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sciences pol. et institutions

Ancien ministre de la fonction publique et président du groupe des députés UMP, C.Jacob vient de s'interroger sur la "pertinence d'un emploi à vie " dans la fonction publique. La machine de guerre est relancée : il faut en finir avec le statut des fonctionnaires. 


  Déjà une loi d'août 2009 complétée par un décret de novembre 2010 permet d'écarter le recours qui existait traditionnellement aux lois de "radiation des cadres" si l'on voulait ouvrir des "plans sociaux" dans la fonction publique : selon ce dispositif, les licenciements n'y étaient possibles qu'en vertu de la loi, accompagnés d'indemnisation ou de propositions de reclassement effectif. Désormais par le biais de la création d'un nouveau cas obligé  de "disponibilité d'office"  après refus de trois postes de reclassement public , tout fonctionnaire peut être  licencié en cas de « restructuration ». Mais la notion de restructuration n'est nulle part définie de telle sorte que celle-ci ouvre, pour de vastes ou de ponctuelles opérations de ménage budgétaire ou partisan,  la possibilité au pouvoir exécutif de procéder à des  harcèlements et épurations   au fil de l'eau sans même les garanties de droit commun que sont des plans sociaux débattus avec les personnels dans le secteur marchand .

 

  Cela ne suffit pas aux libéraux fanatiques qui veulent en finir avec l'existence  d'un vaste secteur d'emplois protégés et ils ont bien le sentiment de bénéficier de la complicité d'une part de l'opinion hostile aux "privilèges" des fonctionnaires comme plus généralement à ce qui est organisme public. Ajoutez y des propos séduisants sur la mobilité et les échanges d'expériences, les bons (?) exemples anglo allemands, etc.   et le tour est presque joué.


Or aujourd'hui la mobilité est parfaitement  possible : tout fonctionnaire qui le souhaite et veut faire son expérience dans une entreprise, voire quitter le statut public, le peut sans difficulté . Dans le sens inverse des dispositions déjà très souples ont été introduites qui permettent - par des contrats ad hoc ( que C. Jacob a effectivement bien aidé à devenir CDI plutôt que CDD) ou  par des sous-traitances de plus en plus abusives (comme par exemple pour bien des services de sécurité souvent mal remplis, mais parce que la police privée coûte deux à trois fois moins cher que la police publique) de relayer des fonctionnaires sous garantie par des personnels en situation précaire.

 

Aller plus loin signifie qu'on va ouvrir un nouveau grand secteur de précarité pour l'emploi national ; de surcroît ceci va permettre d'instituer en sourdine et progressivement en France un véritable système des   dépouilles pour les  emplois publics d'influence. D'ailleurs on réduit en même temps le nombre et les spécificités des "corps", ce qui favorise toutes les pénétrations et nominations de commodité . Le cas extrême est celui du  corps préfectoral (qui en vérité n'est pas un corps , mais une institution prévue par la Constitution) : celui-ci avait bien besoin de sang frais, mais non de pouvoir être recruté et piloté de telle manière qu'on évolue  en fonction des critères de loyalisme à toute épreuve ( même de conscience) vis-à-vis d'une équipe au pouvoir. On revient  du préfet médiateur administratif de la République au préfet gouverneur des Empires.. 

 

De manière générale aller à la  précarisation de  la situation de fonctionnaires

- d'abord  ne peut résoudre  les problèmes de l'État ( d'ailleurs ce ne sont pas les dépenses de fonctionnement, personnels inclus , qui expliquent la montée de la dette publique qui est imputable à d'autres causes majeures, comme les besoins sociaux,  puis le  soutien de l'économie) , tandis que les coupes dans les personnels expliquent l'essentiel des problèmes de la police, de l'éducation, de la santé, de la justice;  lorsqu'on fait des réformes fondées de rationalisation des structures ( et en ce sens celles des cartes des implantations militaires  hospitalière et judiciaire dont se félicitaient à juste titre il ya quelques jours les ministres responsables ne sont pas contestables, sauf cas particulier)  la condition formelle de leur succès est que des services resserés, moins coûteux dans leurs frais fixes  soient dotés des effectifs qualifiés  indispensables à leur mission élargies.

