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POURQUOI CE BLOG



L'objet de ce site est de baliser par quelques souvenirs éloquents l'histoire récente et de faire contribuer ces expériences, par des commentaires d'actualité, à éclairer et choisir les changements, en s'interrogeant sur les propositions des politiques et les analyses des essaiystes. Par ailleurs, à côté des problèmes de société (parfois traités de manière si impertinente que la rubrique "hors des clous"a été conçue pour les accueillir), place a été faite à "l'évasion" avec des incursions dans la peinture, le tourisme, la littérature,  des chansons, ce qui constitue aussi des aperçus sur l'histoire vécue.

 

Identité de l’auteur
vous pouvez lui écrire à <gerard.belorgey@wanadoo.fr>


Né en 1933, appartenant à la génération dont l'enfance a été marquée par la deuxième guerre mondiale, l'occupation et la Résistance, l'adolescence par la Libération, la guerre froide, puis par de clairvoyants engagements pour les décolonisations, l'auteur a ensuite partagé sa vie professionnelle entre le service public (il a notamment été préfet, délégué à l’emploi, directeur des affaires économiques de l’outre-mer, président de la chaîne de radio-télévision, RFO), l'enseignement et la publication d’ouvrages de sciences politiques (il est aujourd’hui membre du comité de rédaction et
collaborateur régulier de la "Revue Politique et Parlementaire"). Il a également assumé des missions dans de grandes entreprises en restructuration (Boussac, Usinor/Sacilor), puis a été conseil d’organismes professionnels.


Alors que ses condisciples ont été en particulier Michel Rocard et Jacques Chirac (il a partagé la jeunesse militante du premier dans les années cinquante et fait entrer le second à Matignon dans les années 60, avant d'être son premier collaborateur à l’Emploi, pour la négociation de Grenelle et au secrétariat d’Etat aux Finances, il n'a suivi ni l'un, ni l'autre dans leurs itinéraires. En effet, dans le domaine politique, comme il ressort de ses publications (cf. infra), Gérard Bélorgey n’a rallié ni la vulgate de la Veme république sur les bienfaits de l’alternance entre partis dominants, ni les tenants du catéchisme du libre-échange mondial. Il ne se résigne donc pas à TINA ("there is no alternative" au libéralisme). Tout en reconnaissant les apports autant que les limites de ceux qui ont été aux affaires et avec lesquels il a travaillé, il ne se résigne pas non plus à trouver satisfaction dans tel ou tel programme de camp. Mesurant combien notre société multiculturelle, injuste et caricaturalement mondialisée, souffre aussi bien des impasses de l’angélisme que des progrès de l’inégalité et des dangers de l’autoritarisme, il voudrait contribuer à un réalisme sans démagogie.

Partie de ses archives est déposée dans les Fonds d'Histoire contemporaine de la Fondation des Sciences Poltiques (http://centre-histoire.sciences-po.fr/archives/index.html)

Il a écrit et existé sous d'autres noms que celui sous lequel il a signé des ouvrages fondamentaux que furent "le gouvernement et l'administration de la France" ( 1967), "la France décentralisée" ( 1984), "Les Dom-Tom" (1994)  : le peuso de Serge Adour correspond à l'époque de la guerre d'Algérie et à une grande série de papiers dans Le Monde en  1957 , celui d'Olivier Memling à l'écriture du recueil de poèmes "Sablier " (couronné en 1980 par l'Académie Française et référé  dans l'histoire littéraire du XXeme Siècle de Hachette) et aux chansons qui en sont issues, celui de  Gérard Olivier à son analyse dans de  grands quotidiens de la décentralisation en 1981/82; celui de Solon  (malheureusement partagée par erreur avec d'autres auteurs) à la publication en 1988 de "la démocratie absolue" . Cessant de vivre un peu masqué, il retrouve son nom en 1998 pour "Trois Illusions qui nous gouvernent", puis à compter de 2000 pour "Bulles d'Histoire et autres contes vrais " (série de coups de projecteurs sur notre monde  qui seront souvent repris ci-dessous), ainsi que pour de  nombreux articles dans  diverses revues. En 2009, son récit "la course de printemps" revient sur la guerre d'Algérie.

histoire et societe

En ce soir ou la 2 doit nous donner un "documentaire-fiction" et au lendemain du jour où j'ai parlé de Kiki, le copain de mon père, voici une petite contribution à l'évocation de ce temps, précédée d'un assez cocasse-amer souvenir d'une étape de l'exode.  

