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politique éco et emploi

Alors que, malgré les efforts du gouvernement français, on apprend que Renautl veut délocaliser la Clio en Turquie, on rappelle incidemment que près de 70% des productions de véhicules du constructeur national est externalisée. En tenant compte des fournitures de composants et des évolutions chez les équipementiers ( cf. la série sur la crise mondiale automobile dans Alternatives économiques du printemps dernier), on voit bien que la logique  de la recherche des moindres coûts rend - et pour tous les niveaux de gamme - intenable  à moyen terme  le maintien significatif d'une industrie automobile dans les pays socialement avancés  ( qui ne peuvent pas compenser leurs "surcoûts" par des subventions payées par les contribuables et condamnées par les gardiens du libre-échange).

Comment d'ailleurs reprocher aux "constructeurs"  leur stratégie d'importations (qui les conduira à devenir  surtout désormais des "vendeurs" ) ou les obliger à ne pas se délocaliser ! C'est leur survie qui est en cause; et la perspective claire est que sous le label de marques nationales, il n'y aura plus guère - dans ce secteur de production comme dans tant d'autres -  que des emplois à l'extérieur. C'est un résultat inévitable et un problème insoluble dans un régime d'échanges internationaux qui exclut quasiment la possibilité pour les pays avancés à coûts de revient non compétitifs  de faire payer  des droits d'entrée   sur les véhicules fabriqués ailleurs, non seulement d'ailleurs en Asie ou au Moyen-Orient, mais au sein même du périmètre douanier  communautaire : en  Europe de l'Est  ( et l'on voit en quoi  la Turquie avec laquelle tous les liens utiles doivent être bâtis, mais  de manière équilibré, serait  un autre cheval de Troie social dans ce périmètre européen).

Ou il faudra en venir à changer ces principes, ou il faudra se passer bientôt de la construction automobile, en faisant seulement - comme c'est déjà largement le cas  dans bien d'autres secteurs - négoce de pièces et de produits sous marque d'illusion.    
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Mardi 12 janvier 2010 2 12 /01 /Jan /2010 16:27
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : politique éco et emploi - Ecrire un commentaire
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Pour donner le cllmat de ce temps de transition voici trois chroniques issues de "Bulles d'Histoire" (Phenix EDITIONS, 2000.)


48 - DÉLÉGUÉ AU DÉSEMPLOI   - 1985/1987



Quand Michel Delebarre m'a demandé de prendre la délégation à l'emploi, je savais que les socialistes n'en avaient plus que pour quelques mois. Ma jeunesse étant loin, je ne provenais pas de leur récent sérail; mais j'appréciais leurs efforts pour faire face aux circonstances défavorables qu'ils connaissaient. Si j'avais une critique à leur faire, ce n'était pas une critique de droite, mais une critique de gauche :  ils se faisaient déjà piéger par le libéralisme mondial. Pour le reste j'avais beaucoup licencié chez Boussac, beaucoup fait de pansements avec les TUC. Peut-être aurais-je une influence sur la politique pour l'emploi.


J'ai vite déchanté. On ne traitait pas de la maladie; on avait la charge des pansements. On gérait le budget du chômage en cherchant les ressources entre l'État, l'Unedic et autres fonds de solidarité. On accompagnait par ailleurs les restructurations, c'est à dire qu'on négociait avec les grands groupes qui devaient "dégraisser" la manière dont ils le feraient. La doctrine des équipes que je trouvais était qu'il fallait les obliger à faire des conversions et à payer pour. Je me demandais , quand partout déclinait l'activité française, vers quoi ces conversions pouvaient souvent bien conduire. C'est pourquoi je ne répugnais pas à accepter des mesures simples qui n'étaient pas de la poudre aux yeux,  mais d'un réalisme absolu : des préretraites pour tous ceux qui y étaient éligibles, qu'ils occupent des emplois supprimés ou des emplois maintenus :  leurs départs faisaient, alors,  place à des salariés plus jeunes, eux-mêmes menacés. C'était, au moins, pour tous ceux que pouvaient couvrir ces dispositifs de solidarité, la sécurité, ainsi qu'une aide indirecte aux restructurations françaises, non censurée par la Communauté européenne.


Sous différents prétextes personne n'aimait cette "facilité". Les sociologues  disaient qu'on perdrait la mémoire des entreprises, alors qu'on ne savait plus véritablement à quoi cette mémoire servait. Les budgétaires, que ça coûtait bien cher, mais, à mon sens, pas plus que de payer des stages de reconversion sans issue débouchant sur des allocations chômage. Les moralistes, que les entreprises ne devaient pas se délester ainsi - et c'est pourquoi ils ont réussi à leur faire payer de plus en plus cher leur participation aux mesures d'âge -  mais qu'elles devaient prendre la responsabilité de trouver un autre destin à leurs salariés.


Pour m'expliquer tout cela, il y avait quelques passionarias sincères qui n'avaient jamais quitté leurs études ou leurs bureaux et qui ne pouvaient savoir ce que c'est de tomber en chômage ou de faire la fin de mois d'une entreprise sans fonds de roulement. Elles réussirent à faire sortir quelques rapports accablants à l'encontre des mesures de retraites anticipées et à faire bloquer quelques gros dossiers à la faveur des consultations des organismes et conseils spécialisés. Elles ont depuis pris du galon et font la philosophie du partage du travail, c'est à dire du partage du chômage. On avait trouvé une ligne de conciliation qui fut d'inventer la retraite anticipée à temps partiel. Les textes mirent des mois à sortir et furent peu promus et employés. Néanmoins, c'est sans doute un des plus utiles défrichements que je fis dans mon métier d'alors.


Celui-ci offrait aussi de permanentes tentations d'accommodement avec le malheur. Tout un secteur de la délégation s'occupait des associations, des entreprises intermédiaires, de l'économie sociale . Tout un autre secteur s'occupait des dispositifs d'assistance et d'appui pour les jeunes et les chômeurs de longue durée et couvrait la France déshéritée d'un réseau de P.A.I.O. ( je n'ai jamais su ce que cela voulait dire ) et autres missions locales.


Ces structures de bonne volonté, essayant de nouveaux pansements, ajoutaient bien des complications à une situation déjà d'autant plus difficile à administrer que la gestion du désemploi fait appel à un lourd dispositif enchevêtré et complexe. La formation professionnelle est, à cette époque,  l'objet des soins de la Délégation du même nom; elle a lieu dans des organismes spécialisés d'inégales qualités et de toute nature, dont la vieille AFPA, à conseil tripartite associant l'État et les partenaires sociaux. Elle se finance au moyen de ressources de nombreuses origines dont celles des Régions. Quant à la gestion des chômeurs, indemnisés ou non - qui sont un important groupe de clients pour la formation - elle est éclatée. Outre l'intervention des services départementaux d'État du travail et de l'emploi et du rôle conservé par les mairies , deux entités se renvoient les demandeurs d'emploi et de formation, dix à vingt fois selon la durée de leur chômage,  comme des balles de ping pong. D'un côté, l'appareil de l'A.N.P.E. accueille et compte les demandeurs d'emploi, les évalue, les oriente vers des formations et contribue à leurs placements. D'un autre côté, les Assedic et l'Unedic leur versent les allocations,  peuvent les guider, payent aux organismes spécialisés une part des formations et participent, avec l'État, au financement des mesures d'âge.