- Ensuite cette précarisation  de la fonction publique  va conduire à la fabrique de cohortes supplémentaires  de seniors en  chômage  : quand  tel ou tel aura des années durant servi la collectivité publique et que celle-ci, pour un motif ou pour un autre ( et d'abord parce qu'il vaudra plus cher qu'un plus jeune embauché à sa place et aussi  parce qu'il y aura des amis politiques à caser) ne voudra plus renouveler le  contrat  de cet   homme ou de cette femme qui auront atteint la cinquantaine, ils  deviendront quasi inéligibles à un recrutement dans le secteur privé : un nouveau facteur de chômage structurel des seniors. 

 

Ce n'est pas pour autant qu'il faut protéger une fonction publique telle qu'il existe et dont on connaît bien les défauts autant que les  qualités,  les faiblesses comme les vertus. Mais ce ne sont pas les politiques qui ont été engagées qui sont vraiment de nature à la transformer comme il convient. La réforme générale des politiques publiques  a été conçue et conduite plutôt par  pétitions de principes que par  analyses de situations et de cas ; elle s'est trop souvent traduite par des abattements forfaitaires sur les moyens, par de profitables marchés ouverts  à bien des cabinets consultant du secteur privé ; elle aurait pu être  bien appuyée sur les dispositifs issus de la LOLF ;  mais  celle-ci, avec les nombreuses vertus technocratiques des  budgets de programmes permettant une rafale d'"analyses de performances",  conduites assez abstraitement par l'IGF,   a aussi la conséquence pratique   de rendre quasiment inintelligible la lecture de bien des budgets publics. Ce serait pour organiser une évaluation objective des politiques publiques. Or cette évaluation, sous tous gouvernements, s'est toujours plutôt faite - comme la construction de la part hypothétique,  marginale modulable des lois de finances elles-mêmes - et quelles que soit les indications statistiques produutes par les organismes spécialisés - à l'aune des préférences et des présentations  politico-idéologiques.

 

Pour modérer ces risques, de vraies techniques qui auraient dû être mobilisées  s'enracinent d'une part  dans la "rationalisation des choix budgétaires" obligeant à avouer les objectifs pour y comparer les moyens et, d'autre part, dans  la participation  comme le permet l'instrument des "cercles de qualité", ce qu'on avait compris en 1986-88 : ces   méthode aboutissent  à faire jouer au maximum les avis des salariés,  le dialogue avec la hiérarchie et la recherche du consensus. Effectivement pratiquées  de manière souvent très efficace dans l'industrie qui a réalisé par là de nombreux gains de productivités  elles ne sont pas transposables sans adaptation dans les services publics (   la recherche de ces adaptations avait également été conduite alors à bien;  cf. Berger Levrault 1988 Cabinet Delta, "La qualité dans les services publics" ). Au pouvoir politique ensuite de concilier dans la clarté  les transparences comptables qu'assure la RCB et les managements que préconise la recherche de qualité. Mais l'enchaînement de ces trois démarches ( coût de chaque option, gestion de chaque option, décision de synthèse pour chaque option) ne semble guère avoir été les fils conducteurs des conseillers.

 

 L'esprit d'adaptation dont il faut faire preuve consiste essentiellement  à comprendre qu'on ne peut réformer utilement  la fonction publique  qu'en commençant par la respecter au lieu de la livrer  à la vindicte du populisme. Bien des progrès peuvent être faits mais il ne passent pas par les liquidations de ses garanties fondamentales. Or, il est vrai que cette liquidation s'inscrit dans l'idéologie et dans les méthodes du double libéralisme politique et économique sans frontières. Celui-ci confond les fonctions privées et les missions  publiques, hait les fonctionnaires parce que rejette les impôts,  confond les intérêts particuliers et l'intérêt général  et demande seulement à l'appareil d'État d'être au service de la concurrence mondiale .


Ce libéralisme là , c'est de ne pas régler ce qui devrait l'être (par exemple le commerce international) , c'est de dérégler ce qui l'est ( par exemple la fonction publique) , c'est de changer les règles lorsqu'elles ne lui conviennent pas (par exemple sur la décentralisation et les élections territoriales). Bien des chantiers de la mandature sont justifiés,  mais ils méritent mieux que l'esprit qu'on y a appliqué et si cet esprit venait à régner encore quelques années, c'en serait bien fini de la France (cf. ce que vient de sortir Chévènement). 

