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POURQUOI CE BLOG



L'objet de ce site est de baliser par quelques souvenirs éloquents l'histoire récente et de faire contribuer ces expériences, par des commentaires d'actualité, à éclairer et choisir les changements, en s'interrogeant sur les propositions des politiques et les analyses des essaiystes. Par ailleurs, à côté des problèmes de société (parfois traités de manière si impertinente que la rubrique "hors des clous"a été conçue pour les accueillir), place a été faite à "l'évasion" avec des incursions dans la peinture, le tourisme, la littérature,  des chansons, ce qui constitue aussi des aperçus sur l'histoire vécue.

 
Identité de l’auteur
vous pouvez lui écrire à <gerard.belorgey@wanadoo.fr>

Né en 1933, appartenant à la génération dont l'enfance a été marquée par la deuxième guerre mondiale, l'occupation et la Résistance, l'adolescence par la Libération, la guerre froide, puis par de clairvoyants engagements pour les décolonisations, l'auteur a ensuite partagé sa vie professionnelle entre le service public (il a notamment été préfet, délégué à l’emploi, directeur des affaires économiques de l’outre-mer, président de la chaîne de radio-télévision, RFO), l'enseignement et la publication d’ouvrages de sciences politiques (il est aujourd’hui membre du comité de rédaction et
collaborateur régulier de la "Revue Politique et Parlementaire"). Il a également assumé des missions dans de grandes entreprises en restructuration (Boussac, Usinor/Sacilor), puis a été conseil d’organismes professionnels.

Alors que ses condisciples ont été en particulier Michel Rocard et Jacques Chirac (il a partagé la jeunesse militante du premier dans les années cinquante et fait entrer le second à Matignon dans les années 60, avant d'être son premier collaborateur à l’Emploi, pour la négociation de Grenelle et au secrétariat d’Etat aux Finances, il n'a suivi ni l'un, ni l'autre dans leurs itinéraires. En effet, dans le domaine politique, comme il ressort de ses publications (cf. infra), Gérard Bélorgey n’a rallié ni la vulgate de la Veme république sur les bienfaits de l’alternance entre partis dominants, ni les tenants du catéchisme du libre-échange mondial. Il ne se résigne donc pas à TINA ("there is no alternative" au libéralisme). Tout en reconnaissant les apports autant que les limites de ceux qui ont été aux affaires et avec lesquels il a travaillé, il ne se résigne pas non plus à trouver satisfaction dans tel ou tel programme de camp. Mesurant combien notre société multiculturelle, injuste et caricaturalement mondialisée, souffre aussi bien des impasses de l’angélisme que des progrès de l’inégalité et des dangers de l’autoritarisme, il voudrait contribuer à un réalisme sans démagogie.

Partie de ses archives est déposée dans les Fonds d'Histoire contemporaine de la Fondation des Sciences Poltiques (http://centre-histoire.sciences-po.fr/archives/index.html)

Il a écrit et existé sous d'autres noms que celui sous lequel il a signé des ouvrages fondamentaux que furent "le gouvernement et l'administration de la France" ( 1967), "la France décentralisée" ( 1984), "Les Dom-Tom" (1994)  : le peuso de Serge Adour correspond à l'époque de la guerre d'Algérie et à une grande série de papiers dans Le Monde en  1957 , celui d'Olivier Memling à l'écriture du recueil de poèmes "Sablier " (couronné en 1980 par l'Académie Française et référé  dans l'histoire littéraire du XXeme Siècle de Hachette) et aux chansons qui en sont issues, celui de  Gérard Olivier à son analyse dans de  grands quotidiens de la décentralisation en 1981/82; celui de Solon  (malheureusement partagée par erreur avec d'autres auteurs) à la publication en 1988 de "la démocratie absolue" . Cessant de vivre un peu masqué, il retrouve son nom en 1998 pour "Trois Illusions qui nous gouvernent", puis à compter de 2000 pour "Bulles d'Histoire et autres contes vrais " (série de coups de projecteurs sur notre monde  qui seront souvent repris ci-dessous), ainsi que pour de  nombreux articles dans  diverses revues. En 2009, son récit "la course de printemps" revient sur la guerre d'Algérie.

stratégies politiques



Ayant évoqué hier mon essai au "centre", c'est à dire hors des camps, en 1981, je mets aujourd'hui en ligne , extrait de "Bulles d'Histoire" (Phenix Editions), la relation de ce "faux pas" du temps qui m'a largement coûté ma carrière. Je n'en regrette rien, tant il est vrai que pour faire avancer les choses, il faut que "le démineur saute". C'est aussi un vrai document sur l'esprit du temps, tel qu'il pèse encore trop sur les cerveaux d'aujourdhui.