Ces textes sont extraits de "Bulles d'Histoire et Autres contes vrais", ouvrage disponible sur Alpage.com. Sur la même époque , ce blog a déjà publié  l'année dernière  et vous pouvez retrouver aisément  cette courte bulle,  "Tap Tap et Bilili" : un petit couple d'enfants  dans les jeux, les peurs et les privations de l'occupation.

Demain, il y aura de nouvelles contributions...


NOS PAUV'COCHONS  - 1940



Elle était originaire de l'Est. Sa jeunesse avait été baignée des histoires de Huns et de uhlans pillant les terres de ses ancêtres, saccageant, violant, martyrisant. Lorsqu'advint l'invasion allemande de quarante, elle ne savait rien des nazis, mais elle était terrorisée par le souvenir des casques à pointes. Son mari mobilisé, elle ne pensa qu'à faire échapper son enfant aux risques légendaires de tuerie. Elle l'embarqua dans la petite Peugeot  du temps sur les routes de l'exode. Ils échappèrent aux bombardements, pas aux encombrements. Marchant au sud, ils réussirent néanmoins à gagner la Bourgogne. Aux rebord du Morvan, ils entrèrent dans un pays de vallonnements et de bestiaux, celui de la famille paternelle de son fils. Depuis que le grand-père avait fait partie des cohortes d'émigrés ruraux venus chercher pitance à Paris, il devait rester quelques grands oncles et arrière-cousins : dans des fermes humides et sévères dont elle avait récupéré les adresses auprès de son mari au front.

Ils accueillirent la Parisienne et son rejeton avec devoir et défiance.  Leur premier soin fut de lui trouver, à prix d'or,  un garagiste pour bricoler la voiture fatiguée afin qu'elle puisse repartir. Ils ne voulaient pas s'encombrer de deux bouches à nourrir, ni de la compagnie de cette dame qui avait peur des bêtes, qui regardait le fumier avec dégoût et  qui voulait maladroitement aider pour tout. Ma mère elle-même -  qui suivait à la T.S.F. l'avance allemande - piétinait pour reprendre sa fuite. Mais nous n'avions plus guère de provisions. Avant le départ elle proposa d'acheter  des pommes de terre. Je verrai toujours la scène, la vieille cousine, ses mains ridées croisées sur son tablier gris à motifs usés de fleurs fondues, entre le tas de pommes de terre et la resserre aux cochons, lui disant, sincèrement navrée : 

« Cousine, on voudrait ben vous en vendre des pommes de terre; mais je ne sais pas si on en aura assez pour nos pov' cochons pendant l'hiver ». 


