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Le "non-événement" est un tournant éloquent. Le remaniement ministériel marque la victoire d'un premier ministre que l'électorat conservateur classique et que le parti majoritaire préfèrent  au président de la république.

 

Aussi diverses qu'ait été les attaques  que celui-ci a de plus en plus  suscitées du fait de son style autant que de ses options ,  il faut reconnaître en parallèle l'intérêt que sa forme de recherche avait engendré dès la campagne électorale dans des milieux politiques,  intellectuels et médiatiques reflétant non seulement toutes les sensibilités de la droite, mais dépassant aussi celle-ci. Ce qui  s'est transcrit alors dans deux formes d'ouverture :  l'une envers des hommes et des femmes de la diversité; l'autre dans l'exploration , à  côté de positions de combat (sur la fiscalité, l'identité, les retraites, les finances) de réponses originales  à un certain nombre de questions de ce temps ( sur les limites d'intérêt national à imposer à la mondialisation, sur l'environnement, sur le fonctionnement de l'Europe, sur la moralisation financière, sur les relations sociales, etc..) Tout cela n'a pas manqué d'irriter dans les rangs de l'UMP et d'éroder un électorat traditionnel attendant surtout que l'on sorte de la crise par la soumission aux contraintes de la mondialisation, à savoir par la rigueur, c'est à dire par des sacrifices imposés aux autres.  

 

Ce qui s'est passé hier c'est - après les premières étapes test considérées comme réussies de la réforme des retraites et des coupes budgétaires et sociale -  l'affichage politique de  la clôture de la  période des recherches de solutions un peu pluralistes  au profit d'une reprise en main par la droite "bon chic bon genre" telle que l'illustrent les figures marquantes ( et secondaires tout autant, mais toutes bien convenables ) qui sont restées dans l'équipe ou qui ont rejoint le gouvernement. À l'inverse tous ceux qui en étaient des formes de piment comme Rama Yade ou Fadela Amara, ou qui se posaient des questions comme Kouchner ou qui auraient pu chercher, comme J.L. Borloo,   des pistes économiques et sociales pouvant concurrencer  l'orthodoxie libérale par des soucis de solidarité sociale,  s'en vont. Le retour de qui « droit dans ses bottes » fut en son temps un peu trop rigide pour réussir – retour indispensable pour rallier une part des électeurs historiques - n’est plus un risque aujourdhui ; le récif est franchi et  le bon collaborateur ayant piloté avec succès une  réforme des retraites qu'avait manquée un ancien premier ministre,   a pu être sacrifié de manière propitiatoire pour ses péchés confondus  sur l'autel de  ses services.

 

Le seul qui détonne encore un peu, au fond, dans ce pouvoir si idéologiquement homogène,   c'est le président. Il a été, pour les siens,  un bretteur irremplaçable en 2007, le joker des droites, brouillant un peu les pistes par ses langages et ses tentations novatrices. Ce temps est passé. Ce qu'il faut à la droite classique,  c'est appliquer ce qu'impose l'ordre concurrentiel mondial à la société française, en le faisant en douceur pour éviter les vagues et les ressacs  , mais avec une impitoyable fermeté et sans la moindre hésitation doctrinale ( comme en témoignent les responsables de l'économie et des finances). Et que surtout le style provoquant  et parfois l'imagination inquiétante  d'un Nicolas Sarkozy ne mettent pas de désordre dans cette entreprise de discipline qui doit être conduite de manière rigoureuse, mais aussi soft que possible, dans le style si correct du premier ministre, les effets de manche étant laissés aux soins du nouveau responsable du parti majoritaire.