- IL FAUT CHOISIR SON CAMP   /1981.

 

 

 
 

 

 

"Si le député, ancien résistant, ancien ministre, alors maire du chef lieu, réputé "sans étiquette", soutien du gouvernement à Paris et critique de celui-ci dans sa circonscription, s'était représenté à l'occasion de ces législatives 1981, je n'y aurais pas été. Mais la place était vide, pour une candidature "sans étiquette". J'étais un peu connu dans ce département dans lequel je résidai et où j'avais été en poste préfectoral quelques années auparavant. J'étais disponible puisque sans métier privé, ni fonction administrative, à la tête de trois sous. François Mitterrand venait d'être élu et la dissolution séparait la France en deux camps.

 

 

 

Tout mon itinéraire et toute ma vie précédente de service public me faisaient répulsion de cette division. Je mesurais les faiblesses et les lacunes de la gestion de la droite. Je considérais comme peu crédible le programme socialiste tout en estimant sympathique son inspiration. Je me résolus à y aller, sans afficher d'appartenance. Je recueillis des soutiens d'estime,  mais plus encore, beaucoup d'étonnement,  voire de réprobation :  comment un ancien haut fonctionnaire de la Cinquième République, pouvait-il ne pas prendre l'étiquette de l'U.N.M., formation de circonstances qui s'était constituée pour réunir en un bataillon défensif les soutiens de Jacques Chirac comme de V.G.E., bien qu'ils se fussent entre-déchirés. Je fus l'objet de bien des démarches pour y consentir et je faillis céder à des  amis tels que Jacques Toubon qui faisait serrer les rangs. En effet,  je me sentais en vérité plus proche d'un héritage gaulliste  intelligent que d'une idéologie socialiste dans laquelle je ne pouvais pas avoir confiance puisque ces équipes s'étaient à peu près trompées sur tout et que le culte de l'erreur n'est pas le chemin des réformes. Mais, sûr, avec mes voix personnelles, d'être élu si je prenais l'étiquette de la droite qui autrement allait perdre le siège, je ne me voyais pas, par la suite,  appartenir à un groupe parlementaire d'opposition dont bien des thèmes seraient réactionnaires et dont le seul but serait de harceler un nouveau pouvoir. Peut-être aussi, le fait que mon frère courait pour sa part sous la bannière socialiste m'a-t-il aussi écarté de prendre l'étiquette adverse.

 

 

 

Je me suis donc jeté à l'eau,  dans une aventure solitaire, en refusant de prendre tout engagement d'inscription auprès d'un groupe politique. J'ai été alors ménagé par la gauche qui a bénéficié au second tour de mon absence de désistement et, particulièrement, désigné, par la droite, comme le candidat à abattre, ce qui était dans la logique de son aveuglement bipolaire. J'ai été persuadé, chaque jour un peu plus, que j'allais à l'échec. J'étais convaincu, de même, quand je suivais la campagne des autres, que la seule raison  était dans la recherche de ce juste milieu conseillé par le géomètre de Voltaire dans l'Homme aux quarante écus : " On a tort des deux côtés. Gardez le milieu en tout. Rien de trop." Je recherchai cette place au centre que tout pourtant condamnait : notre scrutin majoritaire, notre conditionnement culturel se traduisant dans ces réactions brutalement affectives et passionnément de mauvaise foi,  de droite ou de gauche, que je rencontrais sur le terrain. Rien d'autre alors ne pouvait exister. Quand, à cette époque, le Centre d'Information Civique faisait une campagne contre l'abstention, il publiait une affiche sur laquelle un homme regardait ses deux mains et disait :" je distingue ma gauche de ma droite, donc, je vote". Quand les Renseignements Généraux et les bureaux des élections des préfectures, au soir des scrutins, classaient les candidats, la grille officielle du ministère de l'Intérieur ne leur offrait, outre les grands partis,  que "divers droite" et "divers gauche", mais en aucun cas "centre". Les deux coalitions ne laissaient aucune possibilité d'espace intellectuel ou politique que l'une ou l'autre ne puisse drainer. C'est dans cette absence d'espace que je me suis engagé. Avec qui?

