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politique éco et emploi

Au titre de documents de références nous reprenons sur ce site le contenu d'un récent colloque de Res Publica qui a réuni des contributions de

-Jacques Sapir (directeur d'études à l'EHSS) : "Le protectionnisme aujourd'hui" (publication du 30 juin)

-" Le protectionnisme n’est pas la solution" : Intervention de Jean-Marc Daniel, professeur d'économie à l'ESCP-EAP (publication du 1er juillet)

- "Pour un protectionnisme européen" , de H. El Karaoui (publication du 2 juillet)

- "L'évolution du comerce mondial"de Jean Luc Gréau (publucation le 3 juillet)


Voici donc en ouverture



Le protectionnisme aujourd’hui
Intervention de Jacques Sapir, directeur d'études à l'EHESS, auteur de Le Nouveau XXIè siècle (Seuil, 2008) au colloque du 27 avril 2009, Crise du libre-échange mondial: comment en sortir ?


Le libre-échange a été souvent présenté comme l’une des conditions de la croissance. Il a été associé à la liberté de circulation des capitaux dans la mesure où il a été considéré que la liberté de circulation des produits devait s’accompagner d’une liberté de circulation des moyens de production pour pouvoir obtenir les meilleurs résultats.

Aujourd’hui, on est en mesure de dresser un bilan de cette double ouverture. Il ne semble pas que la liberté de circulation des capitaux ait eu un effet globalement positif. Plus encore, en contribuant à l’instabilité générale des économies, elle a certainement exercé un effet déstabilisant. Quant au libre-échange, il est lui aussi fortement critiqué. Si personne n’envisage un retour à des économies autarciques, la mise en concurrence des économies n’a pas eu que des résultats positifs.

Globalement, c’est le couple libre-échange et liberté des capitaux, soit le couple entre la liberté de faire circuler les produits et celle de faire circuler les moyens de les produire qui est en cause. La possibilité de diverses formes de protectionnisme, y compris un protectionnisme asymétrique ou un protectionnisme altruiste est alors posée. On abordera en conclusion la question du souhaitable et du possible.


1. Le libre-échange et la concurrence entre les nations.

La question du libre-échange et du protectionnisme s’inscrit dans une problématique de la concurrence entre les nations. Les conditions de productivité y sont différentes en raison de l’histoire économique et des inégalités de développement. Néanmoins, c’est bien dans l’écart qu’il peut y avoir entre les inégalités de productivité entre deux pays et les différences de prix que se joue l’effet de concurrence. Certes, la concurrence ne se fait pas uniquement par les prix. Il y a de nombreux exemples où la qualité est un facteur particulièrement important de différenciation entre les produits.

Mais, si l’on reconnaît que ce phénomène peut jouer dans certains cas, il devient peu pertinent quand les conditions matérielles de production se rapprochent.

Il convient donc de bien distinguer le cas, dans les pays à très faible coût du travail, entre ceux dont les niveaux de productivité et de sophistication des exportations sont en train de remonter vers la structure des pays de l’OCDE et ceux dont les niveaux vont rester très faibles. Ces différences recoupent dans une large mesure celles que l’on a connues dans le taux de pénétration de ces pays sur le marché des Etats-Unis.


Tableau 1 : Pays montrant la plus grande similitude dans leurs exportations avec celles de l’OCDE

               1972     1983     1994     2005
Mexique     0,18     0,20     0,28     0,33
Brésil          0,15     0,16     0,19     0,20
Taiwan        0,14     0,17     0,22     0,22
Corée         0,11     0,18     0,25     0,33
Argentine    0,11     0,09     0,09     0,13
Hong-Kong 0,11     0,13     0,17     0,15
Pologne      0,10     0,08     0,09     0,17
Hongrie       0,05     0,08     0,07     0,13
Roumanie   0,05     -     -     0,08
Inde             0,05     0,07     0,09     0,16
Chine          0,05     0,08     0,15     0,21

Source: P.K. Schott, « The Relative Sophistication of Chinese Exports », in Economic Policy, n°53, janvier 2008, p. 26.

Ainsi, on peut constater que le changement tel qu’il s’est joué ces vingt dernières années a été le fait non pas d’un ensemble de pays mais d’un petit groupe de ces derniers. Ce sont ces pays qui sont aujourd’hui visés par des mesures protectionnistes, car ce sont eux qui – par la pression de leurs faibles coûts – ont engendré la déflation salariale que l’on a connue dans les grands pays développés.

Il est particulièrement important de constater que dans ces pays qui ont le plus gagné au développement du libre-échange, on n’a pas eu les gains en protection sociale ni en protection écologique que l’on pourrait attendre de cette hausse de leur productivité et de la relative sophistication de leurs exportations. Ce sont donc ces pays qui posent aujourd’hui un véritable problème au monde développé.

Tableau 2 : Gains de pénétration sur le marché des Etats-Unis
                            1972     2005
Chine                0,04%     19,26%
Mexique            1,96%     10,44%
Malaisie             0,42%     2,61%
Irlande               0,25%     2,22%
Corée du Sud    1,79%     3,32%
Thailande           0,20%     1,38%

Source: P.K. Schott, op.cit. p. 22.

Le développement économique a été, durant les 25 dernières années, largement porté par le commerce international. Tel est le résultat vulgarisé par les économistes. Cependant il convient de se demander si l’on n’a pas été en face d’une erreur, ou du moins d’une illusion, due aux statistiques. En effet, la vulgate du libre-échange passe pour le moins rapidement sur des éléments importants pour sa démonstration.

1.1 Les évolutions des économies depuis les années 1980.

On a en effet connu deux phénomènes majeurs qui ont été la fin de l’Europe de l’Est, au sens du CAEM ou Conseil d’Aide Économique Mutuel et à la fin de l’URSS. Dans ces deux cas, on a pu constater que les flux de commerce connaissaient une forte croissance. Or, le simple phénomène de transformation de ce qui était un « commerce intérieur » en un « commerce international » s’est traduit par la hausse brutale de ce dernier.

Une deuxième cause, plus subtile, de la hausse de ces flux de commerce international a été l’évolution que ces économies ont connue durant les premières années de la transition. On a ainsi constaté une expansion des exportations, à la fois de manière relative dans son rapport au marché intérieur et donc au PIB, et de manière absolue, à la suite de la transition. À cet égard, les chiffres extrêmement élevés du commerce international dans les années 1994-1997 semblent bien avoir été le produit d’une illusion statistique. Ce sont ces chiffres, enregistrés sur quatre années, qui ont très largement conditionné notre vision de la croissance.

Enfin, il faut avoir à l’esprit la hausse des matières premières qui s’est manifestée pendant une bonne partie de cette période.

En effet, c’est de ces années-là que date le sentiment que le commerce international porte la croissance. L’on a eu l’impression, et peut être l’illusion, que c’était par l’abolition des barrières aux échanges que l’on avait obtenu la croissance très forte de ces années-là. Dans une large mesure, ceci a recouvert le processus de constitution en « Économies Nationales» de pays dont le commerce ne représentait jusqu’alors que du commerce intérieur. On peut ici parler d’un artefact statistique. Cependant, il faut signaler que la croissance a pu être portée, mais dans une bien moins large mesure que ce que l’on a constaté, par le commerce international. En effet, il est clair que le commerce des pays émergents a progressé de manière très nette. Néanmoins, l’étude des pays concernés se révèle riche en enseignements.

Des études ont depuis plusieurs années tenté d’établir une corrélation entre le degré d’ouverture de ces économies et le taux de croissance. Dans cette littérature, on doit inclure Dollar (1992) (1), Ben-David (1993) (2), Sachs et Warner (1995) (3) et Edwards (1998) (4). Tous ces papiers ont été écrits après la dissolution du bloc soviétique en Europe et après la désintégration de l’URSS, mais avant la crise des pays émergents de 1997-1998.

L’article de David Dollar repose sur l’hypothèse qu’une distorsion des flux est une mesure de leurs restrictions et que la variabilité du taux de change réel nous indique la persistance d’incitation sur la longue période. Puis, il compare l’évolution des prix des facteurs de production dans les pays considérés aux prix aux Etats-Unis et mesure ainsi son indicateur de distorsion. Ceci soulève deux problèmes. Le premier est de savoir si, d’une manière générale, on peut considérer les prix aux Etats-Unis comme des prix « justes » pour l’ensemble des autres pays. Le second est que, même si on admet cette hypothèse, la mesure de la distorsion s’avère extraordinairement sensible aux formes prises par les mesures de protection, et non à leur effet global (5). De fait, la distorsion s’avère être une variable peu robuste et dont le coefficient de corrélation n’est pas significatif.

En ce qui concerne l’article de Sachs et Warner, les spécifications de leur modèle tendent à introduire un très fort biais en raison de l’inclusion uniquement de pays ayant eu recours au programme d’ajustement structurel. De plus, les variables qui vont déterminer si l’économie en question est « ouverte » ou « fermée » sont extrêmement discutables. Ceci peut se voir dans le traitement des pays Africains. En effet, l’usage de la prime de Marché Noir et celui du Monopole d’exportation ne permettent pas de déterminer de manière réaliste quelles sont les économies que l’on doit considérer comme « ouvertes » et quelles sont celles qui ne le sont pas.

L’article de Sebastian Edwards va quant à lui tester la robustesse des neuf indicateurs d’ouverture. De fait, la robustesse de sa régression doit beaucoup aux poids relatifs de certains de ces indices qui peuvent être, là aussi, extrêmement subjectifs.

L’article de Dan Ben-David va, quant à lui, se concentrer sur le problème de la convergence. Il s’agit ici de tester l’idée que, si on a un libre-échange des produits, on doit avoir une égalisation du prix des facteurs. Cependant, ce « théorème » ne fonctionne que si on a autant de biens que de facteurs, si les technologies sont identiques et si les coûts de transport sont négligeables. Cet article a, de plus, la particularité de regarder le cas de pays développés comme les membres de l’Union Européenne. Mais, ses résultats semblent pouvoir être attribués aussi à d’autres facteurs comme le fait que l’on observe pour les pays du bloc initial de l’Europe une tendance à la convergence qui date de la fin du XIXe siècle. De fait, les politiques semi-autarciques que l’on observe dans les années 1930 semblent n’avoir eu aucun effet sur cette tendance historique.

De manière générale, les tests apparaissent comme donnant des résultats très ambigus. On peut en déduire que, pour certains pays, l’ouverture a été positive mais non pour d’autres. On peut aussi en déduire qu’une politique qui associe l’ouverture à de bonnes mesures macroéconomiques est supérieure à une politique associant le protectionnisme à des mauvaises mesures macroéconomiques, ceci tient bien plus en la qualité des dites mesures macro-économiques qu’à celle de l’ouverture. De fait, les pays qui ont associé des politiques protectionnistes à des bonnes politiques macro-économiques, et en particulier à des politiques industrielles agressives, connaissent des taux de croissance qui sont largement supérieurs.

Les travaux conduits par Alice Amsden (6) et Robert Wade (7) ainsi que ceux qui ont été regroupés par Helleiner tendent à montrer que dans les pays en voie de développement le choix du protectionnisme fournit des taux de croissance qui seront très au-dessus de ceux des autres pays, plus adeptes du libre-échange, dans le long terme. Le protectionnisme apparaît alors comme une condition nécessaire mais non suffisante du développement.


1.2. Que calcule-t-on par la croissance du PIB ?

L’essentiel des calculs servant à « prouver » la supériorité de l’ouverture et du libre-échange se fondent sur des régressions entre un indice d’ouverture et la croissance du PIB. Cependant, outre le caractère très discutable de cet « indice d’ouverture » il faut signaler que c’est une importante illusion statistique que de prendre la hausse du PIB comme une mesure de la croissance de la richesse à l’échelle mondiale.

Tout d’abord, le PIB (ou le PNB qui est son équivalent sur une base nationale) ne mesure que les biens et services mis au marché. Ce qui est autoconsommé ou échangé hors mécanismes de marché n’est pas comptabilisé dans le PIB ou le PNB. Ceci n’est pas très significatif (quoi que …) pour des pays développés qui ont des structures de production et de consommation similaires mais constitue un problème majeur dans des pays en voie de développement où une large partie des activités économiques dites traditionnelles se font « hors marché ». Le basculement de ces activités, de la sphère non-marchande vers la sphère marchande, induit une hausse du PIB à production égale. La croissance du PIB ne reflète donc pas celle de la richesse de la population (9).

La marchandisation d’une économie qui possédait initialement un secteur non-marchand se traduit toujours par une hausse du PIB même quand la richesse réelle du pays diminue.
Par ailleurs ceci ne concerne pas uniquement les pays en voie de développement. La marchandisation de l’économie a aussi progressé dans les économies développées, à travers deux mécanismes qui ont joué un rôle important entre les années 1960 et les années 1990.

(i) Une partie de la consommation des ménages, qui était réalisée dans la sphère de l’économie domestique urbaine, a été externalisée dans la sphère marchande.
(ii) Une partie des consommations intermédiaires des grandes entreprises ont été elles aussi externalisées. Ceci a fait apparaître en transactions marchandes, et donc comptabilisées dans le PIB, des transactions qui se déroulaient de manière non-marchande au sein des entreprises. Il faut ajouter que ce phénomène tend à accroître la part des services dans l’économie en faisant apparaître statistiquement dans cette catégorie des activités déjà existantes mais qui se déroulaient au sein de grandes entreprises industrielles.

Il ne s’agit pas, ici, de dire que l’ensemble de la hausse du PIB à l’échelle de la France ou à celle du monde est un simple artefact statistique. Cependant la hausse du PIB mondial telle qu’elle a été mesurée entre les années 70 et la fin des années 90, parce qu’elle s’est déroulée dans une période marquée par une très forte marchandisation des activités, incorpore nécessairement une part non négligeable d’artefact statistique, en raison des conventions comptables qui sont utilisées pour déterminer le PIB ou le PNB.

Fondamentalement l’idée que nous aurions à partir de la fin du «court XXe Siècle » retrouvé une tendance à une intégration par le commerce se révèle être un mythe. Comme l’ont montré Paul Bairoch et Richard Kozul-Wright (10), il n’y a jamais eu un « âge d’or » de la mondialisation qui se serait terminé dans la première guerre mondiale.

Nous aurons l’occasion de voir que le débat a continué dans la période récente et que ses résultats ont été les mêmes. Conservons pour l’instant, l’image qui nous est fournie par Rodrik et Rodriguez. La poussée vers une plus grande ouverture n’a pas été favorable au plus grand nombre.
Il n’en reste pas moins que cette poussée a bien été fortement consolidée par le passage du GATT à l’OMC et qu’elle a eu des conséquences considérables en ce qui concerne la détérioration de la situation sociale, en particulier dans l’ouverture des inégalités sociales, dans les économies nationales soumises justement à cette concurrence.


