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histoire et societe

Un interview daté du 21/10/09 de François Hollande est donné par "le Monde".
 Le responsable socialiste ne semble toujours avoir rien compris à ce qui s'est passé en 2002. Oui, le gouvernement Jospin avait été sérieux...Oui, il est "
bien vu que la lutte des classes s'effaçait derrière la lutte contre le déclassement social et que l'ennemi n'était, hélas, plus celui d'en haut mais celui d'à côté, voire d'en bas".
Mais pourquoi ? Parce que la gestion socialiste depuis des années, depuis l'Europe de Delors et Mitterrand,   n'avait cessé de livrer ces travailleurs français aux conséquences de la concurrence internationale sauvage et aux impasses d la bipolarisation à la française (l'alternance sans alternative).   


Voilà le BOOMERANG que j'expliquai par cette note à mes amis dès le lendemain  du résultat de la  présidentielle 2002 et  avant les législatives,
avant aussi  la nouvelle défaite socialiste de 2007,
tout étant hélas réuni pour qu'elle se produise et se répète
Et tout reste bon à méditer


PRÉSIDENTIELLES -  21 AVRIL 2002 : BOOMERANG : CHANCE OU PÉRIPÉTIE

 

Ce n’est pas un « séisme » invraisemblable. C’est un boomerang logique.

 

1 - J’annonçais le scénario dès 97/98 dans « trois illusions qui nous gouvernent ». C’est le résultat, en effet,

- d’une euro-mondialisation non maîtrisée qui a engendré les exclus votant pour les extrêmes,

- d’un système politique d’alternance dans lequel les Français ne reconnaissent pas leur diversité (d’ou la dose d’abstention  et les dispersions à droite comme à gauche),

- de la vulnérabilité d’une société libéralisée vouée, du fait des frustrations et des laxismes qui en sont le tissu même, à tous les risques.

Certes le chômage, comme ingrédient de base de cette vulnérabilité n’a pas, en apparence, augmenté comme on pouvait le prévoir alors. Mais, en fait, il a été plutôt, par les emplois non marchands, la RTT et le travail parcellaire, plus camouflé et réparti que réellement réduit, tandis que d’une part les pauvretés et précarités des plus modestes, d’autre part les motifs d’irritation (prélèvements, 35 heures)  des plus actifs augmentaient partout. La fin d’une embellie, toute conjoncturelle, a, de plus, remis les pendules à l’heure.

 

Le premier boomerang est donc la sanction d’une internationalisation mal conduite, du fait d’une alternance politique sans alternative stratégique,  de l’économie nationale.

 

2 - Il était prévisible (et j’avais aisément  prévu)  que, dans un tel climat - symbolisé par les insécurités de toute nature -  la droite classique ne ferait pas alliance électorale avec la droite extrémiste, mais alliance intellectuelle : en incorporant une part de ses valeurs et pour rallier son électorat ( comme elle le fera pour les législatives). En bref, en renforçant son emprise, alors que, paradoxalement,  la gauche, bien qu’ éliminée du second tour présidentiel, progresse en total de voix, toutes tendances confondues, tandis que la droite classique (et son président)  recule.

 

Le second boomerang est que, dans une France arithmétiquement droitière depuis toujours,  c’est alors que la droite classique perd des points et de la crédibilité qu’elle trouve un boulevard pour la présidence. Un boulevard qu’elle aurait d’ailleurs pu aussi manquer, car la dispersion des droites aurait pu aussi conduire à un J.Chirac en troisième position. 

 

 

3 - Mais l’on sait que l’ échec de la gauche tient précisément , au niveau de l’échiquier électoral, à cette dispersion des candidatures qui a traduit des contestations d’inspirations différentes (gauchiste par les partis de travailleurs et les verts, classique par le P.C.,  maladroite par le MRG, ou droitière par JPC )  de sa gestion. Une gestion dont le PM était si fier, mais qui n’a pas été appréciée, non par ingratitude, mais parce qu’elle n’était, tout simplement, pas appréciable :

 

-  au plan économique, elle n’a pas maîtrisé les effets négatifs du libre échange : les pansements sociaux ne peuvent tenir place de politique commerciale mondiale;

- au plan de l’emploi, elle a comporté plus d’illusions statistiques que de résultats réels en matière de niveau global et de sécurité de l’emploi marchand;

-au plan de la communication, elle a souffert d’un manque de relations personnelles directes du chef du gouvernement avec les partenaires sociaux;

