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outre-mer

ARTiCLE (1)  GB  PUBLIÉ DANS "ACTUALITÉ DE L'HISTOIRE " DE MARS 2009


En 1993, le rapport sur l’outre-mer du dernier « Plan » français, « le défi des singularités » - pour soutenir ses préconisations en faveur des DOM - avait imaginé un « scénario catastrophe », inéluctable  si,  d’une part, les inégalités continuaient à prospérer et si, d’autre part, l’effort développement n’y était pas plus soutenu . Or, malgré des réponses apportées en ce sens (cf. les deux encadrés ci-contre) par une convergence des diagnostics et des traitements des gestions de gauche comme de droite (même si elles ont voulu en faire des présentations différenciées), on semble bien proche d’un scénario catastrophe. Pourquoi ?

Limites des politiques mises en oeuvre
L’explication fondamentale est que les Antilles restent caractérisées, malgré parfois quelques progrès, par des taux de désemploi et de précarité  triple et parfois plus de la moyenne nationale.  La valeur ajoutée (qui « se consomme » pour l’essentiel en importations)  provient, beaucoup plus que des productions, des services administratifs et marchands. Le tourisme dont les installations souffrent souvent de désuétude n’a pas trouvé dans une défiscalisation insuffisamment souple à son égard les moyens de sa rénovation immobilière ; concurrencé par les voisins à très bas coûts, il est peu rentable et déjà en chute grave en Guadeloupe. Aucun gouvernement n’est parvenu à traiter deux questions levant beaucoup de passions : celle  de l’impôt sur le revenu, diminué d’abattements bien discutables ; celle des « sur-rémunérations » des agents publics  (métropolitains ou locaux, d’autant que les seconds voient dans leur accès à cet avantage  une conquête post coloniale imprescriptible). La prime  (40%),  dite de "vie chère"  répond plus que largement à un différentiel d'indices de prix à la consommation (entre métropole et outre-mer) qui en représente moins de la moitié ; elle est réputée avoir des conséquences perverses :  dont celui que les prix locaux sont  poussés à la hausse, aussi bien par cet effet de demande que par le système d’importation/distribution.

Aux sources des  affrontements
Est-ce celui-ci aujourd’hui qui doit être mis en cause pour répondre aux demandes du collectif contre la vie chère ? Ce mouvement n’est pas né d’une aggravation spectaculaire de la pauvreté qu’aurait apporté la crise mondiale mais du détonateur - comme auparavant en Guyane - des prix du carburant. Les campagnes conduites à l’échelon national pour le pouvoir d’achat ont trouvé aux Antilles un terrain d’explosion favorable parce que la situation de ces îles ajoute à un héritage post colonial pouvant inspirer  de redoutables retours de flammes de leur histoire (3), une quasi impossibilité pour ces économies de trouver un équilibre dans la globalisation libérale  et  pour ces sociétés d’avoir des perspectives lisibles.

L’héritage post colonial n’est pas dans la rémanence d’un clivage ethnique  d’autrefois, dépassé à raison de la place tenue dans la société politique, civile, libérale, culturelle et marchande par les élites de couleurs.  S’il est vrai qu’un petit nombre de familles européennes de vieille implantation détient des places notables dans l’actionnariat de groupes importants,  le patronat lui-même - et ses associations ( des MPI aux Unions patronales) - est largement multiracial.

Néanmoins, les représentations d’une espèce de projection d’un passé qui commanderait le présent peuvent  entretenir  chez les défavorisés, cherchant une cause visible à leur malheur,  une inclinaison à se voir regarder comme traités en descendants d’esclaves (ce qui leur permet aussi de se présenter en « créanciers de l’Histoire »). Leur blessure est ravivée par ce qui est ressenti, à tort ou à raison, comme des signes rémanents trop fréquents de prévention raciale à leur égard. Il peut s’y ajouter la conviction infondée d’être oublié par une métropole qui les exploiterait,  alors que celle-ci consacre par solidarité et péréquation nationales (comme d’ailleurs en faveur d’autres régions les moins riches) des transferts sociaux et budgétaires considérables en faveur des départements d’outre-mer (2). Et ceci, aujourd’hui, sans retours irremplaçables : le temps du « pacte colonial »  n‘est plus. C’est non sans mal, au regard des principes de libre concurrence et circulation,  que la France essaie de rester un débouché pour les productions tropicales des Antilles; en sens inverse, leurs importations sont d’origines de plus en plus diversifiées. Le schéma du rapport Jarnac ( Conseil économique et social, 1987) selon lequel l’outre-mer transformait de la dépense publique en recettes commerciales françaises  est périmé. Toutefois, la CMA CGM  pour le maritime, Air France pour l’aérien, ont réussi à rester les liens majeurs de transports entre la Caraïbe et la France. Ces  sociétés  sont - par des dénonciateurs au demeurant en désaccord entre eux – souvent prises  comme boucs émissaires des coûts antillais.  Il ne faudrait pas que la recherche de diminutions de prix méconnaisse notre intérêt stratégique mondial à la solidité de ces opérateurs en ouvrant de grandes brèches aux prédateurs low cost des flux de transports assurés par nos flottes. 



Quelles clefs économiques?
Au regard de la demande de pouvoir d’achat, des augmentations salariales significatives générales ne bénéficieraient qu’à ceux qui travaillent et augmenteraient - en dehors de quelques secteurs prospères qui peuvent bien améliorer  les  rémunérations - les risques de désemploi par des effets de fermetures d’entreprises (surtout dans le tourisme et dans les pme de production/transformation ). La piste des concours de l’État ne comporte pas  des actions par des baisses ciblées de TVA  mais via des minima sociaux les puvoirs publics seront sans doute appelés à se substituer aux entreprises trop fragiles pour supporter de fortes hausses.
Les contradictions de la situation antillaise sont éclatantes : des besoins de revenus supplémentaires ne trouvant pas les activités pouvant les générer. L’amélioration du pouvoir d’achat ne pouvant en définitive vraiment résulter que d’un meilleur emploi, le noeud du problème est donc de savoir comment faire apparaître des marchés rentables. Or l’économie de libre échange mondial a déstabilisé la société antillaise par des pertes d’exportations traditionnelles et par des flux d’importations balayant les productions locales existantes ou possibles. Ce n’est pas vraiment  que la création d’activités locales serait bloquée  par les importateurs. C’est que toute création doit identifier un créneau pouvant trouver son débouché et sa rentabilité. C’est très difficile dans ces micro marchés à salaires européens,  en milieu tropical de pays à bas coût de main-d’oeuvre. Le BTP est saturé et la compétition y est rude ; les transports locaux sont  tributaires d’une demande incertaine ; le tourisme est dans un creux, sinon un naufrage; le seul secteur sûrement profitable outre-mer est, hélas,  celui de la distribution (4)
.

