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Algérie


Je tenais à "sortir" ce récit avant, tôt ou tard,  de sortir du monde.
Mais cette écriture d'autrefois, ses imperfections certainement, ce thème qui sent toujours le souffre, le fait de n'être pas d'un sérail littéraire, rendaient difficile la publication de ce versant romanesque de mon expérience maghrebine des années cinquante .

Voilà qui est fait avec les Editions Beaurepaire.
 





Vous pouvez commander ce livre (13 euros)
- aux Éditions Beaurepaire, 20 rue des flamants, 30540 Milhaud,
 site web :<www.editer-livre.com >
- chez votre libraire, qui l’obtient en le demandant sur le distributeur DILICOM
- sur les sites web :  alapage.com ;  fnac.com, amazon.fr ; chapitre.com ; librairie.auchandirect ;  priceminister.com .
- à Gérard Bélorgey : gerard.belorgey@wanadoo.fr


Et voici mieux lisible que sur ce cliché
qui a pour fond des pans de carte d'état major de zones alors d'opérations
la quatrième de couverture



L’insoumise, Aïni, née dans le Rif, après la reddition, en 1926, des insurgés, est au centre de ce récit. Domestique d’une famille européenne du Maroc, elle fascine un adolescent venu de France où elle est envoyée pour études, tandis que le jeune homme, qui la poursuit toujours de sa ferveur, devient un militant des décolonisations. En 1955, alors qu’elle rallie les maquis du FLN, il est lui-même affecté en Algérie : c’est le narrateur piègé par ses contradictions.
Celles-ci et les destins mêlés  des deux personnages nourrissent ce versant romanesque du grand témoignage que l’auteur publia, sous la signature de Serge Adour, dans Le Monde d’octobre/novembre 1957,
                                                             
                                 « en Algérie : de l’utopie au totalitarisme »

Pour être fidèle à des acteurs prisonniers des circonstances, le vocabulaire de « La Course de Printemps » s’est enfermé dans leurs années cinquante. C’est en désignant les choses, les sentiments, les gens, dans les termes et selon les clichés de ce temps que cette écriture en restitue les situations disparues, les moeurs souvent périmées et les affrontements entre des valeurs passées. La part d’universel est que ce scénario illustre aussi la danse éternelle de la guerre et de l’amour.


G. Bélorgey * a dirigé des administrations d’État et des gestions d’entreprises. Il a enseigné et écrit dans le domaine des sciences politiques. Le recueil « Sablier», qu’il a publié sous le nom de Olivier Memling, a reçu un prix de l’Académie Française. Le spectacle qu’il a composé  pour Chambord – le combat du jour et de la nuit – y a été donné de 1977 à 1990. Après Bulles d’Histoire (2000), un bouquet de mordants souvenirs sur le siècle, ses activités et travaux ont concerné les pays d’outre-mer.









 


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Jeudi 16 avril 2009 4 16 /04 /Avr /2009 18:04
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : Algérie - Ecrire un commentaire
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A - C'est une coîncidence que j'ai mis aujourd'hui en ligne les articles sur l'Algérie 55/57) et que France 2 programme ce soir "La bataille d'Alger". Ce qu'il faut bien comprendre c'est que les pratiques de la Bataille d'Alger n'étaient pas circonscrites à la capitale, mais que les concurrences des "logiciens de la terreur" ravageaient tout le pays.

D'ailleurs, une étudiante algérienne, militante du FLN (que je n'ai jamais revue car elle a du mourir dans cette guerre) ne m'avait-elle pas fait savoir lorsque je "gardais" en 1956 la frontière maroco-algérienne contre les infiltrations de l' ALN que si ses "frères" ne passaient pas, "plutôt que la guerrilla dans le bled, il y aurait des bombes dans les villes". Elle citait les dialogues de Camus dans "les Justes". Et derrière ce terrorisme là - faisant aussi réplique à  des cas d' expéditions punitives aveugles de colons  à l"encontre  de "musulmans - il y a eu le quadrillage d'Alger, comme ailleurs il y eut des traques moins médiatisées, mais tout aussi dures.

Lorsque le pouvoir politique est incapable de diagnostic et, a fortiori, de réponse adéquate, l'engregage de l'Histoire est celui d'une meule que font tourner des ânes aveugles pour broyer les victimes de toutes les communautés et transformer en martyrs et bourreaux les héros des unes et des autres. C'est bien pourquoi,  la leçon d'Algérie qui rentre déjà dans les trappes du passé, vaut d'être mieux entendue, et par tous les héritiers des acteurs d'alors. Il faudra     mieux dire comment et pourquoi.
     
