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campagne présidentielle




1 - Ils sont fondés sur mes convictions ( qu’on peut ne pas partager)  que les plus mauvaises choses pour la France sont exactement les piliers de son  système actuel (et voilà pourquoi …notre situation n’est pas bonne). Il  est constitué en effet
- au plan économique, de la soumission, via notamment l’Union Européenne telle qu’elle fonctionne,  à la doctrine du libre échange commercial international;
- au plan politique, par déformation des institutions d’origine de la Veme République,  d’une bipolarisation à la française, représentant la forme la plus intense  et perverse des  régimes bi-partisan des démocraties contemporaines.

Or libre échangisme à la mode européenne, et régime d’alternance à la mode française,  constituent ensemble la double vulgate que défend avec acharnement la quasi totalité de l’establishment.

C’est dire que l’addition de mes deux critères fondamentaux d’appréciation va complètement à l’inverse de la pensée dominante qui nous a été imposée et que je ne saurai identifier une candidature qui satisfasse les deux à la fois.  

On est encore plus navré lorsqu’on constate que les rares qui  récusent les vertus du libre-échangisme, soutiennent, pour certains  au nom de la gauche, pour d’autres au nom de la droite, le thème de la vertu de la compétition frontale entre les deux camps, alors que les plus déshérités de nos concitoyens, déboussolés par leurs déceptions,  se répartissent dans tous les électorats si bien  que cette grosse majorité, issue de toutes sensibilités,  qui a refusé le traité européen de libre-échange, n’a donc personne pour porter ses voix.   


2 – En revenant un instant sur le fond, il faut remettre en exergue les deux effets conjugués de la vulgate.

A - Au plan économique, le libre échange (obligatoirement accompagné par la gestion monétariste) plutôt qu’un juste échange (cf. mes différents articles et communication sur ces questions) implique tout le reste. Quelles que soient les bonnes réformes ( et les coûteux pansements sociaux) ou les inquiétantes ruptures (et les dégâts sociaux) en politique économique et sociale  intérieure, elles ne sauraient, ni les unes ni les autres  être efficacement conduites,  sans être jumelées à des régulations permettant une part de sauvegarde des activités nationales dans le respect des intérêts de nos partenaires européens et tiers. C’est à la condition de cette combinaison  de mesures internes et d’un changement de politique  commerciale externe européenne que l’on pourrait

-     avoir les protections et surtout les créations nécessaires d’emploi, ce à quoi ne suffiront ni l’innovation, ni les services, ce que ne semblent pas parvenir à percevoir des « économistes » dont notoriété et compétence ne sont manifestement pas au même niveau lorsqu’ils confondent bonnes intentions et effets macro-économiques 
-     construire un vrai moyen de co-développement nord-sud
-    trouver un dosage raisonnable entre équité sociale ( et notamment fiscale), qualité des services publics et capacité concurrentielle
-    réunir de meilleures chances pour la cohésion d’une société multi-ethnique et multi culturelle,
-    assurer les précautions indispensables – impossibles en économie purement concurrentielle mondiale -  à la survie de la planète et à la préservation de nos ressources

Il n’est donc pas utile de décliner ces cinq points comme critères de choix entre candidatures, puisque sans une bonne combinaison des adaptations internes et  extérieures, toute annonce de droite ou de gauche ne semble pas pouvoir être porteuse de solutions sur la durée.  

B - Au plan politique, le mal fondamental ( cf « Trois Illusions qui nous gouvernent ») est dans cette « bipolarisation à la française » résultant de la superposition du scrutin majoritaire présidentiel et du scrutin parlementaire également majoritaire, avec des conséquences amplifiées par les mœurs politico-médiatiques.
Nourrie de sectarismes réciproques, elle promet une véritable guerre civile morale, dans la suite des alternances ayant conféré tour à tour le pouvoir à des minorités gagnantes par le jeu de circonstances aléatoires, mais dans lesquelles les Français ne se reconnaissent pas. Elle entretient des compétitions largement stériles, une monopolisation du pouvoir  par deux partis  dominants qui sont étanches au renouvellement en profondeur de la pensée et des stratégies.  La marge de manœuvre de chacun est très étroite et les conduit à la fois  à mettre en œuvre d’une part un tronc commun qui se révèle impuissant à traiter des problèmes du pays, d’autre part, leurs propres variantes de préférences qui sont l’une comme l’autre marquée, au plan économique, fiscal, social, civique, psychologique,etc.  par des préjugés et par des choix abusifs de recettes et de clientèles. 


