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actualité

Le texte ci-dessous comporte en fait deux aspects critiques de la "plate forme "verte.  L'un complétement fondé sur l'absence de toute appréciation sérieuse de la part des verts des questions  de stratégie économique; l'autre, sur le plan politique,   comportant, à côté de criiques solides ( comme l'appui de fait qu'ils apportent au camp libéral européen) une contestation de principe du refus de la dichotomie gauche/droite que je ne partage pas, puisque je pense qu'il faut sortir de cette bipolarisation pour traiter des problèmes français . Mais dans l'ensemble ce texte est un très intéressant document et c'est pourquoi je le diffuse . Gardons nous tous de l'illusion verte !



Le présent texte est très critique vis-à-vis de l’idéologie et du programme de ces listes qui agissent comme mirage électoral pour éviter d’aborder les vraies solutions à la triple crise économique, sociale et écologique. Le M’PEP espère que les militants des Verts, dont une grande partie est située politiquement à gauche ou même très à gauche, sauront arrimer le mouvement écologiste à gauche et repousser les impasses du « ni droite, ni gauche » professées par Daniel Cohn-Bendit.


Sommaire

    * Mirage électoral
    * Un rassemblement essentiellement électoraliste
    * Europe Ecologie vote pour l’ultralibéral Buzek à la présidence du Parlement (...)
    * Pas de modalités concrètes de mise en œuvre des propositions
    * Mythe européen et rejet des nations
    * Européisme
    * Désarmement des travailleurs
    * Démagogie sociale
    * Soutien à l’agriculture productiviste
    * Double langage sur le libre-échange et les paradis fiscaux
    * Accord avec la Bourse des droits à polluer
    * Europe Ecologie, en refusant des mesures protectionnistes, se prive de tout (...)
    * Un programme aux ambitions très modestes
    * La « vertitude » ne fait pas un projet politique
    * Une idéologie de diversion


EUROPE ÉCOLOGIE : DÉCRYPTAGE

Par le Mouvement politique d’éducation populaire (M’PEP)

Le 15 août 2009.

A quelques jours de l’ouverture de l’université d’été des Verts, il n’est pas inutile de revenir sur le score obtenu par les listes Europe Ecologie lors de l’élection européenne de juin 2009 et de comprendre la signification de leurs résultats.

Le présent texte est très critique vis-à-vis de l’idéologie et du programme de ces listes qui agissent comme mirage électoral pour éviter d’aborder les vraies solutions à la triple crise économique, sociale et écologique. Le M’PEP espère que les militants des Verts, dont une grande partie est située politiquement à gauche ou même très à gauche, sauront arrimer le mouvement écologiste à gauche et repousser les impasses du « ni droite, ni gauche » professées par Daniel Cohn-Bendit.

 Mirage électoral

    Les scores surprenants obtenus par certaines listes aux élections européennes depuis 1989 s’expliquent aisément. L’élection européenne, qui n’a aucune conséquence sur les politiques menées en France ou en Europe, sert souvent de défouloir à tous les électeurs qui en éprouvent le besoin. Il est ainsi possible de « punir » tel ou tel parti – ou du moins de donner un avertissement – sans que la sanction n’ait le moindre effet institutionnel. Aucun autre type d’élection ne connaît ce phénomène.

    Après le score atypique réalisé en juin 2009 par les listes Europe Ecologie (16,28% et 2,8 millions de voix), il faut distinguer l’émergence de la crise écologique de sa traduction électorale. La question est de savoir si les résultats des listes Europe Ecologie traduisent les inquiétudes légitimes provoquées par cette crise, ou s’il s’agit simplement d’un phénomène purement électoral. N’est-ce qu’un feu de paille, ou ce score témoigne-t-il de l’émergence en France ou même en Europe d’un nouvel acteur politique majeur ? N’oublions pas que ce score a été obtenu dans un contexte d’hyper-abstention qui en relativise la portée (57% à l’échelle de l’Union européenne, près de 60% en France).

    A l’évidence, pour le M’PEP, les listes Europe Ecologie ne pourront pas se transformer en courant politique homogène susceptible de modifier le paysage politique français. Ce n’est pas Europe Ecologie qui a réalisé un bon score, mais ce sont les mauvais scores du PS et du MoDem qui ont gonflé artificiellement la performance d’Europe Ecologie. Cette explication, cependant, ne peut suffire et doit être complétée.

    Si les résultats des élections européennes du 7 juin 2009 ont témoigné d’une très forte abstention (59,6%), exprimée surtout chez les jeunes de 18 à 34 ans (81%) et dans les milieux populaires (plus de 70%), ils ont également prouvé que les questions environnementales sont omniprésentes dans le débat public. Ceci s’est traduit par un score de 16,2% en faveur du mouvement Europe Ecologie, soit une progression de 8,8% par rapport aux précédentes élections où les Verts avaient obtenu 7,4%.

    A l’échelle européenne, aucune « percée » écologiste n’est observable, le score d’Europe Ecologie reste manifestement un problème de politique franco-française. Certes le groupe des Verts au Parlement européen passe de 44 à 53 élus, mais cette augmentation vient essentiellement de la France. Les écologistes progressent dans 10 pays (France, Belgique, Suède, Grèce, Grande-Bretagne, Estonie, Finlande, Luxembourg, Pays-Bas, Allemagne) et régressent dans 4 (Malte, Autriche, Irlande, République Tchèque). Ils n’étaient pas représentés comme tels dans les autres.

    Il est vrai que dans certains pays les écologistes ont atteint un niveau électoral significatif. C’est le cas, essentiellement, des pays suivants : Luxembourg (17%) ; France (16,2%) ; Belgique (13,4%) ; Finlande (12,4%) ; Allemagne (12,1%) ; Suède (10,8%) ; Autriche (9,5%) ; Grande-Bretagne (8,3%) ; Pays-Bas (8,9%). Mais le score de ces partis écologistes ne semble pas s’expliquer principalement par une prise de conscience écologiste particulière des populations concernées. L’explication tient à des configurations politiques locales, notamment la collaboration entre la droite et la social-démocratie qui crée un besoin de renouvellement politique se focalisant sur les écologistes, faute de mieux et d’une vraie gauche. Dans ces situations, les écologistes apparaissent davantage porteurs d’une exigence de renouvellement politique qu’incarnant la seule exigence écologiste.

 Un rassemblement essentiellement électoraliste

    Plusieurs éléments peuvent expliquer ce résultat, notamment le vote sanction à l’égard du PS et certaines « fuites » venant du MoDem. Mais les inquiétudes en matière d’environnement n’en sont pas moins réelles. La réponse à la crise écologique est jugée insuffisante par 92% des Français, inquiets du mauvais état de la planète. Ils le sont davantage que les Américains ou les Britanniques, mais pas moins que les Japonais, les Brésiliens ou les Russes, comme l’indique une étude internationale réalisée par l’institut TNS Sofres dans 17 pays, en juin 2008 (Le Monde, 31 mars 2009).

    Europe Ecologie est un rassemblement politique créé par Daniel Cohn-Bendit et lancé le 20 octobre 2008 à Paris. Cette alliance regroupe des partis politiques comme Les Verts et la Fédération Régions et Peuples Solidaires, des membres d’associations et des personnalités (Jean-Paul Besset, José Bové, Yannick Jadot, Eva Joly, Michèle Rivasi…). La création d’Europe Ecologie s’inscrit aussi dans la dynamique de synthèse des Verts qui s’étaient réunis en congrès à Lille en décembre 2008, synthèse refusée par la gauche du parti qui avait présenté une motion intitulée « Pour une écologie populaire ». Cette motion des Verts de gauche dénonçait le parti qui « navigue à vue, tenté par une alliance politique avec des environnementalistes de droite, qui précipiterait une dérive centriste observable à l’échelle européenne. » Elle appelait à « cesser de voguer au gré des opportunités électorales et à construire un outil efficace, ouvert et militant, au service d’une stratégie de transformation. »

    Le M’PEP avait analysé le texte de synthèse des Verts : http://www.m-pep.org/spip.php ?article1038

    Il soulignait des orientations politiques contradictoires par rapport à un ancrage affiché à gauche, une volonté de rassemblement électoral au détriment de positions politiques claires, des manquements et des silences inquiétants, notamment sur les marchés spéculatifs des droits à polluer, sur les conséquences des politiques de l’Union européenne, sur les relations Nord-Sud, sur les politiques d’immigration à mettre en œuvre, sur la question de la souveraineté populaire dans la construction européenne…

    En acceptant un rassemblement hétéroclite, qui comprenait des tenants d’une écologie libérale (Cohn-Bendit), des personnes se revendiquant de l’altermondialisme ou des militants proches du centre droit, le parti des Verts adoptait en 2009 une stratégie électoraliste au détriment d’une ligne politique claire et cohérente. Ce véritable bric-à-brac aurait pu être jugé avec sévérité au moment des élections européennes, mais ce ne fut pas le cas. Il est donc important d’apporter un éclairage aux orientations programmatiques et idéologiques du rassemblement Europe Ecologie.

 Europe Ecologie vote pour l’ultralibéral Buzek à la présidence du Parlement européen

    Un premier signal politique a été donné par les élus d’Europe Ecologie à Strasbourg lors de l’élection, le 14 juillet 2009, du nouveau président du Parlement européen, Jerzy Buzek, ancien Premier ministre polonais, conservateur connu pour ses positions ultralibérales. Se disant « fier » d’avoir fermé 22 mines et d’avoir conduit les négociations pour l’adhésion de la Pologne à l’OTAN, il se félicite des privatisations dans son pays et n’hésite pas à faire le lien entre immigration et délinquance. Avec les députés européens de droite du Parti populaire européen (PPE) et les socialistes du Parti socialiste européen (PSE), les députés européens d’Europe Ecologie ont voté pour Jerzy Buzek, malgré la candidature alternative de la députée suédoise Eva-Britt Svensson, du groupe Gauche unitaire européenne (GUE) auquel appartiennent les députés du Front de Gauche.

    Ceci confirme bien l’orientation écolo-libérale du mouvement Europe Ecologie. Si ce vote n’était pas suffisant pour s’en convaincre, il serait bon de se replonger dans les écrits de Daniel Cohn-Bendit, et plus particulièrement dans le livre paru en 1998, Une Envie de politique (La Découverte). Ce dernier y exprime des options politiques clairement néolibérales : entrée des entreprises dans les écoles, privatisation des services publics, travail le dimanche... (Voir l’article «  Le vrai visage de Daniel Cohn-Bendit », La Décroissance, n°56 de février 2009). Pour Daniel Cohn-Bendit, « la politique européenne ne répond pas à la même logique [que les politiques nationales] : elle ne se réduit pas à l’opposition droite-gauche » (Le Monde, 19-20 avril 2009).