Il faut donc avec « les Gracques »(5) admettre que les « économies ultra marines ne sont pas des économies de marché ». Et en tirer des conclusions au delà de la leur. Il faut non seulement établir une administration des prix, mais il faut aussi protéger ces sociétés insulaires pour leur donner chance d’aller à ce fameux « développement endogène » qui doit commencer par une meilleure satisfaction de leur marché intérieur par leurs propres capacités. Si l’on pouvait y ajouter un ralliement des consommateurs à la poésie et à l’écologie, n’irait-on à la réalisation du rêve des chantres de la créolité (6) : celui d’une société antillaise qui saurait mieux être fidèle à elle-même en dépendant moins des importations, en préférant au pib un certain bonheur identitaire. L’indépendance frugale ne serait-elle la seule possible pour ne plus avoir besoin  des transferts de la métropole, sans connaître les risques de misère de certains voisins ?

Institutions et identités
Ce sont ces risques là que n’ont pas voulu prendre ceux qui ont voté, il y a cinq ans,  contre l’évolution des institutions. Après que L. Jospin eut confié à une mission de parlementaires (Lise/Tamaya) le soin d'une réflexion institutionnelle qui s'enlisa, c’est en faisant une surprise  (et un peu peur)  aux conservateurs  que J. Chirac, lança une réforme constitutionnelle qui ouvrit en 2003 des possibilités d'évolution, sous réserve d'accord des populations concernées, vers diverses hypothèses de changements. La plus modeste d'entre elle ( la réunion, proposée par les élus,  de la  Région et  du Département) fut refusée par un électorat redoutant que tout abandon du vieux régime départemental ne porte à une dérive pouvant conduire à une autonomie économique et sociale redoutée (7)

La contradiction sociétale des communautés antillaises est dans une revendication identitaire ne pouvant aller à des conclusions politiques. Parce que les liens avec la République (que matérialise aussi la présence dans l’hexagone  de presque autant  d’originaires et de descendants d’originaires que ceux habitant les îles) sont à la fois pour partie douloureux, mais trop forts pour mener à la rupture. Ainsi l’avenir institutionnel  - sur lequel il va bien falloir réouvrir une réflexion pluraliste - n’est aujourd’hui pas lisible, tandis que notre vie collective offre encore trop d’exemples de « manque de respect » engendrant des amertumes légitimes (comme d’ailleurs aussi des excès). C’est ce qui appelle de la discrimination positive ( sans qu’on l’impose si elle est refusée ) corrigeant des rémanences de la discrimination négative. Même s’il faut alors « tordre » quelques principes d’égalité républicaine. Ainsi la haute fonction publique, territoriale en particulier, paraît avoir fait moins de place à la « créolisation » que les gouvernances d’entreprises ; ainsi, parfois, les « minorités visibles » semblent mieux promues lorsqu’elles sont d’autres origines que de nos outre-mers ; ainsi faut-il en finir avec l’hypocrisie de ne pas clairement reconnaître - si ce n’est pas pour aboutir à des fichiers, mais pour lutter contre les inégalités - des statistiques sur les origines. Les crises des Antilles  doivent pousser notre société multiculturelle à reconnaître aussi bien les valeurs des identités que celle du métissage.


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1-  Cet article ne produit pas de  bibliographie. Une source d’informations actualisées est www.ladocumentationfrancaise.fr/dossiers/outre- mer/index.shtml
2 - chaque année, l’IEDOM publie le seul rapport économique complet existant sur chacun de ces départements et incluant les comptes de leurs relations externes ; cf. www.iedom.fr/interet_general/publications_periodiques.asp
3 - Alors que la Martinique était tenue alors par une aristocratie blanche anglo-française, la Guadeloupe fit sa révolution abolitionniste de 1793 et résista, avec Delgrès jusqu’au sacrifice de Matouba,  contre la reconquête esclavagiste de Napoléon.  Sa population mêlant des arrivées africaines, indiennes et asiatiques exprima souvent sa pugnacité. Des mouvements sociaux durs et des actions politiques radicales ( conduites par l’ARC, l’UPLG , le GONG) confrontées à une administration conservatrice  s’échelonnèrent des  années 1960 aux années 80. 1967 en particulier fut marqué par un court cycle meurtier de répressions, terrorisme, émeutes, faisant de nombreuses victimes ; une amnistie est intervenue  en 1989. 
4- et c’est bien pourquoi, les investissements n’y sont  pas défiscalisables.
5 venant de diffuser une réflexion en ce sens
6 - cf. la contribution de Glissant, Chamoiseau, et autres personnalités  in le Monde du 16/2/9) 
7 et le seul effet du texte d’ouverture,  fut que chacune des Îles de St Barthélémy et de St Martin ( cas très particuliers, s’il en est) a pris effectivement une forme d'autonomie.


 


INFORMATIONS FONDAMENTALES

Egalité sociale réalisée et leviers de développement
Les avancées du gouvernement Rocard de 1988, puis la réalisation de l’engagement de J. Chirac lors de sa campagne présidentielle ont conduit à l’égalité  sociale totale  entre les citoyens de l’hexagone et ceux des DOM, sans préjudice de quelques dispositifs spécifiques. Des régimes fiscaux favorables,  notamment en matière de TVA, sont faits pour compenser les handicaps de la distance. Une large mise à niveau des équipements publics a été cofinancée par les ressources locales, des concours budgétaires massifs et d’importants fonds européens. Deux principaux outils pour l’emploi et le  développement sont en place : des exonérations de cotisations sociales plus importantes qu’en métropole au bénéfice des secteurs « exposés » et des entreprises de moins de 11 personnes ; un appel aux ressources des contribuables nationaux les plus aisés - pour financer des investissements productifs et divers types de logement - fondé sur des mécanismes de défiscalisation datant de la loi Pons de 1985, qui a été progressivement très « moralisée ». Des lois de programme successives (Queyranne, Girardin) ont cherché à donner aux acteurs économiques la sécurité dans la durée. Voulant renouveler, l’actuel Président de la République a inspiré une remise en chantier renforçant certains moyens par des « zones franches globales », réorientant l’investissement logement vers le social, mais diminuant le volume des exonérations de cotisations patronales.




