Quantcast

Recherche

Syndication

  • Flux RSS des articles

Calendrier

Mai 2013
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29 30 31    
<< < > >>

Partager

Pourquoi ce blog

L'objet de ce site est de baliser par quelques souvenirs éloquents l'histoire récente et de faire contribuer ces expériences, par des commentaires d'actualité, à éclairer et choisir les changements, en s'interrogeant sur les propositions des politiques et les analyses des essaiystes. Donc, à l'origine, deux versants : l'un rétrospectif, l'autre prospectif.

A côté des problèmes de société (parfois traités de manière si impertinente que la rubrique "hors des clous"a été conçue pour les accueillir), place a été faite à "l'évasion" avec des incursions dans la peinture, le tourisme, des poèmes,  des chansons, ce qui constitue aussi des aperçus sur l'histoire vécue.

 

MODE DE CONSULTATION : après avoir ouvert le site, ou cliqué sur un article, un sujet, un mois d'archive, l'affichage du document  recherché s'obtient en descendant la lecture  jusqu'au delà de cette fenêtre de présentation.

L'auteur

 

DSCF0656-copie-1.JPGNé en 1933, appartenant à la génération dont l'enfance a été marquée par la deuxième guerre mondiale, l'occupation et la Résistance, l'adolescence par la Libération, la guerre froide, puis par de clairvoyants engagements pour les décolonisations, l'auteur a ensuite partagé sa vie professionnelle entre le service public (il a notamment été préfet, délégué à l’emploi, directeur des affaires économiques de l’outre-mer, président de sa chaîne de radio-télévision, RFO), l'enseignement et la publication d’ouvrages de sciences politiques (il est aujourd’hui membre du comité de rédaction et collaborateur régulier de la Revue Politique et Parlementaire). Il a également assumé des missions dans de grandes entreprises en restructuration (Boussac, Usinor/Sacilor), puis a été conseil d’organismes professionnels.

 

Alors que ses condisciples ont été en particulier Michel Rocard et Jacques Chirac (il a partagé la jeunesse militante du premier dans les années cinquante et fait entrer le second à Matignon dans les années 60, avant d'être son premier collaborateur à l’Emploi et pour la négociation de Grenelle et au secrétariat d’Etat aux Finances, il n'a suivi ni l'un, ni l'autre dans leurs itinéraires. En effet, dans le domaine politique, comme il ressort de ses publications (cf. infra), Gérard Bélorgey n’a rallié ni la vulgate de la Veme république sur les bienfaits de l’alternance entre partis dominants, ni les tenants du catéchisme du libre-échange mondial. Il ne se résigne donc pas à TINA ("there is no alternative" au libéralisme). Tout en reconnaissant les apports autant que les limites de ceux qui ont été aux affaires et avec lesquels il a travaillé, il ne se résigne pas non plus à trouver satisfaction dans tel ou tel programme de camp. Mesurant combien notre société multiculturelle, injuste et caricaturalement mondialisée, souffre aussi bien des impasses de l’angélisme que des progrès de l’inégalité et des dangers de l’autoritarisme, il voudrait contribuer à un réalisme sans démagogie.

 

Partie de ses archives est déposée dans les Fonds d'Histoire contemporaine de la Fondation des Sciences Poltiques (cf. liens).

 

Il a publié sous d'autres noms que celui sous lequel il a signé des ouvrages fondamentaux que furent "le gouvernement et l'administration de la France" (1967), "la France décentralisée" ( 1984), "Les Dom-Tom" (1994)  : le pseudo de Serge Adour correspond à l'époque de la guerre d'Algérie et à une grande série de papiers dans Le Monde en  1957 , celui d'Olivier Memling au recueil de poèmes et chansons "Sablier " (couronné en 1980 par l'Académie Française et référé, dans l'histoire littéraire du XXeme Siècle de Hachette) celui de  Gérard Olivier à son analyse dans de  grands quotidiens de la décentralisation en 1981/82; celui de Solon  (malheureusement partagée par erreur avec d'autres auteurs) à la publication en 1988 de "la démocratie absolue" . Cessant de vivre un peu masqué, il retrouve son nom en 1998 pour "Trois Illusions qui nous gouvernent", puis en 2000 pour "Bulles d'Histoire et autres contes vrais " (série de coups de projecteurs sur quelques apects du dernier demi siècle qui seront souvent repris ci-dessous), ainsi que pour de  nombreux articles dans  diverses revues. EN 2009, il est revenu sur la guerre d'Algérie avec le roman ( Ed. Baurepaire) "La course de printemps". Il prépare "L'évolution des rapports Gouvernés /Gouvernants sous la Veme République :entre absolutismes et renouvellements?"

