Le magazine "choc" (du 25/9/2008) , manifestement de conviction
hostile à la présence de populations étrangères, notamment du Sud, sur le sol français a publié un numéro spécial " L'immigration, une chance pour qui ?". On peut en schématiser
les thèses présentées sous des signatures diverses dont celles d'universitaires reconnus en les résumant en deux points.
- Le premier point serait de fait : aujourd'hui les formes et les poids respectifs qu'ont prises les immigrations ( de travail; de
peuplement notamment par regroupements familiaux; d'admission à l'asile pour des motifs politiques ou humanitaires; d'expansion des diasporas des
sociétés émergentes), compte tenu de la recherche d'activité et de sécurité qui inspire les migrants et des besoins et problèmes qu'ils engendrent représenterait, même
compte tenu des apports des intéressés à l'économie et aux comptes nationaux, un coût net global très conséquent.
Cette thèse veut s'inscrire avec véhémence à l'encontre du thème souvent développé par les soutiens des immigrés et qui est récurrente en filigrane dans de
nombreuses études ( y compris celle récente de la Fondation Schuman, cf. son article en trois parties, fin sept/début oct.) selon laquelle
l'immigration - du moins une grande part de celle-ci - a pu constituer un atout pour les pays d'accueil et répond à des besoins de toute nature que ces pays ne couvriraient pas sans ces
apports.
Le caractère apparemment très documenté de cette publication devrait appeler qu'elle ne soit pas traitée par le mépris ou l'indignation que des défenseurs de l'immigration ont peut-être
trop tendance à employer pour écarter ce genre de contestation de leurs convictions. Faire ce travail que je n'ai pas seul la possibilité de mener à bien serait une tâche de clarification
indispensable, tant il est vrai que laisser accréditer ce qui est soutenu, sert trop, dans l'opinion, les actions répressives à l'égard des immigrés et plus encore, une
conception protectionniste non pas orientée vers la sauvegarde de notre économie, mais détournée vers un barrage à l"encontre des hommes, des femmes et des enfants venus
d'ailleurs.
Pour autant que de telles comptabilités sur le capital humain en termes d' apports et de charges puissent être faites et aient un sens, il faut donc s'y
essayer sans que ce point de fait épuise le sujet. En effet, alors même, qu'en un moment déterminé, après ces époques passées où l'immigration de
travail nous a été si nécessaire, le rapport comptable coûts/avantages des immigrations serait défavorable - ce qui n'est pas présentement impossible, moins du fait de l'immigration d'ailleurs
que de l'affaiblissement de notre capacité économique d'expansion - il n'y aurait pas de motif recevable à la contenir par principe et à la traquer, mais seulement raisons de mieux
savoir,en concertation avec les pays de départ, la gérer . Il est non seulement de bonne stratégie mondiale de s'y prêter, mais encore et surtout, être pays d'accueil fait partie des
devoirs des pays avancés aussi longtemps que la politique économique commerciale internationale crée, par le libre échange non régulé, une situation qui favorise l'exploitation des
populations vivant dans des contrées à bas coûts de revient, placées le plus fréquemment sous le joug de régimes oligarcho autoritaires. Le pire des protectionnismes est celui qui
refuse de s'exercer à raison des intérêts du négoce mondial, contre les marchandises et services obtenus à prix de dumping, mais qui acceptant ces biens, s'en prend aux hommes, puisqu'on ne
peut s'ouvrir dit-on, aux deux à la fois, sauf à rendre encore plus complexes les problèmes d'emploi. Or si l'on régulait des entrées de biens, on pourrait en compenser les effets aux
pays d'origine (cf. sur ce site, ma rubrique sur juste ou libre échange ); mais quand, sans accompagnement "ad hoc", on refoule ou
on expulse des êtres humains, ils n'y a guère de compensation possible à leurs perspectives d'enfers .
- Le second point dominant de la thèse de Choc est - semble-t-il - de soutenir que ces immigrations sont largement inassimilables
pour autant qu'elles proviennent d'autres ethnies, d'autres cultures, d'autres religions . Si, bien sûr, telle approche de principe éclaire d'une conception à dominante de
critères raciaux - nous n'osons dire d'une manière qui serait pour le moins simplificatrice , sinon caricaturale, "racistes", car les juristes du magazine pourrait tenter de contester la
qualification et de poursuivre le qualifiant - le procès fait à la place des immigrés en France, elle nous apparaît comme le contre coup malheureusement assez logique de la
position trop généralement tenue dans notre pays par bien des autorités politiques, certaines "compétences" sociologiques et pas mal de juristes : le destin de l'immigré , s'il veut durer
et plus encore rester, est regardé comme étant de devoir "s'intégrer", soit pour faire valider une faculté de séjour, ou/et de travail, soit, a fortiori, pour prétendre à l'acquisition de la
nationalité.