Le changement inscrit dans l’OMC et la charte de La Havane.

Le libre-échange est aujourd’hui largement assimilé au résultat du traité créant l’Organisation Mondiale du Commerce. La constitution de l’OMC est cependant récente, et dans une large mesure toujours contestée.

Il nous faut revenir un instant en arrière. Lors des négociations de Bretton Woods en 1944, il devint clair que pour éviter le retour aux pratiques autarciques des années 1930 une « Organisation du Commerce Internationale » devait établir les règles à respecter. La conférence de La Havane permit la rédaction d’un texte, la « Charte de La Havane ». Ce texte établissait ces règles à partir d’une logique de croissance et de lutte contre le sous-emploi. Ainsi, la présence de mesures protectionnistes était-elle admise et même consolidée pour favoriser le développement d’industries naissantes comme matures.

La Charte de La Havane

La Charte adoptée à la suite de cette conférence (Charte de La Havane) précise tout d’abord des buts sociaux et économiques. La libéralisation des échanges commerciaux n’est ainsi mentionnée que dans la mesure où elle contribue au progrès économique et social. Cependant, la Charte indique de manière très claire que les mesures de libéralisation sont contingentes aux objectifs énoncés. Elles sont donc susceptibles d’être suspendues si elles entrent en contradiction avec la réalisation des dits objectifs.

Ainsi, l’article 1 de la Charte de La Havane définit les buts de la Charte comme étant ceux de la Charte des Nations Unies et en particulier le relèvement du niveau de vie, le plein emploi et les conditions de progrès social.
Le §1de cet article 1 précise :
« Assurer une ampleur toujours croissante du revenu réel et de la demande effective… »
Le § 2 précise « Aider et stimuler le développement industriel ainsi que le développement économique général… ».
La question de la réduction des tarifs douaniers n’est soulevée qu’au §4 et apparaît donc comme subordonnée aux buts économiques et sociaux.

L’article 2 de la Charte fait de la lutte contre le chômage un objectif international. Le libre-échange n’est pas mentionné.
L’article 3, quant à lui, stipule (dans son §2) que les mesures prises nationalement ne doivent pas avoir pour effet de « mettre en difficulté la balance des paiements d’autres pays ». L’objectif est donc d’arriver à un équilibre global. Ceci est réaffirmé dans l’article 4 qui stipule que, si un État est cause d’un déséquilibre (par un excédent structurel), cet État doit corriger la situation. Ainsi la Charte fait obligation à ses membres de ne pas prendre de positions prédatrices.
L’article 6 indique que l’OIC doit agir en cas de pression déflationniste, qui justifie alors des mesures de sauvegarde de la part des autres pays.
L’article 7 de la Charte définit alors un processus devant conduire à des normes de travail équitables.

L’article 20 de la Charte appelle à l’élimination des mesures autarciques, mais introduit cependant immédiatement des clauses suspensives dans un grand nombre de cas (§2) :
- Limitation des exportations en cas de pénurie grave.
- Limitation des importations sur des critères qualitatifs relevant des normes ou de la réglementation du pays considéré.
- Limitation des importations agricoles si le pays considéré souhaite développer spécifiquement ces productions, ou se prémunir contre une surproduction temporaire.

L’article 21 vient souligner le caractère contingent des mesures de libéralisation en indiquant que la priorité est, pour les pays membres, de sauvegarder leur position extérieure et maintenir un équilibre stable de la balance des paiements.
Le §2 précise d’ailleurs (en référence aux restrictions quantitatives évoquées à l’article 20) :
« …tout État membre pourra, en vue de sauvegarder sa position financière extérieure et sa balance des paiements, restreindre le volume ou la valeur des marchandises dont il autorise l’importation… ».
Le §3 précise alors comme conditions permettant à un État de maintenir ou renforcer les restrictions à l’importation. Il s’agit de prévenir le risque d’une baisse des réserves monétaires, de mettre fin à une telle baisse ou enfin d’augmenter les dites réserves (à un taux qualifié de « raisonnable ») dans le cas où elles seraient très basses.

La charte de La Havane ne fut pas ratifiée par les États-Unis et, à partir de 1948 ce fut à sa place l’accord général sur les doits de douane et le commerce ou GATT (General Agreement on Tariffs and Trade) qui en tint lieu.
Le remplacement du GATT par l’OMC survint à la suite de l’Uruguay Round de 1986. Le mandat qui fut donné aux négociateurs fut de réviser les principaux domaines jusque là couverts par le GATT et d’orienter ce dernier en un sens qui serait plus favorable au libre-échange. De fait, la fin de l’Europe de l’Est et du CAEM (Conseil d’Aide Économique Mutuel), puis la fin de l’Union soviétique avaient largement changé la donne initiale.
Les accords de Marrakech (1994) devaient donner naissance à l’OMC, qui entra en fonction le 1er janvier 1995.

L’OMC prévoit que ses diverses décisions devraient donner lieu à des votes. Mais la pratique de l’OMC a été marquée par la règle du consensus. Il suffit qu’aucun pays ne s’oppose à une mesure pour qu’elle soit adoptée. Cependant cette pratique semble aujourd’hui rencontrer ses limites.
Le « Doha Development Round », a connu un échec patent en juillet 2008 (23-29 juillet). Les négociations ont échoué sur un désaccord persistant entre les pays riches et les pays les plus pauvres en ce qui concerne les subventions agricoles, mais aussi l’accord sur la propriété intellectuelle (TRIPS). Cet échec a signifié la perte par l’OMC de la maîtrise qu’il avait pu exercer sur l’ordre du jour de ses négociations.
Dès sa création l’OMC a été le théâtre de violents affrontements qui se sont déroulés à l’extérieur de son enceinte feutrée. En 1999, la réunion dit « du millénaire » à Seattle a été marquée par des affrontements violents. L’OMC reste le symbole d’une ouverture constante, et aujourd’hui fortement critiquée, des économies.

Le glissement progressif d’un accord international se donnant comme objectif la lutte contre le chômage et le sous-emploi (comme dans la charte de la Havane) à un accord établissant la règle de la concurrence et du libre-échange comme base de toute négociation ne s’est pas faite en un jour.
Elle a eu pour corollaire la montée de ce que l’on appelle la « globalisation ». Cependant, ce glissement a surtout eu pour effet de déstabiliser l’économie de tous les pays et de faire de la course aux exportations le moteur – temporaire – de la croissance.
La crise actuelle, qui a déjà vu le commerce international baisser de 13%, et ce avant même que ne soient prises des mesures protectionnistes, confirme que cette course aux exportations ne peut fonder durablement la croissance.



2. Le libre-échange est-il un altruisme ?

Lors de la préparation du sommet de l’OMC de Cancun en 2003, et à la suite de la montée de la contestation anti-OMC, on pouvait lire et entendre des estimations des gains de la libéralisation du commerce mondial se montant à plusieurs centaines de milliards de dollars. Le modèle LINKAGE, utilisé par la Banque Mondiale, annonçait un gain total de 832 milliards de dollars, dont 539 uniquement pour les PVD. De tels chiffres ont popularisé l’idée que le libre-échange était une nécessité pour le développement de ces pays. Plus généralement, elle a accrédité l’idée que le libre-échange était un partage d’une « gâteau » mondial et qu’il fallait désormais que, par esprit de justice, nous laissions une place plus grande à ces pays, quitte à accepter une moindre croissance. C’est dans ce cadre que s’est développée toute une rhétorique qui accrédite l’idée que nos niveaux de protection sociale et écologique sont des « luxes » de nantis.

Pourtant, lors des discussions préparatoires au sommet de l’OMC qui se tint à Hong Kong en 2005, l’estimation des gains totaux était tombée aux environs de 200 milliards de dollars. Le gain pour les PVD semblait très faible, et en particulier si l’on retirait la Chine de ce groupe de pays. Une telle variation dans les estimations, et en si peu de temps, laisse rêveur (11).

2.1. Les modèles LINKAGE et GTAP.

Les deux principaux modèles utilisés pour estimer les « gains » de la libéralisation du commerce mondial sont LINKAGE, développé à la Banque Mondiale, et GTAP (pour Global Trade Analysis Project) de l’Université Purdue (12).

Il s’agit de modèles dits « d’équilibre général calculable »(13) qui appliquent aux données réelles le cadre théorique du modèle d’équilibre général. Pourtant, les limites et les défauts de ces modèles sont bien connus (14). Ils vont d’une évaluation faite à partir de l’hypothèse de marchés parfaits à l’hypothèse d’information parfaite et parfaitement distribuée.

On connaît pour l’instant deux générations d’estimations qui diffèrent en raison d’un réajustement des bases de données statistiques, afin d’obtenir des résultats plus réalistes. Ces bases de données ont été constituées par le Global Trade Analysis Project et pour les estimations de 2005 c’est la version GTAP-6 qui a été utilisée. Les écarts entre ces estimations sont considérables.
On constate dans le tableau 3 qu’en dépit de la différence dans les spécifications dans ces deux modèles, l’introduction d’une base de données plus réaliste produit des effets assez similaires. Les gains totaux sont ainsi ramenés au tiers de l’estimation initiale et la part des PVD baisse de plus de la moitié. Il est significatif, par rapport au discours ambiant sur les « vertus » du libre-échange, que les gains des PVD soient bien les principaux perdants de ce réajustement. L’amplitude de la fluctuation des résultats en fonction de la base de données soulève ici un véritable problème. Si l’introduction de données plus réalistes dans le cours de la constitution de GTAP-6 est ainsi susceptible d’engendrer une baisse de près des deux tiers des gains totaux et de 80% et plus pour les PVD c’est l’existence même de gains de la libéralisation des échanges qui devient douteuse.

Tableau 3 : Les estimations et leurs écarts
               GTAP 2002     GTAP 2005     LINKAGE 2003     LINKAGE 2005
Gains totaux de la libéralisation des échanges (milliards de dollars US)    
                    254                   84                          832                     287
Dont, gains pour Pays en Voie de Développement (milliards de dollars US)           
                    108                    22                         539                      90
Part des PVD en % du gain total    
                   42,5%                 26,2%                     64,8%               31,4%
Gains totaux en 2005 en % de l'estimation initiale        
                                              33,1%                                               34,5%
Gains des PVD en 2005 en % de l’estimation initiale        
                                               20,4%                                             16,7%

Source: K. Anderson et W. Martin, Agricultural Trade Reform and the Doha Development Agenda, World Bank, Washington DC, 2005.


2.2. Le phénomène de la différence temporelle.

Il est clair que ces deux modèles posent de nombreux problèmes. De plus, ils ne répondent pas à ce qui était l’interrogation première : a-t-on le droit de protéger sa protection sociale et écologique ?
Si l’on se penche sur les estimations concernant les gains potentiels en fonction des différents accords (sur l’agriculture et sur le textile par exemple), les résultats sont tout aussi instructifs.

Dans l’agriculture, la levée des subventions avantage massivement les pays riches, et au premier chef les États-Unis (15), et ce au détriment des petits producteurs. Rien que de très logique, dira-t-on. Sauf que la production de céréales et de viande aux Etats-Unis se fait dans des conditions qui sont extrêmement défavorables du point de vue écologique.

D’autres études montrent que les PVD pourraient être des perdants nets à une libéralisation des échanges agricoles (16), et ceci n’est guère étonnant.

Il faut se souvenir qu’entre les deux guerres mondiales, un spécialiste de l’économie agricole, Mordecai Ezekiel (17), avait démontré que la concurrence pure conduit nécessairement au déséquilibre quand les vitesses d’ajustement de l’offre et de la demande ne sont pas synchronisées. Ceci est connu sous le nom du « théorème de la toile d’araignée ». Ce résultat permet de montrer que la présence de subventions ou de protections était une des conditions de l’efficacité de la production agricole.

En fait le raisonnement de Mordecai Ezekiel est parfaitement généralisable à toute activité économique où l’ajustement de l’offre et de la demande ne se fait pas à la même vitesse (18).

Si l’on considère le cas du textile, le modèle LINKAGE fait apparaître un net effet positif de la libéralisation des échanges pour les PVD. Il faut cependant savoir que le modèle inclut des pays comme la Corée, Singapour, Taiwan et Hong Kong dans les PVD…

Ce choix est extrêmement discutable, pour ne pas dire tendancieux.
Ces quatre pays ne sont plus, et depuis au moins une décennie, des PVD. Si l’on adopte une définition plus réaliste des PVD, la libéralisation des échanges dans ce secteur n’a pratiquement aucun impact. Si, de plus, on retire la Chine de l’échantillon, l’impact devient négatif.

Il faut ici revenir sur la différence qui existe entre les modèles LINKAGE et GTAP. Le premier est purement statique et suppose implicitement une très forte hausse du PIB mondial entre 2005 et 2015. Les hypothèses retenues pour GTAP apparaissent quant à elles nettement plus réalistes en matière de croissance de l’activité (19).

On doit enfin rappeler que les « gains » de la libéralisation, tels qu’ils sont donnés tant par GTAP que LINKAGE, ne sont pas des gains annuels, mais des gains totaux obtenus une fois pour toutes. Si on les rapporte au PIB sur une période de 5 années (correspondant au délai de mise en œuvre des mesures de libéralisation envisagées), ces gains représenteraient alors 0,27% du PIB mondial. Dans le cas de LINKAGE, le gain total représenterait 0,8% du PIB de 2015, et moins de 0,1% par an s’il était réparti sur la période 2006-2015.

Quant aux résultats potentiels du « Cycle de Doha » qui a connu un échec décisif en juillet 2008 comme on l’a déjà indiqué, ils sont dérisoires. Ils représenteraient s’ils étaient appliqués sur une année du PIB mondial (2015) entre 0,23% du PIB de cette année pour LINKAGE et 0,09% pour GTAP (20). Ainsi, quand bien même ces gains ne seraient pas une illusion statistique, ils seraient en réalité insignifiants car largement en deçà de l’intervalle d’incertitude du calcul du PIB mondial… Par ailleurs, ces gains seraient concentrés sur un petit nombre de pays, et en particulier les NPI d’Asie qui maintiennent en réalité une forte protection de leurs marchés à travers des instruments non-tarifaires.

Les perdants, soit les pays dont le PIB baisserait avec l’application du « Cycle de Doha » incluent les pays d’Afrique, du Maghreb (en particulier le Maroc et la Tunisie) et du Moyen-Orient, le Bengladesh et le Mexique.

Comme on l’a indiqué plus haut, les principaux modèles utilisés pour évaluer l’impact économique des accords de libéralisation du commerce soulèvent de nombreuses questions et objections méthodologiques (21). On peut classer ces dernières en questions et objections portant sur la construction des modèles considérés du point de vue de leur utilisation comme instruments d’évaluations, et des objections plus fondamentales quant à leur capacité à représenter, même de manière approchée, le fonctionnement réel de l’économie.


