Commentaires

Recherche

Calendrier

Mars 2010
L M M J V S D
1 2 3 4 5 6 7
8 9 10 11 12 13 14
15 16 17 18 19 20 21
22 23 24 25 26 27 28
29 30 31        
<< < > >>

POURQUOI CE BLOG



L'objet de ce site est de baliser par quelques souvenirs éloquents l'histoire récente et de faire contribuer ces expériences, par des commentaires d'actualité, à éclairer et choisir les changements, en s'interrogeant sur les propositions des politiques et les analyses des essaiystes. Par ailleurs, à côté des problèmes de société (parfois traités de manière si impertinente que la rubrique "hors des clous"a été conçue pour les accueillir), place a été faite à "l'évasion" avec des incursions dans la peinture, le tourisme, la littérature,  des chansons, ce qui constitue aussi des aperçus sur l'histoire vécue.

 
Identité de l’auteur
vous pouvez lui écrire à <gerard.belorgey@wanadoo.fr>

Né en 1933, appartenant à la génération dont l'enfance a été marquée par la deuxième guerre mondiale, l'occupation et la Résistance, l'adolescence par la Libération, la guerre froide, puis par de clairvoyants engagements pour les décolonisations, l'auteur a ensuite partagé sa vie professionnelle entre le service public (il a notamment été préfet, délégué à l’emploi, directeur des affaires économiques de l’outre-mer, président de la chaîne de radio-télévision, RFO), l'enseignement et la publication d’ouvrages de sciences politiques (il est aujourd’hui membre du comité de rédaction et
collaborateur régulier de la "Revue Politique et Parlementaire"). Il a également assumé des missions dans de grandes entreprises en restructuration (Boussac, Usinor/Sacilor), puis a été conseil d’organismes professionnels.

Alors que ses condisciples ont été en particulier Michel Rocard et Jacques Chirac (il a partagé la jeunesse militante du premier dans les années cinquante et fait entrer le second à Matignon dans les années 60, avant d'être son premier collaborateur à l’Emploi, pour la négociation de Grenelle et au secrétariat d’Etat aux Finances, il n'a suivi ni l'un, ni l'autre dans leurs itinéraires. En effet, dans le domaine politique, comme il ressort de ses publications (cf. infra), Gérard Bélorgey n’a rallié ni la vulgate de la Veme république sur les bienfaits de l’alternance entre partis dominants, ni les tenants du catéchisme du libre-échange mondial. Il ne se résigne donc pas à TINA ("there is no alternative" au libéralisme). Tout en reconnaissant les apports autant que les limites de ceux qui ont été aux affaires et avec lesquels il a travaillé, il ne se résigne pas non plus à trouver satisfaction dans tel ou tel programme de camp. Mesurant combien notre société multiculturelle, injuste et caricaturalement mondialisée, souffre aussi bien des impasses de l’angélisme que des progrès de l’inégalité et des dangers de l’autoritarisme, il voudrait contribuer à un réalisme sans démagogie.

Partie de ses archives est déposée dans les Fonds d'Histoire contemporaine de la Fondation des Sciences Poltiques (http://centre-histoire.sciences-po.fr/archives/index.html)

Il a écrit et existé sous d'autres noms que celui sous lequel il a signé des ouvrages fondamentaux que furent "le gouvernement et l'administration de la France" ( 1967), "la France décentralisée" ( 1984), "Les Dom-Tom" (1994)  : le peuso de Serge Adour correspond à l'époque de la guerre d'Algérie et à une grande série de papiers dans Le Monde en  1957 , celui d'Olivier Memling à l'écriture du recueil de poèmes "Sablier " (couronné en 1980 par l'Académie Française et référé  dans l'histoire littéraire du XXeme Siècle de Hachette) et aux chansons qui en sont issues, celui de  Gérard Olivier à son analyse dans de  grands quotidiens de la décentralisation en 1981/82; celui de Solon  (malheureusement partagée par erreur avec d'autres auteurs) à la publication en 1988 de "la démocratie absolue" . Cessant de vivre un peu masqué, il retrouve son nom en 1998 pour "Trois Illusions qui nous gouvernent", puis à compter de 2000 pour "Bulles d'Histoire et autres contes vrais " (série de coups de projecteurs sur notre monde  qui seront souvent repris ci-dessous), ainsi que pour de  nombreux articles dans  diverses revues. En 2009, son récit "la course de printemps" revient sur la guerre d'Algérie.