Les exégètes de chaque maison trouvaient mille raisons pour justifier la répartition des tâches, le ciselage des frontières, les cocktails de financements. Pour ma part, j'ai consacré des journées d'analyses à tenter de comprendre pourquoi il devrait en être éternellement ainsi. Mon testament, bien plus démonstratif que ces notations, était d'aller à la fusion de l'organisme paritaire qu'est l'Unedic et de l'établissement public administratif qu'est l'A.N.P.E..

( PS le 10 Janvier 2010 ; ce fut une réforme pertinente que de regrouper enfin ces organismes en un pôle emploi en ...2008)


Je connaissais assez bien l'ANPE pour avoir été sur son berceau. En 1967, Pompidou demanda à Ortoli - alors commissaire au plan, avant de devenir ministre -  un rapport sur le traitement du chômage. 4OO.OOO demandeurs d'emploi semblaient, en ce temps, une grave menace pour la société française. L'ancien directeur de cabinet du Premier ministre proposa la généralisation de l'assurance chômage, ce qui se fit par ordonnance après quelques négociations. Il préconisait, en parallèle, la formule allemande d'un seul organisme chargé de tout : prise en compte des chômeurs, paiement des indemnités, dispaching vers les formations et réunion des moyens de financement de celles-ci, placement. Jeanneney, qui était ministre du travail, s'y opposa en soutenant les missions traditionnelles de ses services qui géraient l'assistance chômage et veillaient au droit du travail et du placement. La situation était bloquée. Un matin de 1967, dans ma cuisine, j'ai rédigé l'ordonnance créant l'A.N.P.E. : petit organisme alors qui devait devenir monstrueusement démultiplié,  mais surtout mauvais compromis. Jacques Chirac, secrétaire d'État à l'Emploi, à cette époque, l'a vendu au Premier ministre, ou plutôt à son conseiller social d'alors, Édouard Balladur. Je crois que nous avons fait une grosse bêtise en ne suivant pas Ortoli. Depuis lors, des améliorations ont été apportées à la coordination, mais la fusion n'aura jamais lieu ( que vingt ans plus tard)


Vingt ans après avoir fait naître, en 1967,  le secrétariat d'Etat à l'emploi, en charge, en 1987,  de la Délégation du même nom, j'étais  purement et simplement devenu, comme je le dis dans mes quelques mots désabusés d'adieu....« le délégué au désemploi ».
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49 - LES EFFETS D'AUBAINE - 1981/2000



On pouvait quand même essayer d'être utile à la délégation à l'emploi, d'autant plus que la capacité d'écoute et d'innovation de Michel Delebarre offrait de puissants atouts. Dans le contexte de libéralisation des échanges européens et mondiaux, l'une des grandes faiblesses de notre activité française était naturellement le coût salarial, en particulier pour les entreprises de main-d'oeuvre. Bien des rapports se sont accumulés sur ce point. Il ne fallait pas être grand clerc pour soutenir que c'est le domaine dans lequel, malgré tous les problèmes de seuils et de frontières, une action d'allégement des charges sociales était vitale.


Nous n'y sommes jamais parvenus de façon suffisamment significative. Fondamentalement, sans doute, parce que les stratèges de l'économie avaient déjà fait une croix sur le textile, les jouets, la chaussure, la navale, les cycles, une part de la sidérurgie et de l'électronique, les meubles, l'électroménager, etc. au profit des hautes technologies et des produits nouveaux. D'ailleurs,  au sein du conglomérat des corporatismes constituant le CNPF, le poids des industries de main d'oeuvre n'était pas décisif. On avait accepté à l'avance une société internationalisée et profitable, s'accommodant d'un matelas de chômeurs, à la faveur de transferts de ressources entre pourvus et exclus, d'assistance et de divers accompagnements que les méchants appellent des gadgets.


Mais aussi, parce qu'aucune idée d'aide aux entreprises ne pouvaient sortir dans l'univers de la délégation à l'emploi sans que quelque sociologue ne vienne expliquer que cela ne servait à rien : les entreprises existantes étaient bien obligées d'exister, donc de faire travailler, voire d'embaucher. Les aider était une dépense largement superflue, aux retombées non mesurables. C'était ainsi créer, à leur profit, "un effet d'aubaine".


Pendant plus de dix ans, correspondant à peu près aux deux  septennats de François Mitterrand - au cours desquels nous avons perdu, en net, un million et demi d'emploi dans nos échanges extérieurs - la politique française a démontré sa frilosité pour maintenir nos emplois. L'absence de tout effort de régulation du commerce mondial, le refus de tout soutien massif à ses industries de main d'oeuvre ont été de merveilleux "effets d'aubaine" pour les pays d'exploitation du travail humain, d'esclavage des enfants et de dumping social et monétaire; de merveilleux "effets d'aubaine", aussi pour tous les négoces, mondial et français, qui prospèrent sur les différences de coûts comparatifs d'approvisionnement.


J'essayais, dans ce métier, d'intéresser mes interlocuteurs - tels que le ministère des Finances et de l'Economie ou tel que le S.G.C.I., organisme de coordination des négociations européennes - aux causes du désemploi. Ils soutenaient que les mesures de régulation ne pouvaient avoir qu'un effet "contre-productif". Sur le long terme, ils considérent que tout approvisionnement au moindre prix à un effet global positif. Ils ne m'ont jamais convaincu, mais je dois constater qu'en 2000, les apparences leur donnent raison. Je me suis lourdement trompé dans un pamphlet que j'écrivis lorsque le gouvernement bascula de Juppé à Jospin. "Trois  illusions qui nous gouvernent"  a d'ailleurs eu du mal à trouver un éditeur. Tous, pensant qu'on doit vendre aussi de l'espoir,  me trouvaient trop pessimiste.


