L'objet de ce site est de baliser par quelques souvenirs éloquents l'histoire récente et de faire contribuer ces expériences, par des
commentaires d'actualité, à éclairer et choisir les changements, en s'interrogeant sur les propositions des politiques et les analyses des essaiystes. Donc, à l'origine, deux versants : l'un
rétrospectif, l'autre prospectif.
A côté des problèmes de société (parfois traités de manière si impertinente que la rubrique "hors des clous"a été conçue pour les accueillir),
place a été faite à "l'évasion" avec des incursions dans la peinture, le tourisme, des poèmes, des chansons, ce qui constitue aussi des aperçus sur l'histoire vécue.
MODE DE CONSULTATION : après avoir ouvert le site, ou cliqué sur un article, un sujet, un mois d'archive, l'affichage du document
recherché s'obtient en descendant la lecture jusqu'au delà de cette fenêtre de présentation.
L'auteur
Né en 1933,
appartenant à la génération dont l'enfance a été marquée par la deuxième guerre mondiale, l'occupation et la Résistance, l'adolescence par la Libération, la guerre froide, puis par de
clairvoyants engagements pour les décolonisations, l'auteur a ensuite partagé sa vie professionnelle entre le service public (il a notamment été préfet, délégué à l’emploi, directeur des affaires
économiques de l’outre-mer, président de sa chaîne de radio-télévision, RFO), l'enseignement et la publication d’ouvrages de sciences politiques (il est aujourd’hui membre du comité de rédaction
et collaborateur régulier de la Revue Politique et Parlementaire). Il a également assumé des missions dans de grandes entreprises en restructuration (Boussac, Usinor/Sacilor), puis a été conseil
d’organismes professionnels.
Alors que ses condisciples ont été en particulier Michel Rocard et Jacques Chirac (il a partagé la jeunesse militante du premier dans les années cinquante et fait
entrer le second à Matignon dans les années 60, avant d'être son premier collaborateur à l’Emploi et pour la négociation de Grenelle et au secrétariat d’Etat aux Finances, il n'a suivi ni l'un,
ni l'autre dans leurs itinéraires. En effet, dans le domaine politique, comme il ressort de ses publications (cf. infra), Gérard Bélorgey n’a rallié ni la vulgate de la Veme république sur les
bienfaits de l’alternance entre partis dominants, ni les tenants du catéchisme du libre-échange mondial. Il ne se résigne donc pas à TINA ("there is no alternative" au libéralisme). Tout en
reconnaissant les apports autant que les limites de ceux qui ont été aux affaires et avec lesquels il a travaillé, il ne se résigne pas non plus à trouver satisfaction dans tel ou tel programme
de camp. Mesurant combien notre société multiculturelle, injuste et caricaturalement mondialisée, souffre aussi bien des impasses de l’angélisme que des progrès de l’inégalité et des dangers de
l’autoritarisme, il voudrait contribuer à un réalisme sans démagogie.
Partie de ses archives est déposée dans les Fonds d'Histoire contemporaine de la Fondation des Sciences Poltiques (cf. liens).
Il a publié sous d'autres noms que celui sous lequel il a signé des ouvrages fondamentaux que furent "le gouvernement et l'administration de la France"
(1967), "la France décentralisée" ( 1984), "Les Dom-Tom" (1994) : le pseudo de Serge Adour correspond à l'époque de la guerre d'Algérie et à une grande série
de papiers dans Le Monde en 1957 , celui d'Olivier Memling au recueil de poèmes et chansons "Sablier " (couronné en 1980 par l'Académie Française et référé, dans
l'histoire littéraire du XXeme Siècle de Hachette) celui de Gérard Olivier à son analyse dans de grands quotidiens de la décentralisation en 1981/82; celui
de Solon (malheureusement partagée par erreur avec d'autres auteurs) à la publication en 1988 de "la démocratie absolue" . Cessant de vivre un peu masqué, il retrouve
son nom en 1998 pour "Trois Illusions qui nous gouvernent", puis en 2000 pour "Bulles d'Histoire et autres contes vrais " (série de coups de projecteurs sur quelques apects du
dernier demi siècle qui seront souvent repris ci-dessous), ainsi que pour de nombreux articles dans diverses revues. EN 2009, il est revenu sur la guerre
d'Algérie avec le roman ( Ed. Baurepaire) "La course de printemps". Il prépare "L'évolution des rapports Gouvernés /Gouvernants sous la Veme République :entre absolutismes et
renouvellements?"