La relation à l‘Europe
La gauche, en 1988, a été confrontée à une méfiance antillaise envers l’Europe qu’exprimaient le thème du "loup européen", la consigne "pavoté" et la peur d’une immigration en provenance du vieux continent. Le  ministère de Louis Le Pensec - en lien avec ses homologues d'Espagne et Portugal ayant aussi leurs "régions ultrapériphériques – a alors construit toutes  les bases d'une place exceptionnelle de ces régions dans l'Union, selon ce que permettaient les Traités, les jurisprudences de la Cour de Justice et les rapports de force internationaux. Le résultat a été de modérer les portées des principes de libres circulation et concurrence et de permettre les adaptations justifiées par les décalages de PIB et niveaux sociaux. Les DOM vivent toujours sous ces principes ayant notamment engendré les programmes structurels européens,  des plans de soutien à l'agriculture et à la pêche, une OMC pour la banane (mais qui, sous de plus en plus d’ouverture, est devenue bien fragile), des dispositifs spéciaux pour la filière canne, avec un régime permettant aux rhums d'outre-mer de garder des marchés externes, l’activité sucrière restant déficitaire en Martinique et regroupée sur une usine à peine à l’échelle critique en Guadeloupe). En outre, il fut obtenu, dès 1989, que « l’octroi de mer » protégeant contre les importations concurrençant certaines productions locales soit maintenu, moyennant aménagements et stricts contrôles européens, ce qui a été prorogé en 2004.








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Mardi 31 mars 2009 2 31 /03 /Mars /2009 11:08
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : outre-mer - Ecrire un commentaire
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POUR RÉPONDRE À DES AMIS ME DEMANDANT CE QUE J'AI SUR LES OUTRE-MERS ET LA PREMIÈRE GUERRE MINDIALE

ET DANS L'AXE DE CE QUE J'AI PRODUIT SUR CE SITE SUR LA PARTIPATION DES DOM:TOM À LA SECONDE GUERRE MONDIALE

 JE PRIE DONC LES UNS ET LES AUTRES DE TROUVER CI-DESSOUS UN TEXTE DONT LA PATERNITÉ APPARTIENT À CEUX QUE CITE SON TITRE ET QUE JE REMERCIE DE LEUR COMPRÉHENSION POUR CETTE DIFFUSION.



OUTRE-MER ET PREMIÈRE GUERRE MONDIALE
Travaux de recherche historique de M. Hazael-Massieux et Philippe Rabbe
mis en forme par JC Cadenet.





En 1914, les habitants des quatre vieilles colonies, Guadeloupe, Guyane, Martinique, Réunion et de Saint-Pierre-et-Miquelon sont des citoyens français.

Le principe du service militaire avait été adopté par une loi de 1889 mais les difficultés d’application firent que les premiers enrôlements ne s’effectuèrent qu’à partir de 1913. En effet, la revendication du service militaire émerge avec la Troisième République dans les quatre « vieilles colonies ». Nourrie de la rhétorique des droits et des devoirs du citoyen, elle s’inscrit dans une demande d’égalité. Les obstacles juridiques sont toutefois nombreux et les freins réels de la part des autorités militaires. Il faut attendre 1912-1913 pour que l’extension du service militaire soit décidée. Les premiers conscrits en provenance des Antilles arrivent en métropole à l’automne. Ils sont rapidement confrontés à des problèmes sanitaires largement dus aux conditions de voyage.

On estime à 23  000 la participation des Antilles et de la Guyane en effectifs combattants, et près de 10 % de ces soldats  tombèrent au champ d’honneur.

6603 Guadeloupéens furent dirigés vers la métropole et 1 027 d’entre eux trouvèrent la mort. Parmi les citations, à titre d’exemple emblématique, on peut mentionner celle de  BONALDIR, de l’Armée d’Orient : « Sortant d’une tranchée, (il) cloue un Turc par terre, et, par son attitude résolue, contraint cinq ennemis à se rendre ».

Quant à la Martinique, 700 de ses enfants méritèrent une citation pour leur bravoure ; là encore, il peut être mis en exergue celle de Joseph CAROLUS : « Au corps expéditionnaire (des Dardanelles) depuis le 12 mai 1915, a pris part à toutes les affaires, a toujours fait preuve de la plus grande énergie, le 22 mai, est resté 30 heures entre le la ligne française et la ligne turque, au milieu de ses chefs et camarades morts, et a ramené son caporal grièvement blessé ».

 280 Guyanais furent tués et 150 ressortissants de ce territoire reçurent une citation individuelle ; parmi ces dernières, il convient de citer celles (deux) qui échurent à Victor REY, ancien gouverneur de la Guyane, qui servit comme simple soldat, au 24 ème d’artillerie. Fait unique dans les annales de la Grande Guerre, Rey reçut en 1917 la cravate de commandeur de la Légion d’honneur.

 Enfin, 3000 combattants de la Réunion trouvèrent la mort dans les combats sur 10 000 mobilisés. En outre, 5000 travailleurs issus de ce département vinrent travailler dans les usines françaises. Les citations individuelles s’élèvent au nombre de 350. J’en retiendrai deux : celles du caporal Georges GARCON, lequel, le 12 avril 1917, s’en va, « sous un feu violent de mitrailleuses chercher un officier mortellement blessé entre nos lignes et les lignes ennemies », ou de Louis GASTIEN, qui fait prisonnier, réussit « malgré la surveillance dont il était l’objet à rentrer de nuit dans nos lignes » et qui se bat magnifiquement au combat le lendemain.

Les îles Saint-Pierre-et-Miquelon eurent 64 morts et 56 citations individuelles, sur une population sédentaire d’environ 3 000 à 4000 âmes. Le premier Saint- Pierrais à tomber au champ d’honneur s’appelle Paul DEYGRAND ; ce fils d’armateur est tué le 27 février 1915 à Beauséjour, en Champagne.

