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Je reprends donc ci-dessous le «coup de cœur» de Pierre Campion dont j’extrais quelques passages d’une communication disponible sur le net .


« C'est bien un premier roman, mais d'un écrivain qui, jusqu'ici, avait publié de la poésie et qui, apparemment, n'était pas non plus dans l'âge habituel des débuts en littérature. C'est un premier roman… ce n'est pas un roman d'avant-garde, même si l'auteur, par profession, connaît sûrement les avant et les arrière-gardes, littéraires et politiques, du présent et du passé. C'est un gros livre, mais qui se lit à toute allure.

Le propos, c'est l'Histoire de notre vingtième siècle, vue à travers des histoires. Des histoires presque innombrables : courtes, vives, souvent rigolotes, ou alors au tragique enlevé, ordonnées selon une composition à la fois lâchée et maîtrisée. Sept cents pages de l'histoire et de la culture européennes, ou plutôt du drame franco-allemand qui, cette fois-là, monta si vite aux extrêmes de deux guerres mondiales, et que Kaddour rapatrie en sa vraie région, la nôtre, et en son château imaginaire, le Waldhaus très Mitteleuropa de Waltenberg, en Suisse, dans les Grisons…..
Allegro : Septembre 1914, à Monfaubert quelque part près de la rive droite de la Marne. Venu chacun de son côté mais sans se connaître encore, Hans Kappler et Max Goffard, l'un dans l'action l'autre à l'écart (virtuel plutôt, en quelque sorte), participent à un engagement étrange, celui dans lequel un escadron français de dragons, remonté loin derrière les lignes allemandes, surprend et sabre, non sans de très lourdes pertes, le parc d'avions en bois et toile que les Allemands viennent de stationner provisoirement dans une vaste clairière. L'une des dernières charges de la cavalerie napoléonienne, contre les mitrailleuses les plus récentes et contre l'arme aérienne du futur, contre les machines gris tourterelle rêvées par les ingénieurs allemands. À la fin de cette guerre, Kappler et Goffard seront amis et les deux personnages principaux d'un récit qui en comprendra bien d'autres, mais déjà « le geai a cessé de crier. Hans a une pointe de sabre sur le ventre, un sabre à la courbe légère », Johann a été tué, avec qui Hans s'entretenait l'instant d'avant, paisiblement dans la clairière, de la belle Lena Hotspur, laquelle vient de le quitter…
Sept cents pages rapides, foisonnantes et denses, croisant des destins personnels et les événements du siècle, articulant des personnages fictifs ou réels et toutes sortes d'aventures : amours, intrigues, rivalités mortelles de philosophes et d'universitaires, espionnage ; une histoire d'ours ; mystères et révélations. Comment est mort Alain-Fournier, qui était le modèle du Clappique de La Condition humaine, qui manipula qui dans l'affaire des fusées de Cuba, comment la formule de l'eau lourde passa de l'Ouest à l'Est, qui plaça une taupe auprès d'un futur jeune Président de la République française et qui était cette taupe, comment un ambassadeur de France, Compagnon de la Libération, se voit confisquer ses bretelles dans un moment où il en aurait bien besoin, tout cela et bien d'autres choses encore nous l'apprendrons à bride abattue et comme sans y penser.


Le secret au fond très simple, mais en moins provocant que dans Céline ou dans Proust, c'est que tout cela est porté par et dans la même voix : l'écriture imite la parole — soit directement rapportée des personnages soit prise au sein du discours général qui est finalement la seule matière de ce livre —, elle imite le phrasé d'un parlé avec ses variations et inflexions, ses incidents et accidents, l'imprévisibilité de toute parole et la force qu'elle retire du corps prégnant qui la profère ; et l'intérêt spécial que suscite en tout homme qui écoute son semblable le danger imminent dans lequel se met celui qui se parle. L'ambition de Waltenberg, c'est que Kaddour se donne le projet de porter ce ton en ses variations pendant les sept cents pages de son livre. Rien déjà que cette énergie tout intérieure et les récits qu'elle produit fascinent son lecteur et lui font se poser la question que provoquent les vrais conteurs : mais où va-t-il chercher tout ça ? Question juste mais à laquelle il serait déraisonnable et vain d'essayer de répondre, puisque c'est justement celle qui fait qu'on lit jusqu'au bout les vrais romans.