Le choix à faire pour le second tour des primaires citoyennes est à mes yeux commandé pat les réponses aux trois questions ci-dessous :
- qui est le plus a même de faire évoluer l'Europe et/ou la France vers une protection contre les effets pervers du libre échange mondial ?
- qui est le plus à même de faire évoluer de même, d'un "euro mark" vers une monnaie plus flexible pouvant porter croissance et
export, soulagement de la dette, réduire les facteurs d'austérité et donner plus de moyens de résorbtion du chômage et des inégalités ?
- qui, dans la même cohérence, est prêt à promouvoir un contrôle plus exigeant et effectif de la planète financière ?
La réponse à ces questions commande tout le reste.
Note de présentation d'un ouvrage en voie de finalisation
Le bouillonnement de l’opinion, la richesse des media, le sérieux de la recherche, la floraison des études, enquêtes et débats, en bref, le pluralisme intellectuel et politique qui fait la
société française masque que celle ci, en définitive, reste gouvernée par deux absolutismes idéologiques.
Notre régime institutionnel s’est progressivement caricaturé en tombant dans « la démocratie majoritaire présidentialiste absolue ». Elle est en train
d’exploser à raison des fractures de la majorité comme de l’opposition et sous les contestations populaires qu’inspirent les effets pervers de la mondialisation, les souffrances sociales et les
incapacités publiques à garantir les sécurités des citoyens. L’impérialisme du libre échange finit de liquider « l’État nation » et « l’État
providence » sans qu’ait pu, en contrepartie, se mettre au moins en place une gouvernance mondiale régulatrice. Le
« désemploi » va de pair avec la résignation sociale : tout responsable sait que l’on ne peut significativement réduire des inégalités qui sont, en fait,
absolument nécessaires à la compétitivité internationale par les prix. Les économies qu’implique la confrontation avec les pays à bas coût de revient
s’opposent à sanctuariser des garanties sociales que l’on baptise donc « machines à exclure », comme à maintenir leurs statuts et moyens aux
services publics que l’on met donc en accusation. La manière dont est rendue la justice est critiquée, au demeurant de manières opposées, de toutes parts . Les vives lignes de
tension - entre composantes ethno culturelles, sexes, générations, familles socio professionnelles, convictions d’avenir – qui parcourent la communauté nationale se reflètent
dans les attentes contradictoires des gouvernés auxquels les candidats au pouvoir offrent une palette d’offres politiques de plus en plus diversifiés : autant d’illusions dès lors que des
changements clefs ne se font pas jour.
Au regard des offres « low cost » qu’obtient, désormais sur les produits de toutes les gammes, la conjugaison – par des puissances prenant, comme
la Chine, revanche sur l’Histoire - de l’oppression politique, du retard social, du mépris environnemental, des hautes capacités
capitalistiques et technologiques, ainsi que de la priorité à l’export sur leurs marchés internes, il est clair que les recherches de rééquilibrage explorées par les pays
occidentaux sont d’autant moins efficientes que divers puissants intérêts ( dans une part de la banque, du négoce, dans l’actionnariat des firmes multinationales) de leurs
propres nationaux s’accommodent bien de cet ordre du monde . Sans un « juste échange » mondial – à bâtir plus sur des protections commerciales raisonnables que sur de seules
dispositions monétaires et financières – une stricte politique néo libérale – non loin sur le fond de celle que conduit le gouvernement en place -
reste la seule possible, sans que ses rigueurs puissent, dans une économie ouverte, empêcher le déclin inéluctable des
niveaux de vie du plus grand nombre . La gauche européiste n’a jamais voulu admettre ou a toujours camouflé que la libre mise en communication des marchés de sociétés très
hétérogènes cantonnait étroitement ses ambitions de correction des injustices. La droite aux affaires ne veut pas voir que la protection envers les dumpings serait plus
décisive qu’envers les migrants. Son parti pris en faveur de l’investissemen privé lui fait méconnaître aussi que seuls certains mécanismes d’économie mixte pourraient
permettre d’assurer de front un minimum de précautions sociales et la réduction de l’endettement public et privé externe, ce qui est bien la condition d’une indépendance
indispensable pour ne pas dépendre des prêteurs mondiaux qui sont aussi d’impitoyables concurrents commerciaux .
