon leurs auteurs, le recours par la présidence à des cabinets de communication, loin de
contribuer, ensemble, à l'éclaircissement de la situation créent une bulle de points de vue d'où ressort avant tout une ambiance d'indémêlable imbroglio. C'est elle qui portera le plus grand
tort.
Sur le plan de la stratégie, nous continuons - pour bien établir que, même les contentieux gagnés, l'objectif n'est pas de garder Boussac dans un giron public - à
rechercher le partenaire privé avec qui construire l'avenir. Nous voyons tous les possibles - Tapie, la Redoute, la Lainière, Lazard, etc. - en expliquant inlassablement à chacun les données, les
difficultés et les chances de l'affaire.
Un soir de fin novembre, sur l'autoroute battue de neige fondue entre Lille et le pays des terrils, sur cette autoroute que je sillonnais tant pour aller du siège
de Lille à celui de Paris, des sites en restructuration aux réunions interministérielles - où il fallait chaque fois recommencer à expliquer à des conseillers inspirés par une nouvelle idéologie
ce qu'étaient l'affaire et l'enjeu Boussac - j'ai reçu un coup de téléphone de Matignon. Directeur général de la CBSF d'une part, président d'autre part de la filiale AUFINEC qui était au centre
du montage de l'accord de 1983 avec les Willot, signataire enfin des divers contentieux auxquels nous étions contraints pour vider l'affaire, j'étais incontournable. J'ai reçu l'ordre de passer
d'urgence rue de Varenne signer tous les désistements nécessaires pour que l'accord qui venait d'être scellé entre les Willot et Bernard Arnault puisse être mis en oeuvre.
Matignon avait recueilli et transformé les fruits de nos propres explorations. Le Premier Ministre, Laurent Fabius, par sa conseillère Hélène Ploix, en liaison avec
l'IDI, imposait une solution. C'était le transfert de la responsabilité de l'affaire au groupe Férinel. Elle impliquait l'abandon des efforts, des chantiers et des contentieux en cours. Le
conseiller industriel de l'Élysée, Alain Boublil, directeur de conscience de René Mayer s'était rallié et, donc, notre président également. Je ne pouvais être la pierre d'achoppement. En dehors
d'un soutien syndical qui ne pouvait plus l'emporter, j'étais seul. J'ai signé ce qu'on me demandait de signer.
Je venais tout juste de présenter le dossier chez Lazard - mais je ne devais pas avoir le monopole de cette démarche - qui soutenait Bernard Arnault. L'essentiel,
toutefois, se serait passé à l'église de Marcq en Bareuil. On m'a raconté qu'un certain temps avant, à la messe, s'étaient rencontrées l'épouse d'Antoine Willot et sa cousine, la mère de Bernard
Arnault. La première aurait dit à la seconde :
« Notre affaire, dites-voir, ça n'intéresserait pas votre fils qui est aux Etats-Unis? ».
La solution avait donc été de jeter l'éponge, d'abord par lassitude devant une inextricable situation, compte tenu aussi de la défiance envers la CBSF, entretenue
par une campagne d'intoxication, enfin à raison de la volonté, sans attendre les dénouements contentieux, d'en finir avec cette affaire héritée de 1981. Ce n'était même pas pour épargner l'argent
public, car il en fallut. Il a, en effet, résulté de l'accord entre Bernard Arnault et les Willot que chacun des frères a reçu cent millions de francs, soit - à comparer aux soixante précédemment
négociés par nos soins comme prix de leurs parts - quatre cents millions au total. Aucun "Monsieur Propre" n'ayant exprimé les mêmes scrupules qu'à l'égard de notre accord de juillet 1983, il
fallait donc dégager la même contrepartie publique pour le repreneur afin qu'il désintéresse les frères. Les justifications en furent trouvées dans les avances reçues et dans les pertes réalisées
par la CBSF et, plus encore, imputées à celle-ci à l'occasion d'un très discutable retraitement des comptes de la société. Le responsable du dossier au Trésor, organisateur du montage, devint,
dans la foulée, le directeur financier d'Arnault, puis directeur général de sa future holding. C'est l'Europe qui a remis, en sens contraire, les pendules à l'heure, en exigeant du nouveau groupe
le remboursement d'aides publiques qui, plus tard, furent jugées indues au regard des règles communautaires de la concurrence et purent être honorées par le repreneur étant venu à bonne
fortune.
Les responsables arrivants eurent, en effet, d'emblée la confiance de la place, l'accès au crédit fournisseur, l'entrée en jouissance des sociétés "in bonis" Alors
que l'establishment s'était toujours opposé, sous la présidence de René Mayer à des rapprochements avec celles-ci, la réunification du groupe fit bénéficier les nouveaux propriétaires d'un bel
effet "montgolfière". Ce fut, pour cent millions d'apports propres, le rapt de Boussac et surtout de ses satellites. Dior donne le premier moyen d'envol à la florissante carrière de l'acquéreur
dans l'industrie du luxe. Un concordat très favorable sera vite conclu, dans des termes comparables à ceux que nous avions préparés, la transmission des dossiers établis ayant été assurée par le
secrétaire général. Il est vrai que ce condisciple, présent de longue date dans le groupe, était comme les chats auxquels il ressemble : à ses maîtres successifs, il préferait la maison, comme il
aimait sa résidence bourgeoise dans une verte banlieue de Lille. Plus que l'alliance industrielle, présentée comme une garantie, avec Charlier ( alors que ce patron de DMC n'opère guère dans le
coton), tous les travaux existants, ainsi remis aux repreneurs pressentis, leur furent bien utiles. Le plan industriel présenté à Matignon par B. Arnault, et sur lequel il s'était engagé, n'était
rien d'autre que la photocopie du mien. Mais le plan du raider eut un destin plus facile : il ne fut pas mis en oeuvre.
