Il faut regarder le développement qui suit comme un complément à l'article précédent
"COMMENT SÉCURISER L’EMPLOI DANS UN CADRE DE CO-DÉVELOPPEMENT DURABLE : Pour une Europe
de l'emploi (publié sur ce site le 27/05/2009 dans politique éco et
emploi)
Un premier aspect de la question est de savoir jusqu'où et si les objections faites à des hypothèses
de protections commerciales diverses sont pertinentes.
On ne traitera pas ici du bilan que représente la libéralisation des échanges pour les pays en développement ( question largement débattue et développée dans le
document J.Sapir, « le protectionnisme aujourd’hui » que je mettrai très prochainement en ligne , mais de l’appréciation que l’on peut tenter du point de vue de nos propres intérêts
.
A ce titre, si l’on recense les forces, les intérêts et les arguments qui soutiennent le libre échange, on y trouve particulièrement :
1 -les stratégies de combat, de profit et de concurrence des firmes qui y trouvent :
* un moyen de pression sur les rémunérations et demandes sociales et contre la fiscalité française
* la faculté de délocalisations ..et de réimportations des produits obtenus dans les pays « low cost »
*des approvisionnements en composants moins chers que si ceux-ci étaient localement obtenus à nos prix de revient (d’où la part élevée des
composants importés de nos fabrications aéronautiques et automobiles ...)
* des approvisionnements qui seraient même souvent devenus indispensables , non substituables soit du fait de spécialisations, soit à raison de
l’amaigrissement des tissus de sous-traitants nationaux (les effets de l’absence de régulations commerciales deviennent irréversibles et c’est bien d’ailleurs l’objet des
tenants du libre-échange : nous rendre captifs de celui-ci car tributaires de fournisseurs externes auxquels on ne peut plus substituer des productions nationales).
Au titre de cette première série de facteurs, la mondialisation sans restrictions des échanges est présentée comme la condition même de notre
compétitivité.
a) Il est certain que des mesures de protection commerciale, avec les effets indirects forts de permettre une politique salariale positive et de désinciter à des
délocalisations, auraient logiquement certaines conséquences d’augmentations de nos prix de ventes.
Pour autant, il y aurait-il des risques de pertes sensibles de marchés externes ( ce qui serait à voir cas par cas pour apprécier les protections pertinentes
ou non sur des approvisionnements importés) alors que nous prétendons, par la qualité, être capable de jouer une concurrence internationale « hors prix » ?
b) Des protections intelligentes n’ayant pas pour but de renchérir ce que nous ne produisons pas – ou hélas plus – des échanges, entre économies de productivités et
de coûts de revient comparables, de produits très spécialisés n’auraient naturellement pas à être soumis à des dispositifs de régulation commerciale
c) Quant aux effet sur les prix internes, cf. infra 3
2 – Le raisonnement selon lequel des politiques de restriction des importations ne pourrait qu’entraîner des
représailles (« on ne vendra plus d’Airbus, etc.)
* ce qui réduirait notre emploi
* aggraverait la situation économique
* créerait des tensions dangereuses pour la paix
Ce sont des vues très sommaires qui négligent totalement
- le fait qu’une politique commerciale externe comportant certaines protections doit être négociée avec des contreparties aux tiers intéressés et que les ressorts
fondamentaux des tensions mondiales ne sont plus, aujourd’hui, dans une certaine discipline des échanges, mais dans bien d’autres facteurs
- la présence nécessaire dans ces contreparties de mécanismes (cf ma note de base)
* ristournant des droits d’entrée aux pays vendeurs ou en affectant la contre valeur à des actions mondiales pour la préservation des ressources
planétaires
* garantissant en quelque sorte à ces vendeurs qu’ils peuvent gagner autant en vendant moins en volumes, de telle sorte qu’ils seraient à même de
conserver leurs capacités d’achats de nos produits
Mais c’est bien ce qui renvoie à la troisième importante question.
3- Par définition des protections aboutissent à renchérir les imports de biens de toute nature et, donc, de telles
mesures seraient contraire non seulement au meilleur approvisionnement des entreprises (cf 1 ) , mais aussi à une politique du pouvoir d’achat populaire auquel bénéfice dans une
certaine mesure l’importation à bas prix.
Tenir ce raisonnement méconnaît
* que le premier pouvoir d’achat global c’est l’emploi qui ne être sauvegardé que par certaines mesures de protection
* que sur la moyenne durée, la réduction de certaines imports devrait protéger et/ou engendrer des productions localement obtenues
analogues avec, compte tenu des productivités, un bon rapport qualité/prix
* que tout ce qui protége coûte, sur le moment du moins, plus cher que de rester sans protection : ainsi tous les choix écologiques (sauf
la frugalité) semblent-ils aussi commencer par « coûter » ou par diminuer des rentabilités
* que la contrepartie de mesures de protection (commerciales ou écologiques) qui augmenteraient les prix à la consommation devrait être
dans le soutien de cette consommation populaire par d’autres mesures (minima sociaux, diminutions sélectives de tva, redistribution fiscale) dont les coûts seraient certainement gagés par
des économies sur le budget chômage dès lors que le désemploi diminuerait
4- En fait l’argument qui subsiste à l‘encontre de protections commerciales sécurisant l’emploi est le double argument européen
* notre appartenance à l’UE interdit toute politique commerciale externe nationale propre et l’UE n’est pas disposée à concevoir des mesures de
protection (même loin d’ailleurs d’une « préférence communautaire » générale)
* le ferait-elle , qu’il resterait toute la question des distorsions de concurrence, du fait des très graves disparités internes.