- au plan de la stratégie sociétale, elle n’a pas su concilier sa recherche au centre et sa recherche à gauche, parce qu’elle n’a su poser les problèmes de la régulation du libre-échange;

- au plan de la stratégie institutionnelle, elle s’est enfermé dans l’idée bi-partisane :  avec l’ambition  du « grand chelem » c.a.d.  de résultats superposés de majorités présidentielle et législative; d’où le changement de l’ordre des élections (pour la présidentielle d’abord et les législatives ensuite), ce qui a été un poker fatal : elle pouvait peut-être avoir une majorité relative aux législatives, mais elle n’a même pas une seconde place aux présidentielles, ce qui va fortement compromettre ses chances aux législatives, après, de surcroît,  qu’elle se soit crue obligée d’appeler à voter pour J.C, sauveur des droits de l’homme.

- au plan psychologique, parce que le gouvernement, imbu de la bonne conscience de son action, n’a jamais voulu écouter personne qui ne relève de son entourage et s’est refusé non seulement à entendre d’autres voix de conseils, mais a souvent écarté bien des retouches qui lui auraient valu du crédit;

- solidairement, parce que - comme l’illustrent les conditions dignes, mais caractérielles, de l’annonce de son retrait dans le droit fil du style de sa gestion -  le PM a été un psychorigide, ce  que vivent mal un certain nombre de Français qui se reconnaissent moins mal  dans les défauts et qualités du chef de l’État.

 

Le troisième  boomerang c’est donc la sanction logique de ce faisceau d’erreurs et de surdités gouvernementales, illustrées, entre bien d’autres fermetures d’esprit des gouvernants, par l’entêtement d’une Aubry ou la froideur d’une Guigou.

Et il est aujourd’hui consternant, pour l’avenir même de la gauche, que cette autocritique ne soit pas faite et que les législatives risquent de s’engager sur les vielles antiennes, sans mettre à jour les vraies questions : les excès du libéralisme permissif (l’encouragement au laisser passer et au laisser faire)  dans la gestion de l’économie comme de la société, car c’est un seul et même problème et ses conséquences : l’obligation d’un très coûteux mais peu efficace acompagnement du désemploi, des déséquilibres, insécurités et précarités. 

 

4 - Le quatrième boomerang - qui lie plusieurs facteurs entre eux -  va bien plus loin que cette leçon méritée que viennent  de se faire infliger  les  gauches :

-  les Français ne veulent plus du tout  de système de camps bipolaire

-  le refus de ce système par la classe politique elle-même ( les dispersions de candidatures) et par l’opinion ( les absentions, la dispersion des voix)

 

a ouvert une crise de régime.

 

- Celui-ci, de 1958 à 1962, a été un régime de rassemblement présidentiel;

- celui-ci, depuis 1962, a été un régime d’alternance totale ou modérée par la cohabitation

- fondé sur trois scrutins majoritaires ( pour les présidentielles, pour l’Assemblée, pour la plupart des élections locales)

 

Il vient de conduire à une compétition interne aux droites pour la présidentielle. Il va, néanmoins, conduire à une nouvelle compétition droite/gauche pour les législatives puisque le mode de scrutin majoritaire à deux tours reste inchangé, mais avec une probabilité d’arbitrage (reports ou triangulaires) par les candidats et l’électorat d’extrême droite.

Le « séisme », après avoir assuré la réélection de J.Chirac n’aura été qu’une péripétie dans la continuité des mêmes errements.

 

5 - Sauf si ces circonstances pouvaient être mises à profit pour que le boomerang soit constructif, en en tirant les leçons :

 

a) - la première serait de reconnaître que le choix d’un Président de la République doit - face aux périls de l’extrême droite, mais face aussi aux périls du monde -  être dégagé des partis.

 

 La gauche, aujourd’hui, bien hâtivement, vient sans aucune garantie, de faire ce pas puisque ses leaders appellent d’emblée  à voter Chirac. Ils l’ont fait, sauf le PM ( ce qui, est à son honneur)  avec beaucoup de précipitation.  Est-ce, sous le coup de la stupeur, par vraie peur de Le Pen, ou - plutôt,  parce qu’ils ont redouté -  sous l’agression des questions des médias - de prendre le risque de donner à penser qu’ils pourraient être, par sectarisme ou rancoeur,  plus ou moins complices d’une insuffisance de barrage à l’égard du « fascisme » ? Toujours est-il qu’ils ont ainsi favorisé une vraisemblance de plébiscite, du moins par les suffrages qui s’exprimeront, en faveur de leur adversaire de toujours qui ne leur renverra en aucun cas l’ascenseur. Il eut fallut qu’ils mettent des conditions à ce soutien, d’autant que J.C. a ailleurs des réserves de voix telles qu’un risque Le Pen est vraiment mince et qu’en vérité, il vaut mieux que ce risque (Le Pen à la Présidence)  soit couru pour qu’on crève l’abcès, plutôt que de continuer un régime à bout de capacités. Mais la vérité est que ces leaders de la gauche, pris au piège bipolaire, n’imaginent sans doute pas un autre régime institutionnel, même s’ils se désarment pour les législatives. Il est clair, en effet, que, pour ces législatives, la droite classique tentera et réussira largement  le plein des voix de droite, en maintenant sa ligne de combat ( cf. déclarations de Sarkozy).

