G. Bélorgey - Aperçus d'histoire et société contemporaines
Mode de consultation : après avoir cliqué sur un article, un sujet ou un mois d'archive, l'affichage du document recherché
s'obtient en descendant (par l'ascenseur de droite) la lecture jusqu'au delà de la fenêtre de présentation de ce site et/ou des rubriques affichées.
L'objet de ce site est de baliser par quelques souvenirs éloquents l'histoire récente et de faire contribuer ces expériences, par des commentaires
d'actualité, à éclairer et choisir les changements, en s'interrogeant sur les propositions des politiques et les analyses des essaiystes. Par ailleurs, à côté des problèmes de
société (parfois traités de manière si impertinente que la rubrique "hors des clous"a été conçue pour les accueillir), place a été faite à "l'évasion" avec des incursions dans la
peinture, le tourisme, la littérature, des chansons, ce qui constitue aussi des aperçus sur l'histoire vécue.
Identité de l’auteur vous pouvez lui écrire à <gerard.belorgey@wanadoo.fr>
Né en 1933, appartenant à la génération dont l'enfance a été marquée par la deuxième guerre mondiale, l'occupation et la Résistance, l'adolescence par la Libération, la guerre froide, puis par de
clairvoyants engagements pour les décolonisations, l'auteur a ensuite partagé sa vie professionnelle entre le service public (il a notamment été préfet, délégué à l’emploi, directeur des affaires
économiques de l’outre-mer, président de la chaîne de radio-télévision, RFO), l'enseignement et la publication d’ouvrages de sciences politiques (il est aujourd’hui membre du comité de rédaction
etcollaborateur régulier de la "Revue Politique et Parlementaire"). Il a également assumé des missions dans de grandesentreprises en restructuration (Boussac, Usinor/Sacilor), puis a été conseil d’organismes professionnels.
Alors que ses condisciples ont été en particulier Michel Rocard et Jacques Chirac (il a partagé la jeunesse militante du premier
dans les années cinquante et fait entrer le second à Matignon dans les années 60, avant d'être son premier collaborateur à l’Emploi, pour la négociation de Grenelle et au secrétariat d’Etat aux
Finances, il n'a suivi ni l'un, ni l'autre dans leurs itinéraires. En effet, dans le domaine politique, comme il ressort de ses publications (cf. infra), Gérard Bélorgey n’a rallié ni la vulgate
de la Veme république sur les bienfaits de l’alternance entre partis dominants, ni les tenants du catéchisme du libre-échange mondial. Il ne se résigne donc pas à TINA ("there is no alternative"
au libéralisme). Tout en reconnaissant les apports autant que les limites de ceux qui ont été aux affaires et avec lesquels il a travaillé, il ne se résigne pas non plus à trouver satisfaction
dans tel ou tel programme de camp. Mesurant combien notre société multiculturelle, injuste et caricaturalement mondialisée, souffre aussi bien des impasses de l’angélisme que des progrès de
l’inégalité et des dangers de l’autoritarisme, il voudrait contribuer à un réalisme sans démagogie.
Partie de ses archives est déposée dans les Fonds d'Histoire contemporaine de la Fondation des Sciences Poltiques (http://centre-histoire.sciences-po.fr/archives/index.html)
Il a écrit et existé sous d'autres noms que celui sous lequel il a signé des ouvrages fondamentaux que furent "le
gouvernement et l'administration de la France" ( 1967), "la France décentralisée" ( 1984), "Les
Dom-Tom" (1994) : le peuso de Serge Adour correspond à l'époque de la guerre d'Algérie et à une grande série de papiers dans Le Monde en 1957 , celui d'Olivier
Memling à l'écriture du recueil de poèmes "Sablier " (couronné en 1980 par l'Académie Française et référé dans l'histoire
littéraire du XXeme Siècle de Hachette) et aux chansons qui en sont issues, celui de Gérard Olivier à son analyse dans de grands quotidiens de la décentralisation en 1981/82;
celui de Solon (malheureusement partagée par erreur avec d'autres auteurs) à la publication en 1988 de "la démocratie
absolue" . Cessant de vivre un peu masqué, il retrouve son nom en 1998 pour "Trois Illusions qui nous gouvernent", puis à compter de
2000 pour "Bulles d'Histoire et autres contes vrais " (série de coups de projecteurs sur notre monde qui seront souvent repris ci-dessous),
ainsi que pour de nombreux articles dans diverses revues. En 2009, son récit "la course de printemps" revient sur la guerre
d'Algérie.