histoire et societe

Parce que j'apprécie qu'un chef d'État dise haut et clair que l'École est faite pour apprendre les fondamentaux du français, du calcul, de l'histoire-géo, de l'instruction civique et de la morale,  du respect des maîtres  et de l'appartenance à une Nation, parce que j'apprécie aussi - au regard des médiocrités classiques de tant d'autres - certaines créativités du Président - malheureusement accompagnées de trop d'effets de surprises et de pugnacités  ( alors qu'il aurait du apprendre que l'on est souvent plus pertinent et efficace à plusieurs qu'en solitaire inspiré) -  je crois à l'inverse que la prescription faite à de très jeunes adolescents de parrainer leurs homologues martyrs des déportations est déplacée.

 

N'est-elle d'abord hors du champ de compétences de l'exécutif ? Celui-ci a charge de définir  la politique de la Nation, mais - pas plus que les préfets n'ont autorité sur les programmes pédagogiques, sur la déontologie médicale  ou sur l'inspection du travail -   non le contenu de cures d'Analyse collective par le biais de thérapeutiques à infliger aux plus vulnérables des membres de la  communauté, les enfants.

Il y a là, ensuite,  dans cette prescription, une part de culpabilisation (résultant du fait que des Français autant que des nazis sont responsables de ces martyrs Juifs )   d'autant plus étonnante qu'elle émane d'un homme ayant prêché contre les repentances et les culpabilités de toute nature. Ne voit-il d'ailleurs la contagion qu'un tel Traitement pourrait avoir  sur d'autres cas de responsabilité historique :  des esclavages d'hier à ceux d'aujourd'hui ? Que, par exemple, parrainer des enfants de sans-papier expulsables peut -être aussi regardé comme un devoir,  au nom même de la Traite des Noirs  et des  colonisations passées, des immigrés pouvant si souvent dire " si nous sommes ici, n'est-ce parce que vous êtes venus chez nous?"

Il y a enfin une terrifiante part de morbidité à vouloir ainsi marquer les consciences de nos jeunes enfants par l'atrocité des faits et des images pouvant traumatiser jusqu'à l'extrême sans conséquences pertinentes obligatoires de bonnes conséquences civiques.

Comment expliquer une telle impulsion  sinon peut être par le fait que son auteur  n'a pas vécu la défaite de 40, l'occupation, les hontes d'alors, la libération et ses dérives et que c'est sans doute le vertige de son propre trou de mémoire vivante  qui l'a saisi et conduit  à une telle inspiration, laquelle ne lui apporte - c'est manifeste quelques jours après, compte tenu des réactions enregistrées - aucun bénéfice politique. Illustration de la contradiction entre d'une part l'utilitarisme dont sait si bien faire preuve le politicien  et l'irrépressible besoin de l'homme (qui veut montrer ce qu'il est ) de faire ce qu'il croît personnellement bien, quel qu'en soit le prix.  Des accès de  sincérité mariée à la  ténacité de l'ambition ne constituent  d'ailleurs pas un phénomène   antipathique, mais il peut en naître des coktails dangereux  à bien des titres.

L'homme de ma génération qui avait six ans à la déclaration de guerre en 1939 n'a  lui pas le vertige , mais une mémoire partielle si vive - bien qu'il n'ait pas personnellement souffert d'atrocités - qu'il se permet de vous livrer ( et ce sera demain suivi de quelques autres "mémoires"  plus grinçantes) une petite fraction ci-dessous d'un texte non publié mais dont la connaissance a conduit à éduquer mes propres enfants et à les prémunir contre l'acceptation des remontées de barbaries d'où qu'elles viennent.

