1 - Ils sont fondés sur mes convictions ( qu’on peut ne pas partager) que les plus mauvaises choses pour la France sont exactement les piliers de son système actuel (et voilà pourquoi …notre situation n’est pas bonne). Il est constitué en effet
- au plan économique, de la soumission, via notamment l’Union Européenne telle qu’elle fonctionne, à la doctrine du libre échange commercial international;
- au plan politique, par déformation des institutions d’origine de la Veme République, d’une bipolarisation à la française, représentant la forme la plus intense et perverse des régimes bi-partisan des démocraties contemporaines.
Or libre échangisme à la mode européenne, et régime d’alternance à la mode française, constituent ensemble la double vulgate que défend avec acharnement la quasi totalité de l’establishment.
C’est dire que l’addition de mes deux critères fondamentaux d’appréciation va complètement à l’inverse de la pensée dominante qui nous a été imposée et que je ne saurai identifier une candidature qui satisfasse les deux à la fois.
On est encore plus navré lorsqu’on constate que les rares qui récusent les vertus du libre-échangisme, soutiennent, pour certains au nom de la gauche, pour d’autres au nom de la droite, le thème de la vertu de la compétition frontale entre les deux camps, alors que les plus déshérités de nos concitoyens, déboussolés par leurs déceptions, se répartissent dans tous les électorats si bien que cette grosse majorité, issue de toutes sensibilités, qui a refusé le traité européen de libre-échange, n’a donc personne pour porter ses voix.
2 – En revenant un instant sur le fond, il faut remettre en exergue les deux effets conjugués de la vulgate.
A - Au plan économique, le libre échange (obligatoirement accompagné par la gestion monétariste) plutôt qu’un juste échange (cf. mes différents articles et communication sur ces questions) implique tout le reste. Quelles que soient les bonnes réformes ( et les coûteux pansements sociaux) ou les inquiétantes ruptures (et les dégâts sociaux) en politique économique et sociale intérieure, elles ne sauraient, ni les unes ni les autres être efficacement conduites, sans être jumelées à des régulations permettant une part de sauvegarde des activités nationales dans le respect des intérêts de nos partenaires européens et tiers. C’est à la condition de cette combinaison de mesures internes et d’un changement de politique commerciale externe européenne que l’on pourrait
- avoir les protections et surtout les créations nécessaires d’emploi, ce à quoi ne suffiront ni l’innovation, ni les services, ce que ne semblent pas parvenir à percevoir des « économistes » dont notoriété et compétence ne sont manifestement pas au même niveau lorsqu’ils confondent bonnes intentions et effets macro-économiques
- construire un vrai moyen de co-développement nord-sud
- trouver un dosage raisonnable entre équité sociale ( et notamment fiscale), qualité des services publics et capacité concurrentielle
- réunir de meilleures chances pour la cohésion d’une société multi-ethnique et multi culturelle,
- assurer les précautions indispensables – impossibles en économie purement concurrentielle mondiale - à la survie de la planète et à la préservation de nos ressources
Il n’est donc pas utile de décliner ces cinq points comme critères de choix entre candidatures, puisque sans une bonne combinaison des adaptations internes et extérieures, toute annonce de droite ou de gauche ne semble pas pouvoir être porteuse de solutions sur la durée.
B - Au plan politique, le mal fondamental ( cf « Trois Illusions qui nous gouvernent ») est dans cette « bipolarisation à la française » résultant de la superposition du scrutin majoritaire présidentiel et du scrutin parlementaire également majoritaire, avec des conséquences amplifiées par les mœurs politico-médiatiques.
Nourrie de sectarismes réciproques, elle promet une véritable guerre civile morale, dans la suite des alternances ayant conféré tour à tour le pouvoir à des minorités gagnantes par le jeu de circonstances aléatoires, mais dans lesquelles les Français ne se reconnaissent pas. Elle entretient des compétitions largement stériles, une monopolisation du pouvoir par deux partis dominants qui sont étanches au renouvellement en profondeur de la pensée et des stratégies. La marge de manœuvre de chacun est très étroite et les conduit à la fois à mettre en œuvre d’une part un tronc commun qui se révèle impuissant à traiter des problèmes du pays, d’autre part, leurs propres variantes de préférences qui sont l’une comme l’autre marquée, au plan économique, fiscal, social, civique, psychologique,etc. par des préjugés et par des choix abusifs de recettes et de clientèles.