    L’attitude des députés européens d’Europe Ecologie lors de l’élection du président du Parlement européen devrait ouvrir les yeux à certains électeurs. Ainsi, le journal l’Humanité du 17 juin 2009 a fait une très intéressante enquête sur les électeurs des listes Europe Ecologie. Elle montre la profonde confusion, et souvent l’ignorance et la naïveté de certains de ces électeurs qui sont souvent des jeunes. C’est le cas d’une jeune fille interrogée par l’Humanité, Cécilia, et qui annonce à propos des élus de la liste Europe Ecologie au Parlement européen : « Ils étaient clairs sur l’opposition à Barroso. Ils se sont engagés à ne pas soutenir les options libérales au Parlement européen »…

 Pas de modalités concrètes de mise en œuvre des propositions

    Le manifeste d’Europe Ecologie, qui s’intitule « Changer d’ère », constitue le socle politique de ce rassemblement. Un nouveau contrat écologique et social est proposé, avec pour ambition de refonder l’Europe du Traité de Rome. Rien que cela ! Europe Ecologie ne manque pas d’air ! Au-delà des 9 « piliers » (le terme renvoie volontairement à la rhétorique de la Commission européenne) que sont l’emploi, l’agriculture, l’énergie, la santé, la biodiversité, les droits sociaux, les droits humains, les connaissances, et l’international, et au-delà des 27 propositions et des 3 outils qui constituent le programme du rassemblement, rien n’est réellement avancé sur les modalités concrètes pour parvenir à un quelconque changement. En particulier, pas un mot ne figure sur le mode de fonctionnement des institutions européennes ni sur les réels pouvoirs du Parlement européen. Il convient également de rappeler qu’Europe Ecologie est favorable à la ratification du traité de Lisbonne qui consacre et maintient dans ses fondements une Europe néolibérale (privatisation des services publics, dogme de la concurrence libre et non faussée, absence d’harmonisation sociale, libre circulation des capitaux, politique de défense inféodée à celle des Etats-Unis…).

    Une action réelle dans le domaine écologique nécessite des mesures générales inscrites dans le long terme. Autrement dit, la protection et la réparation de la nature, la lutte contre le réchauffement climatique nécessitent une planification. Or, le système européen actuel l’interdit. Dès le traité de Rome en 1957, la concurrence a été érigée en dogme surplombant toutes les préoccupations économiques, sociales, démocratiques, faisant office de valeur suprême. L’Union européenne n’est qu’un espace marchand consacré à la circulation des marchandises, des services et des capitaux. Le programme d’Europe Ecologie ne se donne aucun moyen pour inverser ces logiques et donner à l’Union européenne les instruments de planification qui, seuls, peuvent soustraire l’environnement aux influences néfastes du marché. Même chose pour la relocalisation des activités productives, indispensable à toute politique écologique sérieuse. Mais là aussi c’est impossible dans le cadre européen actuel puisque les traités en vigueur, et plus encore le traité de Lisbonne s’il est ratifié, l’interdisent. Le programme d’Europe Ecologie est muet sur ce point crucial.

    Ce qui est formidable avec le programme d’Europe Ecologie, c’est que personne ne verrait sa situation se modifier. La fiscalité, par exemple, est absente de ce programme. Ce n’est pas sérieux ! Seule une vague « taxe fiscale européenne sur la consommation d’énergie » est évoquée. Les pauvres, qui n’ont pas les moyens de diversifier leurs sources d’énergie, vont payer !

 Mythe européen et rejet des nations

    Europe Ecologie rejette l’échelon national, alors que ce dernier est le seul à être en mesure, à court terme, de prendre les décisions radicales qu’impose la triple crise économique, sociale et écologique.

    Le contrat proposé par Europe Ecologie aux citoyens et électeurs s’affiche pourtant comme écologique et social. Ce mouvement estime cependant que les « Etats-nations n’offrent qu’une réponse partielle et inadaptée aux risques globaux auxquels nos sociétés sont confrontées », oubliant qu’aujourd’hui il n’existe aucun autre espace d’exercice de la souveraineté populaire pour le remplacer. Les nations sont des « unités de volonté politique » et le premier lieu d’exercice de la démocratie. Comment penser la démocratie en dehors de la souveraineté nationale et populaire ? Doit-on envisager comme système ce que les tenants du libéralisme appellent la « gouvernance », c’est-à-dire une pseudo-démocratie sans le peuple ?

    Si l’échelon de l’Union européenne est le seul auquel il est possible de prendre des décisions contre la triple crise économique, sociale et écologique, que faire si un ou plusieurs pays de l’Union européenne font de l’obstruction ? Pour Europe Ecologie, la question ne se pose même pas ! Elle est taboue ! Par principe, Europe Ecologie considère que tous les pays vont suivre, et que s’interroger sur l’hypothèse que l’un d’entre eux bloque le processus ne serait qu’une nouvelle manœuvre nationaliste. Mais demandons-nous pourquoi une « Europe écologique » serait possible, alors qu’aucune « Europe sociale » ne l’a jamais été ?

    Dans le domaine de l’environnement, il existe deux échelles pertinentes. La première est l’échelle mondiale où se diffusent les nuisances causées par l’activité humaine, qui ne s’arrêtent pas aux frontières de l’Europe comme le nuage de Tchernobyl s’était arrêté aux frontières françaises ! L’échelle continentale (Europe, Asie, Afrique, Amérique) peut et doit jouer un rôle utile dans le combat contre ces nuisances, mais de toute évidence l’échelle optimale est celle de la planète et non celle de tel ou tel continent. La deuxième échelle pertinente pour agir efficacement en matière d’environnement est l’échelle locale (nationale et infranationale). C’est à ce niveau que les décisions sont prises (politiques commerciales, industrielles, fiscales, aménagement du territoire…) et c’est à ce niveau que les entreprises et l’activité humaine polluent.

    En vérité, le niveau européen est le pire choix que l’on peut faire en matière écologique. Ce n’est pas seulement à ce niveau que l’activité humaine pollue, et ce n’est pas à ce niveau non plus que les effets de la pollution se font seulement sentir. Il faut lutter pour une prise en compte de la question environnementale à l’échelle mondiale et européenne, mais le rapport des forces actuel ne laisse pas entrevoir de débouchés positifs à court terme. L’action des Etats restera donc décisive pour tarir, chacun sur leur territoire, les sources de pollution, et pour en combattre les effets. L’addition de ces volontés pourra atteindre une certaine masse critique, en attendant que les échelons européen et mondial prennent le relais. En tout état de cause, rejeter l’échelon national, par principe, est inefficace et relève d’une attitude dogmatique.

 Européisme

    Europe Ecologie considère «  que nous ayons voté oui ou non au référendum de 2005, nous avons tous besoin d’une Europe unie seul espace à la hauteur des défis ».

    Mais de quelle Europe parlons-nous ? D’une Europe où le vote populaire est bafoué comme en France, où le traité de Lisbonne, copie conforme du TCE, est ratifié, selon les vœux de N. Sarkozy, non plus par voie référendaire mais par voie parlementaire grâce à l’appui complice du majorité de socialistes et des Verts, à l’exception de Martine Billard, seule députée des Verts à avoir voté contre la révision de la Constitution française ? De cette Europe qui récidive un peu plus tard en faisant voter une seconde fois le peuple irlandais pour n’avoir pas approuvé le traité de Lisbonne la première fois ? Du Parlement européen qui refuse en février 2008 de voter une motion déclarant qu’il respectera le résultat du vote référendaire des Irlandais sur le traité de Lisbonne ? Une Europe dite sociale, mais sans démocratie, sans respect de la souveraineté populaire ? Voilà un aspect clairement occulté par Europe Ecologie qui fait froid dans le dos.

    Nous serons probablement tous d’accord pour admettre que «  nous avons tous besoin d’une Europe unie ». Cette pétition de principe, cependant, n’a aucune raison de s’appliquer simplement à l’Europe, car nous avons aussi besoin d’une Asie unie, d’une Afrique unie, d’une Amérique unie. Et d’un monde uni ! Que cache en réalité l’intention une Europe unie présentée de cette façon, isolée du reste du monde ? N’est-ce pas pour mieux exercer une domination ? De telles analyses relèvent de l’européisme, c’est-à-dire d’un nationalisme appliqué à l’échelle de l’Union européenne.

 Désarmement des travailleurs

    Pour tenter de faire illusion, deux porte-parole du mouvement Europe Ecologie, José Bové et Daniel Cohn-Bendit, proposent « un changement progressif du mode d’élection du Parlement européen pour arriver à des listes transnationales dont les têtes correspondraient aux candidats des partis européens à la présidence de la Commission » (Le Monde, 29 mai 2009). Le M’PEP a déjà souligné les effets immédiats ou à plus long terme d’une telle proposition http://www.m-pep.org/spip.php ?article1352

    Ces effets seraient le renforcement des mouvements nationalistes et xénophobes, précisément parce que le système européen court-circuite les souverainetés populaire et nationale ; le désarmement des luttes sociales puisque la loi serait votée à l’échelle de l’Union et non plus dans chaque pays ; le renforcement des pouvoirs de l’oligarchie européenne qui n’aurait plus en face d’elle aucun peuple, puisque le « peuple européen » n’existe pas.

    Le centre de gravité idéologique, politique et électoral de l’Union européenne actuelle étant très à droite, toute tentative de donner des pouvoirs supplémentaires au Parlement européen, au détriment des parlements nationaux, est un magnifique cadeau fait à la droite et aux classes dirigeantes. En l’état actuel des choses, et pour encore longtemps, seules les nations sont susceptibles de faire contrepoids à l’eurolibéralisme.

 Démagogie sociale

    Des préoccupations sociales sont affichées par Europe Ecologie, comme la réduction du temps de travail à l’échelle européenne, la fixation d’un revenu minimum d’existence et un revenu maximum (30 fois le revenu médian, soit 440 000 € mensuels en France), la mise en place d’un socle commun pour l’ensemble du droit social européen, un bouclier social pour protéger les salariés contre les délocalisations et le dumping social, etc. Outre le fait qu’elles ne sont associées à aucun moyen financier, elles font l’impasse sur le fonctionnement des institutions européennes qui les rend irréalisables. Faut-il encore rappeler que le Parlement européen n’a aucun pouvoir d’initiative des actes législatifs, et que seule la Commission détient ce monopole ?

