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Pourquoi ce blog

L'objet de ce site est de baliser par quelques souvenirs éloquents l'histoire récente et de faire contribuer ces expériences, par des commentaires d'actualité, à éclairer et choisir les changements, en s'interrogeant sur les propositions des politiques et les analyses des essaiystes. Donc, à l'origine, deux versants : l'un rétrospectif, l'autre prospectif.

A côté des problèmes de société (parfois traités de manière si impertinente que la rubrique "hors des clous"a été conçue pour les accueillir), place a été faite à "l'évasion" avec des incursions dans la peinture, le tourisme, des poèmes,  des chansons, ce qui constitue aussi des aperçus sur l'histoire vécue.

 

MODE DE CONSULTATION : après avoir ouvert le site, ou cliqué sur un article, un sujet, un mois d'archive, l'affichage du document  recherché s'obtient en descendant la lecture  jusqu'au delà de cette fenêtre de présentation.

L'auteur

 

DSCF0656-copie-1.JPGNé en 1933, appartenant à la génération dont l'enfance a été marquée par la deuxième guerre mondiale, l'occupation et la Résistance, l'adolescence par la Libération, la guerre froide, puis par de clairvoyants engagements pour les décolonisations, l'auteur a ensuite partagé sa vie professionnelle entre le service public (il a notamment été préfet, délégué à l’emploi, directeur des affaires économiques de l’outre-mer, président de sa chaîne de radio-télévision, RFO), l'enseignement et la publication d’ouvrages de sciences politiques (il est aujourd’hui membre du comité de rédaction et collaborateur régulier de la Revue Politique et Parlementaire). Il a également assumé des missions dans de grandes entreprises en restructuration (Boussac, Usinor/Sacilor), puis a été conseil d’organismes professionnels.

 

Alors que ses condisciples ont été en particulier Michel Rocard et Jacques Chirac (il a partagé la jeunesse militante du premier dans les années cinquante et fait entrer le second à Matignon dans les années 60, avant d'être son premier collaborateur à l’Emploi et pour la négociation de Grenelle et au secrétariat d’Etat aux Finances, il n'a suivi ni l'un, ni l'autre dans leurs itinéraires. En effet, dans le domaine politique, comme il ressort de ses publications (cf. infra), Gérard Bélorgey n’a rallié ni la vulgate de la Veme république sur les bienfaits de l’alternance entre partis dominants, ni les tenants du catéchisme du libre-échange mondial. Il ne se résigne donc pas à TINA ("there is no alternative" au libéralisme). Tout en reconnaissant les apports autant que les limites de ceux qui ont été aux affaires et avec lesquels il a travaillé, il ne se résigne pas non plus à trouver satisfaction dans tel ou tel programme de camp. Mesurant combien notre société multiculturelle, injuste et caricaturalement mondialisée, souffre aussi bien des impasses de l’angélisme que des progrès de l’inégalité et des dangers de l’autoritarisme, il voudrait contribuer à un réalisme sans démagogie.

 

Partie de ses archives est déposée dans les Fonds d'Histoire contemporaine de la Fondation des Sciences Poltiques (cf. liens).

 

Il a publié sous d'autres noms que celui sous lequel il a signé des ouvrages fondamentaux que furent "le gouvernement et l'administration de la France" (1967), "la France décentralisée" ( 1984), "Les Dom-Tom" (1994)  : le pseudo de Serge Adour correspond à l'époque de la guerre d'Algérie et à une grande série de papiers dans Le Monde en  1957 , celui d'Olivier Memling au recueil de poèmes et chansons "Sablier " (couronné en 1980 par l'Académie Française et référé, dans l'histoire littéraire du XXeme Siècle de Hachette) celui de  Gérard Olivier à son analyse dans de  grands quotidiens de la décentralisation en 1981/82; celui de Solon  (malheureusement partagée par erreur avec d'autres auteurs) à la publication en 1988 de "la démocratie absolue" . Cessant de vivre un peu masqué, il retrouve son nom en 1998 pour "Trois Illusions qui nous gouvernent", puis en 2000 pour "Bulles d'Histoire et autres contes vrais " (série de coups de projecteurs sur quelques apects du dernier demi siècle qui seront souvent repris ci-dessous), ainsi que pour de  nombreux articles dans  diverses revues. EN 2009, il est revenu sur la guerre d'Algérie avec le roman ( Ed. Baurepaire) "La course de printemps". Il prépare "L'évolution des rapports Gouvernés /Gouvernants sous la Veme République :entre absolutismes et renouvellements?"

        Selon l'interview donnée au JDD du 4 décembre,  François Hollande estime que « l'Allemagne ne peut espérer faire prospérer ses intérêts commerciaux sur l'Europe en récession, (qu'elle) ne peut imaginer une stabilité financière sur le désordre de ses voisins ». Voilà qui est bel et bon et devrait servir de leçon tant à A. Merkel qu’à N.Sarkozy. ( auquel il est opportunément rappelé que sa demande de copie de la RFA s'arrête aux questions du nucléaire).  C’est bien encore d’entendre F. Hollande rappeler que « pour le contrôle de la politique budgétaire des États, une procédure existe…pourquoi faudrait-il l’inclure dans un nouveau traité,  en  prévoir la constitutionnalisation, ou  faire pire encore,  en demandant à la cour de justice européenne des sanctions? » Il "s'y refuse". C’est bien.