 

 C’est  à J.C. lui même que pourrait appartenir l’ouverture de cette révolution  : renouveler la notion de la présidence, la libérer des camps. C’est son vocabulaire; ce n’est guère sa nature. Et c’est pourquoi, une négociation avec lui ( sur un tronc commun de besoins à servir pour la France; sur une réflexion  institutionnelle pour une VIeme République)  eut été bienvenue da la part des précipités de gauche à se jeter dans ses bras.  A la condition qu’il fasse cette ouverture de reconstruction  nationale (à quoi a semblé encouragé un homme comme Bayrou, mais certainement pas un Sarkozy)  et, derrière, de révision constitutionnelle. Celle-ci est  incontournable si l’on veut permettre enfin que « deux Français sur trois » se retrouvent dans des majorités de rassemblement central excluant les extrêmes.

 

- b) Quant à la révision constitutionnelle à engager elle est claire : un régime présidentiel, mais une assemblée pluraliste largement  élue à la proportionnelle ( ce qui répond aux voeux des Français et ce qui est parfaitement compatible avec la stabilité de l’exécutif, si celui-ci n’est pas responsable devant l’assemblée  ) avec les formations centrales de laquelle le chef de l’État devrait trouver les moyens d’une politique partagée;  le référendum - à l’initiative de l’un ou de l’autre des deux pouvoirs, présidentiel ou délibératif - pouvant servir de moyen d’arbitrage populaire en cas de divergences fondamentales. C’est ce que Jacques Chirac ne semble jamais avoir voulu regarder; mais l’on peut un tout petit peu espérer que s’il est enfin  « tutoyé  par l’Histoire », il pourrait, comme il l’a fait lors d’autres  tournants  moins décisifs, savoir changer d’avis. Malheureusement, les  gauches ne semblent  pas non plus avoir fait leurs révolutions en de tels sens et il est aussi à redouter qu’elles cherchent plutôt à se ressourcer dans d’autres catéchismes et illusions.   

 

 

Aussi, faut-il  gager que tout cela ne se fera pas : que chaque coalition va poursuivre sa stratégie de division de la France entre camps et clientèles;  que la gauche va tenter, avec peu de chances de succès, une récupération législative menant à une nouvelle mauvaise cohabitation ( mais qui vaut mieux que la « démocratie absolue », c.a.d. la concentration des pouvoirs aux mains d’un seul camp);  que la droite va conduire et réussir, en cimentant (par l’exploitation aisée des thèmes des charges et de l’insécurité, même si la sécurité implique des charges) - et c’est là la vraie pollution -  l’union de clientèles classiques et extrêmes, son « grand chelem », c’est à dire l’écrasement des autres et tous les pouvoirs pour elle, en ne résolvant rien beaucoup mieux que la gauche - si elle ne sait poser les problèmes économiques internationaux -  et en créant d’autres spasmes ... à l’italienne.

 

Samedi 31 octobre 2009 6 31 /10 /Oct /2009 18:32
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : histoire et societe
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On avait ici réservé les observations qu'appelle la série  d'élections récentes ayant marqué le monde en particulier  dans des pays d'Europe, ou  au niveau de l'Union.
La  continuation du "socialisme" de  type  portugais et un retour socialiste en Grèce ne peuvent évidemment autoriser leurs gouvernements à mener à bien de véritables politiques sociales positives non illusoires  dès lors que la participation de ces pays à l'Union leur impose  cette  stratégie d'ouverture aux low costs de toute nature , ce qui sape toute société cherchant le bon emploi et l'équité.
Réservons avec prudence  le cas limite original de la Norvège échappant de peu à un retournement , ce qui  tient à des facteurs exceptionnellement favorables ( les ressources naturelles et une tradition de redistribution ayant fait ses preuves) mais qui sont désormais fragilisés .
Quant au Japon, quel pourra en être un nouveau pacte social dans une  économie mondialisée où son atout  reste peut-être d'avoir la capacité d'un comportement nationaliste du consommeteur ? Il faut espérer que c'est cela qui lui permettra une correction de sa politique sociale dans le même sens que celui pour  lequel  travaille B. Obama : sous les boulets rouges des ultra-droites américaines, comme sous les perfidies d"une grande partie de nos "news" (dont certains en prenant à partie - souvent de manière peu pertinente sur le fond  d'ailleurs  Nicolas Sarkozy - veulent se donner une vertu pour  miner parallèlement l'image trop réformiste pour bien des libéraux  du président des Etats-Unis).