    Le Parlement européen ne peut proposer de nouveaux traités et ne peut déroger au cadre fixé par les traités : « maintenir intégralement l’acquis communautaire et le développer ». En d’autres termes, rien ne doit venir modifier l’orientation libérale de l’Union européenne. Plus précisément, le Parlement européen n’a pas de pouvoir en matière de conditions de travail et ce sont les Etats-membres qui restent maîtres de « la définition des principes fondamentaux de leur système de sécurité sociale ». Il paraît donc pour le moins étrange, si ce n’est trompeur, d’afficher une ambition sociale et d’approuver en même temps le traité de Lisbonne qui en est aux antipodes.

 Soutien à l’agriculture productiviste

    De la même manière, Europe Ecologie revendique une agriculture paysanne pour une alimentation saine, prône une politique agricole commune (PAC) écologique, une Union européenne sans OGM et 30% d’agriculture biologique à l’horizon 2020, alors que le Parlement européen n’a aucun pouvoir sur la PAC. Le seul but de la PAC est « d’accroître la productivité de l’agriculture en développant le progrès technique, en assurant le développement rationnel de la production agricole ainsi qu’un emploi optimal des facteurs de production, notamment de la main-d’œuvre » (article 39, traité de Lisbonne). Où est passé le paysan du Larzac ? Sur un plateau télé ? Car cet article 39 du traité de Lisbonne a des conséquences très concrètes : libéralisation des OGM, développement des cultures dédiées aux agrocarburants, accélération de la disparition des petites et moyennes exploitations agricoles…

    Comment modifier ces orientations libérales et ultra-productivistes sans aborder le mode de fonctionnement des institutions européennes ? Evidemment, Europe Ecologie ne le dit pas.

 Double langage sur le libre-échange et les paradis fiscaux

    Au niveau international, Europe Ecologie propose trois mesures : en finir avec les paradis fiscaux, exiger la souveraineté alimentaire qui est un droit fondamental des peuples, et enfin rembourser la dette écologique de l’Europe en finançant de grands chantiers de restauration des écosystèmes de la planète. Si le M’PEP est d’accord avec l’intention affichée, à nouveau, ces propositions se trouvent en contradiction avec les dogmes européens inscrits dans le traité de Lisbonne sans qu’Europe Ecologie ne le mentionne.

    Comment en finir avec les paradis fiscaux alors que l’Union européenne oblige tous les Etats-membres à respecter la libre-circulation des capitaux au sein de l’Union européenne (qui possède ses propres paradis fiscaux) et hors de l’Union ? Le Parlement européen se doit de participer à «  réaliser l’objectif de libre circulation des capitaux entre Etats-membres et pays tiers, dans la plus large mesure possible ».

    Eva Joly, ancienne juge d’instruction spécialisée dans les dossiers politico-financiers (affaire Elf par exemple), était présente sur la liste Europe Ecologie. Elle n’a pas du tout le profil libéral-libertaire d’un Daniel Cohn-Bendit ou d’un José Bové. Au point, d’ailleurs, qu’elle avait demandé à être tête de liste sur celle du MoDem avant de se rabattre sur Europe Ecologie. Elle a certainement joué un rôle de contrepoids et d’équilibre au sein de la liste Europe Ecologie, qui a pu séduire des électeurs. Cependant, Eva Joly, qui a été élue à Strasbourg, ne pourra rien faire contre les paradis fiscaux, hormis rédiger des rapports, contrairement à ses affirmations faites pendant la campagne électorale. Ce qui est navrant, c’est qu’Eva Joly et la liste Europe Ecologie ont fait miroiter une action vigoureuse contre les paradis fiscaux.

    Rappelons encore que les paradis fiscaux sont membres de l’Union européenne comme la Grande-Bretagne (City de Londres, iles anglo-normandes…) ou protégés par les traités en vigueur. En ce qui le concerne, le traité de Lisbonne les adoube : partie IV concernant la liberté de circulation et d’installation ; annexe II concernant l’outre-mer. Rappelons aussi qu’une action contre les paradis fiscaux nécessite une proposition de la Commission (composée uniquement de néolibéraux et sociaux-libéraux fanatiques) et ensuite l’unanimité du Conseil. Il y aura toujours un pays qui empêchera d’obtenir l’unanimité… la Grande-Bretagne par exemple ! Rappelons enfin que la liste Europe Ecologie dénonce le rôle des Etats, alors qu’en matière de lutte contre les paradis fiscaux – comme dans la plupart des autres domaines – seuls des actes unilatéraux des Etats sont susceptibles de faire bouger les lignes.

    Plus d’un milliard d’habitants sur la planète souffrent de la faim, soit un habitant sur 6, et ce chiffre ne fait qu’augmenter au fil des mois et des années. Pour Europe Ecologie, cette situation est le résultat de la libéralisation des échanges imposée par l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et par les politiques commerciales agressives imposées par l’Union européenne et les Etats-Unis. Nous sommes d’accord, mais Europe Ecologie omet de dire que la doctrine libre-échangiste est le cœur même des institutions communautaires. Europe Ecologie estime également que la santé est un droit fondamental, et non une marchandise, et qu’à ce titre, l’Union européenne doit l’exclure de l’AGCS (Accord général sur le commerce des services) qui relève des négociations multilatérales au sein de l’OMC. Là encore,  Parlement européen n’a aucun pouvoir en matière de politique commerciale commune (accords tarifaires et commerciaux, uniformisation des mesures de libéralisation, politique d’exportation…) et ne joue aucun rôle dans la négociation d’accords internationaux en matière de commerce. C’est le Commissaire au commerce extérieur qui représente l’Union dans les négociations de l’OMC, avec les objectifs que l’on connaît
le: ceux du libre-échange, au détriment des populations des pays les plus faibles. Toujours au niveau international, comment Europe Ecologie peut-elle faire ce grand écart en dénonçant dans son programme l’adhésion de l’Union européenne à une OTAN dépassée, sous commandement américain, et en approuvant le traité de Lisbonne qui lie la politique étrangère et de sécurité commune de l’Union au traité de l’Atlantique nord ?

 Accord avec la Bourse des droits à polluer

    Sur la question de l’énergie et du changement climatique, Europe Ecologie affirme sans aucun recul critique que « l’Europe a su se placer à l’avant-garde dans la lutte contre le réchauffement climatique et les objectifs du paquet énergie-climat sont les nôtres ». Il est tout à fait étonnant et paradoxal que dans leur traitement de l’urgence climatique, aucune allusion ne soit faite au fameux protocole de Kyoto, à sa mise en œuvre taillée sur mesure pour les industriels et les pollueurs (boursicotage des « droits à polluer », marché spéculatif de la finance carbone), et aux résultats que l’on connaît (les émissions réelles de gaz à effet de serre n’ont pas baissé au sein de l’Union européenne mais augmentent en flèche dans les pays en développement sous l’effet des délocalisations). Ce silence en dit d’autant plus long que la conférence de Copenhague de décembre 2009, qui doit déboucher sur un nouvel accord pour l’après-Kyoto, pérennisera ces solutions libérales avec la bénédiction de l’Union européenne.

 
 Europe Ecologie, en refusant des mesures protectionnistes, se prive de tout moyen d’action

    Qui veut avoir une action écologique efficace et décisive doit préalablement maitriser l’économie. L’affaire est sérieuse et ne peut laisser place aux approximations et aux gadgets. Le point le plus important, et qui devrait apparaître à tous comme une évidence, est qu’il n’est pas possible de disjoindre la question de l’écologie de la mondialisation et du système capitaliste lui-même. Tout projet qui se prétend écologiste et qui ne pose pas immédiatement le problème en ces termes est une tromperie, une pure opération électoraliste. Car la déréglementation commerciale – autrement dit le développement du libre-échange – est une cause majeure des pollutions et du réchauffement climatique.

    Beaucoup d’écologistes se laissent pourtant prendre au piège des aberrations du libre-échange qui consistent à séparer les lieux de production des lieux de consommation et des lieux de recyclage des déchets. Les lieux de production sont situés dans les pays à bas coûts de main-d’œuvre et à faible action environnementale ; les lieux de consommation se trouvent dans les pays où existe une classe moyenne disposant d’un haut niveau de pouvoir d’achat ; les lieux de recyclage ou de stockage des déchets sont dans certains pays pauvres spécialisés dans cette fonction.

    Le libre-échange est une des premières sources de pollution : premièrement, les transports représentent 55% de la consommation de pétrole dans le monde ; deuxièmement, les délocalisations se font dans des pays à très faible niveau de protection environnementale ; troisièmement, la concurrence internationale empêche de mettre en place des normes contraignantes dans les pays occidentaux.


    Toute action qui prétend agir sur l’environnement doit donc commencer par préconiser des mesures allant à l’encontre des conséquences dévastatrices du libre-échange. Le M’PEP, pour sa part, évoque un protectionnisme universaliste inspiré de la Charte de La Havane de 1948. Il n’est pas possible, comme le fait Europe Ecologie, d’être partisan du traité de Lisbonne et de préconiser des mesures favorables à l’environnement, puisque le traité de Lisbonne veut encore aller plus loin en matière de libre-échange.

 Un programme aux ambitions très modestes

    Le programme d’Europe Ecologie est finalement d’une ambition très modeste et décalée par rapport aux enjeux. Il ne contient aucune rupture avec l’ordre actuel et ne propose aucune mutation concrète du système productif pour répondre à la crise. Ceux qui ont voté Europe Ecologie se satisferaient de peu s’ils en restaient là. Seraient-ils prêts à faire alliance avec les classes dirigeantes pour peu que celles-ci gesticulent autour des notions de « capitalisme vert » ou de « croissance verte » ?

    Une véritable approche écologique nécessite de tarir en premier lieu et progressivement toutes les sources d’atteintes aux écosystèmes (pollution, recul de la biodiversité, réchauffement climatique, OGM…). Il faut de surcroit reconstruire ce qui a été détruit. Pour atteindre ces objectifs, c’est le mode de production capitaliste lui-même qui doit être frappé en son cœur. C’est pourquoi la réflexion sur un socialisme du XXIe siècle doit s’intensifier, au point même d’évoquer un «  éco-socialisme ».

    L’écologie est incompatible avec le capitalisme et son idéologie du moment, le néolibéralisme. Un véritable écologiste se doit d’être anticapitaliste et antilibéral. C’est pourquoi Europe Ecologie n’a rien d’écologiste.