Depuis le retrait du général de Gaulle, la ligne la plus significative de clivage au sein de la Veme Républque, droites et gauches confondues, est entre
ceux qui , par choix ou résignation, obéissent aux perspectives d'une mondialisation libérale gouvernée par le libre-échange et les transferts de compétences des Nations à des échelons de
gouvernance supra nationale et ceux qui soutiennent que l'excès dans cette double voie, du fait des abandons de capacités de décision nationale , ne peut conduire qu'à la dépendance
économique, au désemploi et au Munich social permanent.
Ph. Seguin a été, un temps du moins, et un temps fort en 1992, des seconds, encore que les échecs et les délaissements qu'il a subis l'ont aussi
contraint à cette part de résignation qui a fait ses retraits, l'amplification de ses colères et de ses déchirements. Parce qu'il n'était pas dans la pensée dominante, il a été vilipendé ou miné
à des niveaux et selon des procédés que ne peuvent guère compenser les bouquets de louanges d'aujourd'hui, encore qu'il y ait quelques silences significatifs que l'on veut croire inspirés
par la pudeur.
Toujours est -il que l'on enterre sous les fleurs ce "séguinisme" dont chacun observe qu'il a finalement surtout donné des co-équipiers à l'actuel chef de l'État, peut-être parce que celui-ci est
à la fois, aux côtés des entreprises et investisseurs, le plus ardent instrument au service du libéralisme de compéition et, sensible à
l'opinion,en référence coutumière et habile aux thèmes de la protection de nos emplois et de notre industrie nationale. Mais dans
cette tension, on voit quand même bien de quel côté penche sa balance : par ceux et celles qui le servent dans les postes économiques et financiers clefs, par ceux qui en bénéficent
et, tout simplement, par ce qui se passe. Le fléau de la balance ne met pas en cause le libéralisme mondial et cherche au mieux à sécuriser un peu son fonctionnement . On est bien dans
l'héritage de l'inspiration du candidat Balladur à la présidence , candidature qu'en1995N. Sarkozysoutint
contre J. Chirac.
A l'inverse, le rôle historique de Philippe Seguin a été, pour sa part, d'empêcher le succès de E. Balladur aux présidentielles de 1995; que la balance
n'aille d"un coup clairement dans le sens de la soumision au libéralisme supranational économique libre échangiste mondial . En soutenant Chirac, Seguin lui a sans doute assuré la
victoire ( et a indirectement contribué, du fait de cette dissolution qu'il critiquait, à l 'accession aux affaires de L. Jospin) . S'il est clair qu'il a évité
alors à la France une présidence à conviction libérale dans tous les domaines, l'élu à la Présidence en 1995 ne l'a pas choisi pour premier ministre lui préférant un Juppé
exprimant en fait une pensée économique classique. Et d'ailleurs, comme beaucoup d'entre nous, Ph. Seguin qui aimait l'homme Chirac était un peu désespéré par le politique
se laissant aller (par réalisme ?) sur le versant du conformisme économique européen. Il avait d'ailleurs eu les expériences de 1992 ( contre lui,l'alliance MItterand/Chirac faisant ensemble passer de justesse le traité de Maastricht ) et celle, moins éclatante de
I986, lorsqu'il fut le ministre des affaires sociales de J. Chirac et où, chaque jour, il devait ramer pour faire valoir ses points de vue un peu discordants par rapport à ceux de la majorité qui
venait d'emporter les législatives. J'ai raconté cette ambiance dans l'extrait des "Bulles d'Histoire" ( Phenix Éditions 2000) que je reproduis ci- après (
"Délégué au désemploi", "les effets d'aubaine", "les photos caviardées").