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Vendredi 7 janvier 2011 5 07 /01 /Jan /2011 14:56
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : sciences pol. et institutions - Ecrire un commentaire
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Indépendamment de la simple tactique politique ce qu'il faut retenir des récentes nominations est la poussée vers de plus en plus de subordination des règles du jeu français aux contraintes européennes.

La Cour des comptes sera sous le magistère d'un  homme respectable tout empreint des disciplines budgetaire inspirées des conceptions européennes.

Surtout, avec l'arrivée de l'inspiration mitterrandiste de Michel Charasse ( et l'on retrouve lune filiation évidente de "réalisme politique" entre deux présidents de la République ) et des convictions de Jacques Barrot, l'européanisation de la réflexion de contrôle constitutionnel français ne peut certainement que marquer des points...à tel point que certains s'interrogent  sur la question  de savoir si au lieu d'avoir un contrôle national consitutionnel propre il ne vaudrait pas mieux sans remettre  à la Cour de Justice de l'Union et à la Cour Européenne des droits de l'homme.

On n'arrête pas la dénationalisation de la France.  
        

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Mercredi 24 février 2010 3 24 /02 /Fév /2010 16:11
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : sciences pol. et institutions - Ecrire un commentaire
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Une réunion d'anciens élèves de ... qui avaient courtoisement convié le président du Sénat m'a conduit il y a quelques jours à me délecter de sa prestation dont la substance  - du moins ce que j'en ai ressenti - a été la suivante.

La récente réforme constitutionnelle ne peut bien porter ses fruits qu'au Sénat : parce qu'il n'y a a pas de majorité absolue d'une formation, mais que des majorités d'idées qui peuvent être composites sont nécessaires et fructueuses; parce que les différentes novations ( d'ordre du jour, de travail des commissions, de place faite à l'opposition, etc.) ) s'accordent parfaitement à l'esprit de législateur constructif et conciliateur  qu'est le  Sénat.

Plus encore : le Sénat a gagné au quinquennat (note de ma part :  enfin voilà quelque chose que rapporte le quinquennat )  d'être le seul organe de la République qui ne procède pas de l'élection présidentielle ( note de ma part : mais voilà  un constat énorme que d'apprécier une faille dans la démocratie majoritaire absolue comme une valeur ).

Et encore plus : si le Sénat est ainsi l'âme d'une chance  d'équilibre des pouvoirs, c'est parce qu'il est pour moitié élu a la proportionnelle et que , nonobstant les critiques sur sa représentativité démographique ( mais telle n'est pas sa mission comme c'est la fonction du Sénat américain)  il est le reflet,  même  un peu majoré,  de la diversité des conseils municipaux de France.

Comme je souscris à cet éloge de l'équilbre des pouvoirs, de l'obligation de négocier pour trouver des majorités composites , de la vertu de la diversité, du pluralisme, de la proportionnelle. Avec des pouvoirs séparés,  c'est mon modèle de prédilection  non pour le seul Sénat, mais pour le corps délibératif de la République. 


Mais à quoi peut servir aujourd'hui ce modèle sénatorial
- certes à un heureux mais marginal tempérament de l'absolutisme majoritaire de la république  présidentialiste,  pouvant un peu s'exprimer dans le travail législatif de modération ou de perfectionnement;
- à une forme en pointillé , et parfois s'aiguisant dans la réalité, de contre pouvoir, mais qui pourrait surtout intervenir aujourd'hui à l'encontre des avancées considérées comme trop "à gauche" ou trop "protectionnistes" du président de la république, par sa propre clientèle électorale;
- moins sans doute comme un banc d'essai de collaborations des centres gauche et  centres droit qui pourraient constituer une perspective de relève démocrate centriste au sarkozisme

Mais tous les fers sont à l'évidence au feu dans la main habile d'un vétérinaire de talent dont l'ambition pourrait bien être de contribuer à accoucher une autre République et à y jouer un rôle de premier plan, grâce à une séduction bonhomme et charpentée qui s'exerce autant à gauche qu'à droite et  par laquelle il pourrait espérer être, un jour , mieux que le second personnage protocolaire de l'État.
Avec la question de savoir si cet homme du terroir saurait imaginer une stratégie économique qui saurait maintenir  ce qu'il faut maintenir de ce  terroir agricole - et industriel -  français.

A suivre en tous cas.   
         