 La « vertitude » ne fait pas un projet politique

    Ce n’est parce que tous les partis politiques ont repeint – plus ou moins – leurs programmes en vert, ou parce que la liste Europe Ecologie a obtenu un score atypique, que cela fait un projet politique. Hormis le contexte de l’hyper-abstention, le score d’Europe Ecologie s’explique par des raisons de fond et des raisons superficielles.

    L’électorat qui s’est porté sur la liste Europe Ecologie est particulièrement hétéroclite, il n’a pas la cohérence idéologique suffisante pour constituer une force propulsive qui s’inscrirait durablement dans le paysage politique français. Une grande partie de celui-ci, en effet, est constituée d’électeurs socialistes qui ont voulu donner un avertissement au PS. Selon l’institut de sondage Opinion Way, sur 100 électeurs qui avaient voté Ségolène Royal à la présidentielle de 2007, 25 ont voté Europe Ecologie. Cet électorat retournera naturellement au PS lors des prochaines élections, sauf, éventuellement, si Europe Ecologie se positionne à gauche. Une autre partie de l’électorat d’Europe Ecologie rassemble des électeurs du centre gauche votant parfois pour le MoDem. Toujours selon Opinion Way, sur 100 électeurs ayant voté François Bayrou à la présidentielle de 2007, 19 ont voté Europe Ecologie. Cet électorat peut se sédimentariser chez les écologistes si ces derniers restent sur un positionnement « ni droite, ni gauche ». Au total, il sera difficile à Europe Ecologie de conserver à la fois les électeurs venant du PS et ceux venant du MoDem.

    L’électorat de la liste Europe Ecologie comprend aussi quelques altermondialistes égarés. Vont-ils suivre José Bové quand celui-ci déclare « être pour ou contre le traité de Lisbonne, ce n’est plus la question. Dans la situation de crise actuelle, il faut se rassembler » (L’Humanité, 14 avril 2009), ou vont-ils rester fidèles et cohérents avec leurs engagements altermondialistes qui sont, par nature, antilibéraux ?

    Selon Cécile Duflot, secrétaire nationale des Verts, l’objectif est désormais de construire « une nouvelle force dépassant les clivages traditionnels ». D’après Jean-Paul Besset, ancien adjoint de Nicolas Hulot et nouveau député européen, « il n’y a plus d’alliés naturels mais des alliés potentiels qui doivent rejoindre les solutions écolos ». Ou encore pour Yannick Jadot, ancien directeur des campagnes de Greenpeace France, député européen élu dans l’ouest, « ni libéral, ni productiviste, on se situe à équidistance du Front de gauche, du PS et du MoDem ». Les Verts, qui avaient déclaré se positionner à gauche se retrouvent ainsi dans la posture stérile du « ni droite, ni gauche » et risquent de retomber dans leurs ornières du passé.

    L’élection européenne, qui ne comporte qu’un tour, était la plus favorable pour Europe Ecologie. Il en sera tout autrement des élections législatives qui se déroulent dans des circonscriptions et à deux tours. Dans ce cadre, Europe Ecologie n’a aucune chance d’avoir des élus en restant seule : il faudra passer des alliances. Le faire avec le MoDem est la garantie de l’échec. Il ne reste que le PS ! Mais pour que le PS accepte un accord de désistements réciproques avec Europe Ecologie, ou même de ne pas présenter de candidats dans certaines circonscriptions aux législatives pour garantir quelques députés aux écologistes, il faudra que Europe Ecologie accepte aussi de collaborer lors des élections régionales de 2010…

 Une idéologie de diversion

    Les classes sociales sensibles à l’idéologie de la liste Europe Ecologie restent assez étroites. En tout état de cause, elles ne peuvent à aucun moment envisager d’être hégémoniques. Il s’agit d’une partie des classes moyennes qui ont voté pour Europe Ecologie (32% des cadres et professions intellectuelles selon TNS Sofres). Le soubassement idéologique d’Europe Ecologie résulte de l’articulation de trois thèmes : la libéralisation des mœurs ; l’européisme ; une obsession climatique.

    La libéralisation des mœurs (le « libéralisme culturel ») est à certains écologistes ce que la libéralisation économique est aux néolibéraux. Dans les deux cas ce sont des excès qui conduisent à des crises. C’est pourquoi cette idéologie est souvent qualifiée de « libérale-libertaire », car elle singe le libéralisme en l’appliquant au domaine des mœurs. Même si elle concerne une certaine masse de la population, il semble illusoire de penser que celle-ci peut aller bien au-delà de son étiage actuel, elle a probablement atteint son plafond.

    L’européisme sur lequel s’appuie la liste Europe Ecologie est une idéologie en régression. Il n’est électoralement plus payant, désormais, de s’appuyer sur le mythe européen. De ce côté-là, le mouvement Europe Ecologie a peu de chances de progresser. Néanmoins, des électeurs – et pas seulement à Europe Ecologie – peuvent croire que l’Union européenne est l’échelon pertinent pour agir en faveur de l’environnement. Ils se trompent. D’une part, l’Union européenne et la grande majorité des pays qui la composent, sont d’inspiration néolibérale, hostile à toute intervention de l’Etat. Or une intervention massive de l’Etat est nécessaire pour résoudre les problèmes écologiques. D’autre part, l’Union européenne ne dispose d’aucun instrument pour agir efficacement en matière de lutte pour l’environnement, les traités l’interdisent. Ceux des électeurs d’Europe Ecologie qui ont aimé la petite musique de José Bové et Daniel Cohn-Bendit critiquant les attitudes « franco-françaises » devraient déchanter : c’est à l’échelon national et par l’intervention des Etats qu’il sera possible de lutter contre le réchauffement climatique !

    En revanche, l’obsession climatique peut avoir un certain avenir si la liste Europe Ecologie continue d’appliquer au climat ce que le sarkozysme a appliqué à la sécurité. Il ne s’agit pas ici, pour le M’PEP, de nier l’ampleur du défi climatique. Il s’agit de dénoncer les instrumentalisations politiciennes et les diversions faites autour de ce thème. L’obsession sécuritaire et la politique de la peur menées par Sarkozy ont donné d’excellents résultats électoraux à la droite. L’obsession climatique va-t-elle devenir une nouvelle version de la politique de la peur au profit électoral de certains écologistes peu scrupuleux ? Va-t-elle nous conduire à larmoyer sur les bébés phoques et à ignorer la misère des chômeurs ? Cette idéologie peut avoir un certain succès si la question écologique reste dépolitisée (« ni droite, ni gauche »). Car rien n’est plus simple, consensuel et positif que de « vouloir sauver la planète ». Tous les enfants de dix ans y sont favorables. Qui pourrait être contre ? Cette « évidence » est un puissant facteur de dépolitisation qui peut créer l’illusion dans une partie de la population. Pour ceux qui veulent aller au-delà de ces bons sentiments, il faudra reconnaître qu’un programme authentiquement écologiste sera tout sauf consensuel. C’est-à-dire l’exact opposé de ce que préconise Europe Ecologie.

    On observera que les grands médias, en particulier les journaux Le Monde et Libération, ont fait campagne en faveur d’Europe Ecologie. Au point d’écrire souvent des sottises, comme Eric Fottorino, directeur du directoire du Monde (Le Monde, 10 juin 2009) qui explique dans un éditorial, le plus sérieusement du monde et même de manière sentencieuse, que « cette élection européenne a marqué l’avènement électoral, dans notre pays, de l’écologie politique ». Encore plus fort, celle-ci apparaît « comme une alternative aux modes de création de richesses hérités de l’âge postindustriel » !

    C’est une preuve de cette diversion idéologique ! Comme le dit Malakine (« poliblog indépendant ») « aujourd’hui le ‘‘changement climatique’’ est dans le rôle de la peste brune d’hier, un ennemi providentiel qui fait tout passer au second plan tant il est effrayant ». L’écologisme d’Europe Ecologie peut conduire à justifie finalement la crise non par les méfaits du capitalisme, mais par les méfaits des travailleurs et des consommateurs. Dès lors, si cet écologisme devait persister, les licenciements ne seraient-ils pas vécus par certains comme des mesures heureuses qui ralentiraient la pollution ? La pression sur les salaires ne serait-elle pas une bonne chose puisqu’elle freinerait la consommation ? Avec de telles conceptions, dont certains ne sont pas loin, la solution à la crise porterait alors simplement sur la somme des petits actes individuels de la vie quotidienne (il ne faut pas pour autant renoncer à ces actes !).

    La crise financière actuelle, qui est devenue une crise globale, témoigne de l’échec et de l’épuisement de l’idéologie néolibérale (la mondialisation). Celle-ci avait été mise en place par les classes dirigeantes au tournant des années 70 et 80 dans le but de rediscipliner le salariat et les pays pauvres qui avaient réussi, par leurs luttes, à faire baisser les profits. En inventant la mondialisation, les classes dirigeantes ont pu réorganiser le travail à l’échelle planétaire pour redresser les profits. L’objectif a été atteint au-delà de toutes les espérances. Crises et orgies de spéculations se sont multipliées. Mais à quel prix ! Ces politiques de mondialisation (le néolibéralisme) sont la cause directe et principale du réchauffement climatique. Les populations commencent à en prendre conscience.

    Les classes dirigeantes ont donc besoin d’une idéologie de rechange, pour remplacer le néolibéralisme. Ils cherchent. Ils n’ont pas encore fait leur choix. Ils testent. Mais ce qui est certain, c’est que le thème du réchauffement climatique est du pain béni. Sur un sujet désormais aussi consensuel, les classes dirigeantes espèrent éviter d’être mises en cause en prenant la tête de toute une série de gesticulations sur le sujet. Des personnages comme Daniel Cohn-Bendit sont alors particulièrement utiles puisqu’ils font tout pour éviter de mettre en cause le capitalisme. C’est pourquoi elles lui donnent un petit coup de pouce médiatique…

    Le programme d’Europe Ecologie, contradictoire avec le traité de Lisbonne sur certains points, est donc un leurre, sinon une imposture, un véritable cul-de-sac, puisqu’il est totalement inapplicable dans les conditions actuelles du fonctionnement des institutions de l’Union européenne. La réaction de la députée Martine Billard, qui démissionne du parti des Verts pour rejoindre le Parti de Gauche, sanctionne ce virage écolo-libéral. Malheureusement, bien des membres des Verts, sincèrement antilibéraux, se font encore duper par la stratégie « ni droite ni gauche » imposée par Daniel Cohn-Bendit contre une majorité de militants. Combien de temps accepteront-ils de sacrifier leur intégrité politique pour obtenir des scores importants certes, mais sans doute éphémères faute de cohérence dans le programme des écologistes ?