Et je l'étais. La première illusion que je dénonçais était que le libéralisme international puisse être créateur d'emplois. La seconde me paraissait de penser que l'Europe, élargie à des pays de structures économiques bien différentes de celles des nations fondatrices, dépourvue de pouvoir politique démocratique, puisse conduire à autre chose qu'à une aggravation du désemploi. Je voyais une troisième illusion dans les vertus accordées à notre régime politique d'alternance. La dictature des systèmes de scrutin majoritaire bipolarisant le pays et déchirant l'électorat en deux camps, n'offre pas le moyen de répondre aux besoins de fonctionnement de notre société, mais établit  le risque d'un retour en force d'une droite  incorporant les sensibilités de l'extrémisme. Le débat reste ouvert sur le modèle européen. Le quinquennat "sec" va nous précipiter vers des risques accrus de division et de démocratie absolue au bénéfice des gagnants des deux consultations législative et présidentielle si les durées des mandats viennent à coïncider.


En ce qui concerne l'emploi, mes voeux sont comblés, puisque j'écrivais "je souhaite me tromper". En effet,  alors que j'annonçais une très importante progression du chômage, les statistiques nous disent qu'il a beaucoup reculé.


Il est vrai qu'elles sont dégonflées par le nombre des salariés à temps partiel - même si beaucoup, dont particulièrement des femmes, peuvent apprécier cette commodité - qui ne sont pas comptés comme des fractions de chômeurs, mais comme employés. Elles sont encore dégonflées  - là encore, même si cette réduction peut rencontrer les souhaits de certains pour du temps libre - par le partage du travail tenant aux trente-cinq heures. Cet autre partage de l'inactivité a bien bonifié les décomptes. Elle sont  nettoyées par la radiation des irrécupérables et des titulaires de quelques droits jusqu'à retraite. Elles sont allégées des stagiaires et des "emplois-jeunes" pris en charge par les collectivités publiques et dont il faudra bien, un jour, gérer les sorties. De la même façon qu'un retraitement de comptes consolidés d'un groupe, peut "plomber" ou flatter  celui-ci, la statistique du chômage peut donner une optique qui désespère ou qui remonte le moral, ce que l'on constate sauf pour ceux qui restent sur le sable. Le thermomètre ne mesure plus l'ampleur du désemploi, mais, largement, les effets de la répartition de l'emploi. Quel "effet d'aubaine" d'avoir conservé, en apparence, le même thermomètre !


S'il exprime une part de vérité,  comment ne pas s'en réjouir. Comment toutefois parvenir à comprendre qu'il puisse en être ainsi. La diminution du nombre des agriculteurs non salariés - dont bien des producteurs, sans réelle protection par des organisations européennes de marchés, sont ruinés par la pression des grandes surfaces s'approvisionnant hors frontières - n'est pas prise en compte dans les statistiques du travail. Ailleurs aussi, les coûts comparatifs donnent toujours l'avantage aux pays tiers. Leurs produits fabriqués moyenant de bas salaires,  ceux de haute technologie inclus, rentrent de plus en plus aisément dans notre espace de consommation. Voilà qui continue à frapper de nombreuses entreprises, comme l'illustrent les conflits durs que conduisent les laissés pour compte de ce que l'on appelle "la nouvelle croissance".


On ne saurait nier que celle-ci est palpable dans une floraison qu'on n'imaginait pas il y a trois ou quatre ans :  le développement des services répondant aux appétits entretenus de commodités, de plaisirs, de pouvoir, la sophistication de la vie individuelle et collective, les demandes de portables, d'internet, de nouvelles communications, l'ampleur des collaborations qu'appellent  les nombreuses créations audiovisuelles et artistiques, toutes les offres de nouvelles modes, de nouveaux luxes, de nouveaux besoins. La bonne bulle financière qui en résulte n'a pas crevé. Elle a permis des avancées dans l'exportation et des placements profitables dans l'économie internationale. Rien, d'ailleurs, qu'on puisse reprocher tant il est vrai, comme le dit d'expérience le patron d'un grand groupe que "la croissance externe, on ne la fait pas pour le plaisir, mais parce qu'on ne peut pas faire autrement. Quand on est engagé dans une bataille mondiale, c'est, à terme, une affaire de survie". L'aisance de beaucoup permet, par des prélèvements encore acceptés, une redistribution de revenus. Elle autorise d'accompagner par des secours ceux-là mêmes qui ne sont pas portés par le marché du travail en leur distribuant des capacités de consommation qui soutiennent la demande.   


Ce climat assure-t-il à la fois l'amélioration de l'emploi, de la sécurité et du niveau de vie ? Que veut dire l'assertion selon laquelle il y a eu plusieurs centaines de milliers de créations nettes d'emplois?


Et, d'abord, quelle est la qualité de ceux-ci ? Ils sont souvent intérimaires, précaires, volatils et, sans doute rémunérés, de manière moins appréciable, moins garantis aussi que dans l'économie traditionnelle. Tout ceux qui partagent un peu la vie du pays savent que cette croissance peut rimer avec souffrance. Des analystes en apprécient même le taux par des mesures prenant en compte des "pathologies particulières". Les angoisses du travail en morceaux, de la pression sur les rémunérations, de tout ce que l'on impose à un candidat à un emploi ou à celui qui veut garder celui qu'il a, y sont certainement pour quelque chose.


On n'a rien sans rien, n'est ce pas. Ces stress sont-ils le prix  d'une "prospérité" redressant la quantité d'activité offerte? La quantité numérique d'emplois certes, grâce à une part d'émiettement du travail. Mais qu'en est-il en ce qui concerne la quantité volumétrique d'emploi total? Pourrait-on mesurer- sur la base d'un même étalon qui comparerait des périodes de références - l'évolution de l'activité travaillée nationale? Il faut poser la question.  Pourrait-il exister un système d'appréciation, avec les correctifs de démographie et de productivité, qui pourrait permettre d'y répondre? La politique du thermomètre ne devrait pas s'arrêter à l'effet d'aubaine médiatique, mais aller au bout d'une logique économétrique.


Nous sommes, en effet,  devant une contradiction d'apparences. Comme on disait autrefois, elle "interpelle". D'une part, le chômage statistique diminue. D'autre part, le désemploi marchand - constitué de formes d'inactivités économiques, souvent subies, parfois souhaitées -  est partout : dans les activités agricoles aux débouchés détruits; dans la réduction hebdomadaire et, souvent,  annuelle, du temps travaillé; dans l'allongement des temps d'études et de formation; dans l'abaissement des âges de départ en retraite; dans les heures non rémunérées de ceux des salariés qui n'ont trouvé, contre leur voeu, que des tâches partielles; dans les périodes intercalaires de chômage; dans les stages non productifs; dans les embauches publiques qui pallient les insuffisances d'offres du marché; dans les éprouvantes difficultés qu'ont les salariés licenciés, les jeunes exigeants et les demandeurs de longue durée de trouver des employeurs.


Il est vrai que ces derniers ont, à l'inverse, du mal à trouver et à garder des collaborateurs que pourchassent les chasseurs de tête. C'est ce qui se passe dans l'économie très spéciale et limitée issue d'internet. Internet que l'un des jeunes héros de la "nouvelle économie"  a pu définir, en raison du libre accès à la toile, comme "une fusion géniale du communisme et du capitalisme". Ce sont les promoteurs de "start-up" qui subissent les examens non seulement de leur "business angels", mais encore des surdoués qu'ils cherchent à embaucher. 