Vendredi 18 septembre 2009 5 18 /09 /Sep /2009 18:56
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : sciences pol. et institutions
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Par sa décision annulant celle du CSA et renvoyant à celui-ci le soin de définir des régles de décompte équitables des temps de paroles, le Conseil d'État s'est en fait livré à une analyse radicale du changement constitutionnel intervenu peu à peu depuis 1969 et, plus particulièrement,  depuis le quinquennat.

Les chef de l'État, élu en tant que leader d'une majorité n'est plus un  "arbitre", mais un "capitaine" .

Je salue ce réalisme qui rejoint en tous points les analyses produites sur ce site sur le fait que nous avons créé, par les superpositions et enchaînements des scrutins majoritaires un système d'alternance bi-partisane dure que rien ne tempère sauf, peut-être, le rôle du Conseil Constitutionnel.

Pour replacer un chef d'État en position d'arbitre, il faudrait ce rééquilbrage qu'assureraient ensemble  "régime présidentiel" de pouvoirs séparés  et  répartition proportionnelle pour l'élection du corps délibératif :   RP+ RP.

cf. l'article précédent  intitulé
"Regard sur les institutions de la Veme République" publié le 15 mars dernier.
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Vendredi 10 avril 2009 5 10 /04 /Avr /2009 11:36
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : sciences pol. et institutions - Ecrire un commentaire
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Un Blog est fait pour répéter de mêmes thèmes...
parce que ceux qui y viennent remontent rarement dans les archives

Voici donc ce qui est pour partie reprise d'articles précédents

- des considérations  sur LES INSTITUTIONS DE LA CINQUIEME RÉPUBLIQUE,
- que suivront des observations  sur LES EFFETS  DES LIBÉRALISATIONS  DE  NOTRE SOCIÉTÉ et  DE  NOTRE  ÉCONOMIE 

l'ensemble provenant d'une communication que j'ai récemment faite à un groupe de réflexion<.




Depuis 1958, plus d’un demi siècle : une vie dans une durée coïncidant avec celle de la Cinquième République ; notre vie  dans le service public a été marquée par trois transformations qui en ont largement bouleversé les sens.
- celle de nos institutions dont je traiterai d’abord
- celles de notre société et celle de notre économie
dont je traiterai en seconde partie ensemble, tant ces phénomènes sont liés.
............

Que l'on professe des valeurs de droite ou des valeurs de gauche - ou l'union qui ne me semble pas impossible de vertus morales qui furent celles de la première et de la volonté de progrès  social qui fut l'âme de l'autre  - je  propose de placer  cette communication  sous l'angle de la prise en compte de valeurs qui sont  « nationales ». Ce n'est ni méconnaissance des luttes politiques, ni  « nationalisme économique », mais réalisme démocratique : le caractère  primordial à faire valoir des intérêts de  notre pays, en particulier pour que soient localisés sur notre sol des moyens indispensables de décider et d’entreprendre   et des niveaux d’emplois quantitativement et qualitativement satisfaisants.

C'est 
réalisme démocratique, dès lors que les résultats  d’une stratégie sont toujours forcément  appréciées dans le périmètre de notre Etat,  Certes celui-ci a  délégué bien des pouvoirs au niveau européen, mais c’est au sein de notre communauté qu’a toujours lieu la dévolution du Pouvoir par le choix des gouvernés pour des gouvernants , donc l’évaluation par un corps électoral, qui reste  national,  des effets des politiques mises en oeuvre par cet État,  qu’elles résultent de ses marges de choix ou de décisions d’institutions  supra nationales auxquelles il a adhéré .




1 - Or, SUR LE PLAN INSTITUTIONNEL, et c’est le constat de départ de ma première partie ...

A -  il n’est plus vrai, malgré les termes de la Constitution, que l’exécutif (sans évoquer ici sa répartition entre PR et PM)  « détermine et conduit la politique de la Nation », puisque des compétences essentielles économiques sont dévolues au niveau européen, notamment celui - sans parler des fonctions de la BCE - de fixer les politiques des échanges externes de l’Union, ce qui relève, particulièrement, du rôle joué par le commissaire chargé de la politique commerciale,  sans veto possible d’un État membre.  Aux pouvoirs publics français, reviennent surtout les compétences d’une part de mise en musiques compatibles avec les décisions de l’Union, d’autre part la tâche d’accompagner par des pansements les conséquences sociales qui en résultent, enfin – heureusement - une possibilité de chercher à inspirer des politiques  renouvelées.