Paris, dans les années quarante

Je les entends
dans la terreur et dans les cris
les camions de cette nuit
où ils sont venus chercher dans mon quartier
les familles étoilées
et où ils ont emmené séparément
les hommes, les femmes et les enfants
Jacques mon ami
qui porte un nom de la Bible
tu avais les yeux globuleux
dans ton visage si intelligent
et je ne pouvais te voir
sans penser à cette histoire
je me battais pour toi dans la cour de l'école
lorsque nos camarades ricanaient ton nom
ton nom d'Ancien Testament

et j'entends encore dans la grande prison voisine
sous le ciel de Gentilly largant les bombes sur les usines
répondant au feu des pelotons d’exécution
enfler le chant des détenus
Le nom d’un avocat juif fusillé est celui de ma rue

Ton nom sonne aussi
comme un nom d'Israël
père Demaël
je veux. écrire pour toi
- j’écris pour tous et je veux être compris -
toi qui n'a connu ni le doute, ni la peur
tu renversais dans ta paume droite
au coeur de la chapelle dominicaine
un à un, jusqu'à l'angle plat
les doigts de ta main gauche
pour chaque preuve de l'existence de dieu
Un jour tu n'es pas revenu
fini le catéchisme
et l'on a su qu'on t'avait eu
je sens toujours la bure des robes blanches
et je vois ton index retourné jusqu'à l'exangue

Avant d'avoir eu la mort de ta foi
tu m'avais fait possédé de dieu
si fort que je voyais apparaitre Jésus lumineux
sur les murs de ma chambre
quand je faisais le soir
mes neuvaines éternelles
pour que mon père revienne

Il est apparu un soir sur le quai d’une gare
par le convoi des typhiques et des fous
dont il était l'un des infirmiers
beau, fort et blême
comme je le revis trente ans plus tard
dans son état extrême

Je t’avais tant rêvé mon père, tendresse et stature
que je n’ai pas compris
il avait du t’arriver quelque chose
quelque chose de terrible
là bas en Silésie ou bien sur le Neckar
quelque chose dont tu ne racontais que des parties

Il te restait ta force et ta chance de vie, la chance, quand tu livrais la Résistance,  de passer avec ton cyanure, entre deux hommes qu’avant et après toi, la police contrôle, de bien connaître le parc Montsouris pour échapper à la gestapo, d’avoir couru tous les métros et fait Paris Brest à bicyclette pour filer comme un dard de couloirs en goguettes. Comme le Kiki - ton copain du milieu qui avait quand même choisi le bon côté - qu’était tatoué aux coins des yeux, tu t’es sorti de bien des coups, mais t’en avais pris un sur la tête : jamais tu n'as été celui que j'avais connu petit enfant et tu es mort avec tes secrets.

De l’écolier prodige à tes extraodinaires cahiers d’Histoire que j’ai gardés, mon père - Michelet assassiné - du play boy des années trente dont j’ai les photos glacées, avec quelques bretteurs célèbres - qui m’ont parrainé et oublié - tu m’es resté en mémoire associé à l’ambiguité de l’un d’entr’eux : le père de Modiano qui avait laissé à ta propre mère  une malle de mystères lorsqu’il était dans la clandestinité, avant d’en venir à la fortune, dans un appartement quai Conti dans les années cinquante; il m'avait, alors en vain, voulu faire guider son fils à Sc. Po avant que celui-ci ne devienne un romancier célébre, obsédé lui aussi par les fantômes de  l’occupation et par celui du père.



Dimanche 17 février 2008 7 17 /02 /2008 10:14
- Publié dans : histoire et societe
Par Gérard Bélorgey - Voir les 0 commentaires

"Tout ce que vous avez  toujours voulu savoir sur la Chine sans jamais oser le demander", Le N° spécial du Point plaisante ! La plaisanterie est payante puisque le N° spécial  "Chine" envahit la France : la publication deux jours  introuvable en kiosque,  est en fait un joli tour de prestidigitation. Derrière de très attractifs titres, photos et articles, on n'appprend rien de précis : la confirmation d'un spectaculaire phénomène tour à tour épouvantable et remarquable.

  Or, l'essentiel, bien sûr un peu évoqué ici et là, n'est nulle part mis en exergue de telle sorte qu'il n'y a aucune représentation globale éloquente de la "démesure"  chinoise et de ses implications aujourd'hui et dans les une à trois  décennies à venir

Que seraient ces éléments essentiels ( que l'on ne trouve pas en clair)  à faire apparaître  :
- quel est le niveau des pouvoirs d'achat des masses en Chine ?
- de quels services sociaux et publics disposent-elles ? 
- quelles sont les parts de l'expansion fondées respectivement sur les marchés internes et les marchés d'exportation ?
- que s'est-il politiquement passé dans les récentes années et comment fonctionne le pouvoir?

