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L’OUTRE-MER FRANCAIS dans L’ENVIRONNEMENT MONDIAL
Gérard Bélorgey


Cet article sera publié dans le Numéro spécial d'avril mai de la "Revue Politique et Parlementaire", consacré au  "Grenelle de l'environnement". Il doit beaucoup naturellement à la documentation du ministère.  Cette anticipation et ces reprises - que comprendront la revue et le ministère - souhaite répondre à la demande  spéciale d'informations de ceux de mes lecteurs attachés à l'outre-mer.  


Les  départements de l’article 73 de la Constitution (Guadeloupe, Guyane, Martinique, Réunion)  et les collectivités d’outre-mer sous divers régimes de l’article 74 (Polynésie, Wallis et Futuna, Mayotte, Saint-Pierre et Miquelon, les Terres Australes et Antarctiques)  ainsi que la Nouvelle Calédonie faisant l’objet du Titre XIII,  disposent de patrimoines naturels riches mais vulnérables.  Aussi, ces pays de l’outre-mer français sont-ils  des sentinelles de l’environnement mondial, dotées de longues dates de moyens institutionnels de recherche très appréciables, Ils ont en effet  l’expérience de différents  types d’agressions de la part de facteurs  naturels, placés qu’ils sont sous des risques climatiques importants et, par ailleurs, ils subissent des désordres  liés aux développements contemporains. Ils ont parallèlement promu des expérimentations et, plus encore  au delà, des mises en œuvre effective de progrès ayant valeur d’exemplarités. C’est ce qui justifie l’ambition que transcrit dans le cadre du  «  Grenelle de l’environnement »,  la contribution ministérielle d’octobre 2007, synthétisée dans un document ministériel: « vers un outre­mer exemplaire - plan  d’action » que nous reprenons largement ci-dessous. 


La richesse des terres et des eaux de la France dans les trois océans - Indien, Pacifique, Atlantique -  contribue à fonder sa position sur la scène internationale au regard des enjeux d’environnement, à ce qu’elle siége dans la quasi-totalité des instances d’études et de régulation des ressources, échanges et transports du monde, et à ce qu’elle ait joué en rôle éminent dans les grandes conférences multilatérales  d’impulsion pour la préservation de la planète.

Des espaces de bio-diversité
 
L’Outre-mer représente, dans les Zones Economiques Exclusives de la France,  97 % de la superficie des eaux maritimes nationales, 11 millions de Km2. Entre 50 et 60 %  des espèces de cétacés et pinnipèdes (baleines, cachalot, dauphin ; phoques, otaries, morses) du monde vivent se nourrissent  ou migrent  dans cet espace maritime, alors qu’ils comptent parmi les plus vulnérables (trois d’entre eux figurant aujourd’hui sur la liste des dix animaux en voie de disparition que plusieurs accords internationaux visent à sauver). Les potentialités parfois encore mystérieuses de ressources en algues et en nodules minéraux y sont considérables, et l’hypothèse d’exploitations délicates de ressources pétrolières (il y a quelques recherches aux marges de la ZEE de St Pierre et Miquelon) n’est pas à exclure.

Cette bio-diversité c’est aussi la présence dans ces univers terrestres et marins de 98% des vertébrés (380 espèces) et de 96% des végétaux et plantes vasculaires (3 450 espèces), l’existence d’une centaine de fois plus qu’en France continentale de types de poissons d’eau douce, de 60 fois plus d’oiseaux, de 26 fois plus de plantes et de 3,5 fois plus de mollusques endémiques. Enfin, les 55 000 Km2 de coraux français représentent 10 % des récifs du monde.
 

Des sentinelles

Dans ces espaces, plusieurs pays et territoires, loin d’être des « confettis de l’Empire », remplissent un rôle de frontières éloignées de l’Europe, de témoins, de sentinelles et de laboratoires et de champs d’expériences au service notamment  de la sauvegarde de la bio-diversité et de la  lutte contre le réchauffement. 
Ainsi en est-il en Guyane,  où il faut veiller sur  l’un des 15 derniers grands massifs de forêt tropicale non encore fragmentés par les activités humaines, avec sa part de forêt amazonienne à défendre contre des immigrations abusives et contre des exploitations qui peuvent être intempestives des bois  ( voies d’accès trop nombreuses du fait de la dissémination des espèces intéressantes) ou de l’or ( si une position rigide vient de nous faire refuser, dans le massif de Kaw, une exploitation présentée comme très sécurisée demandée par un groupe international, la véritable menace est celle de l’orpaillage clandestin souvent associé à l’emploi de pompes à filtres de mercure refluant ce produit très toxique dans les cours d’eau). 
Le lagon de Mayotte (1500 km2 est aux premiers rangs des dix double barrières de corail de tous les océans. Avec  le premier lagon et la deuxième barrière récifale du monde, la Nouvelle Calédonie offre une richesse justifiant que la France vienne de la  proposer au patrimoine mondial de l’UNESCO : sur près de 1600 Kms de longueur,  c’est un « hot spot » de la biodiversité. L’Initiative Française pour les Récifs Coralliens(IFRECOR), mise en place depuis près de dix ans) est la coordination nationale des actions de sauvegarde en  faveur de ceux des collectivités de l’outre-mer.

Si le Pacifique offre de tels écosystèmes et l’originalité d’une  flore calédonienne unique parce qu’ isolée par les mouvements des glaciations, il comporte certains atolls menacés de recouvrements par les eaux en cas  d’élévation du niveau des océans. Sentinelles de la mer – et on le verra des mouvements de la terre - nos pays d’outre-mer sont aussi des sentinelles vis à vis de l’état de l’atmosphère.  Présente sur les deux hémisphères du globe, en zone tropicale, et en zone polaire, la France peut apporter ses contributions pour mesurer les conséquences exactes des rejets de CO2 et expérimenter des moyens de lutter contre le réchauffement climatique. Les TAAF sont des milieux d’une importance capitale pour la compréhension de phénomènes qui affectent notre planète.  Dans ces terres isolées ( base Dumont d’Urville en terre Adélie dont la logistique permet les activités de l’Institut Polaire ; îles de Kerguelen, Saint-Paul, Amsterdam et Crozet) desservies par les missions du « Marion-Dufresne », 650 missionnaires de l'extrême sont annuellement au service de veiller à un  équilibre entre quelques activités (dont une pêche sous strict contrôle ) et la mise au point de moyens de préservation de l’environnement (une réserve naturelle d’environ 700.000 hectares émergés et 1,57 million d'hectares de zones maritimes associées, est l’une des plus vastes au monde). Le rôle d’analyse et surveillance y est capital : c'est au coeur du continent antarctique, quasi sanctuarisé depuis trente ans (Traité de l’Antarctique, signé en 1959 par 12 États et complété en 1991 par un protocole), que l'on a pu affirmer l'impact des sociétés humaines dans des émissions de gaz à effet de serre.
 

Des zones vulnérables

Des risques nouveaux se sont ainsi superposés à ceux qui se sont réalisés par le passé selon des occurrences  plus étendues qu’en métropole et dans des contextes en majorant les dangers : densité de population élevée et compétition dans l’occupation de l’espace qui lui est associée, hypersensibilité des agricultures locales aux phénomènes considérés. Les cyclones sont fréquents et puissants sur les trois océans, mais les expériences acquises - en matière d’anticipation par Météo France,  établissement public administratif implanté dans chaque pays d’outre-mer,  et en matière de protection civile - ont toujours permis d’en limiter les dommages aux personnes et ce sont de très rares pertes de vies humanes qui sont à déplorer.  Par contre l’histoire économique et sociale des Antilles ayant fait que la banane prospérant sans risques  sous l’équateur où il n’y a pas de vents dangereux, mais aisément  détruite par des tornades,  s’est implantées sous les tropiques, a pour conséquence de fréquents sinistres posant de délicats problèmes d’indemnisation. L’expertise de l’outre-mer s’étend aujourd’hui aux calculs de plus en plus aléatoires des assureurs et des Etats  devant les désastres climatiques de grande ampleur.  Au delà de fréquents dommages par inondations, ravinements, glissements de terrains,  toutes les régions du sud en sont venus à redouter des phénomènes dévastateurs  tels qu’éruptions, séismes, tsunamis.

En matière volcanique, depuis la dramatique  explosion de la Montagne pelée en 1902 qui ensevelit St Pierre de la Martinique (et fit 28 000 morts par suite des imprévisions de l’époque), ce sont les activités, en Guadeloupe, de la Soufrière (25 000 personnes évacuées en 1976) et, à la Réunion,  celles du Piton de la Fournaise (un des volcans les plus actifs de la planète avec plus de 100 éruptions répertoriées au cours des 300 dernières années) qui sont l’objet des surveillances volcanologique de la part des  bases locales de l'Institut Physique du Globe de Paris.
 
Présents à Wallis-Futuna  et à Mayotte,  les risques sismiques, conjugués à des effets du volcanisme,  sont élevés en Guadeloupe et Martinique (sévèrement meurtries par les tremblements de terre au cours du dix neuvième siècle, et toujours marquées par l’enregistrement de séismes (523 ont été ressentis en 1994 dans l'arc caribéen). Pour chercher à y répondre, il est fait appel à la formation préventive des architectes, d’ingénieurs et techniciens supérieurs, ainsi que recours dans certaines constructions à des techniques antisismiques en y incitant, comme le fait la Région Martinique, par des primes ; il est également engagé des programmes de mise aux normes les bâtiments publics et des parcs de logements sociaux :  et si les moyens continuent à être trop modestes, il est au moins acquis  que les remèdes et techniques sont connus.

La vulnérabilité des zones d’outre-mer apparaît ensuite dans les conséquences des activités humaines d’aujourd’hui.  Une agriculture intensive de la banane aurait produit des empoisonnements par les pesticides organochlorés (le chlordécone interdit depuis 1993) ; mais il n’y a pas d’affectation du fruit et les imprégnations de sol entraînent des types de pollutions dont il est difficile  d’apprécier la chaîne d’implications  sans que des atteintes à la santé puissent, selon l'Institut de Veille Sanitaire,  avoir été démontrées. Beaucoup d’outre-mers ont été confrontés par ailleurs à une urbanisation ayant connu de graves phases d’occupation du domaine public maritime par des constructions de fortune  qui  ont posé des problèmes juridiques et sociaux délicats à dénouer pour obtenir les destructions) et il subisse partout trop d’habitats insalubres que ne parviennent pas à résorber les « dotations logement » . Départements et collectivités d’outre-mer souffrent de  tardives prises de conscience de l’intérêt (pour la qualité quotidienne de vie, pour la santé, pour le tourisme ) de la simple propreté des espaces publics où,  comme souvent ailleurs, les pouvoirs locaux luttent chaque jour contre l’incivilité de trop d’habitants. Ils sont surtout insuffisamment équipés d’infrastructures pour la gestion des déchets et l’assainissement des eaux,  ce qui génère un double inconvénient : rejets de gaz à effets de serre et multiplication des risques de pollution marines lors du ravitaillement des archipels.

C’est d’ailleurs dans  tous ses aspects que l’environnement marin de l’outre-mer offre  à la fois  des logiques positives et des vulnérabilités. Le fait que l’essentiel des frets doive utiliser la voie maritime permet la dominante du moyen de transport le moins polluant. A l’inverse, lorsque les opérateurs n’appliquent pas un code déontologique aussi strict que celui auquel s’est soumise la Compagnie Française CGA/CGM, les effets « poubelle » ou toxiques  de délestages de toutes les natures restent à redouter.

En matière de pêche,  dans ces océans, la liberté de fait  de l’exploitation halieutique quasi incontrôlable  de la haute mer ( même modérée par les recommandations des autorités internationales comme par exemple l’Organisation des Pêches de l’Atlantique Nord Ouest  (OPANO), - prescriptions pouvant devenir obligatoires si les États y adhérent, mais encore faut-il que les compagnies de pêche les respectent - pose la grave question des ressources de poissons , ce qui se répercute jusque dans des appauvrissements irréversibles des ZEE. C’est ainsi que le cabillaud a largement disparu dans les années 80 à la suite de sur pêches, notamment espagnoles et asiatiques,  aux frontières du plateau continental dans des eaux internationales,  mais siphonnant en fait les ressources des ZEE du Canada ( qui a du suspendre tous  droits pour ses nationaux et ses voisins ) et de la France (perdant des quotas importants remontant au XVIIeme siècle, ce qui a bouleversé l’économie de St Pierre et Miquelon ( dont de plus, en 1992,  un tribunal d’arbitrage international a fixé en considérable réduction la ZEE). Après la morue, c’est le thon rouge dont le seuil de reproduction est menacé en Atlantique. Quant aux stocks de thon dans le Pacifique, ils ont atteint un niveau critique, à tel point que, d’après des travaux du Forum des îles du Pacifique et de la Nouvelle Zélande,  deux importantes espèces sont menacées de disparition. Selon l'organisation écologique Greenpeace, des flottes du Japon, de Chine, des Etats-Unis et de l'Union Européenne pêchent 90% du thon du Pacifique. Les pays du Pacifique ne perçoivent que 5% de la valeur totale de ces prises, sous forme de licences de pêche.  C’est dans ce sens qu’évoluent trop de pays de l’outre-mer français. Si la Guyane a réussi à conserver quelques pêcheries de crevettes, les Antilles une petite économie côtière locale, les saint-pierrais quelques minces droits accordés par le Canada, dans les Océans Indien et plus encore Pacifique, les droits de pêche sont largement affermés à des compagnies extérieures, avec de fortes préférences locales pour des activités d’aquacultures. Aussi bien pour des objectifs de production que de protection, les autorités d’État ont souhaité voir s’instituer des parcs ou des aires marines protégés à la Réunion, en Guadeloupe, en Polynésie, en Nouvelle Calédonie, et bientôt à Mayotte ;  ces créations abouties ou lancées, engendrent de multiples interrogations de la part des utilisateurs de la mer auxquels le secrétaire d’ État à l’outremer a fait valoir l’exemple du parc marin d’Iroise dont les pêcheurs eux mêmes  sont les plus ardents défenseurs.
 