Le refus de la culture de compromis est le fruit de la logique d’affrontement de notre régime fondé sur l’addition des scrutins majoritaires et sur la confusion des pouvoirs . Il est à bout
de souffle et de légitimité. La démocratie semi directe, par l’élection du chef de l’État et par l’emploi, à restaurer, du referendum peut rendre du souffle; la légitimité ne
se trouvera que dans la coopération de deux pouvoirs effectivement séparés et s’équilibrant . C’est ce qu’assurerait le passage du régime « présidentialiste » à un régime
« présidentiel », qui serait bien plus respectueux du Parlement. . En ayant pour exécutif unifié, ne pouvant être renversé, un Président de la République - cessant
d’être un chef de parti pour exprimer l’unité de la nation - ce serait le seul modèle compatible avec - pour exprimer le pluralisme de la société - l’élection de l’Assemblée à la représentation
proportionnelle. L’absence de bloc de majorité qui en résulterait est en effet souhaitable, comme au Sénat, pour obliger enfin les
diverses formations non extrémistes à des recherches de convergences pour le vote des lois et des budgets en trouvant des lignes d’accord avec la Présidence. Ce n’est pas la
quatrième république, parce que tel régime, s’il impose – c’est le but - des coalitions parlementaires, n’est pas sous risque d’instabilité de l’exécutif . Et il n’y
aurait pas de risque de blocage de type américain dès lors qu’en cas de fortes divergences non résolues entre pouvoirs, il serait prévu que chacun d’entre eux puisse déclencher
un referendum d’arbitrage.
La campagne présidentielle pourrait-elle être une bonne circonstance où poser ces questions ? Un chemin à ouvrir pour tenter de passer de « la démocratie absolue » à « la
république pour tous ».
Gérard Bélorgey , depuis les années soixante a occupé successivement des postes dans la haute fonction publique et dans des responsabilités d’entreprises, puis a été consultant
et conseil d’organismes professionnels. Longtemps enseignant de sciences politiques, il a publié par le passé divers ouvrages dont les audiences ( sur « le
gouvernement et l’administration de la France », sur la « France décentralisée », sur « l’outre-mer français » , etc.) résultèrent de l’utilité
des explications apportées sur ces univers d’autrefois. Toujours attentif à l’évolution des rapports gouvernants/gouvernés, il tente une même démarche à
l’égard de la société d’aujourd’hui.
Alors que le 23 avril sera commémoré le 50e anniversaire du Putsh des généraux d'AIger, Jean-Pierre Guéno publie un livre de
mémoire et d'apaisement pour espérer un jour en finir avec la torture.
Comme il est indiqué dans son introduction, ce qui est particulièrement émouvant dans ce livre est qu’il est l’écho, plus d’un demi siècle, après de ce que l’auteur
enfant a connu lorsque son père, ancien résistant des maquis de Montluçon, était chargé de préparer , pour les « revues de presse » du ministère de l’intérieur
d’alors, les albums photos qui retraçaient certains des pires aspects de ces affrontements.
Selon la « prière d’insérer », «La guerre d'Algérie s'est accompagnée dans les deux camps de toutes les horreurs, de tous les excès, de
toutes les exactions : sévices corporels, maltraitances psychologiques, tortures. Des acteurs - torturés, simples témoins, et parfois tortionnaires - ont témoigné : civils ordinaires, appelés
d'Algérie, militaires, étudiants algériens, résidant en Métropole ou en Algérie, qui envoyaient leurs témoignages à des journaux ou à la justice. Cinquante ans après la fin de cette guerre, des
lettres remontent aujourd'hui à la surface.
Elles semblent surgir d'un autre âge, celui des ténèbres de l'Inquisition. Celui de la barbarie la plus noire.
