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Pourquoi ce blog

L'objet de ce site est de baliser par quelques souvenirs éloquents l'histoire récente et de faire contribuer ces expériences, par des commentaires d'actualité, à éclairer et choisir les changements, en s'interrogeant sur les propositions des politiques et les analyses des essaiystes. Donc, à l'origine, deux versants : l'un rétrospectif, l'autre prospectif.

A côté des problèmes de société (parfois traités de manière si impertinente que la rubrique "hors des clous"a été conçue pour les accueillir), place a été faite à "l'évasion" avec des incursions dans la peinture, le tourisme, des poèmes,  des chansons, ce qui constitue aussi des aperçus sur l'histoire vécue.

 

MODE DE CONSULTATION : après avoir ouvert le site, ou cliqué sur un article, un sujet, un mois d'archive, l'affichage du document  recherché s'obtient en descendant la lecture  jusqu'au delà de cette fenêtre de présentation.

L'auteur

 

DSCF0656-copie-1.JPGNé en 1933, appartenant à la génération dont l'enfance a été marquée par la deuxième guerre mondiale, l'occupation et la Résistance, l'adolescence par la Libération, la guerre froide, puis par de clairvoyants engagements pour les décolonisations, l'auteur a ensuite partagé sa vie professionnelle entre le service public (il a notamment été préfet, délégué à l’emploi, directeur des affaires économiques de l’outre-mer, président de sa chaîne de radio-télévision, RFO), l'enseignement et la publication d’ouvrages de sciences politiques (il est aujourd’hui membre du comité de rédaction et collaborateur régulier de la Revue Politique et Parlementaire). Il a également assumé des missions dans de grandes entreprises en restructuration (Boussac, Usinor/Sacilor), puis a été conseil d’organismes professionnels.

 

Alors que ses condisciples ont été en particulier Michel Rocard et Jacques Chirac (il a partagé la jeunesse militante du premier dans les années cinquante et fait entrer le second à Matignon dans les années 60, avant d'être son premier collaborateur à l’Emploi et pour la négociation de Grenelle et au secrétariat d’Etat aux Finances, il n'a suivi ni l'un, ni l'autre dans leurs itinéraires. En effet, dans le domaine politique, comme il ressort de ses publications (cf. infra), Gérard Bélorgey n’a rallié ni la vulgate de la Veme république sur les bienfaits de l’alternance entre partis dominants, ni les tenants du catéchisme du libre-échange mondial. Il ne se résigne donc pas à TINA ("there is no alternative" au libéralisme). Tout en reconnaissant les apports autant que les limites de ceux qui ont été aux affaires et avec lesquels il a travaillé, il ne se résigne pas non plus à trouver satisfaction dans tel ou tel programme de camp. Mesurant combien notre société multiculturelle, injuste et caricaturalement mondialisée, souffre aussi bien des impasses de l’angélisme que des progrès de l’inégalité et des dangers de l’autoritarisme, il voudrait contribuer à un réalisme sans démagogie.

 

Partie de ses archives est déposée dans les Fonds d'Histoire contemporaine de la Fondation des Sciences Poltiques (cf. liens).

 

Il a publié sous d'autres noms que celui sous lequel il a signé des ouvrages fondamentaux que furent "le gouvernement et l'administration de la France" (1967), "la France décentralisée" ( 1984), "Les Dom-Tom" (1994)  : le pseudo de Serge Adour correspond à l'époque de la guerre d'Algérie et à une grande série de papiers dans Le Monde en  1957 , celui d'Olivier Memling au recueil de poèmes et chansons "Sablier " (couronné en 1980 par l'Académie Française et référé, dans l'histoire littéraire du XXeme Siècle de Hachette) celui de  Gérard Olivier à son analyse dans de  grands quotidiens de la décentralisation en 1981/82; celui de Solon  (malheureusement partagée par erreur avec d'autres auteurs) à la publication en 1988 de "la démocratie absolue" . Cessant de vivre un peu masqué, il retrouve son nom en 1998 pour "Trois Illusions qui nous gouvernent", puis en 2000 pour "Bulles d'Histoire et autres contes vrais " (série de coups de projecteurs sur quelques apects du dernier demi siècle qui seront souvent repris ci-dessous), ainsi que pour de  nombreux articles dans  diverses revues. EN 2009, il est revenu sur la guerre d'Algérie avec le roman ( Ed. Baurepaire) "La course de printemps". Il prépare "L'évolution des rapports Gouvernés /Gouvernants sous la Veme République :entre absolutismes et renouvellements?"

histoire et societe

Supposons  - comme c'est déjà arrivé - qu'à nouveau des caricatures injurieuses ou des productions marquées de haine et de dérision  soient mises en exergue et ressenties comme une profanation de l'image du Christ et qu'en réaction, des Chrétiens appellent à des rassemblements et à des prières de rue.  

Les pouvoirs publics pourraient-ils interdire ces manifestations pour des raisons de principe (l'État laïc n'aurait pas à garantir l'expression d'une idéologie religieuse, mais uniquement celle de ses détracteurs ) plus que pour une menace à un ordre public qui peut certainement être assuré par des moyens adéquats ?

C'est bien douteux ou si cela se faisait, les protestations légitimes ne manqueraient guère. Et  certains de ceux qui ont condamné les Musulmans soutiendraient les Chrétiens.  Mais dès lors que l'objet des caricatures est le prophète Mahomet, peu importe que ces Musulmans se sentent maltraités et puissent basculer dans la colère :  l'interdiction des réactions (dans la ligne de la nouvelle politique sécuritaire : le changement dans l'approfondissement de la continuité)  paraît  tout à fait fondée à la plupart de nos concitoyens, à la quasi totalité des milieux politiques et à une bonne fraction de la corporation des journalistes.