 

Pour le reste  que lisons-nous ? Il  déclare en substance que l'Europe a moins besoin d'un traité que d'actions immédiates : «  que la confiance peut revenir rapidement et la spéculation être vaincue si la BCE , même dans ses statuts actuels, assouplit ses interventions, si le FESF se transforme en banque pour venir en soutien des pays les plus vulnérables, si la  BEI engage une politique de grands travaux, si le budget européen dispose de ressources nouvelles en mettant en place la taxe sur les transactions financières et en lançant les euro-obligations » Mais les euro-obligations ne devraient-elles d’abord mutualiser une part de l’endettement ?  Ce point est un signe que, dans cette approche, il s’agit bien seulement  de ce qui pourrait se faire « dès demain ». C’est donc une conception encore bien a minima  des transformations indispensables à la survie de l’Union européenne.

 

      Elle ne suffira pas pour rallier ceux qui croient qu’il faut changer les statuts de la BCE; qu’il faut en finir avec le principe de l’ouverture commerciale (là-dessus - hélas - pas un mot ) ; que doivent appartenir  à un budget de l’Union - et non à de seules actions de prêts de la BEI – des moyens de grands travaux ; et que des moyens d'intervention – forts - doivent être  être trouvés non seulement dans une taxe sur les transactions financières (qui n’aura aucun effet de régulation du libre échange et qui, si elle n’est pas élargie au monde entier,  peut avoir des effets contre productifs sur les flux des négociations financières), mais dans une fiscalité propre de cette union ( taxe carbone ; droits d’importation anti dumping).

 

Nous restons dans une Europe connue – celle de Lisbonne - qu’on ne peut guère barrer dans les déferlantes du  libéralisme international ; ce n’est pas encore là le dessein du nouveau bateau qu’il nous faut pour y croire et y rester. SI bien que le coéquipier Hollande pressenti mérite toujours seulement la note « peut mieux faire »  . Peut-être les entretiens avec le SPD le feront-il progresser ... à condition que ce vieux parti n’en soit pas resté aux recettes Hartz/ Schröder !

 

En toute hypothèse, il faut espérer qu’au delà de l'énoncé de ce qui devrait être possible  « dès demain », viendra de la part du candidat - qui ne saurait oublier qu'il lui faut absolument rallier selon des lignes de fond  le démarquant beaucoup plus réellement de N.Sarkozy  -  le programme,  sur la durée,  d'une plus ambitieuse nécessaire réforme de l’Europe... pour qu'elle puisse  continuer.

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Dimanche 4 décembre 2011 7 04 /12 /Déc /2011 17:51
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : actualité - Ecrire un commentaire
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La "germanophobie" que certains bien à tort,  croient déceler - en y trouvant prétexte pour enfoncer le clou d'une campagne contre Montebourg  et Hollande -  pourrait bien être comprise comme  l'écho inversé de la "germanolâtrie"  dont le pouvoir - et d'autres...-  font religion.

 

P rospèrant largement  au delà de la droite, la "germanolâtrie"   est  l'idôlatrie d'une Allemagne capitaliste libérale ayant su profiter de  la zone euro. Sans cesse, de partout,  le modèle allemand  est loué comme le meilleur exemple de gestion d'une économie et d'une société. Un président de la République française a invité ses concitoyens à s'y conformer;  des seconds couteaux se relaient en permanence pour en faire  les louanges et des harkas de journalistes ne cessent d'en montrer des sélections d'images et des résultats (pas tous)  pour nous inviter à "faire comme les allemands". C'est d'emblée nous mettre - on y reviendra - à merci de leurs positions dans les négociations : dans la gueule du loup, avec pour ambition d'être le bon second   de la meute.

 

 Cette - invitation qui porte quelques mauvais  relents des années trente et quarante  -  est une forme de détestation des Français qui sont dénigrés; (comme ils le furent par les "Ligues" d'autrefois ) , un appel à renier une part de notre culture  exprimant le mépris pour ce que nous avons  réussi à assurer de positif  dans notre  type de  société   et  ne s'embarrassant pas  de ce que nous risquons  en la jetant aux orties, puisqu'on ne nous cache même plus que ce qu'il faut boucher c'est, à n'importe quel prix, "le trou de la sécurité sociale" . Cette  germanolâtrie  est une injure à nos concitoyens : elle  demande à  reconnaître, et sans barguigner, dans l'Allemagne une  société  exigeante mais bonne  sur laquelle  s'aligner. 

 

 La germanolâtrie ne  respecte pas la France; elle est bien soeur de la germanophobie : une posture qui ne respecterait pas le peuple  allemand, en invitant  à détester l'Allemagne . Or il n'y a rien de germanophobe dans une juste critique portée sur d'intraitables et inadmissibles positions de l'actuel  gouvernement de la RFA.

 

Il faut bien distinguer le regard d'estime à porter sur un  peuple et le jugement qu'appelle son pouvoir d'un moment. Depuis l'écrasement des révolutions succédant à la première guerre mondiale,  en passant par les terreurs puis l'anesthésie, la tétanisation collective par lesquelles  le nazisme  a pu faire des robots de tant d'honnêtes gens, jusqu'aux victoires  alliées qui n'ont pas été obtenues sans un nombre considérable de  victimes civiles, puis avec  des occupations dures ayant engendré  bien des détresses, avant que les alliés n'aident  à se tirer d'une misère souvent inouïe des populations ayant, dans les ruines, démontré  un courage remarquable, les Allemands ont fait preuve  de capacités exemplaires  incluant, à grand prix, d'assumer les coûts de la réunification.

 

Mais la chute du mur et celle du communisme (dont la disparition a permis au capitalisme  de penser qu'il ne risquait plus rien et pouvait tout faire)  ont ouvert -  à la faveur en même temps de la fin de l'isolement de la Chine - un monde de concurrences sans règles et sans limites .

