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Il y a dix ans , je publiai chez un éditeur attaché aux valeurs de la France, regardé comme conservateur, et rééllement courageux, un ouvrage que récusaient tous les porteurs de la pensée unique dont les trois composantes sont l'idôlatrie de l'Europe, la louange de l'alternance de la Cinquième République et la soumission au libre échangisme de la mondialisation marchande.

Je constate aujourd'hui que les "TROIS ILLUSIONS QUI NOUS GOUVERNENT" sont fondamentalement les mêmes
- l'illusion d'un bon régime politique, alors qu'il n'a permis aucune alternative stratégique, mais simplement la guerre pour le pouvoir  entre deux camps dominants;
- l'illusion des vertus du libre-échange commercial mondial qui est un régime perdant/perdant créant le chomage au Nord et  maintenant la misère dans les pays du Sud;
- l'illusion de l'Europe qui n'était alors, il y a dix ans,  qu'eurocratie porteuse de ce libre- échange meurtrier  avec la complicité des gouvernants de chaque pays adhérent, et dont on pouvait alors  encore rêver qu'elle devienne démocratique et fédérale, mais ce qui s'avère tout à fait impossible dès lors qu'elle réunit dans cette nébuleuse hétérogène qu'elle est devenue, des nations et sociétés si différentes et inégales, se concurrençant les unes les autres


Au regard de ces trois thèmes qui consituent trois tests à mes yeux de l'intérêt des plateformes présidentielles de chacun que valent celles-ci?

- en dehors des candidats souverainistes, de l'héritier du Gaullisme de progrès qu'est Nicolas Dupont-Aignan,  ou des porteurs, mais souvent caricaturaux, de la gauche de la gauche, aucun grand leader ne pose les vraies questions sur le libre échange et sur son vecteur, l'Union Européenne  telle qu'elle fonctionne, puisque dans les grandes formations - en dehors de quelques personnalités éclairées, comme celle de Debré (mais il est hors jeu) ou de Fabius ( mais il est marginalisé) -  ces sujets, sous le contrôle des économistes maisons, sont tabous. Ce tabou, S.Royal saurait-elle le rompre comme elle en a rompu d'autres, ce qui lui donnerait la victoire ?

- une bonne question est enfin posée, par quelques personnalités qui réflechissent  de manière transversale, est de remettre en cause la bipolarisation. C'est la vertu de F. Bayrou. Elle trouve un manifeste succès d'estime, car les Français commencent à bien percevoir que le jeu droite/gauche bien qu'il comporte certains vrais enjeux sociaux ( la qualité des pansements, encore qu'il faille savoir comment les payer sans nuire à l'économie)  est globalement négatif. Comment pourrait-il en être autrement lorsque la réflexion économique fondamentale des adversaires ne comporte pas en fait de distinction cardinale dès lors qu'ils se soumettent tous au système- monde d'aujourd'hui?
 
- Mais cette position "centrale", ce que je préfère à "centriste", avec l'espoir qu'il peut y avoir dans ce mouvement une forme de rassemblement rappelant les meilleures époques du Gaullisme, trouve bien des  limites.
    - La première est institutionnelle; il n'y a pas d'avenir pour un rassemblement des centres de progrès dans le régime trois fois majoritaire ( la présidentielle, l'élection des députés, beaucoup de scrutins locaux) qui est le nôtre de "tous les oeufs dans le même panier". Un rassemblement de centres ne peut prospérer que sur le socle du choix d'une large part de   la proportionnelle pour l'élection de l'Assemblée et, pour que ce soit viable, sans instabilité,  l'une ou l'autre des deux réformes constitutionnelles possibles : où un régime de type présidentiel, mais amélioré par des facultés de recours au  référendum pour débloquer, le cas échéant, des divergences entre Assemblée et Présidence; ou un vrai régime parlementaire à l'allemande.
    - Mais deuxième observation, attention au modèle allemand. Si c'est pour faire "la grande coalition", ce peut être une bonne pacification sur le plan politique, alors que nous courrons aujourd'hui un vrai risque d'affrontements proches de la guerre civile au moins intellectuelle  ; mais c'est totalement  conservateur du libre échange et de l'Europe libérale au plan économique et donc porteur de réelles menaces de régressions sociales, puisque la concurrence mondiale impose de tout faire pour baisser les coûts de production, du travail, collectifs et sociaux.
    - Ce qui serait souhaitable serait donc un rassemblement central comme F. Bayrou le propose ou comme on pourrait espérer que S.Royal y vienne, avec la rigueur économique comme le premier a raison d'en marquer l'impérieuse nécessité, et comme la seconde devrait en mesurer l'exigence, car on ne résoudra pas tout par de la redistribution; ou alors il faut  qu'elle accepte  l'idée d'un certain "néo-protectionnisme".

- En toute hypothèse,  se dispenser d' un effort de réflexion à proposer à nos partenaires européens pour une régulation du marché mondial est de la part de tous un inadmissible tour de passe/passe : il faut ni le laisser faire de l'ouverture à tout va destructrice d'emplois, ni le protectionnisme d'antan , impossible à gérer.

Or il y a des bons sens ( dans tous les...sens du terme)  pour cela :
- d'une part, on peut concevoir des mesures techniques pertinentes et négociables sauvegardant notre économie face aux pays émergents et aidant en même temps les pays du Sud;
- d'autre part cette ligne de conduite de sauvegarde de notre économie et de notre capacité sociale,  n'est pas une ligne de clivage politique. Elle réunit dans les mêmes intérêts des salariés, des entreprises, des professions libérales, les gestionnaires et les bénéficiaires des services publics et sociaux. Rassembler, dans des alliances de catégories sociales,  c'est possible par de bons dosages, s'il y a une mesure clef pour les permettre : échapper à la pression concurrentielle de toutes origines, dans tous les secteurs, de la part de tous les dumpings, car l'innovation et les services non délocaliables ne suffiront pas à assurer nos emplois ( il y a 4 millions de demandes d'emplois et moins de 1,5 offres à couvrir à supposer que la flexisécurité joue à plein, ce qui laisse encore un gap épouvantable) .

Comme il est dommage que, mal partie sur des batailles claniques, classiques et d'égos, la campagne présidenteielle n'ait peut-être, hélas, plus le temps, de devenir la campagne de l'imagination, de l'équilibre et de la raison. La première faute est celle du régime majoritaire. Honneur donc à ceux  qui veulent en sortir et espoir qu'ils trouvent aussi un bon dosage pour l'économique et le social. De toutes façons , quel que soit le président de demain, il faudra bien, sauf à aller à une forme de guerre civile, qu'il réunisse les Français sur la base d'une révision de la politique économique libre-échangiste européenne.



Pour ceux qui voudraient approfondir mes anciennes analyses qui sont hélas restées - parce que les progrès ne sont pas venus, tout au contraire -  d'une brûlante actualité, voisi les images de la apremière et quatrième de couyverture des "TROIS ILLUSIONS" que l'on peut toujours commander sur les librairies en ligne ( Alapage, Decize, Amazone, etc.)


 
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Mercredi 28 février 2007 3 28 /02 /Fév /2007 10:13
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : sciences pol. et institutions - Ecrire un commentaire
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