    Le M’PEP a choisi d’agir pour contribuer à repolitiser les citoyens et de ne pas se laisser berner par des promesses qui n’auront aucun lendemain. Pour celles et ceux qui aspirent à un réel renouveau, trois actions sont essentielles : contribuer à la construction d’une grande force politique de gauche qui doit impérativement prendre en compte à la fois l’urgence sociale et l’urgence environnementale ; placer la souveraineté populaire au centre du débat politique, que ce soit à l’échelle nationale ou européenne ; sortir de l’eurolibéralisme, car l’ensemble des traités européens empêchent de mener des politiques de gauche.
Lundi 17 août 2009 1 17 /08 /Août /2009 08:57
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : actualité
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Ayant republié hier les observations très pertinentes de J.Sapir, nous nous devons d'y joindre la voix si honnête de Jean François Kahn. Il faut concevoir que leurs forces se rencontrent et travailler à ce qu'elles se confortent

"Paradoxe. Cruel. Un insuccès plus rude qu’imaginé peut dissimuler une percée plus forte que prévue. Dit autrement : on peut perdre contre ses idées ou être victime de ce qu’on appelait de ses vœux. Un espace est effectivement conquis, mais d’autres s’y installent en priorité."
"Les faits ? Echec du Mouvement démocrate dont je portais les couleurs européennes dans la région Est, qui se retrouve à l’étiage, non de ce qu’il espérait devenir, mais de ce qu’il fut : celui de l’ex-sensibilité dite « centriste » qui obtint un peu plus de 8 %, il y a une vingtaine d’années, derrière Simone Veil. Mais, en même temps – là est le paradoxe et aussi sa cruauté –, confirmation spectaculaire de ce dont nous avions l’intuition et qui nous portait : il existe bien une aspiration, forte et large, à s’émanciper d’un vieux carcan bipolaire ressenti comme obsolète (ou inadéquate), étouffant, pour explorer d’autres voies à l’aide d’un autre logiciel. Vingt-cinq pour cent des électeurs, et même plus de 28 % si on y intègre les écologistes indépendants, n’ont-ils pas, à leur façon, exprimé cette attente ? Même si, en fin de compte, après avoir failli nous hisser sur le pavois (ce qui redouble la cruauté), ils ont investi cette exigence dans une autre sensibilité, dans une autre famille d’esprit."

"La brutale réalité s’inscrit dans ce chiffre : 28 %. En additionnant « écologistes » et « démocrates », 28 % se prononcent en faveur d’un dépassement rénovateur des vieux clivages, mais privilégient in fine les listes Cohn-Bendit qui doublent notre mise, ou presque. On peut avancer d’autres calculs qui, tous, témoignent de l’ampleur du tsunami au sein de l’opposition : 29 % (écolos, front de gauche, extrême gauche) en faveur d’une « autre gauche » que celle qu’incarne le Parti socialiste tombé à 16,5 %. Ou encore 55 % des suffrages se sont portés sur des listes d’opposition républicaine ; et le PS en représente moins d’un tiers…
"

"On pourrait ajouter ce constat, qui n’est pas le moins paradoxal : Nicolas Sarkozy a gagné cette élection, d’abord parce que l’UMP est arrivée nettement en tête, mais surtout parce que le PS en tant que force d’alternance et François Bayrou en tant qu’alternative présidentielle en sortent considérablement affaiblis. Le terrain a été, en quelque sorte, nettoyé face à l’hyperegoprésidence. Et, pourtant, toutes les droites, l’UMP, le Nouveau Centre, les Radicaux valoisiens, la gauche ralliée, même si on y inclus de Villiers, les chasseurs et le Front national (ce qui serait abusif), ne représentent plus, provisoirement, que 40 % de l’électorat, un pourcentage exceptionnellement et même historiquement bas. La majorité proprement dite est minoritaire. Nettement. A 33 % environ. La droite française, l’UMP, réalise un score très sensiblement inférieur à celui des autres droites européennes. Tel est le nouveau contexte." (à suivre)
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Samedi 13 juin 2009 6 13 /06 /Juin /2009 18:41
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : actualité - Ecrire un commentaire
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Je reproduit ici l'article de Jacques Sapir diffusée par Marianne 2.
J'y vois un large  partage de notre analyse publiée il ya quelques jours sous le titre " trompe-l'oeil et consultation européenne"

Pour Jacques Sapir, économiste qui avait apporté son soutien au Front de gauche, les commentateurs politiques ont tout faux dans leurs analyses du scrutin européen. Lui se refuse à n'y voir qu'une victoire des conservateurs : il constate qu'il y a un «rejet de l'Europe fédérale» et considère comme une «impasse» le succès d'Europe Ecologie.


Les élections européennes du 7 juin ont été remarquables au moins autant par leurs résultats que par l’aveuglement des commentateurs. Ces derniers ont ainsi mis en avant la « vague conservatrice » à laquelle on aurait assisté. Mais, celle-ci a été des plus relative face à l’abstention, elle, réellement historique, que l’on a connu dans ces élections. Il convient, avec le recul nécessaire, de comprendre ce que ces élections ont révélé. Au-delà des premières réactions, il est probable que nous avons assisté au début de la fin de la construction européenne telle que nous la connaissons.

1) Le rejet de l’Europe fédérale.

On l’a dit, l’abstention a été énorme, et pas seulement en France. C’est chez les nouveaux entrants qu’elle a été le plus spectaculaire avec moins de 30% de votant en République Tchèque et à peine plus de 18% en Slovaquie. La France, avec à peine 40% de votants enregistre ici l’un de ses taux les plus faibles de participations. À peine plus d’un électeur sur trois s’est ainsi déplacé en Europe pour aller voter. Ce phénomène est tellement massif qu’il doit être expliqué en priorité.
On peut analyser cette faible participation comme le résultat combiné de plusieurs facteurs :

- les électeurs européens ont à l’évidence sanctionné une Europe qui s’avère incapable de la protéger de la crise et de ses conséquences. Il n’y a pas de « plan de relance » européen et l’addition des plans nationaux représente ainsi à peine 1% du PIB de l’Europe. De plus, cette dernière a été incapable, par ses règles bancaires, de prévenir la contamination issue de la crise américaine. Il y a pire. L’Europe, par ses directives, enracine cette crise et détruit progressivement tous les instruments dont on pouvait disposer au niveau national pour s’y opposer. De ce point de vue, l’application du Traité de Lisbonne ne changera en rien la situation. Ce traité ne fait que consolider les régressions économiques et sociales de ses dernières années.

- ceci nous conduit à un second facteur. Les électeurs ont aussi sanctionné une Europe qui a bafoué à de multiples reprises, et ce depuis le Traité de Maastricht, la volonté démocratiquement exprimée des pays qui la composent. Le tour de passe-passe par lequel on a escamoté le « non » français et hollandais au TCE, et par lequel on va probablement faire de même pour le « non » irlandais au Traité de Lisbonne semble avoir définitivement dégoûté les électeurs. Convoqués aux urnes, ils sont restés chez eux, en dépit des discours grossièrement mensongers que l’on a pu entendre. Il faut ainsi rappeler à ceux qui l’auraient oublié que l’Europe n’a rien « construit » en France. Pour qu’il y ait une contribution nette de l’Europe, il faut que les subventions excèdent les versements faits par un pays. Or, dans le cas de la France, nous payons plus que nous ne recevons. C’est peut-être juste au nom de la solidarité, mais que l’on nous épargne alors ce mensonge d’une Europe venant dispenser ses bienfaits dans notre pays. Ceci explique sans doute les scores faibles des partis Souverainistes, dont une bonne partie des électeurs à préféré ne pas voter.

- à ce tableau sinistre il convient d’ajouter l’absence de solidarité que la crise a révélée. Les Pays baltes, dont la population n’excède pourtant pas 8 millions – soit moins que le nombre d’habitants du Grand Londres ou du Grand Paris – ont été abandonnés au FMI. Ce dernier n’a eu de cesse que de leur proposer une réduction de 25% de salaires de la fonction publique. La Hongrie, qui se débat dans une crise très grave, n’aura pas le plan de stabilisation de ses banques, qui est cependant une chose nécessaire si on veut éviter que les pertes en Europe Centrale ne viennent déstabiliser les banque Autrichiennes et Allemandes. C’est bien cette absence de solidarité qui explique la désaffection brutale des électeurs chez les « nouveaux entrants » de l’Europe.

- enfin, l’Euro lui-même apparaît aujourd’hui comme un facteur de crise. Tout d’abord en raison de son cours. À un taux de change supérieur à 1,35 Dollars US, et aujourd’hui nettement plus proche de 1,40, il plombe les exportations de la Zone Euro, et de l’Allemagne en particulier. Il faut savoir qu’au-delà de 1,20 Dollars l’accroissement de 6% du taux de change est égal à un accroissement de 1% du taux d’intérêt. Cependant, les dégâts de l’Euro ne s’arrêtent pas là. Le phénomène de « L’Eurodivergence » s’est considérablement accru depuis 6 mois . Il touche désormais les écarts de taux sur la dette publique pour les pays membres. Ainsi, l’harmonisation des marchés de la dette, longtemps présentée comme le seul résultat positif de l’introduction de l’Euro, n’aura pas résisté à la première crise sérieuse.

Nul ne peut prévoir le rythme que prendra cette désaffection. Il est cependant clair qu’elle est profonde et, parce qu’elle à de multiples sources, elle va s’avérer durable. Le 7 mai est mort le rêve d’une Europe fédérale. Ce n’était qu’un rêve, mais il avait au moins pour lui une certaine cohérence. Il s’est fracassé sur le mur des réalités.
L’Europe des Nations, soit la vision Confédérale, ne saurait s’accommoder de la construction bruxelloise. Cette dernière, dans sa frénésie réglementaire, est une construction de type fédérale. Il faudra bien accepter de revenir sur les directives européennes et rappeler que, si nous ne sommes pas dans une construction fédérale, alors les lois de chaque Nation sont à nouveau supérieures.

2) La crise de la social-démocratie européenne.