 

L'Allemagne a su bien y jouer, mieux que d'autres,  ses propres cartes : par ses talents propres enracinés dans une culture du "savoir bien faire" et du "devoir d'obéir ", et aussi,  très largement, parce que l'Union Européenne a été de plus en plus  conçue et pilotée   d'une manière si déséquilibrée entre développement des libéralisations économiques et insuffisance des contrepoids et contrôles démocratiques, que la main est forcément passée, après des périodes de flottement,  à ceux qu'ont servi  les atouts de faire prendre le niveau de leur monnaie pour celui de la monnaie partagée, d'avoir un type d'industries pouvant s'accommoder mieux que d'autres du libre échange, et de préférer les  arbitrages des banques à ceux d'une autorité politique qui aurait pu être régulatrice des échanges, des crédits  et des marchés. Et c'est aunsi que Maastricht, puis Amsterdam, puis Lisbonne  furent vendus à des responsables français soit convaincus par les nouvelles valeurs du libéralisme, soit  inconscients des risques qu'ils faisaient prendre à notre communauté.

 

Ceux de ces responsables qui sont au pouvoir en sont venus à la double adoration de l'intouchable euro et de l'exemple allemand , et ces adorations  désarment la France. En effet - en ne laissant même pas imaginer à nos interlocuteurs qu'il puisse advenir des circonstances ou nous (et d'autres) préfererions sortir de l'euro plutôt que se soumettre à des diktats -  on se prive de pouvoir mettre notre partenaire au pied du mur.  Or, au contraire, le langage  à tenir  - celui d'un  rapport de forces, le seul que peut entendre l'interlocutrice et son entourage - est le suivant : ou  bien l'Allemagne consent aux demandes d'assouplissement de politique monétaire, de réforme de la BCE  et de partielle mutualisation d'émission de titres d'emprunts d'État (la contrepartie bien normale des avantages qu'elle a tirés de la Zone); ou bien il faut imaginer que la France - et d'autres -  ne voit plus d'intérêt à rester dans  cette zone euro. Or sans celle-ci - qui n'y survivrait pas - l'Allemagne serait conduite à assumer un  isolement de monnaie encore plus renforcée, en perdant bien des avantages d'être centre de gravité de l'ensemble européen. Elle devrait donc plutôt  entendre ceux qui demandent un fonctionnement plus solidaire de l'Europe et sa protection contre l'extérieur que d'envisager de  faire cavalier seul, d'autant  qu'elle n'a pas la solidité qu'on lui prête.

 

  Le succès actuel de la RFA - essentiellement en matière de commerce extérieur et, à proportion, en matière d'emploi, mais tournant le dos au progrès du marché intérieur et des conditions de vie -  a pour origine  les grandes réformes des sociaux démocrates (les  lois Hartz) ayant mis en place flexibilité et précarisation des contrats de travail et réduction des allocations des chômeurs  obligeant ceux-ci à reprendre emploi quel qu'il soit  - réductions de coûts  qui ont donné un avantage relatif appréciable à l'Allemagne dans les échanges  intra européens - puis a été favorisé par  la  fiscalité  ciselée   par la coalition d'A. Merkel   pesant largement sur tous les contribuables, et favorable, par ailleurs,   aux investisseurs ainsi qu'aux entreprises.   Enfin (comme nous  l'avons déjà indiqué sur ce site), le suréquilibre des comptes commerciaux   tient notamment à des  importations faites avec le bénéfice d'un euro fort  nourrissant  en particulier la position charnière d'activités de montage dont les produits finis de haute gamme sont vendus hors compétition  prix .   Ces niveaux d'activité autorisent des assiettes fiscales convenables pour les recettes publiques,  ce qui permet le faible apparent déficit public allemand (tandis que nos  insuffisances de croissance, unies à nos évasions ou fraudes considérables envers les impôts, et aux réductions bien inopportunes de ceux-ci sont les causes majeures des trous de nos finances publiques)  .

 

Mais, avec les plans d'austérité généralisés,  la diminution des demandes de ses clientèles  va toucher l'Allemagne dans son niveau d'activité , comme dans ses recettes fiscales et cette donnée conjoncturelle va se télescoper avec des problèmes structurels  qui la fragilisent  : une  démographie  déclinante et vieillissante qui diminue aussi les recettes et fera exploser les coûts de la sécurité sociale  et de l'assurance maladie ; un endettement cumulé des collectivités publiques et des ménages qui est globalement un des plus lourds d'Europe et sur lequel pèse le doute d'un redressement un jour de comptes publics que certains estiment  "truqués" (1) : " les dizaines de milliards déboursés , après le choc de 2008, pour relancer l'économie et sauver le secteur financier auraient été logés dans un fonds spécial qui a contribué à faire grossir la dette , mais qui n'est pas pris en compte dans le déficit public". Enfin,  comme l'indique le constat  d'un défaut  récent de couverture d'une émission de titres du Bund, montrant que  l'Allemagne va, sans doute,  devoir consentir, elle aussi, des taux d'intérêt plus élevés au regard d'une certaine réserve des  souscripteurs,   la RFA  " a des fondamentaux solides, mais pas inébranlables" (2).

 

  Cette équation plus nuancée qu'on ne le pense souvent doit permettre - si l'on cesse  de se désarmer et par notre   germanolâtrie,  et par l'exclusion de toute hypothèse de "négociation musclée" (oui, E. Todd a raison, c'est la seule qui peut marcher )  - de faire bouger la position des dirigeants allemands et, par là, de chercher à faire évoluer l'Europe , plutôt que d'être un  jour contraint à l'abandonner.