 

La  droite - à l'exception d'une  marge assez étroite de droite sociale et morale - a toujours préféré, en dehors des moments de crises ou d'incertitudes,  les gestionnaires appliquant l'ordre du monde aux agités, aux réformistes,  aux visionnaires, en bref, par exemple, un Pompidou à un de Gaulle.  Bien qu'aucun de ces parallèles ne soient bien bons aujourd'hui, ce qui reste vrai c'est que le temps des "ruptures" ( mais vers quoi mon Dieu ! ) est bien fini; et si celui des "réformes" reste à l'ordre du jour,  il vaut mieux ne pas provoquer, mais parler de sagesse .  La contrainte réaliste devenant évidemment dominante, la droite n'a déjà plus besoin d'un Nicolas Sarkozy. Elle a trouvé pour demain ou pour après demain son remplaçant bien plus paisible.  Au fond, même un bon gestionnaire social démocrate ferait presque aussi bien l'affaire  pourvu qu'il soit aussi libéral en matière économique et aussi bien élevé qu'un chef du gouvernement né dans le sérail conservateur.

 

Mais que faites vous - me direz vous - alors d'un candidat potentiel qui rêve encore d'un  grand "rassemblement" français autour de transactions intelligentes et, puis aussi, d'un "centre indépendant " qui, dans un champ – au demeurant tout à fait partagé avec la précédente ambition -  veut à nouveau exprimer séparément ses valeurs ?

 

Face à la nouvelle droite libérale BCBG qui vient de se mettre  en ordre de marche, il faut redouter d’une part  que le premier ressemble aux glorieuses charges de cavalerie, d’autre part qu’au jour prochain de la bataille , le centre -  comme c’est coutumier – soit enfoncé, miné de toute façon  qu’il est  par le système  super majoritaire, présidentiel et législatif, de notre République. 

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Lundi 15 novembre 2010 1 15 /11 /Nov /2010 16:06
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : actualité - Ecrire un commentaire
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En opposant hier "voyeur " et "acteur", j'ai choqué deux ou trois correspondants qui voient très bien comment on peut être influent en faisant voir, en tant qu'"historien" ,  mais pas bien du tout  comment on pouvait être parmi les acteurs même modestes d'une histoire qiui est celle du Maghreb et qui ne pourrait donc  être aussi  la nôtre .

Et bien elle a pourtant été beaucoup la mienne  et a marqué ma vie .D'abord parce que partie  de  ma famille quittant l'occupation prussienne de la Lorraine après 1870 a fait  le chemin de l'Afrique du nord et que j'ai été en retrouver la branche du Maroc dans les années 47/48; puis en 53 j' ai fait  mon mémoire sur la modernisation du paysannat marocain en rencontrant Jacques Berque exilé alors à Imin Tanout et en constatant, tout en parcourant tout le pays ,  l'absurdité de la déposition du Sultan ...à démontrer au retour à Paris . C'est ainsi qu'a commencé une petite fonction d'acteur en tant que militant et pédagogue, puis en tissant un réseau allant des personnalités nationalistes ( d'un Si Bekkaï à un Majoub Sen Sekkik par exemple pour le Maroc aux camarades étudiants du Foyer des étudiants musulmans du 115 Bd St Michel,  expr imant bien des diversités et ambitions du Maghreb ) , réseau auquel j'ai contribué à apporter la compréhension, le soutien  et les services d'une petite part de la classe politique et intellectuelle française..

 

En 1958, n'aurais-je été alors en stage de l'Ena, que j'eus accepté la proposition  des nouvelles  autorités chérifiennes de prendre auprès d'elle une fonction pour le développement économique. Entre temps j'avais refusé d'échapper à l'envoi comme officier en Algérie et préféré rompre avec G. Mollet plutôt que d'en accepter n'importe quoi; j'ai donc vécu comme bien d'autres,  dans une tension personnelle  particulièrement lourde ( dont  rendent  compte des parties de mes "Bulles d'Histoire" ) cette "pacification " que j'ai décrite dans la grande série d'articles de 1957, à une époque où c'était plutôt difficile de se faire entendre . Le parti de la guerre l'avait  emporté même à gauche contre des hommes tels que A. Savary avec lequel, M. Rocard, nos proches et moi-même avions travaillé sur la mutation des protectorats, notamment lors des négociations avec Bourguiba ; ainsi qu'ensuite (voir le livre des Ed. sc.po. de S. Hurtig sur l'honneur de Savary) pour chercher à maintenir des voies ouvertes vers une possibilité de paix algérienne qui bascula vite dans une part d'horreur après  s'être trop  fait attendre.

