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POURQUOI CE BLOG



L'objet de ce site est de baliser par quelques souvenirs éloquents l'histoire récente et de faire contribuer ces expériences, par des commentaires d'actualité, à éclairer et choisir les changements, en s'interrogeant sur les propositions des politiques et les analyses des essaiystes. Par ailleurs, à côté des problèmes de société (parfois traités de manière si impertinente que la rubrique "hors des clous"a été conçue pour les accueillir), place a été faite à "l'évasion" avec des incursions dans la peinture, le tourisme, la littérature,  des chansons, ce qui constitue aussi des aperçus sur l'histoire vécue.

 

Identité de l’auteur
vous pouvez lui écrire à <gerard.belorgey@wanadoo.fr>


Né en 1933, appartenant à la génération dont l'enfance a été marquée par la deuxième guerre mondiale, l'occupation et la Résistance, l'adolescence par la Libération, la guerre froide, puis par de clairvoyants engagements pour les décolonisations, l'auteur a ensuite partagé sa vie professionnelle entre le service public (il a notamment été préfet, délégué à l’emploi, directeur des affaires économiques de l’outre-mer, président de la chaîne de radio-télévision, RFO), l'enseignement et la publication d’ouvrages de sciences politiques (il est aujourd’hui membre du comité de rédaction et
collaborateur régulier de la "Revue Politique et Parlementaire"). Il a également assumé des missions dans de grandes entreprises en restructuration (Boussac, Usinor/Sacilor), puis a été conseil d’organismes professionnels.


Alors que ses condisciples ont été en particulier Michel Rocard et Jacques Chirac (il a partagé la jeunesse militante du premier dans les années cinquante et fait entrer le second à Matignon dans les années 60, avant d'être son premier collaborateur à l’Emploi, pour la négociation de Grenelle et au secrétariat d’Etat aux Finances, il n'a suivi ni l'un, ni l'autre dans leurs itinéraires. En effet, dans le domaine politique, comme il ressort de ses publications (cf. infra), Gérard Bélorgey n’a rallié ni la vulgate de la Veme république sur les bienfaits de l’alternance entre partis dominants, ni les tenants du catéchisme du libre-échange mondial. Il ne se résigne donc pas à TINA ("there is no alternative" au libéralisme). Tout en reconnaissant les apports autant que les limites de ceux qui ont été aux affaires et avec lesquels il a travaillé, il ne se résigne pas non plus à trouver satisfaction dans tel ou tel programme de camp. Mesurant combien notre société multiculturelle, injuste et caricaturalement mondialisée, souffre aussi bien des impasses de l’angélisme que des progrès de l’inégalité et des dangers de l’autoritarisme, il voudrait contribuer à un réalisme sans démagogie.

Partie de ses archives est déposée dans les Fonds d'Histoire contemporaine de la Fondation des Sciences Poltiques (http://centre-histoire.sciences-po.fr/archives/index.html)

Il a écrit et existé sous d'autres noms que celui sous lequel il a signé des ouvrages fondamentaux que furent "le gouvernement et l'administration de la France" ( 1967), "la France décentralisée" ( 1984), "Les Dom-Tom" (1994)  : le peuso de Serge Adour correspond à l'époque de la guerre d'Algérie et à une grande série de papiers dans Le Monde en  1957 , celui d'Olivier Memling à l'écriture du recueil de poèmes "Sablier " (couronné en 1980 par l'Académie Française et référé  dans l'histoire littéraire du XXeme Siècle de Hachette) et aux chansons qui en sont issues, celui de  Gérard Olivier à son analyse dans de  grands quotidiens de la décentralisation en 1981/82; celui de Solon  (malheureusement partagée par erreur avec d'autres auteurs) à la publication en 1988 de "la démocratie absolue" . Cessant de vivre un peu masqué, il retrouve son nom en 1998 pour "Trois Illusions qui nous gouvernent", puis à compter de 2000 pour "Bulles d'Histoire et autres contes vrais " (série de coups de projecteurs sur notre monde  qui seront souvent repris ci-dessous), ainsi que pour de  nombreux articles dans  diverses revues. En 2009, son récit "la course de printemps" revient sur la guerre d'Algérie.

politique éco et emploi

Il faut regarder le développement qui suit comme un complément à l'article précédent
"COMMENT SÉCURISER L’EMPLOI DANS UN CADRE DE CO-DÉVELOPPEMENT DURABLE :   Pour une Europe de l'emploi (publié sur ce site  le 27/05/2009 dans politique éco et emploi)

Un  premier aspect de la  question est  de savoir jusqu'où et si les objections faites à des hypothèses de protections commerciales diverses  sont pertinentes.

On ne traitera pas ici du bilan que représente la libéralisation des échanges pour les pays en développement ( question largement débattue et développée dans le document J.Sapir, « le protectionnisme aujourd’hui » que je mettrai très prochainement en ligne  , mais de l’appréciation que l’on peut tenter du point de vue de nos propres intérêts .


A ce titre, si l’on recense les forces, les intérêts et les arguments qui  soutiennent le libre échange, on y trouve particulièrement :

1 -les  stratégies de combat, de profit et de concurrence des firmes qui y trouvent :
    * un moyen de pression sur les rémunérations et demandes sociales et contre la fiscalité française
    * la faculté de délocalisations ..et de réimportations des produits obtenus dans les pays « low cost »
    *des approvisionnements en composants moins chers que si ceux-ci étaient localement obtenus à nos prix de revient (d’où la part élevée des composants importés de nos fabrications aéronautiques et automobiles ...)
    * des approvisionnements qui seraient même souvent devenus indispensables , non substituables soit du fait de spécialisations, soit à raison de l’amaigrissement des  tissus de sous-traitants nationaux  (les effets de l’absence de régulations commerciales deviennent irréversibles et c’est bien d’ailleurs l’objet des tenants du libre-échange : nous rendre captifs de celui-ci car tributaires de fournisseurs externes auxquels on ne peut plus substituer des productions nationales).

Au titre de cette première série de facteurs, la mondialisation sans restrictions des échanges est présentée comme la condition même de notre compétitivité.

a) Il est certain que des mesures de protection commerciale, avec les effets indirects forts de permettre une politique salariale positive et de désinciter à des délocalisations, auraient logiquement  certaines conséquences d’augmentations de nos prix de ventes.
 Pour autant, il y aurait-il des risques de pertes sensibles de marchés externes ( ce qui serait à voir cas par cas pour apprécier les protections pertinentes ou non sur des approvisionnements importés)  alors que nous prétendons, par la qualité, être capable de jouer une concurrence internationale  « hors prix » ?
b) Des protections intelligentes n’ayant pas pour but de renchérir ce que nous ne produisons pas – ou hélas plus – des échanges, entre économies de productivités et de coûts de revient comparables,  de  produits très spécialisés n’auraient naturellement pas à être soumis à des dispositifs de régulation commerciale
c) Quant aux effet sur les prix internes, cf. infra 3

2 – Le raisonnement selon  lequel  des politiques de restriction des importations ne pourrait qu’entraîner des représailles (« on ne vendra plus d’Airbus, etc.)
    * ce qui réduirait notre emploi
    * aggraverait la situation économique
    * créerait des tensions dangereuses pour la paix

Ce sont des vues très sommaires qui négligent totalement
- le fait qu’une politique commerciale externe comportant certaines protections doit être négociée avec des contreparties aux tiers intéressés et que les ressorts fondamentaux des tensions mondiales ne sont plus, aujourd’hui, dans une certaine discipline des échanges, mais dans bien d’autres facteurs
- la présence nécessaire dans ces contreparties de mécanismes (cf ma note de base) 
    * ristournant des droits d’entrée aux pays vendeurs ou en affectant la contre valeur à des actions mondiales pour la préservation des ressources planétaires
    * garantissant en quelque sorte à ces vendeurs qu’ils peuvent gagner autant en vendant moins en volumes, de telle sorte qu’ils seraient à même de conserver leurs capacités d’achats de nos produits

Mais c’est bien ce qui renvoie à la troisième importante question.

3- Par définition des protections aboutissent à renchérir les imports de biens de toute nature  et, donc, de telles mesures seraient  contraire non seulement au meilleur approvisionnement des entreprises  (cf 1 ) , mais aussi à une politique du pouvoir d’achat populaire auquel bénéfice dans une certaine mesure l’importation à bas prix.

Tenir ce raisonnement méconnaît
    * que le premier pouvoir d’achat global c’est l’emploi qui ne être sauvegardé que par certaines mesures de protection
    * que sur la moyenne durée, la réduction de certaines imports devrait protéger et/ou engendrer  des productions localement obtenues analogues avec, compte tenu des productivités,  un bon rapport qualité/prix
    * que tout ce qui protége coûte, sur le moment du moins,  plus cher que de rester sans protection : ainsi tous les choix écologiques (sauf la frugalité) semblent-ils aussi commencer par « coûter » ou par diminuer des rentabilités
     * que la contrepartie de mesures de protection (commerciales ou écologiques) qui augmenteraient les prix à la consommation devrait être dans le soutien de cette consommation populaire par d’autres mesures (minima sociaux, diminutions sélectives  de tva, redistribution fiscale) dont les coûts seraient certainement gagés par des économies sur le budget chômage dès lors que le désemploi diminuerait

4- En fait l’argument qui subsiste à l‘encontre de protections commerciales  sécurisant l’emploi est le double argument européen


    * notre appartenance à l’UE interdit toute politique commerciale externe nationale propre et l’UE n’est pas disposée à concevoir des mesures de protection (même loin d’ailleurs d’une « préférence communautaire » générale)
    * le ferait-elle , qu’il resterait toute la question des distorsions de concurrence, du fait des très graves disparités internes.

Ceci ne fait que souligner la nécessité absolue de sortir de l’impasse européenne actuelle, puisqu’il ne peut pas y avoir d’Europe sociale sans une autre stratégie économique européenne.  

5 - le dernier argument contre la « tentation protectionniste » est de compter sur – « the best» - la coopération internationale, en la  préférant notamment  à une taxe carbone aux frontières de l’Europe pour résoudre les distorsions de concurrence entre ceux qui payent et ceux qui ne payent pas  les efforts contre  la pollution.

Le « protectionnisme écologique » ne serait qu’un « second best » . Jusqu’à quand faudra-t-il attendre de voir que le premier ne fonctionne guère, parce que dans la compétition mondiale pour avoir des places trop rares au top niveau, pays émergents et firmes en délocalisation n’ont aucune raison de prendre à leur charge, sans y être contraints, des coûts qu’ils ne supportent pas aujourd’hui. Cessons l’angélisme.   Des doits d’entrée réaffectés à la lutte contre les pollutions permettraient au moins de faire un dosage raisonnable  de ces coûts entre producteurs et consommateurs . Cessons de rêver ?


La second aspect de la question est de savoir quelles sont les postures qui peuvent exister au regard de la préconisation de mesures de protection et de précautions


La position orthodoxe - défendue imperturbablement par une bonne part de l'appareil  du PS  lui-même  - c’est  l’intégrisme du libre échange assorti de  redistributions ( du travail et de revenus) se voulant consolatrices (encore que partager le travail c‘est d’abord se résigner à ce qu’il n’y en ait pas assez pour tous ), mais étant surtout bien aléatoires sinon  impossibles : la pleine concurrence mondiale porte plus, chez nous,  aux régressions sociales qu’au progrès dans la résorption des inégalités ; sans une part de changement de stratégie économique, l’Europe sociale ne peut être qu’une illusion.