2.3. La question de l’instabilité dynamique du système et son coût d’opportunité.

Il s’agit ici d’un autre phénomène sur lequel les modèles sont d’une rare discrétion. On doit ainsi signaler que l’accélération du nombre et de la vitesse des transactions ainsi que du degré de concurrence peut avoir un effet directement déséquilibrant. Ceci a été démontré dans le domaine de la finance par Dominique Plihon et Luis Miotti (22).

La libéralisation des flux affaiblit les conditions de stabilité de la reproduction de l’activité concernée dès que l’on raisonne en dynamique et non plus en statique. On obtient alors deux résultats qui ne sont pas exclusifs l’un de l’autre.

La libéralisation accroît bien le volume d’activité tant qu’une crise majeure ne se produit pas. Il y a donc bien un « gain » apparent de la libéralisation. Mais, la probabilité d’une crise s’accroît fortement et sa violence est alors décuplée par les effets de la libéralisation. La crise est ainsi plus destructrice et ses effets se font sentir plus longtemps. On peut alors en conclure qu’une croissance plus lente, mais plus régulière, aurait été plus profitable pour le plus grand nombre. Une évaluation globale et objective de la libéralisation devrait donc inclure les deux phénomènes : l’accroissement du volume d’activité en dehors des périodes de crise, et la plus grande probabilité de crises violentes ayant des effets négatifs prolongés sur cette activité. Des modèles de type LINKAGE et GTAP sont incapables de procéder à ce type d’évaluation globale et ne fournissent que celle du premier effet.

Enfin, et cela mérite d’être souligné, ces modèles ne prennent pas en compte les « coûts d’opportunité » induits par la libéralisation des échanges. Le désarmement douanier se traduit par une baisse des revenus fiscaux, ainsi qu’on l’a déjà observé dans la première partie de ce texte. Même si, en fin de période, on peut supposer que le revenu national ait augmenté, et avec lui les recettes fiscales, ceci ne répond pas à la baisse immédiate de ces dernières. Or ces recettes financent des dépenses publiques qui devront être réduites le temps que la hausse du revenu national se manifeste.



Tableau 4 : Gains et Coûts de la libéralisation des échanges
(Milliards de dollars US)
                                                               GTAP 2005     LINKAGE 2005
Gains totaux                                                   84                     287
Gains des PVD                                              22                       90
Évaluation des coûts        
Pertes fiscales pour les PVD                         -60                     -60
Coûts administratifs dans les PVD                 -4,4                     -4,4
Total des coûts pour les PVD                       -64,4                    -64,4
Solde pour les PVD                                      -42,4                     25,6



Il y a donc, en analyse statique, une perte nette pour une période qui sera (ou ne sera pas) compensée par un gain net dans une période ultérieure. Mais, nous ne voyons ici qu’une partie du problème. Les dépenses publiques, en particulier dans les domaines de l’éducation, la recherche, la santé et les infrastructures, ont un effet important sur la croissance de l’économie. Ceci est aujourd’hui largement admis par la plupart des économistes. Il faudrait donc logiquement calculer le coût d’opportunité de la perte de recettes fiscales induites par la libéralisation du commerce en estimant ce que ces sommes auraient pu induire en croissance potentielle.

Même sans introduire le possible coût pour les PVD des conséquences de l’accord TRIPS en matière de brevets, on constate que les deux autres sources de coûts ont tendance à faire pratiquement disparaître les « gains » du libre-échange tels qu’ils étaient calculés dans GTAP-2005, modèle qui en dépit de ses limites intrinsèques est moins irréaliste que LINKAGE.

L’évaluation de l’impact sur la croissance de ces coûts, qui est nécessaire pour une comparaison cohérente avec les « gains » indiqués par GTAP et LINKAGE dépend très fortement des hypothèses retenues quant aux réactions face à ces coûts.

L’hypothèse la plus favorable est celle où une partie de ces coûts pourrait être financée par une réduction de certains budgets dont le rôle sur la croissance est moins important. Les estimations de l’impact des dépenses publiques dans les PVD indiquent cependant que la perte en valeur ajoutée finale, en raison des divers effets cumulatifs, risque cependant d’être au moins égale à la perte fiscale.

L’hypothèse la plus défavorable est celle d’un accroissement de la pression fiscale. Les économies des PVD sont en effet extrêmement sensibles à tout prélèvement supplémentaire en raison du niveau général de pauvreté. La combinaison de l’effet « perte de revenu » et de l’effet « contraction de l’investissement » est ici désastreuse. Elle devrait être estimée pays par pays. Mais, en l’absence de travaux précis, on peut évaluer de manière prudente l’effet cumulatif à 1,5 fois la perte fiscale.

Compte tenu du fait que les « gains » de la libéralisation du commerce tels qu’ils sont aujourd’hui calculés sont en réalité très faibles, il est parfaitement possible qu’ils soient inférieurs à ce coût d’opportunité. En fait, et de manière plus générale, c’est l’absence de prise en compte des coûts de la libéralisation des échanges qui rend les résultats de modèles, tels que LINKAGE et GTAP, suspects. Les travaux tentant d’estimer ces coûts, et qui sont antérieurs à ces modèles, indiquaient que ces derniers étaient loin d’être négligeables (22). On peut donc en conclure que le libre-échange n’a nullement favorisé les plus pauvres parmi les pays en voie de développement.

Il n’y a donc nulle « justice » dans le domaine du commerce international, et en tous les cas certainement pas par des mécanismes automatiques. L’idée d’assimiler le « libre-échange » à un mécanisme de répartition entre le Nord et le Sud apparaît dans toute sa fausseté. En réalité, le libre-échange profite aux plus riches de ces pays, où il accroît considérablement les inégalités, mais son effet global est nul ou négatif. Le libre-échange ainsi n’est certainement pas la forme moderne de l’internationalisme que certains veulent y voir.


3. La question du protectionnisme social et écologique.

La question du protectionnisme se pose alors comme étant l’une des possibles réponses aux problèmes posés par l’extension du libre-échange. Il faut ici bien spécifier les problèmes. Si le protectionnisme concerne les pays en voie de développement pour la protection des industries naissantes, il concerne les pays développés pour la survie d’industries stratégiques ou considérées comme relevant de domaines particulièrement sensible ainsi que pour le maintien des protections sociales et écologiques dont ils se sont dotés.


3.1. La concurrence entre les nations et les protections sociales et écologiques.

Nos pays se sont dotés en 50 ans de législations sociales et écologiques relativement avancées. On peut considérer que l’effort fourni a été trop modeste, mais on doit lui reconnaître l’immense mérite d’exister.

Cet effort a reposé sur les gains de productivité qui ont permis ces mesures de protection qui, toutes, constituent un coût direct ou indirect sur nos industries. Cependant, ces politiques sont aujourd’hui largement entamées au nom de « l’efficacité » économique. En réalité, derrière cet argument se trouve le problème des pays émergents et particulièrement de ceux qui ont le plus vite progressé en productivité.
Un rapport du Sénat indique que les rapports entre la progression des salaires et celle de la productivité a été d’environ 50% pour la Chine mais aussi pour les pays de l’ex-Europe de l’Est (24). En ce qui concerne la Chine on y apprend que la productivité y est de 7% de la moyenne française alors que les salaires y sont dans un rapport de 1 à 30. Pour ce qui est des ex-PECO, on y voit une productivité de 26% de la moyenne de l’UE mais un salaire qui se trouve être dans un rapport de 1 à 6, soit de 16,67%.






Tableau 5 : Principales Industries exportatrices chinoises
Industrie                                                    Volume (en milliards de dollars)     %
Matériels et machines électriques                        342,0                                23,9%
Matériels électroniques et de communication      268,6                               18,8%
Textiles                                                                 113,0                                 7,9%
Métaux ferreux                                                     101,8                                7,1%
Equipement médicaux et optiques                        43,4                                 3,1%
Source : Statistiques des Douanes Chinoises, PRC Général Administrations of Customs, www.cbw.com

Ce rapport n’examine pas directement les gains par branches ou sous-branches de l’industrie. Or, il est particulièrement intéressant de voir qu’en ce qui concerne la Chine les gains se sont concentrés dans certains secteurs. Dès lors, il faut s’attendre à des variations importantes de la productivité en Chine.

Le fait que le commerce chinois soit déficitaire pour des pays comme le Japon, la Corée du Sud et Taiwan confirme que dans la productivité du travail chinois, il faut aussi introduire celle de ces pays, qui fournissent à l’industrie chinoise des sous-ensembles (en particulier pour la Corée et Taiwan) qui sont assemblés et revendus par la Chine.

Il est donc plus que probable que dans la productivité moyenne chinoise on observe des pics de productivité particulièrement significatifs.

En ce qui concerne les ex-PECO on a le même problème. La spécialisation de ces pays comme producteurs de pièces détachées, mais aussi comme assembleurs dans l’automobile est bien connue. La productivité dans ce secteur est donc certainement plus importante que ce que l’on a constaté là encore en moyenne.

Si nous nous bornions cependant à ne prendre en compte que ces moyennes, nous constaterions que l’avantage de marché de ces pays est dans un rapport de 1,56 en ce qui concerne les ex-PECO et de 2,1 en ce qui concerne la Chine. Compte tenu des coûts de transports, on peut constater, qu’en moyenne, les produits de ces pays arrivent avec un avantage compétitif de 1,4 à 1,7.

La question de la compétitivité par les prix est alors posée. On admet en effet que dans les phénomènes de compétitivité, on doit distinguer les effets de qualité des effets de prix. Pour ces derniers, on considère qu’ils ne jouent un rôle déterminant que tant que le niveau de qualité reste – relativement – homogène.

C’est bien évidemment un problème majeur en ce qui concerne les importations issues de ces pays. Cependant on doit admettre que les effets de qualité ne sont pas en prendre en compte en ce qui concerne les PECO. Dans ces pays, l’installation de producteurs européens (que l’on appelle les délocalisations directes et indirectes) a considérablement réduit l’écart de qualité. En ce qui concerne la Chine, le phénomène de rattrapage que l’on constate depuis les années 1990 a certainement réduit l’écart de qualité, du moins dans les branches qui sont exportatrices.

On doit donc admettre que, même si les productions issues de ces pays sont constituées par des entrées de gamme (comme dans le cas de la « Logan » de Renault-Dacia), la différence de prix est tellement massive qu’elle joue en leur faveur.

On est donc confronté au problème des délocalisations et de la concurrence sur les emplois entre ce qui est produit sur le territoire national et ce qui est produit dans ces pays. Telle est la forme prise aujourd’hui par la compétition entre les territoires, qui oppose désormais les emplois de toute une population et non plus seulement de la population directement concernée. Si l’on veut évaluer de manière honnête ce que l’on appelle les délocalisations, il faut tenir compte de trois effets qui sont distincts mais qui se renforcent.

a. Les délocalisations directes. Il s’agit ici d’emplois déjà existants dans un pays et transférés dans un autre pays (par fermeture de l’usine dans le pays d’origine). On considère de manière générale que ces délocalisations ont affecté environ entre 1% et 1,5% des emplois industriels en France soit à peu près 0,4% à 0,6% de la population active. C’est, sous cette forme directe, fort peu. C’est ce qui justifie l’argumentation des défenseurs du libre-échange qui prétendent que les délocalisations ne posent pas de véritable problème.

b. Les délocalisations indirectes. Il s’agit cette fois de la création délibérée d’emplois à l’étranger pour servir non pas le marché local mais pour la réexportation vers le pays d’origine. Ce mouvement est quant à lui complètement ignoré dans les débats sur les délocalisations. Il correspond à la décision d’une grande entreprise qui conçoit un nouveau produit et en réalise l’industrialisation d’emblée dans un pays à faibles coûts salariaux et ce à but de ré-export. Cette pratique, on le sait, est devenue systématique dans l’industrie automobile mais aussi la mécanique depuis une dizaine d’année. Il y a là un « manque à employer » plus qu’une destruction directe d’emploi. Les délocalisations indirectes constituent donc l’équivalent du « coût d’opportunité » par rapport aux délocalisations directes qui seraient le coût immédiatement constaté. On peut chiffrer dans le cas de la France et suivant les hypothèses de productivité l’impact de ces délocalisations indirectes entre 1% et 1,6% de la population active.

c. L’effet dépressif sur le marché intérieur. La menace des délocalisations et le chantage auquel se livrent les entreprises ont conduit à maintenir les salaires dans l’industrie à un niveau très faible et à exercer une pression croissante sur les salariés. Ces deux effets contribuent à déprimer le marché intérieur et sont la forme induite de la déflation salariale. La faiblesse des revenus tend à déprimer la consommation et donc la demande intérieure. Il est clair que si les gains salariaux avaient pu suivre ceux de la productivité, et si l’on avait pu économiser ne serait-ce que 1% du PIB en cotisations tant salariées que patronales, on aurait eu un impact très fort de ce surcroît de pouvoir d’achat sur la croissance et donc sur l’emploi.

Si l’on additionne les trois effets, on obtient un impact important sur l’emploi, en partie concentré sur l’emploi industriel directement concerné par les deux premiers effets. Mais, il faut savoir que pour toute quantité d’emploi industriel perdu, nous avons des pertes induites dans les services. On le voit bien dans les régions qui sont touchées par la fermeture d’usines. L’effet multiplicateur des pertes d’emplois provoquées par les délocalisations, qu’elles soient directes et indirectes, vient alors s’ajouter aux destructions d’emplois induites par le troisième effet. Dans ces conditions, il faut admettre que, tant dans le domaine de la protection sociale que dans celui de la protection écologique, nos pays ont un véritable problème avec les produits importés soit des ex-PECO soit depuis la Chine.

La compétitivité exige que le coût du travail et de la protection tant sociale qu’écologique soit considérablement réduit. À défaut on s’oriente vers la perte de pans entiers de notre tissu industriel et dans des secteurs qui ne sont pas les moindres comme l’automobile, le matériel électrique et électronique, voire une partie de notre capacité à innover.


3.2. Les conséquences sur les salariés du « coût » de l’ouverture.

Il convient de signaler ici que l’Union Européenne a été une des institutions les plus efficaces pour la mise en œuvre de politiques d’ouverture. Au nom de la fameuse concurrence dite libre et non faussée elle a introduit toute une série de clauses et de réglementations qui vont au-delà des mesures exigées dans l’OMC.

Si l’on tente d’évaluer les effets en pertes fiscales dans des pays qui ont développé un modèle social avancé, sur la base des coûts actuels en France, une perte de l’ordre de 100 à 150 milliards de dollars par an apparaît alors comme une fourchette minimale pour les pays de l’Union Européenne (essentiellement ceux du « cœur historique »).