Ailleurs, sans parler du marchandage irlandais,  ceux qui l'emportent dans les assemblées, les idées, les programmes  sont bien plus que des "libéraux" classiques ( qui peuvent  l'être au seul plan politique ou pour les fonctionnements internes des économies ) : ce sont les libre-échangistes; ils sont en  général de droite ( encore que la droite compte aussi des souverainistes économiques) , mais, au delà,  leur pensée cardinale ( exclure toutes modalités significatives de protectionnisme) a largement contaminé les centres, beaucoup des gauches et  de verts.
Cette doctrine  règne sur les institutions internationales, a les plein pouvoirs dans l'Union où les coalitions "libérales" détiennent la majorité, et où, à tous niveaux ont été reconduit  les managers (comme le président de la Commission) de cette idéologie sommaire.   Elle vient de  finir de conquérir l'Allemagne - et c'est très grave, malgré le progrès, sans conséquences, comme d'habitude depuis près d'un siècle,   des gauches en ce pays . 

Et ce pays de A. Merkel (réplique plus bourgeoisement rassurante de M. Tatcher)  est le modèle que veut rejoindre le bloc libéral français ; un bloc en fait  plus dangereux qu'un Nicolas Sarkozy ( celui-ci, par sa passion du pouvoir est à l'écoute de  l'opinion populaire et doit donc  s'intéresser à chercher les moyens de sauvegarder contre les mondialisations  des intérêts français); un bloc que  traversent bien des clivages d'étiquettes politiques, mais qui est moins fissuré par celles-ci que par des rivalités impitoyables de personnes ; un bloc qui a un énorme et subtil  soutien de la part de la quasi totalité des médias;   un bloc surtout et enfin dont la puissance d'influence idéologique  est garantie par l'absence de capacité de jugement de  beaucoup de Français , incapacité citoyenne  nourrie elle même par les apparences d'un grand pluralisme, d'une grande diversité des analyses, des enquêtes, des diagnostics, des préconisations.

Oh,  comme ils sont intelligents, comme ils sont pertinents tous ces membres de l'orchestre médiatique. Ils mettent en évidence, ils démontrent, explicitent, critiquent tous les vices de la société contemporaine et, parmi ses progrès, celui de l'injustice fait leur manchette sans que cela puisse rien changer dès lors qu'ils ne s'interrogent pas sur la stratégie qui l'engendre et l'aggrave : la mondialisation toute puissante. 
Ils ont tous et chacun  - de gauche,  de droite ou seulement du milieu, c.a.d. des métiers de communication, de science sociale, de conseil politique, etc. -   des remèdes, des réponses, des idées sur les moyens de moins mal faire, et l'on se prend en les lisant à y croire .. sauf au moment où l'on se dit " mais à quelles conditions serait-ce possible ? ", quel prix faut-il payer ? "où prendre l'argent pour résoudre les insuffisances des services publics ou des couvertures sociales ?",   "et si on le prend ici ou là, quels seront les effets de coûts et de risques de pertes de marchés et donc d'emplois, sur nos prix de revient comparés à ceux des concurrents externes " ? Partout la contrainte de compétitivité ( la seule réponse rimant avec flexibilité qu'un Baverez sait  apporter au "déclin") est effectivement présente; et les stress qui frappent et tuent sont moins, en fait, le produit de telle ou telle mauvaise gestion que celle du diable omniprésent de la concurrence : la religion du monde libéral ouvert.