    

B -En attendant, EN CONSULTANT MA PUBLICATION PRÉCÉDENTE ET EN AFFICHANT (par copier/coller) LES  URL DES ARTICLES RESTITUÉS EN  PAGE WEB ( de sorte qu'ils ne puissent être modifiés par les lecteurs eux-mêmes s'ils restaient en page RTF ou Word ), je fais des constats que je souhaite vous commenter.

1 - Le premier est un constat d'imperfection technique : ces translations - de la part d'un non professionnel comme moi - entraînent quelques mauvais encadrés à l'ouverture, une mise en page trop large, des césures indues de paragraphes et, même parfois, de phrases. Je demande l'indulgence sur la forme  comme prix d'avoir pu présenter le fond, tel que ressenti à l'époque.

2 - Mais mon second constat  est que mon langage du temps - et ceci même est un témoignage de notre aliénation d'alors  - reste marqué par beaucoup des clichés véhiculés par le fait colonial : "musulmans", "arabes", "rebelles" sont bien encore mes "indigènes de la République.  A vouloir expliquer la psychologie des "pacificateurs" , je vois comment nous étions tous intoxiqués.

3- Le troisième constat est donc de mesurer quelle dose d'arrachement par rapport au modèle  de la domination et de l'auto-satisfaction européennes il fallait mettre en oeuvre pour concevoir et accepter une autre Algérie. A vouloir espérér un bon avenir possible, par une voie ou par une autre, je vois comment ,  zélateurs de l'Empire ou décolonisateurs , nous étions tous naîfs.


4- Le quatrième constat est que les relèves de la colonisation  ont donné hélas raison à ceux qui prévoyaient ce qu'elles ont été. C'est tout une part des débat que reprend l'article de 2004 de la Revue Politique et Parlementaire. Pour autant, il reste vrai que  la fin de la souveraineté française était la seule voie de solution. Mais selon la manière dont elle pouvait intervenir, la gamme des variantes n'était pas négligeable.
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Jeudi 11 janvier 2007 4 11 /01 /Jan /2007 23:06
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : Algérie - Ecrire un commentaire
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  Le  31 octobre 1957










avec en coeur de la Une, LA  PRÉSENTATION REPRODUITE CI-APRÈS  des 6 articles qui vont suivre en page intérieure jusqu'au 6 novembre.



CES TEXTES SONT DISPONIBLES SUR L'ADRESSE  du fichier correspondant :
http://ddata.over-blog.com/xxxyyy/0/50/69/19/les-art-du-monde.html
(avec quelques ereurs de transcription grahique)

et l'article que jai publié à leur propos "L'Algérie dans la Tête" dans la LA REVUE POLITIQUE ET PARLEMENTAIRE de novembre/décembre 2004 sur l'URL :

http://ddata.over-blog.com/xxxyyy/0/50/69/19/alga-rie-rpp.html

Ces deux textes se consultent plus facilement sur mon autre site

http://web.mac.com/gerard.belorgey
en allant à "Algérie"


Mes motifs de restituer  aujourd'hui ces articles et commentaires cinquante ans après ( sur les URL indiquées)  sont les suivants :

-1 - Documents datant de 1957, ils ne semblent apparaître dans aucune banque de données sur le net (mais ils sont dans les archives de sciences.po ).

-2 - Ils furent très particulièrement débattus ( on en produira des exemples) au lendemain de leur publication, puis cités notamment par  Daniel Guerin dans "Ci-gît le colonialisme " en 1973 (Ed. Mouton)  et  par Mohammed Harbi en 2001 dans "Une vie Debout" (La découverte) :
- le premier donnant parfaitement le sens du titre : "L'utopie c'était le rêve impossible d'une intégration qui venait vingt ans trop tard et d'une chimérique pacification. En s'y obstinant l'on risquait fort de s'engager sur la voie d'un totalitarisme où toute opinion discordante est considérée comme danger et traitée comme telle. La guerre était largement une guerre raciale".
 - le second écrivant " la passion des jeunes socialistes pour la Tunisie et le Maroc contrastait avec leur timidité à l'égard de l'Algérie. Malgré ses réserves à l'endroit des nationalistes, Gérard bélorgey était alors le plus ouvert à notre cause. je ne serai donc pas surpris lorsqu'en 1947 il écrira dans le Monde, sous le pseudonyme de Serge Adour, l'un des meilleurs articles contre la guerre que nous imposait son pays"

3- Mais, par ailleurs, ces papiers - qui ont été à l'un des tournants de la prise de conscience de l'impasse algérienne  - ont été quasiment ignorés de nombre d'historiens et notamment de tous les travaux pilotés par B . Stora : ils ne font pas partie de son fonds de commerce, pas plus que du fonds éditorial du Monde.