Il y a bien deux poids deux mesures dans notre prétendue République. Le sacro saint principe de la liberté d'expression - qui devrait rencontrer des bornes de précaution et de bon sens - n'est assuré qu'aux "intellectuels" des médias, mais ignoré  s'il  doit aussi  bénéficier à d'obscurantistes croyants !  Une forme d'élitisme qui prétentieusement se revendique bien comme tel.   

 

C'est, de la même façon qu'hier ( et souvent encore aujourd'hui)  toute religion est tenue par les militants du "tout permis" et du laisser passer toutes les transgressions,  comme un inadmissible obstacle à la marée de tous les libéralismes et de toutes les licences qui font ensemble "avancer" les moeurs et profiter les commerces. .

 

De plus aujourd'hui, dans ce climat d'un côté marqué par  les menaces  des extrémismes  et les représailles des fanatismes,  et d'autres côtés  très profondément abêti par des racismes croisés partant de partout dans tous les azimuts, une multiforme incohérente cohorte  réunit  tous les islamophobes : les victimes de la mondialisation et du chômage; les apprentis sorciers des  droites frontiste et populaire, les  grands esprits  qui veulent donner des leçons au monde sans vouloir prendre en compte l'inimaginable inégalité de ses  stades de développements et de  niveaux éthiques et culturels , et - pire que tout - s'y joignent les bonnes consciences de l'islamophobie de gauche qui va de l'angélisme laïc aux  professionnels de la provocation et de la dérision qui n'ont jamais rien respecté par principe de destruction et qui se moquent bien que leurs stupidités puissent engendrer des univers à feu et à sang et, peut-être, coûter ici et là des vies. 

 

Lorsque la prétention progressiste se marie à la chasse au pognon   pour faire surfer les ventes de feuilles qui ont depuis des années - de de Gaulle à de moins illustres contemporains -   traîné dans la boue les meilleurs des efforts et des responsables  français et qui ont célébré tant de débiles et de coquins , on ne comprend pas que la protection,   là bien nécessaire,  de l'ordre public et la précaution contre les ravages qui peuvent résulter du choix par des rédactions irresponsables  d'un moment incendiaire pour renouveller leurs provocations , ne puisse conduire

- d'une part à saisir ces publications - au moins pour témoigner qu'elles n'expriment pas l'esprit de la France  et la protéger, Elle, ses otages, ses écoles, ses consulats, ses ressortissants, des réprésailles  d'illuminés valant ce que fut  l'Inquisition catholique romaine et de populaces en délire qu'on ne peut pas plus maîtriser de loin qu'une coulée de lave;

- d'autre part, à envoyer la facture des frais causés par les précautions qu'il faut prendre à travers le monde entier pour chercher à se mettre à l'abri de ces ressacs, aux imbéciles auteurs des jets de pierres qui peuvent faire naître des ondes de choc.

 

Mais pour tenir ces langages et ces conduites il faudrait que Peuple et Pouvoir soient libérés des folies , des appréciations incessantes  et des sentences prétentieuses qu'à tous propos peuvent proférer des icônes de la presse qu'aucune compétence, qu'aucune responsabilité ( ni de gestion privée,  ni de mission  d'intérêt collectif ou public ) n'habilite à exercer de telles influences et à risquer d'engendrer de tels dégâts.

 

Or à l'inverse ces icônes bénéficient d'une complaisance sans limites dont on cherche les raisons. Il semble bien que les seules vraies racines de ces influences sont à la fois dans la puissance économique et de lobbying de leurs supports médiatiques et dans les talents que l'opinion , à juste titre ou non, leur reconnaît souvent.

Mais la confusion essentielle - bien française - est de confondre la capacité de talent et la capacité de jugement, comme dans le choix de ses dirigeants politiques, la même opinion, tout en s'en défendant,  privilégie le style et la parole sur le fond et sur l'action. 

 

Enfin , il faut à notre société, confrontée qu'elle est à d'autres visions du monde , à d'autres systèmes de valeurs ait enfin plus d'humilité sur l'échelle des siennes : qu'elle s'interroge autrement que dans ses romans sur le poids des héritages, sur la manière dont parviennent à cohabiter les principes verbaux de la République et le  rôle de l'argent et des situations acquises , sur sa vision sans doute assez perverse et ambiguë des  rapports entre les sexes, sur ce que serait la probité des rapports inter ethniques et inter culturels, en bref qu'au lieu de tant provoquer et  trop mépriser les autres,  elle provoque envers elle-même une autocritique morale absolument indispensable  à son écoute dans le monde et à sa propre survie autrement que par des rapports de force qui se renversent terriblement vite...    

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Jeudi 20 septembre 2012 4 20 /09 /Sep /2012 14:06
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : histoire et societe - Ecrire un commentaire
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L'Église catholique a bien fait d'ouvrir un débat de société sur le mariage homosexuel. Celui-ci - et c'est là que le vrai problème s'ouvre - débouche sur la faculté d'adoption, et sur la pratique,  beaucoup plus difficile à admettre,  de l'homoparentalité.

 

Non seulement parce qu'on doit se demander si  deux hommes ou deux femmes seraient aussi  aptes qu'un couple mixte à élever et à entourer un enfant ( et malgré l'assertion positive de principe de l'éditorial du Monde de ce jour , la réponse reste bien aléatoire) , mais avant tout parce que la filiation - sauf blocage par une stérilité anormale et regrettée qui est souvent, en même temps que l'empathie pour des enfants orphelins ou abandonnés,  le motif des demandes d'adoption - est le résultat de l'union d'un homme et d'une femme et qu'à l'inverse les couples homosexuels sont eux, stériles, non par malchance, mais par construction. 