La seconde leçon qui s’impose est celle de la crise, et peut être de la fin, de la social-démocratie Européenne. Bien sûr, on peut trouver des explications locales pour chacun de ses désastres. Ce serait pourtant perdre de vue l’essentiel. C’est dans sa dimension européenne que la social-démocratie a révélé son impuissance.
Elle avait produit un texte qui était une forme de programme commun du Parti Socialiste Européen. Mais, ce programme s’est fracassé sur des réalités auxquels il n’apporte aucune réponse.
- tout d’abord, ses réponses à la crise sont pitoyables. Le plan de 100 Milliards d’Euros réclamés par Martine Aubry et ses collègues reste très en deçà des besoins. Il aurait fallu en engager le double, et plus probablement le triple. Seulement, on s’est ici heurté à l’Allemagne. La social-démocratie allemande ne veut pas pouvoir être accusée de charger le fardeau de son propre pays. Que ce dernier, par sa politique néo-mercantiliste, ait eu une responsabilité évidente dans la crise est pourtant une évidence. L’Allemagne a délibérément comprimé sa demande intérieure pour développer ses exportations. C’est d’ailleurs très exactement le type de politique que l’on prête aux pays protectionnistes…On voit bien ici que l’Europe ne nous a nullement protégé contre l’égoïsme Allemand, mais nous a probablement enlevé les moyens de rétorsions qui auraient pu rendre une telle politique inopérante. Si l’Allemagne avait su que des droits de douanes seraient venus compenser sa politique, elle se serait peut-être posé le problème de la coopération.

- ensuite, ses réponses aux causes de la crise sont pathétiques. Face au processus de concurrence de la part des pays nouveaux entrants, le programme du PSE propose d’harmoniser sur le salaire médian. Mais, ce faisant et compte tenu des différences dans les rémunérations, on ne touchera pas au problème du dumping social. Le salaire médian, s’il est un indicateur important et plus robuste que le salaire moyen pour mesurer les inégalités dans chaque pays, est une très mauvaise base pour harmoniser le salaire entre les pays. Le Parti de Gauche en a bien pris conscience qui proposait une règle d’harmonisation fondée sur le salaire moyen et non sur le salaire médian. Mais, là aussi, il n’y a pas eu d’erreurs. Les responsables des partis sociaux-démocrates des pays nouveaux entrants ont délibérément choisi de maintenir leur avantage compétitif. Le salaire horaire moyen et de 2,4 Euros en Slovaquie, 3,0 Euros en République Tchèque et 3,2 Euros en Hongrie. Par comparaison, il est de 16,5 à 20 Euros en Allemagne, Belgique, France et aux Pays-Bas. On voit bien que l’écart des rémunérations est très supérieur à celui des productivités (qui est de l’ordre de 1à 3 ou 1 à 4).
De même, en ce qui concerne les services publics, dont l’OCDE reconnaît aujourd’hui qu’ils sont un des éléments qui expliquent la meilleure résistance de la France à la crise, à part des proclamations de principes, il n’y a pas de remises en causes des directives européennes qui ont imposé le principe de concurrence. Et pour cause : elles ont été votées par le PSE.

- fondamentalement, la position commune du PSE n’est que de surface. On le voit bien en ce qui concerne la réélection du Président de la Commission Européenne, l’inénarrable Barroso. Cette unité de surface ne saurait masquer les profondes divergences qui minent la Social-Démocratie européenne et qui ne sont que l’illustration des divergences dans l’économie réelle, ce que l’on a appelé l’Eurodivergence.

- le programme de la social-démocratie européenne a désarmé le PS. On voit bien que s’il faut attendre un accord de tous, nous aurons de longues barbes blanches avant qu’il ne se passe quelque chose sur le front de l’Europe Sociale. Cette dernière est un mythe, ce qu’ont expliqué avec beaucoup de talent des autres auteurs . Ce discours mythique est devenu perceptible pour les électeurs ; ils en ont tiré les conséquences.

- enfin, la division qui règne au sein du Parti Socialiste et que viennent conforter les pratiques de la direction actuelle, n’ont certainement pas donné envie aux électeurs de se déplacer.

La social-démocratie européenne est aujourd’hui au pied du mur. Si elle maintient sa foi dans l’Europe, elle deviendra un parti de pleureuses se lamentant sur l’Europe sociale, ce bel espoir toujours déçu. Ses électeurs l’abandonneront à son sort. Elle devra choisir entre le social et l’Europe, ente le mythe d’une avancée à 27 et la possibilité bien réelle d’avancer à 4 ou 5. En tout les cas elle doit rapidement tirer les leçons d’un scrutin qui n’a vu la victoire des conservateurs que par défaut.

3) L’impasse victorieuse d’Europe Ecologie.

La troisième leçon, mais ici nous entrons plus dans la politique française a été le succès de la liste Europe Ecologie.
Celle-ci avait pour elle la cohérence de son discours et la diversité de ses têtes de listes. Elle à pris l’avantage sur le MoDem bien avant la projection du film « Home ». Cependant, ce succès pourrait bien s’avérer un cul-de-sac.

En effet, et les déclarations des dirigeants d’Europe Ecologie sont là pour le prouver, cette cohérence du discours n’induit pas une cohérence de l’action. Si l’on prétend que l’on ne peut agir qu’au niveau Européen pour traiter la double crise, économique et écologique, quelles réponses apportera-t-on en cas de blocage par les autres pays d’Europe ?
D’une certaine manière, les écologistes vont se retrouver devant la même contradiction que la social-démocratie. S’il n’y aura pas d’Europe sociale, en tous les cas pas à 27 comme on l’a indiqué, il n’y aura pas plus d’Europe Ecologique. Les dirigeants d’Europe Ecologie prétendent que l’on ne peut plus agir dans le cadre national, mais ils vont s’apercevoir que l’on ne peut pas agir dans l’Europe des 27, du moins pas à la hauteur de leurs ambitions.
Ils devront alors accepter de réviser à la baisse leurs revendications en se contentant de demi-mesures ou de déclarations vagues qui n’engageront pas les gouvernements, et ainsi trahir la partie « écologie » de leur programme, ou accepter le fait que des mesures unilatérales peuvent permettre de sortir de ce blocage. D’une certaine manière, la contradiction qui existe entre l’Europe des 27 telle qu’elle est et l’écologie va se révéler, à mesure que le succès de la liste Europe Ecologie va lui conférer des responsabilités.

Que les dirigeants de cette liste en soient conscients est une évidence, comme on l’a vu avec la charge- par ailleurs totalement justifiée – qu’ils ont mené contre l’actuel Président de la Commission Européenne, M. Barroso. Mais, ils ne peuvent ignorer que ce dernier représente le point d’équilibre entre le Parti Populaire Européen et une partie du PSE. Ils ne peuvent ignorer non plus que cette alliance, profondément conservatrice, sera reconduite. Dès lors quelle sera leur politique ?
Ils peuvent se contenter d’une « mise au pied du mur » des responsables européens. Dans une telle politique on présente des propositions, que l’on sait ne pouvoir être adoptées, pour ensuite dénoncer l’absence de coopération ou de sens écologique des autres forces politiques. Cela permet, certes, de beaux effets de manche dans l’enceinte du Parlement Européen mais c’est parfaitement et totalement inefficace.
Ils peuvent ensuite, on l’a dit, passer des compromis pour faire aboutir certaines de leurs revendications. Mais, le problème de la cohérence de leur programme sera alors directement posé. Si on admet qu’il est cohérent, il doit être appliqué dans sa cohérence. Si on aboutit alors à voter une directive sur la « taxe carbone » en échange du soutien des écologiques au démantèlement des services publiques, c’est cette cohérence qui sera mise à mal. Ils auront alors bien du mal à prétendre devant leurs électeurs qu’ils sont en train d’appliquer leur programme. On sait que les « Verts » ont ainsi appuyé les directives sur la concurrence dans le domaine de l’énergie et des transports.

Ils devront ainsi choisir entre l’écologie et l’Europe, tout comme les socialistes furent contraints de choisir entre le social et l’Europe. On sait quelle fut la réponse que les socialistes ont donnée à ce choix. Ils en payent aujourd’hui la facture. Les écologistes risquent donc de sacrifier l’écologie à l’Europe, et d’en subir les conséquences.

4) La sanction des sectaires.

Une quatrième leçon de ces élections est que les électeurs en ont assez des prises de positions proclamatoires qui ne cachent guère les ambitions personnelles. On à pu le constater avec le cas du MoDem, ainsi passé de près de 13% à environ 8%, mais aussi dans le cas du NPA.

Dans le premier cas, cela signe probablement la fin des ambitions personnelles de François Bayrou. Peut-être pourra-t-il maintenir sa position de « 3ème homme » dans le cadre d’une élection présidentielle. Mais, son ambition de faire jeu égal avec la social-démocratie s’est à ce jour brutalement éloignée.
Quant au parti créé sur la base de l’ex-Ligue Communiste, il a ainsi vu son score descendre des 7% à 8% qui lui étaient promis au début de 2009 à moins de 5%. L’argument selon lequel les électeurs du NPA auraient été plus sensibles à l’abstention que la moyenne ne tient pas. Dans le même temps, le score du Front de Gauche, initialement crédité de 3%, n’a cessé de monter jusqu’au plus de 6% qu’il a enregistré. Il y a bien eu un transfert des voix.

Ceci sanctionne une campagne sans réelles perspectives et relativement sectaire de la part du NPA. Dès lors, le choix qui s’ouvre à lui sera le suivant. Où il persévère dans sa ligne, et il se verra réduit progressivement aux seuls électeurs de la Ligue Communiste, perdant ainsi le capital qu’avait accumulé sur son nom – mais non sur son programme – Olivier Besancenot lors de la campagne présidentielle, où il se penche sérieusement sur la question des alliances. La politique du « splendide isolement », en tous les cas, ne le mènera nulle part.
La stratégie de personnalisation à outrance qu’il a suivie peut d’ailleurs s’avérer très dangereuse. Elle le met à la merci du bon vouloir de la presse, qui ne lui est favorable que dans la mesure où il correspond à un phénomène de mode, et qui peut alors exploiter la moindre erreur de son candidat.

Il faut ici considérer ce qu’à fait perdre cette stratégie au mouvement de contestation du capitalisme. Une candidature commune du NPA avec les autres alliés du Front de Gauche avait, en statique, un potentiel de 11% à 12%. On le constate dans les résultats. En dynamique, ce potentiel eut été plus important. Avec le choc psychologique que provoquait alors une véritable dynamique unitaire, on peut penser que ce Front de Gauche pouvait atteindre 13% à 14%. Dès lors, ce Front de Gauche réellement unitaire pouvait faire jeu égal avec Europe Ecologie. On aurait alors construit un rapport de forces qui pouvait immédiatement être traduit dans le mouvement social. Au contraire, en jouant le jeu de la division, la direction du NPA à pris la responsabilité d’affaiblir ce mouvement en ne lui offrant pas de perspective de débouchés dans une échéance électorale.