En effet, les équipes du journal  ont changé et  ces textes  n'ont jamais été cités  dans ses n°s spéciaux rétroactifs sur l'Algérie. Il est vrai  qu'ils n'étaient ni d'un journaliste , ni d'une personne de notoriété, mais d'un inconnu ( encore que le pseudo avait déjà déjà utilisé dans des publications de la SFIO et au sein des comités France-Maghreb)  pouvant faire problème de crédibilité . Loin  du reportage d'investigation et de scandale,  ces constats  voulaient  , à l'inverse, ne pas faire accuser des exécutants  - comme l'explique le chapeau de présentation fait en 1957, en concertation entre Beuve-Méry et moi-même, par la rédaction du journal, c'est même la raison essentielle de choix d'un pseudonyme - puisque la conviction de l'auteur est que les vrais responsables de ce qui a pu être le pire n'étaient pas  ces exécutants mais les chefs politiques du temps. Ajoutons qu'aux yeux des  consciences engagées dans la défense des droits de l'homme ,  mes contributions  se placèrent plus sur le terrain du réalisme (pourquoi se déshonorer dans un conflit qu'on ne peut pas gagner) que sur celui des principes .

Ils constituèrent néanmoins , après le témoignage de JJSS et d'autres moins médiatisés d'un certain nombre de rappelés,  le premier grand panorama des illusions, des techniques et des dérives de la "pacification" .

 
En effet, si l'on ne prend en compte que les écrits "à chaud" de l'époque, les plus notoires furent alors,  après les déclarations de principe de J.P. Sartre et D.Guérin, les dénonciations et appels qui s?échelonnent sous les signatures de  Claude Bourdet (13 janvier 1955, votre Gestapo d?Algérie), François Mauriac (15 janvier 55 La Question) de Henri Marrou (France ma patrie , 5 avril 1956) et les cris d?alarme des sermons de Monseigneur Duval, l?achevêque d?Alger ou de Jean Mairey avant de démissionner en janvier 57, de la fonction de  DG de la sûreté), de  Pierre Henri Simon ( 13 mars 1957, Contre la torture) , de Bollardière (lettre à l?Express au printemps 1957). Quelques périodiques accueillent des témoignages cruels et ponctuels (les Temps modernes, Esprit, l'Observateur ) que reprend notamment le Centre de coordination pour la défense des libertés et de la paix (siège Clichy,  secrétariat Robert Barrat, Roland Marin, Maurice Pagat ) de même que des feuilles confidentielles. Preuves  mène à bien quelques confrontations de points de vue.  Robert et Denise Barrat mettent au point leur Livre blanc , mais qui n?aura pas de diffusion et ne sera publié qu?'en 2001 par l'Aube. Hormis la série d?articles du Monde, je ne vois, à l'automne 1957,  aucune publication largement diffusée et qui replace la relation des faits dénoncés dans une fresque sur les comportements des acteurs et les conduites des opérations militaires.

La suite des publications restera très ciblée sur le combat contre la torture avec en 1958 les affaires Alleg (février ) et Audin (en mai  et  qui est le point d'ancrage des nombreuses actions, puis travaux de P.Vidal-Naquet)  et avec la « fuite » sur le rapport de synthèse de la Commission de sauvegarde. En 1960, c'est  le roman de Jean Maurienne (Jean-Louis Hurst et ses difficultés avec le P.C.), Le déserteur.  D'autres cas individuels illustrent le refus d?aller combattre en Algérie comme ceux de Émile Lorensot (cf.archives Sc.Po.) d?André Moine, emprisonné en 1957 (cf. Ma guerre d'Algérie,  Editions Sociales, 1979)ou de  Fernand Yveton (cf. la publication différée à l'Harmattan, 1986, de l'ouvrage de J.L. Einaudi « Pour l?exemple »).L?appel des 121 est publié  le 6 septembre 1960. Postérieurement on trouve toutes les histoires et études sur la guerre d'Algérie, mais qui sont des écritures ou, pour le moins,  des publications  a posteriori.