Toute cette matière est fortement brassée et clairement scandée selon de vastes mouvements dont les titres sont des dates, successivement : 1914, 1956, 1978, 1965, 1928 et 1929, 1969, 1991. À chaque mouvement deux chapitres, au total quatorze chapitres. À chaque mouvement sa ou ses dominantes, qui nous font parcourir la période, d'ailleurs couramment retenue par les historiens, qui va de 1914 à la chute du Mur et à l'effondrement de l'empire soviétique — et en chacun des mouvements des allusions à tous les autres, des anticipations et des retours.

1914, sur l'évocation récurrente du combat de Monfaubert, l'ouverture : première description du Waldhaus, thèmes entrelacés de Hans, Lena et Max ; mise en place des traits qui les distingueront à l'ouïe et à l'imagination du lecteur : les grandes oreilles de Max et ses histoires, le Schubert de Lena, Hans en grand écrivain ; souvenirs d'avant-guerre, projections vers les après-guerres ; contrepoint d'un nom et d'une mort : ceux d'Alain-Fournier, destinés à revenir en 1969, aux obsèques de Kappler, en plein cimetière allemand. Absents encore, mais plus pour longtemps, les thèmes bientôt très en vue du « jeune Lilstein » et du « jeune Français» (ndr : le couple complice des espions).

1956 : Budapest, les pressions que le maître espion est-allemand Lilstein exerce sur Kappler et les nœuds qu'il va nouer avec sa taupe française.

1978 : les développements du complot et les perturbations que la taupe crée dans les services occidentaux.

1965 : retour à l'apogée du gaullisme en France, au thème de la décolonisation, aux voyages de Malraux et à son règne sur la culture.

1928-1929 : retour à la première rencontre de Hans Kappler et de Max Goffard, à celle de Goffard et de Malraux et au colloque de l'intelligentsia mondiale à Waltenberg.

1969 : De Gaulle et son ministre sont partis, on enterre Kappler, menaces sur la taupe et sur son maître espion, des nouvelles de tout le monde.

1991 : une étudiante réfléchit à la dissertation qu'elle doit rendre sous peu « La raison est-elle historique ? » ; on solde les aventures et les histoires ; les espions songent à passer la main : place aux jeunes !
……
Il ne suffit pas de se dire que Waltenberg est un livre ambitieux. C'est un livre culotté. Déjà, et même si une découverte archéologique récente a apporté des éléments précis et sûrs, raconter la mort d'Alain-Fournier, et les tentatives d'enterrer la vérité à peine fut-elle acquise… Mais s'emparer d'une page des Antimémoires pour narrer comment, à Singapour, à la table choisie du consul de France, le journaliste Max Goffard, se posant en modèle du personnage de Clappique, s'applique à provoquer Malraux, pendant qu'un ami du ministre-écrivain s'efforce de faire du pied à l'une des invitées ; raconter les débuts, à la CIA, d'une jeune femme noire nommée Maisie, douée et résolue, exposer comment, autour d'un cassoulet de Toulouse servi à Washington, elle tranche des destins de Lilstein et de Lena, et retracer comment, sortie de son école à droits civiques, elle évince son collègue et mentor FT Walker ; portraiturer les participants de Davos (Briand sous son vrai nom, Gide en Édouard, Keynes en Maynes, Elisabeth Scharwzkopf en Elisabeth Stirnweiss, et tutti quanti…) et détailler, à sa manière tragi-comique, les péripéties de la fameuse controverse qui vit s'affronter Heidegger et Cassirer au printemps de 1929 (un moment de la pensée en Europe et dans le monde, en un lieu qui réunit encore périodiquement les élites mondiales de l'économie et de la politique !) ; transporter justement l'histoire mouvementée des colloques et forums de Davos dans les paysages et les pâtisseries de son Waltenberg et dans les couloirs et les chambres de son Waldhaus ; raconter ironiquement les aventures des maîtres espions d'Allemagne de l'Est : tout romancier qui croit en sa fiction est dans le secret des dieux et dans les petits papiers des « services ». Sur la route sifflant dans l'obscurité, de quoi donc aurait-il peur ?