3 –Ma démarche logique est de classer les principales candidatures sur l’échelle de mes critères. Or dans la présente campagne, aucune ne réunit pleinement , à mes yeux ( mais je reconnais volontiers que mon souhait est original, non parce qu’il serait impossible à mettre en œuvre, mais parce que toute la désinformation politique et médiatique porte à le faire regarder comme tel) , la double qualité
- de dépasser l’affrontement dans les champs économiques, politiques et sociaux, entre une part de la droite et une part de la gauche;
*le premier test en est de ne pas vouloir la continuation de la superposition des scrutins majoritaires, et donc, pour le moins, l’introduction d’une part de proportionnelle devant enclencher d’autres réformes institutionnelles
* le second test est d’offrir des choix programmatiques, capables de trouver des inspirations dans la réflexion de différentes familles politiques ( et on peut faire, là, un diagnostic de l’esprit chaque candidat, comme des pointages de ses propositions significatives)
- de proposer, indissolublement en même temps, ce qui est tout à fait cohérent avec la recherche du renouvellement de la gestion du pays , une remise en cause de la doctrine libre-échangiste
* le test essentiel est d’y inviter tous nos partenaires européens et il est tout à fait possible qu’un processus raisonnable puisse être mis à l’œuvre en ce sens
* des tests pratiques sont de trouver des mesures de compétence nationale (il en existe, comme la TVA sociale si elle est bien construite) qui privilégient la satisfaction de la demande par l’offre interne porteuse d’emplois nationaux .
C’est effectivement, dans les deux domaines solidaires de l’économie et de la politique, la recherche d’une nouvelle forme de rassemblement national, dans l’intérêt collectif, pour l’emploi au bénéfice de tous les résidents en France (Français de toutes origines et immigrés à accueillir). Si l’on sait ne pas écouter certains bénéficiaires du double système éco-politique (comme les gérants du négoce mondial, les vendeurs de duels, ou ceux des machines partisanes) les conciliations de nos intérêts nationaux entre eux et avec ceux de nos partenaires économiques européens et du monde entier sont tout à fait concevables.
4 - Au regard de ces jeux de critères, chacun peut juger comment chaque candidature s’écarte tout à fait de les satisfaire ou s’en rapproche plus ou moins , ainsi que par les dialectiques que l’une ou l’autre peut enclencher. Il y a lieu, en effet, de tenir compte non seulement des prises de positions affichées, mais de la faisabilité ou non de ce qui est affiché et, au-delà encore, des enchaînements politiques ou économiques qui pourraient résulter de telle ou telle présidence, assortie du troisième tour que pourraient être des élections législatives.
A partir de cette table de raisonnement, j’ai fait mon propre choix…par défaut.
Je laisse le soin de tirer la conclusion d’un choix à ceux-là mêmes qui partagent mes critères. Il peut être différent du mien Car il y a une part de pari.
Le mien est que l’on pourrait espérer que la remise en cause de la bipolarisation représenterait un tel effet de levier de changement que la transformation des modes politiques de gouvernance pourrait aboutir à ouvrir les portes de la réflexion économique et sociale dans le double sens
- certes, d’un réalisme de politique interne conduisant à des dosages équitables et efficaces
- mais aussi, de la prise de conscience que le succès d’une politique économique et sociale passe obligatoirement par des besoins de régulation des échanges mondiaux et que cette prise de conscience, les slogans retombés, pourrait en venir à être partagée par des familles politiques différentes mais associées à devoir relever le défi français.
C’est un pari qui appartient à chacun.
PS – Retour sur l’effet des sondages
C’est un exemple d’application du principe d’indétermination de Heinsenberg (on ne peut pas connaître à la fois la vitesse et la position d’un électron ; son observation modifie l’une et l’autre). Ainsi, l’observation de l’électeur (dans ses intentions) et la publicité donnée aux résultats de cette observation modifient le comportement de l’observé, c.a.d. de l’électeur et donc de ses intentions.
Que les sondages influencent les choix, est donc bien clair, mais plus subtilement qu’on pourrait le penser, et en laissant une grande… indétermination :
- SR a été choisie par les adhérents du PS, uniquement parce qu’elle semblait devoir l’emporter sur NS
- FB bénéficie, chez des clientèles voisines, d’une tentation de préférence au premier tour par rapport à SR parce que, dès lors que celle-ci n’a pas tenu le rang annoncé, il semblerait pouvoir l’emporter sur NS au second tour
- mais cette tentation diminue quand les chances apparentes de SR augmentent ; des incertains se prenant alors à vouloir croire à nouveau dans sa victoire
- l'éventualité de cette perspective renforce alors, dans les sensibilités adverses, la préférence NS ( qui augmente) sur FB ( qui diminue)
- ce qui stimule un nouveau cycle d’ évolutions
- et ainsi de suite, en cercles incertains que ne fera cesser que le coup de sifflet du jour de la décision
Serait-il préférable que la démocratie fonctionne « dans le bleu » sans intégrer des essais de photos d’opinions comme éléments du choix de l’électeur ? Question oiseuse dès lors qu’il n’est pas question de voir cesser les pratiques des sondages.
0
Derniers Commentaires