-3 - Autant il est aisé aujourd'hui d'écrire à posteriori l'Histoire et d'en juger les acteurs, autant il était difficile de s'exprimer alors quand "la fin de l'amnésie" (pour reprendre le titre de l'ouvrage collectif publié par la découverte) n'avait pas succédé au "temps du boisseau".

A SUIVRE



Jeudi 11 janvier 2007 4 11 /01 /Jan /2007 12:44
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : Algérie
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Cette série "ALGERIE - Documents"
    comporte en ouverture
    pour accompagner  "le Noël  de Morad"
    la photo ci-contre trouvée sur lui

et se poursuivra
par la reproduction des six grands articles que j'ai publiés sous le titre de
 "En Algérie :de l'utopie au totalitarisme"
et sous le nom de Serge Adour dans "Le Monde" du 31 octobre au 6 novembre 1957.


Cette publication sera fractionnée et           accompagnée des réactions qu'elle inspira
ainsi que des commentaires que je peux en faire aujourd'hui.
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Vendredi 29 décembre 2006 5 29 /12 /Déc /2006 18:50
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : Algérie - Ecrire un commentaire
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(extrait de Bulles d'Histoire)

 LE NOEL DE MORAD  - 1956.


Sur des chaumes épuisés, les ciels bas sont déjà océaniques. Ils plombent des horizons mous rehaussés de quelques buttes.  Depuis la mer, en direction du sud, une double ligne de frises barbelées court dans ce paysage. Elle suit à peu près la voie ferrée étroite qui descend  ensuite vers Colomb-Béchar. Tendue à la hâte entre l'Algérie et le Maroc pour aider au contrôle des passages qui viennent renforcer le Front, la frontière ainsi matérialisée, est alors simplement peuplée de mines éclairantes. Les lièvres, les chacals, les oiseaux de nuit les font partir plus que les hommes. La surveillance s'effectue par un chapelet de postes dont les armes lourdes sont pointées sur les débouchés possibles des lignes barbelées. Les chars sous pression sont prêts à intervenir au moindre indice. Les commandos nomadisent dans la zone interdite. En effet sur quelques kilomètres de profondeur, le pays  a été vidé de ses habitants, ce qui ajoute à sa désolation.

Dans ce décor de limites, les hommes sont étranges. Il n'y a plus de population sur laquelle se faire les dents, passer ses énervements. Il n' y a plus que le vide, le guet, l'attente. Les sous-officiers usent leur temps à tirer tout ce qui bouge. Cette campagne dépeuplée est devenue l'empire des oiseaux. Ils trouvent  partout dans les champs désertés, les grains des récoltes abandonnées. De grands vols d'étourneaux et de cailles viennent se poser sur la plaine. On les vise au posé, un par un, au fusil de guerre. Touchés, ils sont vidés. On chasse même au pistolet, entre les caillasses et les arbrisseaux, les perdreaux rouges dont les têtes serpentines fuient en ondulant devant nos pieds. Les popotes sont prospères. Les patrouilles motorisées, qui ne cessent, de relayer depuis la mer, le chapelet de nos postes, apportent des bourriches d'huîtres, des buissons de langoustines, des lits de bars. Les derniers moutons que les évacués n'ont pas eu le temps de rattraper sont capturés. Ils sont parqués à côté du poste installé dans une ferme qui pourrait être de n'importe quel pays. De temps en temps on en suspend deux ou trois par une patte aux poutres d'une grange et on les égorge : dans le battement frénétique de leurs trois autres membres, un gargouillis de sang et la cascade de sperme du dernier spasme. Les soldats rigolent. Pour couper l'ennui des jours, on va même saluer les goums marocains: dans les belles tentes des Forces Armées Royales, ils tiennent les postes frontières officiels de l'autre côté. Leurs officiers sous casquettes à visières dorées et aux  tenues de combat bien propres rehaussées d'épaulettes de couleur et de blasons d'armes ont belle allure. Ils sortent des mêmes écoles militaires françaises que nos cadres de carrière. Ceux-ci tisseraient bien avec eux des liens de camaraderie virile, s'ils ne les soupçonnaient de favoriser les passages que nous sommes chargés d'empêcher.