Martine Aubry peut aujourd'hui sincèrement saluer son ministre d'alors. Elle en était le directeur du Travail ( affaires juridiques) et j'en étais le délégué à
l'Emploi ( gestion du chômage et suivi opérationnel des restructurations). C'est en restructurant auparavant le textile , dans le cadre de ma contribution à la gestion de Boussac en
location gérance, que j'avais pratiqué fréquemment le député des Vosges dont la circonscription était frappée par nombre de nos fermetures d'usines, comme elles touchaient, parmi les élus
socialistes, celle de son collègue Christian Pierrret; et entre les deux nous équilibrions les sacrifices ainsi que les reconversions dont la perspective d'une usine de produits d'hygiène
(relevant de Peau Douce qui tournait bien ) et qui finalement aboutit chez Auroux à Roanne par suite d'ententes étranges - dans lesquelles je n'étais pour rien - avec le
Floch-Prigent - pour compenser des pertes d'emplois de Rhone-Poulenc dans la Loire.
En 1986, Martine Aubry et moi-même - qui avions été l'un et l'autre des équipes de Michel Delebarre - nous nous entendions bien avec Ph Séguin où je voyais un courageux ministre de qualité,
à la recherche de toutes les solutions possibles, critique de tous les sectarismes et posant des problèmes dérangeants, ayant su avec précaution et mesure faire la délicate réforme
attendue que fut alors la suppression de l'autorisation administrative de licenciement ( d'où ne sortit pas un bond de l'emploi !).
Il lui fallait se séparer de moi et je l'ai regretté. J'ai aussi regretté de n'avoir pu trouver , plus tard, une collaboration directe avec lui au moment de la campagne contre Maastricht, à
laquelle à l'étonnement de bien de mes camarades et collègues ( "comment quelqu'un de notre milieu, Gérard, peut-il avoir cette position" !) je m'étais joint . Mais il y avait
des filtres (venant autour de Séguin d'une part d'un entourage RPR qui n'appréciaient pas l'ancien "délégué à l'emploi des socialistes" ). Et pour ma part, je trouvais alors que
l'erreur d'angle de tir de Seguin fut de se placer surtout ( du moins c'est ce qu'on en ressentit) sous l'angle de la préservation de la souveraineté nationale; en effet l'évolution
des Européens vers de plus en plus de ressemblance entre eux rendait cette notion un peu abstraite, alors que la critique efficiente était de mettre en évidence les effets pervers des
retombées économiques et sociales de l'option libérale et surtout libre échangiste du modèle choisi de construction européenne.
D'ailleurs, lorsque ce fut cet angle d'attaque de la construction européenne qui devint dominant lors de la campagne pour le "non "envers le projet de traité constitutionnel, et
tandis qu'avait échoué la campagne contre Maastricht,c'est bien cette approche concrète qui assura aux résistants une large victoire qu'aucune
majorité homogène ne pouvait au demeurantt portertandis que Ph. Seguin n'était plus à ce rendez-vous de l'histoire . En son absence, pas mal de ses proches
ayant rallié l'establishment contribuèrent à l'opération de dupes qui conduisit au Traité de Lisbonne ou couvrirent ce retournement de situation, avec en fait la majorité de la
classe politique au sein de laquelle il est bien vrai qu'on ne peut classer le passionné de la vérité et de la France qui s'étant drapé dans le grand service publicde la Cour des Comptesavait malheureusement ainsi perdu la capacité d'un rôle politique stratégique, .
DSK a critiqué l'augmentation du smig en Ukraine, alors que le problème clef du monde est dans les disparités de salaires entre pays avancés et low countries.
Voir celles-ci développer par leur pouvoir d'achat interne leur marchés intérieurs et corriger ainsi les disparités meurtrières qui font les concurrences déloyales du monde endétruisant l'emploi des pays avancés et en maintenant sous le boisseau les salaraiés des pays émergents ne convient
pas au FMI qui a déjà malmené pas mal de pays et ruiné pas mal de populations.
Quelles que soient d'éventuelles raisons techniques pour des précautions anti inflationnistes en Ukraine, la position de principe de DSK est inadmissible.
Elle augure bien du redoutable social- libéralisme d'un candidat connu à la présidence française et qui trouve bien trop de soutiens dans les rangs de ce que l'on ne peut même plus
appeler la gauche.