La question du romancier, c'est : comment achever la rhapsodie ? C'est là où on l'attend, c'est là qu'il trouve le moyen de nous intriguer encore. C'est là que le sens du roman gagne toute son ampleur, en se prenant moins que jamais au tragique.

Septembre 1991 et soixante-dix sept ans après… Toujours avec l'ironie nécessaire, Kaddour réunit à Paris, ses deux espions survivants, Lilstein, qui craint fort de se faire arrêter, et la taupe française, devenue l'ami des Américains. L'élève a pris le dessus, il révèle à Lilstein tout l'envers de l'histoire contemporaine et, dans toute son ampleur, la tâche de régulation, comme ils disent, qu'ils ont menée entre l'Est et l'Ouest, à quelques seigneurs, Lena, Lilstein et lui-même, hantés par la crainte d'une troisième guerre et par l'idée d'une troisième rive. Pour l'heure, fasciné par un groupe de jeunes gens pleins de talent qui dissipent l'énergie au présent, celui qui était la taupe rêve de leur passer la main : les recruter, les former, les placer, comme lui-même le fut par « le jeune Lilstein », et comme celui-ci avait été initié aux grands classiques du marxisme par Kappler. Et puis notant les toutes nouvelles données que présentent la réunification allemande et la prépondérance de l'Amérique, mais repris par les vieux démons, il relance Lilstein : « Et même si je suis fou, n'oublions pas le plus urgent, votre salut, aujourd'hui Kohl est au zénith, une grosse Allemagne au centre de l'Europe, avec de l'argent pour acheter des terrains, Maisie n'aime pas du tout, vous auriez quelque chose sur monsieur Kohl ? » (p. 706 et fin du roman : dernière phrase, dernière virgule, dernier pieds au mur).

Illusions classiques d'hommes de l'ombre qui s'imaginent avoir mené le monde, fantasmes de vieux saisis par le spectacle poignant de la jeunesse, ressassements, dernières folies de comploteurs ? « Foutue l'aventure ! » dès 1965, Goffard l'avait bien dit (cependant « les belles femmes sont toujours là »). La question de l'Histoire et celle de la raison sont devenues un sujet de dissertation, auquel réfléchit une jeune étudiante, tandis que, sous ses yeux et sans qu'elle s'en doute, deux espions de haut vol ont grand peur d'être arrêtés. La raison est-elle historique ? « Sujet intéressant », comme on dit, et piégé comme de juste, mais qu'elle ne prend pas plus au tragique que ne le mérite l'exercice suprême de l'Université française. Sans aucun doute. Cependant…

Une symphonie, héroïque ou fantastique, avec ou sans chœurs, un Requiem allemand, ce serait simplement trop de sens. Ce que j'appelle rhapsodie, cette forme musicale non moins concertée qu'une symphonie mais plus décousue, cette composition donc, à sa manière, organise des points de fuite : le siècle n'est pas dépourvu de sens, mais c'est un sens fuyant ou même plutôt le sens en tant justement qu'il s'en va. Comme le genre romanesque au romancier, comme le réel au poète, le vingtième siècle se dérobe, c'est sa manière à lui de signifier, et c'est la forme de la fascination que le roman de l'Histoire exerce maintenant sur son romancier.