A la rencontre des activités contemporaines et des espaces marins franchis et utilisés par toutes les formes de communications, l’outre-mer, enfin est devenu très sensible à la réception de risques d’origines endémiques s’ajoutant à la gamme des malades tropicales quasiment maîtrisées (le paludisme heureusement mieux que la dengue assez récurrente), soit en subissant des fléaux de société comme le sida,  comme les trafics de drogue favorisés par les proximités des paradis de l’argent sale, soit en  subissant des phénomènes ponctuels, dangereux pour la santé et pour l’attractivité touristique (l’épidémie de Chikungunya  la Réunion).



Les institutions au service des recherches et des environnements outre-mer

De longue date, aux fins d’étudier, prévenir, protéger, tester de nouveaux équilibres, les pays d’outre mer disposent des concours d’institutions éprouvées et souvent récemment perfectionnées  qui en retirent en même temps de d’importants fruits pour leurs autres travaux .   

Le Centre National de la Recherche Scientifique s’est construit un programme outre-mer très étoffé dans lequel on doit notamment mettre en exergue un important volet interdisciplinaire sur les systèmes amazoniens  à développer en Guyane, entre 2004 et 2011. Plus largement le CNRS entretient sur place stations et missions en collaboration avec les scientifiques  des lieux.
Ceux-ci émanent largement des universités d’outre mer pour la part de leurs spécialités correspondantes dont nous donnons seulement certaines à titre d’exemples . L’Université Antilles-Guyane comporte des laboratoires sur les écosystèmes et les atmosphères tropicales et sur les questions  médicales ; l’Université de la Réunion constitue un pôle de référence en matière de recherche dans les milieux tropicaux humides insulaires. L’Université de la Polynésie Française-Tahiti a des applications dans tous les secteurs qui concernent les territoires d’Océanie, développe des valorisations de substances naturelles, mène des études anthropologiques et génétiques sur des formes insulaires de diabète et d'obésité, poursuit  des travaux en géophysique et en océanographie. L’Université de la Nouvelle-Calédonie veut favoriser le rééquilibrage  du Pays en donnant à chaque bachelier la faculté d’y poursuivre un stade d’études universitaires et s’ancre sur des pôles de biologie marine et végétale, de géosciences, et  anthropologie.

La ligne stratégique de la recherche scientifique en Outre-mer a toujours été de favoriser une politique de recherche locale de haut niveau, pour y fixer les " cerveaux " et contribuer au rayonnement international de ces régions, notamment par la création de plates-formes scientifiques en collaboration avec les grands pays voisins de manière à  développer une " compétence tropicale " qui permettrait une capacité d'intervention mondiale dans ce domaine ( encore que les relations locales avec les Etats-Unis soient quasiment nulles et en fait , potentiellement, fortement concurrentielles)

 Les grands organismes  participant à cette politique sont
- le Cemagref (Centre National du Machinisme Agricole, du Génie Rural, des Eaux et Forêts) devant  notamment maîtriser les relations entre hydrosystèmes et agriculture ;
 - l’Institut National de la Recherche Agronomique (INRA, très présent en Antilles, Guyane ) ayant charge de développer ses compétences en milieu tropical et insulaire et de les mettre au service des collectivités locales en coopérant  avec les recherches agronomiques de la Caraïbe et de l'Amérique latine ;
- l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD, ex ORSTOM), implanté dans le Pacifique comme dans les départements français d’Amérique qui doit,  dans un champ scientifique très large qui va des sciences de la terre et de la vie jusqu'à la préservation des langues locales, développer la qualité des équipes et des explorations en vue du développement durable des sociétés humaines ;
- le Centre de Coopération Internationale en Recherche Agronomique pour le Développement (CIRAD) disposant, pour faire fructifier son potentiel de recherche agronomique et représenter une force d'appui et de conseils aux agriculteurs,  de bases scientifiques tropicales dans toutes les régions de l'Outre-mer français. à l'exception des terres froides ;
- le Bureau des Recherches Géologiques et Minières ayant  pour rôle de mettre à disposition des politiques publiques les connaissances nécessaires à la gestion du sol, du sous-sol et de leurs  ressources minérales, à la prévention des risques naturels et des pollutions ;
- l’Institut Français de Recherche pour l'Exploitation de la Mer (IFREMER)  devant  assurer  l'expertise d'intérêt public (surveillance du littoral et contrôle de la qualité des produits de la mer), la mise à disposition de moyens (flotte océanographique et technologies), le transfert des résultats vers les entreprises,  étudie les climats des milieux et fonds océaniques pour prévoir et évaluer leur évolution et les atteintes qu'ils subissent,  vise à établir des critères biotechnologiques d'exploitation durable des ressources marines ( régime équilibré des pêches et développement sain des aquacultures) et sous-marines (gaz et pétrole) ;

Ces institutions ont été étroitement coordonnées depuis 2005 pour trois finalités principales :
- accompagner le développement durable (ex: recherche agronomique pour une agriculture plus performante et plus respectueuse de l’environnement),
 - travailler sur des thématiques scientifiques tropicales et leur développement régional (ex: biodiversité et innovations dans les domaines des matériaux - bois - ou des produits de santé, relations activités humaines/environnement - érosion sur bassin versant et pollution marine -,  gestion durable des ressources halieutiques - thons et grands migrateurs -),
- étudier et surveiller les phénomènes d’échelle planétaire (ex: risques naturels sismiques et climatiques).

L’Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Energie (ADEME) soutient ses objectifs et multiplie ses partenariats outre-mer où ses représentations régionales impulsent les actions utiles aux  économies d’énergie, aux techniques correspondantes des bâtiments, aux recours à des ressources inépuisables,  à la qualité de l’air, à la lutte contre le bruit, au traitement des déchets et des pollutions. 
                                
Pour le secteur santé sont implantées de nombreux agents de l’Institut Pasteur (fondation privée reconnue d'utilité publique) , dont le réseau  apporte une aide aux hôpitaux par la recherche sur les pathologies transmissibles, bactériennes, parasitaires ou virales, et les applications cliniques ; s'y ajoutent des services d'expertise et de veille, une activité d'enseignement et de formation. L’Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale (INSERM) développe, par ailleurs,  outre-mer, quelques études ponctuelles .

Des Délégués Régionaux à la Recherche et à la Technologie coordonnent autant que faire se peut  les actions des établissements publics sus mentionnés,  favorisent l'émergence des pôles technologiques, développent la coopération scientifique régionale et encouragent la diffusion de la culture et de l'information scientifique et technique.

 
     
Au delà des expériences, de réelles mises en oeuvre de politiques de l’excellence pour l’environnement

Les politiques mises en œuvre ont eu pour soutien naturellement les dépenses publiques mais aussi de fortes incitations à une orientation en faveur de l’environnement des investissements privés. C’est ainsi qu’un taux spécialement favorable de « défiscalisation »  a été réservé pour les investissements dans les  énergies renouvelables dont les productions sont soit utilisées par leurs exploitants, soit vendus à Edf selon des clefs subtiles de tarifications. Il est vrai que se prêtaient bien à ces développements  d’une part le facteur négatif à surmonter de la dépendance énergétique des pays d’outre-mer uniquement desservis ( sauf l’essai de recours aux eaux brûlantes émergeant à Bouillante en Guadeloupe, mais  sans bonne suite à raison de la corrosion par le souffre)  par de coûteuses centrales classiques ( alors que le courant y est vendu aux prix nationaux)  et, d’autre part ces facteurs positifs  que sont naturellement les ensoleillements et,  dans certains cas,  les courants de vents.  Le résultat est que les énergies renouvelables y sont déjà mieux déployées qu’en France continentale (9 %) :  18 % en Guadeloupe et couvrant 36 % des besoins à La Réunion ( en tenant certainement compte de la  fourniture d’électricité par l’hydraulique et la transformation du résidu végétal  des cannes  à  sucre, la bagasse).

C‘est effectivement à la Réunion que la croissance très soutenue des consommations d'énergie et  plus encore d’électricité a conduit à une politique régionale très construite de maîtrise de l'énergie et de recours aux énergies renouvelables : c'est le PRERURE (Plan Régional des Energies Renouvelables et d'Utilisation Rationnelle de l'Energie). D’une part, il fait appel aux énergies non fossiles (c’est la partie, substitution des origines des Mégawatt) ; d’autre part, il conditionne tous les acteurs par un éventail d’incitations, de règles et de pédagogies à but d’économies et rationalités (c’est la partie joliment nommée dans les supports d’information  « la centrale à NégaWatts  »). Le secrétaire d’État à l’outre-mer a salué le défi piloté par le communiste gestionnaire qu’est P. Vergès :  « en présentant son plan ambitieux La Réunion 2030, cette Région propose un véritable projet de société. Ce n’est pas seulement le recours à 100 % d’énergies renouvelables dont il s’agit. C’est un véritable plan de développement durable ».

Telles ambitions vont de pair avec l’utilisation du dispositif des « pôles de compétitivité ». La Réunion a ouvert la voie avec QUALITROPIC,  l’agro-nutrition en milieu tropical ( où elle a affirmé sa compétence dans une exceptionnelle filière viande/produits laitiers outre-mer)  et continue  avec TEMERGIE sur les énergies renouvelables.  En Guyane, SANTE TROPICALE centré sur la médecine d’urgence, la prévision et la lutte épidémiologique,  s’appuie sur des forces locales : la Guyane est l’un des rares départements à accueillir tous les grands centres de santé dont au premier chef l’Institut Pasteur, tandis que l’université Antilles Guyane propose six diplômes universitaires portant sur la santé en milieu tropical,  et que les activités spatiales offrent des opportunités de synergies. Ce pôle a contracté une coopération avec LYONBIOPOLE, travaillant dans les mêmes domaines. En Guadeloupe le pôle SYNERGILE est adossé au pôle CAPENERGIES, de la Région CAPA.


 Une valorisation mondiale possible si un programme exemplaire est conduit  à bien

 
Au vu notamment des expériences précitées,  ainsi que de nombreuses  potentialités fortes dans le domaine des énergies ou des biotechnologies terrestres (végétaux) ou marines (algues, nodules)  et au vu de ces situations géographiques qui les prédisposent à devenir des laboratoires en grandeur réelle, le secrétaire d’État à l’outre-mer tirait lors du Grenelle de l’environnement la conviction que l’Outre-mer avait la possibilité de valoriser ses chantiers en faisant  que les collectivités ultra marines puissent être  des lieux privilégiés d’expérimentation, dont le savoir faire acquis pourra être transféré et  à partir desquels pourra se développer une nouvelle économie locale. Il ajoutait: « ces potentialités se révèleront d’autant plus facilement qu’un accent particulier en matière de recherche sera consenti. Ce dispositif permet en outre d’intégrer les outre-mer à cette dynamique de l’attractivité et de la compétitivité de la France, tout en dégageant des perspectives de développement de nouveaux secteurs économiques marchands et autres, adaptés à leurs besoins. A terme, l’Outre-mer peut et doit constituer sur des thématiques précises, la vitrine technologique de la France, proche des nouveaux bassins d’activité mondiaux ».

La mise en œuvre de ces orientations semble bien prévue au travers d’actions énumérées dans  un  plan environnement Outre-mer ( disponible dans une publication du ministère et sur internet) organisé selon 8 domaines stratégiques devant se conforter transversalement. Nous en reprenons ci dessous des éléments, en accompagnant sélectivement la synthèse de chaque thème de quelques unes de ses déclinaisons ( mesures marquantes envisagées ou recommandées).
 