Notons encore qu’il conviendrait d’imputer comme pertes fiscales et parafiscales l’accroissement des dépenses de l’assurance-chômage engendrée par les délocalisations, les subventions publiques accordées aux régions en difficulté, enfin le coût pour l’assurance-maladie des maladies « stress-induites » (25).

Il est établi que ces maladies engendrent des coûts importants. Il est aussi établi que la montée du stress au travail correspond à l’accroissement de la précarité de l’emploi qui résulte des effets de la libéralisation du commerce international.

Le montant de ce coût peut être estimé à partir des études actuelles qui montrent que, sur des pays ayant des structures proches de celles de la France, le coût total des maladies liées au stress au travail représente près de 3% du PIB (26). Dans le cas de la Suisse et de la Suède, où des enquêtes épidémiologiques exhaustives ont été menées, le coût du stress au travail a été évalué. Pour ce qui concerne la Suisse, et en fonction des définitions et de l’inclusion dans la définition des coûts directs et induits, on obtient un total variant entre 2,9 et 9 milliards d’Euros (27). Ceci pourrait donc correspondre à une fourchette allant de 24 à 76 milliards d’Euros pour la France.

On peut donc raisonnablement estimer que la part de ces maladies liées au stress résultant de la précarisation des emplois et des pressions induites par le risque de délocalisation pourrait représenter de 1% à 3% du PIB en France.

Pour éviter un accroissement du chômage encore plus important que ce que l’on a connu, les gouvernements qui se sont succédé depuis 1991 ont entrepris de subventionner, directement ou indirectement ces emplois. Ces subventions représentent elles aussi un « coût » de l’ouverture en ceci que ces sommes pourraient être allouées différemment dans un autre contexte.

La liste des subventions est longue, et elle inclut celles aux régions qui ont connu des taux de chômage importants. On ne retiendra ici que deux mécanismes, les abattements de charges consentis aux PME - qui atteignent 20 milliards d’Euros en 2006 - et la « prime à l’emploi », dont le coût se monte pour le budget à 4 milliards d’Euros. On atteint alors un total annuel de 24 milliards d’Euros, soit près de 31,4 milliards de dollars au taux de change actuel de l’Euro. L’effet dynamique de ces coûts, que l’on peut à nouveau estimer entre 1% et 2% du PIB, est considérable.

Dans des pays développés, l’impact d’un accroissement de la pression fiscale est plus facilement digérable que pour les PVD. Cependant, il est loin d’être nul. En revanche, et compte tenu du développement des dimensions R&D dans les investissements, toute réallocation implicite des dépenses a des effets cumulatifs très importants. On estime ainsi que pour la France les dépenses induites par les coûts de la libéralisation pourraient s’élever à 32-50 milliards d’Euros. Cette somme doit être comparée aux 2 milliards d’Euros à la recherche dans le cadre des « pôles de compétitivité » créés en 2005 par le gouvernement de Villepin. Le coût d’opportunité calculé si de telles sommes étaient investies en recherche et dans l’enseignement, suggère une perte de 1,5% à 2,5% du PIB.
On arrive donc, entre les coûts directs et indirects, mais aussi les coûts d’opportunités, à des montants compris entre 3,5% et 7,5% du PIB. Il n’est donc plus étonnant que quoique nous soyons nettement plus « riches » que dans les années 1960 nous éprouvions une difficulté croissante à financer nos dépenses sociales.

On n’a ici cherché à calculer que les coûts induits par les effets sociaux de la politique d’ouverture. Il est clair, mais plus difficilement calculable, que des coûts équivalents sont à l’œuvre dans le domaine de la protection écologique.

Il ne fait donc aucun doute que les coûts de la libéralisation des échanges sont considérables. On voit ici que les coûts pourraient bien excéder les gains calculés mêmes par les plus optimistes des modèles.

Ces modèles apparaissent comme présentant une image très favorable au libre-échange, et c’est exactement ce qu’ils sont. On ne peut en effet dissocier la méthode du résultat, et des modèles conçus pour calculer des « gains d’utilité » dans un cadre qui est globalement celui de la pensée néoclassique ne peuvent que donner une image très favorable du libre-échange.

Cependant, la réalité est assez différente de ces modèles. L’ampleur des coûts, directs et indirects du libre-échange peut être estimée entre 3% et 7,5% du PIB rien que pour les conséquences sociales. On admet aujourd’hui que ces coûts ont eu un effet dynamique sur les économies des pays développés, en contraignant à recourir à un endettement sans cesse croissant pour maintenir la demande.

Tableau 6 : Comment les modèles évaluent-ils les effets de la libéralisation du commerce mondial
Nature des effets à prendre en compte     Prise en compte par les modèles CGE     Problèmes méthodologiques soulevés
Gains de production par accroissement de la demande     Oui, dans tous les modèles CGE     Utilisation des "élasticités d'Armington" soumises à de très fortes incertitudes, dans tous les modèles.
Gains par accroissement de l'efficacité (spécialisation et taille de marché) et dynamique sur la croissance future     Oui, hypothèses, très favorables dans LINKAGE, plus réalistes dans GTAP     Hypothèse néo-classique de maximisation en information parfaite. Pas de prise en compte de la possibilité de rendements croissants sauf dans le modèle BDS
Coûts administratifs de mise en œuvre des accords     Non     Aucune difficulté à calculer ces coûts, comme montré par le RIS
Coûts fiscaux et parafiscaux de la libéralisation des échanges (baisse des revenus publics)     Non     Aucune difficulté à évaluer les coûts. Nécessité d'utiliser une modélisation de type "croissance endogène" pour obtenir une évaluation en dynamique.
Coûts induits par accroissement, même temporaire du chômage     Non     Données disponibles incomplètes, couvrant essentiellement les subventions aux emplois faiblement qualifiés.
Coûts induits par des maladies « stress induites » liées à l’ouverture     Non     Absence d'études exhaustives dans le cas de la France. Montant du coût susceptible d’atteindre 1% à 3% du PIB.



Par ailleurs, les effets distributifs de ces coûts doivent aussi être introduits dans l’équation finale des résultats de l’ouverture.

Le travail de Josh Bivens sur les Etats-Unis montre que ces effets ont été particulièrement importants et peuvent expliquer une large part de l’accroissement des inégalités dans ce pays (28). De tels résultats peuvent aussi être déduits pour les pays européens, et en particulier pour la Grande-Bretagne ou l’Espagne. Le libre-échange aboutit à vulnérabiliser les fractions du salariat les moins qualifiées.
Cependant, avec la montée en puissance de la productivité en Chine et dans les PECO, ce sont aussi désormais les couches à qualification moyenne qui sont désormais touchées.

Dans la majorité des pays européens, les politiques fiscales ont tendu à égaliser – relativement – les effets de ces politiques. Les dépenses en protection sociale ont donc tendu fortement à augmenter. Mais, on peut se demander quel aurait été là encore le résultat si on avait pu se passer de telles dépenses fiscales. Il faut aussi signaler le coût d’opportunité de ces dépenses, soit le « manque à gagner » que l’on observe en raison de leur allocation à des fins de correction des effets du libre-échange.

Au total, il apparaît bien que la concurrence que l’on peut considérer comme « déloyale » en provenance de la Chine et des PECO a eu un effet important sur les pays industrialisés.
Cette concurrence est « déloyale » du point de vue qui est le nôtre, en non pas de celui de l’organisme de règlement des conflits à l’OMC. C’est une concurrence qui se fait par un accroissement relatif en productivité, non équilibré par une hausse équivalente des salaires dans ces économies. Ceci est néanmoins considéré comme normal, et c’est bien là où pêche le système.

Il ne garantit nullement que les gains de productivité, enregistrés dans les pays en voie de développement, donneront naissance à la protection sociale et écologique qui s’impose ; bref, que ces pays feront une récapitulation de la trajectoire qui a été suivie par les pays développés. C’est, avant tout, en raison de la nature de cette protection. Elle ne découle pas d’un compromis qui aurait été passé dans le calme feutré de salles de réunions. Elle a été le produit de luttes sociales relativement intenses dans ces pays et elle fait donc partie intégrante de leur histoire, même si elle correspond au progrès qui ont été faits dans le domaine de la productivité.

Tant que l’on sera dans un système qui considérera comme « déloyal » uniquement des subventions ou des protections, et non des dispositifs institutionnels qui maintiennent les niveaux des salaires et de la protection à ce qu’ils étaient initialement, nous courrons le risque de voir nos propres systèmes de protection être démantelés par les pressions concurrentielles.


3.3. La nécessité d’un protectionnisme social et écologique.

La question d’un double protectionnisme est alors posée pour se protéger contre une concurrence largement « déloyale », dans le sens que nous lui donnons ici.

Il convient de regarder les alternatives qui nous sont ouvertes.

Soit nous imposons, par la force s’il le faut, aux pays en voie de développement dont les niveaux de productivité tendent à se rapprocher des nôtres le même type de règles de protection que nous avons institué. Une telle solution est ici clairement irréaliste tout comme elle est odieuse.

Soit nous laissons nos protections se défaire sous le coup de la concurrence issue de ces pays et nous nous résignons à une convergence sur la base du moins offrant et du moins disant. Une telle solution revient à renoncer à plus d’un demi-siècle de luttes sociales qui sont largement constitutives de notre patrimoine.

Soit, enfin, nous instituons des mesures de protectionnisme social et écologique qui nous permettent à la fois de garantir nos niveaux de protection ET d’organiser une convergence vers le haut dans ce domaine. Telle est évidemment la voie dans laquelle il convient de s’engager. Par ce protectionnisme social et écologique, on peut contribuer dans une large mesure à un processus de convergence. Les pays qui seront taxés le seront à la hauteur de la différence entre leurs gains en productivité et leurs gains en salaires et protection sociale ainsi qu’en protection écologique.

Nous avons vu que l’écart des salaires rapporté à celui de la productivité est de l’ordre de 1,4 pour les ex-PECO et de 1,7 pour la Chine. Ces chiffres, dont il faut rappeler qu’ils ne constituent que des moyennes, doivent encore être affinés. Néanmoins ils permettent de donner un ordre de grandeur des mesures protectionnistes qu’il convient d’adopter.

Il faut enfin rappeler que la situation des ex-PECO n’est pas la même que celle de la Chine. Ces pays font partie désormais de l’Union Européenne. Aussi, dans leurs cas parlera-t-on de montants compensatoires sociaux et non de droits de douane.

Dans un tel système, il convient de citer le « protectionnisme altruiste » imaginé par Bernard Cassen (29).

L’introduction de droits de douane va en effet pénaliser les importations en provenance de ces pays. De tels droits vont jouer comme des écluses qui égalisent les coûts supportés par les producteurs. Mais, ces droits doivent-ils être reversés aux pays qui les ont institués ?
Par ces droits de douane nous retrouvons en effet une capacité d’innovation dans les formes et la nature des protections sociales et écologiques. Il ne semble pas juste de vouloir en plus en retirer un avantage fiscal.

Une solution qui rendrait acceptables de tels droits, du moins en ce qui concerne les pays qui nous sont le plus proches (les PECO) pourrait être de lier ces sommes à des engagements qui pourraient être pris par ces pays dans le domaine de la convergence sociale et écologique. Les revenus issus de ces droits de douanes iraient abonder un fonds social et écologique qui effectuerait des investissements ou qui viendrait contribuer au financement de mesures sociales et écologiques dans les pays concernés. Ainsi, dans cette logique, aurait-on un processus de convergence sociale qui pourrait se mettre en action.

Il convient ici de respecter la volonté des pays considérés. Ces mesures ne seraient nullement obligatoires, et la mise en œuvre des politiques qu’elles impliquent serait laissée à la discrétion de leurs gouvernements. Mais, si ces gouvernements acceptent de rentrer dans une logique négociée de convergence, il conviendra de mettre en place des procédures de reversement des sommes dégagées par ces droits de douanes ou équivalents.

La politique de la protection de la protection sociale et écologique par des droits de douane a pour objet de prévenir les politiques dites de « cavalier solitaire » qui peuvent être mises en œuvre dans les pays en voie de développement. De ce point de vue, elles ne sont pas contradictoires avec un principe de concurrence. Mais, ce dernier doit alors inclure que, pour ne pas être faussé, le commerce ne saurait être libre.

Telle est bien la morale de cette histoire. A vouloir obtenir des effets de concurrence les plus larges possible, on a mis en concurrence des pays dotés d’histoires très diverses. Le principe de la concurrence « libre et non faussée » qui inspire aujourd’hui encore les réglementations européennes est une absurdité. Soit la concurrence est libre, et elle oppose alors des pays dont l’histoire et les réglementations sociales sont très différentes. Soit elle est dite non faussée, et alors elle ne saurait être libre.