Inversement, il faut s’intéresser aux raisons qui sous-tendent la relativement bonne prestation du  Front de Gauche. Parce qu’il a cherché à construire un véritable programme, il à su dépasser cette contradiction dans laquelle s’est enfermée le NPA.
 Certes, ce programme est encore imparfait ou du moins largement perfectible. Mais, en particulier sur l’Europe, il n’élude plus la possibilité d’actes unilatéraux. Ceci a été un élément important de la crédibilité de ses positions et le deviendra incontestablement toujours plus à l’avenir. De ce point de vue, soit le Front de Gauche élabore complètement un programme et en définit les conditions d’applications en cas de blocage Européen, ou il connaîtra la même crise que la social-démocratie européenne.

5) Tous protectionnistes ?

Ceci me conduit à la cinquième des leçons de ce scrutin, et qui n’est pas la moins paradoxale. En France, pratiquement tous les partis en présence ont fait de la « protection » un élément de leur campagne. Ceci a pu être explicite, avec des analyses claires que l’on a retrouvées chez Philippe de Villiers ou Nicolas Dupont-Aignant. Ceci a pu être implicite, mais finalement assez lisible pour les électeurs, comme au Front de Gauche. Ceci, enfin, a pu être diffus, comme à l’UMP, au PS et même dans le cas du MoDem, qui à vrai dire n’en était pas à une contradiction près. On a même trouvé des traces de ce discours au sein d’Europe Ecologie avec les références, que l’on doit à José Bové, à la souveraineté alimentaire. Seul le NPA à refusé d’entrer dans la problématique de la protection, marquant ainsi le côté purement propagandiste de ses propositions.
La question des protections, c’est-à-dire du protectionnisme pour prononcer le mot, a donc bien été au cœur de cette campagne des élections européennes. Un tabou a sans doute été brisé. Nul doute que l’on ne remettra pas la génie dans la boite une fois qu’il est sorti. La question du protectionnisme sera donc au cœur des combats futurs.


(1) J. Sapir, « From Financial Crisis to Turning Point. How the US ‘Subprime Crisis’ turned into a worldwide One and Will Change the World Economy » in Internationale Politik und Gesellschaft, n°1/2009, pp. 27-44.
(2) F. Denord et A. Schwartz, L’Europe sociale n’aura pas lieu, Raisons d’Agir, Le Seuil, 2009.
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Vendredi 12 juin 2009 5 12 /06 /Juin /2009 18:29
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : actualité - Ecrire un commentaire
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Les commentaires sur la consultation européenne comportent un tissu d’erreurs et d’intox. Au plan européen, comme au plan français, les analyses qui s'imposent vont largement à l'inverse de bien des constats dominants émanant de la plupart des médias et des membres de la classe politique, englués dans les pièges de leurs clichés.

Il est faux que l’Europe soit incomprise des citoyens car l’abstention montre à l’inverse une compréhension de bon sens qui rejoint les questions sans réponse qu’a engendré ce qu’est devenue l’U.E. pour constituer ce défi majeur sur lequel on reviendra dans un second temps.

 Il est faux que cette consultation soit un triomphe pour l’UMP, car elle atteste au contraire que le pouvoir est largement minoritaire dans le pays. Il est désavoué par les abstentionnistes, considérablement dépassé par le total des gauches et du Modem, renié par les droites souverainiste et populiste ; un tel pouvoir ne peut se maintenir que grâce au scrutin majoritaire, à sa communication et, solidairement , à ses ambiguïtés (particulièrement en ce qui concerne l’affichage d’un besoin de protection européenne qui peut ( et veut ?) se faire comprendre comme envers les flux de marchandises et les délocalisations , mais qui s’exerce surtout contre les immigrations ) .

 Il est dément que l’on puisse aussi bêtement que d’habitude confronter des totaux de droite et gauche, en se référant au vieux schéma bipolaire qui, n’a pas de sens ( et c’est le Modem même, s’il ne tire pas succès de le récuser, qui a la vertu intellectuelle de le dire) . En effet « droite » et « gauche » sont chacune tant éclatée qu’il est idiot d’additionner pour chiffrer « la droite »..
- l’UMP et le Modem, puisque - alors que tout le monde veut l'oublier pour détruire ce mouvement - le Modem n'est pas à droite, mais au centre, notion de « centre » que depuis 1968 et la déformation de la Veme République, refuse la conjuration des prétendus politologues français.
- et au delà d’additionner ces mouvements et le FN, ainsi que Libertas , car le premier reste irréductible tandis que le second ne pourrait se rapprocher du pouvoir que si celui-ci allait à un protectionnisme du noyau européen.

Sur l’autre versant, peut-on en totalisant le score des "verts" conduits par l'ancien "rouge", avec ceux de la « gauche de gouvernement », du Front de gauche et du NPA ( heureusement coiffé par des gens plus sérieux ) dire que les voix de gauche dépassent nettement en France celles de la droite ? C'est également idiot, parce que, sauf miracles, ce paquet de courants, de convictions, de méthodes trop différentes ne peut constituer ni une force pour une candidaure présidentielle, ni une capacité cohérente de gestion nationale. D’ailleurs, aujourd’hui, l’une des lignes de clivage essentielle de la France n’est pas entre gauche et droite mais entre les partisans du libre échange et les tenants d’une dose de « préférence communautaire ».

Il est aussi dément qu’on voit dans le succès de DCB la percée d’une force politique verte pouvant jouer un rôle français . Son nouveau leader est le symbole de la trame libertaire et de la chaine libérale qui ont tissé les conditions de la libéralisation des moeurs jusqu’à l’excès, et de la mondialisation de l’économie jusqu’à la crise, ce qui ne l’a pas empêché, avec conviction certainement, en se plaçant hors du champ national et en voulant être un européen avant tout, de surfer sur la nouvelle grande peur, celle du changement climatique. De la même manière que l’obsession sécuritaire a eu l’occasion d’être entretenue au bénéfice de la droite, par des productions médiatiques sur l’insécurité, l’obsession climatique s’est d’ailleurs trouvée entretenue jusqu’à la veille du scrutin par des émissions appelant à mettre le monde en état d’alerte par des réalisateurs qui font plus aisément pleurer sur les ours blancs que sur les chômeurs de couleur.

Au delà ce qui compose le mouvement est extraordinairement hétéroclite, (autant à sa manière que le ps) , avec des figures qui permettent aussi de surfer sur d’autres passions légitimes : celle de la justice pour tous qu’incarne Eva Joly et celle de la nostalgie de la qualité et de l’équilibre agricole ainsi que de la bonne bouffe qu’incarne José Bové . C’est ainsi qu’on voit se mêler des tenants du « non » et de la souveraineté alimentaire et des soutiens du traité constitutionnel ou de celui de Lisbonne, des relents tenaces des provocations et des mots d’ordre permissifs de 1968 et des professeurs d’austérité pour conduite à une société plus frugale, le mélange du rêve hippie et de celui d'un progrès technique dans l’énergie alternative qui permettrait de se libérer du nucléaire, pas mal de déçus du ps qui se rallient à cette formation parce qu’elle est menée par d’anciens copains « de gauche », comme si ce label suffisait à garantir quoi que ce soit, des inconditionnels de l’internationalisme que l’alter mondialisme a laissé sur leur faim.
 Voilà un cocktail de convictions écologiques, d’adhésion à la globalisation (ils sont pour le village mondial ! dont nous sommes les fadas ) , d’utopie sur la manière dont en discipliner les effets nocifs, de vieux fond gauchiste et de sincère passion de la probité. C’est une coalition hétérogène servie par une habileté diabolique prête à justifier toutes les évolutions de son détenteur qui peut brouiller un peu les cartes européennes et françaises, mais dont on ne peut imaginer quelle claire efficace stratégie européenne elle pourrait préconiser sur la base de la renonciation aux capacités que confère le nucléaire et sans récuser la compétition libre échangiste mondiale constituant l’une des matrices majeures du réchauffement planétaire .

La vérité est que l'affaire du climat et de l'environnement, pour aussi réels et graves que soient les enjeux, joue politiquement comme une grande diversion
qu'utilise à merveille le pouvoir en place et plus généralement les tenants occidentaux du libéralisme mondial pour faire croire que c'est la seule et vraie clef de l'avenir, alors que la clef de l’avenir pour apporter solution - ou au moins soulagement - aux problèmes de climat et d’environnement est bien d'abord de maîtriser la compétition mondiale libre échangiste par les prix qui est le fourrier, comme de bien des chômages, de bien des pollutions . Pour servir l'écologie, ce qu’il faut en faire avec exigence, il faut pouvoir maîtriser l'économie mondiale La priorité écologique fait elle passer la charrue avant les boeufs.

Il est enfin stupéfiant
- mais éloquent sur les complicités intellectuelles entre « européens de Lisbonne » - qu’on n’affiche pas, comme même source d’explications pour l’effondrement du ps, la montée du front de gauche , l’irrédentisme des droites extrêmes implantées dans les milieux ruraux conservateurs modestes et dans les classes populaires, l’erreur fondamentale et fatale qu’a constitué pour la gauche classique son ralliement à l’euro libéralisme dans l’ouverture à la compétition mondiale par les prix avec les low cost countries.


En effet s'agissant de l'Europe,

- la première contre-vérité de cette campagne a été de vouloir faire penser qu'il s'agissait d'élire un organise ressemblant peu ou prou à un pouvoir législatif européen. Ayant, certes, grandi en influence, le Parlement européen n'a pas la plénitude du pouvoir législatif européen qui est exercé par le Conseil des Ministres , ni un bien grand pouvoir, malgré des progrès en ce sens que DCB nous dit vouloir exploiter contre Barroso, sur le choix ou le renvoi de l'exécutif qu'est la Commission sur la présidence et la composition de laquelle s'accordent de fait les États. C'est donc un important pouvoir consultatif et parfois de veto , mais la capacité décisionnelle est ailleurs : dans le choix de chaque majorité nationale et dans les accords qui sont intervenus et interviennent entre les gouvernements des nations composantes pour fixer la stratégie de l'Union dans l'esprit des traités en faisant un maillon du libre échange mondial.