 

Le droit  positif d'une société peut-il se donner la compétence de nier cette stérilité ? Et , dès lors qu'il est fait appel à un donneur ou à une porteuse, ou à des enfants disponibles pour adoption, accorder les satisfactions de la maternité et de la paternité à ceux et à celles qui ne peuvent être ni mère, ni père  par et dans  leur relation de couples ?

 

Certains,  militant en ce sens,  nous disent que ce serait l'égalité entre couples hétérosexuels et couples homosexuels...  encore que l'on ne puisse juger de l'égalité qu'en en appliquant le concept à des situations identiques, et qu'il n'y a pas discrimination dès lors que des traitements différents répondent à des situations différentes, ce qui est bien le cas aujourd'hui .

 

D'autres, méchamment,  nous disent que ce serait accorder aux couples qui accéderaient à  l'homoparentalité... le beurre ( la satisfaction légitime de leurs préférences sexuelles) et l'argent du beurre ( la satisfaction d'un désir de parentalité qui serait également légitime sans devoir sacrifier au droit naturel commun physiologique de l'union intersexuelle ) , et en priorisant ce besoin supplémentaire affectif d'adultes homosexuels vis à vis de la question incertaine de la pertinence d'une telle équation "familiale" pour les enfants appelés à la vivre sans, naturellement,  l'avoir choisie, mais en devant , si c'est légal, en subir toutes les hypothèses de conséquences. 

 

La question est  encore plus délicate pour l'homoparentalité masculine. On peut, en effet, au moins, reconnaître à l'homoparentalité féminine le fait que l'enfant dans certains cas aurait été porté par l'une  des deux  membres du couple, alors même que non conçu par l'autre (ce qui d'ailleurs se produit déjà dans pas mal de cas) .

Les couples féminins peuvent donc, si l'une des femmes est porteuse, comporter  vis à vis d'un enfant,  ce lien charnel, physiologique, filial, ombilical,   de la grossesse et de l'accouchement que les couples masculins n'auront jamais.  Voilà donc  une  adaptabilité, une "supériorité"  bien confirmée  des  femmes. D'autant que la science n'exclurait pas que l'on puisse un jour imaginer qu'une gamète féminine puisse être "travaillée" pour en féconder une autre, ce qui permettrait et prolongerait une société féminine dont disparaîtrait peu à peu le besoin des hommes. Mais que deux cellules masculines puissent engendrer, puis qu'un corps masculin puisse porter et accoucher un enfant,  je crois qu'on ne l'a pas encore imaginé.

 

Alors, peut-on ouvrir l'aval de la paternité à qui n'assure ni  l'amont de la procréation, ni l'amont de la grossesse et de l'accouchement  ?

 

 Voilà une question qui dépasse les engagements de campagne électorale, les sondages d'opinion et même toutes les convictions religieuses ou  philosophiques ...

Et c'est en vérité une question sans doute sans solution rationnelle.  

Car elle ne connaît que d'étranges types de réponses. Oui, d'abord dans "la société des oncles" , autrefois quelque part à Java ou Bornéo je crois, là où c'est le frère de la mère qui assurait la fonction de père , parce que les semences humaines ne viennent pas d'un homme, mais des esprits anciens qui remontent depuis les sentiers jusqu'au ventre des promeneuses pour les féconder; mais il ne s'agit pas d'un droit  construit pour les homosexuels  . Et oui, encore, compte tenu de l'influence acquise par ceux-ci,  dans des pays comparables aux nôtres qui ont fait le choix de satisfaire des désirs plutôt que des logiques.   C'est ça l'hédonisme, le risque et la liberté.    

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Mercredi 15 août 2012 3 15 /08 /Août /2012 17:38
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : histoire et societe - Ecrire un commentaire
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Note de présentation d'un ouvrage en voie de finalisation

 

 

Le bouillonnement de l’opinion, la richesse des media, le sérieux de la recherche, la floraison des études, enquêtes et débats, en bref, le pluralisme intellectuel et politique qui fait la société française masque que celle ci, en définitive, reste gouvernée par deux absolutismes idéologiques.

 

Notre régime institutionnel s’est progressivement  caricaturé en tombant dans « la démocratie majoritaire présidentialiste absolue ». Elle est en train d’exploser à raison des fractures de la majorité comme de l’opposition et sous les contestations populaires qu’inspirent les effets pervers de la mondialisation, les souffrances sociales et les incapacités publiques à garantir les sécurités des citoyens.  L’impérialisme du libre échange finit de liquider « l’État nation » et « l’État providence »  sans qu’ait pu, en contrepartie,  se mettre au moins en place une gouvernance mondiale  régulatrice. Le « désemploi »  va de pair avec la résignation sociale : tout responsable sait que l’on ne peut significativement réduire des inégalités qui sont, en fait, absolument nécessaires à la compétitivité internationale par les prix. Les économies qu’implique  la confrontation  avec les pays à bas coût de revient s’opposent à sanctuariser des garanties sociales que l’on baptise donc « machines à exclure »,  comme  à maintenir leurs statuts et moyens aux services publics que l’on met donc en accusation. La manière dont est rendue la justice est critiquée, au demeurant de manières opposées,  de toutes parts . Les vives lignes de tension - entre composantes ethno culturelles, sexes, générations, familles socio professionnelles, convictions d’avenir  – qui parcourent la communauté nationale se reflètent dans les attentes contradictoires des gouvernés auxquels les candidats au pouvoir offrent une palette d’offres politiques de plus en plus diversifiés : autant d’illusions dès lors que des changements clefs ne se font pas  jour.