Une nouvelle fois, nous perdions donc notre temps à ne pas savoir prendre en compte que dans notre pays l’euro libéralisme n’est, comme le montre la situation de l’emploi, ni gagnant, ni majoritaire : s’il a une large part de tenants dans la coalition aux affaires, au modem, au Ps et chez les verts, par contre les abstentions, sa contestation au sein de toutes les gauches et par des droites identitaires expriment, en désordre mais avec force,  la demande de voir intervenir des précautions légitimes et des protections ciblées. Loin de constituer des hypothèses « risibles »,  les unes comme les autres,  dans un rapport de force certes difficile mais non immobile, sont des réponses attendues à des angoisses profondes alors que l’Europe occidentale est devant un problème de survie : poursuivra-t-elle, de manière suicidaire,  dans une ouverture pilotée par l’inconscience ou l’angélisme, ou prendra-t-elle la mesure de ce qui la guette dès lors que beaucoup des changements ont déjà des effets négatifs irréversibles ?

La question clef  est de savoir s’il peut être pertinent
- de majorer d’un coût d’entrée, par une modalité ou une autre **, le prix de certains produits low cost dont l’importation enclenche la spirale des désemplois ici et des localisations ailleurs
- en compensant  ce surcoût de prix parfois nécessaire pour ménager l’emploi (le premier pouvoir d’achat)  pour les catégories de consommateurs les plus modestes
- et, moyennant contreparties assurées aux  pays fournisseurs , sans perdre nos marchés chez ceux-ci
 
A cette question clef
-
- les intégristes du protectionnisme répondent qu’il faut rétablir la préférence communautaire, et poser dans ces termes réussir un tel challenge apparaît bien improbable

- les intégristes du libre échange répondent qu’il ne faut rien faire du tout,  ni même rien regarder
: ce refus absolu de considérer quoi que ce soit dans le sens de régulations commerciales  - en comptant sur d'irréallstes régulations sociales - est la répétition d’un catéchisme économico-social qui a pourtant conduit la gauche de gouvernement à ses échecs :  dans les résultats en matière d'emploi marchand, ainsi qu'à des défaites électorales répétées depuis 2002.

- ceux qui cherchent à voir comment concilier notre emploi et les rapports de force du monde, estiment qu’il faut concevoir des mesures proportionnées  et ensuite les promouvoir dans la négociation intra européenne et internationale : arriver donc à mettre en place des précautions et des protections ciblées; sans bâtir un système protectionniste et sans promouvoir aucune religion étatiste,  trouver les bon dosages négociables avec tous les partenaires.


______________________________________________________________________


  ** Les techniques de cette majoration pouvant être diverses : « tariffs » (comme pour les cycles aujourd’hui encore) ; « duties » ristournés ; taxe carbone alimentant des programmes de protection ; prix d’achat de contingents éventuels , etc. ; toutes modalités à gérer dans la négociation avec les tiers et non par un régime protectionniste qui cloisonnerait le monde par  des décisions unilatérales.
     

  
   
     
 

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Lundi 29 juin 2009 1 29 /06 /2009 17:05
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : politique éco et emploi - Ecrire un commentaire
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COMMENT SÉCURISER L’EMPLOI DANS UN CADRE DE CO-DÉVELOPPEMENT DURABLE

       
    A - La valeur à privilégier c’est, à mon sens, de reconstruire une société de l’emploi. Car celui-ci est
- la première dignité
- le premier pouvoir d’achat
- le moyen d’une démocratie  nourrie de moins d’amertumes, de violences et de passions

Allant de pair avec l’emploi, le niveau de vie dépend comme lui des moyens d’échapper à la pression sur les rémunérations, à la destruction des garanties sociales, aux insuffisances des services publics qui sont les résultats des concurrences mondiales par les prix.

Parallèlement, il faut bien comprendre que les causes profondes de nos graves inégalités sont que ces inégalités  répondent aux besoins même de l’économie libérale internationale de marché, car elles sont les carburants de la compétition et de celui de l’investissement (cf.infra C -3-c) 

    B- il faut donc rechercher des conditions à réunir pour atteindre sinon un « plein »,  du moins un « bon » emploi

L’emploi MARCHAND dépend avant tout de l’existence de marchés rentables, ce qui est certes le but des prospections et études permanentes des entreprises. Mais il y a un intérêt collectif à ce que soit clarifié, à grands traits du moins, ce qui est pour notre collectivité activités d’avenir rentables et autres activités problématiques, pour entraîner une prise de conscience de tous sur les contraintes économiques et les réponses possibles.

A la base , pour identifier ces différents marchés et leurs conséquences en matière d’emploi et préparer l’application des meilleurs moyens de la collectivité d’exploiter les bons créneaux et de s’adapter avec réalisme  au constat qu’il y en a d’incertains et de mauvais , il faut obtenir la conduite d’une étude prospective comparant les coûts français et ceux des autres pays du monde et les flux qui en résultent en matière d’échanges de marchandises et de services et en matière de localisations d’activités   ( la tâche d’un nouveau léger commissariat au plan, en quelque sorte qui devrait se substituer au très insuffisant et souvent dogmatique CAS et CEPI  ).
Le  simple fait de conduire et publier une telle étude serait une première opération vérité  sur des sujets qui ne sont appréciés que de manière très floue et souvent même occultés : il n’y pas de données disponibles permettant aujourd’hui de synthèse autre qu’approximative sur ces questions .

L’objectif concret est d’identifier, établir et faire connaître ( ce qui peut créer un choc salutaire) 
- les secteurs ou investir ( ou mieux organiser) pour sauvegarder ou créer de l’emploi peut être rentable
- ceux qui sont  en courte survie
- ceux qui peuvent être sauvés ou promus et à quelles conditions,
ce qui fera naturellement apparaître, comparativement aux offres étrangères,  des questions de prix de revient et de coût du travail montrant quels sont les choix :  ou baisser les rémunérations et autres charges, ou sécuriser une part de ces emplois par recours à des mesures de protection.






    C - Dans la batterie des moyens protectionnistes, il faut chercher à préférer ceux qui favorisent un «  co-développement durable».

1-    Ce concept est à redéfinir , comme le modèle dans lequel il peut y avoir le maintien de chances de non régression dans un pays relativement socialement avancé comme le nôtre  et  le soutien à des chances de progrès des niveaux de vie  et de développement durable chez les compétiteurs que sont des pays émergents et chez les abandonnés qui sont dans les pauvretés et inégalités sans fin.                      I
l faut aussi replacer ce concept  dans la question très difficile de savoir si et comment (cf. A. Lebeau, « l’enfermement planétaire ») la planète peut supporter, à l’ échéance du siècle, au delà de  9 Mds d’habitants dont les modes de vie convergeraient selon les habitudes de consommation des pays avancés, vers le haut , ou s’il faut imaginer que les populations du monde doivent et puissent se rallier à un modèle plus frugal ? Sans essai de clarification, la compétition ne peut être que plus radicale et les ressacs plus violents  entre pays avancés, pays émergents et populations prises dans des trappes de pauvreté.
 
2- Quelle batterie de moyens pour un co-développement équitable ?

Il faut d’abors énumérer DES TECHNIQUES
Puis voir dans un second temps COMMENT FAIRE AVEC L’EUROPE

S’agissant des techniques


a) Il faut accepter le principe qu’il y a lieu à un différentiel de charges lorsqu’un produit étroitement comparable est obtenu dans une low cost country avec des productivités comparables au nôtres, mais avec un coût de revient (tenant aux facteurs travail, fiscalité, monnaie, environnement, etc.) imbattable.
Mais il faut négocier l’affectation de ce différentiel de charges, de ce « droit compensateur »  qui peut être :
- ou un droit ( un « tariff ») perçu en tant que droit de douanes,
- ou un droit ( un « duty ») perçu au profit de fonds revenant d’une manière ou d’une autre aux pays d’origine, comme compensation de coûts du travail et de coûts sociaux particulièrement  bas .
Etant observé que les classes dirigeantes de ceux-ci sont hostiles à un système de « social taxes »  et n’accepteraient sans doute pas de recevoir des compléments salariaux par des ressources ayant augmenté leurs prix de vente terminaux aux consommateurs européens ( et ayant donc réduit leur pugnacité commerciale et les profits de ces classes dirigeantes) et que dès lors on peut aussi négocier qu’ils instituent directement des taxes à l’export  ( dont la contre-valeur serait recyclée dans leurs économies), l’affectation concerté des produits des duties  pourrait sans doute être plus particulièrement recherchée
- pour une part,  comme contributions à l’amélioration de  leurs services publics et sociaux
- pour une part,  en garantie de recettes (cf infra : g- ) pour des Émergents exportateurs ayant besoin d’autant de devises, mais pour moins de volume de  ventes
- pour une autre part, comme  concours à leur prise en compte des défenses de l’environnement,  dès lors qu’ils intégreraient ces contraintes à leurs productions, notamment pour les émissions de CO2 (on peut d’ailleurs alors leur faire valoir que le coût en serait terminalement supporté par les consommateurs des pays vers lesquels ils exportent)

 b) A défaut les droits différentiels ne leur seraient pas ristournés mais affectés à des fonds mondiaux.

c) Par ailleurs, il faut  faire progresser l’hypothèse de cette taxe carbone sur les produits obtenus au prix d’émission de C02 et qui serait d’application mondiale, mais de fait s’appliquerait aux seuls pays n’ayant pas pris les dispositions protectrices requises en la matière.

d) Dans un dispositif d’un certain rétablissement de la « préférence communautaire »,  il ne faut pas exclure des contingents vendus aux enchères aux fourbisseurs ou importateurs les plus offrants . L’une des tâches du commissariat à l’analyse prospective et stratégique suggéré ci-dessus étant de proposer  dans quels secteurs agricoles, halieutiques, industriels ou de services , ces contingents seraient vitaux.  Les contre-valeur des enchères seraient de même affectées  à l’un des trois emplois visés en a)

e) une régulation sécuritaire ( état des navires, qualification des équipages, anticipation sur les effets de pénurie sur le prix du fuel) du transport mondial ( y compris par des fonds de concours contre la piraterie)  peut aussi aboutir à des augmentations salutaires de prix réduisant les avantages de s’approvisionner  à l’extérieur.


f) Vis à vis des pays émergents, la stratégie à conduire – au demeurant différenciée selon les cas et devant aboutir à des accords cadres  bilatéraux entre puissances  - est complexe, mais peut avoir des bases claires :

- ces pays pourraient-ils méconnaître qu’il n’est pas de leur intérêt de voir s’effondrer les économies et les capacités de consommation de leurs clients ? A courte vue, non ;  mais à moyen terme ce n’est pas exclu : dans la compétition entre puissances dont les rejets de pollutions et les consommations totales d’eau, d’énergie, de nourriture vont se heurter au mur écologique planétaire, des Émergents  pourraient avoir tentation de se faire place contre les anciennes nations « pourvues » : d’accepter donc le déclin des commandes de celles-ci  allant de pair avec celui des économies occidentales et d’en profiter pour mobiliser à leur profit les ressources disponibles (libres capacités de rejet des pollutions, liées aux consommations industrielles et alimentaires de protéines , accaparement (à l’image d’ailleurs de ce qu’à fait l’Occident)  des sources de minerais, d’énergie,etc. )   en développant  très fort et vite leurs propres marchés intérieurs.
Mais n’est ce pas, par ailleurs,  ce qui est en définitive souhaitable pour notre propre salut ?  Ce développement du marché intérieur des Émergents ne pouvant  provenir, au delà de la croissance démographique,  que de l’ augmentation de leurs rémunérations directes et indirectes, c’est ainsi  que se rééquilibreront à moyen terme les prix de revient ( tout en obligeant tous à traiter  la question des garanties à prendre pour un développement durable et frugal).
 
Il faut spéculer qu’il n’y aura pas de schéma tranché, tant la globalisation a croisé et mêlé les intérêts, mais qu’il faut surtout compter sur les fortes incitations que l’on peut employer sur les Émergents pour les inciter à des politiques raisonnables,  sans trop compter sur la prise en compte que d’eux-mêmes ils pourraient faire de nos propres problèmes.