Cette désappropriation de pouvoirs – sans doute inéluctable, mais qu’on ne peut passer sous silence car elle fait que  la fonction de l’État national  n’est plus celle de la conception gaullienne -  a été de pair avec, sous une apparence de continuation,  avec un changement radical de système politique.

Au départ, en 1958, la Constitution offre sous la direction d’un homme de rassemblement « au dessus des partis » , un Etat restauré, conduisant avec réalisme, dans le cadre de la souveraineté nationale, des politiques de service public, sous l’égide d’un pouvoir exécutif dyarchique dont le PR en charge du destin  et  le PM en charge de la gestion et sous la possibilité de recours à des référendum portant sur des choix cruciaux.
 
Par la suite , l’État - trois fois diminué dans son rôle du fait de l’européanisation de choix stratégiques, des décentralisations et du rôle des puissances économiques non publiques -   est devenu l ‘enjeu d’un « match de football » entre partis politiques dominants ; la dyarchie qui subsiste en droit s’est effacée devant la réalité de l’addition des scrutins majoritaires . Ceux-ci confèrent depuis 1969,  au vainqueur des consultations électorales, placé à la tête à la fois d’un camp et de l’État,   un pouvoir très exposé  dont l’exercice (sensiblement marqué par les caractères personnels successifs des titulaires) a été rendu de plus en plus difficile : d’une part à raison du partage de la souveraineté économique avec des instances supra nationales et, d’autre part,  par le fait que  le système, s’il permet une certaine diversité intra majoritaire,  ne responsabilise guère des oppositions de plus en plus, elles-mêmes, en compétition ( d’analyses et de recherches d’électorats ) entre elles, voire en au sein de chacune.

B - Par quels chemins en est-on arrivé à vivre sous une autre Constitution  que celle dont le régime porte toujours le numéro ?

Bien sûr, à raison de phénomènes sociétaux et économiques dont je rappellerai comment - outre qu’ils ont dépossédé l’Etat de ses rôles précédents - ils ont changé la façon de beaucoup de nos concitoyen d’être dans le monde ;  mais, à la base, parce que l’évolution institutionnelle a trouvé ses racines dans l’ambiguïté  des caractères génétiques très originaux du régime né de cette forme de  compromis par l’ambivalence  voulue aux termes de la loi de pleins pouvoirs du 4 juin 1958.

D’une part la Veme se veut un régime de pilotage présidentiel (notamment assuré par le mandat de 7 ans et par  les pouvoirs propres du chef de l’État ) ;  mais d’autre part, le Général ne voulant  pas de suspicion en dictature, la nouvelle Constitution  n’instaure pas un  « régime présidentiel » ( de mauvaise réputation, comme s’il s’agissait d’un régime de pouvoir personnel, alors que tout au contraire,  ce  nom  de régime définit  un système de pouvoirs vraiment séparés) mais un « régime parlementaire » (de responsabilité quasi classique du gouvernement devant l’assemblée). Ce gouvernement étant aussi celui du Président, c’est ainsi que naît la dyarchie qui pourra devenir compétition lorsque les majorités parlementaires et l’inspiration présidentielle ne coïncideront pas.

C’est même une hypothèse proche de celle-ci que l’on avait prévue depuis le début, non pas sous forme d’une opposition frontale à l’assemblée, mais sous celle d’une absence vraisemblable de claire majorité. Et voilà bien pourquoi la Veme se veut aussi  apte à donner les moyens de gouverner à l’exécutif, alors même qu’il n’aurait pas de solide soutien parlementaire. Elle le fait d’abord par cette assez extraordinaire « boîte à outils » constitutionnelle qui permet de gouverner sinon « contra » du moins « praeter » une Assemblée indocile et qui arme nos exécutifs de moyens beaucoup plus considérables et subtils que ceux existants dans toute autre démocratie d’Occident (sous la seule importante limite qui viendra en 1974 du contrôle de Constitutionnalité, renforcé d’ailleurs en 2008). Elle le fait ensuite, notamment sous la pression de M.  Debré,  hors constitution, en se donnent le moyen de rechercher une majorité : c’est le scrutin majoritaire d’arrondissement. 1962, avec l’effet d’extension de la victoire référendaire pour l’élection du chef de l’État au suffrage universel, apporte le phénomène majoritaire inespéré . Tous les oeufs se trouvent dans le même panier : l’exécutif dispose à la fois  d’outils incomparables et, en plus, d’une majorité inimaginée devenant celle des « inconditionnels » .