Mais ce monde - l'Allemagne le prouve et bien d'autres pays  aussi, sans parler de la majorité des cadres politiques et intellectuels -  les électorats l'acceptent avec piur conséquences les glorieux programme des gouvernements "libéraux" : des diminutions massives d'impôt au profit des plus dotés et des entreprises ( qui ont bien raison de les demander car elles n'ont pas d'autres solutions que la poursuite de l'allégement des charges  dans le système tel qu'il est ), le moins possible de  rétribution  aux  salariés, travailleurs indépendants,   fournisseurs de produits fondamentaux  (comme les agriculteurs dont on voudrait bien largement  se passer  grâce aux imports ) et sous traitants  . Voilà ce qui est nécessaire à notre économie privée et ouverte dont le carburant indispensable  est une forte inégalité. Et puis encore, des licenciements plus faciles;  des risques sociaux moins couverts; des services d'intérêt général  ne trouvant plus de financements publics, des systèmes de contrôle des immigrations se bâtissant ouvertement sur les critères  de l'utilité; des dispositifs sécuritaires d'autant plus impérieux et coûteux , sans garantie ni de   préoccupation humanitaire, ni de limitation des bavures, que la jungle de la société produit inévitablement des dérives  et des violences qu'il faut contenir et maîtriser, au prix parfois de difficultés inévitables de discernement  et de précautions.

    Et il n'y a pas de majorité pour refuser ce monde là, mais des majorités - relatives du moins - pour en élire des dirigeants. Mais pourquoi ?

- Sans doute, avant tout,  parce que "les gens " ne font pas le lien - sauf quand ils sont directement victimes d"un enchaînement évident comme une délocalisation - 
entre leurs problèmes et les difficultés ou impossibilités de les résoudre et les effets de la mondialisation sauvage;
- que tout au contraire, beaucoup apprécient ce qu'elle apporte : de bas prix pour pas mal de produits et services;  des voyages pas trop chers pour certains; des exercices de conquête de marchés au loin pour quelques autres; les délices et poisons du "village global" quand on a perdu son village d'origine; et il faut l'avouer un stimulant,  un dopant  pour un grand nombre.
- En bref le système doit sans doute gratifier plus de gens qu'il n'en pénalise,  tandis que toute la pédagogie collective exalte les bienfaits des "effets d'échelle", de la division mondiale du travail ( bien qu'on ne sache  plus laquelle,  lorsque les compétiteurs peuvent désormais quasiment tout proposer à des prix imbattables) et qu'il n'est aucune école de pensée qui oserait clairement mettre en évidence  que le développement des échanges internationaux, loin d'être un instrument systématique de  progrès ( sinon pour des statistiques quantitatives) est  un destructeur fréquent des équilibres qualitatifs .   A quand  une part d'éloge pour l'autarcie ?

C'est Arthur Toffler qui voyait le déclin du marxisme dans le fait que les pauvres devenaient minoritaires. Sans débattre de la pauvreté absolue ou relative,  pourrait-on soutenir  (?) que si les libéraux libres échangistes (conservateurs  et socio-libéraux mêlés ) obtiennent des majorités 
en nos pays c'est
- d'une part parce que
ceux qui s'y ressentent  comme victimisées par le système mondial restent sans doute minoritaires  (ce qui ne serait pas une constatation affligeante) 
- et, d'autre part, en même temps, que les dominants s'accomodent très bien de faire  des victimes (en prenant le soin de quelques pansements politiquement indispensable) dès lors qu'ils peuvent en cantonner l'influence 

Mais il y a deux constations affligeantes :
- la première c'est que l'échec des victimes - ou des laissés pour compte  - à faire changer le système  tient autant à la division de ces victimes et de ces perdants  entre formations idéologiques ne pouvant ni converger, ni se concilier ( gauches non libérales et  droites populo-souverainiste, sans compter 
l'univers des sceptiques ) qu'à  leur caractère numériquement minoritaire ( lequel n'est qu'une illusion d'optique puisque les dirigeants de nos  pays n'ont jamais que des majorités toutes relatives)
- la seconde est que la puissance de la mondialisation  sauvage et de ses serviteurs,  puissance appuyée sur la division des opposants  ( vieille recette qui se nourrit très bien aujourd'hui, en plus,  des manipulations des notions d'identité nationale ) est le produit de la démocratie occidentale.

Celle-ci dans son fonctionnement actuel, pire, permet et entretient   que , sans vergogne , des électorats choisissent représentants et chefs non pas en raison de leurs vertus, mais précisément à raison de leurs défauts, de leur résolution agressive à l"encontre  de ces parties de leurs concitoyens qui critiquent et contestent leur système . Ce que demande une clientèle combattante à ses petits ou grand hérauts c'est qu'ils soient (  à condition d'être habiles ) des dominants aussi durs ou pervers qu'il le faut à l'égard des couches de populations tenues à l'écart des bénéfices du monde.
 