 

Au regard des offres « low cost » qu’obtient,  désormais sur les produits de toutes les gammes, la conjugaison – par  des puissances prenant, comme la Chine,  revanche sur l’Histoire  - de l’oppression politique, du retard social, du mépris environnemental, des hautes capacités  capitalistiques et  technologiques, ainsi que de la priorité à l’export sur leurs marchés internes, il est clair que les recherches de rééquilibrage explorées par les pays occidentaux sont d’autant moins efficientes que divers puissants intérêts ( dans une part de la banque, du négoce, dans l’actionnariat des firmes multinationales)  de leurs propres nationaux s’accommodent bien de cet ordre du monde . Sans un « juste échange » mondial – à bâtir plus sur des protections commerciales raisonnables que sur de seules dispositions monétaires et financières – une stricte politique néo libérale  – non loin sur le fond de celle que conduit le gouvernement en place -   reste  la seule possible, sans que ses rigueurs puissent, dans une économie ouverte,  empêcher le déclin inéluctable des niveaux de vie du plus grand nombre . La gauche européiste n’a jamais voulu admettre ou a toujours camouflé  que la libre mise en communication des marchés de sociétés très hétérogènes cantonnait étroitement ses ambitions de correction des injustices.  La droite aux affaires ne veut pas voir que la protection envers les dumpings serait plus décisive qu’envers les migrants. Son parti pris en faveur de l’investissemen privé  lui fait méconnaître aussi que seuls certains mécanismes d’économie mixte pourraient permettre d’assurer de front un minimum de précautions sociales et la réduction de l’endettement public et privé externe, ce  qui est bien la condition d’une indépendance indispensable pour ne pas dépendre des prêteurs mondiaux qui sont aussi d’impitoyables concurrents commerciaux .

 

Le refus de la culture de compromis  est le fruit de la logique d’affrontement de notre régime fondé sur l’addition des scrutins majoritaires et sur la confusion des pouvoirs . Il est à bout de souffle et de légitimité. La démocratie semi directe, par l’élection du chef de l’État et par l’emploi, à restaurer,  du referendum peut rendre du souffle; la légitimité ne se trouvera que dans la coopération de deux pouvoirs effectivement séparés et s’équilibrant . C’est ce qu’assurerait le passage du régime « présidentialiste » à un régime « présidentiel », qui serait bien plus respectueux du Parlement. . En ayant pour exécutif unifié, ne pouvant être renversé,  un Président de la République - cessant d’être un chef de parti pour exprimer l’unité de la nation - ce serait le seul modèle compatible avec - pour exprimer le pluralisme de la société - l’élection de l’Assemblée à la représentation proportionnelle. L’absence de bloc de majorité qui en résulterait  est en effet souhaitable, comme au Sénat,  pour obliger  enfin les diverses formations non extrémistes à des recherches de convergences pour le vote des lois et des budgets en trouvant des lignes d’accord avec la Présidence.  Ce n’est pas la quatrième république, parce que tel régime, s’il impose – c’est le but - des coalitions parlementaires, n’est pas sous risque d’instabilité de l’exécutif . Et il n’y aurait  pas de risque de blocage de type américain dès lors qu’en cas de fortes divergences non résolues entre pouvoirs, il serait prévu que chacun d’entre eux puisse déclencher un referendum d’arbitrage.

 

La campagne présidentielle pourrait-elle être une bonne circonstance où poser ces questions ? Un chemin à ouvrir pour tenter de passer de « la démocratie absolue » à « la république pour tous ». 

 

 

Gérard Bélorgey , depuis les années soixante a occupé successivement des postes dans la haute fonction publique et dans des responsabilités d’entreprises, puis a été consultant et conseil d’organismes professionnels. Longtemps enseignant de sciences politiques,   il a publié par le passé divers ouvrages dont les audiences ( sur « le gouvernement et l’administration de la France », sur la « France décentralisée », sur « l’outre-mer français » , etc.)  résultèrent de l’utilité  des explications apportées sur ces univers d’autrefois. Toujours attentif à l’évolution des rapports gouvernants/gouvernés,  il tente une même démarche à l’égard de la société d’aujourd’hui. 

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Dimanche 15 mai 2011 7 15 /05 /Mai /2011 19:47
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : histoire et societe - Ecrire un commentaire
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Il faut rapprocher, parce qu’elles touchent l’une et l’autre à des épisodes de la Veme République, ensuite, parce qu’elles  confrontent deux approches radicalement différentes de l’histoire,   deux récentes diffusions de France télévision :  une fiction historique relative aux derniers moments de Georges Pompidou  « mort d'un président » de Pierre Aknine ; un documentaire réflexion concernant Maurice Papon  « itinéraire  d'un homme d'ordre » de Emmanuel Hamon .

 

La première production appartient un genre donc je conteste pour ma part jusqu'au bien-fondé. Ce genre consiste à mettre en images et en scène, autour des pivots de deux ou trois choses vraies rendant crédible le reste , sur des dialogues pour partie imaginés ( comme ceux que Victor Duruy prête, dans son histoire populaire de la France aux   personnages mythiques de notre pays),  des personnalités de premier rang appartenant à l’histoire récente  sans que le contenu soit  réellement constitué de documentaires puisqu'il procède surtout de la vision qu'en a ou que veut en donner le réalisateur. La part de réalité -  et de sélections ( !) au sein de celle-ci s'y mêle à une part d'interprétation ne comportant  aucune garantie. C'est ainsi que - pour ne parler que des plus célèbres productions de ce type - on a des pastiches de De Gaulle, des Mitterrand ou des souverains du Royaume Uni.