 

 

 

D'abord avec un merveilleux suppléant, conseiller général modéré et dynamique qui, après ce galop d'essai, au fond excellent pour lui, est d'ailleurs devenu plus tard sénateur de l'Union centriste, parce que le système électoral de l'assemblée du Luxembourg autorise ce positionnement. L'éclat de son regard tenait - je m'en suis aperçu après une bourde - à ce qu'il avait, sous ses lunettes,  un joli strabisme. Nous avons fait ensemble les photos pour les affiches de la campagne et je me  rappelle qu'au moment du choix j'ai récusé l'une d'entre elles en notant : "pas celle-là , je louche un peu " .  "Et moi", me dit-il". C'est à ce moment là que je me suis aperçu que ses yeux divergeaient. Mais nous, nous convergions bien pour nous faire comprendre par une partie de l'électorat étonné, mais attentif à une troisième voie. Ce sont les bourgs et les pays du vignoble qui nous ont donné le plus de suffrages, les grands espaces de monoculture et les secteurs urbains se répartissant entre les deux grands camps. Quant aux équipes qui travaillaient pour nous, il faut reconnaître qu'elles provenaient plutôt des milieux traditionnellement contestataires, sans doute parfois de l'extrême gauche ou de l'extrême droite. Nous avons rallié beaucoup de ceux qui, quinze ans plus tard, ne se reconnaîtront pas dans le panel politique classique, et  pour le niveau que ces voix représentent en moyenne en France, c'est à dire, à peu près, pour le petit quinze pour cent qui fut notre score.

 

 

 

Ils furent gagnés de haute lutte avec des moyens artisanaux. Nous avions un tout petit budget que n'alimenta aucun parti. Ce sont nos enfants et des amis qui furent les colleurs de nos affiches que faisait vite lacérer ou recouvrir le candidat de la majorité sortante, sortant d'ailleurs de l'establishment, provenant du cabinet de la présidence de la République et doté de moyens considérables pour battre un traître. Nos impressions, distributions et mailing de professions et foi et de prospectus durent prendre la forme de réponses à des campagnes d'intense dénigrement. Nos réunions publiques furent très suivies et très combattues par les amis du député sortant qui ne se découvrait plus "sans étiquette", mais, avant d'apporter son soutien à la décentralisation du futur ministre de l'Intérieur,  contre tout ce qui n'était pas dans la coalition antisocialiste. Le système binaire triomphait. Ses sbires, ses papiers, ses interviews m'interpellaient sur le thème "il faut choisir son  camp".

 

 

 

J'en suis sorti battu, exclu par beaucoup, poursuivi de diverses vindictes, regardé comme ambigu ou farfelu, ne pouvant compter que sur quelques-uns et sur  moi pour retrouver une route, un métier, une faculté d'expression, solitaire et meurtri , mais je n'ai jamais choisi mon camp; parce que je ne crois pas aux camps. Ils ne peuvent que conquérir le pouvoir. Ils ne sauront jamais bien le gérer. Ils sont donc fait pour le perdre ensuite. Et la roue pour tourner. C'est l'alternance.

 

 

 