3 –Ma démarche logique est de classer les principales  candidatures sur l’échelle de mes critères.  Or dans la présente campagne, aucune ne réunit pleinement , à mes yeux ( mais je reconnais volontiers que mon souhait est original, non parce qu’il serait impossible à mettre en œuvre, mais parce que toute la désinformation politique et médiatique porte à le faire regarder comme tel) , la double qualité

-    de dépasser l’affrontement dans les champs économiques, politiques et sociaux, entre une part de la droite et une part de la gauche;
        *le premier test en est de ne pas vouloir la continuation de la     superposition des scrutins majoritaires, et donc, pour le moins, l’introduction d’une part de proportionnelle devant enclencher d’autres réformes institutionnelles
          * le second test est d’offrir des choix programmatiques, capables de trouver des inspirations dans la réflexion de différentes familles politiques  ( et on peut faire, là, un diagnostic de l’esprit chaque candidat, comme des pointages  de ses propositions significatives)

-    de proposer, indissolublement en même temps, ce qui est tout à fait cohérent avec la recherche du renouvellement de la gestion du pays , une remise en cause de la doctrine libre-échangiste
               * le test essentiel est d’y inviter tous nos partenaires européens et il est tout à fait possible qu’un processus raisonnable puisse être mis à l’œuvre en ce sens
            * des tests pratiques sont de trouver des mesures de compétence nationale (il en existe, comme la TVA sociale si elle est bien construite)  qui privilégient la satisfaction de la demande par l’offre interne porteuse d’emplois nationaux .  

C’est effectivement, dans les deux domaines solidaires de l’économie et de la politique, la recherche d’une nouvelle forme de rassemblement national, dans l’intérêt collectif, pour l’emploi au bénéfice de tous les résidents en France (Français de toutes origines et immigrés à accueillir). Si l’on sait ne pas écouter certains bénéficiaires du double système  éco-politique (comme les gérants du négoce mondial, les vendeurs de duels,  ou ceux des machines partisanes) les conciliations  de nos intérêts nationaux entre eux et  avec ceux de nos partenaires économiques européens et du monde entier sont tout à fait concevables.

4 - Au regard de ces jeux de critères, chacun peut juger comment chaque candidature s’écarte tout à fait de les satisfaire ou s’en rapproche plus ou moins , ainsi que par les dialectiques que l’une ou l’autre peut enclencher. Il y a lieu, en effet, de tenir compte  non seulement des prises de positions affichées, mais de la faisabilité ou non de ce qui est affiché et, au-delà encore, des enchaînements politiques ou économiques qui pourraient résulter de telle ou telle présidence, assortie du troisième tour que pourraient être  des élections législatives.

A partir de cette table de raisonnement, j’ai fait mon propre choix…par défaut.

Je laisse le soin de tirer la conclusion d’un choix à ceux-là mêmes qui partagent mes critères. Il peut être différent du mien Car il y a une part de pari.  

Le mien est que l’on pourrait espérer que la remise en cause de la bipolarisation représenterait un tel effet de levier de changement que la transformation des modes politiques de gouvernance pourrait aboutir à ouvrir les portes de la réflexion économique et sociale dans le double sens
-    certes, d’un réalisme de politique  interne conduisant à des dosages équitables et efficaces
-    mais aussi, de la prise de conscience que le succès d’une politique économique et sociale passe obligatoirement  par des besoins de régulation des échanges mondiaux et que cette prise de conscience, les slogans retombés,  pourrait en venir à être partagée par des familles politiques différentes mais associées à devoir relever le défi français.

C’est un pari qui appartient à chacun.