 

Dans l’éventail de ces  fictions historiques on  retrouve parfum ou puanteur des  temps, mais ce n'est bien recevable que si les héros sont assez lointains pour éviter qu’ils soient  confrontés à leurs souvenirs vivants. Il y a , bien sûr,  quelques séduisants remakes d’inusables personnages anciens (les Henri IV, Marie Antoinette  et autres Napoléons) et  l'on peut aimer trouver  parfois aussi  dans ce genre, lorsque c’est réussi, une pendule ou deux qu’un écrivain fouineur a su bien mettre à l’heure. Mais bienheureux sont les contemporains qui ne sont  pas au nombre de ces morts ( ou retraités)  illustres dont le nom sert d’appât ou de ces « Grands » qu’on ne déguise même pas pour en vendre l’histoire en quelque travesti prétendant écrire ce qu’ils firent et furent. Or bien souvent  le scénario est la fable qui ment : quand l’imaginaire se prétend document, il n’est plus d’identité qui soit assurée et mieux vaudrait garder le secret de ces vies que d'en offrir des déformations dont on ne comprend pas que les héritiers de leurs droits moraux puissent les accepter. Que la postérité s‘y trompe est bien le résultat sinon le but parfois des marchands de soupes, d’intox et mascarade qui font passer des faux pour des faits avérés auxquels croient des publics sans formation critique ni capital personnel de mémoire.

 

Certes "mort d’un président » ne tombe pas dans tous ces défauts . Mais pour avoir vécu cette période à Matignon où j’étais alors conseiller technique … à tout faire,  au cabinet de Pierre Messmer ( cf ma « Bulle d’Histoire » Phénix Édition 2000, «  Moïse sauvé des eaux » que je reproduis parallèlement sur ce site) et avoir, pour le moins,  un peu côtoyé certains des partenaires mis en scène dans ce film , je ne peux guère reconnaître les personnages. Malgré le talent des acteurs, on ne voit que de laborieuses tentatives de copies de leurs profils ( ce qui est l’incontournable  vice du genre),  comme l’illustrent les involontaires caricatures des barons, de Chirac,  etc., les ratés de transcription de Chaban qui fait minable golfeur ou de Messmer non reconnaissable , l’inconsistance des  personnages de E. Balladur et de Pierre Juillet . Pire, les réalisateurs ne cherchent pas dans d’autres cas pas à faire de bonnes restitutions , mais se satisfont de confirmer les légendes par des caricatures comme en ce qui concerne MFG, "la cheftaine en tailleur chanel" . Ne parlons pas du PR : si le fond est à peu près fidèle à la tension et au courage qui ont magnifié l’homme dont les lignes politiques peuvent être contestés, mais dont  la « vertu » est bien rendue, si des traits évidents de caractère et des tics de comportement sont bien saisis, où sont ses pommettes,  ce sourire à la fois ironique et carnassier  qui exprimait en même temps sensibilité, scepticisme et ténacité, ce pétillement perçant du regard enfoncé jusque dans l’adversité fatale. La seule satisfaisante transposition est, à mes yeux,  celle que réalise l’interprète de Madame Pompidou aussi bonne en « première dame » qu’en « ex » de Louis le brocanteur, sans doute parce qu’elle allie les mêmes gestes de tendre maladresse pour le conjoint perdu aux mêmes  gestes de galeriste présentant précieusement des tableaux.

 

Tout cela bel et bon n’apprend rien sur le fond des affaires du temps. Exemple : l’évocation des raisons de  la tentation écartée de raccourcissement du futur mandat présidentiel est d’une parfaite superficialité , ce qui occulte qu’elles avaient peu à voir  ( sinon en cherchant à assurer la discipline de la majorité par un Président considérant que le chef de l’Etat devait aussi être  -p lus que son premier ministre , comme se voulut  Chaban - un leader parlementaire) avec le funeste  quinquennat assorti du renversement de calendrier adopté, en vertu d’un accord entre partis dominants,  par la réforme constitutionnelle de 2000. Autre exemple : nous avions précisément , ce qui est complètement passé sous silence, fait un projet de loi portant réforme progressiste et raisonnable en matière d’IVG, mais  qui ne pouvait être ni présenté, ni voté parce qu’il était totalement rejeté par le conservatisme des amis de VGE, assorti d’une belle ambiguïté : la libéralisation de l’avortement restant à faire put constituer une bonne carte réservée aux nouveaux arrivants.

 

Dans cette soirée le meilleur a été les passes de lances entre, d'une part, une femme tenant sa légitimité d’avoir été la femme d’un pouvoir vécu et en tirant la faculté  d’être cinglante à bon droit et, d'autre part, un réalisateur  étant  au regard d'un pouvoir jamais exercé  dans une position  de voyeur, convaincu de ce qu’il avait à faire voir : un homme au sommet fatal d’un destin, bâti dans l’ombre pesante du Commandeur et sur des échafaudages de rivalités entretenant toutes les incertitudes pour la suite. La conviction apparente de MFG que la clef des institutions, comme de l’attitude du Président, tient à la sacralisation de la fonction par l’élection du suffrage unuversel eut mérité un débat qui ne pouvait guère être bien arbitré par Eric Roussel, intervenant plus en historiographe qu’en politologue. Il faut donc regretter que Michèle Cotta ne soit pas venue, « La Sixième République » ( petit livre si bien documenté aux sources mêmes des affaires du temps) en mains,  pour mettre en évidence comment on était en train de basculer depuis 1969 du régime gaullien dans la démocratie absolue instituant confusions entre pouvoirs présidentiels et  rapports de forces parlementaires, fragilisant des institutions équivoques  et   préparant les temps d’alternance .