Parce que Waltenberg est bien une méditation sur l'Histoire et sur son genre inédit de rationalité, c'est aussi un livre sur la politique[. D'une certaine manière, quitté les vastes desseins qui prévalurent en d'autres temps ou qui amusèrent la galerie, ce roman expose le degré achevé auquel la politique a atteint à l'âge des coïncidences. Au départ, Lilstein est un jeune dirigeant communiste allemand, pris entre les camps nazis et les jeux mortels qui ont cours dans le Komintern. Son intelligence, son courage et sa chance — les qualités mêmes des héros de romans — lui servent d'abord simplement à survivre. Puis à imaginer et à poursuivre un projet méphistophélique : à organiser, en marge des gouvernements et même de leurs services et avec quelques autres personnalités du camp d'en face, un système de compensation qui consiste seulement à équilibrer les forces à tel moment, en aidant le plus faible, tantôt Lena tantôt lui-même trahissant son camp — quant à Kappler, il va de l'un à l'autre, mais en « grand écrivain », c'est-à-dire de manière inutile et finalement désespérée. Telle est la forme ultime que prend la politique dans les années cinquante de ce siècle-là, telle elle fascine le romancier.

Il est possible que Hédi Kaddour, la personne privée, ne conçoive pas le renseignement comme la forme suprême de la politique, mais la fiction a ses raisons propres et ses entraînements. Même l'ironie ne suffit pas à désarmer ses séductions, car on ne peut ironiser que sur ce que l'on redoute, ce qui attire, ce que l'on comprend. Dans la fiction, l'ironie, c'est le mode retors de la conviction.

L'ère des coïncidences est-elle révolue ? Au seuil du XXIe siècle, Waltenberg nous laisse sur la question de ce que sera désormais la politique ».

Fin de citation

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Mardi 25 septembre 2007 2 25 /09 /Sep /2007 21:03
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : livres - Ecrire un commentaire
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La gestion de ce site est loin de me permettre d’évoquer tout ce que je souhaiterais, mais je désire néanmoins, en dehors des réflexions sur les questions économiques et institutionnelles, revenir à quelques éclairs sur des écritures dont des exemples reflètent notre temps.

J’avais déjà signalé il y a quelques mois ZERO de D. Guedj et le hasard de consultations m’a conduit à un autre de ses livres, non plus dans le domaine de la fiction traversant des millénaires, mais dans celui du récit historique ciblé, avec, en constantes, les mêmes remarquables dimensions de pédagogie, de capacité de vulgarisation féconde et de mise en exergue des lignes cardinales de moments clefs d’Histoire, accrochés à des tournants de la praxis dans la faculté de calculer et de mesurer. Datant de quelques années (Points, 2000), mais semble-t-il peu connu est ainsi « Le Mètre du monde » dont je donne, sans honte de paresse, quelques extraits parfaits de la quatrième de couverture : « La déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen avait fait des hommes égaux devant la loi, le système métrique les fit égaux devant la mesure des choses. Egalité politique, égalité métrologique…. Rencontre unique entre philosophie, politique et science, cette épopée de la mesure offre une image peu habituelle ; celle de la révolution française vue à travers l’élaboration du système métrique décimal ». Une manière très originale, un vrai politico-policier scientifique ) de la revisiter, en en redécouvrant des racines dans la ténacité de quelques hommes de pouvoir et de sciences – des rois et leurs conseillers aux conventionnels qui étaient souvent les deux en une seule personne et dont certains se sont tantôt succédés, tantôt entretués pour les mêmes causes –, une ténacité de l’esprit dont le grand terreau fut dans la volonté de l’unité ainsi que de l’exemplarité ( donc de la puissance) françaises mûrie depuis le début du siècle des Lumières.

Siècle que fit scintiller, il y a deux ans, en contrepoints contradictoires l’un des très miroitants ouvrages de Régis Debray « Aveuglantes Lumières », que vient de suivre son tout aussi parfois difficilement déchiffrable , mais plus encore décapant essai « L’obscénité démocratique » ( Café Voltaire ) : à comprendre comme ce qui cache la visibilité de la scène publique républicaine par le « tout à l’égo d’un pays en proie aux tyrannies de l’audimat, de l’émotif et de l’intime », et devrait nous porter à restaurer le sacré, voire à regretter le cérémoniel, d’un pouvoir n’assumant plus sa majesté de souveraineté populaire, mais dévoré par le goût des postures (et donc glissant aux impostures) au lieu d’être porté par la dignité de ses missions. Suis-je sûr d’avoir vraiment bien compris ? De toute façon, il faut s’y essayer, en retrouvant le sens dramatique de « songer, rire et trembler à plusieurs, des millions de têtes, un seul corps ».

