A mes amis socialistes que je critique souvent, je dédie ce billet de réflexion qu'ils peuvent reprendre sur leurs sites
Le point le plus grave de la défaite pour la gauche , c'est son ampleur. sans doute parce que le candidat élu a su quasi monopoliser, en contrepoint et complément des thèmes sur
les « ruptures » indispensables à la compétitivité, le thème - mobilisateur pour les Français prêts à des réformes s’ils sont aussi mieux garantis contre le libre–échange - d’une l'Europe qui
doit protéger. Il va certes lui être difficile de concilier cette orientation avec son soutien capitaliste libéral, mais les accents qu’il a trouvés dans ce domaine lui ont assuré des voix
populaires de gauche et de droite.
Devant la perte confirmée d'une bonne part de cet électorat populaire, quelle est l'emprise possible de la gauche politique sur l'opinion, aujourd'hui et dans le temps ? Je suis porté à penser
(pour bien des motifs que je n’ai pas le loisir d’expliciter...) qu’aussi bien culturellement qu’arithmétiquement la « gauche » que nous connaissons n'est pas en position de revenir à des chances
dominantes. Elle a trois stratégies possibles.
-La première est de chercher à recréer un grand mouvement, tentant d'être à nouveau "attrape-tout". Et dans ce cas il vaut mieux fonder sur l’appel d’un label comme "La République Pour Tous " que
sur celui d'une "sociale-libérale démocratie" ( le terme est éventé) ou sur celui d'un "rassemblement à gauche" ( il ne suffit pas à faire le poids), force étant de constater que ni l'une ni
l'autre de ces expressions ne sont des termes vendeurs, mais plutôt créateurs d'allergies – ce qui est un fait culturel nouveau mal mesuré - chez bien de nos concitoyens. Observons de plus que
cette stratégie, avec certaines pertes éventuelles sur la gauche antilibérale, chasserait en partie sur les mêmes terres que le nouveau centre ( que « l’ouverture » gouvernementale en cours a
pour objet de casser en lui coupant l’herbe sous le pied, puisqu’elle cherche aussi très habilement à « faire bouger les lignes » et à réunir des compétences de diverses origines).
- La seconde option serait celle d’une stratégie de noyau dur; et c'est dans ce cas la voie "priorité à gauche " ; mais, vraisemblablement sans perspective - sauf grande crise nationale - de
majorité à un horizon visible pour ce type d'offre politique.
La promotion des valeurs correspondantes suppose une capacité pédagogique considérable de faire adhérer à un clavier de moyens indispensables. Ils devraient comporter en premier lieu une Europe
sociale et protégée par des négociations à réussir en interne et avec les pays tiers ; incluant des contreparties à une certaine protection européenne pour la faire comprendre et accepter et pour
appuyer le développement des pays du Sud . Le deuxième besoin serait celui d’un pouvoir monétaire reconquis par les politiques. Une dose structurante d'économie mixte, excluant toute dérive vers
des privatisations, devrait offrir comme cadre un ordre social juste et garantir une boîte à outils publics pour servir la croissance et les retombées en emplois sur nos sols. Enfin, une
politique dirigée des revenus devrait pouvoir compenser en pouvoir d'achat la part inévitable de renchérissement de certaines importations (si l’on veut en même temps et à la fois mieux rémunérer
le Sud et protéger l'emploi national).
-La troisième voie serait celle d'un « mixt » : un noyau socialiste du type ci-dessus avec des facultés d’alliances au centre gauche, voire avec la droite sociale (il en existe des éléments) sur
une plateforme minimale commune.
Telle hypothèse impliquerait alors, pour que ce centre et ces éléments là aient leurs chances, sans être dans la dépendance du scrutin majoritaire d’arrondissement qui les soumet à la droite
dominante, cette large part de Répartition Proportionnelle pour le scrutin législatif (que je plaide depuis longtemps, et qui est parfaitement combinable dans la stabilité gouvernementale, avec
une élection présidentielle au suffrage universel).
Mais, d’un côté, le "courant" du type "priorité à gauche" ne semble pas ouvert à la RP et à ces types d’alliances , et , d'autre part, cette stratégie va de pair avec une nécessaire réforme du
mode de scrutin (sauf alliances ad hoc à l'occasion de législatives, ce dont on n’a guère pris le chemin) et avec des changements institutionnels aujourd'hui inconcevables, puisque la droite
bloque tout par le scrutin majoritaire. Celui-ci est son atout encore plus fondamental aujourd’hui qu’hier dès lors qu’elle a su, par un remarquable marketing politique, rassembler des segments
électoraux très différents ( ce qui est le produit devenu incontournable de nos institutions politiques engendrant sauf circonstances exceptionnelles ( en 1981, puis avec le poids du FN) une
bipolarisation arithmétiquement favorable aux droites dès lors qu’elles sont largement réunies, en étant, de plus, armées par une concentration unique des pouvoirs dans les démocraties
d’Occident. Mais c’est aussi parce que le socialisme a voulu bénéficier de cette concentration des chances et des pouvoirs (les satisfactions de la double majorité , la hantise de la
cohabitation, aucun élan vers la proportionnelle de la part des responsables d’un parti acceptant parfaitement l’oligopole avec la « chiraquie », le choix du quinquennat) qu’il est confronté à sa
difficile situation présente.
On voit qu’aucune de ces trois hypothèses n’offre de déterminants conciliant les valeurs et les faisabilités. En prendre conscience doit aider, à mes yeux, à mesurer « le temps » qu’il va falloir
« donner au temps » avant de se prononcer hâtivement sur des options, ni de schémas, ni de personnes. Une conduite de précaution serait de faire renaître la pratique des clubs de rencontres
pluralistes, réunissant des sensibilités, des métiers, des catégories sociales, des expériences, des préférences personnelles différentes. Puisqu’il y a du temps – celui où c’est inévitablement
une autre majorité qui, sauf inattendu, va être aux affaires - la tâche utile est celle de la confrontation, de la réflexion, dans la recherche de l’union et des élargissements. Sous la seule
condition des valeurs déontologiques communes et du respect mutuel. La personnalité qui saurait piloter – mais on a vu avec Désirs d’Avenir que ce n’est pas sans risques - l’orchestration de tels
groupes révèlerait sa capacité d’accoucher la rénovation.
Liens
http://prioriteagauche.typepad.fr/
http://blog.la-republique-pour-tous.fr/
Vendredi 18 mai 2007
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18
/05
/Mai
/2007
22:35
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Par Gérard Bélorgey
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Publié dans : campagne présidentielle
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