 

 

En bref, avec « mort d’un président » le public a son compte d'anecdotes et de lieux communs , mais aucune occasion de bonne leçon. Bien différent est le film que nous donne E. Hamon. Une production dont on sort secoué par la portée de ce qu’il révèle, que l’on savait en réalité, mais qu’on se gardait caché, par une espèce de honte et de terreur de la vérité. C’est que - dans l’axe de sa production « une épuration française » montrant combien le national politiquement correct a longtemps été de trier entre les bons et les vilains au nom de la vieille lutte franco allemande plutôt qu’au nom des crimes nazis et a également été de récupérer ou protéger les collaborateurs utiles à  la croisade anticommuniste plutôt que de rendre justice pour les victimes et notamment pour les Juifs  - l’auteur de l’«itinéraire d’un homme d’ordre » montre combien le  profil d’un Maurice Papon est celui des valeurs d’un éternel establishment. N’aurait-il pu être mis au pilori sur l’affaire des déportations de Gironde, qu’il eut été pleinement honoré ( comme il le reste par beaucoup)  pour sa glorieuse carrière l’ayant mené, par les étapes de Vichy, ensuite deux fois par l’administration coloniale du Constantinois, puis, à Paris, par la lutte contre le FLN, et par la répression  des manifestations nord africaines et pour la paix en Algérie  jusqu’aux fonctions clés de trésorier du parti majoritaire et, en bon élu de la France profonde du Cher, de ministre des Finances  dans un gouvernement de VGE. Nombreux sont tous ceux de ma génération  qui l’ont croisé, qui ont travaillé avec ses collaborateurs les plus directs dont aucun – loin de là - n’a souffert d’avoir servi un tel patron. Récupéré – comment, pourquoi -  par De Gaulle dès la libération  de Bordeaux, grand commis sûr de lui-même, plus intouchable que bien des politiciens,  servant  toutes les causes de l’ordre faisant appel à un  zèle meurtrier au service d’une totale bonne conscience , il a été soutenu - en fait légitimé -  par les grands du régime jusqu’aux dernières heures de son procès de 97/98. Et quand on entend un Debré, qu’on revoit Barre ou Messmer « à la barre », on se trouve stupéfait, blessé à un point qu’on ne peut à posteriori pas comprendre sauf qu’on perçoit trop combien entre les grands acteurs de l’histoire il y a partage de la plus totale insensibilité à l’égard des hommes, ce qui a été d’ailleurs, hélas,  l’exemple (de real politik et de sacrifices des héros ou des humbles, des résistants autonomes ou des harkis encombrants)  trop souvent donné par le Général lui-même. Ce film sur Papon devient le déroulé d’accusation  de tous les autres. Le procès de tous ceux qui gérent « sans état d’âme ».  

 

C’est l’occasion d’affirmer  que la posture de l’obéissance sans état d’âme que tout pouvoir attend de ses fonctionnaires n’est pas une posture qui soit acceptable, en particulier pour ceux qui exercent des fonctions publiques d’autorité comme dans le métier préfectoral,  sinon la fonction, face aux risques qu’illustre un Papon  - et auxquels ont cédé, en Algérie…et ailleurs,  bien d’autres tenants ou même simple serviteurs  de l’ordre établi - ne pourrait être sauvée par le modèle d’un Jean Moulin. Il y a des situations dans lesquelles la faculté d’avoir des « états d’âme » est un devoir. Vouloir s’en dispenser par principe au nom d’un service sacré de l’État  qui se traduirait par une mission apolitique devant être accomplie sans sourciller  par ses représentants territoriaux relève de la langue de bois . Et les langues de bois qui anesthésient peuvent être plus dangereuses que les langues qui provoquent ou dénoncent, voire qui persiflent avec, pour une part,  l’intérêt d’alerter.  Et lorsque les agents publics qui essaient d’alerter les pouvoirs s’estiment non entendus, il n’est pas anormal qu’ils recontrent des  cas de conscience dont le seul dénouement est de savoir s’il faut se soumettre ou se démettre.

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Jeudi 21 avril 2011 4 21 /04 /Avr /2011 14:25
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : histoire et societe - Ecrire un commentaire
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La production "mort d'un président " - sur laquelle je reviendrai dans un  prochain billet - diffusée recemment par France Télévision me conduit à reproduire ci dessous l'une de mes "Bulles d'Histoire" ( Phenix Editions 2000).

 

 

MOÏSE SAUVÉ DES EAUX -1974

 

 

 

 

Je connais tous les fils de la tapisserie représentant "Moise sauvé des eaux" qui a été longtemps derrière le siège du bureau du Premier ministre. Après son exercice physique dans le parc de Matignon, l'ancien gouverneur devenu chef du gouvernement avant la mort de Pompidou, recevait chaque jour, à une heure encore bien matinale, son cabinet restreint dont chaque membre se tenait  debout devant son bureau. Lorsqu'à la tête du cabinet, l'inspecteur des finances très proche de Jacques Chirac remplaça le préfet de région qui souffrait  beaucoup de telles séances sur les jambes, il introduisit la radicale réforme d'une réunion assise autour du Premier ministre. Cette réforme ne dura qu'un bref laps de temps.  Le décès du président de la République fit oublier cette bonne résolution et l'on poursuivit jusqu'au terme du nouveau gouvernement la pratique précédente dans laquelle il n'y avait d'ailleurs aucune malice, mais une vieille habitude militaire.  

 

J'étais vraiment arrivé dans cette équipe par hasard et heureux de l'estime que m'inspirait son patron, mais j'éprouvais quand même des contrariétés grandissantes.

 

Le hasard était né à Saint-Pierre et Miquelon. Aux législatives de  1973, deux candidats de la majorité s'y disputaient les suffrages des électeurs. L'un avait été camarade de classe de Michel Debré, lequel lui adressa avec sa chaleur habituelle, une lettre d'encouragement. Cet homme avait été, par ailleurs, directeur des Invalides de la Marine, en quelque sorte, la sécurité sociale et la caisse de retraite des marins. Sa signature, au bas des titres de pension  était bien connue dans l'archipel des pêcheurs. Fort de ces deux gri-gri,  il l'emporta sur l'autre compétiteur. Celui-ci était un ancien élève de l'École de la France d'Outre-Mer, camarade, lui, de Pierre Messmer.