KIKI DE LA COLONIE /1940-47


On l'appelait Kiki. C'était un copain de stalag de mon père. Ma mère l'aimait bien. En effet, l'administration allemande des prisonniers de guerre avait un dispositif simple : pour écrire à un soldat  en captivité, il fallait disposer d'un formulaire. Ce formulaire était joint à celui que le prisonnier devait utiliser pour écrire à sa famille. Pour correspondre avec un stalag,  il fallait donc avoir reçu une lettre en provenant. Or Kiki n'écrivait jamais à sa femme, mais à ma mère qui disposait ainsi d'un formulaire retour pour écrire à mon père sous l'apparence d'écrire à Kiki. Celui-ci couvrait de n'importe quoi le feuillet qu'il lui adressait pro forma. Il s'amusait même, pour tromper la censure, à des bêtises du type "autrefois je gardais les vaches; maintenant c'est le contraire". L'important c'était le papier de réponse. Je revois ce papier à lettres, légèrement gris et glacé, plié en trois avec une patte à passer dans une fente pour fermer le pli sans le coller et permettre aux censeurs d'en contrôler le contenu. Peut-être que joué par d'autres, ce chassé croisé aurait pu entraîner comme un adultère épistolaire : le copain du stalag  aurait pu tenter de séduire par ses missives la destinataire. Ce monde était trop sérieux, trop tendu pour s'amuser à de telles licences et, surtout, Kiki était "régulier" , comme on disait alors dans le milieu.

C'est parce qu'il en était, comme on le comprit tout de suite, qu'il pouvait faire comme ça : sa "femme", au sens du milieu d'avant-guerre, elle n'avait pas besoin de recevoir de lettres; elle n'avait qu'à bien se tenir et faire plaisir à son homme. Et ce qui faisait plaisir à Kiki, c'était de faire plaisir à son pote,  mon père. Quand même, en contrepartie des courriers envoyés chez nous, on passait donner des nouvelles à sa femme; peut-être était-ce d'ailleurs aussi ce qu'il voulait : lier ces deux foyers. Il avait suffi de la voir une fois pour comprendre. Elle était belle, fardée et bossue, le regard noir brillant, mouillé quand on parlait de lui. Elle avait évidemment fait tout ce qui fallait pour le garder et, comme dans la chanson, elle "ferait n'importe quoi", qu'il soit plein aux as ou dans la dèche. Il pouvait tout lui demander. En attendant, elle gardait un bout de maison pour le moment où il ne serait plus ni prisonnier, ni en cavale. Elle tenait une conciergerie de dispensaire rue de la Colonie dans le XIIIème. Je me rappelle un long visage aux hautes pommettes anguleuses, très maquillé, éclairé par des yeux ardents, sous une souple chevelure brune et des corsages de soie crème dont les dos n'effaçaient pas la bosse, des mains longues aux ongles toujours faits en rouge éclatant, une peau de lait, des bas fumés - le luxe d'alors - avec une couture remontant des chevilles fines au long revers des jambes musclées, des chaussures à épais talons de bois et auxquelles ressemblent un peu celles à semelles compensées mises à la mode dans les années quatre vingt dix sept, quatre vingt dix huit. Elle avait une fille, Monique, treize ans sans doute, délurée et espiègle qui me coursait dans le jardin du dispensaire pour savoir comment j'étais fait à dix  ans.

Kiki est revenu avant mon père. Il avait l'habitude des prisons et, sans doute, d'en sortir avant terme :  il s'était évadé dès 42. Mon père n'est revenu que fin 43. Infirmier des fous et des typhiques, il avait raccompagné en France un convoi par lequel les Allemands se délestaient des prisonniers contrôlés par la Croix Rouge, qu'ils ne pouvaient ni utiliser, ni exterminer. Dès que Kiki est rentré, il nous a fascinés et il nous a nourris. Petit, maigre, nerveux, drôle, il plissait toujours des yeux, ce qui cachait alors les traits bleus sombres des deux tatouages qu'il avait à l'angle externe des paupières. Il nous a apporté à manger pour compléter les oeufs en poudre du rationnement , les topinambours ou rutabagas qu'on essayait de faire pousser sur la fenêtre et l'andouillette mensuelle qu'on parvenait à obtenir en allant la chercher à la Villette parce que mon grand père paternel avait été autrefois garçon boucher. Bien sûr c'était des produits de marché noir que Kiki nous donnait. Mais il ne voulait jamais d'argent. L'argent, il semblait qu'il en avait et qu'il le répandait. Sa femme a arboré des bijoux, sa fille de nouvelles robes et le petit studio derrière la loge de la rue de la Colonie s'est enrichi de lampes atroces en modern style, d'un bar avec du cuivre et d'un shaker pour les cocktails. Mais lui n'y apparaissait guère, sauf, de temps en temps pour un verre et un patin public à sa femme : il ne voulait être logé par personne.