 

 

 

 

(1) comme l'indique un  article en date du 19/11/11 in Le  Monde de ses correspondants  à Berlin et reprenant  les propos d'un  analyste de Natixis.

(2)in  Le monde du 24/11/11.

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Vendredi 2 décembre 2011 5 02 /12 /Déc /2011 19:39
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : actualité - Ecrire un commentaire
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Un discours de Toulon qui n'apporte rien de neuf :

la perspective de faire persévérer l'Europe dans une solidarité avec  non pas l'Allemagne, mais avec Merkel, c'est à dire , malgré toutes les  intelligentes roueries qui peuplent la stratégie de la chancelière,  dans l'erreur de Merkel : penser que l'exception allemande pourrait être  un modèle européen, alors que l'Allemagne est ce qu'elle est - en exportant chez les autres - grâce au fait que les autres ne sont pas comme elle !

 

On rappelle, en effet, que son industrie d'export n'a pu se bâtir que grâce à un euro fort pénalisant pas mal d'autres Européens, que grâce à une politique de restrictions sociales et salariales pénalisant les plus modestes Allemands, que grâce à l'utilisation, au profit de ses activités de montage de biens terminaux de haute  qualité, d'intrants venus de pays pauvres à main d'oeuvre mal payée et à monnaie faible, c'est à dire grâce à un libre échange  qui  a par ailleurs  détruit  des tissus industriels différents (comme une large part du nôtre) en faisant prospérer quelques gagnants  sur la misère, voire l'esclavage ouvrier,  dans les pays émergents et sur  chômage et précarité déferlant sur la vieille Europe :  y compris pour la précarité  en Allemagne, celle-ci étant , par contre,  épargnée d'un gros chômage grâce à ceux d'Espagne, d'Italie ou de France , etc.. ( mais elle a su passer, comme d'habitude,  ce mistigri du chômage sans qu'on se rende compte, cette fois-ci, de sa responsabilité, en mesurant toutefois maintenant son refus de solidarité - n'est -ce une logique protestante capitaliste ? - envers qui n'a pas été vertueux ).

 

Pour autant nous ne voyons pas Bismarck  (créateur des premières assurances sociales ouvrières) dans la Chancelière , mais l'inflexible statue du commandeur de l'idéologie capitaliste libérale :  sous des dehors feutrés,  une espèce de chef de guerre féminin qui se croît investie d'une mission ( et dans ces cas là  c'est toujours dangereux d'autant que c'est contagieux sur N. Sarkozy qui a la même propension) ,  la pilote  d'une lutte de classe contre les abus des peuples, une lutte  engagée au prétexte des dettes souveraines des pays européens, qui ne sont pas les seuls à en avoir de par le monde  (!)  mais qui sont, eux, solidarisés par l'euro et celui ci - c'est bien lui qu'on veut sauver et non telle ou telle communauté d'Europe  qui paiera pour ses fautes par des années d'austérité, de pénitence  méritée - cet euro inepte, pouvaient bien penser des économistes sérieux, se révèle un merveilleux outil   pour engendrer une crise et exiger des sacrifices. 

 

 

C'est très intelligent et pervers. Il est bien vrai que l'euro est une monnaie tout à fait illogique pour la zone non "optimale" mais hétérogène qu'elle concerne et dont elle a fait diverger les économies. Mais posons nous la question  : est-ce que l'euro n'a pas été volontairement conçu et conduit de la sorte ( c'est la méthode Monnet) pour mener à une crise mettant au pas les pays insuffisamment orthodoxes libéraux ? Les bons et sincères européistes et bien des naïfs sociaux démocrates n'y ont vu que du feu, alors qu'ils se sont fait piéger comme des novices qu'on oblige à entrer dans les ordres.  Car c'est une machine de guerre montée de longue date et qui a enfin trouvé son terrain :  c'est  ( cf. le livre de Noemi Klein) "la stratégie du choc ou le capitalisme du désastre" mis au point par Milton Friedman ( l’ultra libéral, Prix Nobel d’économie en 1976) qui conseilla aux hommes politiques de Pinochet aux dirigeants chinois et de la nouvelle Afrique du Sud  d’imposer immédiatement après une crise les réformes très douloureuses avant que les gens n’aient eu le temps de se ressaisir. 

 

D'où cette espèce d'urgence que l'on met maintenant partout en avant. "Pendant cette émission (un numéro très alarmant d'  "Envoyé Spécial" sur l'euro , tout de suite après Sarkozy à Toulon), un journaliste nous dit "telle et telle  dette européenne a augmenté de tant de centaines de millions". Il ya le feu. Et donc les pompiers (que nous montre l'émission) :  immédiatement après le président de la République , naturellement pompier en chef ( et non chef de camp),  ces fonctionnaires européens autoritaires mettant la Grèce en tutelle légitime, ces présidents de l'Eurozone et de l'Union, imprégnés de leur difficile devoir  qui affichent leur mépris du Parlement européen et des journalistes, ces ministres français allant se faire sermonner à Bruxelles par leurs homologues  allemands. Ceux là qui entourent Merkel ont pour slogan "Nous avons la force" et elle se lit à tel point dans leur gestuelle et sur leurs visages, que leur certitude impérieuse inspire de penser que la vraie question est bien quand même,  par  des changements électoraux et par des alliances avec d'autres pays  permettant de sortir du couple Merkel Sarkozy , de changer le rapport de forces entre, non pas la seule France, mais entre  l'Europe et l'Allemagne

 

Pour le présent les forces au pouvoir en Allemagne donnent  des leçons à tout le monde ( au pauvre Barouin, comme à l'émissaire réel de N. S qui est le germaniste et très habile  B. Lemaire, moins chargé d'amadouer la CDU que de faire passer dans l'UMP et le Centre l'esprit de la CDU).