En supprimant la Taxe Professionnelle on renonce à l’un des meilleurs impôts du monde
Quel est le seul impôt qui est assis de manière répartie entre le capital technique, le capital humain et la valeur ajoutée : la TP (*)
Quel est l’impôt différencié de place en place qui lie l’effort que fait une collectivité pour créer de bonnes conditions d’accueil à des activités et le profit
qu’elle en tire : la TP
Quel est l’impôt différencié de place en place qui peut inciter ou non une entreprise à s’implanter en tenant compte d’une balance coût/avantage : la
TP
Quel est, alors qu’on ne peut partager aucun grand impôt d’État l’impôt imparfait mais possible qui peut produire autant de
ressources ?Aucun( mais il faudrait au moins donner aux Régions un ISF modulable , ce qui créerait un bon enjeu de pouvoir)
Voilà les vertus fondamentales oubliées de la TP qui était toujours perfectible d’abord en elle-même ( si son emploi a été lié au dynamisme des communes
de France que son existence a responsabilisées, il restait des questions de répartition, de péréquation, de perfectionnement d’assiettes et de seuil de tolérance) ) , mais surtout en
retouchant et en réformant son contexte : le reste de la batterie fiscale locale qui a plus de défauts que la TP : les injustices de la taxe d’habitation, les mauvaises assiettes
des fonciers, l’absence d’une fiscalité adéquate (comme eut été une taxe sur la constructibilité) sur l’urbanisation.
Mais la TP c’est le baudet de la fable, dénoncée comme le fardeau ( entre autres) des entreprises, encore qu’on voudrait bien savoir de combien de départs ou de faillites la TP ( au
demeurant si souvent adoucie par des exonérations diverses) serait responsable ?
Mais on voulait sa peau :
- parce qu’il faut moderniser à tout crin et à tout prix ;
- parce qu’il faut dire oui aux clientèles que sont tous les demandeurs et bénéficiaires d’allégements fiscaux déjà largement gratifiés par les politiques qui
privilégient les mieux dotés
- parce qu’il faut se soumettre – ou trouver le prétexte de se soumettre –aux besoins d’alléger les coûts ( toujours les coûts utiles à la solidarité et
à la vie collective comme les cotisations sociales et les impôts locaux)
- que c’est la règle du vilain jeu d’une économie casino ne poursuivant que les meilleurs profits et les plus bas prix de revient
- selon la logique de l’illusion d’avoir le pouvoir d’achat par de bas prix offerts aux chômeurs, aux mal payés ou mal assurés, qui en ayant peu de ressources
recherchent et demandent ces bas prix et auxquels on ne peut les donner, contre leur emploi et leur niveau de vie, qu’en réduisant les emplois, les salaires et les garanties : le
cercle vicieux de l’économie libérale internationale dont le carburant est l’inégalité
- parce que c’et là l’ordonnance que prescrit le régime de la compétition mondiale lorsqu’une totale absence d’imagination stratégique – laquelle devrait
comporter ce qu’il faudrait de protectionnisme indispensable à la survie de nos niveaux sociaux - livre notre société à son inéluctable déclin dont la destruction des
moyens de la vie locale n’est qu’une facette parmi trop d’autres.
(*) dans cette présentation volontairement simplifiée , on a pris l'inspiration équilibrée d"origine et fait abstraction de la réforme de 2002/3 qui aurait
effacé, pour faire face aux critiques assez erronées d'ailleurs selon lesquelles cette part pesait sur l'emploi ( qui a souffert en vérité de bien d'autres handicaps !), la part "salaires"
de cette assiette; ce qui n'efface pas le facteur humain qui continue à apparaître à travers la valeur locative des immobilisations , forcément proportionnelle à l'ampleur humaine
d'une activité.
A ceux qui critiquent par principe tout ce qui impose des "facteurs de production", on ne peut répliquer qu'en leur demandant sur quoi imposer ? Ils vous diront, "mais sur les résultats."