Voici donc des « œuvres », avec toute la difficulté de communication qu’elles peuvent impliquer entre l‘auteur et les lecteurs. A la différence de produits qui assurent à de séduisants souples ouvrages d’été de larges publics bien embarqués par les talents de leurs « auteures ». Oui, parce que sont des femmes qui excellent dans cette bonne application des écoles d’écritures dont l’une avoue, d’ailleurs, avoir bien appris les recettes de scénario et de dialogues et y place même un noyau, ou plutôt le gros pépin, de son intrigue. Telles sont les femmes à succès que conseillent d’ailleurs les panneaux publicitaires sur les flancs des autobus comme Anna Gavalda « Ensemble.. c’est tout » : quel rêve et quelle réussite d’en faire sentir l’utopie comme un réel possible et vécu) ou comme Katherine Pancol. Ses « yeux jaunes des crocodiles » est une comédie humaine sur le monde contemporain de la com et du business dont on devine presque tout dès le début mais que l’on dévore comme un feuilleton populaire du siècle passé. Un beau produit.

Et puis, il y a , à la faveur de romans aux chapitres inégaux, les témoignages. L’Inde nous en envoie de bien grinçants par lesquels d’impitoyables reporters sociaux nous montrent le prix de l’émergence économique ajoutant son cortège d’horreurs ordinaires au poids, plus écrasant que féerique, des passés. Leur humour un peu lourd n’est pas de trop pour faire supporter à la mode britannique dont ils ont hérité, les destins que supportent les frères cadets des enfants dévorés et violés par l’industrialisation européenne du XIXeme. On écoutera peut-être mieux ces « originaires » que l’on a entendu, il y a qulues années, « le Sang des roses » de Patrick Cauvin dont l’écriture cinématographique est sans doute trop populaire pour intéresser certains critiques littéraires. Pour connaître le prix de vos tapis, de vos vêtements, de vos matériels electro-ménager, de vos logiciels, de vos aciers, de vos voyages, de votre Occident qui jouit de ses bas prix grâce aux galères de la faim, des détritus et de l’humiliation par leurs propres concitoyens d’un milliard d’hommes allez donc lire - et ils parviendront néanmoins à vous faire rire - Rhadida Jha, «L’éléphant et la maruti » ( Picquier Poche) et Vikas Swarup, «Les fabuleuses aventures d’un indien malchanceux qui devint milliardaire ».

Les différences entre l’œuvre, le produit, le témoignage , est bien l’une des clefs du spectre des écritures d’aujourd’hui comme dans les « arts » plastiques, il y a encore de temps en temps le défi contre la mort, ou le plaisir sensualiste d’un reflet de la vie et, à l’autre bout de la chaîne, « l’installation » volatile qui utilise parfois des objets bruts et jusqu’à des excréments frais au lieu de les évoquer ou de les faire sentir.

A propos d’une œuvre véritable d’il y a un ou deux ans dont la force multiforme est passé à côté des trop étroites mailles des filets des grands prix pour avoir retenu l’attention de leurs jurés, prenez aussi deux nuits pour être instruits et bouleversés par le « Waltenberg » (2005) de Hedi Kaddour. Je relaie ci-dessous le «coups de cœur» de Pierre Campion dont je donnerai la prochaine fois quelques passages d’une communication disponible sur le net .



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Mardi 25 septembre 2007 2 25 /09 /Sep /2007 19:08
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : livres - Ecrire un commentaire
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De ZÉRO AUX SOMMES


C'est avec le numéro "Zéro" que j'aurai du parler du livre de Denis Guedj "ZÉRO" (LAFFONT 2005).  Voilà vraiment une oeuvre qui  rentre parfaitement dans notre adresse "ecritures-et-societe". Elle conte, à travers cinq vies  d'une femme - qui est toujours la même et chaque millénaire une autr
e - sur les cinq mille ans - qui s'échelonnent de la civilisation de Mésopotamie à la guerre d'"Irakla naissance de l'écriture et des chiffres dont, IN FINE,  le chiffre clef qu'est ZÉRO. Et il y a même quelques dessins de signes et de calculs qui prennent délicatement place dans un texte de très simple et belle langue    Une manière dont nous faire estimer des apports capitaux, assyrien, perse, arabe et indien  au déchiffrage du monde et un hommage au rôle des femmes au fil  des merveilles...et des barbaries.