Certes l'interview du sinologue Jean-Luc Domenach nous apporte , mais dans un total "à peu près", et sans aucune référence  statistique labellisée, des indications de tendances  plus ou moins contradictoires entre elles  : 
- il n'y aurait  plus qu'"un pauvre" sur dix Chinois   (définition du "pauvre"?), alors que  "les conditionds de vie des travailleurs de base , c'est un scandale épouvantable" (salaires minimaux et lois sociales non appliquées, et on indique ailleurs  230 millions d'immigrés internes sans identité), que les salariés font face au mieux aux patrons en faisant mouvement des lieux mal payés aux lieux mieux payés, un pays  où l'augmentation des salaires  (partout ?) serait de 15 à 20% l'an, et où l' on fait déjà appel aux réserves de main d'oeuvre misérable  ou étrangère ( "les Noirs font la plonge dans les g;rands centres de réception), tandis que systèmes de santé et d'éducation (de plus en plus privé)  seraient "déglingués" et en déconfiture (comment?)

- la Chine a réussi son auto satisfaction alimentaire ( mais il y a encore des fonds de province dans un état inimaginabble), cherche partout son avenir de pétrole, est menacée d'inflation  bien que les couches de population un peu bénéficiaires du système ( ces middle class fascinées par l'Occident consumériste et avides des  compétitiond de toute nature) redoutant que le miracle capote  épargnent à haute dose et cherchent des garanties d'avenir ou  de carrière à l'étranger.

- le nombre des victimes du système a "immensément diminué" après toutes les souffrances et les millions de sacrifiés des étapes folles et contradictoires  du maoisme et de ses avatars , le goulag ayant été dilminué par deux...sans parler de ces centres de production ( 200.000 personnes dans  l'usine de fabrication de l'électronique grand public où le régime doit avoir de telles parentés avec  celui d'un camp de travail qu'on ne peut même pas s'en approcher, les employés semblant rester néanmoins libres de partir et d'être, sans doute alors,  sans emploi ailleurs).

Questions de synthèse, bien liées entre elles

- sous quel délai le marché intérieur pourrait-il significativement relayer l'export ?
- sous quel délai les conditions sociales et de services publics pourraient-elles être un peu comparables à celles de l'Europe? 
- la notion de convergence a-t-elle d'ailleurs un sens ?
- sous quel délai des mouvements de salariés et populaires pourraient-ils - aussi inspirés soient-ils par la dureté de leur situation et ausi réprimés soient-ils par les pouvoirs - conquérir des changements,  alors que J.L. Dompenach nous dit - ce qui est stupéfiant - que "le peuple chinois a une capacité de bêtise insondable", bêtise productive puisque cela lui a permis de gagner la paix, un peu de confort et de consommation : "une main d'oeuvre d'esclaves mais avec téléphone portable"   ne sachant si cela durera. Et, il vaudrait mieux pour tout le monde - à des yeux tels que les miens du moins, que cela ne dure pas ainsi,  puisque c'est aujourd'hui  "le pire du communisme +le pire du capitalisme", ce dont bénéficient tous les exploiteurs de la planète, y compris ces Français qui négocient dur avec les patrons Chinois pour faire travailler leur main d'oeuvre au moindre prix.

En bref les journalistes font leur travail de réaliser des pages alléchantes, mais les spécialistes ne savent apparemment pas nous aider à trouver les clefs d'une stratégie économique mondiale devant se garder de l'envahissement par la Chine tout en en préservant les qualités traditionnelles reconnues ( le  courage émouvant d'un peuple brutalisé depuis des siècles par tous ses seigneurs de la guerre, par les illuminés de la révolution culturelle, puis par les timoniers de la compétition économique mondiale)   et en reconnaissant que ce peuple "n'est pas plus violent qu'un autre" ... ce qui conduit à se demander si la cruauté, pour le plaisir et pour le pouvoir,  comme technique établie de la puissance, est bien effacée des panoplies de la Chine ? Elle a donc magiquement  changé en vingt ans entre "Les grandes murailles" de Bodart et "Comprendre la Chine d'aujourd'hui" de Domenach.