Ces incitations reposent, à mon sens, sur le fait qu’ils ont besoin au moins en soudure ( pour une - ou deux ? -  décennies) de nous vendre des produits à un niveau produisant pour eux des recettes comparables au moins  à celles qu’ils en tirent aujourd’hui pour continuer à pouvoir acheter chez nous ce dont ils ont besoin.
Mais pour obtenir ces recettes, ils n’ont pas besoin de vendre autant s’ils vendent plus cher.  Le deal et donc d’accepter de leur payer plus cher un volume d’export restant suffisamment raisonnable et ciblé  pour ne pas détruire certaines de nos propres productions ; et les « duties » ristournés peuvent jouer un certain rôle dans ces montages ; le problème le plus difficile étant de maîtriser les comportements d’achats de nos propres firmes ( ce à quoi doivent répondre les tariffs et les contingents).

De surcroît en assurant ces recettes aux Émergents, on assure du même coup le plan de charges ( et les emplois) de celles de nos activités qui produisent les biens qu’ils achètent et on sort du faux débat sur les risques de représailles en cas d’une part de protectionnisme, puisque l’on met en oeuvre un protectionnisme sinon « altruiste », du moins  « gagnant/gagnant » qui veut garantir les intérêts de nos fournisseurs ( et par ailleurs clients...)

Construire clairement, du moins au niveau des principes ,  un tel deal et le replacer dans les conditions dont l’observation pour la viabilité de la planète est nécessaire pour tous pourrait passer par le niveau d’une concertation internationale ( d’un échelon adéquat à positionner entre ONU, OMC, BIT, G20)  fin que soit recherché une sorte de pacte directeur de co-développement durable entre les États du monde.
 

g) A l’arrivée, il faut donc  accepter le principe que certains produits seraient, par les effets des  dispositifs sus visés  ainsi vendus plus cher aux consommateurs européens qui doivent choisir entre un  « pouvoir d’achat »  par la casse des prix et des emplois nationaux ( autrement dit un pouvoir d’achat pour une société ouverte mais assistée) et un pouvoir d’achat obtenu par  des emplois sécurisés moyennant des prix plus élevés pour certains produits.

Voilà qui impose et justifie parallèlement, en compensation,  une politique du PA populaire à obtenir par une fiscalité indirecte socialement sélective et par une redistribution plus équitable entre hauts et bas revenus ( en tenant compte des patrimoines) , afin de garantir des minima sociaux.
Son financement ( en dépenses fiscales ou budgétaires)
-pourrait être gagé sur des économies en matière de dépeses chômage si celui régresse ;
- pouurait être également trouvé dans une part des produits de « tariffs » lorsqu’il y aurait lieu à ceux-ci .

h) les effets de tel ensemble de régulations physiques seraient sensibles sur les localisations d’activités, puisque des localisations dans les « low cost countries » perdraient une part de leur intérêt dès lors que les produits qui y seraient obtenus ne pourraient  rentrer dans les Pays Avancés  à leurs prix de revient sortie production, mais à leurs prix de revient assortis des différentiels à payer et/ou ans la limite de contingents quantitatifs.

L’ENSEMBLE DES INDICATIONS CI-DESSUS NE TRAITE PAS DES RÉGULATIONS FINANCIÈRES ET BANCAIRES devant contribuer à l’éradication de « l’économie casino », comme à un mode opératoire plus satisfaisant du financment des économies réelles.  
Les unes ont été présentées par les tenants d’un capitalisme moralisé et domestiqué et on ne peut que souscrire à leur esprit et contenus.
Un certains nombre d’autres visent plus loin : à une part de  contrôle des mouvements de capitaux, en particulier à court terme, de manière liée à des disciplines relatives aux liquidités, placements, ratios bancaires. Je ne m’estime pas compétent pour les présenter et je renvoie aux préconisations de J. Sapir, in  « la fin de l’eurobiléralisme »


3 - Et l’Europe ?
 
a) Bien entendu, toutes les  mesures concernant le commerce international sont de la compétence européenne ( à la majorité qualifiée du CM ) et gérées en fait par la commission.
Mais ce n’est pas seulement pour ces raisons juridiques que la compétence est européenne . Dès lors qu’il y a un périmètre européen de libre circulation interne des produits, il faut un système uniforme d’accès à ce périmètre sauf à créer des distorsions de trafics et de concurrence qu’il n’est pas impossible, mais qu’il est très compliqué alors,  de gérer.

b) Si l’on confronte cette compétence européenne et la batterie ( cf supra) de mesures de protection  et de négociations internationales pour un co-développement durable, on mesure quelle révolution devrait intervenir dans les esprits européens et dans l’appareil de l’UE, formés au dogme du libre échange,    pour  que  ce soit possible, en impliquant une intervention convaincue de tous les acteurs, en particulier dans les négociations internationales  à conduire sur la base de rapports de forces.

c) C’est néanmoins la transformation qu’il faut réussir de l’Europe
- en faisant de celle qui existe une critique beaucoup plus radicale que celles qui sont conduites lorsqu’elles se contentent de demander une Europe plus sociale
- en mesurant bien, en effet, qu’il ne sert à rien de vouloir promouvoir une Europe sociale si l’on ne s’en donne pas les moyens qui sont moins budgétaires et juridiques que stratégiques


Il doit être clair que « l’Europe sociale » est impossible

- Si, d’une part , les rémunérations, droits sociaux et services publics n’y sont pas protégées contre les moins disant sociaux, fiscaux, environnementaux, si bien que même une disposition générale sur un salaire minimum européen aurait autant d’effets contre-productifs dans la concurence mondiale, si celle-ci n’est pas maîtrisée, que d’effets régulateurs en interne ( ou jouent d’ailleurs toute une autre série de facteurs que le coût direct du travail).
Si d’autre part , les inégalités continuent à constituer dans le périmètre européen les carburants indispensables tant de la compétition que de l’investissement .

Rappelons en effet des choses élémentaires :

On peut guère lutter contre les inégalités  dans une économie libérale de marché essentiellement fondée sur l’appropriation privée, sur l’attente d’une régulations automatique, sur la liberté des échanges commerciaux allant de pair avec celle des localisations d’activités à travers le monde.
 Les inégalités sont en effet les indispensables carburants d’un tel système :

a) C’est grâce aux inégalités que la machine économique libérale peut fonctionner
- en pesant sur les coûts salariaux
- en dégageant de la capacité d’investissement autorisée par les propensions possibles à épargner des meilleurs revenus

b) si on fait une politique plus égalitaire
- on diminue la compétitivité dans la concurence mondiale
- on diminue la capacité d’investissement par le marché financier
 
c) C’est pourquoi cette politique plus égalitaire des revenus n’est possible qu’à deux conditions majeures
- des protections contre les concurrences des moins disant-sociaux, fiscaux, environnementaux, en matière de services publics 
- une part raisonnable  de relai-substitution de l’investissement privé par des financement publics  ( obtenus par une épargne fiscale)



L’esprit support d’une Europe sociale, l’esprit qu’il faudrait faire partager c’est donc
- qu’elle demande une part de son investissement au financement public et fiscal se substituant à une fraction de financement privé ; ce qui ne saurait s’obtenir magiquement, mais ce qui  ne peut être bâti peu à peu que sur un réel consentement en ce sens, en particulier par une réflexion de la gauche européenne sur ce point 
- qu’elle échappe aux excès de la compétition mondiale et des compétitions internes   
 

A ce second titre,
- les moyens doivent donc d’abord, vis à vis de l’extérieur,  comporter la sécurisation économique nécessaire par la part indispensable de « préférence communautaire » et/ou de « co-développement durable » négocié  dans l’esprit indiqué ci dessus,  aboutissant à remplacer le libre échange par le juste échange pour pouvoir avoir un niveau social correct sans perdre les emplois ; 
- ces moyens doivent aussi comporter la faculté de résoudre les distorsions internes de  l’Union entre ses pays avancés et ses low cost countries.

d) Or les classes au pouvoir de ces dernières ne se plieraient pas aisément à des propositions d’alignement de minima sociaux ou fiscaux d’autant que cette question est biaisée par le fait que les distorsions en cause  sont aussi de l’intérêt de nos firmes d’avoir des lieux préférables à celui du noyau d’Europe pour localiser leurs activités et faire pression sur leurs salariés  .
Là encore c’est en négociant de manière volontariste, en exerçant les pressions utiles , que l’on pourrait peut-être obtenir des changements :
- il faut subordonner l’apport des fonds structurels, et plus généralement d’autres financements internationaux ( BE, FMI) à   des progrès vers ces minima
-il faut appliquer un  régime de taxe carbone significative partout en Europe
- il faut faire observer aux nouveaux pays de l’élargissement que , compte tenu de leurs types et niveaux de prix de productions, ( encore dans l’agriculture et l’industrie « classique »)  , ils peuvent être les premiers intéressés à une certaine « préférence européenne » pour ces produits, mais que cette préférence ne peut raisonnablement être demandée à leur profit  que si eux-mêmes ne font pas du « dumping » interne
- à défaut, de la même manière qu’il y a eu des « montants compensatoires » lorsqu’il y avait des distorsions monétaires ( avant l’euro), il faut imaginer des « montants compensatoires » qui corrigeraient en hausse certains prix émanant des  nouveaux pays de l’est européen lorsqu’il seraient constatés comme le résultat de composants anormalement bas des prix de revient.

e) Si tout cela ne marche pas, et en se donnant comme terme ultime aux recherches consensuelles dans le grand périmètre , la fin de la mandature du Parlement européen élu  prochainement et auquel devrait être confié par un sommet des chefs d’État une mission de proposer les voies et moyens d’une réelle harmonisation économique et sociale européenne -  il faudra concevoir un périmètre cohérent européen plus restreint qui passerait de simples partenariats avec les États n’en acceptant pas des règles du jeu monétaires, fiscales  et sociales minimales contraignantes. Une autre révolution, par rapport à la mode l’élargissement,  à laquelle on n’échappera peut-être pas.

 4 -  Se sécuriser, au nom de l’emploi et avec lui comme ultime critère de décision,  contre les excès du libre-échange peut prendre du temps et, avec les incertitudes,  on pourrait « mourir guéris ». C’est pourquoi dans cette attente, il y a des leviers nationaux qui sont parfaitement utilisables. On en citera deux.  


a) un moyen – national -  d’agir sur les localisations d’activités n’est pas d’interdire les délocalisations tant – hélas - elles répondent à la logique économique mondiale qui, plus encore que la recherche de la maximisation du profit, contraint les entreprises à baisser leurs rémunérations, à demander des allégements fiscaux, à se localiser ailleurs, mais de négocier des engagements d’activités sur le sol national, moyennant notamment des concours financiers. Dès lors qu’une  firme accepte ce deal, ce qui suppose qu’elle l’a jugé économiquement viable,   il faut être extrêmement ferme à l’encontre des sophismes qui disent de telles mesures contraires au droit, notamment européen ,  de la concurrence ( cf. annexe 3) et si raison n’est pas entendue, aller jusqu’à la crise.    

b) –l’autre est une « tva sociale »  bien construite -  question qu’il faut regarder en dehors du contexte électoral où elle était venue.  

Des ressources inchangées pour les régimes de garanties sociales et un niveau de prix inchangé pour le consommateur peuvent, en ce qui concerne certains produits d’assiette, être obtenus en remplaçant des cotisations sociales par des points supplémentaires de TVA sur ces produits.

Cette compensation aurait pour effet que des produits nationaux qui bénéficieraient de l’effet d’allégement de cotisations sociales soient obtenus moins chers que les mêmes produits importés qui supporteraient la TVA augmentée. C’est une rare mesure protectionniste à portée d’une décision nationale ( l’UE n’est pas compétente pour contrôler les augmentations de TVA et d’ailleurs l’Allemagne et les Pays Bas l’ont fait avec succès). Pour verrouiller positivement le système ( qui est parfaitement compatible avec une fiscalité indirecte socialement sélective) , il faut pouvoir s’assurer que la production répercutera les allégements de cotisations sociales et que le distribution ne ferait  pas de péréquation entre produits localement obtenus et produits importés. La véritable difficulté est d’ailleurs du côté de la distribution qui apprécie trop la libre importation et les différentiels de profit qu’elle lui assure et qui est certainement assez hostile à ce dispositif dont l’idée ( en conséquence ?)  paraît être enterrée.  



CONCLUSION

La récession est là, en tant que produit inéluctable du système libre échangiste et inégalitaire mondial ; cf. mes notes précédentes sur « l’économie mondialisée » ayant souligné qu’il ne faut pas confondre
- les sources de la crise : le dérèglement bancaire par les conséquences en chaîne de l’affaire des subprimes et par la dérégulation financière ayant autorisé «  l’économie casino »  mondiale ;
- et les causes profondes de la dépression : les chutes des solvabilités populaires par suite de la déflation  salariale et du désemploi,  combinées  au détournement de l’épargne et de l’investissement vers les meilleures rentabilités des placements dans les low cost countries et, plus encore,   dans l’économie casino.


L’économie de marché qu’il faut accepter est de reconnaître le rôle irremplaçable des entreprises privées et de l’initiative de chacun, mais de tempérer cette économie de marché de trois manières en écartant  l’idée dangereuse de refonder l’économie de marché sur ses trois inacceptables piliers s’ils sont exclusifs.



     L’économie de marché, dans une acception pleinement libérale,  c’est en effet  trois choses :
    - l’ appropriation privée de quasi tous les moyens de production de biens et de services
    - la croyance en la  régulation automatique de l’offre et de la demande, de l’investissement, des prix
    - des échanges internationaux et des localisations d’activités à travers le monde se formant sans qu’il soit  tenu compte, pour des produits et des activités comparables,  des composantes  de leurs prix de revient respectifs

Or, on ne peut accepter, dans leur intégralité , aucune de ces trois données :

a) -    l’appropriation privée doit s’entendre comme la liberté d’entreprendre – qui est nécessaire et fructueuse -  avec ses moyens propres, mais doit aller de pair avec une dose d’économie mixte répondant  à plusieurs besoins
        * celui de services publics de base classiques et régaliens
        * celui de services publics industriels et commerciaux pour les grands besoins collectifs qui doivent être satisfaits par les principes d’égalité et d’accessibilité
        * celui d’une certaine participation de la puissance publique au financement des investissements  matériels et immatériels)  productifs dans le secteur des productions et services marchands

b) - la seule régulation automatique est incertaine, aléatoire et malsaine.
    * la recherche des équilibres offre/demande appelle manifestement des politiques publiques précises
    _* en matière d’investissement,  je renvoie à mes notes («  réflexion préparatoire » et « quelle économie mixte ? »,  ayant
- d’abord souligné le besoin d’une part d’investissement financé collectivement pour limiter l’effet d’inégalité qu’entraîne obligatoirement le financement par le seul marché, c’est à dire par les seuls détenteurs de moyens de revenus et d’épargne pour le faire,
- ensuite indiqué  des voies  possibles pour une Banque Nationale d’Investissement .
    * en matière de formation des prix , il est évident que des contrôles devant faire respecter la concurrence, comme il le faut,  par la distribution vis à  vis des producteurs et des consommateurs sont absolument indispensables  

c) - enfin, au plan international , le libre échange entre pays très hétérogènes (comme il a été analysé dans mes précédentes contributions : note 1, « la compréhension de la crise » ; note 2 «  la dépression, à la recherche de réponses » )  ne peut servir les intérêts à long terme ni des pays avancés, ni des pays émergents, et encore moins des pays dans les trappes de pauvreté et d’inégalités , ni permettre l’observation des conditions d’un développement durable ne rencontrant pas le mur écologique  . En conséquence, je préconise, à ce stade,sans que la question puisse être épuisée,  au nom de notre emploi et des équilibres mondiaux,  les correctifs développés  dans la présente note .  Mais ceci implique une révolution du mode pensée et du mode opératoire de l’Union européenne qui permettrait d’engager les travaux précis et les négociations délicates nécessaires .



Avant tout quatre démarches méthodologiques ont donc à retenir :

- l’une consiste à obtenir une étude sérieuse sur les perspectives d’activités françaises rentables replacées dans un cadre européen et mondial ;
- l’autre est qu’au niveau d’une concertation internationale ( d’un échelon adéquat à rechercher entre ONU, OMC, BIT, G20), soit élaboré une sorte de pacte directeur de co-développement durable entre les États du monde ;
-la troisième est que le nouveau Parlement européen soit saisi ( par une conférence des chefs d’États de l’UE ?) de la mission d’avoir à définir, sous trois ans, les voies et moyens d’une cohérence économique, sociale, de services publics et de protection environnementale à l’échelle de l’ Union ;
- la quatrième qui intéresse particulièrement les formations politiques de progrès serait qu’elles  réflechissent de concert sur les conditions fondamentales de réduction des inégalités .    

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Mercredi 27 mai 2009 3 27 /05 /2009 16:42
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : politique éco et emploi - Ecrire un commentaire
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Nous nous  sommes déjà interrogés sur ce site sur la question de la pêche. La précarité de la situation française tient-elle aux quotas ? ou tient-elle à la combinaison des quotas et des importations?  Les pêcheurs français ne pêchent pas assez pour vivre et les pêcheurs d'ailleurs voient leurs produits largement importés en France, ce qui maintient des prix assez  bas . Si les importations étaient mieux maîtrisées et que les pêcheurs français ne pêchent guère plus -  en restant dans des quotas - lls vendraient certainement plus cher.   L'activité à la mer serait mieux maintenue, mais le consommateurs serait appelé à payer plus. C'est toujours le choix entre l"emploi et le pouvoir d'achat.  Mais le premier pouvoir d'achat n'est-il de l'emploi dans des actvités rentables ?

Pour l'intant versons au dossier la pièce ci-dessous, sans nous prononcer sur l'existence ou non de ce deal de décembre 2008 etre la France et l'U.E.      



 

La pêche française victime d'un affreux marchandage ?  16/04/2009

La pêche française victime d'un affreux marchandage ?
Invité ce jeudi de Jean-Michel Apathie à 7h50 sur RTL, le président du MPF et chef de file en France de Libertas pour les élections européennes, Philippe de Villiers, a accusé le ministre de la Pêche et porte-parole de l'UMP pour cet élection, Michel Barnier,  "d'avoir tout cédé à Bruxelles, d'avoir sacrifié la pêche artisanale française", notamment en l'échangeant contre le gaz et le poisson norvégiens. "J'accuse la commission de Bruxelles et le ministre de la pêche française, qui a tout cédé à Bruxelles, d'avoir sacrifié la pêche artisanale française, c'est-à-dire de l'avoir échangée contre le gaz norvégien et le poisson venant de Norvège", a déclaré sur RTL le député européen et candidat au scrutin de juin. "Il y a eu un accord le 19 décembre 2008 et, dans cet accord entre l'Union européenne et la Norvège, la France a tout cédé", a-t-il accusé. Selon lui, "la France s'est vu accorder un quota de cabillaud de 9.000 tonnes" pendant que "la Norvège pêche 450.000 tonnes de cabillaud". "La France importe un million de tonnes de poisson, dont 664.000 tonnes hors de l'Union européenne", a aussi fait remarquer le président du conseil général de Vendée. "Les pêcheurs français sont des gens raisonnables, prudents, ils sont d'accord pour qu'il y ait un système de quotas", a-t-il poursuivi, mais "à condition que les experts ne soient pas désignés par la Commission de Bruxelles" dont les membres "ne font pas la différence entre un poisson rouge d'aquarium et un cabillaud". "On dit à nos pêcheurs: +faut casser vos bateaux, on va subventionner la casse de vos bateaux, vous restez à quai+ et, pendant ce temps-là, eh bien sur les étals, à la criée, on voit arriver du poisson de Norvège ou de la mer du Nord ou de Russie ou d'ailleurs!", s'est-il insurgé (avec AFP, 16 avril 2009)
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Jeudi 16 avril 2009 4 16 /04 /2009 14:43
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : politique éco et emploi - Ecrire un commentaire
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Faisons un peu d’impertinente géopolitique. Sans changement stratégique,  la certitude d’un effondrement à court terme des niveaux et qualités de vie des pays d’Occident est, à très brève échéance, l’avenir garanti à nos concitoyens et à nos enfants.

1 - Le G 2O c’est d’abord deux chiffres au lieu d’un : le symbole d’un monde multipolaire aux nouveaux pays constituants dont il est bien de reconnaître les rôles et d’ajuster les droits – en particulier dans la gestion des institutions internationales -  au delà d’ailleurs de ce qui a été fait maintenant.

A la faveur de ce G20, sans céder aux modes, il faut mettre en exergue la remarquable nouvelle posture américaine qui, par l’intelligence de Obama, paraît pouvoir ouvrir un nouveau type de relations entre les Etats Unis et le reste du monde. 

Ce qui est normal ( que la puissance occidentale ne soit plus exclusive)  ne doit pas entraîner ce qui est inadmissible ( que s’effondre ce que notre type de société apporte, malgré ses imperfections et inégalités, après les sacrifices et les progrès  des temps passés, à beaucoup de nos concitoyens d’aujourd’hui ).

A l’accueil des nouvelles puissances, et particulièrement du BRIC  ( cet acronyme désignant  le groupe de pays formé par le Brésil, la Russie, l'Inde et la Chine)  il faut des contreparties et des garde fou.

La contrepartie essentielle est qu’ils acceptent une régulation commerciale des échanges de marchandises, question qui n’a été - semble-t-il - nullement abordée.

Les garde-fous, c’est de ne pas tresser des louanges à leur régimes économiques, de ne pas en faire la référence, la règle du jeu.

Or, en saluant le fait que les Émergents, notamment d’Asie, sont les seuls à tirer la croissance mondiale emporte une espèce d’adhésion à deux modèles dangereux :
-   d’une part  à des types de sociétés - gouvernées dans certains cas par des pratiques proches de la jungle -  qui assurent cette croissance ;
-  d’autre part au mythe que le développement des uns et des autres est tributaire de l’expansion du commerce mondial.

2 - Cette expansion du commerce mondial serait le seul ressort possible d’un avenir de la planète, en assurant la démocratisation de la consommation. D’ou les violons des libéraux (cf. le débat de France 3 à la veille du G20, avec l’essayiste de service et le banquier béninois...très habile d’avoir un financier africain )  sur le lien entre libre échange et démocratie, alors, paradoxalement,  que la démocratie est absente des pays dont les classes dirigeantes tiennent à se placer deux fois en position de domination :
- vis à vis de leurs propres populations subissant les effets de l’accumulation capitalistique avec plus encore de dures exploitations que beaucoup de retours sociaux en leurs faveurs
- sur bien des marchés  internationaux , en goûtant la satisfaction de prendre revanche – ce qu’on comprend – sur les temps où ils étaient dominés.

Surtout  ce paradigme du niveau de commerce mondial en tant qu’indice de santé est faux. S’il est exact que le croisement de relations commerciales fortes entre pays de types et niveaux comparables est l’un des signes et moyens de prospérité, l’installation -  par les prix -   de positions commerciales dominantes de certaines régions du monde sur de très nombreux segments de produits se traduisant par des déséquilibres quasi structurels de balances d’échanges est soumission à un jeu de dupes.
Une consommation à bas prix de produits importés  est destructrice d’emplois et donc en fait du pouvoir d’achat qu’elle prétend donner puisque nos emplois sont notre premier pouvoir d’achat. 

3 - La chute des capacités de production et d’emploi des pays socialement avancés ira très vite non seulement avec l’augmentation des chômages et la dépression, mais aussi, comme il est déjà bien constaté, - et comme nous le faisons valoir en vain depuis des années - avec l’obligation de comprimer encore plus les coûts, de déconstruire le droit du travail et les protections sociales, de réduire les ponctions collectives au détriment de services publics et sociaux.

C’est en vain que les oppositions et tous ceux qui sont, à raison,  insatisfaits ou scandalisés (par l’état des prisons, des hôpitaux, de certains enseignements, de l’évolution de la sécu, etc.)  font la critique des insuffisances et des mauvaises réformes, parce qu’ils ne prenent pas en compte que notre société, faute de santé économique,   perd les moyens économiques et budgétaires d’assurer de manière décente ces services. Les réformes «droitières » deviennent obligatoires et un gouvernement « de gauche » serait largement contraint de faire pareil .

Quelle erreur de jugement de croire que la « colère sociale » peut-être un levier de changement positif lorsque ce changement positif n’est possible qu’à la condition de la sauvegarde de notre économie contre les excès du libre échange. Tous les programmes politiques qui n’abordent pas ce point n’ont pas de sens.

Un avenir sécurisé ne peut être bâti que sur la base, entre grandes régions du monde,  d’accords équilibrés  de co-développement ménageant les intérêts des pays avancés et des pays émergents.

4 – D’où le  besoin d’une nouvelle stratégie au regard de laquelle le G20 n’a rien pu apporter puisqu’il a en fait été la célébration du commerce international et la recherche de carburant pour celui-ci.

Un carburant qu’il na pas tellement trouvé, tout en prenant des risques inflationnistes ( en fait stagflationnistes) inimaginables hier. Des relances massives généralisées ont été écartées à juste titre sans doute car il faut , comme Strauss-kahn le fait,  minimiser aussi la différence d'envergure entre les plans européen et américain ("Quand on tient compte de la protection sociale, des « stabilisateurs automatiques », bien plus forts en Europe, l'écart n'est pas si grand"). Néanmoins une borne est franchie avec le rachat d’emprunts publics par la Réserve Fédérale, ce qui aboutit à de la création monétaire sans contrepartie de productions.
Le carburant a aussi été recherché par ce triplement des ressources du FMI (qui va, pour sa part d’interventions européennes prévisibles, sans doute servir d’une part les PECO souffrant d’autant plus qu’ils viennent de loin et qu’ils sont dépourvus de bases de pouvoir d’achat à notre échelle  et d’autre part les pays, comme l’Irlande  et l’Espagne ayant joué et perdu des mises ultra libérales).

5 - Outre l’impact psycho politique de cette réunion de style novateur, les points concrets positifs sont donc essentiellement dans l’aspect « réglementation » financière à laquelle il ne faut pas pour autant accorder les effets et vertus qu’aurait une régulation générale des échanges commerciaux et des mouvements de capitaux ( alors que beaucoup jouent sur le contenu des mots de réglementation et de régulation).
Traiter des « trous noirs » de la finance mondiale, est moralement indispensable, techniquement utile, mais  reste d’effet stratégique global sans doute assez limité, même si le relais des paradis fiscaux n’est plus au service d’évasions fiscales, d’opérations spéculatives comme de maximisation des profits, à l’occasion de facturations  de trafics de marchandises. 


6 - Au delà, dans quels domaines, des choses ( qui n’ont pas été traitées)  peuvent-elles avancer ?

- Peut on espérer que la question des institutions monétaires internationales et celle de la création d’ instruments monétaires  de réserve ( mais qui soit aussi une monnaie pratiquement utilisable, ce qui ne serait pas le cas d’une monnaie virtuelle obtenue par un « panier »)  autre que le dollar pourra voir le jour ?

- Peut-on penser que ceux des Émergents qui ont joué la mondialisation  des échanges commerciaux,  mais qui ont largement conservé ( ce qui a épargné à l’Inde et à la Chine la grosse crise de 1998) les contrôles de leurs mouvements de capitaux et une part de maîtrise de la convertibilité de leurs monnaies vont s’aligner sur l’ordre libéral? Il vaudrait sans doute mieux en fait, qu’en contrepartie de leurs spécificités de réglementation monétaire, ils soient porter à accepter des régulations commerciales.

- Peut-on escompter qu’un jour enfin des dispositifs d’ajustement obligatoire des taux de changes pourraient traiter des inégalités résultant des déséquilibres structurels de balances commerciales ?


- Par quel « marchandage » général peut progresser la question de la protection de la planète qui a été présente au G20 en fond de tableau, mais non pour un programme de travail ? 

- A quand un vrai débat sur l’excellente et  provocante idée du secrétaire américain à l'Énergie, Steven Chu, d'une taxe sur les importations de pays qui n'imposent pas de baisse des émissions de gaz – cette "taxe carbone" contre le "dumping environnemental"qu’a d’ailleurs aussi évoqué N. Sarkozy) ?

- Peut-on imaginer la manière dont les EU vont sortir de la contradiction entre leur  besoin de dépenses pour le rattrapage social et pour la relance et leur besoin de réduire leurs déséquilibres budgétaire et des échanges ?


- Peut-on comprendre comment leur énorme dette envers les prêteurs asiatiques peut leur laisser des marges de manoeuvre commerciale, dès lors qu’eux aussi doivent protèger intelligemment leur niveau d’emploi en déroute (et d’autant plus que leur niveau d’export est structurellement bien faible et que leur dépression est très contagieuse sur nous-mêmes) ?  D’où tout l’intérêt s’ils s’engagent eux-mêmes dans la ligne de Kyoto.  de la taxe carbone à l’import, -

- Peut-on penser en synthèse  que le  rapport de forces commerciales avec l’Asie peut bien évoluer, c’est à dire dans le sens de la protection de nos populations ?



7 - Plaçons nous avec réalisme dans une perspective de relations gouvernées par  des rapports de forces : exactement ce que ne comprennent pas ou ne veulent pas voir  ceux qui nous portent - dès lors que leurs intérêts propres sont saufs - à tenir le rôle de « l’idiot dans le village global » , alors que la vraie question est de savoir comment préserver les intérêts  de nos propres populations (comme le dit simplement et  avec bon sens B. Obama pour ce qui concerne les américains devant lesquels il est comptable puisqu’ils l’ont élu).

Une simplification de l’appréciation de ces rapports de forces montre que la propension à une forme de domination des pays émergents allant de pair avec la dégradation de nos niveaux de vie tient à des soutiens provenant de notre propre univers, mais rencontre par ailleurs deux obstacles  qu’il faut instrumentaliser.

Le principal soutien de nos compétiteurs est constitué d’une partie de nos acteurs économiques.  Ce sont des entreprises occidentales – et pas seulement de grandes multinationales, mais aussi bien des firmes spécialisées dans la  distribution et des Pme corsaires – qui ont été le support des délocalisations et plus encore des nouvelles localisations,  et de larges approvisionnements  dans les low cost countries, sans parler de toutes les installations de services très sophistiqués, mais tout à fait  délocalisables, et de plus en plus délocalisées dans le monde entier.
Trois clefs successives ont ouverts ces chemins de notre déclin  : le différentiel entre coûts d’approvisionnement et de vente  a motivé ( au nom du consommateur !) le lobbying libre-échangiste du négoce mondial ; la course aux rentabilités financières élevées réalisables par le fait d’obtenir des productivités occidentales dans des pays à coûts de production plusieurs fois moindres que les nôtres a inspiré les stratégies de placements des actionnariats les plus cupides ; la haute qualité des prestations intellectuelles de service de beaucoup de pays d’Asie et du Sud a emporté la conviction de l’aristocratie de l’innovation.  


Discipliner nos propres acteurs économiques vers de meilleures directions pour notre emploi et niveau de vie n’est possible que si on les sort d’un système où tout les pousse à jouer contre nos intérêts nationaux. Il ne s’agit donc pas de leur interdire de faire ce que la logique économique leur impose aujourd’hui (comprimer les rémunérations, licencier, délocaliser, s’installer d’emblée ailleurs)  mais de leur offrir une autre logique économique : une logique comportant la part nécessaire de rééquilibrage des conditions concurrentielles entre nos pays et les Émergents qui offrent aujourd’hui à la fois des bases d’implantation dotées d’avantages imbattables aux entreprises et des moyens d’approvisionnement en main d’oeuvre et en produits de toute nature d’une compétitivité sans pareille. Facteurs qui expliquent par exemple que la chute des carnets de commande de la sidérurgie sera supportée par l’Europe ( la « crise » ne change pas les données de bse, mais  accélère tout), que l’industrie automobile va, sous quelques années, se transférer inévitablement en Asie ( comme un dossier explicite d’Alternatives économiques de ce mois le met évidence en suffisant à lui seul à, paradoxalement,  démentir le « rassurisme général » dont fait preuve cette publication à l’égard des effets de la mondialisation).    

Les freins à un basculement qui fait notre ruine peuvent tenir à deux  facteurs.

- D’une part, les Émergents ont encore besoin de nous . Ils ne peuvent pousser leurs avantages concurrentiels au point de détruire nos économies et pouvoirs d’achat, parce qu’ils gardent provisoirement un intérêt - jusqu’à la relève par leurs propres consommateurs et par des pays pauvres qui vont quand même progresser -  à ce que nous soyons leurs marchés, tandis qu’à l’inverse nous n’aurions guère besoin des leurs ( ni en export , ni en import - sauf pour des approvisionnements particuliers et des matières premières- si nous avions (cf Todd )  une grande Europe gérée en préférence communautaire) ; mais combien de temps encore auront-ils besoin de nous ?

- D’autre part, le développement des niveaux de vie, notamment à l’échelle démographique de l’Asie, conduit tout droit dans le mur écologique – alors que toutes ces populations du monde ont un droit imprescriptible à progresser.

Ce droit et l’avenir de la planète ne sont compatibles que moyennant de considérables précautions qui ont deux versants : l’innovation technologique, en particulier en matière d’énergie, de transports, d’alimentation ; le ralliement partout à des modes de vie moins consommateurs et moins prédateurs.

Deux exigences qui impliquent les coopérations scientifiques, technologiques et prudentielles entre pays de tous niveaux économiques et modes de vie. Ces enjeux communs peuvent-ils freiner la logique  qui porte les Émergents à ne pas s’embarrasser des conséquences meurtrières  des formes prises par  leur développement sur les vieilles sociétés ?


8 - Notre univers est à la bifurcation de deux voies
 
- ou bien, dans la ligne actuelle de la plus grande pente, la poursuite d’une loi de jungle de fait, allant de pair avec le libre échange, et conduisant à  la régression sociale garantie ;
- ou bien, par un  ressaisissement de nos responsables, la découverte de la stratégie indispensable à la fois de « containment » des conséquences des développements des Émergents et de coopération avec eux pour négocier et gérer des rééquilibrages.

Il ne s’agit pas de futurologie ; la menace est imminente. Il ne faut pas être grand clerc pour la lire, sauf si l’on est complétement intoxiqué par les modes de la vie publique. Sous quelques années, nos emplois vont partir en fumées, nos charges vont devenir de plus en plus à la fois insuffisantes pour faire face aux  besoins et  insupportables pour beaucoup de ménages et d’entreprises, nos niveaux de vie vont plonger ; c’est une question de protection contre un scénario catastrophe, comme je le disais en 1998 dans « trois Illusions qui nous gouvernent » et une question de survie comme je le disais  en 2005 dans l’article de Passages sur les localisations d’activités. Mais les Cassandre ne reçoivent que des ricanements ou des baillons.

Par contre, tous les jours, des personnalités politiques de premier rang et une foule de commentateurs de deuxième ligne  (et qui font métier de bonimenteurs d’estrade dans des rôles convenus à l‘avance)  continuent, par leurs gesticulations, leurs incompétences, sur les podiums,  dans la presse et sur les ondes,  à se livrer à des jeux partisans, médiatiques et intellectuels, comme si nous étions dans la benoîte France de Pompidou ; et ne pensent qu’aux paillettes ou aux mythes de droite ou de gauche  par lesquels séduire les électeurs  ou les lecteurs et auditeurs sans être à même de penser à  les prémunir contre ce qui les attend, tout simplement parce qu’ils ou qu’elles ne le conçoivent pas.

La situation est d'une extrème gravité. Des lignes d'évolution régressive , non reversibles,  sont en train d'être franchies C’est à un véritable état d‘alerte qu’il faut appeler.






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Jeudi 9 avril 2009 4 09 /04 /2009 18:49
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : politique éco et emploi - Ecrire un commentaire
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je tiens à relayer ici une intervention de Jacques Sapir devant le MRC et qui m'a paru tout à fait pertinente et très documentée en particulier sur le point que ce n'est pas le développement du commerce international qui assure bien l'élavation des situations des popuplations des pays émergents.



Jacques Sapir : Le protectionnisme et le contrôle des changes conduisent-ils à la guerre ?


Par Jacques Sapir. Directeur d’études à l’EHESS.Leçons des années 1930 pour comprendre la crise actuelle.

L’ampleur de l’actuelle crise économique et financière n’a d’égale que celle de 1929. Elle affecte l’ensemble du système financier et monétaire international, qui a du faire face entre le 15 septembre 2008 et le début du mois de novembre à une crise des liquidités internationales sans précédant. L’ensemble des systèmes bancaires et financier est touché. Les effets sur les économies nationales se dévoilent aujourd’hui dans toute leur importance.

Si, au contraire de la crise de 1997-1999 les grands pays « émergents » (ceux que l’on appelle les BRIC, soit le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine) resteront capables de performances économiques acceptables (environ 3,5% de croissance en Russie et sans doute 7-8% en Chine), les pays développés sont entrés en récession.

Celle-ci s’annonce particulièrement sévère aux Etats-Unis où le PIB devrait se contracter de -2% à -3% durant 2009 et peut-être une partie de 2010. Les économies européennes seront elles aussi touchées, mais avec des différences significatives. Si la Grande-Bretagne et l’Espagne, qui avaient imité le « modèle américain » d’une économie très ouverte et financiarisée vont elles aussi connaître une récession très sérieuse, avec un recul du PIB certainement supérieur à 2%, la France et l’Italie devraient subir un choc de moindre ampleur. Notons cependant qu’il faut s’attendre à une contraction du PIB proche de 1% pendant la plus grande partie de 2009.

Quant à l’Allemagne, son modèle « neo-mercantiliste », fondé sur une contraction de la demande intérieure et la délocalisation des chaînes de sous-traitance dans les économies à faibles coûts du travail des « nouveaux entrants » de l’UE lui avait assuré jusqu’à présent de bonnes performances en matière de balance commerciale. Mais, on avait tendance à oublier que ce succès s’était payé au prix d’une montée du chômage et d’une baisse de l’investissement. La crise va affecter durablement aussi ce modèle et aura des conséquences importantes outre-Rhin.

La crise aura aussi des conséquences importantes dans les économies qui sont à la périphérie des grandes économies développées touchées par la crise. La récession a déjà transformé les Pays baltes, imprudemment désignés par certains comme les « petits dragons de la Baltique » en pays ne devant leur salut que dans les prêts du FMI. L’effondrement Islandais, un pays qui avait appris par cœur la leçon du néo-libéralisme et avait joué à fond la carte de la financiarisation de son économie, est bien connu. Quant à l’Irlande, que l’on donnait en modèle de la réussite d’un pays européen combinant les réformes structurelles si chères au cœur des néo-libéraux avec une totale ouverture aux marchandises et aux capitaux en oubliant un peu vite l’ampleur des aides européennes reçues, elle était déjà cet été dans une récession de -1,5% du PIB.

Plus dramatique encore est le cas de certains pays du Maghreb ou de l’Amérique Latine. La violence de la contraction de l’activité en Espagne a pour conséquence une explosion du chômage qui touche en premier lieu les immigrés les plus récents. Les effets s’en font sentir au Maroc, mais aussi en Équateur. Le Mexique, dont la croissance était tirée par la consommation américaine va lourdement pâtir de la crise qui s’installe au nord du Rio Grande, sans oublier le fait que ses exportations souffraient déjà de la concurrence asiatique, et Chinoise en particulier.

La crise est bien mondiale.

1. Une crise de la globalisation.

Cette crise trouve ses origines dans les déséquilibres de fond entre production et consommation qui se sont mis en place à la suite du précédent choc, celui de 1997-1999. Ces déséquilibres sont dans une très large mesure le produit de la libéralisation financière et commerciale, entamée dans les années 1980, et qui a connu son paroxysme dans les années 1990.

1.1. Les conséquences de la crise financière de 1997-1999.

La crise de 1997-1999 a marqué un changement de régime dans l’ordre financier international. La libéralisation de la finance internationale avait fragilisé les systèmes bancaires, conduisant à une instabilité financière de forte amplitude. Sous l’impulsion des Etats-Unis et du FMI, de nombreux pays - sauf la Chine - ont du adopter une convertibilité totale de leur monnaie, incluant le compte de capital. Or, une telle convertibilité totale, si elle favorise à l’évidence le développement des services financiers transnationaux, n’a que peu d’intérêt du point de vue du développement réel des pays considérés. Elle accentue en réalité la dichotomie entre la logique financière et la logique du secteur réel des économies.

La crise de 1997-1999 est dans une très large mesure le résultat de la situation créée par la libéralisation financière. Elle a conduit de nombreux pays asiatiques qui avaient été les premières victimes de cette crise, à vouloir se doter de réserves en devises excessives pour se prémunir contre cette instabilité.

La Chine a adopté une politique similaire moins en raison de l’impact immédiat de la crise - la convertibilité limitée du Yuan l’en avait protégé - que parce qu’elle avait du éponger par un déficit commercial accepté vis-à-vis de ses voisins immédiats les conséquences de cette crises. La Chine avait été en 1997-1999 le grand stabilisateur de l’économie asiatique face à l’incurie du FMI qui s’était révélé incapable de gérer cette crise, et face à la pression des Etats-Unis qui avaient empêché la constitution du « Fonds Monétaire Asiatique » que le gouvernement japonais souhaitait mettre en place (avec l’accord implicite de la Chine).

Cette politique fut un succès et les réserves de change accumulées par la Chine et ses voisins immédiats se sont accrues de manière considérable. Cette politique a eu cependant un coût interne non négligeable, qui aurait pu être évité si l’on avait eu un système financier international plus efficace et moins instable. La croissance des pays qui ont eu recours à cette stratégie aurait pu être mieux équilibrée, tant sur le plan social qu’écologique.

1.2. La « Déflation salariale » et la responsabilité du Libre-Échange

Mais, il y a eu aussi un coût pour l’ensemble du système qui a directement conduit à la crise actuelle. Pour accumuler les devises dans les quantités voulues, ces pays ont été poussés à développer des politiques prédatrices sur le commerce international. Celles-ci ont été mises en oeuvre par des dévaluations très fortes mais aussi des politiques de déflation compétitive limitant drastiquement la consommation intérieure.

Ces politiques ont eu un effet très puissant en raison du cadre de libre-échange généralisé mis en place par l’OMC. Celui-ci a induit un puissant effet de déflation salariale dans les pays développés. On voit dans la totalité des pays développés l’écart entre le revenu moyen et le revenu médian s’ouvrir. Pour certains pays, il y a stagnation absolue, et même régression du revenu de la majorité de la population. Pour d’autres, on est en présence d’un phénomène de paupérisation relative qui accroît le déséquilibre entre salaires et profits dans le partage de la valeur ajoutée.

Cet effet de déflation salariale s’est propagé par la menace des délocalisations conduisant les salariés à accepter des conditions sociales et salariales toujours plus dégradées au nom de la préservation de l’emploi. Il a d’ailleurs été fortement aggravé par l’irruption des logiques financières au sein des entreprises du secteur réel de l’économie dont le développement de la pratique des LBO (les rachats d’entreprises par endettement avec un fort effet de levier).

Si les politiques prédatrices de certains pays asiatiques ont eu un effet dévastateur sur les économies développées, elles ont aussi largement déstabilisé des pays en voie de développement. Contrairement aux affirmations faites au début des années 2000, les études quant aux effets du libre-échange montre que les gains induits par les règles de l’OMC pour les pays en voie de développement sont très faibles. On est ainsi passé d’un gain pour ces pays, estimé à 539 milliards de dollars dans le modèle LINKAGE de 2003 à 22 milliards de dollars dans le modèle GTAP de 2005 . La version LINKAGE de 2005 réduisait elle aussi les gains à 90 milliards. Quant au « Cycle de Doha », qui a capoté en juillet 2008, il n’aurait rapporté aux pays en développement (incluant la Chine..) que 4 milliards de dollars suivant le modèle GTAP.

En fait, comme le groupe des pays « en développement » inclut la Chine et l’Inde, quand on prend en compte les divers effets de la libéralisation du commerce qui ne sont pas tous inclus dans les modèles GTAP ou LINKAGE, le bilan est directement négatif pour les autres pays, car le gain cumulé de la Chine et de l’Inde excède largement le gain des pays « en développement » . Contrairement à ce qui est souvent avancé, le libre-échange n’a pas été un facteur de développement des pays les plus pauvres, et son effet sur la réduction de la pauvreté fortement surestimé, quand il n’a pas été le produit d’erreurs de calcul . Il a par contre favorisé un effet d’éviction au profit de la Chine et au détriment de pays comme le Maroc ou la Tunisie dans l’accès au commerce avec l’Union Européenne, effet qui a été alimenté aussi par la montée en qualité des exportations chinoises .

1.3. La crise d’endettement

L’emballement des mécanismes du crédit, qui ont techniquement déclenché la crise, résulte de la tentative de maintenir la capacité de consommation du plus grand nombre alors que les revenus stagnaient, voire baissaient (comme aux Etats-Unis pour le ménage médian). On voit en effet l’endettement des ménages s’accroître de manière spectaculaire dans tous les pays développés. Il atteint des sommets dans ceux qui se sont le plus engagés dans la logique néo-libérale. Ainsi, aux Etats-Unis passe-t-on en dix ans de 61% à 100% du PIB entre 1997 et 2007.

On dépasse les 100% du PIB en Grande-Bretagne et en Espagne (à partir de 2007). Cependant, même amoindri, le phénomène se retrouve dans des pays qui ont été plus réticents à adopter les « réformes structurelles » du néo-libéralisme. Ainsi, l’endettement des ménages a augmenté dans les dix dernières années de 33% du PIB à 45% en France et il a atteint 68% du PIB en Allemagne, suite au choc de revenu provoqué par la mise en place dans ce pays de la « TVA sociale »

L’accroissement de cet endettement, au moment même où les revenus de la majorité des ménages étaient tirés vers le bas, de manière relative ou absolue, par les effets de la déflation salariale ne pouvait que conduire à une crise d’insolvabilité. Il faut noter que dans de nombreux pays, la pression compétitive exercée par les politiques prédatrices, entre autres mais non uniquement des pays asiatiques, s’est traduite par un accroissement rapide de l’endettement des entreprises.

Ainsi, au moment même où les « formateurs d’opinion » mettaient l’accent sur le problème de la dette publique, en particulier en France, la véritable crise d’endettement prenait naissance chez les agents privés (ménages et entreprises). On peut constater dans le tableau 2 que l’endettement de la France est un des plus faibles parmi les pays développés et que, à l’exception de l’Italie, ce sont bien les agents privés qui sont à la base de l’explosion des dettes dans les pays développés.

Cette crise d’endettement des agents privés se produit au moment où les conditions de solvabilité des ménages sont directement menacées par la déflation salariale. C’est elle qui a conduit à la crise financière avec les conséquences que nous connaissons aujourd’hui. Cette crise d’endettement des agents privés découle directement des conditions de libéralisation du commerce international. On ne pourra donc pas y mettre fin sans toucher de manière substantielle à cette libéralisation.

Elle a aussi été aggravée par les effets induits de la libéralisation financière. Cette dernière aussi devra être remise en cause si l’on veut sortir de la crise.

1.4. Une crise de système

Cependant, si l’on doit critiquer les politiques prédatrices et de dumping social et écologique qui ont été menées tant en Asie que dans certains des nouveaux adhérents de l’Union Européenne, il faut reconnaître qu’il ne fut jamais offert de choix à ces pays.

L’instabilité du système monétaire et financier international, découlant à la fois des politiques de libéralisation impulsées sous la pression américaine et de la manipulation de la monnaie de référence, le Dollar, par les Etats-Unis rendait inévitables de telles politiques. Ces dernières sont des ajustements à la globalisation que l’on a connue depuis le début des années 1980. C’est donc bien en cela que la crise que nous vivons aujourd’hui est une crise de la globalisation.

Cette dernière a créé une structure qui par son instabilité a engendré des crises locales. Ces dernières ont à leur tour donné naissances à des politiques d’ajustement qui ont renforcé cette instabilité et provoqué de nouveaux déséquilibres, dont la déflation salariale dans les économies développées est l’exemple le plus spectaculaire mais non unique. Ces déséquilibres ont à leur tour engendré des ajustements, les poussées brutales de l’endettement des acteurs privés, qui n’ont été possibles qu’en raison des conditions institutionnelles - la libéralisation financière et la déréglementation généralisée - issue de la structure de base. Ainsi le mode spécifique des crises locales qui caractérise la globalisation, loin de conduire à des ajustements stabilisants, induit au contraire de nouveaux déséquilibres dont les effets nocifs viennent s’ajouter à ceux de la structure initiale. Les crises se succèdent de manière de plus en plus rapide, et elles sont de plus en plus brutales. C’est donc bien la globalisation qui est la cause originelle de la crise que nous connaissons.

2 La manipulation de l’histoire par les idéologues néo-libéraux.

Il ne fait pas de doute que tant le libre-échange que la libéralisation des mouvements internationaux des capitaux sera mise en cause dans les mois qui viendront. L’ampleur de la crise aux Etats-Unis ne laisse que peu de choix à la nouvelle administration, qui sera déjà confrontée à l’explosion du déficit budgétaire pour financer le sauvetage d’une partie du système financier. En Europe, il deviendra très rapidement évident que sans l’introduction de barrières douanières, à la fois au niveau de l’UE mais très certainement aussi entre les pays de la Zone Euro et les autres, on ne pourra contrecarrer la déflation salariale qui est fondamentalement à la base de la crise. Prétendre aujourd’hui mener des politiques de hausse des revenus salariaux sans en même temps instituer des protections douanières n’est tout simplement pas sérieux.

2.1. Qui est responsable pour la chute du commerce international dans les années 1930 ?

Or, ce retour vers le protectionnisme et des mesures de réglementation de la circulation des capitaux est dénoncé dans les milieux néo-libéraux (qu’ils soient « sociaux » ou non) comme le début d’un processus devant nous conduire à la guerre, comme dans les années trente.

Il est souvent affirmé que les mesures de sauvegarde monétaires et commerciales prises à la suite de la crise de 1929 avaient contribué à l’aggraver en provoquant un effondrement du commerce international La contraction de ce dernier est une évidence, mais ses causes sont complexes. Une étude systématique des chercheurs du NBER montre que les droits de douane (le protectionnisme) n’a eu pratiquement aucun rôle dans l’effondrement du commerce international à partir de 1930. Les deux facteurs déterminants furent l’accroissement des coûts de transport et l’instabilité monétaire . La hausse des coûts de transport est signalée dans une autre étude comme un des facteurs ayant une responsabilité importante dans les flux du commerce international .

Il faut souligner le rôle dans la contraction du commerce international de la contraction de la liquidité internationale. D’un simple point de vue chronologique, il est évident que ce facteur fut décisif. La contraction de la liquidité est en effet concentrée sur 1930 (-35,7%) et 1931 (- 26,7%). Une mesure simple de la contraction du commerce réside dans le tonnage de fret maritime inemployé. On voit la proportion du tonnage inemployé augmenter rapidement jusqu’à la fin du 1er trimestre 1932 puis baisser (Cf. : Tableau 3). Elle se stabilisera par la suite.

L’essentiel de la contraction du commerce, telle que l’on peut la mesurer par l’évolution du fret maritime, se joue entre janvier 1930 et juillet 1932, soit avant la mise en place des mesures protectionnistes, voire autarciques dans certains pays. Un événement postérieur à un autre ne saurait en être la cause…

2.2. La question de la liquidité internationale

La pratique des dévaluations compétitives est, quant à elle, une réponse à la pénurie de liquidités internationales qui se manifeste durant 1930. Celle-ci oblige de nombreux pays, confrontés à des sorties brutales de devises et d’or induites par la crise des banques américaines et au rapatriement des capitaux qui s’en suit, à tenter de dégager un solde commercial excédentaire à tout prix afin de dégager de cette manière les liquidités nécessaires. L’hypothèse des chercheurs du NBER d’un rôle important du Gold Exchange Standard dans les flux commerciaux doit ici être reformulée[15]. Ce qui est mesuré dans leur étude est l’impact d’un système monétaire international stable, réduisant les incertitudes et les coûts de transaction. Il est clair que le Gold Exchange Standard réunit ces conditions, mais ne peut en assurer la pérennité. En effet, les conditions de propagation de la crise montrent que ce système ne permet pas l’émission des liquidités nécessaires pour combattre la trappe à liquidité induite par la crise boursière puis par l’effondrement du système bancaire.

Les dévaluations qui ont lieu entre 1931 et 1934 sont très probablement excessives, mais c’est en raison du fardeau qui pèse sur la balance commerciale des pays considérés. Celle-ci devient en l’absence de sources internationales de liquidité (et ici se trouve la responsabilité du Gold Exchange Standard), la seule variable d’ajustement possible. Dans ces conditions, les mesures de sauvegarde qui sont souvent critiquées n’apparaissent pas comme une cause mais comme une conséquence. L’instabilité monétaire, qui tranche tant avec la situation précédente, est justement induite par le manque total de flexibilité induit par le lien à l’or.

Il faut noter que les accords de règlement bilatéral qui vont se mettre en place à partir de 1934/35, et qui sont souvent très critiqués, ont en réalité permis le maintien d’un flux de commerce international. Si de tels accords constituent des freins dans une période d’expansion de l’activité économique, ils constituent aussi des filets de sécurité en période de récession.

Le problème de la hausse des coûts du fret maritime, dont on voit qu’elle a un fort impact sur le commerce international, est à relier au problème de la liquidité. Les faillites bancaires atteignent aussi les compagnies d’assurance. Les conditions d’assurance du trafic maritime se détériorent et les moyens financiers des négociants maritimes se contractent brutalement. Ces conditions assurent à elles seules une partie de l’accroissement des coûts de transport. La hausse des prix du charbon utilisé dans la navigation maritime joue aussi, mais elle est en partie liée aux instabilités économiques issues de 1929 qui ont conduit à une contraction de la production. Foreman-Peck montre bien que la contraction des crédits, et en particulier des crédits au système commercial, est une cause majeure de contraction du commerce. La question de la liquidité est donc bien centrale[16].

2.3. De l’idéologie libérale au négationnisme : la dangereuse pente des défenseurs de l’ordre international établi.

La lecture rétrospective de la contraction du commerce international des années 1930 qui accuse les politiques protectionnistes et les dévaluations se trompe (de bonne ou de mauvaise foi) de cibles. Mais ceci n’épuise pas les arguments de ceux qui veulent à tout prix éviter une remise en cause et du libre-échange et de libéralisation des mouvements de capitaux.

Certains d’entre eux en arrivent à prétendre que les mesures économiques protectionnistes prises à la suite de la crise de 1929 auraient été les causes de la seconde Guerre Mondiale[17]. Il faut, pour user d’un tel argument, soit une profonde méconnaissance de la nature du Nazisme et du Fascisme - il y a dans l’Allemagne Nazie une dimension pathologique spécifique [18] - soit une mauvaise foi qui est du même ordre que celle des auteurs Négationnistes. Le Nazisme n’est pas une radicalisation du nationalisme allemand de la période de Guillaume II, mais sa négation[19].

Il est donc extrêmement inquiétant pour la qualité du débat intellectuel en France, mais aussi pour la capacité à trouver des réponses réelles et non imaginaires ou factices à la crise actuelle, que cessent les travestissements idéologiques de l’histoire. Ceci ne signifie pas que le recours à cette dernière soit inutile, bien au contraire.

3. La pertinence des leçons des années 1930

Ce qui est vrai et important dans la situation actuelle est que la période des années 1930 a joué un rôle décisif dans la maturation des réflexions sur ce que devait être un système international monétaire et commercial. C’est à partir de l’analyse qu’il fit des évolutions de ces années que Keynes élabora les propositions qui servirent de base à la discussion menant aux accords de Bretton Woods. On doit se souvenir que les leçons que Keynes avait tirés des années 1930 allaient dans trois directions[20].

3.1. Ordre monétaire international efficace et protectionnisme.

Keynes avait déduit à juste titre des processus du début des années 1930 l’importance capitale de l’alimentation en liquidité du système international. Ceci l’avait renforcé dans son opposition à toute forme d’étalon or et dans sa conviction que la monnaie internationale ne pouvait être qu’artificielle au sens où elle devait être détachée d’une monnaie nationale comme d’un lien avec une matière première. C’est ainsi qu’il se rallia à l’idée du « BANCOR » qui avait été émise à la fin des années 1930, même s’il proposa d’autres noms (dont « dolphin ») pour une telle monnaie internationale.

Mais, et le texte du projet de 1941 ne laisse aucun doute à ce sujet, un tel système ne pouvait fonctionner que si l’on tendait rapidement vers un équilibre des balances commerciales. Il fallait donc trouver des règles pénalisant et les stratégies de déficit (le pays cherche à vivre à crédit aux crochets du système) et les politiques de prédation (le pays cherche à piller ses voisins). La question de l’ordre monétaire, perçue comme la clé du commerce international passait donc aussi pour Keynes par la présence de mesures d’organisation de ce dernier qui ne sont pas compatibles avec le libre-échange. Ce dernier ne semblait possible et utile qu’entre des pays dont les structures économiques auraient été parfaitement homogènes.

Il faut ainsi comprendre le processus qui conduisit Keynes à adopter le principe du protectionnisme et à en faire un élément important de ses propositions. Il a évolué ainsi d’une position plutôt favorable au libre-échange qui avait été la sienne jusqu’en 1925-1926, vers une position admettant non seulement des formes de protectionnisme comme système permanent mais aussi des formes de protection se rapprochant de l’autarcie en cas d’urgence.

Une leçon clairement tirée par Keynes est que le libre-échange a épuisé son contenu positif au XXe siècle[21]. On doit ici signaler que la « Charte de La Havane » qui en 1948 institua une Organisation Internationale du Commerce, laissait de larges marges de manœuvre en matière de protections douanières pour les États membres. Il faut ajouter que pour Keynes le protectionnisme permet aussi de rendre impossible des pratiques de concurrence ou de dumping fiscal entre pays voisins.

C’est un thème très présent aujourd’hui dans l’UE où ces pratiques conduisent en fait à la fragilisation générale des systèmes fiscaux. C’est en particulier cette menace permanente du dumping fiscal qui conduit les membres de l’UE à donner un rôle de plus en plus important à un impôt comme la TVA (avec même la variante dite « TVA Sociale »). Aujourd’hui, baisser la TVA, ce qui serait une manière de redonner aux ménages les plus pauvres du pouvoir d’achat et les aider à recouvrer leur solvabilité, reviendrait à détaxer en partie les produits importés, et contribuerait à aggraver les effets de déflation salariale. Des mesures de protection douanière, y compris au sein même de l’Union Européenne à travers le mécanisme des montants compensatoires monétaires permettraient de cibler spécifiquement les produits issus de pays pratiquant le dumping social, écologique et fiscal. De telles mesures redonneraient une plus grande flexibilité à l’instrument fiscal dans le cadre de la politique économique nationale visant au plein emploi.

On doit ajouter qu’elles ne sont pas contradictoires avec une logique de solidarité européenne. Les sommes collectées par ces montants compensatoires, au lieu d’aller dans les budgets des États les collectant pourraient soit alimenter les Fonds Structurels Européens soit alimenter une caisse spéciale d’aide aux pays de l’UE souhaitant faire progresser leur législation sociale et écologique pour converger avec les pays les plus avancés.

3.2. Comment combiner coordination et souveraineté : la question du contrôle des changes.

La troisième direction, et qui est sans doute la plus importante, est que si une coordination entre États est nécessaire, celle-ci ne doit pas empêcher de mener des politiques nationales qui sont les seules légitimes. La question du lien entre responsabilité politique et légitimité est d’ailleurs au cœur de sa conversion au protectionnisme au début des années 1930[22]. Toute architecture de coordination doit donc préserver cette liberté d’action ou être condamné à l’échec. De ce point de vue, le contrôle des changes joue un rôle clé dans les dispositifs imaginés par Keynes.

Il permet en particulier de stabiliser les taux de change (et de combattre la volatilité de ces derniers qui fut préjudiciable au commerce international) tout en laissant aux gouvernements nationaux la plus grande autonomie possible en matière de politique monétaire et budgétaire. Il permet aussi de construire un cadre de régulation de modifications des parités de change (les dévaluations et réévaluations) quand ces dernières sont nécessaires. Keynes expliquait de manière très nette que les changements de parité nécessaires sont une nécessité absolue quand les conditions de formation des prix diffèrent de manière importante entre deux pays. Il était donc opposé avec la plus extrême fermeté à la théorie d’une fixité des taux de changes tout comme il s’opposait à l’idée de laisser ces derniers être purement déterminés par des mécanismes de marché.

Or, on sait qu’une dynamique d’Eurodivergence se manifeste à l’intérieur de la zone Euro. Ceci peut sembler étonnant, car l’instauration de l’Euro comme « monnaie unique » avait en théorie pour fonction d’aboutir à une homogénéisation des économies de la zone. Le processus de divergence était cependant visible dès 2003. Ainsi, dès cette époque avait été reconnu par un des meilleurs partisans de l’Euro que si l’on assistait alors à une unification des marchés des dettes (les marchés obligataires), les espaces qui continuent de porter une trace, même lointaine, de l’économie réelle (telles les Bourses) restaient marqués par “la forte résistance des segmentations nationales”[23].

Le passage à l’Euro n’a pas entraîné d’unification des prix entre les pays de la Zone, ni même de convergence dans les dynamiques inflationnistes ou encore les relations entre l’inflation et la croissance[24]. L’Euro aurait dû à la fois accroître la croissance et préserver l’Europe des turbulences économiques extérieures ; il n’en a rien été[25]. L’Euro n’efface pas les divergences nationales ni ne ralentit l’effritement du modèle social européen. Il en est ainsi non pas parce que l’Euro aurait été en soi et dès le début, une mauvaise idée, mais avant tout parce que le principe de la monnaie unique appliqué à des économies dont les structures - et donc la conjoncture - restent fortement hétérogènes était une erreur sans les moyens d’harmoniser rapidement ces structures[26].

En réalité, ces moyens n’existent pas car ni les populations des pays concernés ni les classes politiques ne sont disposées à transférer à un quelconque pouvoir fédéral une capacité fiscale qui devrait être égale à peu de choses près à la moitié des budgets nationaux. Il en résulte qu’il ne peut y avoir de politique monétaire unique efficace pour l’ensemble des pays concernés. Ainsi, l’Euro fort pénalise lourdement l’économie française[27], ce qui a été confirmé par une étude récente de l’INSEE qui chiffre à 0,6% - 1% de croissance du PIB le coût net de la surévaluation de l’Euro[28], mais aussi l’Espagne (où le déficit de la balance courante excède les 10% du PIB) et l’Italie.

On doit constater rétrospectivement qu’un système européen où l’Euro eut été une monnaie commune et non la monnaie unique, chapeautant et encadrant des monnaies nationales dans un régime de changes fixes mais régulièrement ajustables, garanti par des contrôles sur les mouvements de capitaux, aurait été une réponse à la fois plus robuste et plus flexible pour assurer la croissance et maintenir des règles de coordination tout en respectant la spécificités des économies des pays concernés.

3.3. Peut-on réformer le système monétaire international avec les Etats-Unis ?

Il apparaît donc que, face à la crise qui se développe aujourd’hui, la combinaison du protectionnisme et d’un retour à des systèmes de contrôle sur les capitaux, de manière à stabiliser la convertibilité des monnaies sur la base des seules transactions commerciales de biens et services, apparaît comme la base de toute solution, comme ce fut le cas après la crise des années 1930. Mais, comme en 1944, une telle position ne peut que se heurter à l’opposition des Etats-Unis. Ceux-ci combattirent sans relâche les propositions de Keynes et imposèrent à Bretton Woods un système qui montra rapidement ses faiblesses.

On constate cependant que la question du contrôle des changes et des contrôles sur les mouvements de capitaux constitue un point immédiat de conflit entre les gouvernements qui souhaitent recourir à de tels mécanismes et les Etats-Unis[29]. La défense de la souveraineté économique n’est pas compatible avec les objectifs de la politique américaine. Robert Wade, qui a été un des grands spécialistes des stratégies industrialistes des pays asiatiques[30], identifie ainsi la question du contrôle sur les mouvements des capitaux comme le théâtre des conflits à venir entre les Etats-Unis et les pays souhaitant conserver la souveraineté de leur politique économique[31].

Il n’y aura donc de réforme et de sortie de crise que sur la base d’un affrontement avec la politique américaine. Il peut imposer d’en passer par la constitution de zones régionales qui se fixeraient des règles différentes de celles prévalant aujourd’hui. En ce qui concerne l’Europe, la transformation radicale de l’Euro d’une monnaie unique en une monnaie commune pourrait éviter que les tensions internes induites par le processus d’eurodivergence n’atteignent un point de rupture. Le statu-quo actuel est certainement l’option la plus dangereuse économiquement, car elle empêche de lutter efficacement contre la récession) mais aussi politiquement car elle risque de provoquer un rejet massif du principe même de coordination entre les pays européens. Les partisans les plus acharnés de l’Euro, ceux qui refusent d’ouvrir le débat sur son évolution, en seront ainsi les fossoyeurs et ils enfonceront le dernier clou dans le cercueil qui enfermera le cadavre de l’idée européenne.

La coordination n’est possible que dans la mesure où elle sait prendre en compte les spécificités et respecter les souverainetés. Tout volontarisme sur ce point ne peut que conduire à des violences et des crises. Les années 1930 ne furent pas seulement celles de la « Grande Crise ». Elles furent aussi celles du « Haut Stalinisme », qui fut avant tout un volontarisme prétendant faire fi des impératifs de l’hétérogénéité économique et sociale du monde réel. On sait ce qu’il en advint.

Telles sont les véritables leçons des années 1930 qu’il nous faut prendre en compte pour porter remède à la crise actuelle.

——————–

[15] A. Estevadeordal, B. Frants et A.M. Taylor, « The Rise and Fall of World Trade, 1870-1939 », op.cit..

[16] J. Foreman-Peck, A History of the Worlld Economy : International Economic Relations Since 1850, Harvester Wheatsheaf, New York, NY, 1995, p. 197.

[17] L’auteur de ces lignes a, hélas, entendu fort souvent de tels et scandaleux propos tenus par membres et dirigeants du PS et certains de leurs conseillers économiques.

[18]Voir : Ian Kershaw, Hitler, a Profile in Power, Londres, 1991. Idem, Nazi Dictatorship : problems and Perspectives of Interpretation, Londres, Oxford University Press, 1993 ; Idem « Working towards the Führer » in I. Kershaw et M. Lewin (eds.) Stalinism and Nazism - Dictatorships in Comparison, Cambridge University Press, 1997.

[19] W. Sheridan Allen, « The Collapse of Nationalism in Nazi Germany » in J. Breuilly (ed), The State of Germany, Londres, 1992

[20] J.M. Keynes, “Proposals for an International Currency Union - Second draft, November 18, 1941″ in D. Moggridge (ed.), Collected Writings of John Maynard Keynes, volume XXV, Londres, Mac Millan, 1980, pp.42-66. La première version de ce texte date d’octobre 1941. Il semble que Keynes se soit mis au travail sur ce projet lors de son retour de son voyage aux Etats-Unis en mai 1941.

[21] J.M. Keynes, « National Self-Sufficiency », Yale Review, 1933.

[22] J. Sapir, « Retour vers le futur : le protectionnisme est-il notre avenir ? » in L’Economie Politique, n°31, 3ème Trimestre 2006.

[23] M. Aglietta, “Espoirs et inquiétudes de l’Euro” in M. Drach (ed.), L’argent - Croyance, mesure, spéculation, Éditions la Découverte, Paris, 2004, p. 237.

[24] [24] I. Angeloni and M. Ehrmann, “Euro Aera Inflation Differentials”, The B.E. Journal of Macroeconomics, Vol. 7: Issue 1/2007, Article 24, p.31. Available at: http://www.bepress.com/bejm/vol7/iss1/art24 , J. Gali, M. Gertler and D. Lopez-Salido, “European Inflation Dynamics” in European Economic Review, Vol. 45, n°7/2001, pp. 1237-1270. C. Conrad et M. Karanasos, “Dual Long Memory in Inflation Dynamics across Countries of the Euro Area and the Link between Inflation Uncertainty and Macroeconomic Performance”, in Studies in Nonlinear Dynamics & Econometrics, vol. 9, n°4, November 2005, http://www.bepress.com/snde .

[25] M. Aglietta, “Espoirs et inquiétudes de l’Euro” p. 240.

[26] J. Sapir, « La Crise de l’Euro : erreurs et impasses de l’Européisme » in Perspectives Républicaines, n°2, Juin 2006, pp. 69-84.

[27] P. Artus, dans une étude de CDC-Ixis diffusée début juillet 2005 et citée par P-A. Delhommais, “Une étude se demande si la France et l’Italie vont être contraintes d’abandonner l’Euro”, in Le Monde, 9 juillet 2005 ; Marc Touati dans la Lettre des Etudes Economiques du 9 mars 2006. S. Federbusch, “La surévaluation de la monnaie unique coûte cher à la croissance” in Libération, rubrique “Rebonds”, 26 avril 2006.

[28] F. Cachia, “Les effets de l’appréciation de l’Euro sur l’économie française”, in Note de Synthèse de l’INSEE, INSEE, Paris, 20 Juin 2008.

[29] B.J. Cohen, “Contrôle des capitaux: pourquoi les gouvernements hésitent-ils?”, in Revue Économique, vol. 52, n°2/mars 2001, pp. 207-232.

[30] Il faut ici citer son remarquable ouvrage, R. Wade, Governing the Market - Economic Theory and the Role of Government in East asian Industrialization, Princeton University Press, Princeton, New Jersey, 1990.

[31] R. Wade, “The Coming Fight Over Capital Controls”, in Foreign Policy, vol. 113, hiver 1998/1999, pp. 41-54.
Lundi 6 avril 2009 1 06 /04 /2009 10:08
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : politique éco et emploi
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