Si les vieilles colonies participèrent à l’effort de guerre commun, il en fut de même des territoires du Pacifique.
En 1914, la France était en possession de l’archipel de la Nouvelle-Calédonie et des Etablissements français de l’Océanie (EFO, correspondants à l’actuel territoire de la Polynésie française) ; Wallis-et-Futuna relevant d’un statut de protectorat.

La guerre ne touche les espaces de l’Océanie que de manière très secondaire et ponctuelle et les actions se limitent à la lutte contre les navires allemands qui attaquaient le commerce maritime des Alliés. Ainsi, en 1914, d’août à octobre,  les pays du Pacifique, alliés de l’Entente, prennent-ils possession des territoires allemands : Samoa, Nouvelle-Guinée et Micronésie. Le navire amiral français, le Montcalm participe à cette guerre maritime. Le 22 septembre 1914, les croiseurs germaniques Scharnhost et Gneisenau, sous les ordres de l’amiral VON SPEE, bombardent Papeete. L’attaque échoue du fait de l’initiative du lieutenant de vaisseau DESTREMEAU qui saborde son navire, « La Zélée », obstruant ainsi l’accès de la passe aux navires ennemis.

Il convient de noter la participation de 4 000 soldats français du Pacifique aux troupes des Dominions formant le corps expéditionnaire de l’ANZAC (Australian and New-Zealand Army Corps).

En ce qui concerne la mobilisation purement française, il est fait état de 2 244 Calédoniens ayant participé à l’effort de guerre, dont 1 027 citoyens calédoniens blancs et 1 105 Kanaks, ces derniers engagés volontaires.

On a donc d’un côté des mobilisés, concernant des soldats d’origine française, dont le premier contingent de 713 combattants quitte l’archipel le 23 avril 1915 à bord du  Sontay, et de l’autre des tirailleurs, engagés volontaires, recrutés parmi les indigènes sujets, non soumis à la loi sur le service militaire de 1905 mais invités à se joindre aux combats de la guerre par le décret du  12 décembre 1915. C’est le pasteur Maurice LEENHARDT qui joua les intermédiaires auprès du peuple kanak, promettant, en retour de la participation à l’effort de guerre, des terres et des outils.

L’afflux des engagés volontaires permit de constituer le Bataillon des Tirailleurs du Pacifique à Nouméa le 4 juin 1916, le jour de son embarquement à bord du  « Gange ». Ce bataillon est encadré par des sous-officiers calédoniens parlant les langues indigènes et il est initialement créé en tant que bataillon d’étape. En Métropole, on commence par l’utiliser pour le chargement et le déchargement des navires  en partance pour le front d’Orient, à Marseille. Il  se transforme en bataillon de marche en avril 1917 en prenant l’appellation de Bataillon Mixte du Pacifique, par l’adjonction d’une compagnie d’artillerie. Son intégration en tant qu’unité combattante s’effectue à partir de juin 1917. Il se comporte très honorablement dans le secteur toujours mouvementé de la «  Main-de-Massiges » et participe d’août à octobre 1918 à la deuxième bataille de la Marne.  Auparavant, il contribue à la défense de la tête de pont de Compiègne et à l’attaque du 18 juillet 1918 qui se traduit par le premier recul des forces allemandes. Le BMP s’illustre le 25 octobre 1918 lors de la prise du village de Vesles  et Caumont et de la ferme du Petit Caumont, ce qui lui vaut une citation à l’ordre de la Xème armée, remise le 10 décembre 1918 par le général  MANGIN. Cette citation indique le nom de l’officier, chef du bataillon : le commandant  GONDY.

 A la fin de 1916, ce sont près de 900 Tahitiens qui partiront pour la France, par vagues successives, en passant par Nouméa. Les pertes peuvent se répertorier ainsi : sur l’effectif  total des mobilisés et des engagés, on enregistre  583 tués, se décomposant ainsi : 193 européens et 390 indigènes. En proportion, cela représente 18,5% des soldats Calédoniens d’origine européenne et 33,5% des 1137 hommes recrutés tirailleurs du BMP  et 34,5% des effectifs des 1105 Kanak engagés volontaires.

L’année 1917 fut aussi une année de troubles pour la Nouvelle-Calédonie comme elle le fut pour la métropole à cause des mutineries. En effet,  une révolte Kanak se produisit de février 1917 à janvier 1918 dans le nord de la Grande-Terre, résurgence de celle de 1878. Les causes en furent les pressions exercées par les autorités pour forcer le recrutement des engagés volontaires ainsi que la permanence du problème foncier. Réprimée par le gouverneur REPIQUET, elle prit fin lors de l’aman – la  reddition - du sorcier PAETOU, après la mort de celui qui l’avait initiée, le chef NOEL.



Il  faut aussi brosser le portrait de plusieurs individualités qui honorèrent les territoires de l’Outre-Mer français actuel, par leur engagement dans la Grande Guerre.

 En premier lieu, il convient de souligner le nombre important d’aviateurs que comptèrent durant la guerre de 1914-1918 les territoires des Antilles et de la Guyane, par rapport à leur exiguïté. On peut invoquer pour donner une explication à ce fait des paramètres tels que le goût de l’aventure, de celui du risque et des grands espaces tout en ne négligeant pas un sentiment d’étouffement lié à l’insularité, voire le déterminisme d’un certain tropisme aérien.