-La seconde contre-vérité est donc de faire penser que ce vote pouvait avoir des conséquences importantes, alors que les jeux ont été faits par le traité de Lisbonne. Tous les citoyens auxquels ont a refusé de tirer conséquence du refus du traité constitutionnel n'avaient donc aucun motif majeur de se mobiliser pour un jeu de subtiles influences ne pouvant guère jouer comme réducteur de crise . Et voilà donc comment s’explique le paradoxe que la récession et le désemploi en Europe bénéficie globalement aux droites.

- A ces contre vérités s'ajoute une profonde confusion
: au lieu d'être développée dans la conception d'origine comme un outil d'ambition économique dont le ciment aurait du être la meilleure compatibilité économique et sociale entre ses nations composantes , l'Europe s'est élargie à partir de critères politiques sur la qualité culturelle ou démocratique des nouveaux adhérents et c’est d'ailleurs encore ce jeu de critères qui inspire les débats autour de la question turque.

- Enfin la seule question clef qui aurait du gouverner la campagne - dès lors que la question climatique est en fait consensuelle - est celle de savoir si la stratégie européenne doit continuer à être libre échangiste ou intégrer une part raisonnable de protectionnisme pour sécuriser l'emploi européen dans un cadre de co-développement durable négocié avec les autres puissances du monde . Le problème n'a vraiment été posé que par des formations regardées comme "extrémistes" , tandis que le pouvoir en France joue des équivoques du mot de "protection" ( contre les imports et les délocalisations ou contre les hommes ?), et tandis que la question est restée dans le plus grand flou dans le manifeste écologiste : les « neufs piliers » du « contrat écologiste pour l’Europe » , tous fondés en sensibilité, ne traitent rationnellement d’aucune question de moyens.

Pourquoi donc Europe écologie a pu prendre sur le PS ce qu’aurait du lui prendre d’un côté le Front de gauche et de l’autre le Modem ? Parce qu’une part de la clientèle de gauche préfère le rêve à la dure confrontation au réel ? En allant à des impasses , de la même manière que 1968 a conduit à un long bail des conservateurs au pouvoir avant de déboucher sur l’illusion des années Mitterrand...


En conclusion, bien provisoire, rappelons d’abord que loin de révéler une incompréhension de l'Europe, l'importance de l’abstention exprime un profond réalisme : la déception que cette Europe inspire.

Rappelons ensuite, que loin de triompher, le pouvoir est réduit, face aux contestations de toute nature , à un dernier carré très minoritaire. Mais il a toute chance néanmoins de se maintenir et de se continuer en 2012 alors que dans une démocratie où la Répartition Proportionnelle remplirait son rôle, les voix recueillies par le Modem, par les verts , par le Ps, par les gauches et les droites radicales, interdiraient la reconduction du pouvoir en place. Celui-ci ne peut donc tenir son avenir que du scrutin majoritaire par lequel se neutralisent des oppositions en morceaux. Ces oppositions en morceaux ne sauraient devenir une force de gouvernement en France qu’en étant capables de trouver entre elles, par le rôle catalyseur que devrait remplir un leader d’union nationale (qui ne peut pas être un DCB) un terrain commun pour des action stratégiques françaises et européennes : ce terrain commun est de remettre en cause le fonctionnement de l’UE tel qu’il existe et son corollaire qu’est le libre échange mondial .
Il y a une impulsion en ce sens partout en Europe où ont été sanctionnés, par le succès même des droites non libérales, les gestionnaires de l’euro libéralisme, où les contestations vont déborder les urnes et où il y a aussi des majorités de rechange pour une autre Europe à aller trouver pour une bonne part chez ces abstentionnistes qui savent bien que celle d’aujourd’hui ne peut convenir.

En attendant cessons de faire de fausses défaites et de fausses victoires les bases d’un raisonnement qui ne pourrait être qu’aussi faux , et maintenons le cap de notre recherche pour la discipline des échanges mondiaux - ce qui servira l’écologie salutaire qui ne saurait pour autant remplacer un projet politique - rappelons que la RP est la seule vérité de l’expression de la souveraineté nationale , mais qu’elle appelle un régime présidentiel l’équilibrant par la stabilité et la continuité que devrait pouvoir assurer à la tête de l’État, un homme refusant la division de la France entre « ces deux fonds de commerce » , comme disait Chaban Delmas, de la gauche et de la droite.
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Mardi 9 juin 2009 2 09 /06 /Juin /2009 19:28
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : actualité - Ecrire un commentaire
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Il faut prendre  garde à ne pas se faire récupérer par tout le monde et n'importe qui lorsque que l'on s'éteint. Un raison supplémentaire de se battre pour continuer à vivre dans sa clarté. Sinon tous les grands sont récupérés, un Césaire hier, un Druon aujourd'hui et de façons des plus paradoxales , parfois, par ceux qui les ont combattus.

Alors qu'en fait Maurice Druon n'appartenait à personne, sinon à la légende. Je l'ai un peu connu lorsque j'étais préfet de Loir et Cher et qu'il souhaitait, en 1976, se défaire de la propriété d'une ruine gallo romane largement étalée sur un grand espace à Thésée, et que je fis en sorte que le Département en accepte le don. J'allais de temps en temps le chercher à la gare  ou il débarquait dans sa houppelande en loden, avec cape sur les épaules et sous un beau borsalino , presque une touche de Bruand - mais l'écharpe n'était pas rouge - et jouant au grand seigneur au langage vert.

Lorsque je cherchais un auteur pour renouveler le "son et lumière" de Chambord, j'avais demandé de le faire à Genevoix, à Vialar - qui refusèrent -et  enfin à Druon auquel j'expliquai comment je voyais les choses. Après un long dîner d'hiver dans l'une des salles d'apparat du Château, entre chandelles ne parvenant à réchauffer l'humidité de l'air sous les hauts caissons  et cheminées aux bûches ardentes brûlant les reins,  il était partant, et j'en étais satisfait car il avait la force pour ce genre de spectacle et l'expérience de Vézelay. Puis il devint ministre de la culture et me dit . "Je ne peux plus faire votre texte, mais vous m'avez si bien expliqué  comment vous concevez ces soirées que c'est vous qui allez le faire". Et c'est ainsi que je le fis, avec ses conseils.

Comment cet homme avait-il pu être des mêmes équipes gouvernementales qu'un Papon alors aux Finances et put-il chercher ensuite , je crois, à l'exonérer de l responsabilité de ses  actes de l'Occupation  ? Mystère des filtres qui conduisent des personnes si différentes en même temps  aux Affaires;  mais aussi, République française des titres et des lettres qui de si longue date fait que des adversaires intellectuels font partie d'un même monde où ils veulent se faire reconnaître et estimer les uns par les autres.

Ce code de conduite me fait souvenir du problème que j'eu avec Hubert Beuve -Méry lorsqu'il publia, en 1957,  mon grand témoignage ( sous le pseudo de Serge Adour) sur la pacification   "En Algérie,  de l'utopie au totalitarisme " . Traitant dans l'une des pages de la guerre psychologique  dont une publication  militaire qui s'appelait "Contacts" donnait les recettes, j'avais fait un raccourci un peu trop rapide sur l'un des développements présentés par "un capitaine" de Kabylie". Comme mes articles étaient pris à partie par "la Nation Française" sous l'impulsion et la signature de PIerre Boutang, ce défaut  de mon texte fut exploité a fons, c'était de bonne guerre- et je fus accusé de travestir la réalité. Et  Beuve  en fut très marri, me demandant toutes explications et justifications car il ne voulait pas que Pierre Boutang - dont il appréciait le commerce -  put un  instant douter de la probité du Monde ( j'ai gardé tout un échanges de notes avec lui sur cette petite affaire révélatrice de tout un "monde" d'alors ).

Ce qui est patent c'est que les intellectuels de ce temps - et encore un  peu d'aujourd'hui - alors même qu'ils sont dans des engagements contraires entretiennent entre eux   une communauté de l'intelligentsia  qui transgresse les frontières. C'est aussi parfaitement sensible dans cet ouvrage d'enquête familiale sur la période de l'occupation qu'est "Ramon"  de Dominique Fernandez  : l'histoire minutieusement reconstituée du père de l'académicien s'étant égaré dans le soutien à la Révolution nationale", mais faisant l'objet jusque sur son lit de mort d'une attention quasi confraternelle des gens de son monde et et de son niveau  culturel,  risquant, pour leur part,  leurs vies dans la cause de la Résistance. Alors même que tous ces partenaires ne sont pas des normaliens c'est une espèce de projection de l'esprit de la rue d'Ulm sur le versant culturel de la vie politique . Un effet mandarinal que jamais l'Ena n'aura porté aussi loin. Parce que la première École a été celle des privilèges de  l'esprit et l"autre celle des compétitions pour le  pouvoir ? Et que la tolérance s'exerce peut-être mieux dans le virtuel que dans le concret ?

Ce qui est frappant encore c'est que ce milieu se trouve en quelque sorte, aujourd'hui encore, superposé au pays réel. Celui ci peut se déchirer dans des tensions très dures; ses intellectuels se retrouveront souvent complices pour le plaisir autour d'un micro ou dans un studio de prise de vues, partageant les délices de leurs commentaires, jouant leus rôles respectifs ( l'ais- je bien joué se disent-ils, in petto,  l'un à l'autre)  comme dans une pièce irréelle au regard de la vraie vie. Finalement, malgré leurs défauts, souvent leurs langues de bois, parfois  leur démagogie, les politiques sont mieux en prise  parce qu'ils sont au combat, parce qu'ils ont des comptes électoraux à rendre.

Ce modèle français de la République des Lettres s'est projeté jusques dans une tragique caricature à Haïti , comme je l'ai constaté à la faveur notamment d'une mission pour l'ONU,  je crois, sur la formation de la haute fonction publique haïtenne. Une classe intellectuelle d'une finesse et d'une culture extrêmes y disserte abstraitement avec compétence juridique et talent littéraire  de bien des thèmes, en étant en même temps comme suspendue au dessus du bourbier des pauvretés et de l"engrenage des violences. A la première République Noire dont la France a fait payer longtemps par des annuités de versement en or, le prix de son indépendance , à cette République que notre culture et nos conflits ont tant marquée et qui avait inscrit dans le préambule de sa Constitution le principe d' ''une haine éternelle à la France" , nous avons donné le modèle d'un monde coupé entre des "élites" qui se délectent  et des populations qui payent  leur impuissance.   
Mardi 21 avril 2009 2 21 /04 /Avr /2009 08:04
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : actualité
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