 

Pour le présent les forces au pouvoir en Allemagne ne démordront pas d'un poil de leurs intérêts : l'ouverture commerciale, l'euro fort, la banque centrale potiche anti inflationniste,  le refus de toute monétarisation de la dette qui ferait perdre un peu d'argent aux préteurs, (ce qui serait pourtant " un prêté pour un rendu"  puisque, par leurs taux d'intérêt, ces prêteurs ont tondu les États imprudents ou nécessiteux  ,  et qu'ils  vont même obtenir de l'Allemagne qu'elle paye des taux plus élevés).

 

Alors si réviser les traités c'est les aggraver, il ne doit pas en être question et c'est ce qu'a gentiment dit Moscovici, un peu coincé entre ses anciennes fonctions de ministre si européen des affaires européennes et sa mission de directeur de campagne. Il a même transgressé  sa foi passée dans les traités (qu'il a appliqué et  que les socialistes ont couronné en votant l'intégration de  celui de Lisbonne dans la Constitution française)  en disant non seulement qu'il fallait faire des euro obligations , mais , en outre, - ce qui dépasse l'article 123 - que la BCE doit devenir prêteur en dernier ressort. Entre Hollande hier et cela ce soir il  y a du progrès. Mais "peuvent mieux faire" est la mention que méritent ces éléves en campagne présidentielle. 

 

Face à une position Merkel/Sarkozy qui instrumentalisent l'euro et l'Europe pour un combat de classe, c'est point par point qu'il faut prendre le contrepied de ce que les Traités traduisent de ces intérêts d'une classe dominante étroite et rivée sur ses profits,  en attaquant  précisément les points auxquels tient le gouvernement allemand d'aujourd'hui parce qu'ils ont fait "sa force" tant revendiquée.

Il faut donc que l'opposition la mieux placée pour peut-être l'emporter - à la condition qu'elle rallie une bonne part des autres - dise enfin :

 

- que l'euro doit être piloté pour être porteur de commerces extérieurs nationaux  équilibrés, d'emplois géographiquement bien distribués en Europe et donc de développements diversifiés   et non, uniquement, pour  se garder de l'inflation, laquelle doit être contenue mais dans une proportion éventuellement plus souple que la dérive de 2% des prix qui est la règle d'or d'aujourd'hui et qu'il n'y a pas forcément de mauvais effets - tout au contraire - à ce que l'euro soit moins apprécié sur le marché international des changes;

- que la définition des missions de la BCE doit, au demeurant, être complètement revue pour lui,permettre d'être non seulement le prêteur en dernier ressort, mais aussi le recours des États dans les  cas graves et le financeur d'un développement pris directement en charge par un budget de l'Union;

- que le principe de l'ouverture commerciale de l'Europe doit être révisée au profit d'une maîtrise du libre échange, de la mise en place si nécessaire de protections négociées et de la recherche d'accords de réciprocité avec les grandes puissances commerciales garantissant sur la durée les équilibres des comptes commerciaux réciproques ; 

- que l'Union doit être dotée de la capacité d'action de recherche et développement ( par faculté d'emprunt de l'Union à cette fin et  par une fiscalité propre,  à rechercher au premier chef dans une taxe carbone en son sein et à ses frontières et dans les protections anti dumping  ).

 

A défaut de ces changements majeurs , répétons-le, l'Union des apprentis sorciers  éclatera, mais l'on ne sait pas vers quoi. 

 

Voilà le vrai chantier à opposer à l'intox - auquel il n'est pas assez répondu sur le fond par les oppositions -   au matraquage répétitif actuel qui veut nous faire consentir à une révision des Traités dans le sens d'une solidarité disciplinaire

- pilotée par les intérêts non seulement de l'industrie surtout ouest allemande,

- mais aussi de toutes les firmes dont les transnationales  ( parmi lesquelles nos propres grandes marques aux profits, emplois et implantations largement externalisés)  qui misent sur l'euro fort et sur le libre échange pour importer à bas prix des composants ou des biens et  produits de consommation dont les concurrences continueront à ruiner  bien des  acteurs économiques ( on doit reporter à un autre billet  les confrontations  connues d'arguments sur cette question  dont la réponse est  déjà évidente dans la désertification industrielle de la Françe et dans  les difficultés aggravées, hors le cas des céréaliers, de beaucoup de nos derniers agriculteurs )
- et également inspiré par le capitalisme financier qui a été si bien nourri par le service de la dette  et qui ne veut  trouver ni le risque de défaut de paiement d'un débiteur, ni celui d'une dépréciation de ses créances ou d'une érosion de ses taux d'intérêt réels,   toutes questions qui pourraient se poser en cas de dépréciation de l'euro, suite logique d'un assouplissement de politique monétaire,  mais que pourraient toutefois contribuer pour partie à traiter une réforme du Système Bancaire Européen.

C'est bien l'Europe et le libre échange  qui  sont au  coeur réel de la campagne présidentielle et celle-ci - il faut l'espérer devant la gravité et  l'importance des coups à la Milton Friedmann qui se préparent  - devrait enfin révéler quelques vérités  et faire  bouger les lignes...    