Elles nous parlent pourtant de la fin des années 50. d'une époque récente, de la seconde moitié du xxe siècle, de la toute fin du Baby Boom qui vit l'apparition
des premiers ordinateurs français, la généralisation de la troisième semaine de congés payés, l'arrivée sur notre territoire des premiers disques d'Elvis Presley, le triomphe de Dalida, la
naissance de l'Europe des six et les premiers jaillissements de pétrole dans le Sahara. Le contraste est saisissant ! Après la lecture de ces lettres; de ces témoignages inédits sur la torture,
le regard que l'on porte sur cette partie sombre de notre Histoire ne sera plus le même. Un livre dédié par Jean-Pierre Guéno à tous les enfants du XXIe siècle pour qu'ils soient
déterminés à faire de la torture une pratique définitivement interdite. »
J’indique à titre personnel que ces documents reprennent de larges extraits de « En Algérie de l’utopie au totalitarisme » (Serge Adour, alias Gérard
Bélorgey, in Le Monde oct/nov. 1957) et sortent ainsi de l’oubli cette contribution de l’époque à l’analyse de la situation et à la recherche d’une
sortie.
Auteur des Paroles de... (Paroles de poilus, Paroles d'étoiles, Paroles du Jour J, Paroles de détenus, Paroles de femmes... ) aux Éditions Librio et Les
Arènes, Jean-Pierre Guéno est également l'auteur de La mémoire du Petit Prince et Les diamants de l'Histoire (Éditions Jacob-Duvemet).
L’Europe a aujourd’hui une occasion unique de remédier aux blessures historiques qui la séparent des pays du Maghreb en accompagnant la transition démocratique en cours. Mais, en cette période
cruciale, l’Union Européenne, est absente en tant qu’entité politique et se montre divisée entre la ‘diplomatie de la bombe’ de Nicolas Sarkozy, la paranoïa xénophobe du gouvernement italien et
l’indifférence allemande.
La situation sur l’ile de Lampedusa, encore plus qu’une tragédie, représente l’incapacité des classes politiques nationales de comprendre et accompagner la volonté de changement dans les pays du
Maghreb et de s’engager dans la redéfinition d’un rapport nord-sud qui aille au-delà de la logique cynique de l’urgence, vouée à l’échec, et annoncée uniquement à des fins électorales.
Les politiques nationales censées répondre au phénomène migratoire se sont révélées non seulement inadéquates du point de vue de leur gestion (accueil, intégration), du point de vue du respect
des droits des individus, civiques et sociaux, mais aussi en terme de coopération et d’aide au développement.
Comme la récente querelle entre la France et l’Italie sur l’accueil des migrants tunisiens le démontre, l’absence d’une réelle politique européenne sur les migrations a donné place à une
situation confuse, incertaine qui ne permet pas de garantir les droits civils, politiques, sociaux et économiques des migrants et des demandeurs d’asile.
Conscients que la manière la plus efficace d’aider les citoyens nord-africains n’est pas d’en accueillir le plus grand nombre sur le continent européen mais de faire en sorte que le développement
démocratique social et économique rende le Maghreb un lieu duquel il n’y ait plus de raison de s’enfuir ; Convaincus que seule la relance du projet d’union politique européenne serait à même
de mettre en place une politique extérieure de sécurité au service de la paix, la démocratie et la justice au niveau international ; Nous déclarons qu’il est une priorité de mettre en place
une nouvelle stratégie européenne de proximité avec les pays du Maghreb et des politiques de co-développement et de croissance de l’ensemble de la région, en commençant par les points
suivants :
Le lancement d’une directive européenne qui encadre la mise en place d’un permis de séjour pour la recherche de travail, dont les critères seront à définir en accord avec les pays du
Maghreb, et qui crée une voie d’accès simple, légale et unique pour les citoyens nord africains qui souhaitent venir travailler ou étudier sur le territoire de l’Union Européenne, dans le
respect du droit à la mobilité, et qui reconnaisse la contribution des migrants à la stabilité et durabilité des systèmes sociaux européens.