PS – Retour sur l’effet des sondages
C’est un exemple d’application du principe d’indétermination de Heinsenberg (on ne peut pas connaître à la fois la vitesse et la position d’un électron ; son observation modifie l’une et l’autre). Ainsi, l’observation de l’électeur (dans ses intentions) et la publicité donnée aux résultats de cette observation modifient le comportement de l’observé, c.a.d. de l’électeur et donc de ses intentions.

Que les sondages influencent les choix, est donc bien clair, mais plus subtilement qu’on pourrait le penser, et en laissant une grande… indétermination :
 
-    SR a été choisie par les adhérents du PS, uniquement  parce qu’elle semblait devoir l’emporter sur NS
-    FB bénéficie, chez des clientèles voisines, d’une tentation de préférence au premier tour par rapport à SR parce que, dès lors que celle-ci n’a pas tenu le rang annoncé,  il semblerait pouvoir l’emporter sur NS au second tour
-     mais cette tentation diminue quand les chances apparentes de  SR augmentent ; des incertains se prenant  alors à  vouloir croire à nouveau dans sa victoire
-     l'éventualité de cette perspective renforce alors, dans les sensibilités adverses, la préférence NS ( qui augmente)  sur FB ( qui diminue)
-      ce qui stimule un nouveau cycle d’ évolutions
-    et ainsi de suite, en cercles incertains que ne fera cesser que le coup de sifflet du jour de la décision

 
Serait-il préférable que la démocratie fonctionne « dans le bleu » sans intégrer des essais de photos d’opinions comme éléments du choix de l’électeur ? Question oiseuse dès lors qu’il n’est pas question de voir cesser les pratiques des  sondages.




 
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Jeudi 5 avril 2007 4 05 /04 /Avr /2007 18:48
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : campagne présidentielle - Ecrire un commentaire
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L'élection présidentielle de 1974, avec l'émergence de VGE, a marqué le passage  de la République encore Gaulliste, quoique devenue le regime présidentiel et parlementaire à la fois que, d'une main de fer dans un gant de velours,  géra G.Pompidou, à une "démocratie majoritaire" fissurée par ses rivalités de courants. C'est dans le poste d'observation de membre, un  peu par hasard, du cabinet du Premier Ministre d'alors que j'ai  connu quelques éléments de contexte de cette compétition.
Le  débat télévisé  Giscard/Mitterrand  fait, aujourd'hui, l'attraction d'une scène de théâtre sur laquelle de bons comédiens s'essayent à restituer des personnages qui nous semblent bien désuets, et   dont les thèmes de débats sont aussi loin des nôtres que des réalités qui se préparaient et dont les partenaires semblent alors avoir peu conscience, à moins, qu'au contraire, ils n'aient aussi parfaitement caché leurs jeux que sur les allusions à Clermont-Ferrand, à propos de ce que des intelligences aussi reconnues devaient quand même pressentir des problèmes de l'Europe, des sociétés multi ethniques et de la mondialisation. Il ne perce que le pétrole et les questions d'énergie que P.Messmer avait lui parfaitement maîtrisées.

Ma BULLE qui suit se veut seulement un croquis  d'ambiance vue de ma modeste fenêtre du temps


- MOISE SAUVE DES EAUX -1974

 
 
 
 


 

Je connais tous les fils de la tapisserie représentant "Moise sauvé des eaux" qui a été longtemps derrière le siège du bureau du Premier ministre. Après son exercice physique dans le parc de Matignon, l'ancien gouverneur devenu chef du gouvernement avant la mort de Pompidou, recevait chaque jour, à une heure encore bien matinale, son cabinet restreint dont chaque membre se tenait debout devant son bureau. Lorsqu'à la tête du cabinet, l'inspecteur des finances très proche de Jacques Chirac remplaça le préfet de région qui souffrait beaucoup de telles séances sur les jambes, il introduisit la radicale réforme d'une réunion assise autour du Premier ministre. Cette réforme ne dura qu'un bref laps de temps. Le décès du président de la République fit oublier cette bonne résolution et l'on poursuivit jusqu'au terme du nouveau gouvernement la pratique précédente dans laquelle il n'y avait d'ailleurs aucune malice, mais une vieille habitude militaire.