Ceci ne fait que souligner la nécessité absolue de sortir de l’impasse européenne actuelle, puisqu’il ne peut pas y avoir d’Europe sociale sans une autre stratégie
économique européenne.
5 - le dernier argument contre la « tentation protectionniste » est de compter sur – « the best» - la coopération
internationale, en la préférant notamment à une taxe carbone aux frontières de l’Europe pour résoudre les distorsions de concurrence entre ceux qui payent et ceux qui ne payent
pas les efforts contre la pollution.
Le « protectionnisme écologique » ne serait qu’un « second best » . Jusqu’à quand faudra-t-il attendre de voir que le premier ne fonctionne guère, parce que dans la
compétition mondiale pour avoir des places trop rares au top niveau, pays émergents et firmes en délocalisation n’ont aucune raison de prendre à leur charge, sans y être contraints, des coûts
qu’ils ne supportent pas aujourd’hui. Cessons l’angélisme. Des doits d’entrée réaffectés à la lutte contre les pollutions permettraient au moins de faire un dosage raisonnable
de ces coûts entre producteurs et consommateurs . Cessons de rêver ?
La second aspect de la question est de savoir quelles sont les postures qui peuvent exister au regard de la préconisation de mesures de protection et de précautions
La position orthodoxe - défendue imperturbablement par une bonne part de l'appareil du PS lui-même - c’est l’intégrisme du libre échange
assorti de redistributions ( du travail et de revenus) se voulant consolatrices (encore que partager le travail c‘est d’abord se résigner à ce qu’il n’y en ait pas assez pour tous ),
mais étant surtout bien aléatoires sinon impossibles : la pleine concurrence mondiale porte plus, chez nous, aux régressions sociales qu’au progrès dans la résorption des inégalités ;
sans une part de changement de stratégie économique, l’Europe sociale ne peut être qu’une illusion.
Une nouvelle fois, nous perdions donc notre temps à ne pas savoir prendre en compte que dans notre pays l’euro libéralisme n’est, comme le montre la situation de l’emploi, ni gagnant, ni
majoritaire : s’il a une large part de tenants dans la coalition aux affaires, au modem, au Ps et chez les verts, par contre les abstentions, sa contestation au sein de toutes les gauches et par
des droites identitaires expriment, en désordre mais avec force, la demande de voir intervenir des précautions légitimes et des protections ciblées. Loin de constituer des hypothèses «
risibles », les unes comme les autres, dans un rapport de force certes difficile mais non immobile, sont des réponses attendues à des angoisses profondes alors que l’Europe
occidentale est devant un problème de survie : poursuivra-t-elle, de manière suicidaire, dans une ouverture pilotée par l’inconscience ou l’angélisme, ou prendra-t-elle la mesure de ce qui
la guette dès lors que beaucoup des changements ont déjà des effets négatifs irréversibles ?
La question clef est de savoir s’il peut être pertinent
- de majorer d’un coût d’entrée, par une modalité ou une autre **, le prix de certains produits low cost dont l’importation enclenche la spirale des désemplois ici et des localisations
ailleurs
- en compensant ce surcoût de prix parfois nécessaire pour ménager l’emploi (le premier pouvoir d’achat) pour les catégories de consommateurs les plus modestes
- et, moyennant contreparties assurées aux pays fournisseurs , sans perdre nos marchés chez ceux-ci
A cette question clef
-- les intégristes du protectionnisme répondent qu’il faut rétablir la préférence communautaire, et poser dans ces termes réussir un tel challenge apparaît
bien improbable
- les intégristes du libre échange répondent qu’il ne faut rien faire du tout, ni même rien regarder : ce refus absolu de considérer quoi que ce soit
dans le sens de régulations commerciales - en comptant sur d'irréallstes régulations sociales - est la répétition d’un catéchisme économico-social qui a pourtant conduit la gauche de
gouvernement à ses échecs : dans les résultats en matière d'emploi marchand, ainsi qu'à des défaites électorales répétées depuis 2002.
- ceux qui cherchent à voir comment concilier notre emploi et les rapports de force du monde, estiment qu’il faut concevoir des mesures proportionnées et ensuite les promouvoir dans la
négociation intra européenne et internationale : arriver donc à mettre en place des précautions et des protections ciblées; sans bâtir un système protectionniste et sans promouvoir aucune
religion étatiste, trouver les bon dosages négociables avec tous les partenaires.
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Les techniques de cette majoration pouvant être diverses : « tariffs » (comme pour les cycles aujourd’hui encore) ; « duties » ristournés ; taxe carbone
alimentant des programmes de protection ; prix d’achat de contingents éventuels , etc. ; toutes modalités à gérer dans la négociation avec les tiers et non par un régime protectionniste qui
cloisonnerait le monde par des décisions unilatérales.
Lundi 29 juin 2009
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29
/06
/Juin
/2009
17:05
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Par Gérard Bélorgey
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Publié dans : politique éco et emploi
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