L'homme qui m'est le plus proche - mon frère -  lui, avait choisi son camp. En 1981, comme les fois précédentes, il se présentait comme socialiste. Non pour faire carrière, peut-être par conviction, mais ce dont je suis sûr, à cause de moi. A cause des enchaînements par lesquels j'avais marqué sa jeunesse. Enfant encore, il me demandait, assis dans un coin, d'assister à nos échanges de vues, chez nous, avec un jeune militant, Michel Rocard. Plus tard, lorsque je gérais les affaires de l'emploi, je lui confiais, à titre personnel, comptant sur sa compétence de jeune auditeur au Conseil d'État, le soin de réviser, au plan juridique, nos projets sur la couverture chômage, la participation ou la formation. C'était l'époque - 1967/68 - ou un jeune secrétaire d' État qui était Jacques Chirac travaillait tous les jours, bien souvent par mon intermédiaire,  avec un chef du service des affaires sociales au Plan qui était Jacques Delors. Pendant les événements de mai, j'avais réussi, par ailleurs, sans qu'il en sorte rien, à faire que mes deux condisciples - Jacques et Michel - se rencontrent à ma table et essaient de se comprendre. Lorsque le premier est passé aux Finances et que je l'ai accompagné, Jacques Delors qui n'avait pas fait sa route vers le P.S. s'est inquiété du suivi des dossiers sociaux et je lui ai indiqué qu'ils étaient bien connus par Jean-Michel. C'est ainsi  que la liaison s'est faite entre eux, au secrétariat général à la Formation professionnelle à la création duquel j'ai d'ailleurs veillé rue de Rivoli. Ils sont restés en relations en travaillant, l'un et l'autre, avec Lenoir, puis pour Chaban. Mon frère a suivi J. Delors dans l'itinéraire qui devait le conduire au P.S.. Du vocable "socialiste", Jean-Michel a surtout retenu le terme "social", siglant l'univers de dévouement dans lequel il a pris les seuls véritables engagements de sa vie. Pour le reste, il n'a jamais apprécié - je crois pouvoir l'affirmer - ni la politique politicienne, ni son pilotage par François Mitterrand. Il s'est d'ailleurs volontairement retiré, trois législatures plus tard, de briguer un siège que l'électorat de l'Allier ne lui aurait, une nouvelle fois, pas refusé.

 

 

 

En 1981, je ne partageais pas ses espoirs dans cette gestion socialiste qui a d'ailleurs fini, je pense, par le décevoir profondément; plus, par l'irriter de manière incommensurable. Mais,  il est sans doute vrai que l'une des raisons - dont l'aveu à moi-même ne m'a jamais alors qu'effleuré - pour lesquelles, en 1981, je suis parti seul dans ce combat électoral perdu, fut que je ne voulais pas, en acceptant l'étiquette de la droite, être placé en adversaire à son égard. Trop de relations, trop d'éditeurs ont espéré regarder ou publier un combat fratricide. Nous ne leur avons pas donné cette satisfaction. Il faut choisir son camp. Nous avons choisi celui de la probité, celui de la fraternité, avec toutes ses difficultés de communication entre nous. Écolier découvrant les humanités, il avait rêvé romantiquement pour nous : " les Gracques ou rien". C'était au temps où je le conduisais encore à l'école. J'essayais de lui expliquer que ce n'était plus de notre époque. Alors il marchait en tête, deux pas en avant, comme il fait encore. Puis il revenait avec un camarade d'école - le fils de l'infirmière de ma mère, auquel j'ai du donner, aussi, le virus de l'administration puisqu'il a fait le métier préfectoral jusque sous les tropiques et comme "grand chef de flics" - et tous les deux  me donnaient des crocs en jambes. Dieu merci, ils n'avaient pas de galoches comme celles que je portais au début de la guerre à la communale de Redon. Les Gracques n'existent plus. J'ai préféré être rien."

 

 

PS :

- Cette candidature a eu lieu dans la circonscription législative incluant Blois, un peu de Beauce et une part du Sud Loire du département de Loir-et-Cher.

- S'agissant des relations par lesquelles Jean-Michel et Jacques Delors en sont venus à travailler ensemble, la part que, dans ces souvenirs,  je m'accorde à leur établissement est sans doute présentée comme trop déterminante, puisque mon frère - ainsi qu'il le rappelle lui-même dans quelques écrits - était déjà en relations intellectuelles étroites avec le chef du service des affaires sociales au Plan que fut J.Delors, en particulier pour la réalisation du premier rapport sur les indicateurs sociaux.

- Malgré l'isolement et la réprobation qui me frappèrent, je tiens à dire que des personnalités de droite comme de gauche m'ont, après un peu de purgatoire, apporté leur soutien pour m'assurer un avenir. C'est au Président de la République sortant, VGE, que je dois d'avoir été réadmis dans le corps préfectoral, puis - les liens entre P. Sudreau et Defferre faisant manifestement obstacle à mon retour dans l'administration - à Dominique de la Martinière qui dirigeait alors l'Institut de Développment Industriel  d'avoir été, par Mauroy Premier ministre d'alors,  mis à la disposition de cet IDI pour faire partie de l'équipe de gestion de l'affaire Boussac ( voir précédente chronique).