Les critères des chances de succès d'une personnalité politique ne sont pas dans son rayonnement, dans l'intelligence, voire  l'excellence  de sa recherche du bien pour tous. Au contraire de ce que l'on pourrait espérer des effets du rôle  des fabricants d'images,  (et là, il faut regretter que les médias obligés aux bons sentiments n'aient pas plus de bénéfiques influences )   une bonne image, une image vertueuse ( qui est seulement un atout électoral  - d'ailleurs à double tranchant - si la partie est difficile)  n'est pas un bon signe d'être un bon gouvernant au service d'intérêt de caste ou de classe.
 C'est d'ailleurs ainsi à travers des préférences démocratiquement exprimées pour  de méchants  réalistes ( s'inscrivant contre les pauvres , les autres ethnies, les étrangers)  que le fascisme est venu aux nations, tandis que les totalitarismes de gauche  (et les réactions contre eux ) ont aussi été bâtis sur la haine.

Tous les fonds de commerce politiques et la plupart des idéologies sont des habillages de rapports de forces. Comprendre et admettre   - aussi tard qu'on y parvienne - d'une part que la mondialisation sauvage est triomphante  grâce à  la division de ses victimes et , d'autre part, que la démocratie - telle qu'on la vit  - est aussi impuissante que les révolutions à être un levier d'humanisation du monde, éclaire une double impasse de destin. Ce n'est pas aujourd'hui que je peux exprimer comment essayer d'en sortir.         



    




              
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Mardi 27 octobre 2009 2 27 /10 /Oct /2009 11:31
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : histoire et societe - Ecrire un commentaire
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         Il est connu qu'il y a de la jouissance sensuelle dans la part d'ivresse qui s'empare d'un politique goûtant des ovations;  j'ai vu en cet état évident  des candidats notoires notamment lors d'une campagne électorale lorsqu'ils pouvaient croire que cette communication avec une foule était la porte du pouvoir .
Le terme de "conquêtes" ne s'applique-t-il pas d'ailleurs "indifféremment" à celles du pouvoir, des richesses, des femmes et ...des hommes, depuis ces temps antiques où les moeurs reconnaissaient, au demeurant comme une banalité, aux  puissants - comme aux philosophes et en fait à pas mal  d'autres -  la normalité d'avoir des "amants".

Affirmation de "normalité" dans la libre diversité  et revendication de non discrimination qui constituent bien aujourd'hui  ensemble la plateforme de la force  homosexuelle dans la cité. A ceux là mêmes qui ne portent aucune hostilité, aucune aggressivité  envers ceux qui pratiquent l'homosexualité , le fait humain et social qu'elle représente aujourd'hui peut faire interrogation, voire malaise. En d'autres termes, le rejet total de l'homophobie ( au  nom des principes de liberté et d'égalité ) n'implique pas nécessairement  la pleine compréhension, la pleine réception, de l'homosexualité ( au titre de la conscience personnelle) .

 Cette difficulté de  pleinement concevoir l'homosexualité  - bien qu'elle puisse  aller totalement de pair avec la volonté politique d'en reconnaître, autant que se peut , avec l'hétéro sexualité, les facultés d'exercice -  pourrait bien s'expliquer par le fait que ceux qui  éprouvent cette difficulté  sont enracinés dans l'idée et l'expérience que leur propre libido ne peut être gouvernée que par l"altérité : c'est à dire par leur impulsion vers un corps exprimant un être différent d'eux-même (ou  symétrique) et  par leur lndifférence ( voire leur rejet  ) à l'égard d'un corps exprimant un être semblable à eux (ou identique) . Cette libido de l'hétérosexualité est sans doute  manifestement commandée en profondeur par l'instinct de procréation - impossible entre deux personnes de même sexe -   alors même que nos relations sexuelles peuvent être, ce qui est sauf rares exceptions animales, le propre ( ou du moins souvent la pratique) de l'espèce humaine,  déconnectées de cette finalité. On voit bien du même coup comment en général les Églises lient bien entre eux principes moraux, faits de nature et droit positif et, particulièrement, que tout ce qui relève des valeurs de la famille (c'est à dire la parentalité ) ne saurait échapper à ce triptyque.   