« 1) Dans le domaine de l'énergie, les propositions… oeuvrent en faveur d'une plus grande concertation au niveau local sur les grands choix de production énergétique et de maîtrise de la demande d'énergie, tout en soutenant la recherche/ développement, source de bénéfice économique futur. Une réglementation thermique adéquate pour les DOM doit inciter les opérateurs du bâtiment et des travaux publics et de l'immobilier à opérer le choix de bâtiments respectueux d’une consommation énergétique efficiente. Enfin, des mesures économiques et fiscales appropriées sont susceptibles d'encourager le choix de modes énergétiques vertueux, des leviers fiscaux adaptés à l'outre-mer permettront, notamment dans le domaine de l'électricité, le choix de sources d'énergies renouvelables… ». Retenons dans les  déclinaisons, qu’il faut, avec l’appui de l’ADEME, « généraliser PRERURE », mettre en place des obligations de chauffe-eau solaire dans le neuf, y inciter par des  crédits d’impôts ou des bonus de cos dans l’ancien, recourir au même solaire pour des centrales de froid et l’éclairage public, utiliser des leviers analogues pour privilégier la ventilation naturelle sur la climatisation. Il faut  aussi étudier la faisabilité  de la production et de l’utilisation des biocarburants .

2) « Dans le domaine des déchets, l'État se doit d'accompagner les efforts des collectivités locales dans le choix des sites de traitement, de reconversion ou d'utilisation des déchets, industriels ou ménagers. En même temps, la question du transport des déchets est vitale pour des territoires insulaires ou isolés, et la coopération régionale doit être encouragée ». Les mesures déclinées de manière à obtenir d’ici à 2020 la résorption des déchets  mettent  l'accent, dans le cadre d’une assistance aux collectivités locales,  sur la prévention et une juste répartition entre recyclage et valorisation énergétique. En matière de transports, on doit  envisager  l’interdiction d’importation de certains produits ou, pour le moins  l’application du principe de responsabilité des importateurs et distributeurs.

3) « Dans le domaine des risques naturels, face à la vulnérabilité de nos collectivités ultra marines à tous les grands risques de catastrophe naturelle, des Plans déjà lancés ou à lancer au titre de la prévention des séismes aux Antilles ou dans les autres collectivités d'outre-mer, seront poursuivis et la prévention de tous les grands risques climatiques ou telluriques peut être mise en oeuvre. Un pôle « risque outre-mer » sera adossé au pôle similaire métropolitain, pour fédérer les actions de recherche et développement ». Les déclinaisons prévoient que d’ici à 2015, les Antilles doivent être couvertes par  extension des diagnostics et renforcement des actions pour le bâti existant, et  par les moyens nécessaires pour appliquer les réglementations en matière de construction parasismique pour les constructions à venir. Des cartographies et des zonages sont à mettre partout en place contre ces risques à associer  à ceux de tsunamis, ainsi que pour la prévention des glissements de terrain. La prise en compte des menaces de submersions, érosions côtières et autres conséquences du changement climatique relève aussi de la finalisation d’une cartographie incluant les simulations de dangers dont tenir compte pour l’utilisation des territoires ; par ailleurs, la mise en place de systèmes d’observation et de diffusion des informations doit réduire  la vulnérabilité des populations et biens exposés.

4)  « Dans le domaine de la gestion des ressources naturelles et de la biodiversité, la mise en place d’un Observatoire national du milieu marin est une des mesures phares, pour la protection dynamique des ressources marines biologiques et autres de nos grands espaces sous ZEE. De même, le développement de la connaissance, la fédération des organismes scientifiques oeuvrant pour la protection et la recherche sur la biodiversité outre-mer est un impératif, des pôles de compétitivité ou d'excellence doivent focaliser cette recherche et constituer un modèle. ERANET BIOME ( note du rédacteur : modèle par lequel chaque pays  peut référer à l’éventail des actions existant dans toutes les Régions Ultra Périphériques européennes), constitue le moteur de cette recherche, une synergie des moyens de la recherche au niveau national et ultramarin sera systématiquement appuyée. La stratégie nationale de la biodiversité, l'application d’outils de types réseau Natura 2000 ( n.d. r. : sites naturels validés par le dispositif européen)  pour les départements d'outre-mer et certaines collectivités d'outre-mer, le renforcement de l'initiative IFRECOR pour les récifs coralliens, doivent démontrer la capacité de la France à obtenir la pôle position dans la protection de la biodiversité en Europe. »
Dans ce secteur l’essentiel paraît
- de faire partout avancer les indicateurs,  documents d’opérations et chartes pour la biodiversité ( qui atteignent déjà un véritable perfectionnement, par exemple en Martinique) ;
- d’utiliser à plein des outils éprouvés, comme les classements en aires protégées,  en  « Zones Naturelles d’Intérêt Ecologique Faunistique et Floristique » (ZNIEFF)  et en sites Natura 2000 précités ;
- de  faire aboutir le projet de sanctuaire marin des Caraïbes.
Au plan des financements
 - l’idée apparaît de mettre en place un outil fiscal au bénéfice des collectivités d’outre­mer pour les accompagner dans la préservation et la gestion durable de leur biodiversité, composante fondamentale de la biodiversité nationale (intéressant, mais difficile ajout à l’importance du solde des transferts de solidarité nationale au bénéfice de l’outre-mer)  ;
-  de savoir si l’on pourra mobiliser les concours de L'Agence nationale de la recherche (ANR, Gip remanié en établissement public à caractère administratif en janvier 2007)  et disposant de moyens significatifs pour contribuer à des  tours de table sur des projets mis en concurrence et évalués sur des critères de qualité pour l'aspect scientifique auxquels s'ajoute la pertinence économique pour les entreprises (partenariat public-privé).

5) « Dans le domaine des activités extractives, la mise en place d'un schéma de développement durable des activités extractives minières en Guyane, à l'instar de ce qui a été mis en place en Nouvelle-Calédonie, doit permettre une meilleure prise en compte des espaces à forts enjeux de biodiversité, les mesures efficaces contre les activités extractives non autorisées ou les plus polluantes, la délivrance des titres miniers dans le respect de la gouvernance écologique locale ».

6)  « Dans le domaine de l'eau et des pollutions, l'objectif stratégique recherché est un bon état des eaux à l'horizon 2015, alors que doit être assurée l'autosuffisance de l'approvisionnement des populations d’outre-mer en eau potable. La préservation de la ressource en eau implique une politique active de protection et d'utilisation des sources d'eau naturelle et des eaux propres à l'alimentation en eau potable. La protection contre les différents facteurs de pollution, notamment dans l'utilisation des produits chimiques nécessaires à la protection sanitaire et phytosanitaire des productions agricoles, nécessite la mise en place de plans d'action locaux ».A ce dernier titre les déclinaisons insistent sur la maîtrise des pesticides et la traçabilité santé des produits.

7) « Dans le domaine de la santé, l’observation et la gestion des phénomènes concourant à l’apparition de maladies émergentes, la lutte contre les vecteurs de maladies tropicales transmissibles et/ou liées à la dégradation de l’environnement, nécessitent une mise en oeuvre active de plans santé dans les collectivités d'outre-mer ».
Les  déclinaisons majeures sont qu’il faut créer à cet effet le centre d’investigation et d’épidémiologie cliniques Antilles­Guyane et celui de recherche et de veille sur les maladies émergentes prévu dans l’océan Indien.

8) « Dans le domaine de la Gouvernance, l’évolution du schéma d’aménagement régional dans les DOM vers un schéma régional d’aménagement et de développement durables, l’information , la sensibilisation et l’éducation à l’environnement et au développement durable, le suivi de la mise en œuvre du plan outre-mer aux niveau local et national ».
Pour  ce faire, les déclinaisons retiennent trois actions
- faire que le passage du simple SAR à un schéma régional incluant le développement durable, soit bien opposable aux tiers (avec intégration des trame verte et «  Gestion Intégrée de la Zone Côtière » (GIZC qui consiste avec l’assistance Ifremer et par la concertation avec les intéressés à trouver les compatibilités avec le développement durable des usages souvent conflictuels  des territoires littoraux  généralement très convoités ) ;
2. informer, sensibiliser les scolaires, les citoyens, les élus aux enjeux et  favoriser l’éco­responsabilité ;
3. faire un exercice de bilan/évaluation aux niveaux local et national tous les deux ans.de la mise en œuvre du plan outre­mer, avec participation des citoyens dans le cadre d’instances locales de suivi.


En conclusion, ce dernier thème de la gouvernance conduit à devoir bien en évidence que la gestion des suites du « Grenelle de l’environnement » ne se présente pas du tout de la même manière dans les DOM et dans les autres collectivités. Dans les premiers,  l’intervention législative et réglementaire de la puissance publique nationale est toujours possible pour imposer des règles à suivre ou des modes de financement à observer . Dans les autres collectivités ce que l’on pourrait appeler toutes les règles de solidarité et de proximité ( le droit fiscal, le droit social, l’environnement, l’urbanisme, le fonctionnement de nombreux services publics,  etc.) relèvent, dans la plupart des cas institutionnels, d’autorités locales autonomes qui ont aussi leurs incitations financières propres ne dépendant pas de la Nation à laquelle leurs habitants ne paient pas d’impôt. Ces collectivités  sont, enfin dans une autre situation que les RUP vis à vis de l’Union Européenne : celle-ci n’a pas la faculté de soumettre ces PTOM à ses principes de relations commerciales extérieures (d’où liberté locale pour la fixation de franchises, de droits ou d’interdictions  d’entrée. C’est dire qu’il y a une action directe possible  dans les DOM, quasiment au plan juridique, sinon au plan psycho-politique , selon des collaborations État/Régions du même type qu’en métropole. Dans les autres pays ( essentiellement du Pacifique)  c’est par les moyens indirects d’impulsions, de concertations, de conventions, de négociations de dispositifs d’incitation financière que la République peut promouvoir sa politique mondiale de l’environnement  pour la conduite de laquelle il est évident que des grands organismes de recherche et d’application peuvent être très utiles pour  catalyser de convergences .
De toutes façons, dans l’un et l’autre des deux ensembles juridiques bien distincts qui constituent ces outre-mers français,  il faudra du temps – et l’on s’en est d’ailleurs donné – tant deux problèmes ne pourront qu’être progressivement traités : celui d’un certain jeux de contraintes qu’il faudra savoir mettre en oeuvre  et que n’accepteront pas aisément tous les acteurs, ce qui donne tout son intérêt  aux rapprochements d’efforts pour que séduisent convainquent et, parfois, contraignent un peu,  ensemble l’Etat, les Collectivités et les organismes de recherche appliquée. Le deuxième problème est celui de  pouvoir  trouver des moyens budgétaires requis (mais jamais chiffrés dans un document dont les  parts de vœux et d’abstractions sont dominantes) pour des secteurs où c’est incontournable ( protection sismique par exemple) alors que la situation de nos finances publiques appelle inévitablement un étalement  sur la durée des actions les plus coûteuses et la recherche de cocktails de financements : nationaux, européens, régionaux, entrepreneriaux.  La politique de l’environnement qui doit beaucoup rapporter – et au premier chef la survie – est  constituée dans de longues premières phases des coûts des précautions et de ceux des  innovations ( comme en matière énergétique) dont la rentabilité ne  vient qu’avec des effets d’échelle et de temps. Réussir outre-mer un  environnement exemplaire,  et selon des modèles exportables,  va demander une ténacité …comme les ressources renouvelables…inépuisable.

PS : complément d'actualité : création de la première "Ecopolis" d'outre-mer à la Réunion. Le secrétaire d'Etat à l'Outre-Mer,  a annoncé le 27 mars 2008, l'installation de la première "Ecopolis" (ville écologique) d'outre-mer à Saint-Paul, dans le nord-ouest de la Réunion, au premier jour d'un déplacement sur l'île....Proposées par le rapport Attali, les "Ecopolis" sont des villes d'au moins 50.000 habitants accueillant des transports de pointe, des habitations alimentées par des éoliennes ou de panneaux solaires, des parcs dédiés à la biodiversité, etc. Yves Jégo a proposé à la députée-maire communiste de Saint-Paul, Huguette Bello, d'installer une "Ecopolis à vocation sociale" sur sa commune (100.000 habitants) sur un terrain d'une centaine d'hectares. "La Réunion serait ainsi le premier territoire ultramarin à bénéficier d'une telle structure, qui montrerait que l'outre-mer peut être un exemple pour la nation entière" a-t-il dit.







 


Jeudi 10 avril 2008 4 10 /04 /Avr /2008 18:24
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : outre-mer
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Dans le cadre des évocations de l'outre-mer
je vous propose ci-dessous
toujours extrait de "Bulles d'Histoire et Autres Contes vrais" , livre disponible sur www.alapage.com
un autre regard sur l'outre-mer
vu à travers ma présidence de RFO, à laquelle j'avais été élu par le CSA
pour le mandat 1994 et 1997
au  moment où tombe juste l'anniversaire - 25 ans - de RFO




RFO -  AVEC VOUS, TOUT AUTOUR DU MONDE - 1994- 1997


Je n'ai jamais reçu autant de félicitations à la suite d'une nomination, que lorsque, à ma surprise, après une audition en forme d'examen, j'ai été largement élu par le C.S.A., début 1994, pour trois ans à la Présidence de la radio télévision d'outre mer, RFO. Et pourtant, il ne s'agissait que d'une modeste chaîne,  issue de la 3,  dix ans environ auparavant. Cette chaîne avait néanmoins pour fière  devise : " avec vous, tout autour du monde".

