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« Sous les pas des mères » par Mounira CHATTI, Editions de l’amandier (56 bd Davout, 75020 PARIS) 2009, 458 p (20 euros).
http://mounirachatti.over-blog.com/



On attendait d’Algérie un ouvrage y dénonçant la dégradation de la condition de la femme, tant il s’agit là  d’une situation qui saute aux yeux pour quiconque s’y rend aujourd’hui : l’Algérie moderne obnubilée par sa guerre d’indépendance à laquelle les femmes ont pris une part si importante, les a pourtant recouvert d’un voile funeste, et contenu dans les bornes d’un code réactionnaire.

Mais c’est de la Tunisie, pourtant particulièrement réputée comme une société moderne où la libération de la femme fut prônée dès l’origine par le père de cette République, que nous vient un ouvrage cinglant et sans concession dans sa dénonciation de la condition féminine : « Sous les pas des mères », de Mounira Chatti.

Ce témoignage fulgurant intéressera un vaste public car s’il contient bien un essai sociologique et ethnologique, un discours sur les déchirements culturels, il est aussi un roman -c’est bien ce qui est indiqué sur sa couverture- racontant les entrelacs de plusieurs destins, de plusieurs générations, de plusieurs familles, de femmes et d’hommes : l’auteure, qui en est issue, veut les raconter autant que les analyser. Essai et roman, le livre de Mounira Chatti est uniment convainquant. On est souvent frappé non seulement par la grande maîtrise du style et de l’expression de ce premier livre, mais aussi par la force, parfois la rage, de l’interpellation de cette jeune femme : elle instruit son dossier avec une rigueur redoutable et ne laisse guère d’échappatoire à ceux qu’elle combat : les hommes crispés sur leur privilège et les défenseurs d’un islamisme blasphématoire des valeurs de l’Islam. On sent Mounira Chatti révulsée du fait que des femmes elles-mêmes pratiquent et véhiculent l’intolérance dont elles sont les premières victimes et dont elles reproduisent le moule. Elle pleure de décrire les familles brisées par des ostracismes d’un autre âge, dans un pays se délectant de son côté obscur, car elle éprouve une passion pour ces familles et ce pays auxquels elle appartient.

Mais comment ces pages seront-elles accueillies en Tunisie ? On n’ose espérer une bienvenue sans réserve pour ce livre tranchant comme une épée, qui ouvre un chemin de lucidité en dénonçant l’obscurantisme et la pourriture à éradiquer. Car enfin si l’auteure ne se trompe pas, le mal est profond (on ne le soupçonnait pas à ce point à l’égard du plus oriental des pays du Maghreb) et dès lors, comment douter de la réaction phobique des lanceurs de fatwas ?
Comment ne pas prévoir les imprécations des obsédés de la hichma, cette honte qui gouverne leur vie, entre celle qu’ils se délectent de dénoncer et celle qu’ils jouissent de couvrir comme opprobre : ces maniaques d’un honneur dont ils laissent la charge aux femmes, brandissant le drapeau de la décence en une indécence arrogante.

Mounira Chatti ose l’image des anthropophages à l’égard de ceux qu’elle accuse de faire sombrer son pays. Elle ose décrire le personnage dénommé Djemhouria (ce qui signifie la République) comme une hystérique. Elle sait donc sans doute, animée par la haine et l’amour, que son combat est périlleux.

On le voit par exemple lorsqu’elle parle du « Combattant suprême » : expression désignant le père de la nation, Habib Bourguiba, qu’elle a l’audace de critiquer – mais aussi qu’elle sait louer. Si elle écorne son image de libérateur de la femme tunisienne, elle rappelle cependant le défi historique qu’il a eu le mérite de lancer aux rétrogrades de l’Islam.

Mounira Chatti, ne reculant devant aucun tabou, souligne un aspect extrêmement grave de la société dont elle rend compte : le devoir sacré d’intolérance à l’égard des Juifs. Ce problème si préoccupant dans tous les pays musulmans est privilégié dans le cœur de l’auteure, dont on admirera l’intelligence, en plus du talent.

« Sous les pas des mères, c’est le paradis », a dit le Prophète. Le lecteur, après avoir été saisi par la dérision si amère du choix de ce titre, comprend qu’il est aussi plein de volonté d’espoir.
           


                                Jean-Yves FABERON

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Samedi 20 juin 2009 6 20 /06 /Juin /2009 16:09
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : livres - Ecrire un commentaire
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