C’est ainsi que va naître un système d’alternance ayant engendré ce que l’on a appelé l’État RPR, puis l’État socialiste, dont les gouvernements successifs ont su quand même,  heureusement,  l’un et l’autre transiger avec la réalité , mais ne voulaient pas avoir à transiger avec l’opposition. Or,  lorsque, par suite des décalages de dates, les résultats électoraux ne coïncident pas, c’est ce à quoi obligent  les cohabitations -  prenant la forme de « petites alternances » (différentes d’ailleurs les unes des autres) lorsque le Président  a perdu sa majorité parlementaire - qui sont parfois appréciées par l’opinion, mais bien  mal aimées par les camps partisans qui veulent pour leur aisance d’action, tout le pouvoir et qui se trouvent dans telle situation en coexistence aux affaires et en compétition pour la consultation qui vient.  D’où la recherche de « la grande alternance », ce « grand chelem » qui s’obtient par la dissolution dans la foulée d’une présidentielle. C’est le paradigme de la vie publique, partagé par  les deux camps . D’ou leur accord profond pour aller au quinquennat,  chacun pensant qu’il va de cette manière « avoir » l’autre.

C’est bien l’étape majeure d’une évolution qui a fait de la Veme un régime de partis encore plus forts que celui la IVeme. Ce sont ces formations dont les hérauts dans chaque circonscription se disputent la voix marginale qui fait élire, ce qui favorise la présentation de toutes les questions sous forme de munitions pour des duels et non sous forme d’analyses sérieusement  argumentées pouvant déboucher sur des propositions raisonnées et raisonnables dont le défaut majeur serait de pouvoir être consensuelles puisque dans la concurrence électorale, « le consensus » (que l’administration, et au premier chef la nôtre, a le devoir et la mission de rechercher)  « voilà l’ennemi ».  C’est une école de la compétition, non de la gestion. Si bien que ces partis sont tour à tour plus aptes à prendre le pouvoir qu’à l’assumer.
 
C - Cette offre politique bipolaire à la chance alternante  a été sans grande alternative stratégique : il n’y a ni différenciation fondamentale sur un modèle de développement et de société ( mais seulement plus ou moins de préférence pour une dose de redistribution significative, encore que les résultats de chacun soient parfois en divergence avec les intentions), ni options opposées sur le type de relations économiques internationales qui est en quelque sorte pré défini par la participation européenne) . Aussi les gestions successives se révèlent-elles, malgré parfois quelques progrès surtout tributaires de la conjoncture mondiale, dans  l’impossibilité de faire avancer vers des perspectives vraiment satisfaisantes la question cruciale de l’emploi et déçoivent tant qu’on a le résultat du premier tour présidentiel de 2002. Ce  que J. Chirac sait parfaitement récupérer,  sans que sa nature puisse le porter à tenter une gestion par une large union nationale, ce qui eut pourtant correspondu à son électorat présidentiel de circonstances.
 
Et pourtant, une conscience du caractère partiellement fictif du clivage français a porté, peu à peu, candidats et leaders à chercher des échappatoires par rapport à la bipolarisation. Après la formule de L. Jospin (« mon projet n’est pas socialiste »), la campagne présidentielle suivante est en effet illustrée non seulement par le score personnel  d’un candidat « au centre » (dont les troupes ne peuvent être ensuite que décimées par le type de scrutin législatif) , mais aussi par une candidate qui essaie de sortir de certains clichés de la gauche et par un candidat qui se présente comme pragmatiquement libéral, mais  transgressant les références idéologiques, tandis que de vrais débats (sur « libre » ou « juste échange » en particulier), sans parvenir à devenir bien concrets,  traversent en fait tous les partis.
 

D - La réflexion constitutionnelle mise à l’ordre du jour après l’élection de 2007 va-t-elle renouveler la donne ?
Ce qui en ressort est la très claire volonté exprimée par le rapport lui-même de ne pas offrir un modèle qui ne serait pas reçu par les habitudes et les grandes formations politiques françaises. C’est pourquoi entre trois hypothèses, il n’en a été choisi  (en l’améliorant d’ailleurs à certains titres ) qu’une seule.