 

En ce qui me concernait, un texte me nommant au poste de Haut commissaire aux Comores était en suspens de publication. A la veille des législatives, Michel Jobert, alors secrétaire général à la Présidence m'avait indiqué à la faveur d'une rencontre au salon d'honneur de l'aéroport d' Orly, qu'il fallait que j'attende le résultat des élections. Le pronostic était que Léo Hamon, député U.D.T. de Palaiseau, allait être battu par le maire communiste et qu'il faudrait que je sois là, puisqu'on s'aimait bien, "pour le consoler".  Les élections apportèrent la défaite de Léo Hamon, mais aussi celle du camarade de Pierre Messmer. Quelques jours après les résultats, ce premier Ministre - qui entamait son deuxième tour- m'appela et m'indiqua que je ne partais plus aux Comores. Un mouvement d'administrateurs avait lieu pour faire place à l'ancien de la F.O.M. qui était nommé, je crois,  dans le condominium franco-britannique des Nouvelles-Hébrides. Le jeu des nominations faisait que les Comores allait à quelqu'un d'autre que moi.  "Pour me consoler" là encore - cette gestion publique était décidément très affective -  il m'indiqua que je rejoignais son cabinet, ce qui  ne se refuse pas. C'est ainsi que je vécus ensuite à Matignon toute la double courte période qui s'écoula de ces législatives au décès de Pompidou, puis de ce décès à l'élection de V.G.E. à la présidence de la République.

 

En ces circonstances où changeait le régime, commis à tout faire au sein du cabinet d'un chef de gouvernement, je connaissais, sans pouvoir naturellement les influencer, bien des dossiers. L'un des derniers plus importants fut l'hypothèse de ramener le mandat présidentiel à cinq ans. J'y voyais le levier - à l'encontre de l'esprit du fondateur de la Cinquième République - d'une transformation de celle-ci en régime franchement et définitivement bi-partisan, ce que je n'ai jamais apprécié. Le renoncement à cette réforme m'apporta bien satisfaction. Mais la vie courante - celle des affaires du même nom - était faite de questions  multiples que l'on repassait allégrement au dernier venu que j'étais. Dès mon arrivée, je reçus la tâche de repêcher les battus de la dernière consultation législative. Il s'agissait d'aider divers anciens députés qui n'appartenaient pas à la fonction publique ou qui n'avaient pas des arrières assurés à retrouver un emploi. J'étais en quelque sorte l'A.P.E.C. de la majorité d'alors. Je reçus, avec leurs C.V., bien des visiteurs, dont certains sont restés illustres, en m'employant à mobiliser tout un réseau de correspondants - des grandes firmes nationales aux cabinets de conseils en passant par les établissements publics et les forces de vente des grandes marques de spiritueux - pour les recaser plus ou moins bien en attendant qu'ils retrouvent meilleure fortune.  Ils s'étonnaient souvent du petit cagibi où j'officiais; mais  je me trouvais ensuite promu vers le bureau blanc au dessus du perron. Ce bureau-  aux murs parés de quelques tableaux dix-huitième -  était celui de bien des confluences. On y accédait par la grande antichambre sur laquelle s'ouvrait la porte du patron et on en sortait sur un petit couloir menant à la noble pièce de Pierre Doueil qui conduisait avec un fin scepticisme l'orchestration du cabinet. C'était le lieu des affaires souvent insolubles et parfois empoisonnées - y compris celle du mouvement gaulliste que je fus un moment appelé à suivre un peu, encore que je n'ai jamais appartenu à ces formations -  et des services qu'il fallait rendre à chacun. Bien des visiteurs venaient y bavarder, voire s'incruster. Un parlementaire en mission - qui s'appelait Tibéri - s'y fit installer un petit bureau dans un angle.

 

A cette époque, c'est à la seule Présidence qu'appartenait le pouvoir. Le président, malade, ne pouvait plus l'exercer. Ce pouvoir était donc piloté par ses proches. La liaison discrète avec l'Élysée passait par Pierre Juillet. J'allais parfois lui ouvrir de nuit, la porte du fond du parc, rue de Babylone. Le Premier ministre appliquait avec la plus intégrale loyauté cette formule de pouvoir délégué. J'étais une petite charnière dans le fonctionnement du système. J'y gagnais une relation un peu privilégiée avec Pierre Juillet et  Marie France Garaud. Or, leur mission rapprochée auprès du Chef de l'État comportait de veiller sur Chambord, certainement parce que le Président était sensible à ces lieux, évidemment aussi parce que l'un vibrait pour la chasse et l'autre pour le pouvoir. Ils me chargèrent de mettre la capacité de décision administrative que me donnait ma fonction au service de la cohérence de Chambord.  Lorsqu'ils  me dirent :

 

« Chambord  a été fait pour la chasse, l'amour et la politique »,

 

je leur répondis que c'était tout pareil : "le goût de la poursuite", ce qui scella entre nous une forme de connivence m'ayant aidé à surmonter bien de nos différences d'esprit.

 

C'est ainsi que je pris cette fonction, alors bénévole, de "commissaire à Chambord". Je m'y attelais avec passion. N'était-ce une forme de fuite? Il m'amusait aussi de laisser parfois ce seul dossier sur mon bureau avant de quitter tardivement les lieux du pouvoir. Une règle de précaution était établie pour quelques bureaux du cabinet : tous les papiers devaient être rangés sous clef avant le départ de l'occupant. Le commandant du Palais - qui gagna, peut-être, dans les relations de ces fonctions, un avenir de ministre, par des étapes qui se révélèrent peuplés d'embûches  - faisait faire une ronde de nuit par ses gardes républicains. Ceux-ci ramassaient tout ce qui traînait qu'il fallait leur demander le lendemain matin. Ces hommes étaient souvent les mêmes que ceux que j'avais connus douze ans plus tôt lors de mon premier séjour rue de Varenne. Chargé de mission, alors, au secrétariat général du gouvernement, j'avais été logé dans un petit bureau sur la cour du 57, bien noble, mais bien sale et j'avais entrepris, un jour,  de le nettoyer moi-même, en apportant de l'ajax , des éponges et un seau. Les gardes aimaient alors me rappeler qu'au moins maintenant je ne lessivais plus les murs de Matignon. 