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1) D. Dollar, « Outward-Oriented Developeng Economies Really Do Grow More Rapidly : Evidence from 95 LDC, 1976-1985 », in Economic Developemnt and Cultural Change, 1992, pp. 523-554.
2) D. Ben-David, « Equalizing Exchange : Trade Liberalization and Income Convergenge », Quarterly Journal of Economics, vol. 108, n°3, 1993.
3) J. Sachs et A. Warner, « Economic Reform and The Process of Global Integration » Brookings Paper on Economic Activity, 1995, n°1, pp. 1-118.
4) S. Edwards, « Opennes, Productivity and Growth : What we Do Really Know ? », Economic Journal, vol. 108, mars 1998, pp ; 383-398.
5) F. Rodriguez et D. Rodrik, Trade Policy and Economic Growth : A Skeptic’s Guide to the Cross-National Evidence, Department of Economics of University of Maryland et John F. Kennedy School of Government,, mai 2000.
6) A. Amsden, Asia’s Next Giant, New York, Oxford University Press, 1989.
7) R. Wade, Governing the Market, Princeton, NJ, Princeton University Press.
8) G.K. Helleiner, (ed.) Trade Policy and Industrialization in Turbulent Times, Londres, Routledge, 1994.
9) J’ai analysé ce paradoxe, qui est bien connu de tous les spécialistes du développement, dans J. Sapir, Les Trous Noirs de la Science Économique, édition originelle Albin Michel, Paris, 2000. Voir la ré-édition dans la collection « Points » au Seuil, octobre 2003, pp.48-49.
10) P. Bairoch et R. Kozul-Wright, Globalization Myths : Some Historical Reflections on Integration, Industrialization and Growth in the World Economy, UNCTAD-OSG, Discussion Paper n°113, Mars 1996, Genève.
11) F. Ackerman, « An Offer you can’t refuse : free trade, globalization and the search for alternatives » in F. Ackerman et A. Nadal (eds.) The Flawed Foundations of General Equilibrium : critical essays on economic theory, Routledge, New York – Londres, 2004, pp. 149-167.
12) Voir T. Hertel, D. Hummels, M. Ivanic et R. Keeney, « How Confident Can We Be in CGE-based Assessments of Free-Trade Agreements ? », GTAP Working Paper n°26, Purdue University, West Lafayette, Ind., 2004.
13) Ou Computable General Equilibrium model d’où le nom générique de modèle CGE.
14) F. Ackerman et K. Gallagher, « Computable Abstraction: general equilibrium models of trade and environment » in F. Ackerman et A. Nadal (eds.) The Flawed Foundations of General Equilibrium : critical essays on economic theory, op.cit., pp. 168-180. Pour une analyse critique plus générale de la théorie de l’équilibre général, J. Sapir, Les trous noirs de la science économique, Albin Michel, Paris, 2000, chap. 1.
15) F. Ackerman, « The Shrinking Gains from Trade : A Critical Assessment of DOHA Round Projections », Global Development and Environment Institute, Working Paper n° 05-01, Tufts University, Medford, Ma., Octobre 2005.
16) J.E. Stiglitz er A.H. Charlton, « A Development-Friendly Prioritization of Doha Round Proposals », IPD Working Paper, Initiative for Policy Dialogue, New York et Oxford, 2004.
17) M.Ezekiel, "The Cobweb Theorem", in Quarterly Journal of Economics , vol. LII, n°1, 1937-1938, pp. 255-280.
18) Voir J. Sapir, « Les subventions et autres entraves à la concurrence sont-elles nécessaires au bon fonctionnement de l’économie ? » in Perspectives Républicaines, n°4/2006.
19) F. Ackerman, « The Shrinking Gains from Trade : A Critical Assessment of DOHA Round Projections », op.cit ..
20) Idem, p. 8.
21) Voir F. Ackerman et K. Gallagher, « Computable Abstraction : general equilibrium models of trade and environment », op.cit..
22) L. Miotti et D. Plihon, "Libéralisation financière, spéculation et crises bancaires", in Économie Internationale, n°85, 1er trimestre 2001, pp. 3-36.
23) J.A. Ocampo, and L. Taylor, (1998), "Trade liberalization in Developing Economies: Modest Benefits but Problems with Productivity Growth, Macro Prices and Income Distribution", Center for Economic Policy Analysis working Paper n°8, CEPA, New School for Social Research, New York ; D. Rodrik, 1997, "Globalization, Social Conflict and Economic Growth", Prebisch Lecture 1997, UNCTAD/CNUCED, Genève, 24 octobre.
24) www.senat.fr/rap/r06-189/r06-1899.html.
25) P. Lunde-Jensen et I. Levy, « A model for assessing the costs of stressors at national level : socio-economic costs of work stress in two EU member states », European Foundation for the Improvement of Living and Working Conditions, Bruxelles, 1996.
26) À la différence de pays comme la Suède ou la Suisse, les pouvoirs publics en France n’ont pas procédé à des enquêtes épidémiologiques complètes sur les coûts du stress au travail. Pour une présentation des sources et des données disponibles voir J. Sapir, La fin de l’Euro-libéralisme, Le Seuil, Paris, 2006.
27) D. Ramaciotti et J. Perriard, « Les coûts du stress en Suisse », Genève, Groupe de psychologie appliquée (GPA) de l’université de Neuchâtel et ERGOrama, 2001.
28) J. Bivens, Globalization, American Wages and Inequality. Past, Present and Future, Economic Policy Institute Working Paper, 6 septembre 2007.
29) B. Cassen, « Inventer ensemble un ‘protectionnisme altruiste’ », Le Monde diplomatique, Février 2000.
30) Voir à ce sujet David Todd « Libre-échange et protectionnisme 1814-1851 », Grasset 2008.
31) Voir Hakim El Karoui « L’avenir d’une exception », Flammarion, 2006.






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Mardi 30 juin 2009 2 30 /06 /Juin /2009 17:52
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : politique éco et emploi - Ecrire un commentaire
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Il faut regarder le développement qui suit comme un complément à l'article précédent
"COMMENT SÉCURISER L’EMPLOI DANS UN CADRE DE CO-DÉVELOPPEMENT DURABLE :   Pour une Europe de l'emploi (publié sur ce site  le 27/05/2009 dans politique éco et emploi)

Un  premier aspect de la  question est  de savoir jusqu'où et si les objections faites à des hypothèses de protections commerciales diverses  sont pertinentes.

On ne traitera pas ici du bilan que représente la libéralisation des échanges pour les pays en développement ( question largement débattue et développée dans le document J.Sapir, « le protectionnisme aujourd’hui » que je mettrai très prochainement en ligne  , mais de l’appréciation que l’on peut tenter du point de vue de nos propres intérêts .


A ce titre, si l’on recense les forces, les intérêts et les arguments qui  soutiennent le libre échange, on y trouve particulièrement :

1 -les  stratégies de combat, de profit et de concurrence des firmes qui y trouvent :
    * un moyen de pression sur les rémunérations et demandes sociales et contre la fiscalité française
    * la faculté de délocalisations ..et de réimportations des produits obtenus dans les pays « low cost »
    *des approvisionnements en composants moins chers que si ceux-ci étaient localement obtenus à nos prix de revient (d’où la part élevée des composants importés de nos fabrications aéronautiques et automobiles ...)
    * des approvisionnements qui seraient même souvent devenus indispensables , non substituables soit du fait de spécialisations, soit à raison de l’amaigrissement des  tissus de sous-traitants nationaux  (les effets de l’absence de régulations commerciales deviennent irréversibles et c’est bien d’ailleurs l’objet des tenants du libre-échange : nous rendre captifs de celui-ci car tributaires de fournisseurs externes auxquels on ne peut plus substituer des productions nationales).

Au titre de cette première série de facteurs, la mondialisation sans restrictions des échanges est présentée comme la condition même de notre compétitivité.

a) Il est certain que des mesures de protection commerciale, avec les effets indirects forts de permettre une politique salariale positive et de désinciter à des délocalisations, auraient logiquement  certaines conséquences d’augmentations de nos prix de ventes.
 Pour autant, il y aurait-il des risques de pertes sensibles de marchés externes ( ce qui serait à voir cas par cas pour apprécier les protections pertinentes ou non sur des approvisionnements importés)  alors que nous prétendons, par la qualité, être capable de jouer une concurrence internationale  « hors prix » ?
b) Des protections intelligentes n’ayant pas pour but de renchérir ce que nous ne produisons pas – ou hélas plus – des échanges, entre économies de productivités et de coûts de revient comparables,  de  produits très spécialisés n’auraient naturellement pas à être soumis à des dispositifs de régulation commerciale
c) Quant aux effet sur les prix internes, cf. infra 3

2 – Le raisonnement selon  lequel  des politiques de restriction des importations ne pourrait qu’entraîner des représailles (« on ne vendra plus d’Airbus, etc.)
    * ce qui réduirait notre emploi
    * aggraverait la situation économique
    * créerait des tensions dangereuses pour la paix

Ce sont des vues très sommaires qui négligent totalement
- le fait qu’une politique commerciale externe comportant certaines protections doit être négociée avec des contreparties aux tiers intéressés et que les ressorts fondamentaux des tensions mondiales ne sont plus, aujourd’hui, dans une certaine discipline des échanges, mais dans bien d’autres facteurs
- la présence nécessaire dans ces contreparties de mécanismes (cf ma note de base) 
    * ristournant des droits d’entrée aux pays vendeurs ou en affectant la contre valeur à des actions mondiales pour la préservation des ressources planétaires
    * garantissant en quelque sorte à ces vendeurs qu’ils peuvent gagner autant en vendant moins en volumes, de telle sorte qu’ils seraient à même de conserver leurs capacités d’achats de nos produits

Mais c’est bien ce qui renvoie à la troisième importante question.

3- Par définition des protections aboutissent à renchérir les imports de biens de toute nature  et, donc, de telles mesures seraient  contraire non seulement au meilleur approvisionnement des entreprises  (cf 1 ) , mais aussi à une politique du pouvoir d’achat populaire auquel bénéfice dans une certaine mesure l’importation à bas prix.

Tenir ce raisonnement méconnaît
    * que le premier pouvoir d’achat global c’est l’emploi qui ne être sauvegardé que par certaines mesures de protection
    * que sur la moyenne durée, la réduction de certaines imports devrait protéger et/ou engendrer  des productions localement obtenues analogues avec, compte tenu des productivités,  un bon rapport qualité/prix
    * que tout ce qui protége coûte, sur le moment du moins,  plus cher que de rester sans protection : ainsi tous les choix écologiques (sauf la frugalité) semblent-ils aussi commencer par « coûter » ou par diminuer des rentabilités
     * que la contrepartie de mesures de protection (commerciales ou écologiques) qui augmenteraient les prix à la consommation devrait être dans le soutien de cette consommation populaire par d’autres mesures (minima sociaux, diminutions sélectives  de tva, redistribution fiscale) dont les coûts seraient certainement gagés par des économies sur le budget chômage dès lors que le désemploi diminuerait

4- En fait l’argument qui subsiste à l‘encontre de protections commerciales  sécurisant l’emploi est le double argument européen


    * notre appartenance à l’UE interdit toute politique commerciale externe nationale propre et l’UE n’est pas disposée à concevoir des mesures de protection (même loin d’ailleurs d’une « préférence communautaire » générale)
    * le ferait-elle , qu’il resterait toute la question des distorsions de concurrence, du fait des très graves disparités internes.

Ceci ne fait que souligner la nécessité absolue de sortir de l’impasse européenne actuelle, puisqu’il ne peut pas y avoir d’Europe sociale sans une autre stratégie économique européenne.  

5 - le dernier argument contre la « tentation protectionniste » est de compter sur – « the best» - la coopération internationale, en la  préférant notamment  à une taxe carbone aux frontières de l’Europe pour résoudre les distorsions de concurrence entre ceux qui payent et ceux qui ne payent pas  les efforts contre  la pollution.

Le « protectionnisme écologique » ne serait qu’un « second best » . Jusqu’à quand faudra-t-il attendre de voir que le premier ne fonctionne guère, parce que dans la compétition mondiale pour avoir des places trop rares au top niveau, pays émergents et firmes en délocalisation n’ont aucune raison de prendre à leur charge, sans y être contraints, des coûts qu’ils ne supportent pas aujourd’hui. Cessons l’angélisme.   Des doits d’entrée réaffectés à la lutte contre les pollutions permettraient au moins de faire un dosage raisonnable  de ces coûts entre producteurs et consommateurs . Cessons de rêver ?


La second aspect de la question est de savoir quelles sont les postures qui peuvent exister au regard de la préconisation de mesures de protection et de précautions


La position orthodoxe - défendue imperturbablement par une bonne part de l'appareil  du PS  lui-même  - c’est  l’intégrisme du libre échange assorti de  redistributions ( du travail et de revenus) se voulant consolatrices (encore que partager le travail c‘est d’abord se résigner à ce qu’il n’y en ait pas assez pour tous ), mais étant surtout bien aléatoires sinon  impossibles : la pleine concurrence mondiale porte plus, chez nous,  aux régressions sociales qu’au progrès dans la résorption des inégalités ; sans une part de changement de stratégie économique, l’Europe sociale ne peut être qu’une illusion.

Une nouvelle fois, nous perdions donc notre temps à ne pas savoir prendre en compte que dans notre pays l’euro libéralisme n’est, comme le montre la situation de l’emploi, ni gagnant, ni majoritaire : s’il a une large part de tenants dans la coalition aux affaires, au modem, au Ps et chez les verts, par contre les abstentions, sa contestation au sein de toutes les gauches et par des droites identitaires expriment, en désordre mais avec force,  la demande de voir intervenir des précautions légitimes et des protections ciblées. Loin de constituer des hypothèses « risibles »,  les unes comme les autres,  dans un rapport de force certes difficile mais non immobile, sont des réponses attendues à des angoisses profondes alors que l’Europe occidentale est devant un problème de survie : poursuivra-t-elle, de manière suicidaire,  dans une ouverture pilotée par l’inconscience ou l’angélisme, ou prendra-t-elle la mesure de ce qui la guette dès lors que beaucoup des changements ont déjà des effets négatifs irréversibles ?

La question clef  est de savoir s’il peut être pertinent
- de majorer d’un coût d’entrée, par une modalité ou une autre **, le prix de certains produits low cost dont l’importation enclenche la spirale des désemplois ici et des localisations ailleurs
- en compensant  ce surcoût de prix parfois nécessaire pour ménager l’emploi (le premier pouvoir d’achat)  pour les catégories de consommateurs les plus modestes
- et, moyennant contreparties assurées aux  pays fournisseurs , sans perdre nos marchés chez ceux-ci
 
A cette question clef
-
- les intégristes du protectionnisme répondent qu’il faut rétablir la préférence communautaire, et poser dans ces termes réussir un tel challenge apparaît bien improbable

- les intégristes du libre échange répondent qu’il ne faut rien faire du tout,  ni même rien regarder
: ce refus absolu de considérer quoi que ce soit dans le sens de régulations commerciales  - en comptant sur d'irréallstes régulations sociales - est la répétition d’un catéchisme économico-social qui a pourtant conduit la gauche de gouvernement à ses échecs :  dans les résultats en matière d'emploi marchand, ainsi qu'à des défaites électorales répétées depuis 2002.

- ceux qui cherchent à voir comment concilier notre emploi et les rapports de force du monde, estiment qu’il faut concevoir des mesures proportionnées  et ensuite les promouvoir dans la négociation intra européenne et internationale : arriver donc à mettre en place des précautions et des protections ciblées; sans bâtir un système protectionniste et sans promouvoir aucune religion étatiste,  trouver les bon dosages négociables avec tous les partenaires.


______________________________________________________________________


  ** Les techniques de cette majoration pouvant être diverses : « tariffs » (comme pour les cycles aujourd’hui encore) ; « duties » ristournés ; taxe carbone alimentant des programmes de protection ; prix d’achat de contingents éventuels , etc. ; toutes modalités à gérer dans la négociation avec les tiers et non par un régime protectionniste qui cloisonnerait le monde par  des décisions unilatérales.
     

  
   
     
 

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Lundi 29 juin 2009 1 29 /06 /Juin /2009 17:05
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : politique éco et emploi - Ecrire un commentaire
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COMMENT SÉCURISER L’EMPLOI DANS UN CADRE DE CO-DÉVELOPPEMENT DURABLE

       
    A - La valeur à privilégier c’est, à mon sens, de reconstruire une société de l’emploi. Car celui-ci est
- la première dignité
- le premier pouvoir d’achat
- le moyen d’une démocratie  nourrie de moins d’amertumes, de violences et de passions

Allant de pair avec l’emploi, le niveau de vie dépend comme lui des moyens d’échapper à la pression sur les rémunérations, à la destruction des garanties sociales, aux insuffisances des services publics qui sont les résultats des concurrences mondiales par les prix.