Seraient-ils d'accord pour transférer à un quasi doublement de l'impôt sur les sociétés le soin de pourvoir en ressources les collectivités locales au niveau de la TP (? les deux impôts
tournent autour de 40 milliards d'euros de produit, chacun, celui de la TP atteignant 37 mds, rémunération de l'État incluse et étant à peu près stable; celui sur les sociétés étant très
sensible à la conjoncture et étant en dessous du score de 52 mds nets en 2008)
Une actualité qui exigerait beaucoup de commentaires. Ne les ayant pas engagés à temps, encore que je reviendrai sur quelques points, je fais le relais pour mes
lecteurs de cet entretien ( avec le Monde) devant faire date de F. Bayrou :
F. Bayrou - Cela s’appelle l’Empire romain
Après sa sévère défaite aux européennes de juin 2009, François Bayrou, 58 ans, largement distancé par les Verts et les socialistes, s'est engagé sur le chemin d'un rapprochement avec la gauche, à
qui il a lancé une " offre publique de dialogue". Affaire Mitterrand, marchandisation de la société, explosion de la dette, le leader du MoDem ne mâche pas ses mots. Il évoque un pays "à
reconstruire" et veut bâtir une alternative en dépassant les frontières partisanes. Il assure que l'espace de dialogue qu'il prône se concrétisera avant la fin du mois.
Barack Obama méritait-il le prix Nobel de la paix ?
Cette récompense arrive tôt, très tôt. Disons qu'elle salue des intentions et un changement de cap plutôt que des résultats effectifs. En ce sens, c'est un grand défi que les Nobel lancent à
Obama. Il faut qu'il obtienne des résultats. Mais au moins a-t-il en peu de mois changé l'image des Etats-Unis dans le monde, et donc un peu aussi l'équilibre du monde. Ce peut être un grand
tournant.
L'affaire Mitterrand est-elle close ?
Qui peut savoir ? Lorsque M. Mitterrand a été nommé, ceux qui le nommaient savaient quels étaient ses écrits. Et certains sont violents, à la limite de l'insupportable, comme le genre de vie
qu'ils décrivent. Pour moi, je crois et j'espère qu'un homme qui constate l'insupportable de sa vie peut changer. Mais sa fonction de ministre peut être rendue plus problématique...
Nicolas Sarkozy avait fait sa campagne contre Mai 68, faut-il faire l'inventaire de 1968 ?
Je n'ai jamais participé à la vindicte contre 68. Mai 68, ce n'est pas la cause de tous les maux, c'est la conséquence de mouvements très profonds de la société française, qui viennent de très
loin. Dans l'héritage de 68, il y a des choses positives du point de vue des libertés, de la prise en main par chacun de son propre destin, d'un sentiment communautaire, et il y a des choses
négatives, voire extrêmement négatives, la plus grave étant la dérive qu'on a tolérée et encouragée vis-à-vis de l'enfance et de l'adolescence. Une société qui expose les enfants est une société
barbare. Sur ce point, il y aura un jour nécessairement interrogation.
L'ouverture participe-t-elle du brouillage idéologique ?
L'ouverture à la mode Sarkozy, ce n'est pas le dépassement des frontières que j'appelle de mes voeux, c'est la société de communication, du spectacle. On prend non pas des idées, des consciences,
mais des figures médiatiques, pour abuser l'opinion publique. Mon idée de l'ouverture est exactement le contraire : la situation de la France est tellement grave qu'il sera impératif de traiter
la crise sous forme d'une union nationale. Dans l'infinie dégradation qu'il connaît, depuis l'éducation jusqu'à la justice, ce pays exigera qu'on sorte de l'affrontement des camps et du simplisme
pour choisir une voie nouvelle et reconstruire - car il s'agira bien de reconstruire - un pays équilibré.
Pourquoi un tel catastrophisme ?
Voyez ce qui vient de se passer en quelques jours. Dans la même semaine, le gouvernement propose de subventionner les élèves pour qu'ils viennent en classe. Il livre le pactole du marché des jeux
sur Internet à des intérêts privés, bookmakers et autres, au mépris des principes que la France respectait depuis 150 ans : le jeu, parce qu'il est dangereux, est organisé par l'Etat. Il annonce
que le déficit de l'Etat atteint 50 % de la dépense publique ! Et le fils du président de la République se voit installé (à 23 ans et sans aucune compétence particulière) à la tête de
l'établissement public d'aménagement du quartier de La Défense, un des intervenants les plus puissants dans l'aménagement au niveau européen. Tous les piliers solides sur lesquels notre pays
s'était construit, en termes de principes, de décence, de raison, chancellent et s'effritent. Cela rappelle l'Empire romain.
Quel est le principal défi de l'après-crise ?