Le développement de normes standard minimum et obligatoires pour tous les pays européens sur le traitement accordé aux demandeurs d’asile et aux migrants irrégulier, qui garantisse le
respect de la dignité de tout être humain
La ratification de la convention de l’ONU sur les droits des travailleurs migrants et des membres de leur famille, approuvée par l’assemblée des nations unies le 12/12/1990 et entrée en
vigueur en 2003, qui n’a encore été ratifiée par aucun des pays de l’Union
Le dépassement de la convention de Dublin, pour le développement d’une véritable politique européenne d’accueil des demandeurs d’asile, telle qu’elle a été souhaitée par les institutions
européennes dans le programme de Stockholm
Le dépassement du lien entre citoyenneté et nationalité – qui exclut les migrants des droits politiques - par la fondation de la citoyenneté européenne sur le lieu de résidence.
La relance d’une politique européenne d’aide au développement qui rationalise l’utilisation des ressources naturelles nationales, et ceci en mettant en place un plan pour l’Afrique du Nord
dont l’objectif sera le développement agricole, une gestion commune de l’eau et le développement des sources d’énergie alternative, qui s’appuie sur l’intégration économique et politique
de la région, pour donner une impulsion unique aux projets de relance de l’économie des pays du Maghreb et apporter un soutien à la transition démocratique en cours.
La création d’un instrument de financement direct pour les jeunes maghrébins qui souhaiteraient développer des nouvelles entreprises et des coopératives sur le territoire
Finalement, la convocation d’une convention Euro-méditerranéenne, ouverte à la société civile, avec le mandat d’élaborer un projet d’accord qui recueille le consensus de tous les partis.
Il faut rapprocher, parce qu’elles touchent l’une et l’autre à des épisodes de la Veme République, ensuite, parce qu’elles confrontent deux approches
radicalement différentes de l’histoire, deux récentes diffusions de France télévision : une fiction historique relative aux derniers moments de Georges Pompidou
« mort d'un président » de Pierre Aknine ; un documentaire réflexion concernant Maurice Papon « itinéraire d'un homme d'ordre » de Emmanuel Hamon .
La première production appartient un genre donc je conteste pour ma part jusqu'au bien-fondé. Ce genre consiste à mettre en images et en scène, autour des pivots de
deux ou trois choses vraies rendant crédible le reste , sur des dialogues pour partie imaginés ( comme ceux que Victor Duruy prête, dans son histoire populaire de la France aux
personnages mythiques de notre pays), des personnalités de premier rang appartenant à l’histoire récente sans que le contenu soit réellement constitué de documentaires puisqu'il
procède surtout de la vision qu'en a ou que veut en donner le réalisateur. La part de réalité - et de sélections ( !) au sein de celle-ci s'y mêle à une part d'interprétation ne
comportant aucune garantie. C'est ainsi que - pour ne parler que des plus célèbres productions de ce type - on a des pastiches de De Gaulle, des Mitterrand ou des souverains du Royaume
Uni.
Dans l’éventail de ces fictions historiques on retrouve parfum ou puanteur des temps, mais ce n'est bien recevable que si les héros sont assez
lointains pour éviter qu’ils soient confrontés à leurs souvenirs vivants. Il y a , bien sûr, quelques séduisants remakes d’inusables personnages anciens (les Henri IV, Marie
Antoinette et autres Napoléons) et l'on peut aimer trouver parfois aussi dans ce genre, lorsque c’est réussi, une pendule ou deux qu’un écrivain fouineur a su bien mettre
à l’heure. Mais bienheureux sont les contemporains qui ne sont pas au nombre de ces morts ( ou retraités) illustres dont le nom sert d’appât ou de ces « Grands »
qu’on ne déguise même pas pour en vendre l’histoire en quelque travesti prétendant écrire ce qu’ils firent et furent. Or bien souvent le scénario est la fable qui ment : quand l’imaginaire
se prétend document, il n’est plus d’identité qui soit assurée et mieux vaudrait garder le secret de ces vies que d'en offrir des déformations dont on ne comprend pas que les héritiers de leurs
droits moraux puissent les accepter. Que la postérité s‘y trompe est bien le résultat sinon le but parfois des marchands de soupes, d’intox et mascarade qui font passer des faux pour des faits
avérés auxquels croient des publics sans formation critique ni capital personnel de mémoire.