Parallèlement, il faut bien comprendre que les causes profondes de nos graves inégalités sont que ces inégalités  répondent aux besoins même de l’économie libérale internationale de marché, car elles sont les carburants de la compétition et de celui de l’investissement (cf.infra C -3-c) 

    B- il faut donc rechercher des conditions à réunir pour atteindre sinon un « plein »,  du moins un « bon » emploi

L’emploi MARCHAND dépend avant tout de l’existence de marchés rentables, ce qui est certes le but des prospections et études permanentes des entreprises. Mais il y a un intérêt collectif à ce que soit clarifié, à grands traits du moins, ce qui est pour notre collectivité activités d’avenir rentables et autres activités problématiques, pour entraîner une prise de conscience de tous sur les contraintes économiques et les réponses possibles.

A la base , pour identifier ces différents marchés et leurs conséquences en matière d’emploi et préparer l’application des meilleurs moyens de la collectivité d’exploiter les bons créneaux et de s’adapter avec réalisme  au constat qu’il y en a d’incertains et de mauvais , il faut obtenir la conduite d’une étude prospective comparant les coûts français et ceux des autres pays du monde et les flux qui en résultent en matière d’échanges de marchandises et de services et en matière de localisations d’activités   ( la tâche d’un nouveau léger commissariat au plan, en quelque sorte qui devrait se substituer au très insuffisant et souvent dogmatique CAS et CEPI  ).
Le  simple fait de conduire et publier une telle étude serait une première opération vérité  sur des sujets qui ne sont appréciés que de manière très floue et souvent même occultés : il n’y pas de données disponibles permettant aujourd’hui de synthèse autre qu’approximative sur ces questions .

L’objectif concret est d’identifier, établir et faire connaître ( ce qui peut créer un choc salutaire) 
- les secteurs ou investir ( ou mieux organiser) pour sauvegarder ou créer de l’emploi peut être rentable
- ceux qui sont  en courte survie
- ceux qui peuvent être sauvés ou promus et à quelles conditions,
ce qui fera naturellement apparaître, comparativement aux offres étrangères,  des questions de prix de revient et de coût du travail montrant quels sont les choix :  ou baisser les rémunérations et autres charges, ou sécuriser une part de ces emplois par recours à des mesures de protection.






    C - Dans la batterie des moyens protectionnistes, il faut chercher à préférer ceux qui favorisent un «  co-développement durable».

1-    Ce concept est à redéfinir , comme le modèle dans lequel il peut y avoir le maintien de chances de non régression dans un pays relativement socialement avancé comme le nôtre  et  le soutien à des chances de progrès des niveaux de vie  et de développement durable chez les compétiteurs que sont des pays émergents et chez les abandonnés qui sont dans les pauvretés et inégalités sans fin.                      I
l faut aussi replacer ce concept  dans la question très difficile de savoir si et comment (cf. A. Lebeau, « l’enfermement planétaire ») la planète peut supporter, à l’ échéance du siècle, au delà de  9 Mds d’habitants dont les modes de vie convergeraient selon les habitudes de consommation des pays avancés, vers le haut , ou s’il faut imaginer que les populations du monde doivent et puissent se rallier à un modèle plus frugal ? Sans essai de clarification, la compétition ne peut être que plus radicale et les ressacs plus violents  entre pays avancés, pays émergents et populations prises dans des trappes de pauvreté.
 
2- Quelle batterie de moyens pour un co-développement équitable ?

Il faut d’abors énumérer DES TECHNIQUES
Puis voir dans un second temps COMMENT FAIRE AVEC L’EUROPE

S’agissant des techniques


a) Il faut accepter le principe qu’il y a lieu à un différentiel de charges lorsqu’un produit étroitement comparable est obtenu dans une low cost country avec des productivités comparables au nôtres, mais avec un coût de revient (tenant aux facteurs travail, fiscalité, monnaie, environnement, etc.) imbattable.
Mais il faut négocier l’affectation de ce différentiel de charges, de ce « droit compensateur »  qui peut être :
- ou un droit ( un « tariff ») perçu en tant que droit de douanes,
- ou un droit ( un « duty ») perçu au profit de fonds revenant d’une manière ou d’une autre aux pays d’origine, comme compensation de coûts du travail et de coûts sociaux particulièrement  bas .
Etant observé que les classes dirigeantes de ceux-ci sont hostiles à un système de « social taxes »  et n’accepteraient sans doute pas de recevoir des compléments salariaux par des ressources ayant augmenté leurs prix de vente terminaux aux consommateurs européens ( et ayant donc réduit leur pugnacité commerciale et les profits de ces classes dirigeantes) et que dès lors on peut aussi négocier qu’ils instituent directement des taxes à l’export  ( dont la contre-valeur serait recyclée dans leurs économies), l’affectation concerté des produits des duties  pourrait sans doute être plus particulièrement recherchée
- pour une part,  comme contributions à l’amélioration de  leurs services publics et sociaux
- pour une part,  en garantie de recettes (cf infra : g- ) pour des Émergents exportateurs ayant besoin d’autant de devises, mais pour moins de volume de  ventes
- pour une autre part, comme  concours à leur prise en compte des défenses de l’environnement,  dès lors qu’ils intégreraient ces contraintes à leurs productions, notamment pour les émissions de CO2 (on peut d’ailleurs alors leur faire valoir que le coût en serait terminalement supporté par les consommateurs des pays vers lesquels ils exportent)

 b) A défaut les droits différentiels ne leur seraient pas ristournés mais affectés à des fonds mondiaux.

c) Par ailleurs, il faut  faire progresser l’hypothèse de cette taxe carbone sur les produits obtenus au prix d’émission de C02 et qui serait d’application mondiale, mais de fait s’appliquerait aux seuls pays n’ayant pas pris les dispositions protectrices requises en la matière.

d) Dans un dispositif d’un certain rétablissement de la « préférence communautaire »,  il ne faut pas exclure des contingents vendus aux enchères aux fourbisseurs ou importateurs les plus offrants . L’une des tâches du commissariat à l’analyse prospective et stratégique suggéré ci-dessus étant de proposer  dans quels secteurs agricoles, halieutiques, industriels ou de services , ces contingents seraient vitaux.  Les contre-valeur des enchères seraient de même affectées  à l’un des trois emplois visés en a)

e) une régulation sécuritaire ( état des navires, qualification des équipages, anticipation sur les effets de pénurie sur le prix du fuel) du transport mondial ( y compris par des fonds de concours contre la piraterie)  peut aussi aboutir à des augmentations salutaires de prix réduisant les avantages de s’approvisionner  à l’extérieur.


f) Vis à vis des pays émergents, la stratégie à conduire – au demeurant différenciée selon les cas et devant aboutir à des accords cadres  bilatéraux entre puissances  - est complexe, mais peut avoir des bases claires :

- ces pays pourraient-ils méconnaître qu’il n’est pas de leur intérêt de voir s’effondrer les économies et les capacités de consommation de leurs clients ? A courte vue, non ;  mais à moyen terme ce n’est pas exclu : dans la compétition entre puissances dont les rejets de pollutions et les consommations totales d’eau, d’énergie, de nourriture vont se heurter au mur écologique planétaire, des Émergents  pourraient avoir tentation de se faire place contre les anciennes nations « pourvues » : d’accepter donc le déclin des commandes de celles-ci  allant de pair avec celui des économies occidentales et d’en profiter pour mobiliser à leur profit les ressources disponibles (libres capacités de rejet des pollutions, liées aux consommations industrielles et alimentaires de protéines , accaparement (à l’image d’ailleurs de ce qu’à fait l’Occident)  des sources de minerais, d’énergie,etc. )   en développant  très fort et vite leurs propres marchés intérieurs.
Mais n’est ce pas, par ailleurs,  ce qui est en définitive souhaitable pour notre propre salut ?  Ce développement du marché intérieur des Émergents ne pouvant  provenir, au delà de la croissance démographique,  que de l’ augmentation de leurs rémunérations directes et indirectes, c’est ainsi  que se rééquilibreront à moyen terme les prix de revient ( tout en obligeant tous à traiter  la question des garanties à prendre pour un développement durable et frugal).
 
Il faut spéculer qu’il n’y aura pas de schéma tranché, tant la globalisation a croisé et mêlé les intérêts, mais qu’il faut surtout compter sur les fortes incitations que l’on peut employer sur les Émergents pour les inciter à des politiques raisonnables,  sans trop compter sur la prise en compte que d’eux-mêmes ils pourraient faire de nos propres problèmes.

Ces incitations reposent, à mon sens, sur le fait qu’ils ont besoin au moins en soudure ( pour une - ou deux ? -  décennies) de nous vendre des produits à un niveau produisant pour eux des recettes comparables au moins  à celles qu’ils en tirent aujourd’hui pour continuer à pouvoir acheter chez nous ce dont ils ont besoin.
Mais pour obtenir ces recettes, ils n’ont pas besoin de vendre autant s’ils vendent plus cher.  Le deal et donc d’accepter de leur payer plus cher un volume d’export restant suffisamment raisonnable et ciblé  pour ne pas détruire certaines de nos propres productions ; et les « duties » ristournés peuvent jouer un certain rôle dans ces montages ; le problème le plus difficile étant de maîtriser les comportements d’achats de nos propres firmes ( ce à quoi doivent répondre les tariffs et les contingents).

De surcroît en assurant ces recettes aux Émergents, on assure du même coup le plan de charges ( et les emplois) de celles de nos activités qui produisent les biens qu’ils achètent et on sort du faux débat sur les risques de représailles en cas d’une part de protectionnisme, puisque l’on met en oeuvre un protectionnisme sinon « altruiste », du moins  « gagnant/gagnant » qui veut garantir les intérêts de nos fournisseurs ( et par ailleurs clients...)

Construire clairement, du moins au niveau des principes ,  un tel deal et le replacer dans les conditions dont l’observation pour la viabilité de la planète est nécessaire pour tous pourrait passer par le niveau d’une concertation internationale ( d’un échelon adéquat à positionner entre ONU, OMC, BIT, G20)  fin que soit recherché une sorte de pacte directeur de co-développement durable entre les États du monde.
 

g) A l’arrivée, il faut donc  accepter le principe que certains produits seraient, par les effets des  dispositifs sus visés  ainsi vendus plus cher aux consommateurs européens qui doivent choisir entre un  « pouvoir d’achat »  par la casse des prix et des emplois nationaux ( autrement dit un pouvoir d’achat pour une société ouverte mais assistée) et un pouvoir d’achat obtenu par  des emplois sécurisés moyennant des prix plus élevés pour certains produits.

Voilà qui impose et justifie parallèlement, en compensation,  une politique du PA populaire à obtenir par une fiscalité indirecte socialement sélective et par une redistribution plus équitable entre hauts et bas revenus ( en tenant compte des patrimoines) , afin de garantir des minima sociaux.
Son financement ( en dépenses fiscales ou budgétaires)
-pourrait être gagé sur des économies en matière de dépeses chômage si celui régresse ;
- pouurait être également trouvé dans une part des produits de « tariffs » lorsqu’il y aurait lieu à ceux-ci .

h) les effets de tel ensemble de régulations physiques seraient sensibles sur les localisations d’activités, puisque des localisations dans les « low cost countries » perdraient une part de leur intérêt dès lors que les produits qui y seraient obtenus ne pourraient  rentrer dans les Pays Avancés  à leurs prix de revient sortie production, mais à leurs prix de revient assortis des différentiels à payer et/ou ans la limite de contingents quantitatifs.

L’ENSEMBLE DES INDICATIONS CI-DESSUS NE TRAITE PAS DES RÉGULATIONS FINANCIÈRES ET BANCAIRES devant contribuer à l’éradication de « l’économie casino », comme à un mode opératoire plus satisfaisant du financment des économies réelles.  
Les unes ont été présentées par les tenants d’un capitalisme moralisé et domestiqué et on ne peut que souscrire à leur esprit et contenus.
Un certains nombre d’autres visent plus loin : à une part de  contrôle des mouvements de capitaux, en particulier à court terme, de manière liée à des disciplines relatives aux liquidités, placements, ratios bancaires. Je ne m’estime pas compétent pour les présenter et je renvoie aux préconisations de J. Sapir, in  « la fin de l’eurobiléralisme »


3 - Et l’Europe ?
 
a) Bien entendu, toutes les  mesures concernant le commerce international sont de la compétence européenne ( à la majorité qualifiée du CM ) et gérées en fait par la commission.
Mais ce n’est pas seulement pour ces raisons juridiques que la compétence est européenne . Dès lors qu’il y a un périmètre européen de libre circulation interne des produits, il faut un système uniforme d’accès à ce périmètre sauf à créer des distorsions de trafics et de concurrence qu’il n’est pas impossible, mais qu’il est très compliqué alors,  de gérer.

b) Si l’on confronte cette compétence européenne et la batterie ( cf supra) de mesures de protection  et de négociations internationales pour un co-développement durable, on mesure quelle révolution devrait intervenir dans les esprits européens et dans l’appareil de l’UE, formés au dogme du libre échange,    pour  que  ce soit possible, en impliquant une intervention convaincue de tous les acteurs, en particulier dans les négociations internationales  à conduire sur la base de rapports de forces.

c) C’est néanmoins la transformation qu’il faut réussir de l’Europe
- en faisant de celle qui existe une critique beaucoup plus radicale que celles qui sont conduites lorsqu’elles se contentent de demander une Europe plus sociale
- en mesurant bien, en effet, qu’il ne sert à rien de vouloir promouvoir une Europe sociale si l’on ne s’en donne pas les moyens qui sont moins budgétaires et juridiques que stratégiques


Il doit être clair que « l’Europe sociale » est impossible

- Si, d’une part , les rémunérations, droits sociaux et services publics n’y sont pas protégées contre les moins disant sociaux, fiscaux, environnementaux, si bien que même une disposition générale sur un salaire minimum européen aurait autant d’effets contre-productifs dans la concurence mondiale, si celle-ci n’est pas maîtrisée, que d’effets régulateurs en interne ( ou jouent d’ailleurs toute une autre série de facteurs que le coût direct du travail).
Si d’autre part , les inégalités continuent à constituer dans le périmètre européen les carburants indispensables tant de la compétition que de l’investissement .