 


 

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Jeudi 1 décembre 2011 4 01 /12 /Déc /2011 21:33
- Par Gérard Bélorgey - Ecrire un commentaire
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On apprend ce soir que F. Hollande

- d'une part s'est bien prononcé pour le maintien de la souveraineté budgétaire française

- d'autre  part a bien indiqué que ce n'est pas au couple déséquilibré franco allemand de tout chercher à régler

- enfin  qu'il fallait - et il s'y efforcerait - que la France fasse mieux le poids dans ce dialogue

 

 

Or nous avons déjà perdu

- la souveraineté commerciale , puisque les échanges commerciaux extérieurs de l'UE - aux choix et  règles desquels  nous sommes intégralement soumis - sont gérés par un commissaire européen qui fait marcher, sans besoin des accords des États , le libre échange à tout va;

- la souveraineté monétaire, par la BCE indépendante se refusant à une politique de liquidés en faveur des États.

Ces transferts sont inadmissibles,  car il n'y a pas de contrôle démocratique européen des pouvoirs transférés. C'est évident dans les deux cas précédents : c'est la Commission qui est compétente pour les échanges commerciaux extérieurs; et la BCE ne réfère à aucune autorité politique.

 

 Pour un  contrôle budgétaire souverain européen,  l'autorité politique ne pourrait être  le Conseil des Ministres de l'Union  :  sa légitimité est très indirecte, en ce qu'elle émane de 27 constitutions ayant créé  des habilitations  de pouvoirs pour  leurs gouvernements respectifs   et, surtout,  que la responsabilité de ce Conseil des ministres ne peut pas, en fait, être mise en cause.

 

Il faudrait effectivement un pouvoir délibératif fédéral que le Parlement européen aujourd'hui ne peut pas assurer.  La méthode Monnet de donner des compétences à l'Europe  sans en  construire une légitimité démocratique - la charrue avant les boeufs pour ouvrir des sillons obligatoires - trouve enfin ses limites.

 

Le chantier européen à réouvrir est peut-être celui d'une construction fédérale , mais inimaginable aujourd'hui dans l'étendue et la diversité de l'espace de l'Union. En attendant qu'une autre Union européenne devienne possible,

- il faut maintenir aux États ce qu'ils ont encore de compétences et qu'ils parviennent à coopérer; 

- il faut obtenir que les délégations de compétences législatives soient mieux évaluées : lorsque le Gouvernement demande de faire rentrer dans le droit français par Ordonnances un paquet de directives, ce n'est pas sérieux; car le Parlement est dessaisi du pouvoir d'apprécier ces directives; 

- il faut que les organes indépendants soient  mis au service des intérêts diversifiés existant dans  l'Union :

        - que la Commission soit soumise à  des encadrements et à des approbations formelles avant de négocier des accords commerciaux qui devraient être explicitement approuvés avant entrée en vigueur par le  Parlement;

        - que la BCE soit pilotée par une "gouvernance" politique, puisque l'on fait tant de cas de la "gouvernance"...et que le problème majeur qui vient est - semble-t-il - celui d'une crise de liquidités au regard tant des besoins de l'économie que de ceux des états. 

 

Notons enfin - comme nous avons noté que F. Hollande était sur des positions raisonnables pour les affaires budgétaires - que N. Sarkozy , dans le cadre existant, fait, à nos yeux, face à la Chancelière très entêtée,  tout son possible, pour obtenir un rôle monétaire assoupli de la BCE ; l'idée que celle-ci soit nourrie de concours du FMI pour pouvoir ouvrir des crédits est une voie d'approche, insuffisamment franche  car  trop indirecte,  mais intéressante, vers la faculté de la BCE, en tant que de besoin,  d'émettre des euros ( dans le cas  d'espèce, qui proviendraient en quelque sorte .. du FMI)  de la même façon que peut  le faire dans sa devise,  toute banque centrale  digne de ce nom et  de cette fonction. 


Les hommes politiques français en compétition prendraient-ils en même temps  et sur différents fronts enfin conscience qu'il faut faire fonctionner autrement l'Europe et restaurer la Nation?

 

Il faut espérer que chacun progresse en ce sens puisque aujourd'hui, selon un sondage tout frais, plus de la moitié des Français ne seraient pas satisfaits  du duel avec ces duellistes. Il faut donc , soit qu'une autre offre politique prospère, soit que l'un des  deux intéressés  réponde de mieux en mieux  aux aspirations de nos concitoyens.

 

Et, à nos yeux, la différence ne se fera pas sur la sécurité ou sur l'immigration (les épouvantails correspondants ont fait leur plein et les bénéfices ne s'en disputent plus qu'au prix de surenchères entre  l'extrême droite et une partie de la droite aux affaires ) , mais sur la manière dont une gestion  française saura expliquer, démythifier  et gérer une crise qui est instrumentalisée au niveau européen pour faire du constat de l'endettement  le moyen d'une régression sociale, aux fins de pouvoir continuer dans le libre échange mondial. En effet les bénéfices de celui-ci nourrissent le capitalisme du négoce et de la distribution  - combattant donc toute réglementation du commerce international  -  et les intérêts de la dette versés aux prêteurs nourrissent le capitalisme financier. Celui-ci vit donc largement et bien de la dette même qu'il critique  parce qu'il redoute  tout risque de défaut  de paiement comme l'érosion  des intérêts  qui proviendrait d'une action monétaire entraînant un glissement  des prix  .   (Nous relaierons bientôt  sur partie de ces points une excellente étude sur la dette publique qui vient d'être publiée par Attac).  