Enfin une fiction historique symbolique qui n'est pas la mascarade habituelle consistant soit à faire prendre des vessies pour des lanternes ( comme DA VINCI CODE) ou à voler leur personnage aux "grands" de ce temps en en faisant n'importe quoi de caricatural ou d'approximatif dans ces juteuses productions qui mettent en scène des faux Kennedy, de Gaulle, Mitterrand  ou reine d'Angleterre.

Dans un monde qui veut tant protéger la propriété intellectuelle et le droit de chacun sur le respect de l'intégrité physique et morale de sa personne, il passerait néanmoins pour de la censure d'interdire aux réalisateurs qui exploitent ces filons cette dépossession des personnages historiques de leur inexprimable personnelle réalité. Il n'y a soit que le vrai documentaire qui vaille, soit que la satire s'affichant comme telle (les Guignols) qui soit acceptable, car toutes ces déclinaisons qui veulent se faire prendre pour la réalité  sont des atteintes morales inadmissibles au droit fondamental de  propriété sur leur personne et sur leur image des ""têtes d'affiche"  utilisées, aucune ( ni aucun de leurs-ayant-droits) ne pouvant, bien sûr, prendre le risque du ridicule de procès  "en vol et déformation " de personnalité. Pire, ce que l'Histoire et les générations futures ( et même actuelles) retiendront comme réalité sera le contenu et les déformations de ces "faux". Les facilités du roman policier ont aussi permis de falsifier les vies et silhouettes d'hommes politiques  désignés par leur nom, alors qu'il est tellement plus élégant et probe d'écrire une fiction autorisant sinon des analogies, du moins des correspondances . Mais il faut du talent et c'est moins certainement vendeur  On accordera toutefois une place à part aux fausses biographies s'avouant comme telles, mais apportant un éclairage incontestable sur des moeurs politiques et leurs représentants : ainsi du fascinant livre de Marc Hugain  "la malédiction d'Edgar"  retraçant les techniques de Hoover pour  posséder les Etats Unis  et leurs présidents.

Parmi les grosses "SOMMES"  historiques qui viennent de sortir, mention spéciale pour la Décennie ( le cauchemar des années 80)  de François Cusset à "la Découverte" : un coup de projecteur impitoyable sur l'évolution entre 1968 et 1990 des courants intellectuels, médiatiques et donc politiques ou, selon nous, pour reprendre l'expression connue,  "comment le poisson pourrit d'abord par la tête"; mais moins d'optimisme que l'auteur sur la renaissance, à compter des années 90,  d'une pensée critique qui pourrait avoir des effets opérationnels positifs.

"La Découverte" continue  a bien s'illustrer par la somme aussi que constitue son "Histoire secrète de la Cinquième République" ( qu'elle fait judicieusement commencer avec la guerre d'Algérie) . Beaucoup de ce qui y est relaté est certainement exact, puisque , pour ma part, quand j'ai connu des points du sommaire , je crois pouvoir les valider très largement. Mais ce livre, peut-être parce qu'on ne peut pas tout traiter, peut-être parce que c'est un collectif de journalistes qui travaillent d'abord avec les sources de leurs réseaux, a les limites d'être deux fois sélectif :  les "sources" qui ne sont pas de notoriété publique ou qui ne sont pas  celles des copains  ne sont guère  utilisées, ni citées; il y a quelques  affaires majeures et quelques pratiques éloquentes qui ne sont pas abordées. Le second point s'expliquant sans doute un peu par le premier. Une bonne note pour finir : l'ouvrage fait un effort remarquable pour mettre de l'ordre et à jour le magma épouvantable des relations de la France avec "l'Afrique Noire".        
    
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Lundi 18 décembre 2006 1 18 /12 /Déc /2006 15:41
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : livres - Ecrire un commentaire
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