Pour tenter d'y parvenir, on fait tous les métiers : les surveillances des jours, les embuscades des nuits. Dans l'obscurité et les brouillards, les chenilles de patrouilles de chars fantomatiques naviguent sur des bouillies de crapauds écrasés. Les canons et les mitrailleuses des blindés sont réglés pour que leurs tirs convergent avec les faisceaux de lumière des puissants projecteurs montés sur les tourelles. Ils arrosent chaque lieu d'où jaillit l'explosion des mines éclairantes retombant en parachute. Mais les espèces de feux de Bengale qui se balancent dans la nuit n'éclairent jamais rien. Le  terrain meuble est coupé d'un réseau d'arroyos à bords francs qui constitue tout autant de tranchées dans lesquelles ceux qui franchiraient la ligne pourraient se glisser presque à l'abri. Nos unités vont donc travailler aussi à pied à la recherche des infiltrés. Avec l'hiver qui est venu, nous avons adopté les tenues du cru : des burnous cintrés d'un ceinturon, les téquillas de crâne entourées des chèches tordus, l'irremplaçable ceinture de flanelle dont je versifie consciencieusement les cent usages possibles sous tous les cieux. Un  bourricot ou deux nous accompagne pour porter dans les couffins les mitrailleuses lourdes, les munitions et les postes radios. Nos groupes de combat  ressemblent à ceux des fellaghas. L'aviation qui maraude s'y trompe. Au premier passage des zincs, nous n'avons pas eu le temps, pour les détromper, de prendre la radio qui est au fond des paniers de l'âne. Lorsqu'ils reviennent, le channel de contact air/ sol - le 11 - ne veut pas marcher. Il reste à se planquer dans la tranchée naturelle des arroyos. Les balles de cinquante, trois fois, se fichent partout alentour. Seul, l'âne - "Anisette" -  y restera.

Cette nuit, nos obus n'ont pas manqué les points des barbelés d'où viennent de jaillir les lumières oranges. Il s'y mêle l'éclat de nos projectiles incendiaires. On arrive aux résultats. Une famille de chacals finit d'agoniser. Il en reste un petit, tout laiteux, tout tremblant, à moitié paralysé qui essaie de mordre quand je le prends dans les bras. Avec le petit chien loup "cul-sec" que j'ai déjà avec moi, il partage maintenant mon sac de couchage. Je l'ai baptisé "Gaspard" , mon nom de code radio car il glapit chaque fois qu'elle grésille.  Sur ces grands bancs de terre, nous jouons au "rivage des Syrtes". L'adversaire n'apparaît pas. Il continue à réussir à placer quelques mines qui tuent chez nous, qui tuent chez lui.

L'une de nos jeeps a sauté en passant sur un bambou anodin. Malgré mes consignes le chauffeur n'a pas pris garde. Ce bambou en travers parmi d'autres, c'est la tige actionnant une charnière de cuivre qui fait le contact avec un détonateur logé dans un paquet d'explosif. Le sous-officier qui s'est fait arracher le bas ventre me poursuivra à toutes les étapes de sa vie d'une sourde amitié peuplée des relents de son impuissance.  La voie ferrée que nous gardons, en saluant  la draisine de chaque aube qui ouvre le rail, avec ses deux ou trois militaires accrochés qui nous lancent parfois un  paquet de langoustines venant de Port-Say, est l'objet de sabotages réguliers. Une nuit, les dynamiteros se sont sauter la gueule  en plaçant leur dispositif. Autour du cratère ouvert dans le talus, dans la charpie des tissus, nous avons ramassé un bras, un oeil, un foie et deux cadavres éventrés que nous avons emmenés. Pour le reste, les corbeaux sont arrivés.
 
La lune court sur les nuages. Pour avancer nous attendons qu'elle soit éclipsée par ceux-ci. L'homme de tête est un Basque, chasseur de vipères de son état. Il sait ce qu'il fait. Il progresse d'abord seul, puis s'accroupit. C'est alors qu'en file indienne, bien espacés les uns des autres, nous suivons jusqu'à nous accroupir à notre tour dans le fond d'un pli de terrain d'où l'on observe mieux la nuit. On écoute. Le chasseur de tête ne repart qu'au jet de motte de terre que je lui envoie. Nous gagnons ainsi l'un des talwegs d'observation et d'embuscade de la zone interdite. Nous sommes en pataugas et djellabas de laine serrée, enduite de suint, avec passe- montagne et armes légères, sans doute comme les autres. Une longue nouvelle nuit sans rien. Le ciel se dégage et le froid vient. En face clignotent les lumières du Maroc. Allongé sur un glacis de mottes je fais corps avec le sol et je sens mon ventre qui épouse la terre. ( Je revis ces moments chaque fois que je passe, contre l'humidité de ma maison, cette djellaba grise et marron me tranformant en moine épouvantail). L'aube commence à sourdre, pâle, puis violette. Il faut attendre car les autres doivent penser que c'est le moment où nous partons. Des pans d'horizon bourgeonnent de rouges et de lie de vin. Mais il ne doit pas faire encore bien clair. Je ne vois toujours pas mon voisin qui est pourtant couché à quelques mètres. Peut-être ai-je somnolé un instant avant de ramper vers lui  - mon  vigilant interprète d'origine marocaine -  que je ne vois toujours pas. Mais je vois le métal noir de son pistolet-mitrailleur posé bien à plat. Lui n'est plus là. C'est correct de sa part de m'épargner les ennuis d'une disparition d'arme et d'avoir eu cette dernière délicatesse à mon égard avant de déserter pour rentrer chez lui.