CI- joint les deux contributions que j'ai fait parvenir à ce colloque tenu à la mairie de Paris et au Sénat les 25 et 26 avril 2008



Gérard Bélorgey-  Nouvelle-Calédonie - SOUVENIRS-1988

Les accords Matignon formalisés le 26 juin   furent en quelque sorte déclinés par les accords Oudinot formalisés le 20 août.

C’est après l’accord solennel de Matignon et pendant « la charrette » de préparation du protocole Oudinot qui constitua en fait l’ossature du projet de loi statutaire, présenté au referendum en novembre,  que je revis Jean Marie Tjibaou dont j’avais fait la connaissance vingt ans avant lorsqu’il me fut présenté par Gilbert Zaksas ( alors TPG du Territoire et qui devait décéder neuf  ans plus tard) et qui l’avait identifié comme l’homme d’avenir de la nouvelle Calédonie (cf.  Une saga de Lituanie en Calédonie in « Bulles d’Histoire et autres contes vrais » ). Si j’avais accueilli ensuite , avec certains de ses condisciples, lors de l’un de leur voyage à Paris, le séminariste  que J.M. Tjibaou fut  un moment à Lyon, si j’avais suivi ses  étapes d’étudiant en anthropologie et  reçu de lui la publication « Kanakie »  pour « Mélanésie 2000 » , vu ses engagements et mandats de l’UC au FLNKS, je crois que nous ne nous étions pas revus. Nous sommes tombés alors dans les bras l’un de l’autre dans les souvenirs du rôle de notre ami commun.  Et retrouvés régulièrement puisque nous fûmes l’un et l’autre, au « salon rouge » du ministère,  de toutes les réunions d’abord préparatoires aux accords Oudinot , ensuite de mises en forme et en œuvre  des dispositions arrêtées   et auxquelles participaient les délégations composées de représentants de chaque catégorie de signataires.

C’est Alain Christnacht dont chacun connaissait la particulière compétence en la matière qui, avec Louis Le Pensec, pilotait la négociation et assurait la mise au point des documents nécessaires, particulièrement dans le domaine institutionnel et juridique. Naturellement, pour la part relative  à l’accompagnement économique et social - dominée par l’ambition du rééquilibrage entre les provinces et qui devait déboucher notamment sur les séries de contrats de plan - la Direction des Affaires Économiques, Sociales et Culturelles du ministère (à la responsabilité de laquelle j’avais été nommé un peu avant et où Michel Rocard -  avec lequel nous avions conduit aux Etudiants Socialistes et souvent malgré la SFIO, dans les années 53/57, les réflexions décolonisatrices sur les cas du Maghreb – n’avait vu que pertinence à me maintenir) lui apportait tous ses concours. Il fallait  en conséquence tenir de surcroît les liaisons inter services avec les autres administrations et notamment avec les Finances pour faire valoir les besoins calédoniens  , ce qui n’allait pas, après de régulières messes de réunions interministérielles à Matignon,  sans très fréquents besoins d’arbitrage que rendait ou faisait rendre par le premier Ministre son conseiller ad hoc, Jean François Merle.

Il en fut ainsi pour la préparation de cette négociation et tout au long de la période qui lui succéda et fut marquée par des rencontres parisiennes régulières d’un « comité de suivi » des accords, tandis que l’état des affaires et les moyens de les faire avancer  se trouvèrent aussi placés sous les regards de plusieurs missions en Nouvelle Calédonie dont une première réunit  pour le Cabinet Martine Ulman et Marc d’Aubreby) ainsi que  moi-même pour l’administration.