Je renouvelle à Michel Delebarre l'expression de mon estime et de ma reconnaissance pour l'écoute qu'il m'a donnée sur l'affaire Boussac et pour la confiance qu'il m'a ensuite accordée en m'appelant auprès de lui pour la misssion Jeunes, puis comme Délégué à l'Emploi, fonction dans laquelle j'ai apprécié, après le changement de majorité de 1986,  la lucidité et le tempérament de Ph. Seguin, son successeur au Ministère du Travail, de l'Emploi et de la Formation Professionnelle. Après quelques mois de très bonne collaboration avec lui - qui avait pour autre directeur d'administration centrale, Martine Aubry, alors en charge de la DGTE - il m'a dit combien il était attaqué pour "devoir faire la même politique (d'accompagnement du chômage) avec les mêmes gens" ( Martine Aubry et moi-même nommés par le gouvernement socialiste).  Je lui ai indiqué qu'il ne pouvait se séparer de M. Aubry, ce qui passerait pour la chasse aux sorcières et que c'est moi-même qui devait partir. Qui fut dit fut fait, grâce à Francis Mer qui me demanda alors de le rejoindre pour contribuer à gérer les suites de la fusion entre Usinor et Sacilor et la négociation avec le Gouvernement et les Syndicats de la seconde Convention de Protection Sociale de la Sidérurgie, accompagnant de massives réductions d'effectifs. Ce sera le contenu d'une prochaine communication et l'occasion d'illustrer la valeur du patron que je découvris alors en F.Mer. Après cette mission, c'est mon camarade des Etudiants socialistes, avec lequel nous avions dès les années cinquante pensé les nécessaires décolonisations, M. Rocard, alors P.M. qui m'appela à gérer, auprès de L. Le Pensec, les affaires économiques et sociales de l'outre-mer lorsqu'il fallu notamment mettre en oeuvre les accords de Matignon sur la Nouvelle-Calédonie et alors que j'avais le privilège de connaître depuis vingt ans Jean-Marie Tjibaou. Ce sera aussi l'objet d'une prochaine communication dans le cadre d'un panorama sur l'outre-mer.


Que tout ceci illustre combien, à travers les rivalités et changements de majorités , et bien sûr, dans les limites des options cardinales des unes et des autres, il est possible dans une  République qui respecte le pluralisme de ses serviteurs, de faire appal aux compétences croisées des hommes et des femmes aux itinéraires politiques différents, dès lors qu'ils ne constituent pas des dangers publics, mais partagent un socle de valeurs communes.

 

Samedi 10 mars 2007 6 10 /03 /2007 09:51
- Publié dans : stratégies politiques
Par Gérard Bélorgey - Voir les commentaires
La bipolarisation - c'est à dire la monopolositation par deux familles politiques concurrentes de la "pensée" politique et de la gestion du pouvoir - a certainement fait beaucoup de torts à notre pays, d'autant que les différences de recettes et de clientèles - ces combats de "deux fonds de commerce qui divisent la France ", comme disait Jacques Chaban Delmas - pour faire face aux interpellations des citoyens jetés dans la mondialisation hyper libérale,  ne se sont accompagnées d'aucune réelle alternative stratégique.

Voilà pourquoi il est intéressant qu'un troisième homme cherche à briser ce jeu, même si il en a été un des acteurs et même si l'on ne voit pas non plus une alternative stratégique. Mais tout un chacun peut trouver son  chemin de Damas. Laurent Fabius l'a bien trouvé en découvrant le piège de ce qu'est devenue la mécanique de l'Union Eurooéenne et en sachant y ajouter une perspective de réforme crédible et négociable . A son courageux et modeste échelon, N.Dupont-Aignan a aussi trouvé son chemin de Damas,  en découvrant ce qu'était devenue l'OPA sur l'héritage du Gaullisme. Ayant été moi-même un candidat sans étiquette ( plus de 14% tout seul) contre les machines de 1981 -  un homme dont on récusait le label de "centre" parce qu'il n'existait pas dans la classification du ministère de l'Intérieur ( au moment où des affiches insolentes du Centre d'Education Civique disaient "je distingue ma main droite de ma main gauche, donc je vote", comme si l'on ne pouvait voter, que pour l'une ou l'autre, mais,en aucun cas, au centre escamoté) - j'apprécie que quelqu'un vienne enfin mettre "DES FRELONS DANS LA CULOTTE"  des concurrents de la pensée unique et partagée du bipartisme .


Cette expression étaient de celles ( "plus la ficelle est grosse, plus la machine fonctionne", "pas d'états d'âme", etc)   qu'aimait bien mon condisciple Jacques Chirac. Je ne sais pas - et je redoute - ce qu'il va dire bientôt. Mais ce dont je suis sûr c'est que le retranchement et/ou l'offensive de l'un et l'autre des camps classiques sur le rassemblement de la droite (auquel convient d'ailleurs des centristes qui ne sont pas vraiment "de droite"). ou sur celui de la gauche (auquel d'ailleurs convient des socialistes qui ne sont pas vraiment "de gauche"), ne répondent pas à la réalité des répartitions électorales du corps social :  à l'exception d'une part structurellement  droitière de l'opinion, non pas l'électorat populaire de l'extrêmisme, mais l'électorat constitué des gens biens pourvus), dans son immense majorité  le peuple français de toutes catégories sociales va disperser ses voix entre tous les candidats, parce qu'aucun d'entr'eux  n'offre de diagnostic largement convainquant. En niant la portée excessive  de la  distinction gauche/droite, je ne me classe pas pour autant à droite, mais je récuse que seule la gauche puisse soutenir des vues et des politiques adéquates ( alors qu'elle a fait souvent le contraire, contre ses propres intérêts).
Et l'erreur, à mes yeux,  de L.Fabius, après la pertinence de son diagnostic européen, a été de le lier à un positionnement à gauche qui est  restrictif de base électorale, alors que ce diagnostic et les suites qu'il impliquait pouvaient largement rallier dans le pays. Je considère, en effet,  qu'il y aurait une plateforme de rassemblement qui pourrait réunir des salariés, des travailleurs indépendants, des sous-traitants, des professions libérales, des retraités, des personnes en difficulté et  beaucoup de responsables d'entreprise et que cette plataforme transgresse complétement toutes les frontières politiques classiques.  C'est elle que l'on attend  et, personne encore, du moins personne de marquant,  ne met les frelons dans la culotte de la classe politique en la suggérant : parce qu'elle est taboue. C'est la remise en cause technique et modérée, mais indispensable, du système  reposant d'une part sur l'ouverture sans régulation des frontières commerciales aux produits de toute nature des "low cost countries", d'autre part  sur  l'interdiction depuis Maastrich, du recours à l'outil de la création monétaire, ce qui est parfaitement gérable, en évitant l'endetttement massif, sans inflation dès lors qu'une production nationale ( et les emplois qui vont avec) peut répondre à une demande dopée si celle-ci ne se porte pas sur des biens et services importés. Et à la condition de la rigueur partout ou c'est possible, sauf sur le dos des plus désherités. Sans ces réformes du contexte, la carte forcée est celle de l'adaptation la plus dure - et sans aucune garantie de succès - aux exigences de la concurrence inégale mondiale et  aucun programme, même pas de progrès, mais, simplement,  au moins,  de sauvegarde sociale,  n'est possible. Voilà qui rend douteusement crédible le  "pacte présidentiel" parce qu'il n'a pas ce socle stratégique. Alors que bien d'autres pays européens pourraient comprendre la nécessité d'y venir. 

F. Bayrou  apporte les  frelons qu'il faut dans les culottes politiques. Qui pourra bien apporter les frelons qu'il faudrait dans les culottes économiques? Peut-être des législatives, surtout si elles réintroduisaient enfin cette importante part de proportionnelle qui casserait la bipolarisation et ouvrirait la réflexion économique et sociale; proportionnelle parfaitement compatible avec une stabilité des pouvoirs si elle va de pair soit avec un vrai régime parlementaire ( bien différent de la IVeme), soit avec un système présidentiel arbitré dans son dialogue avec une assemblée pluraliste ( où faire naître des majorités d'idées et non de clans) par les recours nécessaires au referendum. Alors vraiment le pays pourrait exprimer ses diversités, comme ses convergences,  dire des choix qui n'ont rien à voir avec les rhétoriques de droite ou de gauche et faire prendre aux gouvernants et la responsabilité de savoir proposer des stratégies et celle de les assumer.  

 

Vendredi 9 mars 2007 5 09 /03 /2007 18:59
- Publié dans : stratégies politiques
Par Gérard Bélorgey - Voir les commentaires



Si j'ai bien compris ce papier, tout irait bien pour la gauche si elle devenait la droite libérale

La première proposition est qu'il faudrait  récuser un modèle qui "conciliait stabilité de l'emploi, régulation étatique forte, construction des compromis sociaux dans un cadre purement national";  or nous entendons bien que ce cadre national a été banni, mais nous continuons à penser que le contenu obtenu par ce modèle avait toute sa valeur, quel que soit le nom de capitalisme d'Etat ou d'économie mixte dont on le baptise, puisqu'il était l'ascenceur social et que nouvelle gauche associée à droite mondiale ont créé le descenceur social.

La vérité de l'auteur - que met bien en lumière sa dernière proposition - est  qu'il ne jure que par la mondialisation qui serait " avant tout un processus de redistribution de la richesse et de la puissance dans de nouveaux espaces, (consacrant) la fin de la rente de l'Occident sur le monde". Or la mondialisation telle que nous la vivons consolide la rente des puissants d'Occident sur le monde dont les masses sont exploitées avec la complicité des privilègiés des Etats et pays émergents, ce qui permet, en prime, la précarisation des salariés d'occident et le recul de leur garanties et niveaux de vie. Le système monde qui va chercher ses cleintèles hors des pays de production organise la lutte impitoyable des travailleurs entre eux. Les intérêts de classe dans le Nord et dans les PVD sont  aussi dominants aujourd'hui qu'hier. Le seul véritable enjeu de la gauche est de savoir comment concilier les intérêts des populations du Sud, des masses victimes des politiques d'export à tous prix humain et environnemental des Emergents et une réelle  sauvegarde des niveaux de vie populaires en Occident. Voilà le chantier où mettre en valeur les potentialités. On attend des propositions des chercheurs ou qu'ils récusent les nôtres.

 Ce chantier ne peut être conduit que  par l'Etat et l'Europe qui doit y être poussée, ce qui suppose une bonne part de financement, de contrôle et d'appropriation publique des moyens de production,de recherches, d'innovation  parce que le marché ne peut , de son côté, vivre que d'une importante inégalité qui est son ressort pour dégager des moyens de financement pour la part où celui-ci est privé. L'excès des privatisations par la gauche elle-même a été la fin de la capacité d'une  gauche suicidaire. Et si l'Etat aujourd'hui est aussi producteur d'inégalités c'est parce qu'il est géré par ceux qui ont besoin de ces inégalités (fiscales, sociales, culturelles) ou que sous la pression des concurrences des moins disants sociaux et fiscaux,  il n'a plus la capacité de dégager par les prélèvements collectifs de quoi faire correctement fonctionner par impôts ou cotisations les services publics mêmes fondamentaux comme les écoles pour tous, les prisons, les hôpitaux. Comparer la valeur d'un système d'ensemble à l'intérêt pratique d'un affermage de service public comme du transport urbain est du plus  grossier sophisme.

Enfin il ne faut pas confondre la formation au raisonnement économique qui a bien des variantes et la soumission à l'idéologie libérale internationale qui veut faire prendre des options de principe pour des faits incontournables. De la même manière que la suprématie  coloniale - que prolonge d'une certaine manière  notre mondialisation avec de  mêmes gagnants  et surtout de mêmes perdants (elle est toujours, comme l'impérialisme le fut, un avatar du stade supérieur du capitalisme) - n'imaginait pas qu'elle volerait en éclat, la dictature libérale a des jours plus comptés que l'on ne croit.

Zaki Laïdi  se veut tellement à la mode qu'il est plus droitier que cette  part de la droite que nous en viendrons à regretter et qui a été la bonne héritière du colbertisme, du mendesisme, du chevenementisme  et du gaullisme de progrès.   Que renaisse l'union de ces forces nationales avec celle d'une  gauche fidèle aux analyses réalistes fondamentales. Car c'est l'Euope qu'il faut faire bouger, fut-ce par des crises,  si on ne veut qu'elle nous entraîne vers le bas.  Et c'est possible car c'est l'intérêt même de ses nouveaux adhérents comme de ses fondateurs (cf.hier E.Todd). Et les pauvres des mondes des camps de travail, des détritus, de la misère organisée  et de la faim pourront aussi être mieux considérés.

 
Vendredi 2 mars 2007 5 02 /03 /2007 22:00
- Publié dans : stratégies politiques
Par Gérard Bélorgey - Voir les commentaires
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