Rappelons en effet des choses élémentaires :

On peut guère lutter contre les inégalités  dans une économie libérale de marché essentiellement fondée sur l’appropriation privée, sur l’attente d’une régulations automatique, sur la liberté des échanges commerciaux allant de pair avec celle des localisations d’activités à travers le monde.
 Les inégalités sont en effet les indispensables carburants d’un tel système :

a) C’est grâce aux inégalités que la machine économique libérale peut fonctionner
- en pesant sur les coûts salariaux
- en dégageant de la capacité d’investissement autorisée par les propensions possibles à épargner des meilleurs revenus

b) si on fait une politique plus égalitaire
- on diminue la compétitivité dans la concurence mondiale
- on diminue la capacité d’investissement par le marché financier
 
c) C’est pourquoi cette politique plus égalitaire des revenus n’est possible qu’à deux conditions majeures
- des protections contre les concurrences des moins disant-sociaux, fiscaux, environnementaux, en matière de services publics 
- une part raisonnable  de relai-substitution de l’investissement privé par des financement publics  ( obtenus par une épargne fiscale)



L’esprit support d’une Europe sociale, l’esprit qu’il faudrait faire partager c’est donc
- qu’elle demande une part de son investissement au financement public et fiscal se substituant à une fraction de financement privé ; ce qui ne saurait s’obtenir magiquement, mais ce qui  ne peut être bâti peu à peu que sur un réel consentement en ce sens, en particulier par une réflexion de la gauche européenne sur ce point 
- qu’elle échappe aux excès de la compétition mondiale et des compétitions internes   
 

A ce second titre,
- les moyens doivent donc d’abord, vis à vis de l’extérieur,  comporter la sécurisation économique nécessaire par la part indispensable de « préférence communautaire » et/ou de « co-développement durable » négocié  dans l’esprit indiqué ci dessus,  aboutissant à remplacer le libre échange par le juste échange pour pouvoir avoir un niveau social correct sans perdre les emplois ; 
- ces moyens doivent aussi comporter la faculté de résoudre les distorsions internes de  l’Union entre ses pays avancés et ses low cost countries.

d) Or les classes au pouvoir de ces dernières ne se plieraient pas aisément à des propositions d’alignement de minima sociaux ou fiscaux d’autant que cette question est biaisée par le fait que les distorsions en cause  sont aussi de l’intérêt de nos firmes d’avoir des lieux préférables à celui du noyau d’Europe pour localiser leurs activités et faire pression sur leurs salariés  .
Là encore c’est en négociant de manière volontariste, en exerçant les pressions utiles , que l’on pourrait peut-être obtenir des changements :
- il faut subordonner l’apport des fonds structurels, et plus généralement d’autres financements internationaux ( BE, FMI) à   des progrès vers ces minima
-il faut appliquer un  régime de taxe carbone significative partout en Europe
- il faut faire observer aux nouveaux pays de l’élargissement que , compte tenu de leurs types et niveaux de prix de productions, ( encore dans l’agriculture et l’industrie « classique »)  , ils peuvent être les premiers intéressés à une certaine « préférence européenne » pour ces produits, mais que cette préférence ne peut raisonnablement être demandée à leur profit  que si eux-mêmes ne font pas du « dumping » interne
- à défaut, de la même manière qu’il y a eu des « montants compensatoires » lorsqu’il y avait des distorsions monétaires ( avant l’euro), il faut imaginer des « montants compensatoires » qui corrigeraient en hausse certains prix émanant des  nouveaux pays de l’est européen lorsqu’il seraient constatés comme le résultat de composants anormalement bas des prix de revient.

e) Si tout cela ne marche pas, et en se donnant comme terme ultime aux recherches consensuelles dans le grand périmètre , la fin de la mandature du Parlement européen élu  prochainement et auquel devrait être confié par un sommet des chefs d’État une mission de proposer les voies et moyens d’une réelle harmonisation économique et sociale européenne -  il faudra concevoir un périmètre cohérent européen plus restreint qui passerait de simples partenariats avec les États n’en acceptant pas des règles du jeu monétaires, fiscales  et sociales minimales contraignantes. Une autre révolution, par rapport à la mode l’élargissement,  à laquelle on n’échappera peut-être pas.

 4 -  Se sécuriser, au nom de l’emploi et avec lui comme ultime critère de décision,  contre les excès du libre-échange peut prendre du temps et, avec les incertitudes,  on pourrait « mourir guéris ». C’est pourquoi dans cette attente, il y a des leviers nationaux qui sont parfaitement utilisables. On en citera deux.  


a) un moyen – national -  d’agir sur les localisations d’activités n’est pas d’interdire les délocalisations tant – hélas - elles répondent à la logique économique mondiale qui, plus encore que la recherche de la maximisation du profit, contraint les entreprises à baisser leurs rémunérations, à demander des allégements fiscaux, à se localiser ailleurs, mais de négocier des engagements d’activités sur le sol national, moyennant notamment des concours financiers. Dès lors qu’une  firme accepte ce deal, ce qui suppose qu’elle l’a jugé économiquement viable,   il faut être extrêmement ferme à l’encontre des sophismes qui disent de telles mesures contraires au droit, notamment européen ,  de la concurrence ( cf. annexe 3) et si raison n’est pas entendue, aller jusqu’à la crise.    

b) –l’autre est une « tva sociale »  bien construite -  question qu’il faut regarder en dehors du contexte électoral où elle était venue.  

Des ressources inchangées pour les régimes de garanties sociales et un niveau de prix inchangé pour le consommateur peuvent, en ce qui concerne certains produits d’assiette, être obtenus en remplaçant des cotisations sociales par des points supplémentaires de TVA sur ces produits.

Cette compensation aurait pour effet que des produits nationaux qui bénéficieraient de l’effet d’allégement de cotisations sociales soient obtenus moins chers que les mêmes produits importés qui supporteraient la TVA augmentée. C’est une rare mesure protectionniste à portée d’une décision nationale ( l’UE n’est pas compétente pour contrôler les augmentations de TVA et d’ailleurs l’Allemagne et les Pays Bas l’ont fait avec succès). Pour verrouiller positivement le système ( qui est parfaitement compatible avec une fiscalité indirecte socialement sélective) , il faut pouvoir s’assurer que la production répercutera les allégements de cotisations sociales et que le distribution ne ferait  pas de péréquation entre produits localement obtenus et produits importés. La véritable difficulté est d’ailleurs du côté de la distribution qui apprécie trop la libre importation et les différentiels de profit qu’elle lui assure et qui est certainement assez hostile à ce dispositif dont l’idée ( en conséquence ?)  paraît être enterrée.  



CONCLUSION

La récession est là, en tant que produit inéluctable du système libre échangiste et inégalitaire mondial ; cf. mes notes précédentes sur « l’économie mondialisée » ayant souligné qu’il ne faut pas confondre
- les sources de la crise : le dérèglement bancaire par les conséquences en chaîne de l’affaire des subprimes et par la dérégulation financière ayant autorisé «  l’économie casino »  mondiale ;
- et les causes profondes de la dépression : les chutes des solvabilités populaires par suite de la déflation  salariale et du désemploi,  combinées  au détournement de l’épargne et de l’investissement vers les meilleures rentabilités des placements dans les low cost countries et, plus encore,   dans l’économie casino.


L’économie de marché qu’il faut accepter est de reconnaître le rôle irremplaçable des entreprises privées et de l’initiative de chacun, mais de tempérer cette économie de marché de trois manières en écartant  l’idée dangereuse de refonder l’économie de marché sur ses trois inacceptables piliers s’ils sont exclusifs.



     L’économie de marché, dans une acception pleinement libérale,  c’est en effet  trois choses :
    - l’ appropriation privée de quasi tous les moyens de production de biens et de services
    - la croyance en la  régulation automatique de l’offre et de la demande, de l’investissement, des prix
    - des échanges internationaux et des localisations d’activités à travers le monde se formant sans qu’il soit  tenu compte, pour des produits et des activités comparables,  des composantes  de leurs prix de revient respectifs

Or, on ne peut accepter, dans leur intégralité , aucune de ces trois données :

a) -    l’appropriation privée doit s’entendre comme la liberté d’entreprendre – qui est nécessaire et fructueuse -  avec ses moyens propres, mais doit aller de pair avec une dose d’économie mixte répondant  à plusieurs besoins
        * celui de services publics de base classiques et régaliens
        * celui de services publics industriels et commerciaux pour les grands besoins collectifs qui doivent être satisfaits par les principes d’égalité et d’accessibilité
        * celui d’une certaine participation de la puissance publique au financement des investissements  matériels et immatériels)  productifs dans le secteur des productions et services marchands

b) - la seule régulation automatique est incertaine, aléatoire et malsaine.
    * la recherche des équilibres offre/demande appelle manifestement des politiques publiques précises
    _* en matière d’investissement,  je renvoie à mes notes («  réflexion préparatoire » et « quelle économie mixte ? »,  ayant
- d’abord souligné le besoin d’une part d’investissement financé collectivement pour limiter l’effet d’inégalité qu’entraîne obligatoirement le financement par le seul marché, c’est à dire par les seuls détenteurs de moyens de revenus et d’épargne pour le faire,
- ensuite indiqué  des voies  possibles pour une Banque Nationale d’Investissement .
    * en matière de formation des prix , il est évident que des contrôles devant faire respecter la concurrence, comme il le faut,  par la distribution vis à  vis des producteurs et des consommateurs sont absolument indispensables  

c) - enfin, au plan international , le libre échange entre pays très hétérogènes (comme il a été analysé dans mes précédentes contributions : note 1, « la compréhension de la crise » ; note 2 «  la dépression, à la recherche de réponses » )  ne peut servir les intérêts à long terme ni des pays avancés, ni des pays émergents, et encore moins des pays dans les trappes de pauvreté et d’inégalités , ni permettre l’observation des conditions d’un développement durable ne rencontrant pas le mur écologique  . En conséquence, je préconise, à ce stade,sans que la question puisse être épuisée,  au nom de notre emploi et des équilibres mondiaux,  les correctifs développés  dans la présente note .  Mais ceci implique une révolution du mode pensée et du mode opératoire de l’Union européenne qui permettrait d’engager les travaux précis et les négociations délicates nécessaires .



Avant tout quatre démarches méthodologiques ont donc à retenir :

- l’une consiste à obtenir une étude sérieuse sur les perspectives d’activités françaises rentables replacées dans un cadre européen et mondial ;
- l’autre est qu’au niveau d’une concertation internationale ( d’un échelon adéquat à rechercher entre ONU, OMC, BIT, G20), soit élaboré une sorte de pacte directeur de co-développement durable entre les États du monde ;
-la troisième est que le nouveau Parlement européen soit saisi ( par une conférence des chefs d’États de l’UE ?) de la mission d’avoir à définir, sous trois ans, les voies et moyens d’une cohérence économique, sociale, de services publics et de protection environnementale à l’échelle de l’ Union ;
- la quatrième qui intéresse particulièrement les formations politiques de progrès serait qu’elles  réflechissent de concert sur les conditions fondamentales de réduction des inégalités .    

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Mercredi 27 mai 2009 3 27 /05 /Mai /2009 16:42
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : politique éco et emploi - Ecrire un commentaire
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Nous nous  sommes déjà interrogés sur ce site sur la question de la pêche. La précarité de la situation française tient-elle aux quotas ? ou tient-elle à la combinaison des quotas et des importations?  Les pêcheurs français ne pêchent pas assez pour vivre et les pêcheurs d'ailleurs voient leurs produits largement importés en France, ce qui maintient des prix assez  bas . Si les importations étaient mieux maîtrisées et que les pêcheurs français ne pêchent guère plus -  en restant dans des quotas - lls vendraient certainement plus cher.   L'activité à la mer serait mieux maintenue, mais le consommateurs serait appelé à payer plus. C'est toujours le choix entre l"emploi et le pouvoir d'achat.  Mais le premier pouvoir d'achat n'est-il de l'emploi dans des actvités rentables ?

Pour l'intant versons au dossier la pièce ci-dessous, sans nous prononcer sur l'existence ou non de ce deal de décembre 2008 etre la France et l'U.E.      



 

La pêche française victime d'un affreux marchandage ?  16/04/2009

La pêche française victime d'un affreux marchandage ?
Invité ce jeudi de Jean-Michel Apathie à 7h50 sur RTL, le président du MPF et chef de file en France de Libertas pour les élections européennes, Philippe de Villiers, a accusé le ministre de la Pêche et porte-parole de l'UMP pour cet élection, Michel Barnier,  "d'avoir tout cédé à Bruxelles, d'avoir sacrifié la pêche artisanale française", notamment en l'échangeant contre le gaz et le poisson norvégiens. "J'accuse la commission de Bruxelles et le ministre de la pêche française, qui a tout cédé à Bruxelles, d'avoir sacrifié la pêche artisanale française, c'est-à-dire de l'avoir échangée contre le gaz norvégien et le poisson venant de Norvège", a déclaré sur RTL le député européen et candidat au scrutin de juin. "Il y a eu un accord le 19 décembre 2008 et, dans cet accord entre l'Union européenne et la Norvège, la France a tout cédé", a-t-il accusé. Selon lui, "la France s'est vu accorder un quota de cabillaud de 9.000 tonnes" pendant que "la Norvège pêche 450.000 tonnes de cabillaud". "La France importe un million de tonnes de poisson, dont 664.000 tonnes hors de l'Union européenne", a aussi fait remarquer le président du conseil général de Vendée. "Les pêcheurs français sont des gens raisonnables, prudents, ils sont d'accord pour qu'il y ait un système de quotas", a-t-il poursuivi, mais "à condition que les experts ne soient pas désignés par la Commission de Bruxelles" dont les membres "ne font pas la différence entre un poisson rouge d'aquarium et un cabillaud". "On dit à nos pêcheurs: +faut casser vos bateaux, on va subventionner la casse de vos bateaux, vous restez à quai+ et, pendant ce temps-là, eh bien sur les étals, à la criée, on voit arriver du poisson de Norvège ou de la mer du Nord ou de Russie ou d'ailleurs!", s'est-il insurgé (avec AFP, 16 avril 2009)
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Jeudi 16 avril 2009 4 16 /04 /Avr /2009 14:43
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : politique éco et emploi - Ecrire un commentaire
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Faisons un peu d’impertinente géopolitique. Sans changement stratégique,  la certitude d’un effondrement à court terme des niveaux et qualités de vie des pays d’Occident est, à très brève échéance, l’avenir garanti à nos concitoyens et à nos enfants.

1 - Le G 2O c’est d’abord deux chiffres au lieu d’un : le symbole d’un monde multipolaire aux nouveaux pays constituants dont il est bien de reconnaître les rôles et d’ajuster les droits – en particulier dans la gestion des institutions internationales -  au delà d’ailleurs de ce qui a été fait maintenant.

A la faveur de ce G20, sans céder aux modes, il faut mettre en exergue la remarquable nouvelle posture américaine qui, par l’intelligence de Obama, paraît pouvoir ouvrir un nouveau type de relations entre les Etats Unis et le reste du monde. 

Ce qui est normal ( que la puissance occidentale ne soit plus exclusive)  ne doit pas entraîner ce qui est inadmissible ( que s’effondre ce que notre type de société apporte, malgré ses imperfections et inégalités, après les sacrifices et les progrès  des temps passés, à beaucoup de nos concitoyens d’aujourd’hui ).

A l’accueil des nouvelles puissances, et particulièrement du BRIC  ( cet acronyme désignant  le groupe de pays formé par le Brésil, la Russie, l'Inde et la Chine)  il faut des contreparties et des garde fou.