La leçon à tirer de ce numéro spécial est de ne pas se laisser apprivoiser par l'espèce de facination dont il pare cet empire en nous inclinant à l'accepter comme partenaire normal tel qu'il est;  alors qu 'il ya bien des chemins à parcourir, des négociations à conduire, des changements fondamentaux à provoqer pour qu'il le devienne en respectant les droits de l'homme non seulement dans la cité, mais fondamentalement au travail.  Aujourd'hui, comme ailleurs certainement, mais avec démesure, "l'homme y est un loup pour l'homme", nous rappelle Domenach en indiquant qu'on préfère désormais se l'avouer sous la pratique capitaliste plutôt que le cacher.comme auparavant  sous l'idéologie communiste. C'est ce cynisme ( il n'y a pas de terme analogue pour parler des loups, mais les chiens peuvent être pires et tous les esclaves le savent) que nous allons valider par la sacralisation qu'apportent les jeux olympiques : l'addition fantasmagorique des invasions du business de la Chine et des invasions du businesse du sport .

Le monde entier va apporter au système quelque chose comme la même absolution que celle dont avait bénéficié un moment l'Allemagne de Hitler lorsque la propagande nazie put monter sur les podiums d'alors , comme TINA ( "there is no alternative") va monter sur les podiums de Chine :  la déïfication du  libre échange entre pays profondément  inégaux et disparates dans leurs coûts, dans leurs niveaux sociaux et dans leurs valeurs.





Jeudi 27 décembre 2007 4 27 /12 /2007 11:49
- Publié dans : histoire et societe
Par Gérard Bélorgey - Voir les 0 commentaires

Nous parlions d "outils intellectuels"

en voici d'autres, un peu démodés en apparence, mais vraiment très efficaces si l'on veut s'en servir :
- Albert O. Hirschman, Fayard 1991 : "deux siècles de rhétorique réactionnaire", ou comment aider à comprendre de quelles manières on essaie aujourd'hui de rémiser notre  "modèle social" qui appelle bien des retouches, mais qui cristallise surtout la haine de la "rhétorique réactionnaire", comme l'aversion de la nouvelle droite  qui en est à sa deuxième version et de la  nouvelle gauche qui doit en être à son quatrième avatar et son...premier leader people ?

- Le Nouvel Esprit du capitalisme de Luc Boltanski.  nrf, essai 200?, ou la manière de voir dont mai 1968 notamment   a été récupéré par le libéralisme...

mieux comment le libéralisme sous le couvert du "libertalisme" a engendré ce qui ( mais ce n'est pas, de manière bien certaine,  la thèse de l'auteur) reste,  à mes yeux,  l'imposture de mai 68. 
 

Les spermatozoïdes de ce mouvement bourgeois et gauchiste, ayant trouvé une alliance de hasard avec ce qui restait de la classe ouvrière ( début des baisses d'emplois et de perte de pouvoir d"acchat)   ont été  représentants et complices dans tous les camps, se poussant  partout  devant et aux commandes de l'expression et de la com. ( medias, business, affaires publiques, partis, technologies) pour éliminer, étouffer ceux qui les précédaient  et dont un certain nombre voulaient quand même changer le monde tandis que la  génération de 68 a  surtout voulu changer les moeurs et les esprits et y a réussi pour son plus grand bénéfice  et pour nos plus graves problèmes.
Vendredi 14 décembre 2007 5 14 /12 /2007 22:52
- Publié dans : histoire et societe
Par Gérard Bélorgey - Voir les 0 commentaires
Pour que vous ne jetiez pas avec le bain sanglant du communisme, ces bébés bien vivants que sont
- l'utile irremplaçable outil intellectuel du marxisme ( auquel j'ai été formé par Victor Faye)
- et le légitime espoir que pourrait encore porter un projet socialiste dans un monde réveillé ( d'un programme réaliste,  bientôt j'essaierai de vous donner de grands traits)

voilà deux réflexions à ne pas manquer

- in Marianne ( semaine du 29 septembre  au 5 octobre)-, un court papier que j'avais oublié de signaler  : "Marx n'est pas mort", par Yvon Quiniou
- et dans l'Humanité du 6 decembre, de Lucien Sève sa "Contribution personnelle à la préparation de l’Assemblée extraordinaire des 8 et 9 décembre 2007". 
Vendredi 14 décembre 2007 5 14 /12 /2007 21:56
- Publié dans : histoire et societe
Par Gérard Bélorgey - Voir les 0 commentaires
Nous ne ferons pas le numéro spécial de l'Express "Objectif terre", ni le film d'Al Gore; mais aux débuts des prises de conscience,  échos des atteintes à l'environnement dans la banlieue sud de Paris, avec ces extraits des "Bullesd'Histoire" sur l'arrondissement  et les esquimaux de Palaiseau...