 

Tellement que  j'ai eu,  avant celle ci, le temps d'auditer les activités sahariennes d'Air France  lors du décollage de l'exploration pétrolière,  aussi d'être encore un acteur administratif ( j'ai eu mon premier poste territorial pour le plan de Constantine à Mostaganem) et , rentré à Paris, ,  un acteur juridique ( j'ai fait partie de ceux qui ont , et sans état d'âme,  mis au point au Secrétariat Général du Gouvernement sur demande du Président,) les dispositifs juridiques d'exception pour faire face au putsch et  à l'OAS. En outre, bien sûr,  comme tous ceux qui ont  connu des destins liés et déchirés entre les deux rives de la Méditerranée, j'ai eu à prendre soin de "rapatriés" très proches et d'algériens poussés vers notre sol pour des besoins de travail ou de sécurité. Le tout en ne cessant , dans les tensions entre sensibiltés adverses, d'avoir à lutter en permanence contre un racisme alors si puissant  que malgré tout ce qui se passe aujourd'hui , on a le sentiment de progrès immenses, sauf sans doute dans le vrai  respect de la culture de l'autre.

 

Souvent isolé et bien modeste,  mais réel acteur culturel, militant, militaire, médiatique  administratif, juridique, j'ai échoué, en 57/58 dans la tentative d'être, avec de rares amis,  bien avant 1962,  au nombre des acteurs politiques qui auraient pu se faire entendre. En réalité  ( malgré les dédicaces que me faisait Daniel Guérin de ses livres "pour  la nouvelle génération anticoloniale"), nous n'étions pas "anticolonialistes" mais "décolonisateurs"  comprenant que la colonisation ait eu lieu,  porteuse de toutes ses ambiguïtés tragiques, mais devant cesser dans les conditions les plus correctes possibles, dès lors que l'évolution historique ne lui laissait aucune chance de pouvoir acheter par des déshonneurs les illusions  d'un avenir impossible. C'est pourquoi nous étions regardés  par les conservateurs comme "défaitistes" et par les révolutionnaires comme des  "opportunistes" relativistes : la ligne de transactions (au fond dans un esprit de service public et non de compétitions,  de force centrale et non de démocratie bipartisane)  que nous voulions faire valoir a souvent plus exposé nos causes aux coups des extrêmes qu'elle n'a catalysé de bonnes réponses.

 

La force des choses  a  imposé tardivement au général de Gaulle - malgré une quasi victoire militaire, mais à raison d'un rapport de forces politiques  favorable aux indépendances et compte tenu de l'impossibilité préalable  d'imposer et de financer pour les Algériens  une rapide intégration égalitaire  dans la République  - l'inévitable retrait  de la France  ... qui susciterait même aujourd'hui quelques nostalgies outre méditerranée  . Mais  depuis lors, il faut bien des associations comme "coup de soleil" pour chercher des chemins chaleureux, alors que ne sont pas  vraiment tirées par les opinions dominantes  et par les  pouvoirs les leçons du passé : la crise de l'emploi dilate les ruptures; l'intégrisme islamique est prétexte à une guerre larvée contre certaines des cultures de l'indispensable et incontournable immigration. Et  c'est bien pourquoi quelques acteurs que nous sommes - aidés par l'accueil de quelques lieux de réflexion et de publications  lorsqu'elles n'ont pas d'ostracisme -  continuons à essayer de faire appel à tolérance et raison contre les manipulations et les peurs et - plus difficile encore,  car à contre courant de notre temps éditorial et médiatique - pour endiguer l'esprit du spectacle . Nous voulons croire encore que l'Histoire peut être regardée et vécue autrement que comme une mise en scène , et  même si elle n'a plus le sens que nos jeunesses espéraient lui trouver,  qu'elle pourrait se prêter aux conciliations et à l'intelligence. 