Lorsque les deux hommes se sont retrouvés parisiens ensemble, ils se sont associés avec un troisième. Celui-ci était Théo, un grand roux charpenté comme une tour Eiffel, dit "double mètre", le visage de travers, un peu violet, l'oeil bleu sous le cran ondulé d'une mèche vermeille, un nez comme une faux, des mains comme des battoirs, bien sûr, et des pieds comme des péniches, séduisant toutes les voisines par le caractère irrésistible de ses dimensions et l'étrange douceur extrême de son accent d'Auvergne. Il était charpentier. Peut-être déséquilibré par sa grande taille, il se tuera, plus tard,  glissant d'un échafaudage à l'assaut d'une toiture. Le trio a dû monter des séries de coups : pour la Résistance ou pour le marché noir. En fait, le second couvrait la première. Un soir de pluie où nous avions été cherché mon père dans une petite entreprise du Marais - il travaillait dans les métaux précieux - il avait une valise : "des boîtes de lait concentré" . On a pris le métro. Il y avait à l'entrée des portillons un contrôle de police ou de gestapo. Vous savez les imperméables et les chapeaux. Ils ont arrêté l'homme qui nous précédait, puis la femme qui nous suivait. Peut être, malgré la valise, parce qu'on était en famille, est-on passé sans question. Arrivé à la maison, mon père a ouvert plusieurs boîtes de lait nestlé. Elles contenaient  des ampoules qu'il a réparties dans des doublures de vêtement. J'ai appris après que c'était des ampoules de cyanure. Mon père a fini par nous envoyer à la campagne avant la fin de l'occupation. J'ai su que pendant ces mois, à vélo, avec Kiki et Théo, ils ont sillonné Paris, puis participé aux combats du mois d'août 44. Quand on est rentré, on a demandé à revoir Kiki. Il est venu une fois chez nous dans le petit appartement du haut de la rue Broca. Le pote de mon père portait au doigt une bague avec un gros diamant, plus maigre et nerveux que jamais. Plus tard, mon père nous a fait comprendre qu'on ne le reverrait plus. Théo, un jour après boire, nous a dit - mais peut-on le croire ?- qu'il aurait été identifié parmi les hommes abattus ceux de la bande de Pierrot le fou.


Ps : sur ces périodes relire Déon ( les poneys sauvages) et Max Gall  (des rois sans visages)





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Lundi 18 février 2008 1 18 /02 /2008 18:10
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : histoire et societe - Ecrire un commentaire
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Parce que j'apprécie qu'un chef d'État dise haut et clair que l'École est faite pour apprendre les fondamentaux du français, du calcul, de l'histoire-géo, de l'instruction civique et de la morale,  du respect des maîtres  et de l'appartenance à une Nation, parce que j'apprécie aussi - au regard des médiocrités classiques de tant d'autres - certaines créativités du Président - malheureusement accompagnées de trop d'effets de surprises et de pugnacités  ( alors qu'il aurait du apprendre que l'on est souvent plus pertinent et efficace à plusieurs qu'en solitaire inspiré) -  je crois à l'inverse que la prescription faite à de très jeunes adolescents de parrainer leurs homologues martyrs des déportations est déplacée.

 

N'est-elle d'abord hors du champ de compétences de l'exécutif ? Celui-ci a charge de définir  la politique de la Nation, mais - pas plus que les préfets n'ont autorité sur les programmes pédagogiques, sur la déontologie médicale  ou sur l'inspection du travail -   non le contenu de cures d'Analyse collective par le biais de thérapeutiques à infliger aux plus vulnérables des membres de la  communauté, les enfants.

Il y a là, ensuite,  dans cette prescription, une part de culpabilisation (résultant du fait que des Français autant que des nazis sont responsables de ces martyrs Juifs )   d'autant plus étonnante qu'elle émane d'un homme ayant prêché contre les repentances et les culpabilités de toute nature. Ne voit-il d'ailleurs la contagion qu'un tel Traitement pourrait avoir  sur d'autres cas de responsabilité historique :  des esclavages d'hier à ceux d'aujourd'hui ? Que, par exemple, parrainer des enfants de sans-papier expulsables peut -être aussi regardé comme un devoir,  au nom même de la Traite des Noirs  et des  colonisations passées, des immigrés pouvant si souvent dire " si nous sommes ici, n'est-ce parce que vous êtes venus chez nous?"

Il y a enfin une terrifiante part de morbidité à vouloir ainsi marquer les consciences de nos jeunes enfants par l'atrocité des faits et des images pouvant traumatiser jusqu'à l'extrême sans conséquences pertinentes obligatoires de bonnes conséquences civiques.

Comment expliquer une telle impulsion  sinon peut être par le fait que son auteur  n'a pas vécu la défaite de 40, l'occupation, les hontes d'alors, la libération et ses dérives et que c'est sans doute le vertige de son propre trou de mémoire vivante  qui l'a saisi et conduit  à une telle inspiration, laquelle ne lui apporte - c'est manifeste quelques jours après, compte tenu des réactions enregistrées - aucun bénéfice politique. Illustration de la contradiction entre d'une part l'utilitarisme dont sait si bien faire preuve le politicien  et l'irrépressible besoin de l'homme (qui veut montrer ce qu'il est ) de faire ce qu'il croît personnellement bien, quel qu'en soit le prix.  Des accès de  sincérité mariée à la  ténacité de l'ambition ne constituent  d'ailleurs pas un phénomène   antipathique, mais il peut en naître des coktails dangereux  à bien des titres.

L'homme de ma génération qui avait six ans à la déclaration de guerre en 1939 n'a  lui pas le vertige , mais une mémoire partielle si vive - bien qu'il n'ait pas personnellement souffert d'atrocités - qu'il se permet de vous livrer ( et ce sera demain suivi de quelques autres "mémoires"  plus grinçantes) une petite fraction ci-dessous d'un texte non publié mais dont la connaissance a conduit à éduquer mes propres enfants et à les prémunir contre l'acceptation des remontées de barbaries d'où qu'elles viennent.

Paris, dans les années quarante

Je les entends
dans la terreur et dans les cris
les camions de cette nuit
où ils sont venus chercher dans mon quartier
les familles étoilées
et où ils ont emmené séparément
les hommes, les femmes et les enfants
Jacques mon ami
qui porte un nom de la Bible
tu avais les yeux globuleux
dans ton visage si intelligent
et je ne pouvais te voir
sans penser à cette histoire
je me battais pour toi dans la cour de l'école
lorsque nos camarades ricanaient ton nom
ton nom d'Ancien Testament

et j'entends encore dans la grande prison voisine
sous le ciel de Gentilly largant les bombes sur les usines
répondant au feu des pelotons d’exécution
enfler le chant des détenus
Le nom d’un avocat juif fusillé est celui de ma rue

Ton nom sonne aussi
comme un nom d'Israël
père Demaël
je veux. écrire pour toi
- j’écris pour tous et je veux être compris -
toi qui n'a connu ni le doute, ni la peur
tu renversais dans ta paume droite
au coeur de la chapelle dominicaine
un à un, jusqu'à l'angle plat
les doigts de ta main gauche
pour chaque preuve de l'existence de dieu
Un jour tu n'es pas revenu
fini le catéchisme
et l'on a su qu'on t'avait eu
je sens toujours la bure des robes blanches
et je vois ton index retourné jusqu'à l'exangue

Avant d'avoir eu la mort de ta foi
tu m'avais fait possédé de dieu
si fort que je voyais apparaitre Jésus lumineux
sur les murs de ma chambre
quand je faisais le soir
mes neuvaines éternelles
pour que mon père revienne