La dette : chaque heure de la journée, quand on fait une dépense publique de 1 000 euros, il faut en emprunter 500 ! Ce déficit a augmenté de 350 % en deux ans ! Et contrairement à ce qu'on dit,
les choses ne vont pas s'arranger. Comme Jean Peyrelevade l'a montré, la charge de la dette est devenue telle qu'il ne peut y avoir de rétablissement à politique constante. Pendant des années et
des années, tout le travail des Français sera ponctionné pour rembourser, notamment à l'étranger, cette charge qui a été constituée à leur insu. Ce déficit, désormais, fait boule de neige : il
semble hors de tout contrôle. Notamment si les taux d'intérêt augmentent. Pour inverser la tendance, il faudra un immense effort national, Etat, collectivités, citoyens. Cela ne se fera pas sans
un changement profond, majeur, dans la politique du pays.
Faut-il poursuivre la réduction du nombre de fonctionnaires ?
On peut le faire, si cela n'est pas décidé à l'aveugle et si on sait réorganiser l'Etat. Mais il est illusoire de croire qu'on trouvera là les économies suffisantes.
Faut-il taxer les indemnités liées aux accidents du travail ?
Non, on ne peut pas les considérer comme un salaire normal. C'est la compensation par l'assurance d'un dommage subi. Et il y a souvent des pertes de revenus supplémentaires liées à cet arrêt de
travail.
La réforme des collectivités va-t-elle dans le bon sens ?
L'idée principale, rapprochement des départements et des régions, je la défends depuis longtemps. Je suis donc disposé à la soutenir et à la voter, à une condition impérative : qu'il y ait une
loi électorale juste, représentant équitablement les grandes sensibilités du pays, comme le fait la loi électorale allemande.
Comprenez-vous les réticences des élus ?
C'est normal, les élus ont envie de conserver leurs prérogatives. Mais le système actuel ne va pas. Il n'est plus possible de conserver deux institutions (départements et régions) avec des élus
qui s'ignorent pour faire à peu près la même chose. Moi, je veux changer les choses. Le conservatisme n'est pas une solution.
Partagez-vous la colère d'Alain Juppé sur la réforme de la taxe professionnelle ?
Oui. Les collectivités ont reçu des assurances formelles et l'on découvre que ces assurances ne seront pas respectées. En vérité, quand un impôt est accepté, il faut y toucher avec prudence. Les
intérêts qui pèsent sur la décision du gouvernement sont puissants. Mais les milliards qui seront rendus aux industriels les plus puissants, il faudra les prendre à de plus fragiles. Ce sont
autant de décisions dont on n'a pas pesé les conséquences.
Après votre échec aux européennes, vous avez formulé une offre de dialogue publique à l'opposition. Avec qui allez-vous discuter ?
Ma démarche repose sur cette conviction : face à la dégradation du pays, au dévoiement de son projet national, il faut changer nos institutions, reconstruire complètement la pensée et cette
révolution ne peut pas se faire camp contre camp, démagogie contre démagogie. Il faut donc que ceux qui cherchent l'alternance acceptent de se parler, de confronter leur point de vue, sans
renoncer à rien de ce qu'ils sont, à leur histoire, à leurs idées. Cette idée avance, je le crois, et j'espère qu'elle se concrétisera dans les semaines qui viennent. J'essaie d'être l'accoucheur
d'un espoir crédible pour le pays.
La percée des Verts ne contrarie-t-elle pas votre appel ?
Pourquoi donc ? Je les crois aussi attachés à sortir de l'impasse dans laquelle se trouve la France. Sur le fond j'ai une différence avec eux : l'environnement est un problème pour l'humanité
mais je ne crois pas que les problèmes de la société française se résument à l'environnement. Les banlieues, les inégalités sociales, l'école, la santé, la situation des jeunes totalement
abandonnés, celle des finances publiques ne se résument pas au problème de l'environnement.
Corinne Lepage et Jean-Luc Bennhamias vous poussent à un accord national avec les Verts. Y êtes-vous favorable ?
Le choix que j'ai fait depuis longtemps, c'est celui du rassemblement. Etre soi-même, et en même temps faire tomber les murs, dépasser les frontières. Avec les écologistes dans certaines régions
? J'y suis ouvert. Mais cela ne nous dispensera pas de construire nos propres forces.