Jeudi 28 octobre 2010 4 28 /10 /Oct /2010 19:12
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : actualité
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Au cœur mais aussi au delà du débat d'aujourd'hui sur les retraites, il faut vraiment s'interroger sur le sens et sur les issues de toute cette mauvaise affaire.

 

D'abord ce  débat sur les retraites est  tragique par sa pauvreté de prise en compte, tant par le pouvoir que par les opposants, de la dimension économique internationale des causes du désemploi français . Ensuite, les pouvoirs publics imposent une réforme dont les principes sont incontournables et dont les modalités méritent une triple critique. La première est cette réforme est pour une part inefficace par insuffisance de financement à moyen terme . La seconde est qu’elle est basée sur l’optimisme infondé d’une diminution par deux du taux de chômage. La troisième est qu’elle est injuste : même après quelques retouches,  elle pénalise plus particulièrement certaines catégories ( si le cas des personnes ayant très jeunes,  débuté de travailler paraît bien réglé,  ceux de bien des femmes,  ceux des salariés exerçant des métiers pénibles entraînant précoce mortalité, etc. reçoivent des solutions insatisfaisantes). Plus encore l’injustice est dans le choix – au nom d’une cohérence fictive avec le principe de répartition entre salariés  - de ménager les revenus du capital et les entreprises et de charger ces salariés dont spécialement ceux des fonctions publiques . Mais s’il en est ainsi, c’est parce que capital et entreprises doivent forcément être ménagés dans l’économie concurrentielle mondiale, alors qu’un assouplissement de cette contrainte autoriserait à aller chercher des ressources dans l’augmentation des diverses contributions  ( que ce soit par fiscalité directe, pas cotisations sociales ou par TVA) de ces origines.

 

Surtout la seule garantie des retraites est l’emploi. D’abord parce qu’un mauvais emploi comme le nôtre fait que la réforme, pour une part, est une illusion d’économies. On le comprend bien si l’on rappelle schématiquement les données de base . L’âge auquel on peut faire liquider sa retraite est aujourd’hui 60 ans et passe à 62. Parallèlement, l'âge de départ permettant automatiquement de toucher, à due proportion de ses temps d’activités dans un métier,  une pension à taux plein, sera progressivement porté de 65 à 67 ans, les durées de cotisations nécessaires progressant simultanément. Mais la portée de ces dispositifs nouveaux ne peut être mesurée que par référence à la réalité qui est constituée de deux données bien différentes à ne pas confondre : l’âge moyen de sortie définitive du marché du travail qui s’établit – du fait du chômage très élevé des seniors -  à 58,5 ans ; et l’âge moyen d’accès à la retraite  qui est de 61,5 ans puisqu’il faut , en plus d’avoir atteint soixante ans, avoir cotisé un certain nombre d'années  (entre 41 ans en 2012  et 42, 5 ans  en 2020) Il est donc clair que le chômage des seniors fera que si ceux ci,  qui doivent en principe travailler deux ans de plus,  ne trouvent pas d’embauche, ils seront deux ans de plus à la charge des  régimes  de garanties de ressources . C’est un jeu de bascule. Sans un bon emploi, les économies se réalisant sur les retraites se métamorphosent, en dépenses pour le régime chômage.

 

Plus généralement, des financements corrects supposent des assiettes bien élargies des revenus salariaux tant de ces seniors que des autres catégories qui en sont privés aujourd’hui (jeunes, chômeurs à temps partiel et de longue durée), condition qui ne peut évidemment résulter que d’un meilleur emploi.  Voilà la question que ne sait pas lever l’opposition qui traite essentiellement de l’affaire en termes de répartition et non en termes de nécessaires marchés rentables pour notre économie , ce qui lui permet de faire l’impasse sur les causes de notre désemploi au regard du quel on attend toujours ses bonnes solutions. 