Peu à peu, l'Empire Boussac sera vendu par morceaux. Une étude du cabinet SYNDEX, mandaté par le comité central d'entreprise, établit clairement la perfection de
l'opération financière. Si Boussac, "ce fleuron industriel en pleine déconfiture shooté à la subvention publique, sous l'oeil noir de Bruxelles" - comme l'écrit en 200O un thuriféraire de B.
Arnault - a pu intéresser tant de candidats - dont le gagnant soutenu par David-Weil et Bernheim, c'est bien qu'il offrait matière à profit. Il était déjà partiellement redressé pour être
négociable. Il pouvait apporter, par la réintégration des satellites - ce qu'on refusait à notre gestion- les garanties qu'attendait la Place. Il comportait, dans les graviers des usines et dans
les sables aurifères des magasins, la "pépite " de Dior que tous convoitaient.
Naturellement, je démissionnai. Non sans avoir présenté la totalité du dossier aux heureux repreneurs, y compris certains pièges qu'il comportait de tentations de
cessions à des candidats ni viables, ni recommandables. Une campagne de presse ultérieure chercha néanmoins à faire porter aux équipes précédentes - dont la compétence était mise en cause - la
responsabilité de problèmes que les nouvelles rencontrèrent. Elle parvinrent à trouver un bouc émissaire que presque tous ceux qu'il avait servi - parmi les politiques et dans les affaires -
abandonnèrent à la justice. Pour ma part, dans la nécessité de me protéger contre des risques pénaux, je dus contrer publiquement l'attaque, en étant dans la situation inconfortable de sortir de
ma réserve, alors que je connaissais à nouveau du dossier en étant devenu, entre temps, délégué à l'Emploi.
En effet, dès après mon départ de Boussac, Michel Delebarre m'avait appelé à travailler à d'autres choses avec lui, ce que je fis, avec coeur, une courte année pour
lutter contre l'exclusion des jeunes déshérités, puis ensuite à la Délégation. C'était le seul homme - sans soute parce qu'il était sérieux , parce qu'il était en charge de l'emploi, parce qu'il
était du Nord, peut-être aussi parce que j'avais pu l'informer, à Lille, samedi après samedi - ayant compris, pas à pas, ce qui s'était passé.
Pour l'information des autres, ceux qui n'auraient que les dossiers de presse du temps, Michel Croizé et moi-même, avons déposé à la fondation des Sciences
Politiques l'ensemble de nos archives. Elles sont à la disposition de ceux qui chercheraient à comprendre le poids des affrontements politiques bi-polaires dans une histoire industrielle, la part
des comptes, celle du droit et celle des intrigues, surtout, par quels chemins on fit le contraire de ce qui avait été annoncé.
Mais nous connaissons la réponse :
« c'était incontournable et ça n'intéresse plus personne ».
A Bernard Arnault,
L’affaire Boussac Saint frères Agache Willo, tissus industriel français disposition au luxe, véritable identité française, ainsi que du potentiel français au travail d’une qualité réel, en perdition car inexploité depuis, non reconnu mais encore porter inconsciente dans la capacité collective française, beau pays de France, le luxe, vinicole, gout du bon.
La France, son destin, la renaissance industriel, sa destiné vers une nouvelle naissance industriel du luxe, on destine l’investissement de la mondialisation en grande partie par l’immobilier, source porter par sa famille mais l’élu fur porter au luxe non à la spéculation anti-français.
Le luxe porteur de l’immobilier français nous porte inéluctablement vers le luxe et le confort à la française, l’intérieur, le confort, la confiance de son image vis-à-vis de la mondialisation humiste que pourrai insuffler les français, la France bientôt reconnu et la France retrouvera son éclat.
La destiné de Bernard Arnault chemin de croix, âpres acquisition d’un patrimoine industriel au cœur de luxe, élu à la reprise malgré l’incompréhension, et le cœur l’emporte toujours, redonnera tous son éclat.
On porte tous une destiné, des capacités pour son pays, de la Normandie en passant par la somme jusqu'à la bonne moitié de la France dés Châteauroux berceau de l’aventure Boussac,
Le paternalisme industriel à construits des maisons et poser des tuiles pour ses ouvriers, le mondialiste industriel redonnera l’identité du luxe, d’où viendra le véritable tissu industriel pour les français.
A sa fille Delphine, l’inde, la chine ne sera jamais la France
Christophe Cottin
Bonjour,
Merci pour ces quelques lignes que j'ai lues avec intérêt. L'ensemble des acteurs, au premier rang desquels vous figurez, ont bercé mon enfance. Mon nom vous dira sans doutes quelque chose. Patrick Bachellerie est mon père.
Cordialement.
Emmanuel Bachellerie.