Elle couvre en effet les Départements Français d'Amérique, Mayotte et la Réunion dans l' Océan indien, les Territoires du Pacifique et, même, Saint-Pierre et Miquelon. Elle est sans doute aussi, par habitant, la plus chère des chaînes du monde. Elle supporte les expéditions transocéaniques de signaux, les transmissions hertziennes sur des espaces très vastes ou dans des zones géographiques écartées ou difficilement accessibles. Elle doit faire face aux coûts quasiment invariables,  quelle que soit l'importance de la population desservie, des productions et diffusions locales. Elle rémunère, au niveau d'une fois et demi à deux fois celui de métropole, un important personnel que le statut de l'audiovisuel public rend quasiment propriétaire de ses postes. Elle dispose d'un puissant noeud technique parisien et d'une rédaction nationale doublant souvent celle des grandes soeurs.

Une telle brassée de messages d'arrivée, le rayonnement exotique d'un tel petit monstre, la sollicitation directe du nouvel élu par tant d'interlocuteurs de l'intérieur et de l'extérieur ne peuvent  que monter à la tête de ceux qui accèdent au mirage de ces fonctions. Or, tous ces présidents successifs n'ont pourtant eu que de difficiles marges de manoeuvres. Ils doivent constater la puissance de la technique ainsi que l'inamovibilité de journalistes dont les plus sourcilleux sur leur indépendance sont les plus mauvais. Ils doivent naviguer entre des forces syndicales en compétition qui contrôlent les avancements. Les tutelles administratives auxquelles ils sont soumis entendent, à la fois, limiter les dépenses publiques et permettre l'existence de chaînes privées revendicatrices. Celles-ci ont obtenu de se voir réserver une part des recettes publicitaires, modestes sur ces micro-marchés. L'outre-mer n'est pas un enjeu aux yeux des Finances, ni du ministre chargé de la communication qui a d'autres gros clients, mais il est au contraire un enjeu pour les politiques. Il peut  faire les différences de résultats électoraux nationaux. Tous les acteurs de ces territoires et départements ont, au quotidien, les oreilles branchés et les yeux  rivés sur RFO, mère de tous les maux, suspecte de tous les coups .

Dans mon cas particulier, tous les politiques de la majorité comme de l'opposition, depuis les sommets de l'une et de l'autre, jusqu'aux  élus locaux, en passant par les ministres intéressés, considéraient, après les votes de leurs amis en ma faveur, avoir une espèce de droit de tirage sur le nouveau président. J'ai essayé, dans un premier temps, de satisfaire chacun. J'ai travaillé au milieu des conspirations et des coups bas, avec le principal soutien interne de quelques uns issus des syndicats autonomes de l'outre-mer dont j'avais enfin reconnu la représentativité, en trouvant la bonne oreille du profil de Janus que l'on prêtait au président du C.S.A., Hervé Bourges,  avec l'appui du sénateur Cluzel, veillant sur la déontologie de l'audiovisuel et m'ayant protégé contre quelques cabales. C'est dans ces récifs, mais avec ces atouts, que j'ai du et pu me reprendre : ne pas laisser m'imposer un entourage, tenter d'obtenir l'objectivité des antennes,  essayer de mettre la maison au seul service des pays d'outre-mer.

Il fallait apporter partout, jusqu'aux lointains atolls et au creux des ravines, en temps réel, les programmes nationaux, et nourrir aussi d'informations locales et d'émissions de proximité des publics avides de leurs propres identités. Il eut fallu, mieux encore, participer à un concert des télévisions des régions mondiales dans lesquelles nous étions implantés et en profiter pour mettre notre réseau, de manière complémentaire par rapport à R.F.I. et à T.V. 5,  au service d'une présence audiovisuelle internationale francophone, ce que l'on débuta au Canada.  Enfin, il me semblait capital que RFO représente les pays d'outre-mer sur les écrans de l'hexagone tant il est vrai, comme le disait bien J.J. de Peretti, que « lorsqu'on est outre-mer, on est en France, tandis que lorsqu'on est en métropole, on ne sait pas ce qu'est l'outre-mer de la France ».

Le paquebot de lumières et de coursives a traversé la passe des élections présidentielles, sans trop talonner, mais avec quelques remous. Je m'étais trouvé sur le même vol que celui qui conduisait Jacques Chirac à la Réunion.  Il avait été y annoncer son programme d'égalité sociale totale. L'un de mes adjoints, ayant été très proche du maire de Paris - et l'étant redevenu -  me reprocha alors de "nuire à la chaîne en m'affichant avec un looser " : Chirac était alors au creux des sondages. Comme président de la chaîne, j'accomplis aussi le devoir d'accompagner le Premier ministre en exercice alors même qu'il était en pré-campagne outre-mer. Édouard Balladur n'y était pas, à la différence de son concurrent, comme un poisson dans l'eau. Ses bains de mer aux Saintes, de foule à la Réunion, son apparition en Guyane amérindienne autour d'un bouillon d'awara ont fait dates. Il fallait veiller au fonctionnement correct de notre couverture audiovisuelle. Elle fut souvent défectueuse : les équipes étaient plus ou moins à l'heure, les cassettes parfois irrécupérables;  à Mayotte, les images étaient gondolées, en Guadeloupe, toutes rouges. La chaîne fut toujours suspectée : l'entourage me demandait en permanence des interventions de précaution, et, à l'avance, les questions précises qui allaient être posées par les journalistes. La rédactrice en chef de Martinique fut récusée. La belle Marie-Jo Alie, malgré des liens divers, avait l'image d'une dangereuse autonomiste. Elle avait aussi chanté autrefois "déshabillez-moi" ou "caressez moi", un tube qui la lança,  pour François Mitterrand. Le Premier Ministre redoutait un piège. La station ne voulait pas céder sur le principe : l'interview de clôture du voyage revenait de droit au chef de l'antenne. Je m'engageai, sur ma tête de président, auprès d'Édouard Balladur en le guidant vers les caméras et micros dont ses accompagnateurs voulaient l'écarter, que tout se passerait bien. Tout se passa très bien. En sortant le Premier ministre, en souriant,  me dit merci, mais qu‘« elle avait quand même une très, très minijupe ». 

Ce ne sont pas ces péripéties qui m'ont dissuadé de poursuivre après trois ans de mandat. Mais il m'est devenu progressivement insupportable de vivre dans cet univers. Il   tournait sur lui-même : dans ses rivalités personnelles, ses susceptibilités inter-ethniques, ses intrigues partisanes, claniques et sexuelles, ses calomnies, ses demandes exorbitantes d'améliorations matérielles, ses menaces et parfois ses folklores de grèves, ses conservatismes, ses chapelles, ses prébendes. C'était un ghetto. Il eut fallu en sortir en donnant à RFO une place, à part entière, dans la holding France Télévision.  En l'absence de cette perspective salutaire, la vie était devenue une dépense vertigineuse d'énergies, d'écoutes, de déplacements, de gestion de rapports de forces, de précautions, de démarches, d'études, de négociations, dans une ambiance de conflits et de suspicions, dans l'obsession de chercher à obtenir un peu de pacification toujours fragile afin de parvenir, quand même, à faire avancer les vraies questions. Rien de comparable à l'importance des dossiers que j'avais traités auparavant pour les pays d'outre-mer, aucune menace sur les emplois des permanents sécurisés par un volant de pigistes (parfois seuls menacés par le système) et dont je ne pouvais m'empêcher de voir les privilèges d'enfants gâtés par rapport aux salariés et aux licenciés en masse des industries que j'avais gérées.

Alors pourquoi, ai-je mené ces combats et avec quels résultats? Le seul sens de toute cette machinerie, c'est d'offrir des programmes adéquats. Leur succès ne peut être mesuré que par les audiences. En gros, celles-ci se sont maintenues, mais pour des contenus qui n'ont trouvé ni les moyens, ni les volontés de bonnes articulations entre les productions nationales et les réalisations régionales. Les deux types de produits restent largement plaqués en parallèle l'un à côté de l'autre, ce qui est une entrave au métissage culturel. On s'en console aujourd'hui en pensant que les avalanches d'images du monde satellitaire font perdre tout intérêt à cette recherche. Au bénéfice de cette floraison des transmissions, la fonction internationale a pu progresser, tandis que ceux qui bénéficient du câble ou de paraboles peuvent regarder RFO, en Europe, progrès que put engranger mon successeur.

Ce ne fut qu'une étroite compensation au destin de peau de chagrin des émissions de RFO sur la 3, cantonnées les matins de week-end sur de mauvais créneaux horaires. Il  eut encore fallu que les éternels ballets dans les coraux sous-marins et les alizés dans les cocotiers - ce qui fait d'ailleurs de l'audience - laissent plus largement place à de bons magazines construits entre stations régionales et vrais professionnels. Il y en a eu. Pour passer de l'éphémère des émissions télévisées à l'existence et à la commercialisation d'une bibliothèque vidéo sur l'outre-mer, mon dernier chantier fut de créer la collection correspondante avec une sélection des meilleurs produits, ce qui demanda un effort de coopération interne obtenu à l'arraché. Ce n'était pas une initiative de mon successeur. Ma collection a fini à la poubelle. Comme ont été jetés dans les ténèbres extérieurs la plupart de mes proches collaborateurs, remplacés par un entourage beaucoup plus fourni. Ces charges, le nouvel essor d'une rédaction nationale souvent superfétatoire,  beaucoup plus de tolérance sur la gestion - ce que les tutelles semblent admettre d'un journaliste d'origine, mais jamais d'un administratif - annulèrent, et bien au delà, les effets d'économies d'un micro plan social que j'avais réussi à faire passer. La responsabilité des difficultés budgétaires a été imputée aux chantiers immobiliers que j'avais du finir ou lancer. Trois stations modernes à Tahiti, Pointre à Pitre et Cayenne sortent la chaîne des taudis de ses anciennes installations et du risque de troubles graves. Un nouveau siège à Malakoff a permis - à coût immobilier quasi nul, par suite d'opération d'échanges, et à coûts d'équipements nouveaux, numériques et informatiques, très importants - de regrouper une maison éclatée en lui donnant les moyens centraux de sa mission. C'est peu après mon départ que cette installation est rentrée en service, mais je n'ai jamais été convié à aller la visiter.

Quand j'ai décidé de ne pas solliciter un nouveau mandat pour des raisons qui ressortent du tableau que je viens de faire, j'ai cherché avec Hervé Bourges, le meilleur président possible. Il était bon que ce soit un professionnel. Le président de la Cinquième, destinée à être fusionnée avec Arte,  avait entretenu avec nous un sympathique esprit de collaboration . L'homme était séduisant, il était à la recherche d'une fonction, nous l'avons convaincu. L'après-midi du passage de consignes, je l'ai attendu quatre heures avant qu'il ne daigne venir. Les jours et les mois suivants,  bien des milieux de la chaîne et d'outre-mer ont été stupéfaits de ses absences, puis de son style. Les épurations et les embauches ont eu lieu, les nouvelles dépenses engagées, une campagne menée à l'encontre des gestions  précédentes.

Nous avons appris - Xavier Gouyou-Beauchamp, mon double collègue, président de France Télévision, et moi-même - en lisant la presse, que

« des préfets n'étaient pas faits pour conduire une chaîne de télévision ».

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Jeudi 27 mars 2008 4 27 /03 /Mars /2008 11:01
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : outre-mer - Ecrire un commentaire
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Dans la suite du panorama sur l'outre-mer publié il y a deux jours, voici....



 SUR LE RAIL BRUXELLES-NOUMÉA-




Je ne me suis jamais intéressé au sport de compétition. Aussi, lorsque le ministre Louis Le Pensec me dit rapidement à la fin d'un coup de téléphone :
 « et n'oubliez pas de féliciter Perec »,
je me suis retourné vers mon assistant et je lui ai dit 
« le ministre pense toujours à ses Bretons ».

Dieu merci, mon assistant était antillais et il envoya un télégramme à Marie-José pour l'une de ses grandes victoires de l'époque. Dieu merci, encore, notre Breton de ministre qui, au début de ses fonctions au ministère de l'outre-mer, comme tous les élus, vivait plus des pulsations de sa circonscription que de celles de son portefeuille, s'était peu à peu pris d'une minutieuse attention sur toutes les questions qui venaient à lui depuis le Pacifique, la Caraïbe, la Guyane, l'Océan Indien ou même de Saint-Pierre et Miquelon dont les notables - l'un d'entr'eux étant par son nom et par son apparence, la copie d'Henri VIII -    ne manquaient d'ailleurs pas de faire spécialement fort pour se faire entendre.