 

Encore faudrait-il aussi que les mouvements affectifs et massifs de refus  de la réforme des retraites, dans une version ou une autre,  ne soit pas inspirés en même temps que par le sentiment légitime d’une forte injustice dans la manière dont celle proposée est construite, mais aussi, hélas,  - comme c’est évidemment aussi nous semble-t-il le cas, à la différence de ce qui est admis, sinon même souhaité, dans bien des pays étrangers sur la prolongation du temps de travail au cours de l’existence - sur une allergie d’un certain nombre  envers la perspective de travailler un peu plus longtemps au cours de leur vie ? Doit-on y voir l’effet de bien insatisfaisantes conditions du travail, ou ce qu’il y a aussi, dans notre univers français marqué par des idéologies issues de 1968 ,  comme rejet  de la valeur travail ?

 

La stérilité des affrontements sur la question des retraites aboutit à la confrontation des deux fétichismes contre et pour  les « soixante ans » . Le pouvoir tient aux 62 ans - appuyé sur les renouveaux bien utiles des exigences européennes de critères de stabilisation budgétaire -    certes, parce que le passage à 62 ans est ce qui produit assez vite des économies en atténuation de déficit (encore qu’il y aurait d’autres voies pour y contribuer), mais surtout parce que le Président veut être celui qui aura balayé la réforme intempestive de F. Mitterrand. Les oppositions tiennent à « la retraite à soixante ans ». Il faut,  malheureusement, qu’un mot d’ordre soit une bonne et simple position de combat pour mobiliser massivement et celui-ci cristallise sur une erreur ( que le PS a repris, hélas, à son compte, en se préparant bien des déboires s’il vient aux affaires) tous les motifs transgénérationnels  de rejet de la politique si peu sociale du pouvoir. Un conflit frontal qui est héritage des postures de deux présidents de la République aussi comparables par leur psychologie et leurs manipulations des mythologies politiques qu’ils sont  opposés dans leurs affichages programmatiques. La mauvaise affaire de la réforme nécessaire et  mal conduite des retraites transcrit le poids d’une bipolarisation stupide servie et utilisée par des chefs de camps  qui chacun à sa manière  n'aura guère trouvé les voies  d'un intérêt collectif reconnu par la plupart des Français .

 

A l’inverse, dans une société publique qui serait à la recherche de convergences techniques par des rassemblements politiques d’intérêt national auxquels ne feraient pas obstacle les scrutins majoritaires de division du pays entre deux fonds de commerce, il y a cinq paramètres dont la prise en compte obligerait à de saines conciliations. Le premier serait d’abandonner, de part  et d’autre, le fétichisme des soixante ans. Ce n’est pas cela qui compte, mais les  dates effectives de sortie du marché du travail puis d’entrée en retraite. Le second est de se centrer sur les durée nécessaires de cotisations  pour définir les  bons  dosages en faisant bien comprendre qu’il faut travailler plus longtemps, ce que les aussi mauvaises présentation que contestation de la réforme  compromettent l’une et l’autre par des effets contre-productifs et anti pédagogiques dès lors que la première ne reconnaît pas son injustice et la seconde ne reconnaît pas son irréalisme . Le troisième paramètre est  naturellement de traiter sur mesure les problèmes spécifiques de catégories particulières qui ne doivent pas être pénalisée ; il est éloquent que si on a pu avancer un peu dans ces sens au cours des débats, c’est parce que c’est leur part non idéologique, donc plus  aisément négociable. Le quatrième paramètre est de chercher un meilleur dosage de financements, et c’est en fait , après le fétichisme des 60 ans, ce  qui est le nœud à la fois idéologique et matériel de la question où il faut des concessions de part et d’autre ; par une reconnaissance partagée que ces transactions,  hors de toute idéologie libérale ou socialiste, sont indispensables aussi longtemps que le pays ne pourra pas s’assurer un meilleur emploi pour tous dont au premier chef les seniors.

 

Le conflit n’aurait pas été non plus complètement stérile s’il contribuait à faire apparaître qu’une certaine répulsion pour le travail  tient à ce que les conditions pratiques, sociales et psychologiques de celui-ci n’ont pas été assez améliorées , mais ont plutôt empiré dans la société concurrentielle qui nous est imposée et que l’une des premières nécessités est de rendre l’ambiance au travail partout plus attractive. Une déclinaison de cette exigence est de concevoir pour les seniors des possibilités de continuation d'activité hors de leur métiers éventuellement pénibles d'origine et de déroulement précédent de carrière pour que des types de travaux pertinents et adéquats puissent leur être offerts sans que leur maintien dans le même emploi leur soit une servitude ainsi qu'un problème pour l'employeur  également.  