Il est apparu un soir sur le quai d’une gare
par le convoi des typhiques et des fous
dont il était l'un des infirmiers
beau, fort et blême
comme je le revis trente ans plus tard
dans son état extrême

Je t’avais tant rêvé mon père, tendresse et stature
que je n’ai pas compris
il avait du t’arriver quelque chose
quelque chose de terrible
là bas en Silésie ou bien sur le Neckar
quelque chose dont tu ne racontais que des parties

Il te restait ta force et ta chance de vie, la chance, quand tu livrais la Résistance,  de passer avec ton cyanure, entre deux hommes qu’avant et après toi, la police contrôle, de bien connaître le parc Montsouris pour échapper à la gestapo, d’avoir couru tous les métros et fait Paris Brest à bicyclette pour filer comme un dard de couloirs en goguettes. Comme le Kiki - ton copain du milieu qui avait quand même choisi le bon côté - qu’était tatoué aux coins des yeux, tu t’es sorti de bien des coups, mais t’en avais pris un sur la tête : jamais tu n'as été celui que j'avais connu petit enfant et tu es mort avec tes secrets.

De l’écolier prodige à tes extraodinaires cahiers d’Histoire que j’ai gardés, mon père - Michelet assassiné - du play boy des années trente dont j’ai les photos glacées, avec quelques bretteurs célèbres - qui m’ont parrainé et oublié - tu m’es resté en mémoire associé à l’ambiguité de l’un d’entr’eux : le père de Modiano qui avait laissé à ta propre mère  une malle de mystères lorsqu’il était dans la clandestinité, avant d’en venir à la fortune, dans un appartement quai Conti dans les années cinquante; il m'avait, alors en vain, voulu faire guider son fils à Sc. Po avant que celui-ci ne devienne un romancier célébre, obsédé lui aussi par les fantômes de  l’occupation et par celui du père.



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Dimanche 17 février 2008 7 17 /02 /2008 10:14
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : histoire et societe - Ecrire un commentaire
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"Tout ce que vous avez  toujours voulu savoir sur la Chine sans jamais oser le demander", Le N° spécial du Point plaisante ! La plaisanterie est payante puisque le N° spécial  "Chine" envahit la France : la publication deux jours  introuvable en kiosque,  est en fait un joli tour de prestidigitation. Derrière de très attractifs titres, photos et articles, on n'appprend rien de précis : la confirmation d'un spectaculaire phénomène tour à tour épouvantable et remarquable.

  Or, l'essentiel, bien sûr un peu évoqué ici et là, n'est nulle part mis en exergue de telle sorte qu'il n'y a aucune représentation globale éloquente de la "démesure"  chinoise et de ses implications aujourd'hui et dans les une à trois  décennies à venir

Que seraient ces éléments essentiels ( que l'on ne trouve pas en clair)  à faire apparaître  :
- quel est le niveau des pouvoirs d'achat des masses en Chine ?
- de quels services sociaux et publics disposent-elles ? 
- quelles sont les parts de l'expansion fondées respectivement sur les marchés internes et les marchés d'exportation ?
- que s'est-il politiquement passé dans les récentes années et comment fonctionne le pouvoir?

Certes l'interview du sinologue Jean-Luc Domenach nous apporte , mais dans un total "à peu près", et sans aucune référence  statistique labellisée, des indications de tendances  plus ou moins contradictoires entre elles  : 
- il n'y aurait  plus qu'"un pauvre" sur dix Chinois   (définition du "pauvre"?), alors que  "les conditionds de vie des travailleurs de base , c'est un scandale épouvantable" (salaires minimaux et lois sociales non appliquées, et on indique ailleurs  230 millions d'immigrés internes sans identité), que les salariés font face au mieux aux patrons en faisant mouvement des lieux mal payés aux lieux mieux payés, un pays  où l'augmentation des salaires  (partout ?) serait de 15 à 20% l'an, et où l' on fait déjà appel aux réserves de main d'oeuvre misérable  ou étrangère ( "les Noirs font la plonge dans les g;rands centres de réception), tandis que systèmes de santé et d'éducation (de plus en plus privé)  seraient "déglingués" et en déconfiture (comment?)

- la Chine a réussi son auto satisfaction alimentaire ( mais il y a encore des fonds de province dans un état inimaginabble), cherche partout son avenir de pétrole, est menacée d'inflation  bien que les couches de population un peu bénéficiaires du système ( ces middle class fascinées par l'Occident consumériste et avides des  compétitiond de toute nature) redoutant que le miracle capote  épargnent à haute dose et cherchent des garanties d'avenir ou  de carrière à l'étranger.

- le nombre des victimes du système a "immensément diminué" après toutes les souffrances et les millions de sacrifiés des étapes folles et contradictoires  du maoisme et de ses avatars , le goulag ayant été dilminué par deux...sans parler de ces centres de production ( 200.000 personnes dans  l'usine de fabrication de l'électronique grand public où le régime doit avoir de telles parentés avec  celui d'un camp de travail qu'on ne peut même pas s'en approcher, les employés semblant rester néanmoins libres de partir et d'être, sans doute alors,  sans emploi ailleurs).

Questions de synthèse, bien liées entre elles

- sous quel délai le marché intérieur pourrait-il significativement relayer l'export ?
- sous quel délai les conditions sociales et de services publics pourraient-elles être un peu comparables à celles de l'Europe? 
- la notion de convergence a-t-elle d'ailleurs un sens ?
- sous quel délai des mouvements de salariés et populaires pourraient-ils - aussi inspirés soient-ils par la dureté de leur situation et ausi réprimés soient-ils par les pouvoirs - conquérir des changements,  alors que J.L. Dompenach nous dit - ce qui est stupéfiant - que "le peuple chinois a une capacité de bêtise insondable", bêtise productive puisque cela lui a permis de gagner la paix, un peu de confort et de consommation : "une main d'oeuvre d'esclaves mais avec téléphone portable"   ne sachant si cela durera. Et, il vaudrait mieux pour tout le monde - à des yeux tels que les miens du moins, que cela ne dure pas ainsi,  puisque c'est aujourd'hui  "le pire du communisme +le pire du capitalisme", ce dont bénéficient tous les exploiteurs de la planète, y compris ces Français qui négocient dur avec les patrons Chinois pour faire travailler leur main d'oeuvre au moindre prix.

En bref les journalistes font leur travail de réaliser des pages alléchantes, mais les spécialistes ne savent apparemment pas nous aider à trouver les clefs d'une stratégie économique mondiale devant se garder de l'envahissement par la Chine tout en en préservant les qualités traditionnelles reconnues ( le  courage émouvant d'un peuple brutalisé depuis des siècles par tous ses seigneurs de la guerre, par les illuminés de la révolution culturelle, puis par les timoniers de la compétition économique mondiale)   et en reconnaissant que ce peuple "n'est pas plus violent qu'un autre" ... ce qui conduit à se demander si la cruauté, pour le plaisir et pour le pouvoir,  comme technique établie de la puissance, est bien effacée des panoplies de la Chine ? Elle a donc magiquement  changé en vingt ans entre "Les grandes murailles" de Bodart et "Comprendre la Chine d'aujourd'hui" de Domenach.

La leçon à tirer de ce numéro spécial est de ne pas se laisser apprivoiser par l'espèce de facination dont il pare cet empire en nous inclinant à l'accepter comme partenaire normal tel qu'il est;  alors qu 'il ya bien des chemins à parcourir, des négociations à conduire, des changements fondamentaux à provoqer pour qu'il le devienne en respectant les droits de l'homme non seulement dans la cité, mais fondamentalement au travail.  Aujourd'hui, comme ailleurs certainement, mais avec démesure, "l'homme y est un loup pour l'homme", nous rappelle Domenach en indiquant qu'on préfère désormais se l'avouer sous la pratique capitaliste plutôt que le cacher.comme auparavant  sous l'idéologie communiste. C'est ce cynisme ( il n'y a pas de terme analogue pour parler des loups, mais les chiens peuvent être pires et tous les esclaves le savent) que nous allons valider par la sacralisation qu'apportent les jeux olympiques : l'addition fantasmagorique des invasions du business de la Chine et des invasions du businesse du sport .

Le monde entier va apporter au système quelque chose comme la même absolution que celle dont avait bénéficié un moment l'Allemagne de Hitler lorsque la propagande nazie put monter sur les podiums d'alors , comme TINA ( "there is no alternative") va monter sur les podiums de Chine :  la déïfication du  libre échange entre pays profondément  inégaux et disparates dans leurs coûts, dans leurs niveaux sociaux et dans leurs valeurs.





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Jeudi 27 décembre 2007 4 27 /12 /2007 11:49
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : histoire et societe - Ecrire un commentaire
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Nous parlions d "outils intellectuels"

en voici d'autres, un peu démodés en apparence, mais vraiment très efficaces si l'on veut s'en servir :
- Albert O. Hirschman, Fayard 1991 : "deux siècles de rhétorique réactionnaire", ou comment aider à comprendre de quelles manières on essaie aujourd'hui de rémiser notre  "modèle social" qui appelle bien des retouches, mais qui cristallise surtout la haine de la "rhétorique réactionnaire", comme l'aversion de la nouvelle droite  qui en est à sa deuxième version et de la  nouvelle gauche qui doit en être à son quatrième avatar et son...premier leader people ?

- Le Nouvel Esprit du capitalisme de Luc Boltanski.  nrf, essai 200?, ou la manière de voir dont mai 1968 notamment   a été récupéré par le libéralisme...

mieux comment le libéralisme sous le couvert du "libertalisme" a engendré ce qui ( mais ce n'est pas, de manière bien certaine,  la thèse de l'auteur) reste,  à mes yeux,  l'imposture de mai 68. 
 

Les spermatozoïdes de ce mouvement bourgeois et gauchiste, ayant trouvé une alliance de hasard avec ce qui restait de la classe ouvrière ( début des baisses d'emplois et de perte de pouvoir d"acchat)   ont été  représentants et complices dans tous les camps, se poussant  partout  devant et aux commandes de l'expression et de la com. ( medias, business, affaires publiques, partis, technologies) pour éliminer, étouffer ceux qui les précédaient  et dont un certain nombre voulaient quand même changer le monde tandis que la  génération de 68 a  surtout voulu changer les moeurs et les esprits et y a réussi pour son plus grand bénéfice  et pour nos plus graves problèmes.
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Vendredi 14 décembre 2007 5 14 /12 /2007 22:52
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : histoire et societe - Ecrire un commentaire
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Pour que vous ne jetiez pas avec le bain sanglant du communisme, ces bébés bien vivants que sont
- l'utile irremplaçable outil intellectuel du marxisme ( auquel j'ai été formé par Victor Faye)
- et le légitime espoir que pourrait encore porter un projet socialiste dans un monde réveillé ( d'un programme réaliste,  bientôt j'essaierai de vous donner de grands traits)

voilà deux réflexions à ne pas manquer

- in Marianne ( semaine du 29 septembre  au 5 octobre)-, un court papier que j'avais oublié de signaler  : "Marx n'est pas mort", par Yvon Quiniou
- et dans l'Humanité du 6 decembre, de Lucien Sève sa "Contribution personnelle à la préparation de l’Assemblée extraordinaire des 8 et 9 décembre 2007". 
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Vendredi 14 décembre 2007 5 14 /12 /2007 21:56
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : histoire et societe - Ecrire un commentaire
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