- C’est la consolidation toilettée du régime en vigueur, assortie d’une recherche d’un nouvel équilibre entre Exécutif et Parlement et de garanties supplémentaires  des droits constitutionnels des citoyens. Le parti d’opposition qui a  trouvé des bonnes raisons de ne pas approuver la réforme ne saurait d’ailleurs méconnaître, en tant que pilier du régime d’alternance, qu’elle correspond à cette philosophie politique partagée au sein de laquelle  bien des membres du comité de réflexion se sont regardés dans un miroir.  Par des confusions tenaces et  complètes de vocabulaire, voire, en jouant sur les mots (car cela écarte de regarder vraiment un régime « présidentiel » puisqu’il existerait déjà dans les faits), par  des intoxications conscientes de l’opinion,  des médias et des politiques soutiennent néanmoins que - à raison du rôle de fait qu’y joue un chef d’État ( qui,  en droit,  n’ajoute guère pourtant aux capacités constitutionnelles de la fonction) – notre régime se trouve « présidentialisé », alors que ce régime n’est pas un régime « présidentiel ». Dans un tel régime en effet il y aurait  séparation des pouvoirs, alors que le nôtre est un régime de confusion des pouvoirs : par son aspect parlementaire et par son  aspect présidentialiste additionnés, tel qu’il  résulte  de la double majorité, le débat n’existant pour l’essentiel qu’entre le chef d’Etat et les diversités de ses troupes. 

- La seconde hypothèse d’évolution -  que souhaite une part de la gauche traditionnelle – estimant que le fait présidentiel (non pas au sens constitutionnel, mais au sens médiatique) absorbe beaucoup trop toute la vie politique et transforme l’élection en un jeu télévisé – serait celle d’un régime de parlementarisme rationalisé. Cette hypothèse d’une part paraît totalement irréaliste, d’autre part ne changerait rien à la confusion des pouvoirs et même pourrait en aggraver  la portée. D’abord les Français ne voudraient sans doute jamais renoncer  à cette cérémonie festive au cours de laquelle beaucoup croient se choisir un destin  qu’est l’élection présidentielle. En second lieu, si l’on passait en régime parlementaire, c’est simultanément (ce à quoi d’ailleurs notre régime finira par aboutir lorsque la volonté de « cohérence » fera qu’élection présidentielle, législative et autres auront lieu le même jour), que l’on élirait par un mode de scrutin construisant le  bipartisme,  et une majorité , et,  en tant que leader des vainqueurs,  le chef de l’exécutif.  Je ne vois pas là de différence essentielle avec la situation actuelle qui, à tout pendre, présente quand même l’avantage relatif, par rapport à un régime parlementaire pur, de permettre à un chef d’État élu séparément de prendre quelques distances avec les intérêts électoraux de ses propres députés.

- la troisième hypothèse , la seule qui se distingue vraiment des régimes de confusion des pouvoirs  (comportant toujours un risque d’abus ou de mise sous le boisseau des citoyens, des libertés, des innovations) est celle du régime présidentiel au sens de régime de pouvoirs séparés, lorsqu’il y a un chef d’Etat élu « at large » non responsable devant un organe délibératif élu de son côté selon des modes électoraux propres ( et il n’est pas nécessaire que ce soit aussi, comme le Sénat des Etats Unis,  pour représenter aussi des états fédérés, mais tout autant les autres diversités d’un pays) et ne pouvant être dissous par l’exécutif. L’intérêt du système est d’abord que, par construction, il équilibre les pouvoirs puisque chaque organe est obligé  de collaborer avec l’autre, le Président devant notamment obtenir les budgets et les lois dont il a besoin pour sa politique. Son intérêt majeur est ensuite qu’il concilie l’unité d’une Nation dans le choix d’un chef d’Etat armé de pouvoirs réels et la pluralité des expressions et des besoins  d’un pays par une représentation diversifiée.

D – Ce qui conduit à l‘hypothèse d’apprécier la compatibilité de la représentation proportionnelle et du régime présidentiel, le seul,  sans doute,  qui pourrait permettre l’abandon pour l’Assemblée du système du scrutin majoritaire d’arrondissement, que l’on peut largement regarder comme responsable majeur de la division partisane de la France et des manières déformées dont sont posés et traités ses problèmes..