Certes "mort d’un président » ne tombe pas dans tous ces défauts . Mais pour avoir vécu cette période à Matignon où j’étais alors conseiller technique … à tout
faire, au cabinet de Pierre Messmer ( cf ma « Bulle d’Histoire » Phénix Édition 2000, « Moïse sauvé des eaux » que je reproduis parallèlement sur ce site) et avoir,
pour le moins, un peu côtoyé certains des partenaires mis en scène dans ce film , je ne peux guère reconnaître les personnages. Malgré le talent des acteurs, on ne voit que de laborieuses
tentatives de copies de leurs profils ( ce qui est l’incontournable vice du genre), comme l’illustrent les involontaires caricatures des barons, de Chirac, etc., les ratés de
transcription de Chaban qui fait minable golfeur ou de Messmer non reconnaissable , l’inconsistance des personnages de E. Balladur et de Pierre Juillet . Pire, les réalisateurs ne cherchent
pas dans d’autres cas pas à faire de bonnes restitutions , mais se satisfont de confirmer les légendes par des caricatures comme en ce qui concerne MFG, "la cheftaine en tailleur chanel" . Ne
parlons pas du PR : si le fond est à peu près fidèle à la tension et au courage qui ont magnifié l’homme dont les lignes politiques peuvent être contestés, mais dont la
« vertu » est bien rendue, si des traits évidents de caractère et des tics de comportement sont bien saisis, où sont ses pommettes, ce sourire à la fois ironique et
carnassier qui exprimait en même temps sensibilité, scepticisme et ténacité, ce pétillement perçant du regard enfoncé jusque dans l’adversité fatale. La seule satisfaisante transposition
est, à mes yeux, celle que réalise l’interprète de Madame Pompidou aussi bonne en « première dame » qu’en « ex » de Louis le brocanteur, sans doute parce qu’elle allie
les mêmes gestes de tendre maladresse pour le conjoint perdu aux mêmes gestes de galeriste présentant précieusement des tableaux.
Tout cela bel et bon n’apprend rien sur le fond des affaires du temps. Exemple : l’évocation des raisons de la tentation écartée de raccourcissement du
futur mandat présidentiel est d’une parfaite superficialité , ce qui occulte qu’elles avaient peu à voir ( sinon en cherchant à assurer la discipline de la majorité par un Président
considérant que le chef de l’Etat devait aussi être -p lus que son premier ministre , comme se voulut Chaban - un leader parlementaire) avec le funeste quinquennat assorti du
renversement de calendrier adopté, en vertu d’un accord entre partis dominants, par la réforme constitutionnelle de 2000. Autre exemple : nous avions précisément , ce qui est
complètement passé sous silence, fait un projet de loi portant réforme progressiste et raisonnable en matière d’IVG, mais qui ne pouvait être ni présenté, ni voté parce qu’il était
totalement rejeté par le conservatisme des amis de VGE, assorti d’une belle ambiguïté : la libéralisation de l’avortement restant à faire put constituer une bonne carte réservée aux nouveaux
arrivants.
Dans cette soirée le meilleur a été les passes de lances entre, d'une part, une femme tenant sa légitimité d’avoir été la femme d’un pouvoir vécu et en tirant la
faculté d’être cinglante à bon droit et, d'autre part, un réalisateur étant au regard d'un pouvoir jamais exercé dans une position de voyeur, convaincu de ce qu’il
avait à faire voir : un homme au sommet fatal d’un destin, bâti dans l’ombre pesante du Commandeur et sur des échafaudages de rivalités entretenant toutes les incertitudes pour la suite. La
conviction apparente de MFG que la clef des institutions, comme de l’attitude du Président, tient à la sacralisation de la fonction par l’élection du suffrage unuversel eut mérité un débat qui ne
pouvait guère être bien arbitré par Eric Roussel, intervenant plus en historiographe qu’en politologue. Il faut donc regretter que Michèle Cotta ne soit pas venue, « La Sixième
République » ( petit livre si bien documenté aux sources mêmes des affaires du temps) en mains, pour mettre en évidence comment on était en train de basculer depuis 1969 du régime
gaullien dans la démocratie absolue instituant confusions entre pouvoirs présidentiels et rapports de forces parlementaires, fragilisant des institutions équivoques et
préparant les temps d’alternance .