Et toute critique libérale, "progressiste", égalitaire de ces positions - comme des sensibilités rétives à la banalisation de l'homosexualité et croyant subir le lobbying d'une franc-maçonnerie des tenants de ces moeurs - ne peut que se casser les dents  sur cette donnée immédiate de la conscience et des sens qu'est le besoin d'altérité pour être porté à des relations sexuelles et plus encore pour les nouer.   D'où le thème de fait toujours présent chez  les promoteurs de la banalisation homosexuelle que le besoin d'altérité n'est qu'une création culturelle tandis que celui de la bipolarité d'un couple pour assurer la continuation de l'espèce n'aurait aucun sens dès lors qu'il y a bien d'autres manières de féconder et de  faire venir des enfants au monde ...ainsi que de les élever.    

 Et c'est à ces stades que les débats bloquent et que parfois les amalgames des uns et des autres se font.  En réalité, de longue date certaines tranches de l'homosexualité ont trouvé leurs explications, leurs tolérances, mieux leur accueil positif  Le  défaut d'accès à l'autre sexe  - naissant traditionnellement du cantonnement  ensemble de personnes du même sexe  comme dans les lieux d'enseignement autrefois sans mixité et, parfois, comme au temps des légions, sous les armes, en a été un chef d'accueil  tout à fait "classique" dans les faits comme dans les lettres. 
Les abus du sexe masculin sur le sexe féminin pouvant aller de pair avec  les besoins de réconfort des femmes entre elles ou avec  celui de se passer d'homme  (ce qui conduit ensuite  à la question des voies de la fécondation) en a été un autre. Depuis les assauts de "la parité", la montée en puissance d'une part de femmes doublement armées (par leur féminité et par des discriminations positives) peut faire naître un désarroi masculin ( cf. sur ce site notre article de mars 2009) pouvant pousser des hommes à se préférer ( avec parallèlement aux questions de la fécondation, les questions de la gestation) est certainement un troisième facteur de développement et d'intelligence de l'homosexualité masculine . De la à la banalisation de l'accueil dans la foulée d'un droit de  Cité sans spécificité , il reste des abîmes.

Celui chez beaucoup qu'il ya deux "natures" irréductibles l'une à l'autre de la femme et de l'homme qui ne sont pas des faits sociaux, mais des faits génétiques avec l'avalanche des conséquences qui en résultent.   Et - qu'lis aient tort ou raison - ce qui les en convainc tous les jours c'est leur propre libido, leurs élans ou leurs blocages. Sur ces bases, ils ne peuvent évidemment pas concevoir que le sexe masculin d'une part et le sexe féminin d"autre part soient regardés ressentis, vécus, traités de manière indifférente : toutes les égalités juridiques ne pourront à leurs yeux abolir la part structurelle et féconde d'irréductible;(1) mais doivent simplement - ce qui est déjà bien diffcile - chercher à obtenir que les différences ne soient pas transgressées, fossilisées,  en inégalités.  

De surcroît, la libéralisation des moeurs a ouvert tellement de variantes de celles-ci  et de pluralismes sexuels et tellement de lieux où on peut en avoir le spectacle  ( voire la jouissance) que toute libéralisation de plus, même légitime,  inquiète plus fortement qu'il ya quelques décennies .
Ils sont sans doute nombreux et ne relevant d'aucun sectarisme tous ceux qui sont conscients  du risque  de voir glisser  du couple  homo ou hetéro  offrant à chaque partenaire sa chance de bonheur, d'affection, de solidarité ou d'équilibre, en bref d'alliance  , non seulement aux pratiques de toute nature que peut se choisir la liberté de chacun s'il ne met pas en cause l'intégrité des autres, mais aussi à des  franchissements de frontières au delà desquelles, il ne s'agit plus de la normalité de la diversité et des préférences, mais de transgressions. De bien difficiles transgressions à déceler peuvent tenir à l'âge d'un partenaire ou - dans notre univers de l'exploitation économique et de l'exploitation des détresses du monde et des misères psychiques de chacun - à la réalité de la liberté de l'autre  souvent bien douteuse lorsque, comme le disait E. Mounier,  "les âmes sont esclaves de l'esclavage des corps"
.

Ce qu'il faut naturellement plus prendre comme une image  que comme l'appel à une formule spiritualiste qui serait bien désuète.  Tout  pouvoir dans la Cité, issu de la sublimation politique de la libidio fondamentale ( conquérir pour se reproduire) parmi tous les conflits qu'il arbitre de manière nécessairement imparfaite ( sinon partiale , puisque par définition le pouvoir fait prévaloir ce qu'il pense être son intérêt de survie) est aussi confronté à celui des différences considérables et concurrentes entre les  libidos des membres de la société qu'il gouverne; différences de libido qui sont naturellemment exaltées les unes et les autres par les stratégies des business qui en vivent...
La conscience qu'il existe,  de fait, même sans ministère "ad hoc",  une politique des moeurs - à ne pas afficher peut-être, mais à piloter tant avec le principe de précaution  qu'avec le principe de liberté - devrait bien être au coeur des exercices des pouvoirs.