Toujours est-il qu’un pouvoir habile plus que combatif et qui voudrait que personne ne perde la face ferait aujourd’hui voter sa loi, mais comme pour le Cpe, devrait la mettre  en suspens et confier à un nouveau gouvernement le soin d’une renégociation dépassionnée qui répondrait en vérité aux vœux des Français conscients qu’il faut avancer dans cette affaire, mais sans vainqueur ni vaincus.  

 

Si l’on arrivait à un échec des perspectives d’équilibre des régimes de répartition et ou à des diminutions de fait de retraites, une relève en fait se prépare : par la capitalisation Certains estiment qu’elle serait même programmée1 , mais on ne veut pas les croire  alors qu’il est sans doute aussi des réponses dans une novation intelligente du système de  la répartition (2).

 

Plus grave que la prolongation qui est  normale du temps de travail, les changements sociaux - que portent les politiques de rigueur mises partout en œuvre ( que l’on mesure à quels extrêmes la droite conduit la régression sociale en Grande Bretagne)  comme accompagnement des duperies de la globalisation – vont inévitablement   porter atteinte bien plus qu’aujourd’hui à la couverture maladie et aux moyens hospitaliers de la santé, sans parler des problèmes de la dépendance.   Alors qu’il est évidemment bien plus douloureux d’être un malade grave ou un infirme ne pouvant bien accéder aux soins requis que de devoir travailler un peu plus longtemps , mobilisera-t-on autant pour ces questions pratiques pesant sur des vies individuelles dont elles peuvent ravager les dernières années que pour le mythe collectif ( et la satisfaction du pressant besoin individuel de  jouir  un peu de l'existence  ) de cesser de travailler à 60 ans !

 

Oui, des menaces pèsent sur les retraites ;  et les  actifs en attente de retraite courent des risques, mais d’autres en vérité que, sauf cas particuliers des métiers à forte pénibilité  et mortalité,  de ne pas rentrer en retraite assez jeunes : ceux  d’être des retraités en difficulté d’être bien soignés… Sans doute vaut-il mieux prolonger un peu son activité et ne pas entamer les moyens collectifs de recevoir des soins aux âges où il y en aura bien besoin.

 

 

1 –Cf.  in Médiapart, Le Journal 14 octobre 2010: Retraite : la joint-venture des frères

Sarkozy contre les régimes par répartition ; par Laurent Mauduit.

 

2 - le site www.ecopublix.eu,  voir les travaux datant de 2008 « POUR UN SYSTEME DE COMPTES INDIVIDUELS DE COTISATIONS - Propositions pour une refonte générale des régimes de retraites en France » de Antoine Bozio ( chercheur à l’Institute for Fiscal Studies, Londres) et Thomas Piketty (directeur d’études à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, Professeur à l’Ecole d’Economie de Paris) présentant un système de remplacement qui serait un régime public et obligatoire, fondé sur des comptes individuels de cotisations et financé par répartition. Ce nouveau système, sur le modèle de la réforme mise en place en Suède entre 1994 et 2008, a l’avantage de mieux prendre en compte les carrières longues, de s’adapter à l’augmentation et aux inégalités d’espérance de vie, de permettre des retraites progressives et d’offrir des garanties solides à long terme sur le niveau des retraites, et ce pour l’ensemble des générations, y compris les plus jeunes. Contrairement à une idée reçue, les comptes individuels sont globalement plus favorables aux carrières salariales modestes et aux petites retraites. Les questions de la transition vers le nouveau système sont finalement discutées : quel plafond choisir ? Comment rapprocher le secteur public et le secteur privé ? Comment envisager les mesures financières transitoires d’une telle réforme ? Pour chacune de ces questions, la note  citée vise à souligner qu’aucun des obstacles n’est insurmontable pourvu que la volonté politique de préserver un système public par répartition existe.