 

Bien entendu, ce n'est pas exactement dans ces termes  que tout un chacun perçoit les enjeux. Mais le sentiment est diffus et fort qu'il se joue quelque chose de considérable résultant de la volonté des tenants du raz de marée libéral - qui a déferlé depuis presque un quart de siècle - de poursuivre celui-ci à tout prix  malgré ses effets de désordres des marchés, de dépression des activités et de l'emploi; chacun sait de même  que  les vilaines petites mesures  antisociales qui sont tentées ou prises ces temps-ci ne sont que des prémisses  de très dures perspectives d'austérité, au premier chef de réductions des garanties santé, des rémunérations et des services publics (police, éducation,etc.)   s'il n'y a d'autre stratégie imaginée  que celle des gouvernants en place  .

 

Aussi devant l'accumulation des risques,  ce que l'on veut aujourd'hui, c'est "plus d'État",  et pour réguler les marchés et pour donner du souffle aux économies et pour donner des sécurités à chacun .  Mais nos concitoyens  ne sauraient imaginer - car le seul État protecteur qu'ils  connaissent c'est l'État Nation -  que ce "plus d'État" soit exercé, soit inspiré même,  par un échelon supra national qui leur semble bien pouvoir être le porteur des intérêts et du grand négoce et du capitalisme financier. Ils attendent donc des porteurs d'offre politique qu'ils leur disent comment ils vont pouvoir faire avec  ce pouvoir supra national  et comment ils vont pouvoir conserver  à l'État national un rôle effectif face aux menaces du temps dont ils sentent bien aussi que les véritables explications leur échappent .

Et c'est pourquoi la première tâche des prétendants au pouvoir c'est d'expliquer comment on en est arrivé là,  en faisant la part de ce qui tient à nos excès et à nos erreurs , mais aussi la part  de ce qui tient au système économique et financier mondial et en dessinnant des voies permettant sinon de tout le réformer, du moins d'en cantonner les plus grandes perversités, en se donnant pour but réel de pouvoir un jour mieux les maîtriser.   

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Mercredi 30 novembre 2011 3 30 /11 /Nov /2011 22:05
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : actualité - Ecrire un commentaire
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J'apprécie " Marianne".

J'ai suivi l'itinéraire souvent courageux, toujours réfléchi, souvent sachant se remettre en cause,  de Jacques Julliard avec lequel, du temps de la lutte pour les décolonisations,  j'ai d'ailleurs partagé quelques combats .

 

C'est dire combien j'ai été surpris de lire dans son éditorial du  numéro du19 au 25/11 de l'hebdomadaire les lignes suivantes, sous sa signature :

 

" Ce déclin industriel ( de la France) n'est pas une fatalité. La comparaison avec l'Allemagne réduit à néant la plus paresseuse des excuses nationales :la mondialisation et les délocalisations. La vérité est que nous n'avons pas voulu nous adapter et que nous avons fait volontairement, mais stupidement, le choix quasi exclusif   du tertiaire contre le secondaire" .

 

Ces lignes m'ont semblé spécialement  mal venues et j'ai adressé à "Marianne" ce trop long ci-dessous courrier pour J.J. et le  "journal des lecteurs" que  "Marianne" naturellement n'a pas publié. Je suis donc appelé à le reprendre ci-dessous  en lettrre ouverte à Jacques Julliard. Je me crois d'autant plus fondé à m'obstiner que , malheureusement, dans le numéro de cette semaine, JJ continue, dans sa contribution , à donner le sentiment qu'une gestion socialiste pourrait faire de bonnes réformes internes (au premier chef, une juste fiscalité) sans changer de stratégie internationale, alors qu'à l'évidence l'ouverture à la compétition commerciale par les prix, l'obligation de compétitivité, la possibilité pour les mieux pourvus d'aller chercher hors frontière des rendements très élevés de placements plutôt que d'investir chez nous, les   concurrences  des moins disants fiscaux dans le même espace économique européen etc, mettraient immédiatment en cause beaucoup des  effets positifs d'une bonne réforme de la fiscalité.  C'est qu'en fait nombreux sont les esprits nourris comme lui de bonnes intentions et de peu de réalisme qui n'ont pas perçu que l'inégalité étant le carburant nécessaire au fonctionnement de l'économie internationale de marché...il fallait donc se protéger un peu contre cette économie internationale de compétition par les prix, pour pouvoir mettre en oeuvre, avec une petite chance de résultats,  des outifs de diminution de l'inégalité...

 

Voici donc ma lettre

 

 

Vous faites, je le redoute,  malheureusement  parti, Jacques Julliard, de ces grands chroniqueurs qui sont aujourd’hui, plus capables d’entourer d’incantations pour l’avenir ce qui vous paraît (un peu vite)  les derniers moments  d’un pouvoir en faillite, que d’orienter une éventuelle relève par des conseils bien dosés, tant pour faire campagne que pour gouverner.  C'est que la qualité de votre plume me paraît excéder celle de votre jugement. Il faut vous le dire parce que vous avez écrit des choses inadmissibles dans le dernier numéro de cet hebdomadaire sur lequel depuis quelque temps plane votre talent d’illusionniste sur les compétences d’une gauche européiste qui n’a pas fait ses révolutions nécessaires.