Des rigoles de lait produit plus cher que son prix de vente ruissellent sur la face d'une Europe qui maltraite ses paysans, ce qui n'empêche pas que Barroso rigole
d'avoir mis tout le monde dans sa poche, dont pas mal de socialistes sans doute , et pour cinq ans...avec une échéance et un perimètre électoral dépassant largement ceux de Sarkozy.
A qui fera -t -on croire qu'il est impossible de sauver les éleveurs en conciliant un peu moins de production ( ? , mais n'est-ce l'insuffisance de la demande - ce
qui dans le monde où il ya tant de faméliques est quand même paradoxal - qui fait baisser les cours), un peu moins de profit pour les transformateurs du lait profitant de ce marché
d'offre et un prix s'il le faut un peu plus élevé à payer par les consommateurs européens pour garder leurs produits laitiers et leurs emplois.
Des contraires des philosophies à l'oeuvre qui veulent toujours plus de concurrence par les prix et de baisses des prix pour les consommateurs et contre les producteurs, donc en définitive
contre l'emploi et contre tout le monde. Voilà pourtant un monde influencé ou géré par d'anciens para trotskystes que furent aussi bien, dans les erreurs (?) de leurs jeunesses, un Barroso, qu'un
Jospin et qu'un Kessler ( qui changea le medef , au demeurant très lié autrefois à DSK, cf. article 2000 du Nouvel Observateur : http://hebdo.nouvelobs.com/hebdo/parution/p1841/articles/a37414-denis_kessler_l%E2%80%99intello_qui_a_chang%C3%89_le_patronat.html ).
Comme ils s'entendent avec le socialisme européen de l'échec qu'illustre l'Espagne d'aujourd'hui . Mère de tant de révolutions (contre l'impérialisme de
Napoléon, contre le facisme de Primo de Rivera, etc. ) ce pays, peut-être parce qu'il cherchait enfin le bonheur mais en se faisant des illusions sur la pertinence de telles voies,
s'est donné au modèle social-libéral. Ce qui y triomphe est la licence légale dans les moeurs et les licenciements dans l'économie. Deux choses qui vont toujours de
pair dans les sociétés qui ont glissé dans les poisons du bouquet libéral, s'épanouissant dans des junglesmégapolesplus faites pour inspirer les polars et dérèglements d'auteur à succès, comme M. Vasquez Montalban, que l'épanouissement de vies.
L'impudence des pouvoirs a bien des formes. A la face hilare de Barroso et au sérieux de play boy rangé de Zapatero, fait écho le cinéma de Paris. Comme toute
la chose publique sous les monarchies, l'hôpital appartient au roi pour y donner son spectacle . Et même si celui ci a un bon argument - des investissements pour la santé - la manière est
inadmissible et choquante à juste droit : des personnels, des soignants, des consultants, des malades hyper contrôlés ou écartés quelques heures pour faire place au souverain et à
sa sécurité, c'est insupportable. Imaginons avec quelle délicatesse une telle visite eut été rendue, comme elle en fit dans Londres bombardée, par la reine Elizabeth ( mais le modèle
est plutôt la grande Catherine) ou un honnête démocrate,socialiste ou non,dirigeant d'un pays nordique où
les hommes de pouvoir savent vivre et faire comme vous et moi. Si je conseillais le Président, je l'inviterais à courir des risques d'être chahuté là où il va et où il a bien sûr le
droit d'aller, mais sans "embêter" tout le monde et même,s'il le faut pour éviter les excès des services d'ordre , de prendre le risque d'un attentat sur sa vie . Tels sont les prix - petits et grand - de la popularité. Etre digne d'exercer le pouvoir exige
de savoir assumer cela.
Le président français continuera à perdre par la forme ce qu'il mériterait parfois de gagner sur le fond. D'autant qu' hélas ses aversaires
principaux n'ont pas grand chose à lui envier sur ce fond - car leur réflexion à gauche semble parfois aller moins loin que la sienne qui est à la recherche de toutes les
voix; mais il ne peut faire croire en lui parce que le style c'est l'homme.
Les Français vraiment ne peuvent plus savoir à qui se vouer.
Commentaires