C'est la vieille estime entre Michel Rocard et moi-même, remontant aux temps de notre militantisme partagé sur les affaires de décolonisation, qui m'avait conduit, après avoir été nommé par Olivier Stirn -  en souvenir peut-être de notre compagnonnage dans les années 67/68 chez le secrétaire d'État à l'emploi du temps -  à être maintenu en 1988 aux affaires économiques, sociales et culturelles de l'outre-mer:  au moment où il fallait bâtir un lendemain concret aux accords politiques de Matignon, puis économiques d'Oudinot sur la Nouvelle Calédonie. A la clôture des travaux F.L.N.K.S./ R.P.C.R., Jean Marie Tjibaou qui avait accepté de ne pas voir traiter le problème minier - lequel fut repris plus tard par la cession, à la Province Nord d'un groupe d'exploitation du nickel de la famille Lafleur -  avait murmuré , en bon paysan:

« le problème, maintenant c'est de savoir qui a couillonné l'autre ».

Avec base arrière rue Oudinot, nous avons vécu sur le rail  Bruxelles-Nouméa, avec approvisionnement à Matignon et clin d'oeil à la Bretagne.

La rue Oudinot, siège du ministre en charge de l'outre-mer est, aujourd'hui, le seul véritable facteur commun entre  les territoires  et les départements. Une réforme remontant aux années quatre-vingt, a méconnu les natures propres de ces deux groupes de pays : elle a supprimé la direction qui suivait les premiers et le secrétariat général qui gérait les seconds pour les remplacer par deux directions transversales, l'une politique, l'autre économique, aux attribution  imbriquées.  Cet organigramme brouille les cartes et trompe les esprits.  Certes ces deux groupes de pays  sont,  les uns et les autres,  des reliefs d'Empire et des sociétés pluri-ethniques, mais leur parenté ne va guère plus loin. Déjà, d'ailleurs, s'ils sont tous multiraciaux, c'est par des pondérations bien différentes.

Dans les départements, les Européens sont de petites minorités    -  les békés aux Antilles - qui coexistent avec de purs héritiers des esclaves et avec tout une population "arc en ciel", comme le dit joliment le poète mauricien Édouard Maunik, la Réunion offrant la plus étonnante marqueterie de géographies et de peuples, mâtinée par une forte imprégnation de l'Inde du sud.  Les Blancs constituent en Calédonie une massive colonie de peuplement qui est restée peu métissée. En Polynésie, à l'inverse, parce que les femmes répondaient mieux , dit-on, au canon de beauté des voyageurs, des métissages subtils avec Maoris et Asiatiques ont engendré à côté des "popas ", une large, belle et prééminente population de "demis ". Si le poids des relations inter-raciales est partout présent, c'est ainsi,  d'un point du globe à l'autre et, même dans chaque océan , de manières bien différentes.

J'ai compris alors pourquoi le régime des TOM et celui des DOM ne sont pas identiques. Chacun est le produit d'une logique propre, enracinée dans des histoires bien distinctes. Dans les DOM, pays presque vides- hors quelques survivants caraïbes et amérindiens - l'émigration européenne et la déportation africaine ont, dans l'atrocité et, parfois, la convivialité, construit les sociétés créoles. Le militant rasta qui chante, sous ses nattes,  la culture afro-caraïbéenne, me rappelle le sacrifice du colonel Delgrés, en Guadeloupe. Plutôt que de se rendre aux troupes impériales, il a fait sauter sa garnison, soldats, femmes et enfants, à Matouba,  sur les pentes de la Soufrière, au lieu même d'où s'étaient jetés dans l'abîme, deux siècles plus tôt, les chefs caraïbes encerclés. Le barde ajoute pour moi : 

« si, comme les officiers de Toussaint, vaincu, mais vainqueur, Delgrés avait mis Napoléon à la mer, nous serions Haïti. Sauf pour la musique, je ne voudrais pas ». 

J'ai séjourné à Port au Prince entre les ordures et la poésie, un intellectualisme exquis et la terreur quotidienne,  en considérant que l'Inde était un pays beaucoup moins dur. Le rasta avait raison. 

Les îles du Pacifique étaient, elles  peuplées d'importantes communautés issues de fortes civilisations sur lesquelles se sont greffées les influences des missions religieuses concurrentes protestantes et catholiques, puis un puissant système d'exploitation coloniale : militaire, maritime, foncier, minier, agricole, commercial. La traduction en droit des rapports des forces locales a été laissée au soin de leurs institutions dont l'organisation varie d'un pays à l'autre. Ces pouvoirs territoriaux fixent les règles du jeu de la vie économique et sociale sans être soumis à toutes les lois de la République. Celles-ci ne sont pas applicables dans les TOM, sauf si le législateur le prévoit expressément. Face à la montée des revendications décolonisatrices et aux crises, ce lointain et souvent partial arbitrage de l'État est devenu plus attentif. Il a été obligé de veiller aux changements des équilibres, en tenant d'autant plus compte des identités de toutes les communautés que de durs passés portaient celles-ci aux affrontements.

Dans l'écoute d'abord des colons, puis ensuite également des héritiers des premiers occupants, les TOM, toujours, ont été ainsi bâtis sur la différence. Les DOM, jusqu'à présent, ont été construits sur la recherche de l'égalité. L'esclavage y a engendré cette revendication de survie et de dignité; la généralisation de l'instruction publique a favorisé une demande d'assimilation. La départementalisation de l'après-guerre a été de pair avec l'application directe, sauf dispositions contraires, des lois métropolitaines. Leurs habitants ont acquis la pleine citoyenneté sociale, tandis que, dans les Territoires, ce sont les institutions de ceux-ci qui définissent plus chichement les  garanties de chacun. Dès le Traité de Rome, des départements d'outre-mer ont appartenu à l'espace douanier européen. L'Europe est loin des TOM qui y sont simplement associés, tandis que  l'avenir des Départements d'outre-mer dépend largement d'elle. Elle a la compétence de dire une part du droit commercial et fiscal et celle de négocier les conditions des échanges internationaux. Le libre-échange mondial aggrave les handicaps de l'insularité et de la distance. Pour compenser ces risques d'accroître un chômage massif, l'Europe apporte, en contrepartie, de substantielles contributions financières.


Voilà pourquoi, nous étions  sur ce rail. Aux Antipodes, pour construire de nouvelles organisations de pouvoirs et les accompagner de moyens de développement. A Bruxelles, pour obtenir que les règles européennes de libre circulation des produits et de non discrimination commerciale soient amodiées. A défaut, ouvertes aux productions de masse et concurrencés, par les bas prix des pays sans droit social, sur des marchés français ne pouvant plus leur être réservés,  les micro-économies tropicales,  à salaires européens, des DOM  seraient vouées à ne plus dépendre que de conséquents apports budgétaires national et des minima sociaux.

Mais il fallait toujours s'approvisionner à Matignon rendant, par les soins d'un conseiller politique barbu et bourru, très attentif, chaque fois qu'il y avait un  problème - c'est à dire souvent plusieurs fois par semaine - les arbitrages indispensables : pour se faire attribuer les ressources que les autres ministères ne consentaient pas d'emblée à l'outre-mer; pour obtenir, dans les débats européens, des positions de négociations qui contrariaient non seulement bien des interlocuteurs étrangers, mais aussi notre nouvelle nomenklatura libérale.

Nous passions un peu par la Bretagne. Chaque vol vers l'Ouest nous faisait survoler Concarneau. Je rêvais d'y refaire du bateau, car les tropiques exigeants n'étaient jamais des vacances. Le ministre saluait ses terres voisines et si son conseiller spécial, un vif argent politique, était dans l'avion, il lui donnait quelques consignes. Puis nous ouvrions les dossiers et révisions les discours sur ma machine canon  portative. A la fin de mon séjour rue Oudinot,  quittant le ministère, j'ai fini par atterrir à Lorient et Quimper pour traiter pendant quelques mois de dossiers bretons sensibles. Louis Le Pensec avait souhaité que j'y apporte le même soin qu'à ceux d'outre-mer. Il avait trouvé le mot clef, merveilleusement ambigu, pour accueillir les hommes et les problèmes  : "j'apprécie", ce qui pouvait signifier de la satisfaction ( c'est positif ) ou de la précaution ( je mesure ce qu'il faut en penser ). Une écoute et une prudence de Sioux. Mais, on ne pouvait rien refuser au chaleureux grand chef indien dont il a aussi le visage buriné et auquel il ressemblait pour nous. Je ne lui ai pas refusé de travailler un peu pour le Finistère.  Pour la peine, je fais partie de l'association de ses anciens collaborateurs personnels : "Cabalou" .   

C'est là qu'on retrouve ceux qui se partageaient alors un  travail d'équipe. Des tâches bien différentes selon les horizons concernés. Pour les TOM, les premiers enjeux étaient politiques et budgétaires. C'était le cabinet, particulièrement son directeur - passionnément attaché, depuis sa collaboration avec Pisani, à  la Nouvelle Calédonie  - et son adjointe, dotée d'une capacité de négociation financière peu commune, qui les pilotaient. Ils s'appuyaient, sur place, sur une poignée de délégués de confiance dont le plus pugnace faisait prévaloir sur la Grande Terre et les îles Loyautés, un esprit d'entreprise bousculant heureusement  les règles administratives. Ils utilisaient par ailleurs  mon expérience des affaires privées. Il fallait être quasiment en même temps, à travers les changements de fuseaux horaires, aux deux bouts du rail. Sortant de soigner les dégâts du cyclone Hugo en Guadeloupe - les détritus et les gravats sous les végétations dévastées - j'ai rallié, à travers la Caraïbe et les États-Unis par des vols que poursuivait le soleil, Nouméa pour y monter un petit frère de l'Institut de Développement Industriel, expérimenté à l'époque de Boussac.

La Calédonie, dans la splendeur de ses brousses et montagnes intactes, aux frontières des lagons, dans les cocoteraies balisées d'objets utilitaires en matière plastique, entre les niaoulis et les grands pins,  m'apporta, à titre personnel, la chaleur du lien revitalisé avec Jean-Marie Tjibaou, sa femme et les membres de ses clans adoptifs, ainsi que la découverte de bien des personnages hors de l'ordinaire. Parmi eux - puisqu'on ne peut faire surgir tous ces profils - d'abord, le coadjuteur diplomatique de Jean-Marie,  Raphaël Pidjot dont le destin fut de devenir l'homme des mines et d'affaires de la province Nord sur laquelle, avec sept compagnons,  il s'écrase en hélicoptère fin 2000. Ensuite deux collègues. Un ancien officier de l'armée de l'air, devenu préfet, qui utilisait sa voiture de fonction comme un "quatre quatre" pour aller voir les tribus les plus éloignées - dont l'état de santé, ayant justifié une mission Kouchner,  était alors parfois tel que l'on y trouva encore des lépreux - et piqueter lui-même le futur tracé de la dorsale routière - la Koné-Tiwaka -  devant joindre côte ouest à côte est. Celui qui lui succéda un moment aux affaires économiques du Territoire, Jacques Iekawé, le premier préfet Kanak qui fut auparavant secrétaire général de la société "le Nickel" et qu'une intervention chirurgicale ratée, en Australie ou Nouvelle Zélande, enleva, si tôt, lui aussi,  à sa famille, ce qui n'est pas une formule, car nous mesurâmes tous ce que voulait dire le deuil coutumier. Une coutume très présente à laquelle m'initia Wallès Kotra,  ce journaliste d'une impitoyable objectivité envers les uns et les autres, allant parfois faire retraite dans ses origines sur l'île de Tiga, et qui devint plus tard l'un des pivots de mes efforts à RFO.

Il y eu ce guide de la visite du musée de Hienghène,  un grand massif Écossais roux, avec kilt, calot, chaussettes hautes et pompons. C'est avec compétence et ferveur qu'il présenta la grande case de chef, surmontée de la hampe sculptée, les vitrines peuplées des objets de la société de jade et de nacre, les armes, les frondes, les boom-rang, les massues, les monnaies de tresses et coquillages, les tableaux sur les vingt cinq ou trente six langues de l'archipel dont les incommunicables diversités font que les congrès des indépendantistes se tiennent en français. A la fin, je le remerciai et me permis une question :

«  Certes, vous êtes aussi un insulaire, mais comment, vous, un Écossais, avez-vous pu venir ici et remplir cette tâche?

- Ah - me dit-il - je suis Kanak, mais albinos. Il faut être exotique ».