Au contraire de ce que vous écrivez, le déclin industriel  a bien été une fatalité contre laquelle nous nous sommes battus, mais  qui a été la conséquence inéluctable  du ciseau créé par la combinaison de l'euro fort et de l'ouverture inconsidérée  des frontières commerciales; et celui qui vous le dit est un homme qui a contribué, dans des fonctions d’entreprises,  à gérer la peau de chagrin du textile,  les restructurations éternelles de la sidérurgie, etc.  et qui a connu, dans des fonctions administratives, l’angoisse de bien des impuissances :  les effets catastrophiques non même pas des délocalisations, mais, dix fois plus importantes,  des localisations d’emblée ailleurs dans le monde de ce que nous ne pouvons plus produire de manière compétitive face à des concurrences mondiales aujourd’hui capables de proposer tous les produits à des prix imbattables.

Quant à votre germanolâtrie à la mode, elle n’a aucun sens : si l’Allemagne, surtout de l’Ouest (et quelques régions européennes qui lui ressemblent)  a pu valoriser les exportations de  ses industries de haute qualité, c’est au bénéfice d’un euro trop cher  pour presque tous les autres pays de la zone, mais  lui donnant un très sérieux avantage de change vis-à-vis des tiers, car bonifiant ses prix d’importation et se cumulant avec celui d’acheter des composants dans des pays à très bas salaires et prix de revient, ainsi – ne le cachons pas – qu’au moyen simultané d’une politique sociale sévère sur l’injustice de laquelle presque  tout le monde se tait. Voilà comment et pourquoi notre voisin est quasiment le seul à avoir tiré avantage commercial d’une euro zone qui fut assez inepte pour avoir imposé une monnaie unique à des économies hétérogènes qu’elle a encore fait plus diverger et  au sein  de laquelle aucune solidarité ne peut entrer en œuvre sans l’accord de la Chancelière et du Bund… à se demander si le mieux ne serait pas que ce soit l’Allemagne qui sorte du système pour vivre sa vie de monnaie forte  dont les dirigeants hésitent à payer le prix d’être le très profitable centre de gravité .  

Alors, si nous,  nous avons été obligés,  à bien des reprises, d’aller sur le terrain annoncer des licenciements ( je vous souhaite l’expérience) à ces « paresseux » de  salariés,  de sous-traitants, de cadres et d’élus locaux  qui cherchent pour excuses la mondialisation, et si, la plupart du temps, nous n’avons pu laisser espérer à leurs enfants  que des reconversions aléatoires dans le tertiaire (dont la distribution qui est devenue un rare secteur où gagner sa vie…) ,  c’est parce qu’il n’y avait guère autre chose à trouver de non délocalisable, après que les gestions libérale et socialiste, bénies par tout l’estasblishment des économistes et objectivement complices par aveuglement partagé,  aient contribué par leurs abandons de souverainetés et par leurs insuffisances stratégiques à laisser se délabrer la capacité nationale.  Que vous n’aimiez pas ceux qui vous mettent du poil à gratter en  appelant, à la « démondialisation », je veux bien le comprendre, parce que le terme est trop démagogique,  alors qu’il faut accepter ce phénomène,  mais bien le  discipliner pour en particulier éviter de devenir le protectorat de la grande créancière, la Chine des droits de l’homme.

D’abord en réformant ce traité de Lisbonne dont votre poulain a soutenu la version constitutionnelle rejetée par le peuple  et voté, avec les sarkozystes et autres,  la version  parlementaire  sans en mesurer les perversités. Mais, pour avoir une chance absolue  d’être bien placé au second tour (et même tout simplement d’y être), alors qu’il n’engrange aujourd’hui que le rejet d’un pouvoir en place n’ayant pas dit ses derniers mots,  il faut – Paris vaut bien une demi messe - qu’il mange au moins la moitié de son chapeau. Ce qu’on attend - et ce qu’on espère même de lui, pour ne pas lui apporter nos voix par résignation - car il se fait plus, hélas, remarquer par un profil de « sachant tout » vexé d’être contesté, que par la clarté de ses préconisations - c’est qu’il annonce aux Français qui l’attendent au tournant son intention de tout faire pour obtenir – et c’est possible en suivant un exemple gaullien - la révision de ce traité  de Lisbonne :

1) -pour revenir sur l’ouverture de principe des frontières commerciales ( et aller à des régimes de protections et réciprocités parfaitement négociables ) ; 2)-  pour obtenir que la BCE puisse faire une plus souple politique monétaire comportant, en pouvant prêter aux États,  des possibilités de monétarisation partielle de la dette (comme peut le faire la Réserve Fédérale Américaine )  ; 3)- pour construire enfin -  parallèlement aux révisions budgétaires nationales devant extirper abus, niches  et injustices -  un  budget complémentaire européen fondé sur une fiscalité équitable et partagée permettant le financement de leviers de développement .

Peut-être qu’en prenant en compte ces transformations conceptuelles,  l’Union et l’euro, pourront servir à quelque chose…tandis qu’il est probable, à défaut, que les nations fassent légitimement exploser l’ambition disciplinaire  souverainiste européenne. C’est aussi le moyen qu’une nouvelle gestion socialiste n’aille pas à l’échec par conservatisme européen. Il lui appartient, au contraire, de réunir les conditions d’une sanctuarisation des protections françaises sociales essentielles qui devraient inclure des compensations de pouvoir d’achat aux consommateurs modestes que pourraient le plus pénaliser des droits sur des produits importés et des risques d’inflation.

 Tout le reste, Cher Auteur, est plutôt littérature qui n’est plus la compagne de la politique ; celle-ci a renié le romantisme… même celui de  Mitterrand  pour  épouser  le contrôle de gestion…et j’espère faire l’objet d’un vrai contrôle populaire.


 

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Lundi 28 novembre 2011 1 28 /11 /Nov /2011 16:37
- Par Gérard Bélorgey - Ecrire un commentaire
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