 


 

J'étais vraiment arrivé dans cette équipe par hasard et heureux de l'estime que m'inspirait son patron, mais j'éprouvais quand même des contrariétés grandissantes.

 


 

Le hasard était né à Saint-Pierre et Miquelon. Aux législatives de 1973, deux candidats de la majorité s'y disputaient les suffrages des électeurs. L'un avait été camarade de classe de Michel Debré, lequel lui adressa avec sa chaleur habituelle, une lettre d'encouragement. Cet homme avait été, par ailleurs, directeur des Invalides de la Marine, en quelque sorte, la sécurité sociale et la caisse de retraite des marins. Sa signature, au bas des titres de pension était bien connue dans l'archipel des pêcheurs. Fort de ces deux gri-gri, il l'emporta sur l'autre compétiteur. Celui-ci était un ancien élève de l'École de la France d'Outre-Mer, camarade, lui, de Pierre Messmer.

 


 

En ce qui me concernait, un texte me nommant au poste de Haut commissaire aux Comores était en suspens de publication. A la veille des législatives, Michel Jobert, alors secrétaire général à la Présidence m'avait indiqué à la faveur d'une rencontre au salon d'honneur de l'aéroport d' Orly, qu'il fallait que j'attende le résultat des élections. Le pronostic était que Léo Hamon, député U.D.T. de Palaiseau, allait être battu par le maire communiste et qu'il faudrait que je sois là, puisqu'on s'aimait bien, "pour le consoler". Les élections apportèrent la défaite de Léo Hamon, mais aussi celle du camarade de Pierre Messmer. Quelques jours après les résultats, ce premier Ministre - qui entamait son deuxième tour- m'appela et m'indiqua que je ne partais plus aux Comores. Un mouvement d'administrateurs avait lieu pour faire place à l'ancien de la F.O.M. qui était nommé, je crois, dans le condominium franco-britannique des Nouvelles-Hébrides. Le jeu des nominations faisait que les Comores allait à quelqu'un d'autre que moi. "Pour me consoler" là encore - cette gestion publique était décidément très affective - il m'indiqua que je rejoignais son cabinet, ce qui ne se refuse pas. C'est ainsi que je vécus ensuite à Matignon toute la double courte période qui s'écoula de ces législatives au décès de Pompidou, puis de ce décès à l'élection de V.G.E. à la présidence de la République.

 


 

En ces circonstances où changeait le régime, commis à tout faire au sein du cabinet d'un chef de gouvernement, je connaissais, sans pouvoir naturellement les influencer, bien des dossiers. L'un des derniers plus importants fut l'hypothèse de ramener le mandat présidentiel à cinq ans. J'y voyais le levier - à l'encontre de l'esprit du fondateur de la Cinquième République - d'une transformation de celle-ci en régime franchement et définitivement bi-partisan, ce que je n'ai jamais apprécié. Le renoncement à cette réforme m'apporta bien satisfaction. Mais la vie courante - celle des affaires du même nom - était faite de questions multiples que l'on repassait allégrement au dernier venu que j'étais. Dès mon arrivée, je reçus la tâche de repêcher les battus de la dernière consultation législative. Il s'agissait d'aider divers anciens députés qui n'appartenaient pas à la fonction publique ou qui n'avaient pas des arrières assurés à retrouver un emploi. J'étais en quelque sorte l'A.P.E.C. de la majorité d'alors. Je reçus, avec leurs C.V., bien des visiteurs, dont certains sont restés illustres, en m'employant à mobiliser tout un réseau de correspondants - des grandes firmes nationales aux cabinets de conseils en passant par les établissements publics et les forces de vente des grandes marques de spiritueux - pour les recaser plus ou moins bien en attendant qu'ils retrouvent meilleure fortune. Ils s'étonnaient souvent du petit cagibi où j'officiais; mais je me trouvais ensuite promu vers le bureau blanc au dessus du perron. Ce bureau- aux murs parés de quelques tableaux dix-huitième - était celui de bien des confluences. On y accédait par la grande antichambre sur laquelle s'ouvrait la porte du patron et on en sortait sur un petit couloir menant à la noble pièce de Pierre Doueil qui conduisait avec un fin scepticisme l'orchestration du cabinet. C'était le lieu des affaires souvent insolubles et parfois empoisonnées - y compris celle du mouvement gaulliste que je fus un moment appelé à suivre un peu, encore que je n'ai jamais appartenu à ces formations - et des services qu'il fallait rendre à chacun. Bien des visiteurs venaient y bavarder, voire s'incruster. Un parlementaire en mission - qui s'appelait Tibéri - s'y fit installer un petit bureau dans un angle.