Ma direction des affaires économiques et sociales allait certes recueillir les problèmes des DOM sur place où ils fleurissaient plus vite et plus fort que les végétations tropicales;  mais elle était surtout branchée là où elle était le plus utile, sur les négociations européennes à Bruxelles, dont une spécialiste appartenant au cabinet, connaissant ce milieu feutré où se jouent tant de gros intérêts, me fit délicatement découvrir les arcanes. Louis Le Pensec savait emmener au Berlaymont, rue de la Loi - par des trains embarquant ensemble les grands élus de couleur, les agriculteurs, coopérateurs ou gros propriétaires fonciers békés, et les technocrates chevronnés,  jusqu'au tribunal d'une Commission secouée de tels  assauts -  des délégations politiques et socioprofessionnelles très nourries et véhémentes. Les héritiers des colons stigmatisaient avec des élans de bonne foi les multinationales des fruits construisant leurs profits sur des régimes négriers et ruinant nos spéculations soumises au S.M.I.C. qu'ils étaient obligés, eux, de payer. Les héritiers des esclaves expliquaient avec finesse, philosophie et jurisprudence à l'appui,  ce que devait être la discrimination positive pour réaliser l'égalité entre inégaux, les précautions commerciales et les rattrapages budgétaires qu'elle imposait. Les technocrates négociaient des arrangements avec l'entourage d'un Jacques Delors dont le libéralisme tout neuf et tout naïf était mis à rude épreuve, mais dont la foi humaniste ne pouvait accepter la condamnation des économies des pays d'outre-mer au droit social avancé. Ensemble, ils construisirent - avec l'appui de l'Espagne et du Portugal, agissant dans l'intérêt de leurs îles atlantiques, malgré les stricts points de vue marchands des Anglo-saxons camouflés sous l'intérêt du contribuable et du consommateur - ce qui est devenu le concept de "régions ultrapériphériques" européennes.  Il nous permit d'arracher non seulement des crédits - ce qui était la moindre des choses - mais encore des régimes provisoires d'exception par rapport aux normes libérales du commerce mondial - ce qui était bien plus difficile et s'est révélé bien plus fragile. 

Quelques sophismes juridiques, mais répondant au bon sens,  permirent de préserver un régime de droits d'entrée protecteur "l'octroi de mer". Sans celui-ci, les activités locales de transformation n'auraient pu subsister face aux importations industrielles assurées d'économies d'échelle ou de biens à bas prix provenant des pays de la misère. Nos productions bananières - l'essentiel hors administrations et commerces de la richesse antillaise - furent provisoirement sauvegardées par un mauvais régime de contingents et de quotas, préféré par l'Europe à un mécanisme subtil de "social-taxes": des droits d'entrée ristournés aux pays d'origine obtenant des avantages démesurés de coûts comparatifs tout en ayant besoin de ressources pour leur progrès. Son adoption aurait eu, aux yeux  des fanatiques du libre-échange, l'inconvénient de faire école au bénéfice de bien des activités européennes de main d'oeuvre, ce qui aurait fait tort au négoce international dont tout l'intérêt est d'exploiter les différentiels de coûts. J'étais devenu un tel spécialiste de ce type de dossier, auquel j'essayais de sensibiliser un pouvoir gouvernemental difficile à intéresser,  que plus tard, un jour, à Concarneau, au salon du livre d'outre-mer,  lorsque je dirigeais le syndicat national de l'Édition, et que j'étais appelé à prendre la parole sur tout autre chose, Louis Le Pensec, présent parmi les personnalités me glissa en riant alors que j'avançais vers le micro :

«  alors, vous allez leur parler de la banane ? ».
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Vendredi 21 mars 2008 5 21 /03 /Mars /2008 16:51
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : outre-mer - Ecrire un commentaire
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Compte tenu du niveau modeste des connaissances de nos concitoyens sur l'outre-mer français,  je  place ci-dessous pour information, copie d'un panorama de synthèse reprenant la substance d'une communication faite par mes soins en  février dernier au cercle Cambacérès.



L’Outre-mer de la France   
 



(Considérations et souvenirs au titre de diverses fonctions , notamment, chargé de l’outre-mer comme conseiller auprès du sec. État aux Finances 1969 ; Directeur des Affaires Economiques Sociales et Culturelles de l’Outre-Mer  1988 ; responsable groupe du Plan pour l’Om 1991( rapport, le défi des singularités ; Président RFO 1993 ; délégué des entreprises des DOM 1998 ; auteur divers ouvrages, articles et travaux pour l’Institut de Droit d’Outre-mer, etc.)

A - Un univers dispersé tout autour du monde ( les frontières de la République et non les  « confettis de l’Empire ») dont les ressemblances pour partie superficielles masquent plusieurs séries de différences essentielles

 1 – Les ressemblances apparentes

- Alors qu’elles ne sont pas toutes dans les mêmes statuts juridiques, les mêmes zones géographiques, les mêmes contenus économiques et sociaux, les mêmes pondérations interethniques, les communautés  d’outre-mer ont pour points communs visibles d’être (hors SPM) d’anciennes colonies,  toutes lointaines, multiraciales, réputées coûteuses et surtout mal connues par l’opinion métropolitaine qui ne s’y intéresse qu’en cas de crises, de cyclones et de projets de vacances .   L’accès des thèmes de l’outre-mer aux médias audiovisuels de base est d’ailleurs (malgré RFO qui fait accueillir outre-mer les chaînes métro, mais qui n’est guère accueillie par elles) mal assuré en métropole.   

- La coordination de la gestion des questions de l’outre-mer portée par un département ministériel spécialisé ( quoique de rang variable dans la hiérarchie, l’important étant en fait l’intérêt qu’y attache personnellement tel Président de la République, comme J.Chirac ou tel Premier ministre, comme M.Rocard, sans doute parce que l’un et l’autre, différemment éprouvés dans leurs jeunesses par des décolonisations difficiles ont cherché des décolonisations réussies)   contribue à cette apparence de ressemblance.  Les singularités des outre-mers ont en effet appelé jusqu’à présent, pour faire face à des besoins spéciaux, mal pris en compte par les organisations ministérielles, l’existence d’une administration « ad hoc » et d’un membre du gouvernement responsable pouvant faire recours aux plus hautes autorités d’État ; un débat existe sur le maintien du ministère, mais la question clef est à mes yeux - dès lors qu’il faut de toutes façons une administration au moins de mission pour le suivi de ces enjeux – la conception d’une structure qui devrait surtout tenir compte des natures bien différentes (même s’il y a un ou deux  outils communs pour les traiter) des problèmes à traiter d’une part en ce qui concerne les départements, d’autre part en ce qui concerne les autres collectivités d’outre-mer.
 

 2- C’est  que la différence cardinale  est bien celle qui sépare les collectivités  placées, depuis 1945, sous le statut départemental et toutes les autres collectivités et pays d’outre-mer.

a) Sur le plan historique

-    ceux qui constituent des DOM résultent des arrivées simultanées dans leurs périmètres géographiques (non peuplé à l’île Bourbon ou quasiment vides ailleurs de population précédentes survivantes)  des immigrations provenant de l’Europe et des déportations  provenant de la traite ; alors même que cette histoire a connu des phases cruelles avant les phases conviviales, elle constitue l’histoire unique partagée ;
-    les autres communautés résultent de la superposition des arrivées européennes sur des sociétés préexistantes de longue date,  comme les royaumes maoris ou les clans canaques.
-    On observera aussi que les colonisations en  Océans Atlantique et Indien sont des colonisations d’encadrement et que les colonisations en Océan Pacifique sont des colonisations de peuplement, ce qui ne produit pas le même type de sociétés pluriethniques, ni de modèle politico culturel.

b) En conséquence de ces histoires bien distinctes, les principes structurants sont

-    que dans les DOM la recherche de la parité s’est faite par accession à l’égalité entre les ancien dominants et dominés, ce qui passe par une intégration (modérée par la place faite aux diversités culturelles) ;
-    que dans les autres pays, une recherche de la parité s‘est trouvée mise en œuvre, par la transformation des termes de la transaction collective toujours fondée sur l’existence de différences, d’abord au bénéfice des arrivants européens, ensuite par la reconnaissance des droits des sociétés d’originaires.

c) Les traductions en sont sur le plan juridique
-    dans les DOM, l’assimilation législative (c.a.d. sauf exception dument stipulée l’identité des normes applicables avec celles de la métropole) ;  la similitude de l’organisation des pouvoirs publics, l’égalité sociale, le fait que la quasi-totalité du droit procède de la Nation et que tous les habitants des DOM sont des citoyens de droit social direct de la République ;
-    dans les autres pays, le principe de spécialité législative, des organes publics originaux dans leur composition et dans leurs compétences, le maintien ( puis le développement dans un sens de plus en plus accueillant aux intérêts locaux et à leurs transactions entre eux)   de zones de droit qui ne relèvent pas de la Nation, mais du pouvoir de dire le droit attribué à des organes territoriaux, avec comme conséquence essentielle qu’il n’y a pas les mêmes régimes sociaux et fiscaux que dans l’ensemble de la Nation, ni bien souvent le même contexte juridique pour la vie de proximité.

d) Tels sont bien d’ailleurs les principes que la réforme constitutionnelle Chirac/Girardin de 2003 a consacré par la distinction entre collectivités relevant les unes de l’article 73, les autres de l’article 74 de la Constitution.  Le second principe directeur de cette réforme ouvrant aussi des facultés d’évolution est celui du besoin   d’un consentement des populations ( à recueillir par voie de référendum consultatif) pour toute évolution, qu’il s’agisse naturellement du passage d’un article à l’autre, ou d’une modulation sous le régime du 73 ou sous le régime du 74, et dans ce cadre d’un changement  dans les organes d’une collectivité. Ainsi les transformations des régions monodépartementales de la Guadeloupe et de la Martinique - qui avait été souhaitée par la majorité de leurs élus – chacune en une nouvelle collectivité administrée par une assemblée délibérante unique – on-t-elle été écartées par des  consultations organisées le 7 décembre 2003.

e) La solidarité entre la République et chaque type d’outre-mer n’emprunte pas les mêmes canaux

-    même si la Nation soutient le développement économique et social de tous les pays, les modalités, et plus encore la nature, de ce soutien ne sont pas les mêmes dans les ex-TOM et dans les DOM.
-     Ils résultent  dans les DOM d’une part de l’écart entre les dépenses de la Nation et les impôts nationaux  qui sont perçus localement, d’autre part des découverts de gestion des grandes caisses de garanties sociales dont les cotisations ne couvrent pas les dépenses ;
-    tandis que dans les autres pays ,  où il n’y pas de fiscalité nationale, les concours de la Nation sont la somme des dépenses directes qu’elle y consent pour les services qu’elle prend en charge  et pour les équipements qu’elle assure, ainsi, par ailleurs, que de dotations affectées à leurs institutions, par lesquelles celles-ci trouvent les moyens de compléter leurs ressources locales pour des régimes sur mesure, notamment de protection sociale (maladie, vieillesse, etc.) qui émanent des réglementations propres à chaque pays et qui restent,  en général, d’ailleurs moins protecteurs que les régimes nationaux ( en particulier pour la couverture chômage).
-     Chaque fiscalité des ex- TOM est définie par les soins de ceux-ci et les contribuables sont ceux des autorités locales. La fiscalité des DOM est définie par le Parlement national; alors même qu’elle comporte des amodiations de la fiscalité nationale : les habitants des DOM relèvent du pouvoir fiscal de l’État central, comme ils sont des citoyens directs de droit social de la République au sein de laquelle ils ont accédé à l’égalité des droits et à l’identité des obligations. Les habitants des TOM qui ne bénéficient pas de la pleine égalité sociale sont gérés par des pouvoirs territoriaux aidés par la République..

f) Quant aux  relations à l'Europe de chacun des deux ensembles, ce sont des relations quasiment sans points communs

- les DOM y sont intégrés, avec les adaptations et modérations que permet l'article 299/2 du Traité d'Amsterdam, tandis que les autres pays d’Outre-mer y sont simplement associés. Le poids de l'Europe est décisif pour les DOM par l'importance des fonds structurels (de 10 à 15 fois plus par habitant que dans les TOM), par les conséquences des disciplines européennes et de libéralisation mondiales sur leurs marchés (les OCM sucre et banane n'ont pas d'équivalent pour les TOM dont les grandes exportations fondamentales  -nickel et perle noire - ne sont pas liés à des négociations européennes); la liberté tarifaire est le principe des relations commerciales pour les TOM tandis que les DOM dépendent, en matière douanière des grandes décisions européennes sur les relations tarifaires avec les pays tiers et notamment les PTOM et les ACP, ainsi que  de l'avenir de l'Octroi de Mer.


 Il s’agit donc de deux situations et deux problématiques complètement différentes vis à vis de l'Europe, et dans une certaine mesure vis à vis de la mondialisation des échanges , - - d’une part au plan juridique puisque les « non dom » conservent toutes leurs libertés de politiques commerciales externes
- d’autre part , de fait,  car ce sont des produits non comparables que les uns ou les autres mettent sur les marchés mondiaux.

g) Enfin sur le plan international, où le principe reste la compétence de dernier ressort de la souveraineté nationale , c’est dans les autres collectivités plus que dans les DOM que s’est développée l’idée et des exemples de représentation distincte de celle de la Nation au service d’intérêts spécifiques ou d’exercice partagé des compétences dans certaines relations extérieures.