Voici quelques noms emblématiques. Ainsi du Martiniquais Pierre REJON. Ce dernier, né à  Trinité en 1895, poursuivait des études d’ingénieur à l’école des Arts et Métiers lorsque le conflit éclata. Engagé volontaire, il combattit avec le 33 ème régiment d’infanterie avant d’être affecté dans l’aéronautique militaire ; il y servit à l’escadrille des Coqs, SPA 62. Tous les avions sur lesquels il volait s’appelaient « Zaza », surnom de sa petite sœur, Isadie. Pierre REJON obtint quatre victoires ; il trouva la mort le 15 août 1920, dans un accident d’avion, en Guyane.
Ainsi du Réunionnais Roland GARROS. Il naît en 1888 à Saint-Denis de la Réunion  et s’illustre avant guerre en devenant champion de  France de cyclisme en 1906 ; en outre, il réalise le 23 septembre 1913, la première traversée en aéronef de la Méditerranée. Durant la guerre, dès novembre 1914, il fut le premier spécialiste à définir dans un rapport l’avion de chasse tel qu’il  fut utilisé dans les décennies suivantes et il participa à la mise au point du tout premier chasseur de l’histoire. En 1915, une panne le contraint à atterrir en territoire ennemi où il est fait prisonnier avant d’avoir pu détruire son avion, son système fut aussitôt copié par l’allemand  Anthony FOKKER, ce qui permit à l’aviation du Kaiser d’acquérir une suprématie absolue dans les airs jusqu’à la fin de l’année 1915. Roland Garros connaît trois ans de rude captivité et réussit à s’évader en reprenant sa place dans l’escadrille des Cigognes. Il meurt  dans un combat inégal en se portant à la rencontre de plusieurs groupes d’avions ennemis le 5 octobre 1918 à Saint-Morel, près de Vouziers, dans les Ardennes, où il est enterré. Il avait quatre victoires à son actif.

 Ainsi du Tahitien Henri CADOUSTEAU, mécanicien d’origine qui réalisa son rêve de devenir pilote en étant incorporé au début des hostilités à l’Ecole d’aviation militaire d’Istres. Ayant fait l’objet d’une citation, CADOUSTEAU survécut à la guerre en revenant à Tahiti où il s’installa.

D’autres militaires de l’Outre-Mer s’illustrèrent par l’éclat de leur action. On doit citer en premier lieu le capitaine de vaisseau Camille MORTENOL né en 1859, à Pointe-à-Pitre. Ayant manifesté de brillantes dispositions pour l’étude des mathématiques,  il réussit le concours de Polytechnique et, choisit à la sortie de l’école, la carrière d’officier de marine. En 1915, MORTENOL, âgé de 56 ans, est choisi par GALLIENI, gouverneur militaire de Paris, à la direction du service d’aviation maritime du camp retranché de Paris, en remplacement du capitaine de vaisseau PRERE, décédé. GALLIENI avait pu se convaincre du dévouement de son subordonné à Madagascar, où ils servirent ensemble. MORTENOL a donc la tâche, dès sa nomination, de défendre la capitale contre les attaques de l’aviation ennemie. Il s’acquitta de  sa mission de manière exemplaire, en s’appuyant sur des services de renseignement remarquablement structurés et efficaces ainsi que sur l’installation de postes de projecteurs géants, en particulier celui du Mont- Valérien. Après la guerre, il fut nommé commandeur de la Légion d’honneur et son souvenir est vivace aux Antilles, après sa mort survenu en 1930. Sa statue a été érigée dans la ville où il est né.

 Un Antillais fut général pendant la Première guerre mondiale. Il s’agit de Charles LANZERAC, lequel est Guadeloupéen d’origine, né à Basse-Terre le 30 juillet 1852.  A l’âge de 18 ans, il s’engage en 1870 dans l’armée de la Loire où il se conduit brillamment ; ensuite, il gravit les divers échelons de la carrière militaire, pour aboutir en 1905 au poste de professeur d’histoire et de tactique générale à l’Ecole de Guerre. Il y élabore une théorie cartésienne de l’art militaire, s’appuyant sur l’esprit de manœuvre et le calcul réfléchi et rationnel. LANREZAC appuie sa méthode sur le raisonnement, l’analyse des difficultés et la connaissance de l’adversaire ; il intègre volontiers la possibilité de manœuvres de retraite lorsque les situations et les circonstances l’exigent.  Cette analyse se heurte aux conceptions du Grand Etat Major, dominé à partir de 1911 par la figure de JOFFRE.

LANZERAC est nommé membre du Conseil supérieur de la guerre en 1914 et, en mai de la même année, il prend le commandement de la Vème armée. Attaqué de toutes parts sur la ligne de Charleroi, il décide finalement de battre en retraite et cette initiative sauve son armée, évite un massacre des troupes et permet la mise en échec de la manœuvre allemande. A  ce moment, LANZERAC, assiégé par les troupes ennemies, décide de stopper l’attaque allemande sur Saint-Quentin ; le gros de son armée prend l’avantage sur l’adversaire à  Guise  et le refoule jusqu’au sud de l’Oise. Cette victoire remonta certes le moral des troupes françaises mais surtout  elle contraint l’ensemble de l’armée allemande à un décalage général vers l’est, donc à l’origine de l’infléchissement par rapport au plan Schlieffen qui permit à JOFFRE de contre-attaquer victorieusement lors de  la première bataille de la Marne. Malgré cela, le général est remercié par Joffre le 3 septembre 1914 et remplacé par FRANCHET D’ESPEREY. Cette disgrâce fut-elle la conséquence de sa mésentente avec le maréchal FRENCH, qui commanda le corps expéditionnaire britannique sur le front occidental d’août 1914 à fin 1915, ou bien celle de sa clairvoyance par rapport à la conception dominante d’alors de l’offensive à tout prix ? Auquel cas, il n’aurait pas été pardonné à ce stratège d’avoir eu raison et d’avoir été lucide.

Néanmoins, LANZERAC fut réhabilité : le 3 juillet 1917, il est nommé grand officier de la Légion d’honneur et, après la guerre, la littérature relative au conflit lui rend hommage tandis que des militaires en viennent à approuver la manœuvre de Charleroi ; en définitive, le revirement en sa faveur de l’opinion publique fut total. Le général LANZERAC s’éteignit dans les honneurs le 18 juin 1925, ayant l’année précédente, reçu la grand-croix de la Légion d’honneur, ce qui marquait sa réhabilitation officielle.

Il ne faut pas oublier, non plus, que le fils d’un médecin de la Réunion et d’une créole descendante d’un officier de marine occupa le poste de ministre de la Marine d’octobre 1915 à 1917. Lucien LACAZE, né à Pierrefonds, dans l’Oise, en 1860, et qui passa on enfance à la Réunion, eut en effet une carrière d’officier de marine qu’il mena jusqu’au grade d’amiral. Par la suite, il fut élu à l’Académie française en 1936 et  mourut à 95 ans en 1955.

 Enfin, parmi les simples soldats de cette guerre, Camille DAUCOURT, né en Guadeloupe, lequel, âgé de 21 ans, à la déclaration de guerre, participera aux Dardanelles et à la bataille de Verdun. S’il épouse une créole dont il aura deux filles et trois fils, il ne retournera jamais sur son île natale, les biens familiaux n’ayant pas résisté à l’absence des bras nécessaires pour les faire valoir. Camille mourut, plus que centenaire, en 1994.

Ainsi s’établit la participation de l’outre-mer français actuel au premier conflit mondial, à la fois engagement de masse des populations et action d’éclat de quelques figures emblématiques.

La différence d’avec la Seconde guerre mondiale réside dans le fait que durant la Grande Guerre, l’Empire collabore à l’effort de la métropole en tant que force d’appoint, laquelle est loin d’être négligeable alors que dans le conflit qui éclate en 1939, c’est lui qui porte l’effort principal sur la théâtre mondial en donnant un bras armé à la France libre du général De GAULLE jusqu’à la Libération, ceci  en conséquence de  la défaite française de 1940 qui contraignit la métropole à l’armistice et une frange de la population à continuer le combat dans la clandestinité de la Résistance intérieure.

Lors d'une conférence à l'École coloniale de Paris, le 30 mars 1919,
Gabriel CANDACE (député de Guadeloupe) déclarait : " La Guadeloupe, la Martinique et la Réunion ont envoyé à la métropole leur production de
sucre qui représente près de 12 0000 tonnes par an, et leur production de rhum pour le ravitaillement des armées. La Guadeloupe a envoyé ses cafés et ses cacaos ; la Martinique ses cacaos ; la Réunion ses tapiocas et ses sacs de cacaos. L'effort économique de nos vieilles colonies pour la métropole s'est complété par un effort financier admirable. Ce n'est pas seulement avec le sang de leurs enfants et le produit de leur sol que les vieilles colonies ont apporté leur effort à la Défense nationale ; leurs souscriptions aux emprunts de la Défense nationale de 1915, 1916, 1917 et 1918 se montent à 110 millions de francs, pour la Guadeloupe, la Martinique, la Réunion et la Guyane. Quarante-quatre millions ont été versés dans la caisse du Trésor, et 66 millions ont été recueillis par les banques. "


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Samedi 28 mars 2009 6 28 /03 /Mars /2009 13:52
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : outre-mer - Ecrire un commentaire
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Il y a t-il "incitation à la haine raciale", et même "apologie de l'esclavage",  comme le parquet de fort de France paraît le penser en poursuivant Alain Despointes qui s'est exprimé lors d'un reportage sur les "Békés"en disant vouloir "préserver sa race".  Provocante expression dans les tourmentes des Antilles. Alors qu'une espèce de convention qui régne sur la bonne société est qu'il n'en faut jamais parler. Faut-il un bouc émissaire? Ma vie et mes amis témoignent je crois que je suis le contre-raciste type, et j'espère qu'on ne va pas me poursuivre, si je dis  que je vois la maladresse  mais pas le péché capital dans les propos de Alain Despointes, condamnable s'il a vanté "les bons côtés" du temps des négriers, compréhensible s'il a soutenu un point de vue endogamique.

Si l'une de nos citoyennes ou  de nos citoyens non blancs avait dit en public  (comme en privé) qu'il voulait se marier "dans sa couleur" pour assurer , par ses enfants, la continuité de son identité,  l'aurait-on poursuivi? *** La gloire légitime faite au "métissage" ne saurait exclure que l'on respecte aussi tous ceux, chacun dans une lignée, qui déclarent vouloir assurer la suite d'une singularité et célébrer les uns les valeurs  de négritude ou d'indianité,  en  condamnant les autres et leur inscription dans une volonté   d'européanité. Faire deux poids deux mesures ( même si le passé en a tant fait et bien pire en sens inverse)   me semble faire partie d'un politiquement correct et / ou d'un  tactiquement opportun qui me déplaisent  tout à fait. 

C'est le procès des subjectivités et de la liberté d'opinion. L'opinion n'est pas censée être fondée pour être libre jusqu'aux limites où elle ferait l'apologie de l'interdit : l'esclavage en l'espèce. Est-ce le cas ?   L'interviewé inculpé  se trouve  l'héritier des avantages que ce système inhumain a engendré au bénéfice de ses ancêtres , comme nous sommes tous souvent les bénéficiaires des horreurs de l'Histoire., ne serait-ce que parce qu'on a hérité de l'accumulation capitalistique du siècle industriel de l'exploitation et de la mortalité des enfants d'alors.  Mais, nous n'en sommes pas les acteurs,  il n'en est pas le praticien; et je crois qu'il est , avec les défauts que l'on reconnaîtt aux possédants, parmi ceux qui font, avec leurs qualités aussi,  les Antilles d'aujourd'hui, pas mieux, pas pire que d'autres de la même et privilégiée situation économique et sociale, mais qui savent être plus habiles ou paraître plus intelligents.
Devrait-on le condamner parce qu'il dirait des bêtises? Si l'on passait devant les tribunaux tous ceux qui  en déclament, le ministère de la Justice exigerait dix fois le budget  des Armées. 

Et comment juger de ces bêtises en la matière?  
Comme,  il y a 25 ans (cf. De la question sociale à la question raciale ? » sous la direction de D. et E. Fassin, La découverte, 2006). l’observait Colette Guillaumin ( ainsi que  je le rappelai dans les mêmes termes sur ce site dans un article consacré à la société multi ethnique française) « non, la race n’existe pas. Si, la race existe. Non certes, elle n’est pas ce qu’on dit qu’elle est, mais elle est néanmoins la plus tangible, réelle, brutale des réalités » . « Parler de question raciale n’est pas supposer l’existence des races et donc entériner à notre insu l’idéologie raciste », mais tenir compte de phénomènes individuels et collectifs omni présents. Le fait d’adopter le regard « color blindness » qui récuse par principe de prendre en compte les faits raciaux méconnaît la prégnance - aussi réelle que regrettable - dans le monde des "lignes de couleur ". La hiérarchisation raciale qui a si fort marqué, (et toujours encore un peu trop), par exemple, les Antilles, en fonction des degrés de pigmentation des "sangs mêlés" est un exemple de cette aliénation.

Alors même que la race n'existe effectivement pas, comme l'exprime en fait  Stephen Jay Goud, le grand naturaliste  ( voir l'édition actualisée par l'insertion d'articles plus récents  que l'édition originale dans la collection "Points" , "Darwin et les grandes énigmes de la vie" ), la question raciale mange la vie de tous ceux croyant qu'elle  existe et le fait que les races  n'existent  pas en ce sens que l'espèce humaine est une n'a pas empêché que ce soit sur des frontières de morphologies et/ou de couleurs que les tribus du monde, dès son origine,  se soient affrontées pour des motifs économiques et sociaux qui recouvraient leurs clivages d'apparences. L'alienation - qui frappe au Darfour comme elle  a frappé les îles de tous les Océans - est que tous sont victimes d'un puissant phénomène imaginaire, mais commode,  qui n'existe pas...

Je propose comme pénalités intellectuelles  pour Alain Despointes des explications de textes de Stephen Jay Gould ( qui est très attachant, mais comme les auteurs anglo-saxons qui ne fit jamais de vrais plans et qu'il faut suivre dans les méandres d'une pensée et d'expériences foisonnantes). En plus, il apprendra des tas d'autres choses. Il n'y  a pas d'âge pour découvrir la vérité du monde.




Jeudi 5 mars 2009 4 05 /03 /Mars /2009 15:58
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : outre-mer
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*** N.B.   Pareillement, pousuivrait-on la sympathique "mama juive"  clamant haut et fort qu'elle ne veut pas voir son fils épouser une "goye". Toutes les endogamies ont un certain parfum d'attachement racial ou traditionnel. Ne serait-ce en fait au nom d'un rejet des communautarismes ( qui sont une forme de richesses) que souvent on les regarde mal ?

Au contraire une société équilibrée est deux fois celle des "tolérances". Elle aime le métissage et le taux des mariages mixtes entre communautés est un signe de maturité sociétale. Elle réunit les uns auprès des autres ceux qui veulent continuer dans une communauté d'origine, dès lors que celle-ci ne prêche pas contre les autres. Elle sait enfin que le temps, les intérêts et les amours feront ensemble leur oeuvre pour faire fleurir les unions fécondes comme pour cimenter la coexistence  des  diversités rémanentes.
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Jeudi 5 mars 2009 4 05 /03 /Mars /2009 08:26
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : outre-mer - Ecrire un commentaire
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Il y a de la misère aux Antilles et ceux qu'elle frappe sont, entourés de quelques autres, les acteurs de cette fiévreuse contestation.

D'où vient-elle cette misère ?

L'exploitation de tous par un étroit patronat Béké en serait-elle la cause ? Non; si quelques familles de souche européenne ont une part notable dans des activités clefs de production de produits tropicaux et d'importation/distribution, les employeurs des îles sont multicolores. Et ces employeurs sont tous  sous les contraintes de l'économie concurrentielle mondialisée. On ne conduira pas bien le changement si l'on croit qu'il consiste à mettre quelques patrons au pilori plutôt qu'a traiter cette question là , soit en tenant compte de telle  concurrence ( par exemple en soutenant mieux le tourisme) , soit en la desserrant (par exemple en prenant des mesures de sauvegarde des productions locales dont le développement est possible contre trop d'importations).

Les mécanismes de garanties sociales et de minima sociaux ne seraient-ils en place aux Antilles qui seraient les oubliées de la France ?  Non ; depuis 1945 et, de manière alignée depuis 1996, tous les régimes sociaux de la République s'appliquent de manière égalitaire aux DOM; de plus des dispositifs supplémentaires spéciaux y ont été  mis en place pour faire face à la situation économique et sociale. Ce remarquable recueil "La France Invisible"( ed : la découverte)  qui recense tous ces cas  mal  connus de situations "invisibles" et douloureuses lui aussi a oublié  l'outre-mer ( comme les manifestants le reprochent à tort à la France, parce qu'ils ont besoin de trouver un bouc émissaire à leur condition), et il est pourtant réalisé par une équipe bien "à gauche"...

Pourquoi cette situation des îles engendre-elle ces exclus, ces chômeurs, ces mal payés? Parce que les Antilles ne parviennent pas à avoir de marchés rentables créant les emplois nécessaires à la mesure de leurs besoins. Le secteur  bananier fragile touché par les importations du monde tropical entier vers la communauté européenne  s'est rétracté, soutenue assez artificiellement par des accords avec l'Europe qu'il faut reconquérir  régulièrement. La filière canne n'aboutit qu'à une usine sucrière à l'équilibre assuré par les collectivités locales en Martinique et à une unité en Guadeloupe ( sur laquelle a été remembrée la collecte des cannes de toute l'îe pour que l'usine ait la dimension critique rentable) et n'est un peu prospère que part la diversité des productions de rhum de qualité. Le reste de l'économie agricole et de pêche est malheureusement contenu par les limites de géographie physique et sous les concurrences ; vers les marchés externes des pays à bas salaires, vers le marché interne du fait des importations souvent moins chères que les produits localement obtenus, encore qu'une "économie -jardin" pourrait avoir un rôle d'appoint plus important.  Les activités de BTP dépendent toutes des crédits pour les équipements publics et des dispositifs de soutien de l'investissement logement, et qui sont à la mesure du possible budgétaire. Les activités de transformation ne sont pas aisément jouables sur ces micro-marchés sauf si elles sont protégées , ce que réalise pour partie  l'octroi de mer sous étroit contrôle de l'Europe. Soumis à l'attractivité  en prix et parfois en qualité des offres des pays voins, le tourisme a plongé notamment en Guadeloupe où plus d'un quart des chambres a disparu, tandis que par ailleurs les moyens d'une modernisation des parcs hôteliers n'ont pas réussi à être techniquement mis en place de manière satisfaisante à la faveur du soutien par la défiscalisation aux investissements. Restent les services administratifs et les services marchands qui sont assortis les uns d'une sur rémunération  de 40 % des fonctionnaires d'origine locale comme métropolitaine ( ce qui a poussé les prix vers le haut) et qui  pour  les autres, connaissent des situations contrastées : sans doute souvent florissante pour la grande distribution; répondant à une série de cas particuliers pour les transports et pour les assistances techniques aux entreprises, souvent aux limites de la survie pour les PME de services et négoces.

Au delà ce qui a été fait par le passé - une aide à l'emploi par des allégements plus importants qu'en métropole des charges salariales, ce qui a bien déjà contribué à payer des salaires; un soutien à l'investissement productif empruntant les voies critiquées de la défiscalisation qui est pourtant le seul moyen pour attirer des hauts revenus à s'investir outre-mer ( on y gagne difficilement   sa vie d'entrepreneur  en dehors de la distribution qui n'a pas besoin, elle,  de faire partie des secteurs éligibles à la défiscalisation) -  que peut-on, que doit-on faire ?

Comme disent les manifestants, augmenter tous les bas salaires? Un certain nombre d'entreprises le supporteraient , la plupart non si c'était significatif . Ce serait des séries de faillites et les activités touristiques - dont bien des audits ont montré qu'elles étaient dans le rouge ou proches - n'y survivraient pas, personne ne pouvant y continuer de prendre des risques. Aussi , la réponse salariale ne peut-elle être que nuancée selon les situations, l'augmentation indifférenciée des salaires ne pouvant  aboutir soit qu' à une aggravation de la situation, soit à une implication obligatoire de l'État ( au moment où il se préparait à réduire d'un cinquième environ son concours aux allégements de charges sociales dans les DOM, ce que pour le moins, il ne doit pas faire).

C'est à d'autres types d'actions économiques qu'il faut faire appel:

- Peut-on susciter une réduction des prix à la consommation ? ( les indices de prix à la consommation  aux Antilles sont de l'ordre de quinze points supérieurs à ceux des villes de métropole) .  Le facteur coût  du transport n'est-il pas indûment majoré par les transporteurs ? Le principal est la CGA/CGM qui a des accords avec des GIE d'importateurs et avec des groupes de PMI, en ayant établi  une forme de solidarité entre ses comptes "export "( la banane) et ses frets retours ( les produits finis et les intrants). Certains voient dans l'absence de concurrents étrangers à un niveau significatif un signe de marché dominé. Ce n'est pas l'intérêt des importateurs. Ce ne serait  pas non plus l'intérêt de la France de voir un des seuls pans de son économie ayant résisté à la pénétration étrangère, et une Compagnie maritime qui est l'un de ses plus solides fleurons dans le monde ( avec des supports d'emploi sur le territoire national) cesser de représenter de vraies garanties contre  l'arrivée de prédateurs du commerce maritime mondial qui feraient peut-être à leur manière le temps nécessaire de meilleurs prix pour s'emparer de ces trafics et en orienter les contenus et flux d'approvisionnements . On peut toutefois concevoir, alors même que ce secteur n'est pas réglementé, que les partenaires soient invités à y rechercher des réductions de niveau de prix , ce qui en fait concerne toute la chaîne importation/distribution et débouche sur un  terrain plus négociable que celui des hausses de salaires pour toutes les entreprises.

- On doit aussi noter que l'État peut apporter sa contribution à une diminution des prix à la consommation par des baisses ciblées de TVA, comme il a été  d'ailleurs  demandé pour essayer de sauver  le tourisme, sans aucune suite, de longue date. Quant aux Régions elles peuvent mieux bonifier - elles le font un peu aujourd'hui - les prix  des intrants qui sont à incorporer à des productions et fabrications locales créant de la valeur ajoutée. 

- Enfin il faut assurer des protections suffisantes pour que tous les types possibles de production locales puissent être préservées à la place de produits importés ( que ce soit du monde ou de France), et avoir les incitations utiles pour y pousser. C'est là le vrai centrage sur un développement endogène, qui aurait encore une dimension suplémentaire si l'on pouvait imaginer que ce qui est produit localement puisse être exporté.

Le rêve des chantres de la créolité (cf. la contribution de Glssant, Chamoiseau et autres  grands écrivains et personnalités  in le Monde du 16/2/9) pour une société antillaise qui saurait être poétiquement porteuse de son identité et bien moins dépendre de l'extérieur en se satisfaisant pour une large part de qu'elle saurait écologiquement produire est, au fond, une forme extrême de cet appel au rééquilibrage. Ce serait d'ailleurs la seule façon dont une "indépendance " qu'appellent les indépendantistes (qui semblent souvent plus souhaiter rester indépendantistes que devenir indépendants) pourrait être vécue, de manière frugale en quelque sorte par l'acceptation d'une importante diminution du pib : sans faire appel à ces puissants transferts d'une métropole critiquée qui porte la charge, parce qu'elle en a la responsabilité historique, de ce niveau de vie des DOM qui est mesuré aujourd'hui selon des canons européens ; bien insuffisant pour ceux qui souffrent de l'inégalité sociale , mais encore incomparablement préférable à la misère de certains voisins. D'ailleurs notre opinion est traversée de courants contraires et aussi antipathiques l'un que l'autre
- celui qui se dit las des revendications des outre-mers qu'elles émanent  des investisseurs, des grévistes, des employeurs, des fonctionnaires, parce que globalement la charge est lourde et que  les coups de bâtons en retour sont mal ressentis; un néo-cartièrisme rémanent qui pourrait bien un jour suggérer  des révisions constitutionnelles pour faciliter un désengagement de la France
- celui qui se dit par principe ou pour récupération politique  solidaire des revendications salariales et dont nous avons déjà fait la critique en contestant son réalisme comme son aptitude à conduire à des solutions effectives de la question de la pauvreté.   

La seule réponse certaine est qu'il faut dans les Antilles trouver les voies d'augmenter l'emploi rentable. Cet emploi là  c'est le seul vrai créateur d'un  pouvoir d'achat qui ne soit pas mythique et contingent. Quant à la justice sociale, elle supposerait  l'égalité des droits sociaux avec la métropole étant assurée -  des réformes bien connues  ( de l'impôt sur le revenu, d'une partie des sur rémunérations) dont un essai de mise en oeuvre créerait d'autres séries de troubles également explosifs ...On peut et l'on doit aussi obtenir des entreprises en bonne situation de prendre mieux soin  des intérêts de leurs clients et de leurs salariés. Dans le monde que nous connaissons, ces ambitions relèvent plus de la pression morale que d'une  faisabilité politique...
Lundi 23 février 2009 1 23 /02 /Fév /2009 05:26
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : outre-mer
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