En bref, avec « mort d’un président » le public a son compte d'anecdotes et de lieux communs , mais aucune occasion de bonne leçon. Bien différent est le
film que nous donne E. Hamon. Une production dont on sort secoué par la portée de ce qu’il révèle, que l’on savait en réalité, mais qu’on se gardait caché, par une espèce de honte et de terreur
de la vérité. C’est que - dans l’axe de sa production « une épuration française » montrant combien le national politiquement correct a longtemps été de trier entre les bons et
les vilains au nom de la vieille lutte franco allemande plutôt qu’au nom des crimes nazis et a également été de récupérer ou protéger les collaborateurs utiles à la croisade anticommuniste
plutôt que de rendre justice pour les victimes et notamment pour les Juifs - l’auteur de l’«itinéraire d’un homme d’ordre » montre combien le profil d’un Maurice Papon
est celui des valeurs d’un éternel establishment. N’aurait-il pu être mis au pilori sur l’affaire des déportations de Gironde, qu’il eut été pleinement honoré ( comme il le reste par beaucoup)
pour sa glorieuse carrière l’ayant mené, par les étapes de Vichy, ensuite deux fois par l’administration coloniale du Constantinois, puis, à Paris, par la lutte contre le FLN, et par la
répression des manifestations nord africaines et pour la paix en Algérie jusqu’aux fonctions clés de trésorier du parti majoritaire et, en bon élu de la France profonde du Cher, de
ministre des Finances dans un gouvernement de VGE. Nombreux sont tous ceux de ma génération qui l’ont croisé, qui ont travaillé avec ses collaborateurs les plus directs dont aucun –
loin de là - n’a souffert d’avoir servi un tel patron. Récupéré – comment, pourquoi - par De Gaulle dès la libération de Bordeaux, grand commis sûr de lui-même, plus intouchable que
bien des politiciens, servant toutes les causes de l’ordre faisant appel à un zèle meurtrier au service d’une totale bonne conscience , il a été soutenu - en fait légitimé
- par les grands du régime jusqu’aux dernières heures de son procès de 97/98. Et quand on entend un Debré, qu’on revoit Barre ou Messmer « à la barre », on se trouve stupéfait,
blessé à un point qu’on ne peut à posteriori pas comprendre sauf qu’on perçoit trop combien entre les grands acteurs de l’histoire il y a partage de la plus totale insensibilité à l’égard des
hommes, ce qui a été d’ailleurs, hélas, l’exemple (de real politik et de sacrifices des héros ou des humbles, des résistants autonomes ou des harkis encombrants) trop souvent donné
par le Général lui-même. Ce film sur Papon devient le déroulé d’accusation de tous les autres. Le procès de tous ceux qui gérent « sans état d’âme ».
C’est l’occasion d’affirmer que la posture de l’obéissance sans état d’âme que tout pouvoir attend de ses fonctionnaires n’est pas une posture qui soit
acceptable, en particulier pour ceux qui exercent des fonctions publiques d’autorité comme dans le métier préfectoral, sinon la fonction, face aux risques qu’illustre un Papon - et
auxquels ont cédé, en Algérie…et ailleurs, bien d’autres tenants ou même simple serviteurs de l’ordre établi - ne pourrait être sauvée par le modèle d’un Jean Moulin. Il y a des
situations dans lesquelles la faculté d’avoir des « états d’âme » est un devoir. Vouloir s’en dispenser par principe au nom d’un service sacré de l’État qui se traduirait par
une mission apolitique devant être accomplie sans sourciller par ses représentants territoriaux relève de la langue de bois . Et les langues de bois qui anesthésient peuvent être plus
dangereuses que les langues qui provoquent ou dénoncent, voire qui persiflent avec, pour une part, l’intérêt d’alerter. Et lorsque les agents publics qui essaient d’alerter les
pouvoirs s’estiment non entendus, il n’est pas anormal qu’ils recontrent des cas de conscience dont le seul dénouement est de savoir s’il faut se soumettre ou se démettre.
Derniers Commentaires