Cette RP a très mauvaise réputation.
- Elle couperait l’élu des électeurs ;  ce qui n’est vrai que si les circonscriptions où elle s’exerce sont trop vastes.
- Elle assurerait la main mise des partis sur les candidats ; mais, en fait, le contrôle des postulants va aujourd’hui très loin, par le besoin d’investiture à l’échelon national, alors que celui-ci n’apparaîtrait pas autant dans une proportionnelle s’exerçant à un raisonnable échelon territorial où peuvent mieux apparaître des personnalités non subordonnées à un appareil.
- Elle favoriserait les combinaisons contraires aux voeux d’origine des électeurs ; est-ce plus déformant que d’obliger ceux-ci à choisir de façon binaire au second tour ? Surtout ce détournement de la volonté des électeurs ne peut pas pareillement se produire lorsqu’il y a eu un choix de président au suffrage universel et, le cas échéant, des facultés de referendum, parts déterminantes de  « démocratie directe » autorisant pour des alliances au sein du législatif une part utile de « démocratie médiatisée ». 
- Par dessus tout, la RP serait la source de l’instabilité ce qui -  là encore comme en ce qui concerne le point de procès précédent à son égard – n’est vrai qu’en régime parlementaire,  mais cesse de l’être en régime présidentiel de séparation des pouvoirs où la continuité est assurée par la Présidence et où il n’y a pas d’instabilité pouvant tenir à la composition de l’organe délibératif puisqu’il n’y a pas de gouvernement « renversable ».

Certes on peut alors avoir des conflits entre un délibératif qui aurait des positions très arrêtées que ne surmonterait aucune majorité d’idées ou de compromis et qui ne voudrait pas accorder au Président les moyens normatifs et budgétaires de sa politique. Dans un tel cas de conflit, le blocage peut être écarté par le recours, à l’initiative ( pour maintenir l‘équilibre) de l’un ou l’autre pouvoir, au référendum de consultation sur le contenu de décisions à prendre,. Ce type de consultation référendaire  a pour objet de faire trancher le corps électoral entre deux types de propositions, non de conduire au départ ou au renvoi du pouvoir dont la préconisation n’est pas suivie, la seule suite obligatoire étant que c’est la proposition votée par le peuple qui doit être appliquée. Ce n’est donc pas un référendum de destin à la manière gaullienne, mais un référendum d’arbitrage tel qu’il en existe dans différentes constitutions.

Ce recours à une combinaison de régime présidentiel et de répartition proportionnelle serait le moyen de rééquilibrer  vraiment les pouvoirs dès lors que l’exécutif n‘aurait plus l’automaticité d’une majorité, tandis qu’au sein de la pluralité du délibératif ses composants devraient, à la mode américaine, prendre en compte, les besoins supérieurs nationaux. Paradoxalement, par ailleurs, une telle combinaison,  peut-être, pourrait-elle  donner à un chef d’Etat les moyens de ne pas être prisonnier d’une majorité partisane , mais de pouvoir rechercher des majorités autour de consensus fondamentaux. L’objet que l’on peut assigner à la combinaison RP+RP c’est précisément de dépasser le bipartisme, de permettre la constitution, dans l’héritage d’un esprit de rassemblement,  d’une force centrale sachant que « gouverner c’est doser autant que choisir »,  et se gardant des simplifications extrémistes,  mais permettant de ne pas se cacher  le poids des tenants de celles-ci s’exprimant dans les institutions plutôt que prospérant dans les rues.

Voilà sans doute des perspectives utopistes
- en premier lieu – et que ceux qui n’approuve pas cette idée d’évolution institutionnelle  soient donc rassurés  - parce qu’ une réforme des institutions allant dans le sens « RP+RP » n’a aujourd’hui aucune chance :  les grands  partis ayant le pouvoir ne la voteraient pas, au fond contre eux-mêmes, sauf phénomènes actuellement  imprévisibles ;
- en second lieu,  parce qu’il faudrait que les composantes de ce rassemblement s’accordent sur un diagnostic et des traitements de la situation économique et sociale, mais des institutions obligeant à converger y aideraient plus que des institutions  bâtissant les fortunes politiques sur ce qui fait diverger.





 
   
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Dimanche 15 mars 2009 7 15 /03 /Mars /2009 19:30
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : sciences pol. et institutions - Ecrire un commentaire
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