Ce schéma photographique d’ensemble ne souffre de distinctions et d’exceptions qu’à la marge et qui apparaissent dans le cadre…

3 – des spécificités très significatives  au  sein de l’une et l’autre des deux grandes catégories de pays, compte tenu des personnalités

* de chaque DOM
    - Une île de la Réunion devenue, dans la convergence désormais sur ce point des différentes familles politiques, très attachée à un statut départemental égalitaire (à tel point qu’un amendement réunionnais a fait écarter les possibilités de modulations normatives que la réforme constitutionnelle de 2003 a introduite pour les autres départements) et très « bon élève » de l’Europe dont elle sait tirer divers arrangements avantageux.
    - Deux départements Antillais qu’unisse une personnalité caraïbe faite d’attachements et de valeurs culturelles traditionnelles associés à une passion parfois chatouilleuse pour l’égalité dans la République, mais que distinguent malgré tout les poids de l’Histoire ( plus d’  « indianité » en Guadeloupe, également marquée par la dureté des affrontements de 1791-1802 et où, d’ailleurs, on est passé très près d’une situation à composantes de violences entre 1960 et 1980).
              - Les caractéristiques particulières du peuplement des îles du nord de la Guadeloupe, qui ne sont pas dans le schéma du creuset initial de la Guadeloupe continentale, au demeurant combinées avec les particularités économiques et fiscales que l’on connaît, expliquent une évolution institutionnelle singulière pour ces îles du nord (Saint Martin combinant, à raison de la double appartenance de l’Ile,   un  statut de COM et de RUP, St Barthélemy semblant avoir opté pour un modèle COM ) .
                - L’histoire de la Guyane, pour partie  peuplée de manière originale et dure par les « déportations » de Choiseul, puis par celles du bagne, dans un pays qui n’était pas vraiment quasi vide d’hommes lors des implantations de colons français ( puisque l’extermination des indiens n’avait pas pris la dimension qu’elle a eu dans les Antilles), puis par les introductions d’esclaves, est marquée aujourd’hui par une relation spéciale avec  l’Amérique amazonienne ( qui à la fois offre son adossement et fait subir ses pressions démographiques).  Cette composition ethnique (bonis, indiens, libanais, européens, créoles, etc.)) contribue à expliquer la recherche difficile par rapport aux autres DOM, d’une formule statutaire qui n’a pas été élaborée jusqu’à l‘épreuve d’une consultation référendaire, tandis que des facultés physiques de lancement spatial ( parce qu’on se trouve sous l’équateur ) confère à la zone un intérêt stratégique irremplaçable pour la France.



* de chaque ancien TOM

- Nouvelle-Calédonie et Polynésie ont été l’une, peut-être pour des motifs où se mêlèrent les dépossessions agraires des « premiers habitants » et  des critères de canons de beauté, la première une société de la séparation et la seconde une société du métissage.

- La Nouvelle -Calédonie dont on ne redonnera  pas l’historique depuis les accords Matignon-Oudinot jusqu’à la réponse apportée dans l’esprit de l’accord de Nouméa à la question sensible des corps électoraux pour le futur scrutin d’autodétermination - est  traitée par un titre spécial de la Constitution ce qui répond aux yeux des  publicistes (cf. J.Y. Faberon, «  droit des collectivités d’outre-mer », 2007)  à la notion d’autonomie quasi politique dans un cadre para fédéral sous le contrôle in fine du Conseil Constitutionnel , tandis que la Polynésie relève de l’article 74 organisant une autonomie contrôlée par la juridiction administrative.

- L’équation  calédonienne est juridiquement marquée par la compétence de droit commun des Provinces ( deux à majorités kanaques, une à majorité européenne), une place réelle pour le droit coutumier, tandis que la collaboration est obligatoire, notamment pour gérer les intérêts économiques communs,  au niveau du Congrès et du gouvernement, entre les formations « loyalistes » et les formations « indépendantistes » ; toutes font preuve le plus souvent d’un grand réalisme pratique tenant compte d’un rapport de forces subtil où entrent en jeu les pluralismes ethnique ( importance des communautés d’origines diverses du Pacifique) et politique (les camps de préférence pour l’avenir  ne sont pas homogènes et ne recouvrent pas les lignes de différenciations raciales) et du rôle important des facteurs  temps et rééquilibrage Nord Sud ( construit par la série des contrats de plan ayant permis de nombreuses infrastructures, et facilité par le marché porteur du nickel dont trois développements dessinent l’avenir : extension à côté de Nouméa de la sidérurgie de Doniambo, créations des grands complexes au Nord de Koniambo et au Sud de Goro), encore que des difficultés assez dures tiennent aux rémanences de la combativité du syndicat USTKE et à des exigences d’intérêts fondés par les traditions foncières ou professionnelles  (comme celles des « rouleurs »).

- L’équation polynésienne est dominée par l’éclatement entre les archipels et la compétition de longue date entre les personnalités « autonomiste » et « indépendantiste » de G. Flosse et O. Temaru dans un contexte compliqué et mouvant,  renouvelé par l’apparition de G. Tong Sang, « autonomiste » aussi, exprimant peut-être le poids propre de sensibilités de souches asiatiques.

- Dans une apparente stabilité institutionnelle où se superposent dans un ordre décroissant les influences des Églises, des Rois coutumiers et de l’administration de la République, les îles de Wallis et Futuna  regroupent moins d’habitants qu’il n’y a de Wallisiens installés en Calédonie, mais ils bénéficient d’un niveau élevé de services publics et sociaux.

            -Le cas de Saint-Pierre et Miquelon est, en fait, un cas extrême d’une population de mono origine européenne aidant à comprendre que, dans sa confrontation difficile avec le monde anglo-canadien, l’archipel ait d’abord été naturellement porté à un statut départemental qui n’a été en vérité remis en cause que pour des raisons tenant à l’analyse de la meilleure formule pour les droits de pêche et pour des problèmes pratiques. Mais dans les années 90 nous y avons perdu, du fait des « sur pêches » des autres nations, nos quotas de morue, puis un procès international ramenant notre ZEE à une peau de chagrin, ce qui conduit à une diversification difficile des activités de l’archipel. 

                   - Mayotte offre le cas extrême inverse où l’on a bien à la fois une superposition d’une colonisation marginale européenne sur une société préexistante, appartenant à une autre civilisation (l’africano-islamiste, mais sous forme inféodée à des potentats externes). Aussi, longtemps, le statut de collectivité spéciale est bien celui qui correspondait au constat des différences, puis à l’évolution progressive et progressiste des structures des compétences et des organes. Mais la fascination des avantages d’égalité et d’Europe, en parallèle des misères de l’environnement, a poussé à la demande de départementalisation en cours de mise en oeuvre. La poussée de l’immigration clandestine comorienne, les faiblesses des facultés de développement sans un aéroport d’accueil des gros porteurs touristiques ( ce qui poserait d’autres problèmes)   et les complexités des étapes juridiques devant conduire aussi bien à la finalisation de l’égalité sociale  (ce qui ôtera à l’île tout avantage comparatif) qu’à une espèce ( notamment pour la condition des femmes)  de laïcisation de la part du droit civil d’origine islamique constituent des défis de Mayotte qui devient l’un des cas les plus préoccupants de l’outre-mer. 


B –Malgré  les portées des différences, des facteurs communs économiques et sociaux ont été  tels qu’ils ont appelé de la part de la solidarité de la  Nation des traitements comportant certains outils identiques ou comparables.

1-    Les facteurs communs économiques et sociaux

- les handicaps
°  distance, micro-marchés;
° capacités productives spécialisées avec charges sociales incontournables de pays de niveaux européens dans des régions tropicales à très bas salaires et à faibles précautions environnementales; faute de régime européen/international qui aurait pu instituer des régulations équitables dans les relations avec ces low costs countries, les agricultures d’outre-mer sont sous  la concurrence meurtrière sur les marchés extérieurs de mêmes productions obtenues beaucoup moins cher ailleurs, ce qui conduit inexorablement, par exemple, à la fin de la production bananière rentable  (maintenue en survie par des systèmes européens imparfaits de soutien qui ne pourront pas être éternels) ;
° niveaux de chômage et d’assistance proches en général du triple de la moyenne nationale;
° risques climatiques importants ; patrimoines naturels riches mais très vulnérables aux agressions de l’environnement ;
° tensions internes et inégalités ; risques psychosociaux souvent lourds exprimés par des grèves ou par diverses autres formes de conflits.
 
- les atouts  propres ( créativité culturelle ; bons niveaux de formations ; capital touristique, mais dont les facultés ne sont pas exploitées au mieux; appétit pour les nouvelles technologies ;  capacités et potentialités de pilotage d’offres de produits innovants ( comme énergie végétale, solaire, éolienne) ou réalisés en division du travail  avec pays proches ; poids d’influence de la représentation parlementaire de l’outre-mer s’ajoutant au fait que, malgré la vivacité des concurrences politiques et des attaques réciproques de surface, gauche et droite  n’ont pas eu des gestions antagonistes sur l’outre-mer, mais une dose considérable de continuité dans la recherche de solutions.
- et apportés ( sécurité malgré problèmes ; parapluie monétaire du franc puis de l’euro sur des économies faibles; soutiens sociaux et concours financiers français et européens).

 
- En résultats globaux, des PIB, supérieurs en général à ceux des pays voisins et ayant bien progressés depuis trente ans, mais  déséquilibrés , dans lesquels la valeur ajoutée marchande ( déjà faible dans les secteurs primaires et secondaires et surtout faite des apports des activités tertiaires)  est marginalisée par rapport à l’apport des activités administratives et sociales de services ;
- des échanges extérieurs, sauf l’exception due au nickel,  également très déséquilibrés.   

2-    les outils de recherche de réponses au défi de sociétés de niveau social quasi européen plongées dans la compétition  mondiale par les prix avec les low costs countries.


 a) Traditionnellement, il existe d’abord un socle de régimes spéciaux fiscaux qui concernent les seuls DOM ( puisqu’il n’y a pas de fiscalité nationale dans les ex TOM)
    - régimes  d’exonérations diverses sur les bénéfices des entreprises ;
    - abattement appréciable sur les revenus moyens ( bénéficiant souvent aux mêmes catégories que celles recevant des sur rémunérations de fonction publique ou de secteur tertiaire, domaine dans lequel l’absence d’imagination et de concertation n’a pas permis d’intelligentes réformes) ;
    - TVA plus basse qu’en métropole ( mais la contrepartie est dans l’octroi de mer, taxe payée au bénéfice des collectivités locales par tout produit introduit dans un DOM et depuis 1989, en raison  de négociations répétées avec l’Europe, à de plus modestes niveaux,  sur certaines productions internes) ;
- secteurs complètement exonérés, dont certains listés bénéficient en plus de la possibilité de déduire de leur dette fiscale une TVA non perçue, ce qui est optiquement indu et a favorisé une mise en cause de ce mécanisme administratif prétorien existant depuis 1953, en tant que système automatique de compensation des coûts de la distance. La suppression envisagée de cette TVA NPR en supprimant l’espèce de subvention diffuse qu’elle représente sur les intrants et les produits locaux analogues, tout à fait fondée lorsque son effet est d’augmenter des marges de négoce,  placera certainement dans le rouge un certain nombre de comptes d’exploitation de nos trop rares activités de transformation.
 
b)    Les  COM ont chacune leurs fiscalités propres indépendantes de la France comme de l’Europe,  généralement construites sur un faible poids de l’impôt sur le revenu et l’importance des taxes indirectes et des droits d’entrée sur leur territoires ( droits douaniers  que ne peuvent avoir les Dom inclus dans l’UE) nourrissant les budgets locaux.

c)    Un élément clef est qu’il a été construit depuis 1986, pour les DOM comme pour les TOM, un système dit de « défiscalisation » ( qui concerne en fait très largement des contribuables métropolitains) visant à inciter à l’investissement outre-mer. On peut le schématiser en indiquant qu’il permet d’imputer sur les résultats des entreprises et, surtout dans la pratique, sur la dette fiscale des particuliers, la moitié (et même plus, pour soutenir particulièrement certaines zones ou activités ) de ceux de leurs revenus investis outre-mer. Ces facultés s’exercent  sous diverses strictes conditions : dans des secteurs « exposés » (agriculture, industrie, transports, nouvelles technologies, etc.), en devant avoir des effets d’emplois, ou dans le logement (selon un régime particulier d’avantages fiscaux qui seront désormais essentiellement dédiés au logement social), en offrant des garanties dans la durée, en obtenant des agréments administratifs au delà de certains seuils ; enfin selon des mécanismes de location et de cession de l’investissement à des exploitants locaux assurant à ceux-ci de recevoir en ristourne 60% du bénéfice fiscal (dont une fraction marginale va aussi à des cabinets de gestion de patrimoine spécialisés dans ces opérations, « les monteurs »).