 

Vendredi 22 octobre 2010 5 22 /10 /Oct /2010 18:04
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : actualité
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A 99 ans notre Nobel d'économie devait bien nous  quitter après s'être battu jusqu'aux derniers jours de sa vie contre le fanatisme du libre échange . Mais ne cherchez pas dans la presse orthodoxe illustrée par Le Monde , ses articles , ses livres,  ses travaux sur ce thème. Ce serait trop dangereux pour  tous les intérêts et les idéologies qui ne veulent pas entendre parler de protection occidentale,  européenne et encore moins nationale.

Rien ne rappelle l'ampleur et la pertinence de ses arguments, la longue antériorité de ses prises de positions et leur validation par les faits; mais l'on a par contre fait mémoire d'anciens travaux d'économétrie et de physique , en rappelant que Maurice Allais avait rêvé d'être physicien. En taisant ses convictions de politique économique ,  l'hypocrisie lui aura même volé sa mort.      

Dimanche 17 octobre 2010 7 17 /10 /Oct /2010 09:54
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : actualité
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La  décision du CC sur le voile intégral est manifestement  assez politique, c'est-à-dire d'obéissance à l'opinion, au  peuple qui - comme disait Bernanos - "adore qu'on lui souffle entre les cuisses"... Au passage on aura donné raison et satisfaction à la base populaire contre les intellos qui en prendront plein la figure, ce qui fera plaisir à beaucoup. Tout bonus partout pour le pouvoir en place.

La décision est est heureusement modérée par deux considérants :

- celui qui constate qu'il n'y a pas disproportion entre l’infraction et la sanction parce que celle-ci n'est pas trop lourde

- celui qui vient , sous forme de réserve d'interprétation,  permettre le voile dans les lieux de culte ce qui  est en fait un contre-sens car le port du voile ne correspond à aucune obligation religieuse

 

On observera avec humour que relativement à la couverture du visage le Conseil a oublié le Mardi Gras qui devrait etre un jour traditionnel de tolérance pour les masques ; mais où il faudra verbaliser ….

 

Ce qui m'a le plus effaré est la rafale de réactions racistes et xénophobes qui s'est fait jour en applaudissant la décision sur le portail Orange.  J'ai vraiment honte de nos concitoyens. Je crois vraiment que les juges suprêmes n'ont rien compris au problème et je reprends ci-dessius partie de ce que j’avais déjà publié ici.

 

La burqua symbolise en effet ce qui est ressenti comme une inadmissible domination masculine sur des femmes  contraintes à porter ce qui est de surcroît vu comme un signe religieux puritain provocateur. Et il est vrai que le voile est un « marqueur », d’ailleurs parfois volontairement affiché pour répliquer à la permissivité occidentale par  le signe d’une décence faisant partie des valeurs d’opposition  de l’Islam.

 

Et c’est exactement ce que bien de nos contemporains ne peuvent pas supporter, pas plus que les tenues traditionnelles obsolètes des religieuses et des curés, convaincus qu’ils sont du droit imprescriptible à la liberté des corps et des mœurs ; aussi conçoivent-ils  parfaitement que la femme soit dans notre société bien fréquemment sous la plus ou moins agréable aliénation d’être appréciée comme objet sexuel, mais ne peuvent-ils admettre qu’elle subisse la servitude d’être dérobée aux regards. Et bien entendu, ce conflit fondamental qui relève de la socio-analyse du semi inconscient collectif  est camouflé sous les respectables motifs d’assurer la dignité des femmes et la sécurité des personnes. L’Empire, lui - qui faisait richesses et attraits de la diversité vestimentaire  et culturelle  de ses peuples  - était autrement tolérant. Les «indigènes de la République» ont changé d’oppression en changeant de continent.

 

 

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Jeudi 7 octobre 2010 4 07 /10 /Oct /2010 20:41
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : actualité - Ecrire un commentaire
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