 Parmi toutes les questions à l’ordre du jour, il faut souligner les  places que prirent
- la détermination précise de grands investissements structurants, comme la transversale dite alors Koné-Tiwaka dont nous allâmes jusqu’à repérer en véhicule tout terrain  les passages possibles dans la dorsale calédonienne ;
- les hypothèses des sites de développement des activités minières, portuaire ( comme Népoui)  et sidérurgiques ( on cherchait déjà la bonne localisation pour un site dans le Nord, non loin de Poum) , alors même – ce qui m’avait étonné, mais il ne voulait sans doute pas prendre de risques - que J.M. Tjibaou n’avait pas fait de forcing pour faire traiter la question des droits miniers dans le cadre des accords Oudinot et que la question minière ne  revint que plus tard,   lorsque eut mûrit l’idée de l’apport des mines de la famille Lafleur à la Province Nord, moyennant un montage financier l’assurant de dédommagements normaux, montage auquel se prêta l’ICAP  évoqué ci dessous.
- les moyens de faciliter la naissance de petites activités locales exploitant toutes les opportunités de l’agriculture, de la pisciculture, de l’élevage,  de la forêt,  des facultés de transformations et d’exportations : à cette fin, fut fondé,  sur ma suggestion ( car je provenais de l’Institut de Développement Industriel dont j’avais été l’un des représentants pour le traitement de l’affaire Boussac  et que cet IDI  offrait des techniques de références ), l’Institut Calédonien de Participation établissement dont le principe a été inscrit dans la loi de statutaire de novembre 88 ; cet ICAP, présidé dès l’origine par Paul Néaoutyne,  associait les Provinces et l’ Agence Française de Développement pour faire le temps nécessaire, sur dotations publiques,  les portages financiers dont des exploitants sans suffisamment de ressources propres n’avaient pas d’emblée les moyens et son développement efficace a été apprécié depuis vingt ans.  
- l’opération dite « 400 cadres » à laquelle s’attachèrent tout spécialement au cabinet Patrick Broudic et son correspondant de l’administration des Postes, Christian Kozar ; l’opération consistait à détecter, motiver et envoyer en métropole 400 jeunes néo-calédoniens où ils recevaient les formations ad hoc pour pouvoir tenir de nouveaux types d’emplois en rééquilibrant de la sorte  les équilibres ethno professionnels  ( le lieu privilégié de  stage s’étant trouvé être Besançon, en hiver, les adaptations comportèrent d’importants aspects vestimentaires pour un certain nombre d’entre ceux qui y arrivaient en tenue tropicale ) ; je fis ultérieurement faire appel pour piloter l’opération en Nouvelle Calédonie même à François Lebouteux, grand spécialiste en formations qui avait été mon adjoint lorsque j’avais eu auprès de Michel Delebarre en charge la « mission jeune » en 1985.
- les affaires de redistribution agraire que conduisait avec difficulté et grand besoin de mise en ordre l’Agence de développement rural et d'aménagement foncier ( ADRAF).
- les besoins de renforcement électrique gérés par ENERCAL
- l’applicabilité à la Calédonie  des avantages de  la défiscalisation ( la « loi Pons » était précisément en révision)  au bénéfice de revenus métropolitains  s’y investissant .  

Veillant sur place à la venue à temps des crédits et moyens, le très énergique J. F. Carenco, secrétaire général aux affaires économiques,  harcelait comme il convenait et l’administration parisienne et les opérateurs locaux . Deux autres hommes ont alors marqué ces circonstances, auprès du Haut Commissaire : l’un était  le préfet Jean François Denis qui connaissait bien la brousse  et les élus locaux de partout et nous les  fit découvrir (cf. photo 1  de la mission de septembre 88, où il est à droite ; la photo 2 réunit J.M. Tjibaou, Martine Ulman et moi-même à Hienghène) ; l’autre  était Jacques Iékawé, premier préfet mélanésien , après avoir été auparavant secrétaire général de la SLN. Il savait nous faire comprendre – au moment où l’on installait ici et là de jeunes administrateurs parfois impétueux - les délais et les précautions qu’impliquaient, dans le nécessaire respect de la coutume et des tabous fonciers ( pouvant neutraliser des possibilités d’utilisation du sol) la réalisation des équipements publics. Son extrême délicatesse et sa double culture en faisait un interlocuteur  très utile pour tous, mais il devait, à la suite d’une opération chirurgicale mal conduite dans un état voisin, disparaître prématurément. Une autre figure mélanésienne très active fut celle de   Raphaël Pidjot, signataire des accords, et  avec lequel j’ai beaucoup travaillé : il fut le coadjuteur technique  en tous domaines de J. M. Tjibaou avant de prendre la présidence de la société des mines de la province Nord, fonction dans laquelle il trouva la mort  dans un accident d’hélicoptère.