 

Travailler auprès de Pierre Messmer était une permanente leçon d'État. Il inspirait l'estime par son sens du devoir, sa capacité de synthèse simplificatrice et sa totale indifférence à la popularité. Il exerçait sa compétence dans le double registre du principe de réalité et du principe d'anticipation.  D'un côté, il  se soumettait aux événements en admettant brutalement les faits : "Lip c'est fini". D'un autre côté, il cherchait comme il avait toujours fait dans sa vie,  et malgré le caractère manifestement transitoire de sa mission, à prévoir et à organiser l'avenir. Par exemple, il discerna, avant tous, l'ampleur mûrissante de l'affaire corse. Il se rendit dans l'île dénoncer le piège du  rêve de l'autarcie sur la terre natale et engager des lignes de réformes raisonnables que la suite des événements de la France jetèrent dans l'oubli. Alors que le monde politique vibrionnait d'intrigues, il avait considéré que le grand enjeu de sa gestion était de mettre en oeuvre le choix nucléaire civil. Je me rappelle sa main calligraphiant ses notes en ce sens. C'est dans de telles tâches qu'il avait le sentiment de remplir son rôle. Il était plus porté à une expression rigoureuse qu'abondante. Chargé d'écrire un certain nombre de ses discours et interventions, je voyais mes projets de textes chaque fois sévèrement épurés. Peu lui importait, de même, de séduire les médias, encore qu'il accepta un jour de s'entraîner à l'expression télévisée. C'était après qu'un "news"  ait fait sa couverture de la photo du chef du gouvernement avec la manchette "Messmer doit partir". Le responsable de la communication - alors un jeune de ce métier, J.J. de Peretti - n'avait, à l'évidence, pas réussi dans sa fonction, mais ne s'attira pas un reproche.

Une telle hauteur à l'égard de ce que pouvaient penser ceux qu'il n'estimait pas ne le destinait sans doute guère, après la mort de Pompidou, à être, lors de l'une des phases de la  bataille de succession, candidat à la Présidence. Ayant été chargé, sous Messmer III, des affaires sociales et culturelles, je m'efforçais de comprendre ces enjeux, mais  la vie de Matignon fut alors surtout dominée par les combats pour l'élection présidentielle.

 

Je n'imaginais guère la victoire de "mon" Premier ministre, mais j'aimais cette hypothèse. J'ai vite compris qu'elle avait servi aux supporters de V.G.E. à enfoncer Chaban-Delmas. On fit valoir que, sur deux premiers ministres, l'un, Messmer, avait su se retirer et l'autre, Chaban, non. Michèle Cotta raconte parfaitement toutes ces péripéties dans l'un de ses ouvrages : "la VIeme République". Elle a reçu bien des confidences qu'il est inutile de répéter.

 

Pourtant, les amis de V.G.E. n'avait pas ménagé le premier Ministre sur des dossiers sensibles. Face d'une part à la revendication pour l'avortement, d'autre part à l'hostilité de différents milieux envers une perspective de légalisation de celui-ci, nous avions préparé, en particulier avec Jacques Sourdille,  un texte bien modéré qui ouvrait aux femmes la possibilité de l'I.V.G. en cas d'état de détresse reconnu par deux médecins. Ce projet fut taillé en pièces par la droite indépendante; mais quelques mois après, sous la nouvelle présidence, la loi Veil faisait sauter presque toutes les barrières. Je n'ai sans doute jamais rien compris à la politique ou, tout du moins, jamais rien admis de ses manoeuvres.

 

Ainsi, mon estime pour Pierre Messmer ne fut pas  l'adhésion à ce qui se déroulait. Mais la République est bonne fille. Chacun sut mes états d'âme, mais les vainqueurs ne m'en tinrent aucune rigueur. C'est avec élégance que le jeune nouveau chef de l'État - sans doute bien inspiré par Jacques Chirac, fidèle en amitié - me donna, malgré ma jeunesse et mes impertinences,  "les plumes blanches", sous la forme toutefois un peu subordonnée de directeur de cabinet du préfet de la région Ile de France. Il est vrai que je conservais une charge extra-territoriale  qui le passionnait plus encore : celle des chasses de Chambord.

 

Aux premiers temps de son mandat, je l'ai accueilli, sur place, plusieurs fois, le dimanche, à l'aube. Il semblait apprécier mon soin pour tout le Domaine et c'est pourquoi sans doute, il me proposa, au débotté d'un tir matinal,  la direction des Musées de France. Je marquais ma préférence pour le corps préfectoral. Avec la plus grande correction et la plus grande délicatesse, il en pris acte et je fus nommé en Loir et Cher : son département de résidence privée. Il m'avait toutefois dit :

 

«  préfet... préfet... Enfin, si vous voulez ».

 

C'était bien dans le  même esprit qu'il m'avait décoché cette petite flèche au salon d'honneur à Orly, lorsque venant de quitter le cabinet du secrétaire d'État aux Finances, je me trouvais sous-préfet de Palaiseau, commis à l'aéroport aux réceptions de personnalités :

 

«  alors vous êtes passé des affaires nationales aux affaires cantonales ».

 

 
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Mercredi 20 avril 2011 3 20 /04 /Avr /2011 19:49
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : histoire et societe - Ecrire un commentaire
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