Moins par d’importantes créations d’emplois supplémentaires que par des remplacements et modernisations, des financements de grands équipements et moyens de transports, un  renouvellement des immobilisations des PME et le soutien  de constructions locatives ou en accession, le système a été globalement efficace. Il a posé toutefois de nombreux problèmes techniques ( ce qui explique des retouches successives) et a suscité des débats budgétaires ( coût annuel assez variable, mais ayant pu approcher la dernière « bonne année » en y incluant de manière estimative le  « plein droit » sans agrément ou sur les résultats propres d’une entreprise d’outre-mer, plus de 850 millions d’euros, dont plus d’un quart sur le logement) et des débats déontologiques :  au delà des risques  d’abus qui ont été sanctionnés, puis maîtrisés, cette stimulation indispensable à l’outre-mer coïncide avec l’existence d’une « niche fiscale » souvent aménagée, toujours maintenue mais toujours critiquée, ce qui vulnérabilise l’outre-mer, de telle sorte que certains s’interrogent sur la recherche d’une déconnection entre l’aspect « niche » et l’aspect « soutien », (un  système de crédits d’impôt ? ce qui n’est guère praticable pour les COM). Tel n’est pas le choix du projet de loi qui vient d’être arrêté, lequel, maintient, avec quelques améliorations ou ajustements, le système en vigueur, sans résoudre pour autant, à mes yeux, la question des besoins, insatisfaits par le régime actuel, de lourdes rénovations hôtelières dans une situation de concurrence difficile (la Guadeloupe a perdu un tiers de sa capacité d’hôtellerie) de ces activités avec les voisins tropicaux.
 


d) C’est dire qu’on a du faire appel à une batterie d’autres  contreparties pour tendre à compenser au moins partiellement  des coûts de revient supérieurs aux coûts des concurrents mondiaux ou pour trouver des moyens de parvenir à un meilleur rapport qualité/prix.
     
  Avec une formation initiale de niveau désormais national  et des formations permanentes soutenues par des formules spécifiques de stages et de bonifications  dans les DOM, les compétences professionnelles disponibles sont incontestablement des meilleures sous les tropiques et l’on n’y observe pas, malgré quelques légendes, des productivités du travail inférieures à celles de la métropole.

Outre des dispositifs de zones d’activité et, autrefois, d’appui par des lignes de crédit spéciales suivies par les Instituts d’Emission outre-mer ( qui sont des bras de la Banque de France), la perspective prévue pour demain d’exonérations dans d’assez étroites limites de la TP et de la taxe foncière permet de parler de « zones franches » pour labelliser l’ensemble des aides.
 
Celles-ci ont pour second pivot, après la défiscalisation, un système d’exonérations des charges sociales patronales plus efficient qu’en métropole. En effet il y a non seulement la recherche de l’employabilité,  mais aussi celle de l’allégement des coûts de toutes les rémunérations, ce qui  a conduit depuis de nombreuses années, à exonérer de ces cotisations patronales, certes  dans la limite de 1,3 à 1,5 du Smig,  non seulement les bas salaires mais tous les salaires et ceci  d’une part  dans les secteurs « exposés » et dans une large part du BTP et d’autre part pour les entreprises de moins de 11 salariés, pour un coût global (naturellement pour les seuls Dom)  de l’ordre lui aussi  de 800 à 900 millions d’ euros, avec pour  résultats apparents d’ entraîner une décroissance du chômage plus rapide qu’en métropole et de favoriser les promotions professionnelles. De la double critique faite au système ( d’une part, celle ne pas plafonner comme en métropole, l’exonération  au bénéfice de salaires inférieurs à une certaine limite et, d’autre part, celle de  manquer  de sélectivité dans le champ des entreprises de petite taille notamment de service et négoce, avec un effet d’aubaine pour celles qui ne sont pas en concurrence avec l’importation ou un pur  effet de prix en faveur des consommateurs), c’est la première, pourtant la moins pertinente à mes yeux,  au plan économique qui semble devoir être retenue par les projets en cours. ,
   
    C - Un essai de bilan et de réflexions  prospectives

1 - Il est habituel de faire un état des « coûts de l’outre-mer » et avant la réforme de la présentation des lois de finances dont les lectures me semblent moins exploitables,  des annexes à ces lois présentaient assez clairement ces recensements de coûts. En se référant à ces documents, ainsi qu’aux remarquables publications annuelles que les Instituts d’Emission consacrent à chaque Territoire, enfin à divers travaux d’audit qui ont été conduits depuis deux ans (consultables sur le site net des études de performance du Ministère de l’Economie et des Finances), je prends le risque - sans pouvoir donner ici les cheminements qui me conduisent à ces résultats – de chiffrer grossièrement les transferts nets de la Nation au bénéfice d’une part, des Collectivités d’Outre-Mer et, d’autre part,  des Départements d’Outre-Mer.

Pour les COM, dans lesquelles l’État français ne lève pratiquement  pour son compte aucune recette, mais apporte soit des personnels, soit des services, soit des subventions, soit des contributions contractuelles, soit des « dépenses fiscales » ( le manque à encaisser du à la défiscalisation), on peut retenir le chiffre annuel actuel de 3 à 3,5 milliards d’Euros ( pour, en tenant compte de l’immigration, un peu moins de 750.000 habitants, soit 4.000 à 4.500 euros/personne  en moyenne ).

Les DOM, en simplifiant,
- dans leurs relations avec l’État, d’un côté contribuent par les impôts nationaux  qui y sont payés aux recettes de la collectivité nationale ; d’un autre côté reçoivent  des services publics (en fonctionnement et en dépenses annuelles d’équipement),  des subventions, des exonérations sociales,  ainsi que la contre-valeur de « dépenses fiscales » (les allégements fiscaux par rapport au droit commun national et le coût de la défiscalisation).  Le solde net semble être de l’ordre de  5,5 à 6 milliards d’euros de transferts à leur profit, en tenant également compte des bonifications de prix résultant de péréquations (par exemple, les tarifs edf).
- De plus, les DOM relèvent des Caisses nationales de garanties de risques (sécurité sociale maladie, vieillesse, allocations familiales, etc. ,  tandis que les Com ont leur régime territorial propre) auxquelles leurs habitants payent des cotisations et dont ces habitants reçoivent des prestations : pour un solde en défaveur des Caisses nationales de l’ordre, semble-t-il,  de près de 5 milliards d’Euros.
Le total des transferts vers les DOM dépasse donc 10 milliards pour plus de 1,8 millions d’habitants, soit 5.555 euros par personne en moyenne.

La différence de niveaux entre Dom et Com résulte pour l’essentiel de l’absence de péréquation des régimes de sécurité sociale et chômage entre ces dernières et la métropole.

Il fallait faire cette grossière approche comptable et il faut en même temps récuser les mauvaises implications qu’on pourrait être tenté d’en tirer. D’abord parce que ce sont des données exceptionnellement disponibles ( les comptes susvisés)  qui permettent d’isoler ainsi statistiquement l’outre-mer et que si on le faisait pour d’autres parties de la Nation, on aboutirait dans quasi tous les cas soit à des transferts positifs, soit à des transferts négatifs, le propre de l’unité nationale étant, à l’encontre de ces « regiono-centrismes »  la péréquation des ressources et des charges dans l’homogénéité des droits fondamentaux. D’ailleurs sans doute constaterait-on que certaines zones géographiques de la France européenne « coûtent » aussi cher par habitant que les outre-mers.

Il faut aussi nuancer ces comptes dans plusieurs perspectives démographiques. Hors le cas de la Réunion qui y vient plus lentement, les outre-mers sortent des démographies de transition à croissance assez marquée et un certain nombre de charges vont en être atténuées, tandis que le « cinquième DOM » c’est à dire les 800 à 900.000 résidents en France continentale nés outre-mer ou d’un parent originaire d’outre-mer fait partie des éléments très  positifs des colonnes d’un plus large bilan que comptable.


Les efforts qu’appellent les outre-mers ne sont d’ailleurs pas seulement budgétaires et politiques, ils sont aussi dépenses très importantes d’attention  et d’énergie intellectuelle, compte tenu de la diversité considérable des questions qui se croisent sur le terrain des problèmes considérés et du fait qu’il faut accorder beaucoup de temps et d’imagination créatrice à des situations d’importance démographique ou économique et sociale parfois modeste, mais, il est vrai, à retentissement politique important, d’autant que l’outre-mer est fréquemment le théâtre d’événements qui  appellent de rapides réactions de « pompiers » , ce à quoi le ministère consacre une part de ses forces. 

2 – Un  bilan traditionnel mettait aussi en face des coûts de l’outre-mer des contreparties appréciables dont il faut reconnaître qu’elles sont moins notoires aujourd’hui qu’hier :
- Au plan stratégique, depuis l’achèvement des essais nucléaires et compte tenu des techniques des affrontements éventuels, les bases militaires d’autrefois n’ont plus le même intérêt , de telle sorte que le seul territoire stratégiquement unique est la Guyane.

- Les contreparties commerciales ( en recettes et emplois) à la dépense publique du fait que la France continentale était le grand fournisseur des importations des outre-mers - à tel point qu’on avait presque pu dire (cf. certaines équations du rapport Jarnac fait en 1986 au Conseil économique)  que le système fonctionnait comme un transformateur de dépenses administratives en recettes d’entreprises -  diminuent, comme l’établit une analyse de l’évolution dans le temps des balances commerciales , à proportion de la libéralisation des échanges mondiaux et de la diversification des approvisionnements des pays d’outre-mer.

3 - la vraie réponse n’est pas en fait dans un bilan, elle est dans les données irréductibles de l’Histoire.     
  
Sous réserve de « surprises », les perspectives institutionnelles sont
- certes, - de plus en plus d’originalité pour la plupart de chacun des ex TOM, c’est à dire  pour les collectivités d’outre-mer, mais sans qu’elles s’écartent des solidarités françaises ;
- de plus en plus d’assimilation/égalité pour les DOM et les domiens.
 
Alors même qu’il y aurait une tentation de statut inspiré des PTOM vis à vis de l’Europe pour que les autorités locales puissent avoir quelques libertés fiscales, tarifaires, commerciales (lorsque la part relativement déclinante sans doute des subventions européennes pourrait inspirer un certain désir d’émancipation  vis à vis des disciplines communautaires), un tel mouvement n’aurait rien à voir avec une impulsion vers des perspectives d’indépendance. Celles-ci sont manifestement refusées par les populations et de moins en moins affichées comme objectifs durs par quelques politiques souvent devenus plutôt bien  coopérants. 

Les « DOM-TOM » ont été ces « autres décolonisations » globalement  réussies. Si ce  fut possible , différemment d’ailleurs dans les DOM et dans les COM,  alors que ce fut impossible en Algérie - selon le modèle DOM (l’égalité) ou le modèle COM (l’association)  -  c’est que les données démographiques et budgétaires d’une part ( un défi à l’échelle de nos moyens) , culturelles et politiques d’autre part ( une histoire qui fut parfois cruelle, mais réellement partagée jusqu'à l’égalité citoyenne effective) s’y prêtaient bien dans les Océans Atlantique, Indien et Pacifique,  alors qu’outre Méditerranée l’importance  des questions et perspectives de peuplements, les  trop longues inégalités civique et sociale, comme l’enracinement des différences et blessures historiques, furent insurmontables.  
 
Des « réussites » dont la gestion pose naturellement autant de problèmes qu’en posent toutes les questions collectives aujourd’hui, mais qui ne semblent en aucun cas pouvoir et devoir conduire à des séparations de la Nation que ces « vieilles colonies » ne veulent pas et que la République n’aurait ni le droit constitutionnel, ni le droit tout court de mener à bien.
Pour changer de statut dans la République et, a fortiori, pour en sortir,  il faudrait  plus que les critiques des comptables : la demande de la communauté intéressée, son consentement et celui  de la Nation. En outre, la vieille question coûts/avantages a -t-elle encore un intérêt ?  Du moins en ce qui concerne les DOM, elle  n’a peut-être aujourd’hui pas plus de sens que si on se la posait pour la presqu’île de Crozon ou pour l’Ardèche.

Nous nous trouvons avant tout devant une responsabilité de fait.  Hors de tout débat sur « la repentance », il faut assumer les devoirs qu’invoquent  les « créanciers de l’histoire ».
Les années 1970 - quand J.M. Tjibaou écrivait « ces îles qu’on dit françaises » - sont loin parce qu’un chemin considérable a été  fait par les uns et les autres en presque quarante ans.   Il n’est plus guère de divorce concevable avec les outre-mers de la France, laquelle tout entière , d’ailleurs, devient multi- ethnique et multi culturelle. Avec même les héritages  de tout l’ancien Empire dont chaque migrant est porté à dire «  si nous sommes chez vous, ne serait-ce parce que vous êtes venus chez nous ? »

Enfin au plan international, l’exception constituée tout autant par la forme de décolonisation qu’a été la départementalisation que par le fait que la France, en tant que puissance coloniale, n’a pas abandonné ses possessions à des sorts mondiaux incertains, comme l’ont fait d’autres puissances,  a été difficile à faire admettre en Europe et dans le monde , mais nous avons cessés d’être brocardés pour les DOM et les rénovations du Pacifique font que nous sommes aujourd’hui apparemment bien compris par tous ses riverains constatant à l’inverse les difficultés des micro états  de la zone.



 
 
 
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Mardi 18 mars 2008 2 18 /03 /Mars /2008 12:43
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : outre-mer - Ecrire un commentaire
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