 L'IMPASSE - 1970-73




L'un des nouveaux arrondissements engendrés par le découpage de la région parisienne - celui de Palaiseau - au sud de Paris, en Essonne, est la circonscription des déchets, des nuisances, des servitudes. Des voies rapides quadrillent peu à peu ces espaces totalement mités. Partout, prospèrent dépôts d'ordures, reliefs de bidonvilles, carcasses de voitures, carrières et décharges, chantiers aux accès défoncés dans les boues éternelles, circulations embrouillées sous les nappes des lignes électriques à haute tension. Les cîmes des champs de pylônes qui les portent sont balisées de rouge: pour l'information du trafic aérien. Car d'autres malédictions viennent du ciel : depuis les aéroports, ces lignes d'envols que, selon leur influence, les grands élus essaient de faire déplacer de quelques degrés pour que les rugissements des réacteurs se répètent moins au dessus de leurs agglomérations préférées.


L'autorité publique se trouve couramment placée devant un bel enchaînement bien rémunérateur pour des audacieux : défricher sans titre, ouvrir une carrière de sablon, remplir le trou par une décharge sauvage, commencer à construire sans permis sur les déchets compactés. La plupart du temps, on régularise. Parce qu'on ne dispose d'aucune procédure énergique et rapide pour remettre de l'ordre. Devant les faits accomplis des particuliers, seules ce qu'on appelle des "voies de fait" de l'administration pourrait faire la balance. De grandes opérations immobilières, tout à fait licites, relaient ces bricolages : en bande ou en hauteur, en long ou en large, en briques ou en parpaings, en fausses ardoises, en tuiles industrielles ou en terrasses béton. Elles ont peu à peu encerclé ou recouvert les terrains des gens du voyage, les maisonnettes de quelques ermites amoureux des bistrots d'alentour dont celle du poète Paul Fort qui vécut dans un cabanon au milieu des gaulis, ainsi que ces pavillons faisant les petits bonheurs de tant de retraités.


Au milieu de la large tranchée d'une autoroute, sur un petit oppidum en forme de grosse cheminée, il en reste un, posé sur ce tertre, cerné comme d'immenses douves où s'activent des engins. Le vieil exproprié n'a pas voulu partir. Derrière les volets qu'il a tant aimé peindre autrefois, il attend, avec son fusil de chasse, le procureur, les ingénieurs, les gendarmes. Il ne tirera pas et ils le recueilleront dans sa crise de larmes. Mais, dans cet immeuble à deux pas des pistes, l'homme qui retenait ses enfants en otage parce que sa femme l'a quitté, a fait usage de son arme. En manquant les pompiers surgissant de la fenêtre à laquelle ils avaient appuyé l'échelle d'intervention. La mère ne voulait pas revenir parce qu'il n'avait pas assez d'argent pour aller habiter ailleurs que sous les ailes des avions.


Dans le jargon des urbanistes, on est en "zone interstitielle" : là où la capitale ne doit pas progresser par dilatation concentrique, mais trop près pour que soient implantés les pôles organisateurs des villes nouvelles. Or la nature a horreur du vide; les géomètres, les lotisseurs, la plupart des maires, les sociétés immobilières aussi. Chacun rêve de vendre son sol dix fois, vingt fois le prix de la terre agricole ou de jardinet. En doigt de gant le long des routes, par éclatement des noyaux villageois, par métastases des bourgs, par descentes de coulées dans les labours, par génération spontanée en plein champ, les constructions - collectives, individuelles, pavillonnaires - pullulent sur des terrains que valorisent les nouveaux axes routiers et tous ces équipements que les collectivités publiques créent pour satisfaire les besoins des arrivants. Mais ce réseau de services, à son tour, attire de nouvelles vagues de constructions et d'habitants pour lesquels il sera vite insuffisant.