Je retiens le profil  de Jean Marie Tjibaou dans sa terre de Hienghène. Il  avait à la fois  su mûrir  près de vingt années, souffert un assassinat de ses frères qui semblait le viser lui-même, du accomplir, avec le soutien de sa femme,  bien des actes de prudence, comme de confier pendant la période la plus dangereuse  ses enfants à  cet européen ( dont je ne retrouve plus le nom) complétement intégré à la société locale du fait de son activité de collecteur de trocas ( ces coquillages dont il faisait les beaux boutons de chemises), gagné sur les extrémistes de tous bords une négociation du rééquilibrage laissant ouvert un avenir sur lequel il s’interrogeait sans doute lui-même .  J’ai été frappé par son extrême capacité de vigilance et d’attente. Il m’a dit un  jour – oserai-je répéter ce propos plus de paysan que d’ancien séminariste - « dans ces accords,  toute la question c’est de savoir lequel a couillonné l’autre ». Et en attendant de voir, en ne cessant d’agir pour sa foi , il faisait preuve d’une forme de sagesse et de retenue que j’ai encore retrouvée  la dernière fois que je l’ai vu. 

Au cours de l'un de ses séjours en France pour le suivi des accords, j'organisais à son intention, en tant qu’ancien préfet de la Dordogne,  une exploration dans le sud-ouest. Il envisageait en effet de créer une activité agro-alimentaire de foies gras en Nouvelle Calédonie. Il était convenu qu’à son  retour sur Paris nous devions dîner avec sa femme et la mienne . Arrivant très tard alors qu’il pleuvait, il se précipita vers la porte de verre et de métal donnant accès à  mon immeuble,  glissa, se traumatisa la jambe et s’ouvrit l'arcade sourcilière. Il était de très méchante humeur. Il avait un débat télévisé le lendemain. Il me dit : « Chez vous la pluie, ce n'est pas la pluie de chez nous; elle mouille; elle est froide; c'est une mauvaise pluie ». Et  - je m'en souviendrai toujours - il ajouta « lorsqu'on se blesse sur le seuil d'un ami, c'est un mauvais présage ». Il était assassiné quelque temps après à Ouvéa. Nous avons passé nos derniers moments ensemble au restaurant du dernier étage de la Tour Montparnasse. Les officiers de sécurité que la République lui assurait s'étaient installés au bar, nous surveillant .  Vers notre table, des serveuses portèrent successivement, sur un plateau, deux petits mots pliés, provenant de tables de l'entourage. Sur l’un on lisait "Jean-Marie, on t'aime. On aime ton pays. Vive la Kanakie avec nous". Sur l’autre, "sale canaque, on devrait avoir ta peau". Il ne disait rien et faisait découvrir le panorama de la capitale à Marie- Claude.

Je suis devenu plus tard en 1993 président de la radiotélévision de l'outre-mer (RFO) . J’ai apporté tout ce que j’ai pu à la station régionale de Nouméa et j’ai cru bien faire en nommant comme directeur régional Wallès Kotra. Mais son origine mélanésienne ( de Tiga lui aussi, comme Jacques Iékawé) ne lui  a sans doute pas facilité la tâche,  confronté qu’il fut aux très  forts antagonismes entre une partie des personnels dont certains s’adaptant difficilement aux changements en cours et les syndicalistes de l’USTKE voulant une place spéciale pour et dans la station.   J'ai aussi soutenu alors  la réalisation de magazines révélant des outre-mers méconnus et j'ai créé une collection vidéo pour pérenniser le meilleur de nos émissions de télévision. A Nouméa, l'architecte Renzo Piano concevait le centre Jean-Marie Tjibaou,  et dans ce sillage, grâce à l’épouse de Jean Marie , qui a ouvert au réalisateur, après bien des palabres, les portes de la brousse, des mémoires, des histoires et des secrets, un collaborateur Yves Delaborde avec Didier Garel,  a pu produire " l'Arbre et la Parole" (primé dans tout festival océanien) , une très authentique petite production qui est un va et vient entre l'atelier de Renzo Piano à Gênes et les villages des oncles de Jean-Marie. Tout cela a plutôt disparu dans les vicissitudes de RFO, mais c’est l’un des  témoignages auquel j’ai voulu contribuer sur ma rencontre avec cet homme et ce pays . 


Photo 1

 























Photo 2




 





















G. Bélorgey – Nouvelle Calédonie -  Observations de synthèse



Ce que j’ai vu en 1968

Un Territoire d’outre-mer comportant tous les ingrédients d’une évolution à potentialités dramatiques : la superposition d’une colonisation de peuplement importante  sur des sociétés précédentes (ne permettant , à la différence de ce qui a pu se passer dans les Dom, où le mouvement vers l’égalité a pu succédé à la phase de l’esclavage, parce qu’il n’y avait pas de référence historique « autochtone » , aucune histoire partagée depuis les origines); la spoliation agraire et le cantonnement des anciens habitants ayant suscité de lourds conflits interethniques ; le renforcement des immigrations depuis les diasporas du Pacifique et par suite de l’appel du nickel sur les européens ; une forme d’apartheid avec ses implications de large exclusion  économique et sociale des kanaques en souvent mauvais état sanitaire ; situation coloniale quasi pure que ne modérait ( à la différence de la Polynésie ) aucun métissage significatif ; des cultures étanches l’une envers l’autre, avec pour seuls facteurs communs essentiels  le rôle des religions importées rivalisant par leurs missions en milieu mélanésien  (où la religion est plus influente qu’en milieu européen) et y exerçant l’essentiel des fonctions éducatives.
C’est néanmoins ce milieu qui produit les consciences morales et politiques mélanésiennes modernes penchant entre un « loyalisme »  au service d’une recherche de bénéfices égalitaires et une affirmation identitaire frustrée portant à l’indépendantisme.
La présence de considérables forces américaines pendant la guerre du Pacifique est sans conséquences ; le souffle égalisateur  du Gaullisme s’est arrêté ensuite à l’étape statutaire des droits civiques dans un territoire dont le statut original permet la gestion fiscale, sociale, juridique au profit des dominants ; aucune risée de l’esprit métropolitain de 1968 ne parvient jusqu’ à ces antipodes. C’est en eux-mêmes que les mélanésiens doivent trouver leurs chemins. Lorsque des circonstances en révèlent la capacité, c’est le regard formé par  l’analyse historique d’un G. Zaksas qui peut constituer une catalyse.

Ce que j’ai vu en 1988

Après un certain nombre d’années d’essais de progrès et de troubles aux frontières de la guerre civile, le succès des médiateurs du Pacifique tient du miracle et s’appuie d’ailleurs sur des relais humains qui sont plus moraux que politiques. Les accords s’analysent finalement en un sursis donné pour que les communautés de N.C. trouvent une solution ensemble
- en conférant, dans la phase initiale,  un rôle clef à l’administration d’État en position de pacification arbitrale ;
- en attachant la plus grande importance au ré-équilbrage économique, culturel et social auquel se consacrent  des équipes convaincues.

Depuis lors

- des risques majeurs ont été écartés – comme ce qui aurait pu suivre l’assassinat de J.M. Tjibaou et de Yeiwené Yeiwené ou de tensions intercommunautaires encore fréquentes ;
- une ténacité exceptionnelle ( illustré par le rôle d’A. Christnacht, mais aussi de collaborateurs d’un J. Chirac  attaché à la paix civile outre-mer) a permis, notamment à la faveur de l’accord de Nouméa, puis de ses mises en oeuvre, de surmonter des questions très difficiles comme celle des corps électoraux ;
- et la cogestion du Pays dans le cadre de son statut constitutionnel s’avère possible et productive, même si elle est souvent tendue ; 
- avec en perspective  la  relative indétermination  de l’horizon 2014, compte tenu des pondérations culturelles, ethniques, politiques  du pays,  sur la forme que prendra le réalisme des uns et des autres .

Un réalisme qui ne prévaudra, dans un cadre statutaire ou un autre, que si sont peu à peu résolues les questions brûlantes qui se posent aujourd’hui et que chacun relève à la faveur de ce vingtième anniversaire : la continuation du développement, mais aussi  un besoin de maîtrise de l’inégalité et des frustrations en résultant dont témoignent les vives  pulsions syndicales ; le fonctionnement des pouvoirs dont l’équilibre et l’efficacité  tiennent  au respect de l’esprit et des contenus des accords.  

ET POUR RÉUNIR EN CETTE PÉRIODE MARQUÉE PAR LA COMMÉMORATION DE L'UN ET LE DÉCÈS DE L'AUTRE, VOICI UN ÉMOUVANT TEXTE DE CÉSAIRE SUR TJIBAOU


                                          Tjibaou par Césaire

Si dans la rétrospective des hommes de l’année, il y a une figure que l’on a pas le droit d’oublier, c’est celle de Jean-Marie Tjibaou, car nul à mes yeux n’incarne mieux en cette fin de siècle, et de manière plus pathétique la noblesse et la grandeur véritable mises au service d’un petit peuple luttant pour sa survie et la survie d’une civilisation.
Démarche en vérité exemplaire. Son premier mot d’homme politique (non pas de politicien mais d’homme) est un mot qui livre l’essentiel : « relever la tête ! ».

Oui, Kanak. Fondamentalement Kanak et fier de l’être.
Kanak, autant dire fidèle. De cette fidélité qui va, par-delà l’Ancêtre, à la Terre-mère, la Terre, entrailles toujours vivantes. De cette fidélité qui seule rend légitime l’action politique qui, au demeurant, n’est que prolongement et ne peut être que « béquille ».
Kanak donc et parce que Kanak d’une exemplaire fidélité, responsable.

Le grand mot est lâché.
Responsable de l’avenir.
Responsable du présent et du devenir.
Responsable de la vie à maintenir, à renforcer, à transmettre…

Alors inévitablement devait se poser la question :
« Comment, mais comment être kanak dans le monde moderne ? »
Il ne s’agit pas d’archaïsme. Il faut prendre le monde en charge et, l’orientant, tâcher de lui donner sens : un sens humain.

Il ne faut pas plus pour comprendre Matignon. Non pas ce compromis, mais au contraire, cette percée. Cette avancée. Cette victoire.
Et d’abord, une victoire sur soi… La plus grande des victoires. Sur la douleur intime. Sur le ressentiment. Sur la légitime méfiance.
Au terme, l’inter-reconnaissance.

Le partage.
Don. Contre-don. Partage.
Autant de mots occasionnellement employés par d’autres, mais qui sont des mots kanak, donc des mots de Tjibaou.

D’ailleurs, l’homme était d’abnégation totale et de générosité. Pas naïf. Généreux. Et parce que généreux, prêtant à l’autre sa générosité. Le croyant toujours capable d’un sursaut, d’un geste, d’une conversion.
Oui, même le colon.
Oui, même le colonisateur.

En vérité, le combat pour son pays, pour sa terre, c’est avec les armes les plus nobles et au nom des valeurs les plus hautes qu’il le mena, et jusqu’au bout :
« Kanaké est un des plus puissants archétypes du monde mélanésien. Il est l’Ancêtre, le Premier né. Il est la flèche faîtière, le mât central, le sanctuaire de la grande case. Il est la parole qui fait exister les hommes. »

Jean-Marie Tjibaou combattait pour Kanaké.
Le Nobel de la paix. D’autres l’ont eu et qui le méritaient. Jean-Marie Tjibaou lui aussi le méritait. Et il eût été bien que le reste du monde honorât la noblesse de la démarche d’un fils d’un tiers monde lointain et oublié.

Il est mort. Foudroyé par un des siens.
Cette mort, il l’avait pressentie et en avait d’avance acceptée le risque, lui qui souvent parlait du « grand trou noir ».
Aujourd’hui, disons simplement qu’il n’est pas au pouvoir du « grand trou noir » de tout engloutir.
Jean-Marie Tjibaou, pour l’essentiel, demeure.
Il aurait inventé une voie nouvelle : la voie kanak de la décolonisation.

Je vois l’allée.
Bordée de cordyline virile d’une tendresse d’érythrina.
Jean-Marie Tjibaou s’avance.
Dominant l’allée, sur la colline,
L’araucaria pérenne.
Tous les éléments du mythe fondateur sont là.
Jean-Marie Tjibaou s’avance et son indéfinissable sourire l’annonce :
« Kanaky nous est né. »

Aimé Césaire 1990

   

Pour clôre ces évocations, voici

- d'abord la jaquette de couverture du livre de présentation du festival Mélanésia






- ensuite la jacquette du film réalisé par RFO ( durée  49' )



      

    Cette réalisation de Yves              Delaborde va de la construction de la case kanak à l'achitecture de Renzo Piano pour
la construction du centre Jean Marie Tjibaou à Nouméa.


Transposée en DVD,cette production peut être commandée  à RFO
35/37 rue Danton
92240 Malakoff

et particulièrement à
laurence.zaksas-lalande@rfo.fr
   

























 
Ecrire un commentaire
Dimanche 27 avril 2008 7 27 /04 /Avr /2008 12:15
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : Nouvelle-Calédonie - Ecrire un commentaire
0
Retour à l'accueil
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés