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POURQUOI CE BLOG



L'objet de ce site est de baliser par quelques souvenirs éloquents l'histoire récente et de faire contribuer ces expériences, par des commentaires d'actualité, à éclairer et choisir les changements, en s'interrogeant sur les propositions des politiques et les analyses des essaiystes. Par ailleurs, à côté des problèmes de société (parfois traités de manière si impertinente que la rubrique "hors des clous"a été conçue pour les accueillir), place a été faite à "l'évasion" avec des incursions dans la peinture, le tourisme, la littérature,  des chansons, ce qui constitue aussi des aperçus sur l'histoire vécue.

 
Identité de l’auteur
vous pouvez lui écrire à <gerard.belorgey@wanadoo.fr>

Né en 1933, appartenant à la génération dont l'enfance a été marquée par la deuxième guerre mondiale, l'occupation et la Résistance, l'adolescence par la Libération, la guerre froide, puis par de clairvoyants engagements pour les décolonisations, l'auteur a ensuite partagé sa vie professionnelle entre le service public (il a notamment été préfet, délégué à l’emploi, directeur des affaires économiques de l’outre-mer, président de la chaîne de radio-télévision, RFO), l'enseignement et la publication d’ouvrages de sciences politiques (il est aujourd’hui membre du comité de rédaction et
collaborateur régulier de la "Revue Politique et Parlementaire"). Il a également assumé des missions dans de grandes entreprises en restructuration (Boussac, Usinor/Sacilor), puis a été conseil d’organismes professionnels.

Alors que ses condisciples ont été en particulier Michel Rocard et Jacques Chirac (il a partagé la jeunesse militante du premier dans les années cinquante et fait entrer le second à Matignon dans les années 60, avant d'être son premier collaborateur à l’Emploi, pour la négociation de Grenelle et au secrétariat d’Etat aux Finances, il n'a suivi ni l'un, ni l'autre dans leurs itinéraires. En effet, dans le domaine politique, comme il ressort de ses publications (cf. infra), Gérard Bélorgey n’a rallié ni la vulgate de la Veme république sur les bienfaits de l’alternance entre partis dominants, ni les tenants du catéchisme du libre-échange mondial. Il ne se résigne donc pas à TINA ("there is no alternative" au libéralisme). Tout en reconnaissant les apports autant que les limites de ceux qui ont été aux affaires et avec lesquels il a travaillé, il ne se résigne pas non plus à trouver satisfaction dans tel ou tel programme de camp. Mesurant combien notre société multiculturelle, injuste et caricaturalement mondialisée, souffre aussi bien des impasses de l’angélisme que des progrès de l’inégalité et des dangers de l’autoritarisme, il voudrait contribuer à un réalisme sans démagogie.

Partie de ses archives est déposée dans les Fonds d'Histoire contemporaine de la Fondation des Sciences Poltiques (http://centre-histoire.sciences-po.fr/archives/index.html)

Il a écrit et existé sous d'autres noms que celui sous lequel il a signé des ouvrages fondamentaux que furent "le gouvernement et l'administration de la France" ( 1967), "la France décentralisée" ( 1984), "Les Dom-Tom" (1994)  : le peuso de Serge Adour correspond à l'époque de la guerre d'Algérie et à une grande série de papiers dans Le Monde en  1957 , celui d'Olivier Memling à l'écriture du recueil de poèmes "Sablier " (couronné en 1980 par l'Académie Française et référé  dans l'histoire littéraire du XXeme Siècle de Hachette) et aux chansons qui en sont issues, celui de  Gérard Olivier à son analyse dans de  grands quotidiens de la décentralisation en 1981/82; celui de Solon  (malheureusement partagée par erreur avec d'autres auteurs) à la publication en 1988 de "la démocratie absolue" . Cessant de vivre un peu masqué, il retrouve son nom en 1998 pour "Trois Illusions qui nous gouvernent", puis à compter de 2000 pour "Bulles d'Histoire et autres contes vrais " (série de coups de projecteurs sur notre monde  qui seront souvent repris ci-dessous), ainsi que pour de  nombreux articles dans  diverses revues. En 2009, son récit "la course de printemps" revient sur la guerre d'Algérie.

politique éco et emploi




Des analystes– se plaçant à l’évidence dans une définition des délocalisations, qui n’y incorpore ni les localisations d’activités  faites ab initio à l’extérieur du territoire national, ni les importations se substituant à des productions localement obtenues, en France ni le service sous nos marques de clients externes depuis des implantations également externes (en bref tout ce qui est préférence pour d’autres localisations que sur notre territoire ; cf. sur ces points nos articles de base de ce site) semblent penser que les conditions de relocalisations chez nous d’activités qui en étaient parties se réunissent peu à peu.

C’est ce qui ressortirait d’extraits de plusieurs études dont la première est du cabinet Mac Kinsey sur un cas américain, repris récemment  par la revue Alternatives Economiques (dont la conviction est plus de critiquer l’économie inégalitaire européenne -cf. notre article suivant « Abonnés à l’aveuglement ? » - que les effets de la mondialisation) et  sur le blog d’un maître de conférences de Sciences Economiques (Olivier Bouba-Olga).  Pointant l’une et l’autre que certaines délocalisations vers des pays à bas coûts sont en train de perdre de leur rentabilité économique, ces publications constatent que « délocaliser la production (en l'occurrence des Etats-Unis vers l'Asie) pour des produits de technologie moyenne n'est plus rentable aujourd'hui, alors que ça l'était encore il y a quelques années.... En cause, l'augmentation des salaires, la baisse du dollar et l'augmentation des coûts de transport, en lien avec l'accroissement du prix du pétrole ». Sur l'accroissement des salaires, selon les graphiques produits,  la Chine serait maintenant très proche du Mexique.. » (... mais le niveau social du Mexique n’a rien à voir avec la France !) . « Vu des Etats-Unis, on comprend que le choix entre Offshore (Chine) et Nearshore (Mexique) puisse être à réviser ». Dans un autre cas, « qui se focalise sur l'avantage de produire un serveur milieu de gamme en Asie plutôt qu'aux Etats-Unis, si l’on raisonne en coût complet....on voit que produire en 2003 en Asie permettait d'économiser 100 en termes de coût du travail, mais on perdait 7 sur le fret, et sur les coûts cachés, etc..., si bien qu'au total, on gagnait 64. Aujourd'hui, McKinsey estime qu'on perd 16... » Mais notons bien qu’il s’agit d’ approches spécifiques à l’Amérique, avec la proximité du Mexique et compte tenu par ailleurs de la faiblesse du dollar, tandis que «  pour les entreprises européennes c’est la force de l’euro qui maintiendrait l’intérêt de se délocaliser » (explication monétaire que nous trouvons trop simpliste pour la partager).

Le même blog nous offre un Nouvel exemple de relocalisation, celui de l'entreprise Geneviève Lethu : je cite intégralement :
« La marque Geneviève Lethu, spécialiste des arts de la table, fabrique de nouveau des couteaux, des torchons et des nappes en France. La part de ses collections fabriquées en Asie est ainsi passée de 40 à 10%. Une "relocalisation" que de plus en plus d'entreprises françaises choisissent. En prenant en compte non seulement la qualité des produits mais aussi des arguments purement économiques. »
« Des couteaux fabriqués à Thiers peuvent revenir 20% moins chers que les mêmes produits fabriqués en Asie. Dans les Vosges, le linge de maison est au même prix que celui tissé à l'autre bout de la planète. Si la marque Geneviève Lethu, spécialiste des arts de la table, a décidé de fabriquer de nouveau des couteaux, des torchons et des nappes en France, et de baisser dans le même temps de 40 à 10% la part de ses collections fabriquées en Asie, c'est avant tout pour des raisons économiques. Ce qui explique que d'autres entreprises françaises s'engagent dans cette voie, celle de la "relocalisation".
« En Asie, le prix de l'énergie et des matières premières a bondi au cours des derniers mois. Le transport jusqu'en Europe devient moins rentable, coût du pétrole oblige. Surtout, avec la crise, les entreprises ont de moins en moins intérêt à avoir des stocks importants à financer pendant plusieurs mois. »
« La "relocalisation" permet aussi de contrôler au plus près la qualité des produits. C'est enfin pour ces entreprises une manière de retrouver l'étiquette "Made in France". Un plus pour la clientèle française mais aussi étrangère. »
Je laisse entièrement à son auteur (qui devrait faire un séjour chez les sous-traitants automobiles ou lire Morandat, « Les vivants et les morts » )  la responsabilité du propos d’accompagnement qui suit et dont je ne partage guère le point de vue (je suis en fait très choqué par la distorion, à mes yeux,  de cette appréciation au regard du réel),  sauf sur le caractère forcément spécifique de certains  choix d’entreprises dans un sens ou dans l’autre .
 « J'insiste une fois de plus – dit en effet cet auteur -   : les délocalisations et les relocalisations ne pèsent pas autant qu'on l'imagine. Inutile donc, sur la base de quelques exemples, de monter trop vite en généralité. (il faut lui retourner plus qu’aisément le propos, puisqu’ il y a quand même plus d’exemples de délocalisations, même au sens le plus strict, que de relocalisations).   Mais l'analyse de ces cas permet de montrer la complexité des choix de localisation des entreprises. Ceux-ci dépendent des différentiels de coût du travail, de productivité, de qualité, de réactivité, des coûts de la coordination à distance, etc. De l'ensemble de ces éléments et de leur dynamique, parfois difficiles à anticiper, d'où la révision de certains choix ».                        
                       
Examinons pour conclure  ces argumentaires rassuristes. Une fois éliminé ce qui pése beaucoup en faveur de ces thèses, mais qui est soit  spéciifiquement américain (la faiblesse du dollar, la proximité du Mexique), soit conjoncturel ( l’envolée du pétrole), les nouveaux facteurs par lesquels le marché (bien sûr.. ) s’auto régulerait tiendraient au premier chef au coût des transports, en second lieu à l’augmentation des coûts du travail dans les pays d’accueil, enfin à des appréciations  qualitatives. Nous récusons largement le second point : alors même que des statistiques paraîtraient l’établir, leur fiabilité est à démontrer par rapport aux réalités et aux pratiques clandestines, tandis que des réserves de main d’oeuvre pauvres existent partout dans le monde ; aussi des augmentations de rémunérations dans un premier pays d’accueil pourraient elles plutôt conduire à un second déplacement, pouvant avoir , il est vrai, un effet de frein au regard des coûts et problèmes de déménagement successifs. Sur les facteurs qualitatifs il est tout à fait possible que des cas particuliers conduisent à relocaliser, mais l’on ne saurait généraliser dès lors que l’on n’est pas  dans une compétition par la qualité, mais dans une compétition par les prix. Les seuls facteurs décisifs vraiment contraignants pour augmenter les coûts des manufacturations en pays émergents ou attardés sont , même hors crise récente pétrole, dans  l’augmentation  tendancielle forte des coûts de transports, ce qui est lié aux problèmes énergétiques, ce qui va de pair avec les augmentations qui devraient être appréciables des coûts de protection de l’environnement si les pays considrés y souscrivaient, ce dont on est loin.

C’est pourquoi, la réponse pertinente pour assurer un rééquilbrage est de faire augmenter les coûts rendus par des dispositifs de régulation tels que des taxes sociales et environnementales perçues par les pays importateurs sur des produits obtenus au mépris du respect des droits de l’homme au travail  et du respect des patrimoines naturels, en instituant non pas des droits de douane, mais des droits ristournés bien sûr aux pays d’origine (cf. les anciennes préconisations de M.Lauré) .


C’est ce qu’il faudrait chercher à obtenir dans un dialogue constructif avec ces pays , mais le négoce mondial – c.a.d. les  classes commerçantes exportatrices des pays émergents et les détenteurs des circuits de distribution d’un bout à l’autre de la planète  – est  evidemment hostile à ce qui reduirait ses marges de manoeuvre et ses marges tout court puisqu’il est loin de ristourner aux consommateurs terminaux les gains considérables réalisés par le différentiel entre prix d’approvisionnements et prix de vente terminaux.


La campagne rassuriste, très orientée, sur les chances de relocalisations – comme sur le rapide rattrapage social des pays avancés par les pays émergents,  ce qui est une vue de l’esprit  -  devrait être bien consciente  de la puissance de ces lobbies.



   
   

   





Dimanche 16 novembre 2008 7 16 /11 /2008 17:30
- Publié dans : politique éco et emploi
Par Gérard Bélorgey - Voir les 0 commentaires
LE CHAINON LOGIQUE MANQUANT des ANALYSES DE MICHEL ROCARD

Michel Rocard nous offre des analyses attractives, mais où manque un chaînon logique. Prenons son dernier papier "La crise sonne le glas de l'ultralibéralisme".

Quelle est la ligne de partage entre le libéralisme et l’ultra libéralisme ? MR nous propose une distinction de degré entre « l’école criminelle » de Milton Friedman (1912-2006) qui voulait croire que l'équilibre du marché est optimal et que moins on a de règles, plus on a des chances d'arriver à l'"optimalité" » et l’héritage de la pensée libérale des anciens : « Historiquement, les libéraux - Adam Smith (1723-1790), Thomas Malthus (1766-1864), David Ricardo (1772-1823) notamment - étaient des moralistes, des gens qui avaient une pensée sociale visant à intégrer la liberté humaine dans l'organisation de la société. Pour aucun d'eux, la liberté n'était le droit de faire n'importe quoi, elle avait besoin d'être canalisée par des règles »
Mais il s’agit d’un monde qui n’existe plus, celui où le libre-échange du temps ( au demeurant bien cantonné)  conduisait à une optimisation pour chacun , à une spécialisation par les coûts comparatifs d’alors, menant à une certaine division internationale du travail et non, comme présentement, à une compétition par les prix tous azimuts et quasiment sur tous produits, même sur les biens et services de haute gamme qualitative ( cf. l’orientation de toujours de l’Inde et plus récente de la Chine pour les produits d’innovation). Notre univers peut accepter,  certes,  certaines règles, mais cherche avant tout à se délivrer de celles qui menacent la survie des entreprises confrontées à la concurrence et obligées d’importer à bas coûts ou de se délocaliser, contraintes à faire faire à l’extérieur le travail comparativement trop cher sur le sol national. D’ailleurs les sanctionner pour cela, au lieu de chercher à changer les données qui les y poussent, serait aussi stupide que c’est populaire.

Je suggère donc à MR  que le "libéralisme "soit  défini comme la liberté d’entreprendre et l’"ultra libéralisme"  (celui d’ailleurs de Milton Friedman  ayant conduit aux crimes économico politiques de l’Amérique Latine lorsqu’elle fut sous son influence, cf .le livre précité sur ce site de N. Klein «  la stratégie du choc ou  le capitalisme du désastre » ) comme la liberté d’échanger entre n’importe qui,  n’importe quoi,   n’importe où ? C’est d’ailleurs partie ( mais seulement partie, car il pointe « la finance » et oublie les échanges)  de ce  qu’il décrit ensuite : l'hyper sophistication de la finance, qui n’a pas permis, semble-t-il penser, de soutenir la croissance mondiale? Pourquoi se demande-t-il? « Quel aurait été l'impact de cette crise financière si elle avait frappé une économie réelle bien portante ? »

Dès avant la « crise », elle n’est donc pas bien portante, cette économie . Or, ce n’est manifestement pas seulement à raison  des dérives bancaires..: la « crise » bancaire et boursière tient  plus,  c’est manifeste, à la chute de croissance et de solvabilité,  que cette dépression ne tient elle à l’inconduite bancaire qui a bon dos et est devenu l’alibi explicatif des libéraux de tout degré ; « vous savez , ce n’est pas le système qui est mauvais, ce sont des vilains qui ont abusé... ».). Donc MR  constate mais il ne dit pas vraiment pourquoi  :  « Depuis une vingtaine d'années, les pays développés s'échinent, sans y parvenir, à retrouver la moitié de la croissance qu'ils ont connue durant les Trente Glorieuses (MAIS POURQUOI DONC ? )  et un quart de leurs habitants sont fragilisés, parce qu'ils sont pauvres, chômeurs ou travailleurs précaires. Cette fragilisation est une gangrène ( MAIS D’OU VIENT-ELLE ?) . C'est elle qui fait que les citoyens votent n'importe quoi et n'ont plus confiance dans leurs dirigeants. On s'est mépris sur le « non » au référendum sur le traité constitutionnel européen. Ce n'était pas un refus de l'Europe. C'était un non à la dérégulation du marché du travail ».

Et ce qu’il dit là, malgré tout le respect que l’on peut avoir pour MR qui a passé sa vie a cherché les bonnes voies,  c’est la pirouette : MR n’a -t- il pas vu que l’Europe  =  la dérégulation du marché du travail,  parce que l'Europe c’est le principe d’ouverture sans sauvegardes réelles à la concurrence mondiale, c’est à dire  l’obligation de déréguler le marché du travail pour être flexible et compétitif, C’est un objectif,  si l’on adhère à cette ouverture dont les conséquences sont imparables,  que l’on  ne saurait alors reprocher à N. Sarkozy  de servir.  Or MR et les autres signataires (« comme Jacques Delors, Helmut Schmidt, Lionel Jospin, et des libéraux comme Otto Graf Lambsdorff et Jacques Santer ») d’une lettre à la Commission, ont-ils posé ce problème ou se sont-ils  - ce qu’on comprend – centrés sur la  demande de maîtriser la finance (mais pas les échanges)  ?
 
A la question « où est la solution ?, MR répond naturellement : « On ne s'en sortira pas sans un meilleur partage des revenus, un meilleur équilibre entre salaires et profits. Henry Ford (1863-1947), qui a contribué à sauver le capitalisme notamment au moment de la crise de 1929, disait : "Je paie mes salariés pour qu'ils achètent mes voitures." Après la guerre, on a reconstruit le capitalisme autour de l'idée de fortes rémunérations. Aujourd'hui, la part des salaires et des prestations sociales a diminué d'une dizaine de points dans le produit intérieur brut. L'actionnaire se frotte les mains, mais le salarié est trop pauvre pour soutenir l'activité. C'est la raison pour laquelle cette crise est grave et risque d'être longue ».

Mais quel est le facteur essentiel - au delà de l’avidité à court terme des actionnaires ou de la préférence pour le profit  de dirigeants dans des secteurs protégés  - qui empêche de faire une politique de rémunérations équilibrant notre économie entre offre et demande , de mieux partager les revenus,  de donner  des marchés aux entreprises avec  leurs salariés comme consommateurs  : l’obligation de comprimer les coûts dans la concurrence mondiale, parce que,  loin de faire comme Ford,  les Chinois font le contraire ;  pour  prendre des marchés à l’extérieur,   ils payent le moins possible leurs salariés. La solution (exprimée ici volontairement en termes provoquants ) c’est que les pays émergents à bas coûts,  dont l’expansion vient essentiellement de marchés externes,   soient incités, obligés de faire comme Ford, et pas aux calendes grecques... c’est ça le rééquilibrage du système mondial.

Sinon toutes les dérives de l’ultra libéralisme restent ouvertes, sous les seules pieuses, populaires et d’effet marginal, limites de règles de déontologie. L’ultra libéralisme est la conséquence inéluctable, mécanique dans tous les domaines économiques, sociaux, budgétaires,   du libre échange intégral. Sans changer cette donnée fondamentale, le système continuera avec ses distorsions, ses crises, ses injustices. . Au mieux pourra-t-on comme le dit MR « limiter l'usage des produits dérivés, lutter contre les paradis fiscaux, revoir le fonctionnement des fonds de pension en les obligeant à avoir des comportements liés au long terme. » Mais ce n’est pas seulement le facteur qu’il met au pilori ( « la course au profit immédiat (qui) est destructrice, (qui)  menace l'appareil de production, précarise l'emploi et constitue un danger pour la démocratie ») qui est la cause de la situation ; c’est l’obligation pour les actionnaires, pour les entreprises occidentales  de survivre ( par le profit, par la compression des prix de revient) dans le monde des compétitions sans garde fou. « La gauche » peut bien être le courant qui  «pose dès l'abord la question de la redistribution des richesses, ce que Nicolas Sarkozy ne fait pas». Cà ne sert à rien de poser cette question si la concurrence y fait largement obstacle.  Et il nous semble faux que « la crise actuelle ....sonne le glas de l'ultralibéralisme, cette école de pensée.... qui a imprégné la droite américaine et une partie de la droite européenne (mais qui) a heureusement épargné les chrétiens-démocrates allemands et la droite française, encore très gaulliste ». On voit en effet  que même épargnés, même mettant en oeuvre des mesures qui sortent du credo de Friedman , les gaullo socio démocrates trouvent vite des limites à l’efficacité de leurs politiques économiques.

C’est d’ailleurs bien pourquoi « la crise risque de porter les pays du Nord à se fermer encore un peu plus. Plus les temps sont durs, plus le chômage menace, plus le travail se précarise et plus la peur de l'autre s'accroît ». D’où les politiques déshumanisées à l’encontre les immigrés que MR stigmatise. Mais toujours sans donner la bonne raison de ces mauvaises choses :  c’est que pour se protéger, au lieu de réguler les échanges de marchandises, on régente  les mouvements de personnes, car il est vrai qu’on ne saurait supporter les deux. Il ne peut y avoir  de politique correcte libérale ( et ça c’est le bon libéralisme)  d’immigration que s’il y a une politique de sauvegarde des marchés de nos entreprises.

Le chaînon logique qui manque à MR c’est de réfléchir sur la novation fantastique qu’a représenté, depuis précisément ces vingt ans où on attrapé « la gangrène », l’ouverture telle qu’elle s’est faite face à des pays sans beaucoup de règles ni sociales, ni environnementales, où un capitalisme de combat est parfois  servi par la dictature politique et où il n’y a pas de vrais marchés intérieurs à l’échelle d’un «fordisme», mais une permanente oppression des pauvres ainsi qu’une  fuite en avant pour vendre toujours plus et varié aux pays « riches » que ces nouveaux pouvoirs « tiennent » par ailleurs à raison de quelques achats stratégiques,  mais surtout du fait  que les nouvelles puissances ont consenti aux vieilles qui épargnent bien moins qu’elles ne dépensent, de considérables prêts publics et contrôlent aussi une part des  économies occidentales  par leurs prises de participations financières. 

Il est facile de dire qu’il faut des règles déontologiques et finalement tout le monde est d’accord pour les afficher. Il est déjà plus difficile de savoir quel système monétaire international pourrait être un amortisseur de chaos dans les relations internationales et de crises financières et dans ce domaine, les vieux sociaux libéraux ont des idées, mais gérer le désordre structurel ne résout pas celui-ci en tant que matrice des crises cycliques  . Il serait beaucoup plus difficile, mais tout aussi urgent, de chercher à savoir quelles règles du jeu des échanges entre pays inégaux pourraient être mises en oeuvre en respectant les intérêts de tous et en ne menaçant pas la paix entre les puissances. Un chantier difficile avec les intérêts croisés d’import-export , d’investissements réciproques ( où chacun tient l’autre par la barbichette) , avec les chantages à l’emploi de tous , à la pauvreté des uns, au pouvoir d’achat des autres. Un chantier techniquement sous influence  des facultés souvent incontrôlables de libre échange que donne notre univers de communications apparemment faciles C’est d’ailleurs là  un facteur évolutif qui peut changer les choses car les prémisses d’une réflexion incontournable viendront peut-être de communications moins faciles, plus coûteuses qui changeront la donne comme la prise de conscience du réchauffement a changé les termes des défis de l’économie mondiale.

 Il y a des voies, des leviers,  des possibilités, mais aussi longtemps que l’aveuglement subsiste sur ces motifs fondamentaux de la maladie ( la mise en relation de compétition absolue sans garde–fou  de sociétés inégales dans leurs capacités et différentes dans leurs valeurs ) de la "gangrène  qui touche tout le monde," et dont les méfaits coïncident depuis vingt ans avec l’ultralibéralisme dans les échanges,   et dès lors que quasiment personne ne cherche comment on pourrait faire pour sortir de ce piège ,  cette gangrène continuera son oeuvre ... Sous la rémission de temps en temps de quelques règles apportant des traitements  simplement symptomatiques.  Même si N. Sarkozy, M.  Rocard, et quelques DSK faisaient  triompher leurs  points de vue finalement convergents vers le plus petit commun,dénominateur  ce succès de gestion financière n’apporterait pas les moyens d’une politique positive de redistribution des revenus entre le travail et le profit. 












Dimanche 2 novembre 2008 7 02 /11 /2008 20:15
- Publié dans : politique éco et emploi
Par Gérard Bélorgey - Voir les 0 commentaires
Quatre facteurs fondamentaux – structurellement, le libre échange mondial, au plan conjoncturel le déclin des croissances des pays occidentaux, la propagation cyclonique de la crise bancaire, un effacement des repères déontologiques – expliquent le déchirement du système économique auquel il n’est actuellement apporté que des remèdes symptomatiques.



Le tourbillon d’informations, de commentaires, d’analyses qui entourent la « crise » du système néo capitaliste que nous vivons n’a d’égal que la floraison d’explications et d’exposés nourris de bonnes consciences d’historiens et de sociologues de profession démocratique, mais dont les confusions d’esprits mêlent tous les socio-libéralismes pour nous parler d’un monde qu’ils n’ont su, les uns comme les autres, ni diagnostiquer, ni donc prévenir à temps.
Néanmoins ils s’acharnent à tenter de nous faire  croire, dans les colonnes de leurs médias préférés, qu’ils ont eu vraiment raison de soutenir  que la démocratie allait de pair avec le marché mondial, même lorsque la réalité (prodigieusement illustrée par l’ouvrage explicité plus avant  sur « le capitalisme du désastre »)  donne tort non seulement aux conservateurs, mais aussi aux fondateurs de vieux clubs comme aux rénovateurs – que les précédents ont inspiré - d’anciens partis. Et même le secrétaire général  de la CGT, confronté aux interpellations de libéraux dans un colloque de Passages  le 23 septembre dernier , rappelait, bien sûr que la répartition des charges pour une plus forte compétitivité était inéquitable entre les pourvus et les plus modestes, mais restait centré sur le débat distributif et esquivait la question du libre échange...


C’est qu’en prétendant qu’on puisse apprivoiser le marché mondial par la justice sociale nationale, tous les adhérents ou presque de la vulgate de gauche commettent une erreur fondamentale : leur axiome basique est que le marché mondial étant inévitable, il faut l’accepter avec l’essentiel de ses implications  (et notamment la reprise par des acteurs privés des entreprises publiques).  C’est ça le réformisme ajoutant quand même qu’il faut  faire équitablement fonctionner ce marché.... grâce à une régulation dont tout le monde parle sans guère vouloir la définir ( car on verrait vite qu’elle implique des limites précises au libre-échange, alors qu’une conception surannée de l’internationalisme rend « l’homo progressiste » allergique à tout ce qui pourrait ressembler à du protectionnisme, aussi légitime puisse-t-il être). L’ingénuité est au sommet lorsque se trouvent décrites les mesures adéquates de juste redistribution. C’est, avec souvent beaucoup d’irréalisme,  ce qui reste de teinture socialiste, encore qu’on sache bien que « personne n’a le monopole du coeur » et qu’on connaisse des gens de droite qui veulent autant la justice que des réformistes de gauche.

L’erreur essentielle des porteurs de cette pensée réformiste de gauche - qui est un conglomérat de soumission au monde et de compassion pour ses pauvres -  c’est d’oublier que pour fonctionner, le marché globalisé mondial exige l’injustice : elle est consubstantielle à la concurrence sans frontière qui pousse aux  plus bas niveaux possibles des prix de revient, des rémunérations,  des garanties sociales, et fait obstacle à  l’amélioration de bien des services publics. On ne peut pas  fonder la justice (distributive) sur l’injustice (productive). Lorsqu’on s’y essaie un peu on voit que la contradiction est telle ( illustrée par les dernières gestions « socialistes »)  que l’exercice trouve vite ses sanctions économiques et ses limites sociales. En bref sans actions pertinentes au niveau du marché donnant  aux concurrences le cadre de règles loyales, il n’y a pas de politique sociale et de service public qui puisse tenir la route.

Or rappelons que dans le cadre du libre échange actuel deux facteurs totalement nouveaux par rapport au capitalisme d’autrefois s’opposent à une régulation qui viendrait du marché lui-même. Les caractéristiques des pays émergents les plus influents sont d’abord  que, loin de cantonner leur concurrence à des secteurs déterminés (ce qui correspondait à l’ancienne « division internationale du travail »), ils deviennent progressivement plus que compétitifs sur toute la gamme des offres de biens, de services, de capitaux. La seconde est qu’ils fondent presque tout leur développement sur des marchés extérieurs de pays « riches » et non, comme nos capitalismes occidentaux d’autrefois, pour une part majeure, sur l’extension de leur pouvoir d’achat interne qui reste au contraire contenu parce que les coûts du travail , comme ceux des services collectifs, y sont maintenus au plus bas pour assurer leur pugnacité concurrentielle.

La régulation ne viendra ni assez vite ni assez fortement du marché global lui-même : des économistes (cf. P.Artus, in « globalisation, le pire est à venir » ) nous disent que la clef des désordres de la globalisation est dans le « différentiel des taux d’épargne des pays développés et des pays émergents ». Si l’on traduit ce langage  de spécialistes, cela signifie en clair que les premiers, individuellement et collectivement, consomment  trop, et les seconds pas assez par leur insuffisances de rémunération, de protection et de services généraux. Un rééquilibrage ne viendra pas des acteurs eux-mêmes. La remontée de l’épargne chez les uns serait liée à une récession qu’ils vont subir, mais qu’ils combattent. L’expansion de la consommation chez les autres ne peut venir à dose significative de leur système politico-économique d’accumulation capitalistique, d’expansion commerciale externe et souvent de despotisme culturel. Là encore, la régulation ne viendra pas d’eux-mêmes ; il faut les y obliger en rendant plus difficiles leurs exportations pour qu’ils soient contraints de développer leurs marchés internes (ce qui modérerait aussi la pression sur nos activités) ; et les y inciter en même temps par des mesures positives en les aidant à développer leurs services sociaux et publics. C’est le sens de droits d’entrée (majorant les prix de leurs produits sur nos marchés et posant donc des problèmes de pouvoir d’achat individuel, tout en apportant, en préservant des emplois nationaux, une compensation au niveau du pouvoir d’achat total,)  à leur ristourner pour compenser la faiblesse de leurs coûts du travail et de leurs charges collectives ( cf. nos précédents articles sur ce site, notamment sur « libre ou juste échange », ayant évoqué les préconisations anciennes de M.Lauré). Et à ce compte, il est certain que c’est sans doute  négociable, sans grande guerre commerciale mondiale, sous réserve que les pays occidentaux sachent desserrer l’étau des dépendances (cf.infra) dans lesquelles ils sont tombés vis à vis de l’Asie. 



Sans nier l’importance de la recherche de  l’équité sociale, nous pensons donc qu’elle est impossible sans remise en cause de deux éléments importants de la pensée sociale unique ( elle aussi). La clef d’un rééquilibrage n’est pas dans la croissance du pouvoir d’achat individuel, ni dans des dépenses publiques supplémentaires (ce sont des objectifs sociaux mais, aujourd’hui, pour un temps, des pierres d’achoppement à une ligne de conduite qui doit être plus rigoureuse), essentiellement parce que les recettes keynésiennes ne peuvent marcher dans une économie ouverte. La clef d’un rééquilibrage est dans la préférence pour le pouvoir d’achat global ( dont la croissance doit résulter d’un meilleur emploi quantitatif et qualitatif) et dans une sévère sélectivité de la dépense publique,  notamment à l’égard de certains groupes de dépenses plus sympathiques qu’utiles ( cherchons à hiérarchiser les utilités en recourant à nouveau aux techniques de « minimax regret » de la rationalisation des choix budgétaires)  et à l’égard des dépenses fiscales résultant des exonérations de cotisations patronales. Si les entreprises exposées ont besoin de celles-ci, ce n'est pas vrai pour  toutes nos entreprises : beaucoup prospèrent sur des marchés de services internes ( ou sur des créneaux très spécialisés)  qui restent protégés et celles-là n’ont pas besoin, même si elles font de l’emploi,  de soutien social ni pour avoir de bonnes marges, ni pour trouver – sauf rupture du crédit -  des financements normaux.

C’est au bénéfice de ces observations d’ouverture que je regarde la « crise » qui secoue les Etats Unis, contamine l’Asie  et aborde l’Europe. N’étant -  Dieu merci - ni économiste  (ce qui m’écarte de plier les faits aux doctrines),  ni sociologue (ce qui me protège de faire métier de comprendre, mais sans  soigner), ni élu politique (ce qui me garde des clientèles comme des caricatures d’idéologie), mais en regrettant de n’être pas historien plus averti (en m’ouvrant mieux à toutes les relativités) ou journaliste observant bien la déontologie  (ce qui me donnerait la mission de savoir vulgariser avec probité), je ne suis qu’un généraliste ayant été gestionnaire public et privé et j’espère un « honnête homme » attentif aux réflexions de toutes les disciplines. C’est sous un tel angle que je vois quatre niveaux d’explications à ce qui advient et qu’il faut schématiser pour clarifier . Ce n’est pas une « crise »; c’est le déchirement d’un "système-monde" ( au sens d’Immanuel Wallerstein).
 
- La première  cause de ce déchirement est la cause structurelle : qu’entre sociétés profondément inégales et opposées dans une part de leurs intérêts et  de leurs valeurs, domine le libre échange de tous les types de biens, de services et d’emplois des capitaux. Aussi longtemps que tel modèle ne sera pas répudié, les « avantages » qu’il a apporté en matière de pouvoir d’achat dans les démocraties marchandes avancées (par l’exploitation des plus pauvres habitants du monde  et par l’enrichissement du négoce international et des classes dirigeantes des pays émergents), seront de plus en plus effacés par les perversités qu’il engendre. Ces perversités sont d’abord de réduire irréductiblement les volumes d’emplois  de l’Occident dans les secteurs vitaux et de pousser à toutes les créations importantes d’emplois nouveaux dans les pays émergents où il y à la fois des bas prix de revient et des marchés locaux appréciables à l’échelle de nos firmes (encore qu’ils ne représentent pas beaucoup  au niveau des démographies - des pyramides de pauvres - des grands pays d’accueil). Au delà de ces phénomènes déjà bien connus, il y a - de manière très portante des bouleversements en cours - sur la base d’une accumulation capitalistique interne et d’un commerce international constituant un système ayant permis des gains prodigieux des dirigeants des pays à bas prix de revient sur les pays riches,  trois facteurs qui permettent aux émergents d’asservir les pays avancés en neutralisant largement leurs capacités de réactions de survie.  Le « riches » ont non seulement besoin que le commerce mondial leur permette d’importer à bas prix et d’exporter un moment leurs propres produits en avance technologique, mais ils ont aussi besoin de pouvoir implanter des unités de productions ou des états majors de manoeuvre financière dans ces pays externes où ils trouvent bien des facteurs plus favorables  que dans leurs nations d’origine à la compression de leurs prix de revient et à l’opacité de leurs opérations. Enfin, fait majeur, les groupes dirigeants de pays émergents, après avoir été fournisseurs de matières premières vitales,  sont devenus de plus créanciers des États et des entreprises des pays « riches », actionnaires et investisseurs dans leurs grands groupes économiques ou financiers et candidats à bien des reprises, tout simplement parce que le taux d’épargne des « riches » est insuffisant et le taux d’épargne des « pauvres » est élevé, construit qu’il a été sur  l’exploitation des populations locales et  en ne servant guère au progrès de celles-ci , mais à la conquête du monde. Si l’Occident (public et privé)  ne se libère pas de ses dépendances énergétiques, de matières premières et d’endettement vis à vis des puissances qui l’approvisionne en tout, il ne sera pas – il n’est déjà plus – capable d’orienter son destin.

- le second facteur du déchirement actuel est constituée des données tendancielles : les courbes de croissance  - ce qui est, d’ailleurs pour partie, le résultat du facteur structurel - se croisent, en forte baisse pour les pays d’Occident, en hausse pour les autres puissances qui portent l’essentiel de l’expansion du monde et vont d’ailleurs en connaître les lourdes conséquences : vieillissement démographique, atteintes environnementales, besoins énergétiques, difficultés de réglage économique de machines plus complexes, etc. Dans ce cadre, certains continuent à soutenir que la compétitivité française – et donc un ressort de croissance – serait entravée par les charges publiques et sociales d’une manière plus grave que ce qui pèse sur les entreprises d’autres pays européens. Les comparatifs sont toujours difficiles s’ils tentent vraiment un bilan avantages/inconvénients ; coûts/retours des effets de charges . Ce qui est vraisemblable c’est que les capacités des entreprises de supporter ces charges sont très différentes d’un secteur à l’autre et qu’en matière d’allégement il faudrait raisonner et opérer par catégories de situations et non par voie générale créant beaucoup d’effets d’aubaine. D’ailleurs les comparaisons de performances pays par pays n’ont pas, non plus guère de sens ; les comparaisons intéressantes seraient type d’activités par types d’activité et l’on verrait sans doute que les  positions relatives de tel ou tel pays ( favorable comme pour une part de l’Allemagne ou pour les Pays Bas) tiennent en fait à des positionnements sur de bons créneaux ou à des spécialisations réussies  plus qu’a à des données nationales générales spécifiques. De toute façon, à supposer que nous nous alignions sur les pays européens réputés pour avoir des systèmes plus favorables aux entreprises, et cette évolution nous mettrait-elle en meilleure situation concurrentielle vis à vis de ceux-ci,  qu’elle ne relèverait pas le défi du « gap » entre les compétitivités du noyau d’Europe et  celles des « low cost countries » du monde entier. 

Le troisième facteur qui masque aujourd’hui tous les autres est constitué par le cyclone bancaire et financier. Une « crise » constituant une explication qui arrange bien d’ailleurs puisqu’elle est d’abord un alibi permettant de ne pas se saisir de la question structurelle du libre-échange. En  disant «  c’est la faute à la crise mondiale », ne couvre-t-on bien des incuries, en imputant  à celle-ci des effets de récession, de désemploi, de perte de pouvoir d’achat qui tiennent en vérité à la libre concurrence internationale entre nations inégales en capacités compétitives . La « crise » apporte ensuite une justification à poursuivre des "réformes"  bien peu sociales. Ne serait-elle cette catastrophe opportune qui, ravageant les intérêts et matraquant nos concitoyens permettrait l'application  de la technique néo capitaliste de  combat inspirée par Milton  Friedmann  et destructrice  des valeurs des sociétés qu'il veut pleinement  conquérir et qu'explique si bien Naomi Klein dans "la stratégie du choc" .

C’est non seulement la fameuse absence de régulations ( mais lesquelles ?), des prises de risques insensés, mais inspirées par l’espoir de profits mirifiques, des montages incontrôlés qui sont à l’origine des désastres , mais c’est aussi, bien évidemment, le système monde libre-échangiste qui offre le terrain d’une prodigieuse faculté de propagation cyclonique. Dans ce système monde, la fluidité des emplois de capitaux , la possibilité d’arbitrage transmarchés ( en fonds de placements, en fonds souverains, en titres de toute nature et particulièrement immobiliers, spéculatifs sur les changes, de matières premières, sur produits sophistiqués , etc.),  la disparition de pôles régulateurs et informateurs que constituent des unités sous contrôle public – c’est à dire une dose équilibrante d’économie mixte – en bref le flot idéologique des privatisations – ont constitué  des causes si manifestes de la « crise » que la seule réplique – il reste à savoir si c’est vraiment la bonne, dès lors que le public mime désormais le privé  ? - des pouvoirs publics de toute origine idéologique  a été de faire intervenir les ressources de la puissance publique pour recapitaliser les perdants . Mais comme le montre la réaction de l’opinion américaine, il semble que ce puisse être de la manière la plus inéquitable puisque ces interventions vont faire appel à un  financement largement fiscal pesant partout sur les classes imposables, c’est à dire sur les classes moyennes.  Tel cyclone bancaire et financier n’a pu naître que sur le terrain libre- échangiste, favorisé par le  caractère privé de tous les grands opérateurs économiques et de tous les  centres importants de décision, et il a été nourri par un quatrième facteur caractérisant le monde contemporain.

Ce dernier facteur est le facteur déontologique. Il n’est de jour où l’on n'apprenne que, dans bien des pays du monde,  pour "faire de l’argent", tel grand ou tel petit, a fait n’importe quoi lui faisant naturellement prendre des risques proportionnés à son appétit, et, bien plus grave,  étendant ces risques à de nombreux tiers floués, en portant atteinte à leurs patrimoines, à leurs économies, voire à leurs  intégrités physiques. Cela va de l’exploitation de la naïveté , à la  tromperie financière (ces prêts à taux variables aux pauvres), et jusqu’au maquillage alimentaire ou pharmaceutique , de grandes manoeuvres aux résultats pour le moins incertain de certains groupes supra nationaux jusqu’aux opérations purement frauduleuses proposées et vendues par certains promoteurs de niches fiscales . Une façon de tricher avec un univers complaisant dont se rendent complices trop d’intellectuels qui exaltent le marché et le succès – et qui font eux-mêmes de l’argent par le placement  de leur notoriété au service de ce type d’idéologie . La perte des repères déontologiques a des effets d’une ampleur au moins comparable à celle atteinte aux plus beaux moments des scandales financiers de l’histoire. Avec cette différence que depuis Law, les assignats, ou les vilaines affaires ayant marqué trois Républiques, la propagation de l’improbité a vu ses chances multipliées par les moyens actuels de communication et l’instantanéité possible des décisions . De telles accélérations peuvent aussi donner des ailes à la panique.

Quant aux remèdes que les establishments nous offrent jusqu’alors vis à vis de ces quatre maux fondamentaux – le structurel, le tendanciel, le cyclonique, le déontologique – ils ne sont malheureusement que symptomatiques  . On ne résoudra pas « la crise » en réglementant les parachutes dorés. On ne reconstruira pas le crédit en renflouant tel ou tel opérateur qui a failli. On ne luttera pas pour l’emploi et contre la récession avec des pansements sociaux. On ne construira pas un système fiable en conservant inchangées les mêmes règles du jeu mondiales. Derrière les mesures d’urgence espérons les mesures de fond. Elle passent par une révision non seulement des disciplines bancaires mais aussi par
- un autre équilibre entre appropriation privée et appropriation publique de l’appareil  économique au profit de la sauvegarde de l’esprit et de l’espace de service public;
- une recherche concertée à l’échelon européen des moyens de « passer du libre au juste échange », ou, à défaut, par la mise au point des initiatives nationales nécessaires  pour mieux garantir nos intérêts dans les échanges internationaux ( le temps de recourir, pour le moins,  à des « clauses de sauvegarde », n’est-il venu ?). 

 
Mercredi 1 octobre 2008 3 01 /10 /2008 18:37
- Publié dans : politique éco et emploi
Par Gérard Bélorgey - Voir les 0 commentaires
L'offensive menée pour réaliser les ruptures devant déchirer le modèle social français (qui doit être adapté, mais non jeté aux orties) se déroule avec une bien trop grande  part de discrétion, camouflée qu'elle est d'un côté  par les gesticulations et divertissements sur lesquels est branchée l'actualité médiatique , d'autre part  du  fait que l'une des branches du ciseau à mettre en pièce le droit social français est tenu par la Commission et par la Cour de Justice de l'Union Européenne, et l'autre  branche  par le Medef ( et qu'il faut faire la liaison entre les deux pour bien comprendre ce qui se prépare,  en douce,  à court terme).

En effet si l'on voit bien d'un côté comment le patronat, sous l'impulsion particulière de la présidente du Medef,  travaille d'une part , contre de  grandes organisations,  à l'émiettement du droit du travail, d'autre part au remplacement d'un droit d'État par un droit contractuel , on ne voit pas en général comment cette démarche ouvre une énorme brèche en faveur de l'oeuvre de sape résultant en parallèle des décisions de la Cour de Justice.

La revue Alternatives économiques qui a le mérite de bien exposer  quelques problèmes  économiques et la limite de ne pas chercher la vraie causalité de nos déboires dans le libre échange inspiré par l'UE ( car A.E. reste très sociale-démocrate européenne et impute à la conjoncture ce qui est effet de structure, sans mesurer que, sans mise en cause de la concurrence libre échangiste, tous les problèmes qu'elle met en exergue sont largement insolubles et notre régression garantie), tout en voulant donner un coup de chapeau à des considérants de la Cour de Justice sur l'Europe sociale - considérants de principe qui l'a rendu quitte et qui ont  été inopérants dans le résultat des courses- pointe bien  le mécanisme pervers et puissant qui fait son chemin ( cf. "Plombier polonais, le retour" in N° 272 de septembre 2008).

D'un côté un  chapelet de décisions, intervenues depuis que nous avons perdu beaucoup d'influence à la Cour,  ( Viking et Laval en décembre 2007,  Rüffert, en avril 2008, et Luxembourg, en juin),  donne satisfaction en fait à des entreprises (et à la Commission) ne voulant pas se trouver liées par le droit social du pays d'accueil dans lequel elle ont des marchés ou des personnels détachés. Ce qui, en clair permet de  "casser" les garanties des salariés des pays pénétrés.

Mais ceci n'est vraiment efficace que pour autant  que  le droit  social de ces pays est d'origine contractuelle, ( et c'est pourquoi les conséquences de ces décisions frappent aujourd'hui plus que la France de tels pays nordiques), car les contrats collectifs ne peuvent lier que leurs signataires syndicaux et patronaux ( auxquels n'appartiennent pas les étrangers  y venant travailler) , tandis que lorsque le droit du travail est d'origine étatique nationale ( y compris par l'extension de conventions collecives )  il s'impose à tous  ceux qui opérent sur le territoire , signataires ou non d'accords collectifs.

On voit bien comment passer d'un droit national du travail à une "refondation" contractuelle est de nature à complétement vulnérabiliser les salariés français ( au motif que cela pousserait à une plus large syndicalisation, mais cette syndicalisation n'offrant aucune protection contre les non syndiqués de pays externes.... ). A cette "refondation" perverse s'ajoute l'effet d'émiettement. Comme le conlut A.É. " Si l'on permet en  plus à chaque entreprise de cuire sa propre soupe en matière de conditions d'emploi, il ne faudra pas s'étonner de subir le dumping social  des "plombiers polonais" : notre propre gouvenement aura introduit lui-même le loup dans la bergerie du droit social français".

"Mais - ajoute la revue - ni la Cour, ni les Traités éuropéens n'y seront pour rien". Nous ne partageons pas cette dernière assertion  européaniste. C'est bien un ciseau concerté qui s'emploie à mettre en pièce notre droit du travail. C'est le même esprit concurrentiel libéral ( avec la bénédiction de Delanoë ?) qui inspire et la démarche européenne et la démarche Medef, deux types de partenaires qui ont toujours été main  dans la main, pour ces  ruptures là ...et avec d'ailleurs le Ps (!) du moins  pour cette Europe là.

Par de mêmes attributions de rôles, mais renversés, c'est à l'Europe qu'on impute  de devoir privatiser  - ou presque-  de grands services publics. Or, ce n'est pas directement  vrai. L'U.E. n'impose pas un statut de la propriété de ces services, mais elle le provoque indirectement, par combinaison de l'ouverture à la concurrence et de  notre incapacité (qu'elle exige avec "le pacte de stabilité") de leur garantir les financements publics qui seraient indispensables. Explications :  si l'on veut mettre une part de la Poste sur le marché, après les Telecoms, les Ports, certains transports, etc.), c'est qu'il  faut - dès lors qu'on ouvre, par principe et pour l'intérêt des investisseurs privés,  ces secteurs à la concurrence - des moyens de financement longs et lourds pour assumer cette concurrence , moyens  que la puissance publique ne peut pas, ne veut pas fournir  dans l'état de ses contraintes  budgétaires et de ses choix de  politique économique. Le résultat - une privatisation progressive de fait (largement condute aussi auparavant  par les socialistes pris au jeu européen et mondial) est bien de l'effet combiné de l'esprit libéral européen - ouvir à la concurrence - et de l'esprit libéral anti étatique des pouvoirs publics français. 


Les pièges  ont des machoires séduisantes : Quoi de plus sympathique que l'Europe si on ne regarde pas de près ?  Quoi de plus sympathique que de lever des moyens de financement sur le marché pour améliorer des services  d'intérêt général et leur donner une dimension leur permettant de résister aux assauts de concurrents qui n'ont jamais eu  à assumer les mêmes devoirs qu'eux-mêmes?  Quoi de plus sympathique que la négociation ? Si on ne voit, d'une part, qu'elle ne traduit jamais que le résultat des  rapports de forces ( dans lesquels les salariés aujourd'hui sont plus faibles que jamais) et qu'elle ne lie que les signataires, en permettant au delà l'exploitation de salariés encore plus faibles et contre les intérêts minimaux des  salariés signataires eux-mêms !

Or  certains importants responsables syndicaux sont pénétrés des idées dangereuses que tout ce qui vient d'Europe est plutôt bien et, par ailleurs, qu'à tout prendre, le paritatisme vaut mieux que l'étatisme. Ils doivent être mise en garde. Il reste fondamentalement vrai qu'entre le fort et le faible, c'est la liberté qui opprime et l'État qui protége.  Pour nous prémunir contre  les plus forts et contre le rouleau compresseur libéral concurrentiel européen et mondial,  le droit social doit être constitué d'un socle irréductible de garanties essentielles assurées par  droit d'État, pouvant résister aux pressions des intérêts comme aux décisions de la Cour de Justice Européenne. Pareillement les services publics doivent avoir un socle majoritaire incompressible de propriété collective garantissant une économie mixte unissant les dynamismes de l'entreprise privée aux sécurités de la puissance publique. Soyons "réactionnaires" , réagissons contre les ruptures habillées des plumes du paon.

Samedi 30 août 2008 6 30 /08 /2008 16:56
- Publié dans : politique éco et emploi
Par Gérard Bélorgey - Voir les 0 commentaires
Au vu de ce que l'on semble pouvoir connaître des sensibilités de l'opinion, celle-ci accepte assez bien les réformes relatives au temps de travail et mal celles pouvant affecter les remboursements des frais médicaux et les minimum sociaux.

Voilà des réactivités qui semblent assez saines. Il est normal, sinon vital, que pour faire face aux concurrences du monde, nous acceptions de revenir sur certaines commodités d'existence  ; mais il serait  excessif, sinon suicidaire que nous sacrifions à cette compétition nos sécurités fondamentales.

Le bon deal que des pouvoirs publics perspicaces et sincères devraient offrir aux Français serait  donc celui qui afficherait  la légitimité d'aller dans le sens des souplesses utiles aux entreprises et à l'emploi et, en contrepartie, la garantie que rien ne serait entrepris qui affecterait les capacités de santé et de survie de nos concitoyens.

Quant au pouvoir d'achat, il doit être clair qu'il ne se décrète pas et qu'il n'y a pas, en soi, de politique du pouvoir d'achat qui soit raisonnable. Dans une économie trop ouverte qui ne peut plus guère bien réagir à des stimulants keynésiens, ce ne peut être un levier global, et, socialement, dans un monde affecté par des hausses de coûts dont les causes nous dépassent , le maintien et, à fortiori, l'augmentation de ce pouvoir d'achat ne peuvent être des types d'assurances  apportées par un  gouvernement quel qu'il soit. Le pouvoir d'achat, tout comme l'emploi,  est une résultante des autres paramètres économiques,  l'un et l'autre pouvant être  réciproquement , de surcroît, comme on sait ( cf sur ce site, " Il est plus tard que tu ne crois" ) dans une certaine antinomie.
 
En tous domaines, sachons donc raison garder.
Samedi 19 juillet 2008 6 19 /07 /2008 09:51
- Publié dans : politique éco et emploi
Par Gérard Bélorgey - Voir les 0 commentaires
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