Sans aller jusqu' à l'assimilationisme, notre ligne directrice est clairement de longue date celle de l'intégration, ce qui n'est pas sans ambiguïté. Cette attitude répond d'abord
évidemment à celle de ces nombreux Français qui acceptent les autres à condition qu'ils cessent de faire apparaître des identités différentes de la leur, "le racisme à la française" ( cf.
sur ce site, à la date du 19/05/07, notre article "Stratégies, tensions et progrès dans la
France multi ethnique et culturelle",
publié par la Revue Politique et
Parlementaire , N° 1042, janvier mars 2007 : 2007 : LE MODÈLE FRANCAIS À L'ÉPREUVE )
étant de demander la ressemblance maximale avec la population basique de l'hexagone. La politique de l'intégration se traduit ensuite par l'ensemble de ces actions qui visent à obtenir un
alignement culturel minimal, une réserve des immigrés dans les lieux publics et de service public sur des spécificités, notamment de souches religieuses, qui viendraient en contradiction avec
notre conception à mes yeux parfois aggressive de la laïcité ( et qu'illustre bien l'originalité législative française sur tous les signes religieux, à l 'école mais stigmatisant en fait
essentiellement le port du voile) . Qu'il y a t-il d'étonnant dès lors qu'un magazine, disons, très "nationaliste", doute qu'il puisse y avoir intégration dès lors que les
immigrés conservent des coutumes (vestimentaires, alimentaires) , voire des moeurs de toute nature dont certaines manifestations ou pratiques pouvant être symboliques d'une foi comme
d'un attachement à leurs origines ( ce qu'illustre par exemple le Ramadan, ses disciplines et ses fêtes) et qu'ils affichent ainsi leurs originalités par rapport à la
population majoritaire issue du creuset commun qui a déjà mixté bien des traits singuliers de nos provinces comme de pays voisins .
La réponse conciliatrice de principe est dans la combinaison nécessaire des respects réciproques : celui de notre
droit et de nos personnes françaises par ceux qui résident sur notre sol et veulent s'y implanter, étant entendu qu'à ce devoir doit faire écho notre respect de leurs propres cultures
et de leurs propres personnes. Il n'y a pas hospitalité lorsqu'on demande à l'hôte de renoncer à lui-même. Voilà bien pourquoi, sur ce second point d'opinion, la position de
Choc, en étant caricature de la politique dite d'intégration, y trouve une part de son inspiration, et ces circonstances sont ainsi pour moi l'occasion de dire que cette
politique d'intégration si sourcilleuse des discriminations ( sur lesquelles elle s'est centrée , plus que sur l'autre question , elle aussi cardinale, des conditions souhaitables et
équitables de la coexistence sur notre sol de communautés différentes) devrait en parallèle être plus souple, moins rigidement citoyenne et laïque, reconnaître, en tant que de
besoin, autant les valeurs de singularités et de solidarités communautaires que les valeurs d'alignement, de métissage et de fusion.
Dès lors que nous constatons ( en ne partageant pas les ostracismes qui inspirent le magazine qui nous inquiète ), que nous acceptons donc, que beaucoup d'entre nous souhaitent une société mullti ethnique et multi culturelle dans l'observation des lois de la République comme dans l'observance
par chacun , lorsqu'il le veut , des valeurs et des signes de ses origines, nous estimons que, loin de menacer la France, ces apports doivent être regardés comme la constituant désormais à
due proportion autant que son socle géographique et autant que les vagues d'immigrations du passé. Le temps doit être donné au temps pour faire sa part d'intégration; l'hospilatité adoptive
doit aussi être accordée à toutes les personnalités qui ne s'intégrent pas par ressemblance mais par loyauté
s'ils restent étrangers et par citoyenneté s'ils deviennent de nationalité française.
Ces apports font partie de la construction de notre pays nourri par l'univers mondialisé qui nous englobe ; l'intégration doit être nuancée par le droit à la différence et, en fait
-malgré les tabous que la tradition assimilatrice universaliste qui nous a trop longtemps exclusivement et orgueilleusement inspirés - par la reconnaissance de communautés pouvant avoir
leurs caractéristiques singulières et leurs espaces d'une certaine manière, le cas échéant, protégés , notamment par l'application à leur profit, si elles ne constituent pas des
illégalités, des régles de vie auxquellles leurs membres peuvent tenir. Les Iles Britanniques, la Nation américaine de toujours, l'Autriche-Hongrie d'autrefois offrent des
exemples de conglomérats de communautés ayant coexisté et s'étant pour une part métissées sans s'être dissoutes les unes dans les autres et n'ayant pas manqué
, tout en traversant les diffiultés et tensions que l'on sait, de richesses et vertus. Notre Empire d'autrefois est rentré dans l'hexagone et dans le métro, et avec lui une part
du monde entier . N'est -ce pas un retour plutôt fertile - même s'il est parfois difficile à gérer - d'une lourde histoire ? Et s'il faut que les immigrés veuillent savoir marier leurs identités
et nos lois, il faut que nos législateurs et certains inspirateurs d'opinions ne fassent pas des différences, raciales, psychologiques, culturelles - fussent-elles affichées, dès lors
qu'elles ne troublent pas l'ordre public - des espèces de présomption de contravention au bon ordre social ou d'irrédentisme par rapport à une Nation qui doit désormais être vécue et
assumée comme un corps encore plus multiple que ne le fut longtemps le si riche et varié royaume de France, mais pas plus chamarré que ne l'étaient les puissances de Rome ou d'Alexandrie.
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