Mais que veut dire, ailleurs, l'expression répétée d'un  besoin, bientôt non couvert, de main-d'oeuvre adéquate? Il est bien vrai que le capitalisme, par sa prodigieuse capacité d'adaptation à toutes les gestions politiques, à la faveur de l'aisance d'action que lui donne la perméabilité de toutes les frontières, ne cessera jamais de créer la surprise. Des salariés adéquats? Est-ce à dire compétents et pas trop payés? Notre modèle, en suivant  la perfide Albion ( je parle de son calcul du chômage et de l'indemnisation, si l'on peut dire, des chômeurs anglais ) est en train de se chercher, de plus en plus, du côté des pays récusant les grandes garanties sociales. Il est clair qu'en adoptant une part de leurs recettes, on deviendra un peu compétitifs avec eux. Tout peut fonctionner ainsi  longtemps que de bons résultats financiers permettront, par une voie ou une autre, des prélèvements restant supportables pour les classes moyennes, et finançant les minima sociaux des exclus. Voilà le moyen de réguler les valeurs du marché par des valeurs non marchandes. Un compromis rendu possible parce que le niveau d'activité planétaire est ce qu'il est : meilleur, chaque jour,  grâce aux ressorts qu'il trouve dans la division du monde entre opérateurs florissants et populations du sud exploitées dans tous les domaines - ceux des coûts des matières premières, des transports, du travail et par les termes des échanges - et qui, de ce fait, vivent, de plus en plus dans une  tragique misère, porteuse d'atroces conflits. Il n'est plus nécessaire que "l'impérialisme" soit "le stade supérieur du capitalisme". En fait, il n'y a pas de surprise, mais toujours la même recette. L' OMC, après le GATT, est là pour ça.


C'est vraiment un "effet d'aubaine", pour le socialisme européen, qu'à ce compte, le capitalisme international se porte bien.





50 - LES PHOTOS CAVIARDÉES -1987



Lorsqu'en 1986 l'Hôtel hébergeant le ministre du Travail, de l'Emploi et de la formation professionnelle, est revenu à Philippe Seguin, celui-ci avait des idées, mais aussi un cabinet. Les deux ne coïncidaient pas forcément, ce qui conduisait d'ailleurs entre le patron et ses collaborateurs à des clashs sévères marqués par de sanguines colères ministérielles. Au point que certains de sa proche équipe,  pour essayer d'apaiser un débat avant que celui-ci ne s'envenime, m'appelaient souvent comme pacificateur. En effet, le ministre  ne m'engueulait jamais, peut-être parce que je l'avais connu dans les temps historiques lorsqu'il était au cabinet du général, peut-être en raison de la restructuration du textile vécue ensemble dans les Vosges, quand j'équilibrais les efforts de reconversion entre lui et le socialiste Pierret, peut-être parce que j'avais été nommé par son prédécesseur Delebarre.  D'autres, tout à l'inverse m'étaient  férocement hostiles : j'avais continué avec les socialistes un métier de service public; je n'assassinais pas mes collaborateurs de cette sensibilité; c'est par le gouvernement battu que j'avais été promu dans la fonction de Délégué à l'emploi.


Pour traiter la situation, les idées du ministre, au demeurant, me paraissaient  simples et saines. Il fallait assouplir, le marché de l'emploi, sans se faire d'illusions sur les résultats. Pour assouplir le marché de l'emploi, il avait d'ailleurs testé auprès de moi, comme auprès de bien d'autres, deux questions qui lui tenaient à coeur. L'une comportait une réponse assez facile : pouvait-on supprimer l'autorisation administrative de licenciement sans ouvrir la porte à des excès? La réponse était "oui" et il réussit vite à bien le faire. L'autre était bien plus coton : "comment rétablir des pompistes et des garçons d'ascenseur?". Promouvoir "les petits boulots" sans menacer les vrais, sans  toucher à la productivité,  sans émietter et précariser le travail, ce n'est pas très commode.


Il savait bien que tout cela ne changerait pas le grand mouvement de fond de destruction progressive, par le dumping social et monétaire des pays tiers émergents, de pans entiers de l'activité industrielle traditionnelle que ne pouvaient relever d'emblée les services et les avancées technologiques pour l'exportation. C'est pourquoi il devait en fait poursuivre la politique d'accompagnement du chômage : sous un nom  ou sous un autre, les stages, les TUC, les assistances, l'économie sociale, les pansements des retraites anticipées et des reconversions hasardeuses dans la foulée des grands licenciements.


Cette continuité de bien des mesures critiquées par la droite lorsqu'elle n'était pas aux affaires n'était pas du tout du goût des politiques de son cabinet dont certains membres voulaient d'abord transcrire leur programme électoral et régler des comptes. L'un de ceux-ci, malgré une ancienne belle compétence,  avait été au placard depuis 81. Il avait mal vieilli et avait pris l'allure d'une lourde grenouille rancunière jouant le rôle de commissaire politique. Il en voulait à ceux qui avaient continué leur carrière dans l'alternance. Il est bien normal qu'il ait alors monté quelque cabale contre "le délégué des socialistes". Tout fut utilisé à mon encontre, y compris d'une manière assez ignoble, les séquelles de l'affaire Boussac. Mais, surtout, comme le gouvernement de droite ne pouvait guère trouver le moyen de faire bien différemment du gouvernement de gauche, un jour est arrivé où le ministre gêné m'a expliqué qu'il était "vraiment difficile de faire la même politique avec les mêmes gens". Les mêmes gens, c'étaient les deux directeurs d'administration centrale : celui que j'étais et le directeur des relations du travail qui était Martine Aubry. Qu'elle parte eut été interprété comme une chasse aux sorcières. J'ai donc satisfait au désir du ministre en lui indiquant, comme il l'espérait, que celui qui devait partir c'était moi qui n'appartenait à personne. Qui fut dit, fut fait et, dès lors, le tout assez gentiment.


Mais le commissaire politique m'avait réservé un chien de sa chienne. Je n'en ai pris conscience qu'un peu plus tard avec le coup des photos de la salle des accords,  cette salle des accords de Grenelle qui est devenue historique. J'y fais un tour de curiosité un jour où j'attendais dans le vestibule de l'hôtel de Grenelle un entretien au cabinet. Je regarde au mur les illustrations de la négociation de 1968 à laquelle j'ai participé de bout en bout, comme directeur de cabinet du secrétaire d'État à l'emploi d'alors. Je connais bien ces photos où, comme les collaborateurs de Georges Pompidou et de Jean-Marcel Jeanneney, je me trouve au second rang, un peu de travers derrière Jacques Chirac. Or, aucun des clichés de la négociation de Grenelle placés dans la salle des accords ne comporte une vieille trace de mon jeune temps. Je n'ai trouvé qu'un peu de flou à ma place vide. Ce témoignage d'un certain rôle exercé autrefois par un fonctionnaire ayant continué à servir l'État lorsque celui-ci était géré par leurs adversaires avait sans doute été insupportable à certains. Peut-être, fallait-il aussi que le directeur à abattre que j'avais été ne puisse en tirer crédit.


Avant de songer, tout simplement, à vérifier que les photos affichées étaient truquées  en consultant le volume 1968 de l'année Larousse qui est illustrée par une vue de la conférence, j'avais demandé à  un photographe de presse que j'avais bien connu s'il pouvait retrouver un document témoin. Il s'est dérobé : il ne savait plus où pouvaient être de telles archives. Puis, en rigolant, il a ajouté :


«  tu  es une victime de la technique stalinienne. Tu as été caviardé. Je pense que la plupart des originaux ont été détruits. Tu devrais être honoré d'être traité comme Zinoviev et Kamenev. Comme ces traîtres. Ils ont partout disparu des photos officielles du communisme, comme des manuels scolaires. C'est ainsi qu'on écrit l'Histoire.Tu es devenu un homme invisible, au passé invisible du moins, un homme illisible, quoi ! ».

Samedi 9 janvier 2010 6 09 /01 /Jan /2010 00:03
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : politique éco et emploi
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La directive « Bolkestein » transposée dans la législation française !

jeudi 31 décembre 2009 par Jean-Jacques Chavigné

 

Après le vote la directive McCreevy par le Parlement européen en novembre 2006, les Etats-membres de l’Union européenne avaient un délai de trois ans pour transposer cette directive, reprenant les trois quarts de la directive Bolkestein, dans leur législation nationale.

Le gouvernement Sarkozy a décidé de faire le moins de bruit possible autour de cette transposition et a renoncé à faire voter une loi-cadre pour la transposer en droit français. Il se souvient, en effet, du scandale qui avait éclaté lorsque, en plein débat sur le référendum de 2005, le projet de directive Bolkestein était apparu en plein lumière. Il compte également, profiter au mieux de cette directive qui va exactement dans le même sens que sa politique de marchandisation généralisée.

Sarkozy avait d’ailleurs déjà commencé à transposer, en catimini, cette directive « services » lors de la création du « guichet unique » pour les entreprises ou lors de l’assouplissement des conditions d’installation des grandes surfaces, adoptés dans la Loi de Modernisation de l’Economie (LME) de juillet 2008. Le plus gros reste cependant à faire. La transposition devait être terminée pour le 28 décembre 2009 mais ne le sera qu’en 2010.

Respectant en cela les vœux de Sarkozy, les grands médias ne s’attardent guère sur le sujet. C’est pourtant une directive cruciale pour notre avenir. Mais c’est sans doute aussi ce qui explique leur silence assourdissant.

Le projet de directive « Bolkestein »

L’objectif de ce projet de directive, rédigée dès 2003, était l’instauration d’un marché unique des services dans l’Union européenne, non en harmonisant par le haut les législations sociales des Etats-membres mais en les nivelant vers le bas, sous les coups de boutoir de la concurrence « libre et non faussée ».

Le champ d’application de la directive était considérable il concernait tous les services faisant l’objet d’une « contrepartie économique » : des sociétés d’intérim aux services liés à la santé et en passant par les plombiers… C’était la concurrence généralisée et la remise en cause du droit d’un Etat-membre à des services publics puisqu’ils étaient, pour l’essentiel, soumis à la concurrence.

Le principe de base de cette directive était celui du « pays d’origine ». Selon ce principe, un prestataire de services était uniquement soumis à la loi de son pays d’origine. C’était une attaque incroyable contre les droits du travail les plus avancés. En effet, la directive prévoyait les modalités de détachement de salariés dans un autre pays de l’Union. Ainsi, un salarié polonais pouvait être envoyé travailler en France par son entreprise et dépendre, pour l’essentiel, des lois sociales du pays d’origine de la société qui l’employait et non du droit du travail et du droit social (sécurité sociale, retraite…) du pays destinataire, la France en l’occurrence.

C’était la mise en place du « dumping social » dans toute sa splendeur. Au lieu d’instaurer un Smic européen de haut niveau, le projet de directive mettait directement en concurrence les salariés européens pour faire baisser les salaires et les prestations sociales. En 2005 et au début 2006, les libéraux européens ont opéré un repli tactique

Ce repli tactique était du à la peur que le « non » l’emporte, en particulier lors du référendum français du 29 mais 2005, puis à la mobilisation des salariés à l’appel de la Confédération européenne des syndicats. En février 2006, plusieurs dizaines de milliers de personnes manifestaient à Strasbourg à l’appel de la CES et d’organisations comme Attac. Sous cette double pression, le Parlement européen adoptait le 16 avril 2006 un texte qui entérinait un double recul des libéraux.

En premier lieu, le champ d’application de la directive service était restreint. La totalité des services du secteur de la santé était exclue, de même que les agences d’intérim, les services sociaux, l’ensemble du droit du travail et de la Sécurité sociale. En deuxième lieu, le principe du pays d’origine disparaissait du texte.

Ces reculs des libéraux étaient incontestables. Mais le refus explicite (un amendement en se sens a été rejeté) de remplacer le principe du pays d’origine par celui du pays destinataire était lourd de conséquences. Il laissait, en effet, à la Cour de Justice européenne la possibilité de décider au cas par cas du droit applicable. Or, les arrêts de cette Cour vont très largement dans le sens de l’application du principe du pays d’origine.

2006 : une nouvelle version de la directive « Bolkestein »

Le 24 juillet 2006, le Conseil des Ministres (qui est le principal législateur de l’Union européenne) adoptait une version modifiée de la proposition de directive votée en première lecture par le Parlement européen. Ces nouvelles dispositions étaient approuvées par la Commission européenne qui a le monopole de l’initiative des directives.

L’offensive néolibérale du Conseil des Ministres et de la Commission se déroulait, essentiellement, selon deux axes. Premier axe : le refus de définir des termes comme « obligation de service public », « travailleurs » ou « service d’intérêt économique général » afin de laisser la plus grande marge d’interprétation possible à la Cour de Justice de Luxembourg. Deuxième axe : la diminution du nombre des services exclus du champ de la directive. L’eau, certains services liés à l’éducation, la culture, certains services sociaux étaient de nouveaux soumis à la directive et donc à la concurrence de prestataires de services d’autres Etats-membres.

Le vote de la directive « McCreevy par le Parlement en novembre 2006

Le Parlement européen avait la possibilité de refuser de voter, en deuxième lecture, la proposition du Conseil des Ministres et de la Commission. La directive aurait alors cessé d’exister. Ce n’est pas la voie qu’avaient choisie les libéraux majoritaires au Parlement européen. Au contraire, le 15 novembre 2006, ils avaient adopté la proposition du Conseil et de la Commission qui devient la directive McCreevy, du nom du nouveau Commissaire en charge du « marché intérieur ». La motion de rejet de cette directive avait été repoussée par 105 voix pour (dont les Socialistes français, le PCF et les Verts), 405 voix contre (dont les parlementaires européens de l’UMP et de l’UDF) et 12 abstentions.

Les États membres avaient alors trois ans (jusqu’à décembre 2009) pour transposer cette directive dans leur législation nationale.

2006-2009 : la Commission européenne transforme la directive McCreevy en clone de la directive Bolkestein

La Commission européenne a mis à profit les trois ans qui séparaient le vote de la directive McCreevy de sa transposition dans les législations des pays membres pour encore gagner du terrain et faire de cette directive un véritable clone de la directive Bolkestein.

Le « principe du pays d’origine » avait disparu du texte de la directive McCreevy. Le règlement européen du 17 juin 2008 sur « la loi applicable aux obligations contractuelles » (Rome I) le fait rentrer par la fenêtre. Ce règlement prévoit, en effet, que « les parties contractantes sont libres de choisir la loi applicable au contrat ». Ainsi, un travailleur letton envoyé travailler en France par son entreprise pourra, « librement », choisir que lui soit appliqué le droit social letton.

Le champ des services épargnés par l’application de la directive McCreevy se réduit comme peau de chagrin. Les néolibéraux n’avaient pas accepté de gaîté de cœur qu’une bonne partie des services sociaux (plus de 100 milliards d’euros annuels) soient exclus du champ de la directive. En s’appuyant sur les articles 43 à 49 du traité de Lisbonne, la Commission européenne a repris l’offensive contre ces services en rappelant que « les services exclus du champ d’application de la directive relative aux services dans le marché intérieur continueront de relever de ces règles et principes ». Et ces règles et principes se résument en un seul commandement, celui d’une « concurrence libre et non faussée ».

Le sénateur français, Jean Bizet, rapporteur « sur l’état de la transposition de la directive services » souligne, avec un certain cynisme, que les exemptions prévues par la directive McCreevy ne sont que provisoires. En effet, en 2011 (et tous les trois ans, par la suite) un point sera fait par la Commission et à ces occasions, des modifications du champ d’application de la directive pourront être adoptées.

Sarkozy ne paraît pas pressé de protéger les services sociaux de notre pays

Les gouvernements des pays membres ont la possibilité d’exclure leurs Services Sociaux d’Intérêt Général (SSIG) du champ d’application de la directive. Mais ce n’est pas, à l’évidence, l’orientation du gouvernement Sarkozy qui ne semble pas du tout pressé de sortir du champ de la concurrence ce secteur d’activités sociales majoritairement composé d’associations (petite enfance, aide familiale, services à la personne…) Ainsi, le Ministère de l’Economie et des Finances estime que les conditions d’exclusion du champ de la directive seront très difficile à remplir « dans la plupart des secteurs où interviennent des opérateurs « sociaux » car ces secteurs sont des secteurs concurrentiels où sont susceptibles d’intervenir des acteurs de types différents (privés, commerciaux, associatifs, publics, etc. »

Quant au secrétaire d’État chargé de l’emploi, Laurent Wauquiez, il affirme que les SSIG sont une notion « totalement vides » et que seule, donc, s’applique la concurrence « libre et non faussée ».

Cette orientation signifie, à terme, la disparition du secteur social et médico-social associatif (900 000 emplois) qui ne pourra plus recevoir de subventions ou de financements publics (Etat, mais surtout Régions, Municipalités, Conseils généraux…) Ces subventions seraient, en effet, contradictoires avec le principe de la concurrence « libre et non faussée » puisqu’elles apporteraient un avantage concurrentiel aux associations qui les percevraient, face aux entreprises privées du secteur qui n’en bénéficieraient pas. Une crèche associative pourrait ainsi concurrencer « déloyalement » une crèche mise en place par une entreprise privée à but lucratif.

La gauche toute entière devrait se mobiliser dans l’unité pour faire barrage à l’application de cette directive assassine, pour refuser la subordination de l’ordre public social à la « liberté » contractuelle et pour exiger du président de la République qu’il fasse voter une loi qui exclut du champ d’application de la directive la totalité du secteur social et médico-social.

Jean-Jacques Chavigné

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Mardi 5 janvier 2010 2 05 /01 /Jan /2010 19:29
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : politique éco et emploi - Ecrire un commentaire
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Contre les tabous indiscutés, par Maurice Allais

Tribune de Maurice Allais, parue dans l'hebdomadaire Marianne du 5 au 11 décembre 2009.

Le point de vue que j'exprime est celui d'un théoricien à la fois libéral et socialiste. Les deux notions sont indissociables dans mon esprit, car leur opposition m'apparaît fausse, artificielle. L'idéal socialiste consiste à s'intéresser à l'équité de la redistribution des richesses, tandis que les libéraux véritables se préoccupent de l'efficacité de la production de cette même richesse. Ils constituent à mes yeux deux aspects complémentaires d'une même doctrine. Et c'est précisément à ce titre de libéral que je m'autorise à critiquer les positions répétées des grandes instances internationales en faveur d'un libre-échangisme appliqué aveuglément.

Le fondement de la crise: L'organisation du commerce mondial

La récente réunion du G20 a de nouveau proclamé sa dénonciation du « protectionnisme », dénonciation absurde à chaque fois qu'elle se voit exprimée sans nuance, comme cela vient d'être le cas. Nous sommes confrontés à ce que j'ai par le passé nommé « des tabous indiscutés dont les effets pervers se sont multipliés et renforcés au cours des années» (1). Car tout libéraliser, on vient de le vérifier, amène les pires désordres. Inversement, parmi les multiples vérités qui ne sont pas abordées se trouve le fondement réel de l'actuelle crise: l'organisation du commerce mondial, qu'il faut réformer profondément, et prioritairement à l'autre grande réforme également indispensable que sera celle du système bancaire.

Les grands dirigeants de la planète montrent une nouvelle fois leur ignorance de l'économie qui les conduit à confondre deux sortes de protectionnismes: il en existe certains de néfastes, tandis que d'autres sont entièrement justifiés.

Dans la première catégorie se trouve le protectionnisme entre pays à salaires comparables, qui n'est pas souhaitable en général. Par contre, le protectionnisme entre pays de niveaux de vie très différents est non seulement justifié, mais absolument nécessaire. C'est en particulier le cas à propos de la Chine, avec laquelle il est fou d'avoir supprimé les protections douanières aux frontières. Mais c'est aussi vrai avec des pays plus proches, y compris au sein même de l'Europe. Il suffit au lecteur de s'interroger sur la manière éventuelle de lutter contre des coûts de fabrication cinq ou dix fois moindres - si ce n'est des écarts plus importants encore - pour constater que la concurrence n'est pas viable dans la grande majorité des cas. Particulièrement face à des concurrents indiens ou surtout chinois qui, outre leur très faible prix de main-d'œuvre, sont extrêmement compétents et entreprenants.

Il faut délocaliser Pascal Lamy !

Mon analyse étant que le chômage actuel est dû à cette libéralisation totale du commerce, la voie prise par le G20 m'apparaît par conséquent nuisible. Elle va se révéler un facteur d'aggravation de la situation sociale. A ce titre, elle constitue une sottise majeure, à partir d'un contresens incroyable. Tout comme le fait d'attribuer la crise de 1929 à des causes protectionnistes constitue un contresens historique. Sa véritable origine se trouvait déjà dans le développement inconsidéré du crédit durant les années qui l'ont précédée. Au contraire, les mesures protectionnistes qui ont été prises, mais après l'arrivée de la crise, ont certainement pu contribuer à mieux la contrôler. Comme je l'ai précédemment indiqué, nous faisons face à une ignorance criminelle. Que le directeur général de l'Organisation mondiale du commerce, Pascal Lamy, ait déclaré: « Aujourd'hui, les leaders du G20 ont clairement indiqué ce qu'ils attendent du cycle de Doha : une conclusion en 2010 », et qu'il ait demandé une accélération de ce processus de libéralisation m'apparaît une méprise monumentale. Je la qualifierais même de monstrueuse. Les échanges, contrairement à ce que pense Pascal Lamy, ne doivent pas être considérés comme un objectif en soi, ils ne sont qu'un moyen. Cet homme, qui était en poste à Bruxelles auparavant, commissaire européen au Commerce, ne comprend rien, rien, hélas! Face à de tels entêtements suicidaires, ma proposition est la suivante: il faut de toute urgence délocaliser Pascal Lamy, un des facteurs majeurs de chômage!

Plus concrètement, les règles à dégager sont d'une simplicité folle : du chômage résultent des délocalisations elles- mêmes dues aux trop grandes différences de salaires ... A partir de ce constat, ce qu'il faut entreprendre en devient tellement évident! il est indispensable de rétablir une légitime protection. Depuis plus de dix ans, j'ai proposé de recréer des ensembles régionaux plus homogènes, unissant plusieurs pays lorsque ceux-ci présentent de mêmes conditions de revenus, et de mêmes conditions sociales. Chacune de ces « organisations régionales» serait autorisée à se protéger de manière raisonnable contre les écarts de coûts de production assurant des avantages indus à certains pays concurrents, tout en maintenant simultanément en interne, au sein de sa zone, les conditions d'une saine et réelle concurrence entre ses membres associés.

Un protectionnisme raisonné et raisonnable

Ma position et le système que je préconise ne constitueraient pas une atteinte aux pays en développement. Actuellement, les grandes entreprises les utilisent pour leurs bas coûts, mais elles partiraient si les salaires y augmentaient trop. Ces pays ont intérêt à adopter mon principe et à s'unir à leurs voisins dotés de niveaux de vie semblables, pour développer à leur tour ensemble un marché interne suffisamment vaste pour soutenir leur production, mais suffisamment équilibré aussi pour que la concurrence interne ne repose pas uniquement sur le maintien de salaires bas. Cela pourrait concerner par exemple plusieurs pays de l'est de l'Union européenne, qui ont été intégrés sans réflexion ni délais préalables suffisants, mais aussi ceux d'Afrique ou d'Amérique latine. L'absence d'une telle protection apportera la destruction de toute l'activité de chaque pays ayant des revenus plus élevés, c'est-à-dire de toutes les industries de l'Europe de l'Ouest et celles des pays développés. Car il est évident qu'avec le point de vue doctrinaire du G20, toute l'industrie française finira par partir à l'extérieur. Il m'apparaît scandaleux que des entreprises ferment des sites rentables en France ou licencient, tandis qu'elles en ouvrent dans les zones à moindres coûts, comme cela a été le cas dans le secteur des pneumatiques pour automobiles, avec les annonces faites depuis le printemps par Continental et par Michelin. Si aucune limite n'est posée, ce qui va arriver peut d'ores et déjà être annoncé aux Français : une augmentation de la destruction d'emplois, une croissance dramatique du chômage non seulement dans l'industrie, mais tout autant dans l'agriculture et les services.

De ce point de vue, il est vrai que je ne fais pas partie des économistes qui emploient le mot « bulle». Qu'il y ait des mouvements qui se généralisent, j'en suis d'accord, mais ce terme de « bulle» me semble inapproprié pour décrire le chômage qui résulte des délocalisations. En effet, sa progression revêt un caractère permanent et régulier, depuis maintenant plus de trente ans. L'essentiel du chômage que nous subissons tout au moins du chômage tel qu'il s'est présenté jusqu'en 2008 - résulte précisément de cette libération inconsidérée du commerce à l'échelle mondiale sans se préoccuper des niveaux de vie. Ce qui se produit est donc autre chose qu'une bulle, mais un phénomène de fond, tout comme l'est la libéralisation des échanges, et la position de Pascal Lamy constitue bien une position sur le fond.

Crise et mondialisation sont liées

Les grands dirigeants mondiaux préfèrent, quant à eux, tout ramener à la monnaie, or elle ne représente qu'une partie des causes du problème. Crise et mondialisation : les deux sont liées. Régler seulement le problème monétaire ne suffirait pas, ne réglerait pas le point essentiel qu'est la libéralisation nocive des échanges internationaux. Le gouvernement attribue les conséquences sociales des délocalisations à des causes monétaires, c'est une erreur folle.

Pour ma part, j'ai combattu les délocalisations dans mes dernières publications (2). On connaît donc un peu mon message. Alors que les fondateurs du marché commun européen à six avaient prévu des délais de plusieurs années avant de libéraliser les échanges avec les nouveaux membres accueillis en 1986, nous avons, ensuite, ouvert l'Europe sans aucune précaution et sans laisser de protection extérieure face à la concurrence de pays dotés de coûts salariaux si faibles que s'en défendre devenait illusoire. Certains de nos dirigeants, après cela, viennent s'étonner des conséquences !

Si le lecteur voulait bien reprendre mes analyses du chômage, telles que je les ai publiées dans les deux dernières décennies, il constaterait que les événements que nous vivons y ont été non seulement annoncés mais décrits en détail. Pourtant, ils n'ont bénéficié que d'un écho de plus en plus limité dans la grande presse. Ce silence conduit à s'interroger.

Un prix Nobel ... téléspectateur

Les commentateurs économiques que je vois s'exprimer régulièrement à la télévision pour analyser les causes de l'actuelle crise sont fréquemment les mêmes qui y venaient auparavant pour analyser la bonne conjoncture avec une parfaite sérénité. Ils n'avaient pas annoncé l'arrivée de la crise, et ils ne proposent pour la plupart d'entre eux rien de sérieux pour en sortir. Mais on les invite encore. Pour ma part, je n'étais pas convié sur les plateaux de télévision quand j'annonçais, et j'écrivais, il y a plus de dix ans, qu'une crise majeure accompagnée d'un chômage incontrôlé allait bientôt se produire. Je fais partie de ceux qui n'ont pas été admis à expliquer aux Français ce que sont les origines réelles de la crise alors qu'ils ont été dépossédés de tout pouvoir réel sur leur propre monnaie, au profit des banquiers. Par le passé, j'ai fait transmettre à certaines émissions économiques auxquelles j'assistais en téléspectateur le message que j'étais disposé à venir parler de ce que sont progressivement devenues les banques actuelles, le rôle véritablement dangereux des traders, et pourquoi certaines vérités ne sont pas dites à leur sujet. Aucune réponse, même négative, n'est venue d'aucune chaîne de télévision et ce, durant des années.

Cette attitude répétée soulève un problème concernant les grands médias en France: certains experts y sont autorisés et d'autres, interdits. Bien que je sois un expert internationalement reconnu sur les crises économiques, notamment celles de 1929 ou de 1987, ma situation présente peut donc se résumer de la manière suivante: je suis un téléspectateur. Un prix Nobel. .. Téléspectateur. Je me retrouve face à ce qu'affirment les spécialistes régulièrement invités, quant à eux, sur les plateaux de télévision, tels que certains universitaires ou des analystes financiers qui garantissent bien comprendre ce qui se passe et savoir ce qu'il faut faire. Alors qu'en réalité ils ne comprennent rien. Leur situation rejoint celle que j'avais constatée lorsque je m'étais rendu en 1933 aux Etats-Unis, avec l'objectif d'étudier la crise qui y sévissait, son chômage et ses sans-abri: il y régnait une incompréhension intellectuelle totale. Aujourd'hui également, ces experts se trompent dans leurs explications. Certains se trompent doublement en ignorant leur ignorance, mais d'autres, qui la connaissent et pourtant la dissimulent, trompent ainsi les Français.

Cette ignorance et surtout la volonté de la cacher grâce à certains médias dénotent un pourrissement du débat et de l'intelligence, par le fait d'intérêts particuliers souvent liés à l'argent. Des intérêts qui souhaitent que l'ordre économique actuel, qui fonctionne à leur avantage, perdure tel qu'il est. Parmi eux se trouvent en particulier les multinationales qui sont les principales bénéficiaires, avec les milieux boursiers et bancaires, d'un mécanisme économique qui les enrichit, tandis qu'il appauvrit la majorité de la population française mais aussi mondiale.

Question clé : quelle est la liberté véritable des grands médias ? Je parle de leur liberté par rapport au monde de la finance tout autant qu'aux sphères de la politique.

Deuxième question: qui détient de la sorte le pouvoir de décider qu'un expert est ou non autorisé à exprimer un libre commentaire dans la presse ?

Dernière question: pourquoi les causes de la crise telles qu'elles sont présentées aux Français par ces personnalités invitées sont-elles souvent le signe d'une profonde incompréhension de la réalité économique ? S'agit-il seulement de leur part d'ignorance? C'est possible pour un certain nombre d'entre eux, mais pas pour tous. Ceux qui détiennent ce pouvoir de décision nous laissent le choix entre écouter des ignorants ou des trompeurs.

----------

(1) L'Europe en crise. Que faire ?, Éditions Clément Juglar, Paris, 2005

(2) Notamment: La Crise mondiale aujourd'hui, éditions Clément Juglar, 1999, et La Mondialisation, la destruction des emplois et de la croissance: l'évidence empirique, éditions Clément juglar, 1999

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Mercredi 23 décembre 2009 3 23 /12 /Déc /2009 15:19
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : politique éco et emploi - Ecrire un commentaire
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Donnond la parole à Claude Allegre déclarant à prpos de la TAXE CARBONE :


"Elle serait inutile climatiquement, injuste socialement, nuisible économiquement", juge l'ex-ministre de la Recherche.

"La France émet à peu près les cinq millièmes des émissions mondiales de CO2. Cela veut dire que l'arrêt total de toute émission de CO2 par la France modifierait la température moyenne du globe d'un centième de degré dans 100 ans", affirme-t-il.

Selon M. Allègre, "parler d'une taxe carbone pour l'ensemble Europe-Amérique du Nord, qui représente presque 50% des émissions de CO2, peut être un sujet de débat, mais l'instaurer au seul niveau français est ridicule".

"Prélever neuf milliards par le biais de cette taxe sur notre système économique serait suicidaire. Ce serait affaiblir la consommation et pénaliser nos entreprises", ajoute-t-il.

On peut débattre de ces chiffres et des impacts, mais ce qui est évident c'est  que la taxe carbone pour les seuls Français relève de notre angélisme dans le monde des compétitions impitoyables.


La taxe carbone ne peut avoir un sens que si elle est très générale ou , à défaut, si elle est imposée aux frontières ( de l'Europe dans le système actuel et de la France si on se libérait de l'Europe.., voire sans rompre l'union douanière en imaginant des normes techniques à respecter qui la ferait payer peu ou prou) à proportion des causalités de CO2 des produits importés.

L'idée de protection (coûteuse mais à supporter par tous - vendeurs étrangers et producteurs nationaux )  de la taxe carbone a encore été dévoyée par les écolos sociaux libéraux.


Toute protection ( de l'environnment, de l'emploi), etc.) ne peut que coûter et il faut que ce prix soit intégré au coût facturé par tous les porteurs de causes de pollution, de désemploi, etc..C'est l'équité, un peu de "fair play" dans la compétition  mondiale.


A l'arrivée, sur notre marché interne li ya aura toujours un effet induit sur les prix aux consommateurs  auxquels ce surcoût (des importations  , comme des productions nationales, mais devant les unes et les autres être traitées pareillement)  doit être être compensé par une politique du pouvoir d'achat populaire (taux sélectifs de tva, minima sociaux, allocations familiales, contrôle des prix de la distribution, etc..) , elle-même financée pour une part par des taxes à l'import sur les produits de dumping et sur les produits "carbonisant" ...

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Dimanche 23 août 2009 7 23 /08 /Août /2009 19:16
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : politique éco et emploi - Ecrire un commentaire
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