Une nuit sur deux chaque commando part en zone d'affût. Je passe celle qui vient dans mon châlit installé dans un coin de grange, entre mon chacal et mon chien, en tirant au revolver, avant de m'endormir, quelques rats qui courent sur les poutres. Pour la suivante, celle du réveillon,  nous nous préparons en répétant les mêmes précautions : un tour aux feuillées avant pour avoir le ventre léger, du noir de suie sur les visages et les mains, de la graisse pour éteindre l'éclat du canon des armes, l'inspection qu'aucune poche ne recèle de lampe ou de briquet, l'essai radio moderato voce des talkies-walkies. La mise en place est rapide au débouché d'un angle de réseau barbelé que nous voyons à peine. Je n'entends rien. Puis d'un coup,  un peu à gauche,  un bouquet de rafales sèches et de déflagrations de grenades éclate brutalement pendant quelques secondes, dans le silence de la nuit.  Mon talkie grésille. Une voix, qui tremble autant que ma main saisissant l'appareil, parvient à éructer :

«  j'ai accroché. Ils s'en vont ».

Chacun tire maintenant devant soi en libérant ses nerfs et en étant étonné de n'avoir pas de réponse. Peu de temps après j'ordonne le repli. Nous sommes repérés. Inutile, si on ne trouve rien sous nos pieds, d'aller aux résultats dans l'ombre opaque et menaçante. On se compte. Il ne manque personne. Parvenus aux portes de la ferme, nous entendons des bribes d'appel. Repartir et chercher, c'est s'offrir en cible. Le blessé appellera toute la fin de la nuit sa mère en arabe. Nous retrouverons son cadavre au matin. Dans son treillis, il n'y a aucun papier personnel , mais des tracts de l'ALN et - du même modèle que celle reçue d'Aïni -  une petite photo de groupe de combat. Il est au milieu, jeune, beau, avantageux, avec un revolver de chef au ceinturon et consultant une carte. Derrière lui  il y a quelques hommes à moitié en armes, à moitié en uniforme et, au verso, en français, cette dédicace : "ses amis, à Morad".




Naturellement la Police Judiciaire a été appelée. Puisque nous ne sommes pas juridiquement en guerre, chaque fois qu'il y a un incident connu, il faut remplir toute une série de procès-verbaux. J'oublie de remettre la photo. Le jour de Noël, j'ai fait porter en terre d'Islam le lieutenant rebelle, la tête tournée vers l'Orient, sous une lourde pierre faite de la grosse meule d'une mechta abandonnée, dans le petit cimetière voisin auprès du marabout blanc. Dans la réprobation générale, j'ai fait sonner "aux morts ", avant de le quitter. 

Ou bien, les artilleurs du poste d'à côté, pour éviter la répétition d'un tel scandale, ont-ils miné, en douce, les abords de la tombe; ou bien ses parages avaient-ils conservé un détonateur dans des explosifs enfouis par le F.L.N. : dès le lendemain, une déflagration nous appelle sur les lieux. Dans cette zone vidée de population,  il y avait, fichés dans la terre remuée, de petits bouts de branchages auxquels des femmes fantômes avaient noué des rubans verts. Il y avait aussi, recroquevillée près du  tertre de pierre, dans un haïk maculé de sang, de terre et de poudre, le corps disloqué d'une adolescente avec des nattes et un  profil phénicien.


Les photos suivront dès que je maîtriserai mieux leur mise en ligne
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Samedi 23 décembre 2006 6 23 /12 /Déc /2006 10:30
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : Algérie - Ecrire un commentaire
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