La contrepartie essentielle est qu’ils acceptent une régulation commerciale des échanges de marchandises, question qui n’a été - semble-t-il - nullement abordée.

Les garde-fous, c’est de ne pas tresser des louanges à leur régimes économiques, de ne pas en faire la référence, la règle du jeu.

Or, en saluant le fait que les Émergents, notamment d’Asie, sont les seuls à tirer la croissance mondiale emporte une espèce d’adhésion à deux modèles dangereux :
-   d’une part  à des types de sociétés - gouvernées dans certains cas par des pratiques proches de la jungle -  qui assurent cette croissance ;
-  d’autre part au mythe que le développement des uns et des autres est tributaire de l’expansion du commerce mondial.

2 - Cette expansion du commerce mondial serait le seul ressort possible d’un avenir de la planète, en assurant la démocratisation de la consommation. D’ou les violons des libéraux (cf. le débat de France 3 à la veille du G20, avec l’essayiste de service et le banquier béninois...très habile d’avoir un financier africain )  sur le lien entre libre échange et démocratie, alors, paradoxalement,  que la démocratie est absente des pays dont les classes dirigeantes tiennent à se placer deux fois en position de domination :
- vis à vis de leurs propres populations subissant les effets de l’accumulation capitalistique avec plus encore de dures exploitations que beaucoup de retours sociaux en leurs faveurs
- sur bien des marchés  internationaux , en goûtant la satisfaction de prendre revanche – ce qu’on comprend – sur les temps où ils étaient dominés.

Surtout  ce paradigme du niveau de commerce mondial en tant qu’indice de santé est faux. S’il est exact que le croisement de relations commerciales fortes entre pays de types et niveaux comparables est l’un des signes et moyens de prospérité, l’installation -  par les prix -   de positions commerciales dominantes de certaines régions du monde sur de très nombreux segments de produits se traduisant par des déséquilibres quasi structurels de balances d’échanges est soumission à un jeu de dupes.
Une consommation à bas prix de produits importés  est destructrice d’emplois et donc en fait du pouvoir d’achat qu’elle prétend donner puisque nos emplois sont notre premier pouvoir d’achat. 

3 - La chute des capacités de production et d’emploi des pays socialement avancés ira très vite non seulement avec l’augmentation des chômages et la dépression, mais aussi, comme il est déjà bien constaté, - et comme nous le faisons valoir en vain depuis des années - avec l’obligation de comprimer encore plus les coûts, de déconstruire le droit du travail et les protections sociales, de réduire les ponctions collectives au détriment de services publics et sociaux.

C’est en vain que les oppositions et tous ceux qui sont, à raison,  insatisfaits ou scandalisés (par l’état des prisons, des hôpitaux, de certains enseignements, de l’évolution de la sécu, etc.)  font la critique des insuffisances et des mauvaises réformes, parce qu’ils ne prenent pas en compte que notre société, faute de santé économique,   perd les moyens économiques et budgétaires d’assurer de manière décente ces services. Les réformes «droitières » deviennent obligatoires et un gouvernement « de gauche » serait largement contraint de faire pareil .

Quelle erreur de jugement de croire que la « colère sociale » peut-être un levier de changement positif lorsque ce changement positif n’est possible qu’à la condition de la sauvegarde de notre économie contre les excès du libre échange. Tous les programmes politiques qui n’abordent pas ce point n’ont pas de sens.

Un avenir sécurisé ne peut être bâti que sur la base, entre grandes régions du monde,  d’accords équilibrés  de co-développement ménageant les intérêts des pays avancés et des pays émergents.

4 – D’où le  besoin d’une nouvelle stratégie au regard de laquelle le G20 n’a rien pu apporter puisqu’il a en fait été la célébration du commerce international et la recherche de carburant pour celui-ci.

Un carburant qu’il na pas tellement trouvé, tout en prenant des risques inflationnistes ( en fait stagflationnistes) inimaginables hier. Des relances massives généralisées ont été écartées à juste titre sans doute car il faut , comme Strauss-kahn le fait,  minimiser aussi la différence d'envergure entre les plans européen et américain ("Quand on tient compte de la protection sociale, des « stabilisateurs automatiques », bien plus forts en Europe, l'écart n'est pas si grand"). Néanmoins une borne est franchie avec le rachat d’emprunts publics par la Réserve Fédérale, ce qui aboutit à de la création monétaire sans contrepartie de productions.
Le carburant a aussi été recherché par ce triplement des ressources du FMI (qui va, pour sa part d’interventions européennes prévisibles, sans doute servir d’une part les PECO souffrant d’autant plus qu’ils viennent de loin et qu’ils sont dépourvus de bases de pouvoir d’achat à notre échelle  et d’autre part les pays, comme l’Irlande  et l’Espagne ayant joué et perdu des mises ultra libérales).

5 - Outre l’impact psycho politique de cette réunion de style novateur, les points concrets positifs sont donc essentiellement dans l’aspect « réglementation » financière à laquelle il ne faut pas pour autant accorder les effets et vertus qu’aurait une régulation générale des échanges commerciaux et des mouvements de capitaux ( alors que beaucoup jouent sur le contenu des mots de réglementation et de régulation).
Traiter des « trous noirs » de la finance mondiale, est moralement indispensable, techniquement utile, mais  reste d’effet stratégique global sans doute assez limité, même si le relais des paradis fiscaux n’est plus au service d’évasions fiscales, d’opérations spéculatives comme de maximisation des profits, à l’occasion de facturations  de trafics de marchandises. 


6 - Au delà, dans quels domaines, des choses ( qui n’ont pas été traitées)  peuvent-elles avancer ?

- Peut on espérer que la question des institutions monétaires internationales et celle de la création d’ instruments monétaires  de réserve ( mais qui soit aussi une monnaie pratiquement utilisable, ce qui ne serait pas le cas d’une monnaie virtuelle obtenue par un « panier »)  autre que le dollar pourra voir le jour ?

- Peut-on penser que ceux des Émergents qui ont joué la mondialisation  des échanges commerciaux,  mais qui ont largement conservé ( ce qui a épargné à l’Inde et à la Chine la grosse crise de 1998) les contrôles de leurs mouvements de capitaux et une part de maîtrise de la convertibilité de leurs monnaies vont s’aligner sur l’ordre libéral? Il vaudrait sans doute mieux en fait, qu’en contrepartie de leurs spécificités de réglementation monétaire, ils soient porter à accepter des régulations commerciales.

- Peut-on escompter qu’un jour enfin des dispositifs d’ajustement obligatoire des taux de changes pourraient traiter des inégalités résultant des déséquilibres structurels de balances commerciales ?


- Par quel « marchandage » général peut progresser la question de la protection de la planète qui a été présente au G20 en fond de tableau, mais non pour un programme de travail ? 

- A quand un vrai débat sur l’excellente et  provocante idée du secrétaire américain à l'Énergie, Steven Chu, d'une taxe sur les importations de pays qui n'imposent pas de baisse des émissions de gaz – cette "taxe carbone" contre le "dumping environnemental"qu’a d’ailleurs aussi évoqué N. Sarkozy) ?

- Peut-on imaginer la manière dont les EU vont sortir de la contradiction entre leur  besoin de dépenses pour le rattrapage social et pour la relance et leur besoin de réduire leurs déséquilibres budgétaire et des échanges ?


- Peut-on comprendre comment leur énorme dette envers les prêteurs asiatiques peut leur laisser des marges de manoeuvre commerciale, dès lors qu’eux aussi doivent protèger intelligemment leur niveau d’emploi en déroute (et d’autant plus que leur niveau d’export est structurellement bien faible et que leur dépression est très contagieuse sur nous-mêmes) ?  D’où tout l’intérêt s’ils s’engagent eux-mêmes dans la ligne de Kyoto.  de la taxe carbone à l’import, -

- Peut-on penser en synthèse  que le  rapport de forces commerciales avec l’Asie peut bien évoluer, c’est à dire dans le sens de la protection de nos populations ?



7 - Plaçons nous avec réalisme dans une perspective de relations gouvernées par  des rapports de forces : exactement ce que ne comprennent pas ou ne veulent pas voir  ceux qui nous portent - dès lors que leurs intérêts propres sont saufs - à tenir le rôle de « l’idiot dans le village global » , alors que la vraie question est de savoir comment préserver les intérêts  de nos propres populations (comme le dit simplement et  avec bon sens B. Obama pour ce qui concerne les américains devant lesquels il est comptable puisqu’ils l’ont élu).

Une simplification de l’appréciation de ces rapports de forces montre que la propension à une forme de domination des pays émergents allant de pair avec la dégradation de nos niveaux de vie tient à des soutiens provenant de notre propre univers, mais rencontre par ailleurs deux obstacles  qu’il faut instrumentaliser.

Le principal soutien de nos compétiteurs est constitué d’une partie de nos acteurs économiques.  Ce sont des entreprises occidentales – et pas seulement de grandes multinationales, mais aussi bien des firmes spécialisées dans la  distribution et des Pme corsaires – qui ont été le support des délocalisations et plus encore des nouvelles localisations,  et de larges approvisionnements  dans les low cost countries, sans parler de toutes les installations de services très sophistiqués, mais tout à fait  délocalisables, et de plus en plus délocalisées dans le monde entier.
Trois clefs successives ont ouverts ces chemins de notre déclin  : le différentiel entre coûts d’approvisionnement et de vente  a motivé ( au nom du consommateur !) le lobbying libre-échangiste du négoce mondial ; la course aux rentabilités financières élevées réalisables par le fait d’obtenir des productivités occidentales dans des pays à coûts de production plusieurs fois moindres que les nôtres a inspiré les stratégies de placements des actionnariats les plus cupides ; la haute qualité des prestations intellectuelles de service de beaucoup de pays d’Asie et du Sud a emporté la conviction de l’aristocratie de l’innovation.  


Discipliner nos propres acteurs économiques vers de meilleures directions pour notre emploi et niveau de vie n’est possible que si on les sort d’un système où tout les pousse à jouer contre nos intérêts nationaux. Il ne s’agit donc pas de leur interdire de faire ce que la logique économique leur impose aujourd’hui (comprimer les rémunérations, licencier, délocaliser, s’installer d’emblée ailleurs)  mais de leur offrir une autre logique économique : une logique comportant la part nécessaire de rééquilibrage des conditions concurrentielles entre nos pays et les Émergents qui offrent aujourd’hui à la fois des bases d’implantation dotées d’avantages imbattables aux entreprises et des moyens d’approvisionnement en main d’oeuvre et en produits de toute nature d’une compétitivité sans pareille. Facteurs qui expliquent par exemple que la chute des carnets de commande de la sidérurgie sera supportée par l’Europe ( la « crise » ne change pas les données de bse, mais  accélère tout), que l’industrie automobile va, sous quelques années, se transférer inévitablement en Asie ( comme un dossier explicite d’Alternatives économiques de ce mois le met évidence en suffisant à lui seul à, paradoxalement,  démentir le « rassurisme général » dont fait preuve cette publication à l’égard des effets de la mondialisation).    

Les freins à un basculement qui fait notre ruine peuvent tenir à deux  facteurs.

- D’une part, les Émergents ont encore besoin de nous . Ils ne peuvent pousser leurs avantages concurrentiels au point de détruire nos économies et pouvoirs d’achat, parce qu’ils gardent provisoirement un intérêt - jusqu’à la relève par leurs propres consommateurs et par des pays pauvres qui vont quand même progresser -  à ce que nous soyons leurs marchés, tandis qu’à l’inverse nous n’aurions guère besoin des leurs ( ni en export , ni en import - sauf pour des approvisionnements particuliers et des matières premières- si nous avions (cf Todd )  une grande Europe gérée en préférence communautaire) ; mais combien de temps encore auront-ils besoin de nous ?

- D’autre part, le développement des niveaux de vie, notamment à l’échelle démographique de l’Asie, conduit tout droit dans le mur écologique – alors que toutes ces populations du monde ont un droit imprescriptible à progresser.

Ce droit et l’avenir de la planète ne sont compatibles que moyennant de considérables précautions qui ont deux versants : l’innovation technologique, en particulier en matière d’énergie, de transports, d’alimentation ; le ralliement partout à des modes de vie moins consommateurs et moins prédateurs.

Deux exigences qui impliquent les coopérations scientifiques, technologiques et prudentielles entre pays de tous niveaux économiques et modes de vie. Ces enjeux communs peuvent-ils freiner la logique  qui porte les Émergents à ne pas s’embarrasser des conséquences meurtrières  des formes prises par  leur développement sur les vieilles sociétés ?


8 - Notre univers est à la bifurcation de deux voies
 
- ou bien, dans la ligne actuelle de la plus grande pente, la poursuite d’une loi de jungle de fait, allant de pair avec le libre échange, et conduisant à  la régression sociale garantie ;
- ou bien, par un  ressaisissement de nos responsables, la découverte de la stratégie indispensable à la fois de « containment » des conséquences des développements des Émergents et de coopération avec eux pour négocier et gérer des rééquilibrages.

Il ne s’agit pas de futurologie ; la menace est imminente. Il ne faut pas être grand clerc pour la lire, sauf si l’on est complétement intoxiqué par les modes de la vie publique. Sous quelques années, nos emplois vont partir en fumées, nos charges vont devenir de plus en plus à la fois insuffisantes pour faire face aux  besoins et  insupportables pour beaucoup de ménages et d’entreprises, nos niveaux de vie vont plonger ; c’est une question de protection contre un scénario catastrophe, comme je le disais en 1998 dans « trois Illusions qui nous gouvernent » et une question de survie comme je le disais  en 2005 dans l’article de Passages sur les localisations d’activités. Mais les Cassandre ne reçoivent que des ricanements ou des baillons.

Par contre, tous les jours, des personnalités politiques de premier rang et une foule de commentateurs de deuxième ligne  (et qui font métier de bonimenteurs d’estrade dans des rôles convenus à l‘avance)  continuent, par leurs gesticulations, leurs incompétences, sur les podiums,  dans la presse et sur les ondes,  à se livrer à des jeux partisans, médiatiques et intellectuels, comme si nous étions dans la benoîte France de Pompidou ; et ne pensent qu’aux paillettes ou aux mythes de droite ou de gauche  par lesquels séduire les électeurs  ou les lecteurs et auditeurs sans être à même de penser à  les prémunir contre ce qui les attend, tout simplement parce qu’ils ou qu’elles ne le conçoivent pas.

La situation est d'une extrème gravité. Des lignes d'évolution régressive , non reversibles,  sont en train d'être franchies C’est à un véritable état d‘alerte qu’il faut appeler.






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Jeudi 9 avril 2009 4 09 /04 /Avr /2009 18:49
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : politique éco et emploi - Ecrire un commentaire
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