Pour en financer la suite, on fait appel aux contributions des promoteurs aux équipements publics. Ainsi appelle-t-on des versements de fonds destinés à la réalisation des dessertes, des égouts, des écoles, des collèges, des crèches, des terrains de sport, des maisons des jeunes, des dispensaires. Ces contributions sont la condition des permis de construire, ce qui suscite chaque fois d'âpres et tenaces négociations. Chaque fois que j'ai mis un promoteur dehors par la porte, il revenait bientôt par la fenêtre. Répercutées par les constructeurs, les charges correspondant à ces contributions viennent, en plus des fiscalités locales qui montent en flèche, peser sur les coûts de location ou d'acquisition que supportent les nouveaux habitants. Les concepteurs de plans d'urbanisme s'essoufflent à ne pouvoir précéder la vague de l'argent, des besoins et de la vie.


Puisque cette zone intermédiaire est envahie et désorganisée par des constructions progressant plus vite que dans les villes nouvelles, on cherche à guérir la fièvre par des abcès de fixation : après les grandes Z.U.P., les Z.A.C. ambitieuses, les prometteuses Z.I. et Z.A., les organismes d'aménagement lancent, sur les plateaux, le long des vieilles nationales et des nouvelles autoroutes, de micro villes nouvelles. Le prix du sol demandé aux constructeurs incorpore les coûts des aménagements fonciers et des équipements publics. Les constructeurs sociaux peuvent acheter à prix bonifié. Les promoteurs qui payent au prix de revient se rattrapent en diminuant la qualité des constructions. Les HLM n'ont plus guère à envier au "résidentiel" .


Moins que des villes, mieux que des grands ensembles, des pôles urbains sortent de terre, auxquels de maigres verdures promettent, si on les entretient, un meilleur avenir qu'un univers de détritus. Pourtant ceux-ci sont partout. Depuis les aires de livraisons des grandes surfaces, par les poubelles surchargées ou par les négligences des consommateurs, ils courent sur les aires de jeux, les places, le long des voies, à l'entrée des immeubles, dans ce qui reste de sous-bois. Ils ajoutent des notes de pop-art au paysage typique qu'engendre, dans les zones d'accès, le large clavier des sécrétions urbaines : poteaux électriques et téléphoniques, réseaux de câbles suspendus, logos de signalisation routière, feux de circulation, voies automobiles bordées de plots crasseux, séparées par d'infranchissables glissières, s'enfournant à quelques carrefours sous des trémies aux gueules décorées d'informations pour la sécurité, affiches et panneaux publicitaires, ponts routiers à hauteur des étages noircis des maisons, enseignes commerciales de toutes couleurs et dimensions, forêt d'antennes, palissades et clôtures de tous les goûts, constructions hétérogènes, murs aveugles et tagués, incessants travaux de voirie, véhicules sur parkings ou en désordre, vitrines racoleuses, stations service, supermarchés, brico et garden centers, bouts de terrains en friche, dépôts de matériaux, engins en rade, séries successives d'éclairages routiers ou municipaux en compétition créatrice mettant, au crépuscule, en valeur la hideur de ces chaos parmi les bourbiers ou entre les peaux de chagrin des pelouses grêlées dont chaque brin, comme chaque ride du sol, retient quelque ordure. Après Trénet, il ne faut plus chanter "Nationale 7", mais pleurer Nationale 10.


Traditions et chansons se maintiennent pourtant : de la foire aux haricots d'Arpajon aux refrains préférés du Président Poher. Il avait été, en Seine et Oise, le conseiller général de l'ancien canton de Longjumeau. Il se plaisait, malgré les sectionnements administratifs, à toujours en réunir les maires. C'est en cette circonstance qu'il chantait :

"Ah qu'il était beau

le postillon de Longjumeau".

que tous entonnaient alors en choeur.


J'ai bien aimé cette reprise, comme quitus donné par mes convives, lors d'un déjeuner au cours duquel mon chien tapi sous la table bondit soudainement dans les jambes du serveur dont le plat de riz safrané s'éparpilla sur tous les invités.