__________________________________________________

(1)  Il faut rappeler que deux  hommes ensemble, non fécondables,  ne peuvent donner la vie ni la porter tandis que l'une et l'autre des femmes, d'un couple féminin sont fécondables  et  peuvent donc donner et porter la vie ( on  supposerait même que des gamètes féminines pourraient, moyennant certaines interventions sur le noyau, engendrer sans gamète masculine)
         
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Lundi 12 octobre 2009 1 12 /10 /Oct /2009 16:15
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : histoire et societe - Ecrire un commentaire
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Notre temps multiplie, comme d'autres, mais à sa manière,  les violences, horreurs  et injustices. En plus des temps précédents, il multiplie aussi les relations de ces violences, horreurs et injustices et leur diffusion vers tous. Il assure donc la prise de conscience; mais pour autant il n'assure ni les diagnostics sérieux, ni, de ce fait,  les propositions de remèdes effectifs à ce qui est dénoncé.  

On voit donc s'enchaîner, se relayer, se nourrir mutuellement ce qui choque tous les jours - les répressions, la contrainte par les concurrences,  le management par le stress - illustré ces jours-ci par  les suicides  en série dans une entreprise dont le dirigeant n'a même pas le sens de l'honneur de démissionner ( et je le dis en ayant moi-même été responsable d'entreprise en crise que je n'aurais pas osé continuer à conduire si j'avais eu des morts au bilan  ) -  et des émissions , des films, des articles, des livres qui décrivent tout cela avec complaisance et qui trouvent ainsi leurs publics et leurs marchés.

Une fois fait ce métier au mieux d'analystes, au pire de voyeur, auteurs, chroniqueurs, réalisateurs et autres exploiteurs des drames du temps passent à autre chose, à d'autres produits attractifs, avec la bonne conscience d'avoir fait leur devoir de "montrer". Mais montrer n'est qu'un temps; et un temps inutile, s'il ne va pas de pair avec d'abord expliquer les vraies causes, ensuite  préconiser les réponses à rechercher, enfin agir pour les obtenir.

En fait exploiteurs et voyeurs vivent des mêmes misères et sont objectivement complices parce que l 'état des choses qui perdurent   nourrit, autant le dirigeant avide de performance capitaliste que le sociologue avide de notoriété intellectuelle et que le journaliste ou réalisateur avide de lecteur ou de public.  Les seconds sont d'ailleurs exonérés de responsabilité parce qu'ils n'ont pas, par métier, à  s'engager  dans la gestion. Et lorsqu'ils le font, c'est par le biais d'engagements dans l'arène politique dont les délais d'efficacité offrent finalement une manière de fuir dans la distance.

Avec les gros tirages de l"horreur économique", Vivian Forester il y a quelque dix ans a inauguré les générations des bonnes conscience et lucidités factuelles dont l'utilité se limite à faire prendre conscience de choses dont tout le monde en vérité a  déjà souvent conscience et dont nombreux subissent le boisseau , sans que soit vraiment franchit le pas indispensable des propositions de compréhension des causes fondamentales et des réformes autres qu'angélistes.

Pire, le système de dénonciation, sans  projet  de système différent,  la pratique du pilori sans minutes de procès, du film  qui fait  valoir les victimes sans expliquer pourquoi il ya des bourreaux, du roman qui veut s'arrêter à l'objectivité de décrire sans expliquer , tous  ces engrais de leurs propres marchés médiatiques ont des effets pervers de longue portée. Une fois les choses dénoncées - sauf si cette dénonciation va de pair avec un  engagement  - c'est comme si elles étaient traitées et elles peuvent continuer pour le bénéfice  de ceux dont elles fondent le pouvoir et de ceux dont elles permettent les critiques, les papiers, les succès, les productions. La  comédie du monde. a  complètement émoussé l'arme  du témoignage .  La profusion et les avatars  des Vivian Forester ne servent  pas à grand chose.
Mardi 15 septembre 2009 2 15 /09 /Sep /2009 20:45
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : histoire et societe
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Je signale la publication et l'émission ci-dessous




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Mercredi 12 août 2009 3 12 /08 /Août /2009 18:16
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : histoire et societe - Ecrire un commentaire
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