 


 

A cette époque, c'est à la seule Présidence qu'appartenait le pouvoir. Le président, malade, ne pouvait plus l'exercer. Ce pouvoir était donc piloté par ses proches. La liaison discrète avec l'Élysée passait par Pierre Juillet. J'allais parfois lui ouvrir de nuit, la porte du fond du parc, rue de Babylone. Le Premier ministre appliquait avec la plus intégrale loyauté cette formule de pouvoir délégué. J'étais une petite charnière dans le fonctionnement du système. J'y gagnais une relation un peu privilégiée avec Pierre Juillet et Marie France Garaud. Or, leur mission rapprochée auprès du Chef de l'État comportait de veiller sur Chambord, certainement parce que le Président était sensible à ces lieux, évidemment aussi parce que l'un vibrait pour la chasse et l'autre pour le pouvoir. Ils me chargèrent de mettre la capacité de décision administrative que me donnait ma fonction au service de la cohérence de Chambord. Lorsqu'ils me dirent :

 


 

« Chambord a été fait pour la chasse, l'amour et la politique »,

 


 

je leur répondis que c'était tout pareil : "le goût de la poursuite", ce qui scella entre nous une forme de connivence m'ayant aidé à surmonter bien de nos différences d'esprit.

 


 

C'est ainsi que je pris cette fonction, alors bénévole, de "commissaire à Chambord". Je m'y attelais avec passion. N'était-ce une forme de fuite? Il m'amusait aussi de laisser parfois ce seul dossier sur mon bureau avant de quitter tardivement les lieux du pouvoir. Une règle de précaution était établie pour quelques bureaux du cabinet : tous les papiers devaient être rangés sous clef avant le départ de l'occupant. Le commandant du Palais - qui gagna, peut-être, dans les relations de ces fonctions, un avenir de ministre, par des étapes qui se révélèrent peuplés d'embûches - faisait faire une ronde de nuit par ses gardes républicains. Ceux-ci ramassaient tout ce qui traînait qu'il fallait leur demander le lendemain matin. Ces hommes étaient souvent les mêmes que ceux que j'avais connus douze ans plus tôt lors de mon premier séjour rue de Varenne. Chargé de mission, alors, au secrétariat général du gouvernement, j'avais été logé dans un petit bureau sur la cour du 57, bien noble, mais bien sale et j'avais entrepris, un jour, de le nettoyer moi-même, en apportant de l'ajax , des éponges et un seau. Les gardes aimaient alors me rappeler qu'au moins maintenant je ne lessivais plus les murs de Matignon.

 


 

Travailler auprès de Pierre Messmer était une permanente leçon d'État. Il inspirait l'estime par son sens du devoir, sa capacité de synthèse simplificatrice et sa totale indifférence à la popularité. Il exerçait sa compétence dans le double registre du principe de réalité et du principe d'anticipation. D'un côté, il se soumettait aux événements en admettant brutalement les faits : "Lip c'est fini". D'un autre côté, il cherchait comme il avait toujours fait dans sa vie, et malgré le caractère manifestement transitoire de sa mission, à prévoir et à organiser l'avenir. Par exemple, il discerna, avant tous, l'ampleur mûrissante de l'affaire corse. Il se rendit dans l'île dénoncer le piège du rêve de l'autarcie sur la terre natale et engager des lignes de réformes raisonnables que la suite des événements de la France jetèrent dans l'oubli. Alors que le monde politique vibrionnait d'intrigues, il avait considéré que le grand enjeu de sa gestion était de mettre en oeuvre le choix nucléaire civil. Je me rappelle sa main calligraphiant ses notes en ce sens. C'est dans de telles tâches qu'il avait le sentiment de remplir son rôle. Il était plus porté à une expression rigoureuse qu'abondante. Chargé d'écrire un certain nombre de ses discours et interventions, je voyais mes projets de textes chaque fois sévèrement épurés. Peu lui importait, de même, de séduire les médias, encore qu'il accepta un jour de s'entraîner à l'expression télévisée. C'était après qu'un "news" ait fait sa couverture de la photo du chef du gouvernement avec la manchette "Messmer doit partir". Le responsable de la communication - alors un jeune de ce métier, J.J. de Peretti - n'avait, à l'évidence, pas réussi dans sa fonction, mais ne s'attira pas un reproche.

 

Une telle hauteur à l'égard de ce que pouvaient penser ceux qu'il n'estimait pas ne le destinait sans doute guère, après la mort de Pompidou, à être, lors de l'une des phases de la bataille de succession, candidat à la Présidence. Ayant été chargé, sous Messmer III, des affaires sociales et culturelles, je m'efforçais de comprendre ces enjeux, mais la vie de Matignon fut alors surtout dominée par les combats pour l'élection présidentielle.

 


 

Je n'imaginais guère la victoire de "mon" Premier ministre, mais j'aimais cette hypothèse. J'ai vite compris qu'elle avait servi aux supporters de V.G.E. à enfoncer Chaban-Delmas. On fit valoir que, sur deux premiers ministres, l'un, Messmer, avait su se retirer et l'autre, Chaban, non. Michèle Cotta raconte parfaitement toutes ces péripéties dans l'un de ses ouvrages : "la VIeme République". Elle a reçu bien des confidences qu'il est inutile de répéter.

 


 

Pourtant, les amis de V.G.E. n'avait pas ménagé le premier Ministre sur des dossiers sensibles. Face d'une part à la revendication pour l'avortement, d'autre part à l'hostilité de différents milieux envers une perspective de légalisation de celui-ci, nous avions préparé, en particulier avec Jacques Sourdille, un texte bien modéré qui ouvrait aux femmes la possibilité de l'I.V.G. en cas d'état de détresse reconnu par deux médecins. Ce projet fut taillé en pièces par la droite indépendante; mais quelques mois après, sous la nouvelle présidence, la loi Veil faisait sauter presque toutes les barrières. Je n'ai sans doute jamais rien compris à la politique ou, tout du moins, jamais rien admis de ses manoeuvres.

 


 

Ainsi, mon estime pour Pierre Messmer ne fut pas l'adhésion à ce qui se déroulait. Mais la République est bonne fille. Chacun sut mes états d'âme, mais les vainqueurs ne m'en tinrent aucune rigueur. C'est avec élégance que le jeune nouveau chef de l'État - sans doute bien inspiré par Jacques Chirac, fidèle en amitié - me donna, malgré ma jeunesse et mes impertinences, "les plumes blanches", sous la forme toutefois un peu subordonnée de directeur de cabinet du préfet de la région Ile de France. Il est vrai que je conservais une charge extra-territoriale qui le passionnait plus encore : celle des chasses de Chambord.

 


 

Aux premiers temps de son mandat, je l'ai accueilli, sur place, plusieurs fois, le dimanche, à l'aube. Il semblait apprécier mon soin pour tout le Domaine et c'est pourquoi sans doute, il me proposa, au débotté d'un tir matinal, la direction des Musées de France. Je marquais ma préférence pour le corps préfectoral. Avec la plus grande correction et la plus grande délicatesse, il en pris acte et je fus nommé en Loir et Cher : son département de résidence privée. Il m'avait toutefois dit :

 


 

«  préfet... préfet... Enfin, si vous voulez ».

 


 

C'était bien dans le même esprit qu'il m'avait décoché cette petite flèche au salon d'honneur à Orly, lorsque venant de quitter le cabinet du secrétaire d'État aux Finances, je me trouvais sous-préfet de Palaiseau, commis à l'aéroport aux réceptions de personnalités :

 


 

«  alors vous êtes passé des affaires nationales aux affaires cantonales ».

 

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Vendredi 2 mars 2007 5 02 /03 /Mars /2007 21:08
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : campagne présidentielle - Ecrire un commentaire
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 LES POLITQUES INTERDITS DE POUVOIR PAR LES ÉCONOMISTES & les MEDIAS

Après Fabius, dans son camp, Nicolas Dupont-Aignan - désormais semble-t-il hors du sien -  est bien courageux. On sait que le cercle des économistes et autres "think thank" ont, en substance, interdit aux politiques de mettre en cause les deux piliers du système euro- mondial :  l'indépendance de la Banque Centrale Européennne et le libre échange. Il y a ceux qui obéissent , comme beaucoup d'organes de presse et de l'audio-visuel, comme Angela Merkel qui s'est élévée contre les velléités françaises de réflechir sur l'exercice du pouvoir monétaire. Il y a ceux qui sont pieds et poings liés par le système comme le "socialisme" allemand piégé dans la grande coalition. Il y a les très mauvais éléves qui ont tous été punis  : il n'y a pas une personnalité  politique française de droite (comme M.F. Garaud, Pasqua, Seguin, Villiers) ou de gauche ( comme Chevènement ou Fabius) ayant tenté de faire évoluer vers une autre Europe qui n'ait payé  cette audace de sa carrière .

C'est bien pourquoi d'ailleurs sans doute, le réalisme de Chirac l'a conduit de Cochin à Maastricht, tandis qu'on rapporte de Mitterrand  qu'il aurait bien su qu'il fallait choisir entre l'Europe et le socialisme. Pour "rendre le pouvoir aux Français", il faudrait effectivement qu'ils puissent inspirer à leurs gouvernants plus de capacités que celles tout juste de s'ajuster à l'ordre mondial : soit par de gros pansements sociaux, soit par d'aléatoires  chirurgies libérales. Les premiers trouvant mal, sans compromettre l'économie, les moyens d'être financés; les secondes ne suffisant certainement même pas à nous mettre en état de compétitivité au regard des avantages des "low costs countries" .
 
Pour une fois, "l'hebdo des socialistes" de cette semaine prend la dimension de la logique libérale - que ses propres représentants au pouvoir ont eux-même pour partie appliquée, il n'y a pas si longtemps - parce qu'elle constitue l'armature des "inquiétantes ruptures de M. Sarkozy" ( c'est le titre de la publication) . J'apprécie cette analyse qu'on croirait tirée de mes papiers précédents sur les effets du libre-échange (par définition sans régulation)  qui constitue l'arme atomique du libéralisme sans frein . Tout ce qui est dit est d'un diagnostic bel et bon, mais  il faudrait aller à  la  racine des causes appelant les regressions sociales  , puis à la critique et aux propositions de réforme de ce levier du système euro-mondial qu'est le libre-échange.  Il faut encore un effort rue de Solférino et chez Désirs d'Avenir  pour mettre en face du procès  des "ruptures" , un programme de l'imagination.  Peut-on espérer dans la fécondité du  "débat participatif" qui est aussi une manière de rendre le pouvoir aux Français? Comment ceux-ci peuvent-ils devenir capables d'être plus pertinents que résignés, lorsqu'en dehors de quelques cercles ( où l'on trouve aussi bien certains  altermondialisdes que certains souverainistes, ce qui n'est pas aussi antinomique qu'on peut le penser ) et de certaines  publications  hétérodoxes  (dont nous donnerons les liens ), le choeur dominant des médias de convenance et le show biz des émissions politiques  fait l'impasse sur les vrais débats  au profit du culte des passions divisant les Français ? 
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Dimanche 14 janvier 2007 7 14 /01 /Jan /2007 09:06
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : campagne présidentielle - Ecrire un commentaire
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