C'était dans cette sous-préfecture qui venait d'être créée. Elle fut d'abord installée dans un préfabriqué qu'il fallut retenir par des filins d'acier à compter du jour où il a commencé à glisser en contrebas dans le chantier d'une autoroute. Celle-ci a mangé une partie du parc. Parce qu'il y avait aussi un parc. Il entoure la maison du dix-huitième qu'on appelait "une folie" quand elle fut construite, il y a près de deux siècles, au milieu des champs et des bois. L'État l'a acquise lors de la création du nouveau département en échange des dettes fiscales d'un professeur de médecine réputé dont elle était la propriété. On a fini par construire de nouveaux bureaux au fond, derrière ce qui reste de frondaisons. L'accès public a lieu par une voie de la vieille ville qui s'achève à la grille administrative.


Aussi sous le panneau "sous-préfecture", il y a-t-il un autre panneau:"impasse".



- LES ESQUIMAUX DE PALAISEAU - 1973


Un expert de sociologie électorale entreprit, sans l'achever, un mémoire établissant une liaison entre la densité des composantes de la laideur péri-urbaine et l'importance des votes contestataires. On n'avait pas besoin de cela pour comprendre.


Largement inspiré par quelques privilégiés ayant encore pu entretenir leurs valeurs parce qu'ils vivaient dans de rares espaces sauvegardés, un mouvement vert très ramifié s'enrichissait de tous les stress, de tous les mécontentements : ceux des locataires surpris de leurs charges, ceux des acquéreurs découvrant ce pourquoi ils s'étaient endettés à vie, ceux des parents qui ne trouvaient pas de place pour leurs enfants à la rentrée scolaire, sauf lorsque des entrepreneurs avaient accepté d'anticiper les constructions de classes sur la délégation des budgets, ceux des résidents du sud qui devaient pour aller travailler au nord, à l'est ou à l'ouest, faire des heures de bouchons ou changer deux fois de trains bondés, ceux des habitants de ce très grand ensemble où il n'y avait même pas de poste de police et où il fallut qu'une compagnie de C.R.S. disperse des manifestants qui réclamaient un commissariat en scandant pour les forces de l'ordre qui les chargeaient : "oui, oui, venez ici ! mais restez-y ! restez-y !".


C'est aussi parce que l'orée de la vallée de Chevreuse est alors atteinte par la vague d'urbanisation que l'écologie y a un tel succès.


Les esprits critiques et naturellement "révolutionnaires" des chercheurs et étudiants de la Faculté des sciences d'Orsay, immergée dans le gâchis de cet environnement, entretinrent d'autant plus le mouvement que le gouvernement annonçait son intention de faire venir sur le plateau d'en face, avec Polytechnique, toutes les grandes écoles scientifiques de Paris. La Silicon Valley française devrait respecter la nature.


Le premier grand orateur qu'ils firent venir dans le vaste cinéma d'un vieux coeur de ville n'était pas là pour aborder cette question par le petit bout de la lorgnette des lotissements, des ordures, des impôts, des transports et des bourbiers. Il raisonnait à l'échelle du globe, de notre terre qui est ronde. Et parce qu'elle est ronde et qu'elle tourne, elle entretient un mouvement giratoire. Ce mouvement giratoire a un très grave effet. Le recours dément que les hommes font aux désinfectants et insecticides a entraîné une fantastique consommation de D.D.T. et la giration du globe concentre ce poison sur les pôles. Les pôles sont le lieu du globe le plus infecté de D.T.T.. Sur ces pôles poussent des lichens qui absorbent des quantités considérables de DTT. Les rennes, ces animaux vivant sur les pôles, ont pour principale nourriture ces lichens. C'est dire combien les pauvres rennes concentrent dans leurs corps de DTT. Et, au bout de la chaîne phagique, les Esquimaux, ces pauvres Esquimaux qui boivent le lait des rennes, s'enveloppent de leur peau et qui, horreur, mangent de la chair de renne, sont les hommes du monde les plus imprégnés de cette poudre mortelle.


A la tribune, l'un des organisateurs - qui n'avait pas monté cette réunion pour ces considérations planétaires, mais pour faire avancer les problèmes précis d'aménagement du canton et ses propres chances électorales - interrompit le professeur.


« Si vous le permettez, j'en conclurai vite qu'il ne faut surtout pas - même dans un cinéma - manger d'esquimaux. »

Mercredi 27 décembre 2006 3 27 /12 /2006 17:09
- Publié dans : histoire et societe
Par Gérard Bélorgey - Voir les 0 commentaires
Créer un blog gratuit sur OverBlog - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés