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politique éco et emploi

Il faut relayer cette analyse parfaitement conduite de H. El Karaoui et E. Todd :


L'Europe, la burqa et la crise

Tribune de Hakim El Karoui, banquier d'affaires et essayiste, et Emmanuel Todd, historien et démographe, parue dans le quotidien La Tribune, mardi 11 mai 2010.

 

L'Europe doute et cherche des boucs émissaires. Le vrai problème, c'est la crise économique et l'Europe n'a pas de modèle de sortie de crise. Ce qui nous attend, c'est une récession sans fin. Il est temps de nous attaquer à l'atonie de notre demande intérieure et de promouvoir une régulation continentale des échanges commerciaux par un protectionnisme européen raisonnable.
Une nouvelle forme de xénophobie politique - diverse mais constante dans son orientation Nord-Sud - ravage l'Europe. Les politiciens flamands ne veulent plus des Wallons, ces pauvres du Sud. Le gouvernement français se passionne tout d'un coup pour la burqa et la polygamie, problèmes statistiquement marginaux, et tente d'activer le ressentiment contre des Français venus du Sud. Les hommes politiques de l'Europe du Nord, conservateurs allemands en tête, nous proposent de rejeter hors de la zone euro, ou de mettre en tutelle financière, des Européens du Sud - Grecs, Portugais, ou Espagnols ou Italiens - s'ils ne se tiennent pas bien : "pourquoi soutenir des "Pigs" en qui on ne peut avoir confiance, ces pays du "Club Med" qui n'auraient peut-être jamais dû rentrer dans l'euro ?" C'est la question posée à Londres, c'est la question posée à Francfort.

Pour le moment, les peuples ne suivent pas. La France a déjà montré, lors des élections régionales, qu'elle n'était guère sensible à la question de l'identité nationale. Mais l'obstination de son gouvernement à activer les thématiques ethniques, le passage instantané de l'identité nationale à la burqa et à la polygamie conduit à une nouvelle inquiétude. Nos gouvernants sont-ils à ce point égarés qu'ils cherchent à se rassurer eux-mêmes en traquant une inexistante menace religieuse ? Que de temps perdu ! La division, la recherche du bouc émissaire, la xénophobie disent l'incertitude française, l'incertitude européenne. Déchirons-nous, trouvons des responsables, identifions-les ethniquement, persuadons-nous qu'ils sont fondamentalement différents de nous, et surtout, surtout, évitons de parler du vrai problème.

Le vrai problème, c'est la crise économique qui n'est pas qu'une crise financière ou une crise des finances publiques. Le vrai problème, les marchés l'ont bien vu, est simple : l'Europe n'a pas de modèle de sortie de crise ; l'Europe n'a pas de perspective de reprise de croissance forte. Suprême paradoxe, les marchés, ce marché, qui a conquis les élites françaises depuis trente ans, se retourne contre l'autre totem national, l'Europe. Les marchés contre l'Europe : ce n'était pas prévu. Et ça fait mal.

Revenons en arrière, à la panique financière de septembre 2008. La crise ne résulte pas de la seule folie des banquiers comme veulent nous le faire croire ceux qui ne veulent rien changer à l'organisation économique ; l'origine immédiate de la crise, c'est l'accumulation d'une montagne de dettes, publiques ou privées suivant les pays. Cette dette était destinée à compenser la stagnation des salaires des classes moyennes et des milieux populaires dans les pays développés, stagnation qui était et reste la conséquence de l'ouverture brutale des échanges commerciaux avec les pays émergents.

L'ouverture totale des échanges avec des pays bénéficiant de salaires faibles et d'une productivité moyenne qui augmente beaucoup plus vite qu'en Europe tire inlassablement vers le bas les salaires européens. Comme la recherche de rentabilité du capital est toujours forte, cette situation encourage les entreprises à aller là où se trouve la croissance, à compresser les salaires pour augmenter leurs marges et à déprimer durablement l'économie du continent. Là est la cause profonde de la crise, son non-dit, qui apparaît aujourd'hui brutalement dans son expression financière, véritable retour du refoulé.

La crise de la demande est aggravée par une gestion égoïste, nationale, ou devrait-on dire ethnique plutôt qu'européenne, de l'économie allemande. L'Allemagne a fait le choix d'un modèle économique entièrement tourné vers l'exportation - avec une consommation intérieure faible, des gains de productivité et de compétitivité et, depuis dix ans, une réforme drastique de son modèle social - pour accroître ses chances dans la mondialisation. Cette réforme s'est faite dans un esprit non européen, peut-être post-européen : l'aire d'influence de l'Allemagne, dans l'esprit de ses dirigeants, ce n'est plus l'Europe, c'est le monde.

Alors tant pis si les réformes structurelles font chuter la demande allemande pour les produits européens. Et tant pis, ou plutôt tant mieux, si les entreprises allemandes gagnent des parts de marché hors d'Europe sur d'autres entreprises européennes. Cela n'améliore pas la balance des paiements européenne mais cela améliore la situation allemande. Chacun pour soi. Nous retrouvons dans la gestion même des économies européennes ce problème latent de l'identité nationale, mais sous une forme non fantasmatique cette fois, avec des conséquences réelles pour le niveau de vie des peuples.

Ce qui nous attend est assez facilement prévisible et les marchés l'ont bien vu : le coup d'arrêt programmé à l'endettement met en lumière la faible capacité de croissance de la plupart des économies européennes dont le moteur interne est grippé. Celles-ci subissent de plein fouet la désindustrialisation (France), un effort d'innovation insuffisant (Espagne, Portugal, Grèce), des gains de productivité faibles (France et tous les pays du Sud), les conséquences d'une bulle immobilière (Espagne, Irlande), une dette publique déjà immense (Italie), le sous-investissement (tous), la Grèce cumulant tous ces problèmes. Qui dit croissance faible dit hausse des déficits publics. Mais si au nom de la lutte contre les déficits publics, on coupe dans les dépenses de l'Etat, on arrête l'un des principaux moteurs de la croissance et on ramène la stagnation. Ce qui attend l'Europe aujourd'hui, c'est une récession non pas longue, mais sans fin.

La discipline budgétaire publique n'est donc pas la réponse parce que nous ne sommes pas sortis de la crise. La possibilité de s'endetter à un niveau européen ou la création d'un fonds de garantie ne sont pas non plus une solution : une dette continentale plutôt que nationale ne serait qu'un subterfuge de plus pour fuir la réalité. Nous devons nous attaquer à la vraie cause : l'atonie de la demande intérieure européenne, un temps masquée par l'endettement public et privé. La maîtrise budgétaire ne sera pas la réponse à la crise. Elle l'aggravera.

Tant que les gouvernements européens n'auront pas trouvé le moyen de relancer les salaires, ils seront contraints de trouver dans des thématiques ethniques, dans la xénophobie, la justification de leur existence. Chacune des aggravations de la situation économique nous promet donc une accentuation de la politique du ressentiment.

Il est en vérité une solution fort simple et simultanée à nos maux économiques et à la xénophobie, qui ne demanderait qu'un peu de lucidité politique et beaucoup de travail gouvernemental. Une régulation continentale des échanges commerciaux par un protectionnisme européen raisonnable (il ne s'agit pas d'autarcie !) permettrait la hausse des salaires et de la demande, et la résorption des dettes. Elle serait fondée sur des critères économiques, sociaux, environnementaux et ne serait d'ailleurs qu'une réponse normale à des pays comme la Chine qui pratique, quant à elle, un protectionnisme agressif, que nous tolérons bêtement et lâchement pour ne pas nous fermer les portes de son marché, volontairement comprimé par le contrôle des salaires et la sous-évaluation de la monnaie.

L'Allemagne a encore trop besoin de nous pour prendre à la légère une telle proposition. Ses échanges avec l'Europe représentent encore en effet plus de 63% de son commerce extérieur (dont 43% vers la zone euro et 7% vers le Royaume-Uni). Ses dirigeants politiques et économiques ne peuvent pas croire qu'elle continuera de prospérer si les autres pays du continent se mettent à l'imiter dans sa politique de compression des salaires, de réduction des déficits publics ou de faillite programmée. Quand elle se présente en victime de la folie dépensière des économies faibles, l'Allemagne est soit aveugle aux avantages qu'elle en tire en termes de demande, soit hypocrite. L'Allemagne a, comme les autres, besoin de la demande intérieure européenne. Un tel projet ne peut mener dans un premier temps qu'à un dialogue ferme avec les dirigeants chinois. Mais, il ne serait en rien tourné contre le peuple chinois qui bénéficierait rapidement et inévitablement d'une réorientation de la croissance de son pays vers le marché intérieur.

Nous devons comprendre que la lutte pour l'équilibre économique et la lutte contre la xénophobie sont désormais étroitement liées. Seule la définition d'un horizon économique décent nous permettra d'échapper à la généralisation d'une politique du ressentiment tournée contre les plus faibles de nos pays, enfants et petits-enfants d'immigrés. Seule une conception égalitaire des rapports entre les peuples européens permettra de trouver une solution à la crise économique. Seul un monde économique réorganisé selon le principe d'un protectionnisme coopératif, assurant une croissance par les demandes intérieures plutôt que par la recherche de débouchés extérieurs et par le désir d'écraser la concurrence, permettra une bonne entente entre les peuples.

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Mercredi 12 mai 2010 3 12 /05 /Mai /2010 09:19
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : politique éco et emploi - Ecrire un commentaire
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  Des Ateliers ont préparé les travaux de la convention du Ps qui doit réfléchir sur le projet socialiste. Ces travaux qui n'engagent que leurs auteurs - et qui seront donc soumis à une série d'appréciations pouvant faire évoluer leurs préconisations -  témoignent d'un réel progrès de la réflexion de cette famille politique, comme de ses limites.

En effet si les "états des lieux" sont généralement incontestables et si la prise de conscience des désastres engendrés par la mondialisation sauvage a progressé, les remèdes envisagés qui sont multiples ne se concentrent sans doute pas assez sur la nécessité de revenir sur le libre échange et sur ses véhicules, la soumission à l'OMC et, plus encore, notre adhésion à  l'Union Européenne telle qu'elle est conçue.

 

On peut consulter ces travaux - de toutes façons de grande qualité -  via

http://www.lafrancequonaime.fr/laconvention.

et en débattre sur

http://www.lacoopol.fr/.


 

Sous les trois rubriques de 

- rechercher un nouveau modèle d'éco-développement , au service du progrès 

- relancer le progrès social

- réhabiliter l'intervention publique

les grands thèmes traités qui ne peuvent manquer de se recouper sont

 

 

Accélérer la mutation social-écologique de notre économie et de nos modes de consommation

Commerce international : quelles politiques pour un juste échange ?

De nouveaux outils pour un monde solidaire et durable

La recherche et l’innovation au service d’une nouvelle croissance

La révolution budgétaire et fiscale au service de la justice

Le nouveau modèle de développement et les territoires

Des outils pour la continuité professionnelle

Pour la société du bien-être : refonder la protection sociale

Réarmer l’Etat et la puissance publique, développer les services publics, distinguer les biens publics et les biens privés

Pouvoirs, propriété et gouvernance dans l’entreprise : de nouvelles règles pour un juste partage des richesses et l’amélioration des conditions de travail

Réorienter l’action publique européenne

Un nouveau modèle de production pour sortir de la crise, une stratégie industrielle pour préparer l’avenir

Une politique énergétique pour la diversification, l’indépendance et la sécurité des approvisionnements

 

 

 

 

  Aux regard des contenus de chacune de ces études, on ne peut que partager ce qui concerne le domaine social et le besoin de réhabiliter l'action publique , de façon plus détaillée encore ce qui concerne les questions fiscales, énergétiques, les modes de consommation et les besoins d'innovations . Mais à notre sens tout le débat est de savoir si l'outillage économique préconisé est à la mesure de donner les moyens des actions sociales et politiques .

 

C'est ce qu'il faut aller voir plus précisément dans quatre contributions

 

 

 On y trouve des éléments satisfaisants.


Ainsi
chez Guillaume Bachelay et Michel Sapin, en ce qui concerne la stratégie industrielle

" Pour lutter contre le dumping environnemental et social : des règles commerciales exigeantes et une politique de la concurrence au service de la politique industrielle

 

Il est temps que chacun ouvre les yeux : l’Europe est certainement le seul continent libre-échangiste dans un monde où tous les grands blocs sont protectionnistes. La Chine, par la sous-évaluation du yuan et les restrictions massives aux importations et aux investissements sur son territoire, est protectionniste. L’Europe doit instaurer des écluses sociales et environnementales pour rétablir les conditions d’un juste échange, par des droits de douane appliqués sur les produits qui ne respecteraient pas les normes internationales en matière environnementale (Kyoto, Copenhague…) et sociale (Organisation internationale du travail). Par ailleurs, les produits qui ne respectent pas les normes européennes doivent faire l’objet d’exclusions.

 

 

Ainsi chez Henri Weber et Pascal Cherki dont l'Atelier consacré au commerce international : juste échange plutôt que libre échange ( selon la   formule utilisée dès l'origine de ce blog)  et  comporte notamment les développments ci-dessous

  "Le dumping, la concurrence et la question des « champions européens »

 

Si la Commission Européenne se targue de veiller constamment aux intérêts européens à l’OMC, il n’en va pas de même au sein même du territoire européen. Comme l’ont souligné plusieurs intervenants dans le cadre de l’atelier, la Commission applique aveuglément les principes de la « concurrence libre et non faussée » sans se soucier des intérêts stratégiques de l’industrie européenne. C’est ainsi que la Commission a empêché plusieurs fusions majeures depuis les années 1990 (Aérospatiale- Alénia en 1991, Schneider-Legrand en 2001, Alcan-Algroup-Péchiney en 2003), au motif que ces fusions auraient restreint la concurrence au sein du Marché Intérieur, alors même que les « géants » issus de ces fusions auraient représenté autant d’atouts considérables pour le rayonnement industriel de l’Europe. Si la fusion Alcan-Algroup-Péchiney a finalement conduit à la disparition de Péchiney, premier fabricant d’aluminium français, la décision relative à Schneider-Legrand avait quant à elle été jugée illégale par la justice européenne…

L’application dogmatique des règles de la libre concurrence empêche les multinationales européennes de s’imposer dans les pays tiers, alors même que leurs concurrentes américaines et chinoises ne sont pas soumises aux mêmes contraintes : dans le seul secteur de la téléphonie mobile, 2 firmes opèrent sur le marché américain, 3 sur le marché chinois, et 160 sur le marché européen, la Commission considérant ce chiffre comme le seuil minimal en-dessous duquel la concurrence serait faussée !

Les décisions de la Commission en matière d’aides d’Etat sont tout aussi incompréhensibles, puisqu’elles semblent s’appliquer de manière asymétrique aux Etats membres et aux Etats tiers. Ainsi, la Commission n’a pas estimé utile de réagir lorsqu’une entreprise de BTP chinoise, Covec, a remporté en novembre 2009 l’appel d’offres du gouvernement polonais pour la construction de l’autoroute Varsovie-Lodz d’ici 2012. Les raisons de ce succès étaient pourtant simples : Covec, rattaché au Ministère chinois de la Construction, proposait un tarif inférieur de moitié à celui annoncé dans le cahier de charges grâce aux subventions massives de son gouvernement. Cet exemple devrait inciter les autorités européennes à lutter de façon urgente contre la concurrence déloyale générée par l’abondance du « crédit facile », et l’absence d’obligation de rentabilité pour les entreprises des pays émergents qui cherchent à s’implanter sur le marché européen.

La réindustrialisation de l’Europe passe donc par une application moins dogmatique des règles de concurrences inscrites dans les Traités, mais aussi par un rôle accru de la puissance publique européenne dans la sphère industrielle. La Commission Européenne devrait se donner pour objectif la création de filières industrielles intégrées à l’échelle européenne, dans des domaines innovants tels que la production d’énergie et la voiture électrique. Le seul véritable succès industriel de l’Europe unie, Airbus, n’aurait jamais vu le jour sans la volonté politique et les financements considérables accordés par la puissance publique."

 

  Cette analyse est assortie notamment des recommandations ci-dessous

"......

2. L’organisation continentale du monde : rétablir le lien entre production et accès au marché

L’expérience récente montre que la simple dérégulation des échanges commerciaux au niveau mondial n’est pas en soi un facteur de progrès et de développement. A cette version libérale de la mondialisation peut se substituer une organisation du monde en zones régionales intégrées (ZRI) dont l’UE est aujourd’hui l’un des exemples les plus avancés. Au sein de ces zones, l’activité économique doit être prioritairement orientée vers la satisfaction des besoins économiques et sociaux des populations locales. Le rétablissement de ce lien entre production et accès au marché est indispensable pour réamorcer un cercle vertueux dans lequel la croissance est soutenue par la demande.

Pour introduire cette régulation, certains instruments existent déjà dans le cadre juridique actuel. Le Tarif Extérieur Commun (TEC) et les normes techniques devraient permettre de neutraliser le dumping social, environnemental, monétaire et fiscal pratiqué par certaines firmes et certains Etats. L’UE doit réfléchir à l’adoption de standards minimaux en matière de droit social et de protection de l’environnement, qui s’appliqueraient uniformément à toutes les exportations vers l’Europe. L’objectif n’est pas de pénaliser les pays exportateurs, mais d’utiliser l’importance stratégique du marché intérieur européen pour contraindre juridiquement les firmes transnationales à s’organiser pour garantir des conditions de production socialement responsables.

Propositions :

  • Aller vers la réciprocité en matière de pratiques commerciales.
  • Définir une feuille de route pour l’adoption d’une Contribution Climat Energie aux frontières, s’appuyant sur une consultation approfondie des industries concernées, dans l’hypothèse d’un échec à court terme du processus multilatéral de lutte contre le réchauffement climatique. Une telle taxe permettrait d’internaliser le coup écologique du transport de marchandises et de favoriser les circuits courts et les transports les moins polluants. Le montant de la taxe devrait être modulé par secteur en fonction du risque de délocalisation propre à chaque industrie ;
  • Il ne faut pas s’interdire de demander l’activation de la clause de sauvegarde prévue par les traités pour protéger l’emploi dans des secteurs particulièrement exposés (ex : industrie automobile). L’utilisation d’une taxe anti-dumping comme celle que pratique l’UE sur les bio-carburants américains peut également être activée sur d’autres secteurs fortement exposés.
  • Une politique de change active est possible et peut permettre à l’UE de réguler ses relations commerciales avec les pays tiers. De plus cette politique ne nécessite pas formellement un accord de la BCE puisqu’elle relève de la souveraineté des Etats membres.
  • Imposer un moratoire sur les réductions du Tarif Extérieur Commun (TEC) en cours de négociation avec les pays tiers, tels que le Japon avec lequel le tarif sur les automobiles est en passe d’être réduit de 10% à 0% ;
  • Créer une mission budgétaire équivalente au Trade Adjustment Assistance américain, consacrée à l’indemnisation des catégories socioprofessionnelles désavantagées par les accords commerciaux et futurs.

 

3. Une politique commerciale compatible avec le développement industriel de l’UE

L’amélioration de la compétitivité du « site Europe » et la prévention des délocalisations hors-UE sont des objectifs transversaux qui dépassent le cadre de la simple politique commerciale. Toutefois, les instruments existent dans le cadre juridique actuel de la politique commerciale pour mieux protéger l’industrie européenne. Les positions actuelles de la Commission, qui érigent la concurrence intra et extra-européenne en dogme, nuisent au développement de l’industrie. Au contraire, il est possible de jouer sur certains paramètres de la réglementation bancaire et commerciale pour favoriser le développement de filières industrielles européennes, composée à la fois de « champions industriels » capables de fournir des emplois pérennes, et d’un tissu de petites et moyennes entreprises compétitives à l’exportation.

Propositions :

  • Mettre en demeure la Commission Européenne d’assouplir l’application des règles de libre concurrence au sein de l’UE, afin que ses décisions ne nuisent plus aux intérêts de l’industrie européenne (cf. Péchiney, Schneider) mais favorisent au contraire la formation de géants industriels européens ;
  • Mettre en œuvre une politique publique industrielle au niveau de l’UE dans des domaines nécessitant des investissements lourds et de long terme : la production d’énergie, le développement des réseaux transeuropéens, notamment dans le domaine du transport ferroviaire, la conception d’une voiture électrique nécessitent une intervention directe des Etats comme cela a pu être le cas pour Airbus. Ces industries basées sur la coopération entre Etats s’appuieraient sur une répartition équilibrée des sites de conception et de production dans l’ensemble des Etats participants, à l’image d’EADS.
  • Utiliser la BCE pour organiser la distribution bancaire du crédit, afin de promouvoir des investissements de moyen et long termes, en dehors des exigences des marchés financiers dans le financement de l’économie. A l’instar des Etats-Unis, la réglementation bancaire européenne peut limiter la taille des banques et diversifier les portefeuilles afin d’éviter la reproduction du phénomène « too big to fail »."

 

On trouvera aussi d'excellents "états des lieux" et de bonnes propositions de dispositifs dans les travaux de l'Atelier N° 11 d’Henri Nallet, Bernard Soulage et Jacques Bascou, pour "De nouveaux outils pour un monde solidaire et durable" , de même que  dans la contribution de Karine Berger, Razzy Hammadi et Gilles Savary  (atelier n°9 )  Réarmer l’Etat et la puissance publique, développer les services publics, distinguer les biens publics et les biens privés

 

 

 

 

"Il n’y aura pas d’Europe forte sans un marché européen protégé des innombrables formes de dumping dont elle est victime, monétaire, financier, social et environnemental.

Comprendre le rôle de la Chine dans la nouvelle guerre économique

Ne cachons pas une évidence : cette réalité renvoie principalement au cas de la Chine, .Yuan sous-évalué car fixé administrativement, projets d’investissements financés à perte (« below cost financing ») grâce à des établissements de crédit inféodés au pouvoir, salariés sous-payés, privés de droits sociaux et syndicaux notamment, pour certains d’entre eux, grâce à un système de « passeport intérieur », droits de propriété intellectuelle pillés, environnement ravagé … Les profits énormes procurés par cette exploitation forcenée du travail chinois – la part qui revient au capital est la plus élevée au monde dans ce pays « communiste » – ne servent qu’à investir et exporter toujours plus, au détriment de l’appareil de production de pays comme les nôtres.

Négocier un nouveau système d’échange avec les émergents

l’Europe doit négocier avec les pays émergents, et notamment la Chine, un rééquilibrage de la demande mondiale qui serait aussi dans leur propre intérêt. Cela implique, pour ces émergents, de renoncer à des stratégies de croissance exclusivement fondées sur les exportations. Cela nécessitera des changements considérables dans les structures productives de ces économies, après quarante ans d’industrialisation organisée en fonction des exigences de la demande extérieure. Il faudra par ailleurs insister sur la cohérence des politiques européennes avec notre objectif du "juste échange". Ces dernières conduisent en effet trop souvent à des résultats contradictoires : politique commerciale contre politique de développement ou respect des droits de l'Homme, politique commerciale contre politique environnementale, etc. La définition de politiques cohérentes entre elles et d'objectifs communs à l'ensemble des secteurs doit donc être une priorité, en particulier pour notre Parti qui doit favoriser la pleine intégration de ces différentes priorités dans la politique commerciale européenne. Ce sont ces objectifs et ces valeurs qui doivent guider nos décisions et nos politiques, et non certains intérêts à court terme, au détriment de notre cohérence.

La loyauté des échanges implique la défense du camp de base européen

Le sens de ces négociations est de rétablir les conditions d’une concurrence loyale, permettant des échanges mutuellement bénéfiques et favorisant une division internationale du travail rationnelle, qui améliorera l’efficacité de l’économie mondiale. Mais quelle que soit l’issue de ces négociations, nous devons d’emblée poser les limites à l’échange commercial tel qu’il se pratique aujourd’hui. Cette défense de nos intérêts constituera un progrès pour les salariés européens et ne peut en aucun cas être assimilé à un protectionnisme de repli sur soi et de rejet de l’autre. On doit la compléter d’une politique de recherche et industrielle active pour faciliter l’innovation et la montée en puissance de nouvelles industries sur le sol de l’Union. Sans cette démarche, les hégémonies américaine et japonaise condamnent, dans l’état actuel des choses, l’économie européenne à une place de plus en plus limitée dans les secteurs à forte valeur ajoutée.

L’Union européenne ne peut plus être la seule à sacrifier ses intérêts sur l’autel de la réussite des négociations commerciales, ni la seule à n’avoir aucune politique de change, comme si l’euro était la variable d’ajustement du système monétaire international."

 

 

Voilà donc de bonnes bases de réflexion tant il est vrai que ceux qui recevront, lors des prochaines consultations,  le pouvoir national des électeurs français sont ceux qui auront reconnu leur besoin de protections commerciales bien plus lisibles comme expression de la volonté de survie que toutes les autres régulations aussi indispensables qu'elles soient également .

Mais encore faut-il  que des propositions de cette nature ne s'enlisent pas dans les débats et les recherches de conciliations interbes du PS , tout en mesurant  et en acceptant  bien ce qu'elles comportent comme part capitale  de rupture par rapport à l'idéologie qui y a prévalu au cours des dernières années et de ses dernières périodes de gestion des affaires de la France.

Il faut aussi  que les mesures considérées comme souhaitables soient cohérentes avec des moyens nationaux de politique économique de progrès diminuant les inégalités et qu'e les fispositifs à mettre en oeuvre soient négociables avec nos partenaires.


- Sur le premier point, on rappelle que seule une dose significative d'épargne publique ( obtenue par la voie d'une  fiscalité équitable qui est bien dans ces projets ) et alimentant  des fonds d'investissements publics dans le secteur marchand  peut venir à bout du besoin d'inégalités consubstantiel à l'économie libérale  et qu'il conviendrait que ces esquisses de projet soient plus explicites sur cette dose nécessaire d'économie mixte ( cf sur ce site " contre propositions N°2, pour une autre économie  le 08/08/09 )

- au plan mondial, je persiste à penser que des protections commerciales  sont tout à fait négociables si les contrevaleurs des "droits de douane" (qui sont appelés en clair à venir en fonction de ces préconisations) sont affectées à des fonds mondiaux pour la protection de la planète ( et pour des rattrapages sociaux) dans tous les pays, y compris dans les pays livreurs de produits  à bas de coûts de revient ( ce qui ramène à la technique des droits d'entrée ristournés que nous suggérons de longue date). Là est la charnière positive entre des outils pour notre survie industrielle et sociale et des moyens pour un  monde plus juste et solidaire .Sur tous ces points,  cf. sur ce site " contre-propositions N° 1 pour une autre économie  le 09/08/09) *

 

- au plan européen , telle que l'U. E.  est composée, fonctionne et se trouve sous la coupe des intérintérêts transnationaux ainsi que  de l'idéologie néo-libérale et de ses technocrates , il est plus que  douteux qu'on puisse faire entebdre aisément ce que proposent certains des  groupes d'études  du PS  . Il n'y aura pas de progrès dans les sens préconisés sans une crise en Europe, un remodelage de celle-ci et une renégociation du Traité de Lisbonne.

 C'est aussi cela qu'il faut mettre dans le projet socialiste.

 

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- notes que je ne représente pas à la COPOL puisqu'elles avaient été rejetées au niveau de groupes de travaux de base ...et que j'ai donc quitté le PS .. pour ce motif, comme pour d'autres.

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Vendredi 16 avril 2010 5 16 /04 /Avr /2010 11:18
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : politique éco et emploi - Ecrire un commentaire
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Chacun trouvera ici une remarquable expression des effets du libre échange et et des pièges dans lesquels sont les partis politiques. C'est pourquoi je relais cette communication de B. Cassens.

 

 

 

LE LIBRE-ÉCHANGISME, MACHINE DE GUERRE CONTRE LES SYSTÈMES DE PROTECTION SOCIALE

Par Bernard Cassen, secrétaire général de Mémoire des luttes, président d’honneur d’Attac

Publié par le Mouvement politique d’éducation populaire (M’PEP).

Le 12 avril 2010.

Communication présentée par Bernard Cassen au colloque « Convergences pour dépasser le libre-échange » organisé le 10 avril à Paris par l’association Un monde d’avance. La gauche décomplexée.

Il y a toujours un temps de retard entre le vote des traités ou des lois, leur mise en œuvre et la perception qu’en ont ensuite les citoyens. C’est la loi du genre, mais cela peut aussi être une tactique délibérée pour avancer masqué dans des domaines sensibles.

C’est effectivement ce qui s’est passé avec la plupart des décisions européennes de libéralisation tous azimuts, dont on n’a mesuré les effets désastreux que bien longtemps après leur adoption. La quasi totalité des responsables politiques se réclamant de la gauche de gouvernement le savent parfaitement, mais rares sont ceux disposés à l’admettre publiquement. Cela reviendrait en effet pour eux à abjurer ce qu’ils ont encensé, à faire leur autocritique publique et à sortir du « politiquement correct européen » hors duquel on nous serine que toute ambition présidentielle est par avance vouée à l’échec en France.

Heureusement, les libéraux n’ont pas de ces pudeurs. Eux, au moins, n’hésitent pas à afficher la couleur. Pour celles et ceux qui ont voté le traité de Maastricht en 1992, je vais citer les propos, tenus en 1999, d’une personnalité éminente qui, au début des années 1990, avait imposé ses vues aux négociateurs dudit traité. En particulier à la France de François Mitterrand, de Michel Rocard et de Pierre Bérégovoy. Il s’agit de M. Hans Tietmeyer, alors président de la Bundesbank, dont la Banque centrale européenne n’est que la transposition, en plus « indépendant » encore, au niveau européen.

Répondant, à la fin août 1999, à la veille de son départ à la retraite, à une question qui lui était posée sur les conséquences sociales de la récente mise en place de l’euro, le patron de la « Buba » s’exprimait ainsi : « L’homme de la rue n’en est pas conscient. Tout le monde ne comprend pas encore de quoi il s’agit ». Pour la gouverne de l’«  homme de la rue », ce modèle de banquier central auquel Jean-Claude Trichet s’évertue de ressembler, mettait ensuite carrément les pieds dans le plat. Que l’on en juge : « La concurrence entre les systèmes de protection sociale sera plus forte, pas seulement vis-à-vis du monde non européen, mais aussi à l’intérieur de l’Europe… Il faut de la concurrence entre les systèmes fiscaux, tout comme entre les systèmes de protection sociale nationaux… Il n’y aura pas de retour en arrière, c’est définitif » [1].

L’un des mérites de cette déclaration-vérité est de rappeler que la mise en concurrence des systèmes de protection sociale et de fiscalité - ce qui, en clair, signifie leur alignement vers le bas - est d’abord intra-européenne avant d’être planétaire. Nulle surprise à cela. L’Union européenne (UE), et cela dès le traité de Rome de 1957, lorsqu’elle s’appelait CEE, a toujours aspiré à se diluer dans un marché unique mondial, malgré les gigantesques écarts de développement entre nations et continents.

Les libertés dites « fondamentales » de l’UE, telles qu’elles sont rappelées dans, entre autres - et c’est un comble - le préambule de la Charte des droits sociaux fondamentaux annexée au traité de Lisbonne (libertés de circulation des capitaux, des biens et des services, auxquelles il faut ajouter celle des personnes) n’ont rien de spécifiquement européen. Elles ont valeur universelle. On les retrouve dans les chartes des deux principales organisations internationales de ce que j’appellerai volontiers l’Internationale libérale : le Fonds monétaire international (FMI) et l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

Une parenthèse à ce sujet : en d’autres temps, en France, se trouver à la tête de ces deux institutions, honnies des mouvements sociaux du monde entier, aurait été jugé incompatible avec l’appartenance à quelque formation politique progressiste que ce soit. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. On voit le grand bond en arrière effectué en trois décennies. Il est pour le moins insolite de condamner l’ « ouverture » de Nicolas Sarkozy à des personnalités prétendument « de gauche » et, dans le même temps, de se féliciter d’en voir d’autres, tout autant « de gauche », si l’on ose également utiliser cette expression dans leur cas, occuper les postes de commande qui leur ont été concédés par les gouvernements piliers de la mondialisation libérale, en premier lieu par celui des États-Unis.
Les Dominique Strauss-Kahn et Pascal Lamy sont au système capitaliste globalisé ce que les Bernard Kouchner et Eric Besson sont, mais cent crans au-dessous, au système sarkozyste national. Je réclame donc l’indulgence pour ces ministres qui, eux au moins, ont la décence de ne plus être titulaires de la carte d’un parti de gauche.

Il ne faut pas être Prix Nobel d’économie pour comprendre qu’il existe une radicale contradiction entre, d’un côté, l’ouverture internationale en matière financière et commerciale - le libre-échangisme, pris au sens générique -, et, d’un autre côté, la pérennité des systèmes de protection sociale nationaux.

Le premier article du Code français de la Sécurité sociale affirme que « l’organisation de la Sécurité sociale est fondée sur le principe de solidarité nationale ». Cette solidarité s’exprime par le devoir de s’acquitter de prélèvements dits obligatoires, en l’occurrence de cotisations et d’impôts. La logique du système libre-échangiste est de laminer ces sources de financement, et donc de saper les fondements de la solidarité.

Les mécanismes sont connus de tous. Les cotisations sociales sont dépendantes à la fois du nombre de personnes employées à un moment donné et du niveau des salaires. Or le libre-échange détruit les emplois aussi bien au Sud qu’au Nord. Ce n’est pas moi qui le dis, mais l’organisation-sœur du FMI, la Banque mondiale elle-même. Dans un rapport publié en 2003 [2] et qui est cité dans un document de l’ONG War on Want au titre explicite (Trading Away Our Jobs, c’est-à-dire « Comment le commerce emporte nos emplois »), l’auteur écrit : « Pendant les périodes de libéralisation du commerce, on peut s’attendre à ce que le rythme de destruction des emplois soit plus rapide que celui de création des emplois. La globalisation pourrait donc être associée à une augmentation du taux de chômage ».

Même la Commission européenne est obligée de reconnaître cette évidence, malheureusement corroborée par l’expérience quotidienne des fermetures d’entreprises et des délocalisations. Dans son rapport de 2006 sur la création d’un Fonds européen d’ajustement à la globalisation – d’un montant dérisoire de 3,5 milliards d’euros sur 7 ans –, elle écrit que la libéralisation commerciale « entraîne des licenciements à grande échelle » et la « détérioration des conditions d’emploi » dans l’Union européenne.

J’ai préféré citer des sources d’une orthodoxie irréprochable pour rappeler la corrélation libre-échange/ chômage que des auteurs comme Jean-Luc Gréau, Hakim El Karoui, Emmanuel Todd et Jacques Sapir avaient de toute manière brillamment démontrée ces dernières années.

Donc, davantage de chômeurs, mais aussi stagnation, voire baisse des revenus salariaux dans les secteurs exposés à la concurrence internationale. Je ne reviens pas ici sur l’articulation libre-échange/ déflation salariale établie, entre autres, par les travaux de Jacques Sapir. Le résultat est sans appel : les rentrées fournies par les cotisations salariales ne peuvent qu’être tendanciellement orientées à la baisse.

Restent les impôts. Mais, là aussi, la libéralisation totale des mouvements de capitaux et les paradis fiscaux sont de puissants outils pour la recherche du « moins-disant fiscal », que ce soit pour les entreprises ou pour les particuliers. Je ne crois pas qu’il se trouve beaucoup de personnes prenant au sérieux la prétendue lutte de l’OCDE ou du G-20 contre ces centres « off-shore » qui sont autant de refuges de la délinquance, voire de la criminalité financière organisée.

L’UE n’est pas crédible dans ce domaine. Non seulement certains de ses membres à part entière sont eux-mêmes des paradis fiscaux spécialisés dans des niches particulières (Autriche, Chypre, Irlande, Luxembourg notamment, mais les territoires ou micro-États sur lesquels ils exercent leur juridiction en dernier ressort (îles anglo-normandes, Andorre, Monaco, San Marin, etc.) ne vivent que du non-droit fiscal.

Même sans l’existence de ses paradis fiscaux, l’UE offrirait de belles possibilités aux réfractaires au fisc en raison des disparités d’imposition entre pays membres. C’est l’argument utilisé par Nicolas Sarkozy pour justifier le bouclier fiscal.

Hans Tietmeyer nous avait prévenus : la concurrence entre les systèmes fiscaux et donc, par ce biais, entre les systèmes de protection sociale n’est pas une exception, mais bien la règle dans l’UE. C’est pourquoi tout discours sur l’avenir des retraites, pour prendre un exemple d’actualité, relève du tour de passe-passe s’il ne prend pas en compte les logiques européennes qui, toutes, ont pour conséquence l’assèchement des ressources fiscales et salariales destinées à la protection sociale.

Rétrospectivement, on mesure la faute historique majeure commise par François Mitterrand en 1988 lorsqu’il avait renoncé à exiger une directive sur l’harmonisation de la fiscalité de l’épargne comme condition de l’adoption de la directive sur la libéralisation des mouvements de capitaux. Mitterrand préférait une Europe libérale à pas d’Europe du tout. Trente ans après, nous avons effectivement le libéralisme au pouvoir partout, et presque pas d’Europe, sauf pour libéraliser encore davantage. Le cas de la Grèce est édifiant à cet égard.

Résumons-nous : le libre-échangisme est une machine de guerre contre la protection sociale, et les politiques européennes en constituent un rouage redoutable. Maintenant une question : quel parti ou syndicat aura l’honnêteté et le courage de le dire tout haut ? Qui prendra le risque de se faire taxer de « protectionniste » ou d’ « anti-européen » par des médias entre les mains des grands intérêts financiers et industriels, voire par des responsables politiques répétant comme des perroquets une vulgate apprise à Sciences-Po ou à HEC ?

Pour ces timorés en mal de références alternatives, mais indiscutables, on suggèrera de prendre appui sur un texte étonnant et peu connu : la Déclaration de Philadelphie, première Déclaration internationale des droits à vocation universelle, proclamée le 10 mai 1944, quelques semaines avant les accords de Bretton Woods et quatre ans avant la Déclaration universelle des droits de l’homme. Ce texte, auquel Alain Supiot consacre un livre à lire absolument [3], se présentait comme une Déclaration concernant les buts et objectifs de l’Organisation internationale du travail (OIT).

Près de 70 ans après, ce texte est d’une actualité aussi brûlante que celui du programme du Conseil national de la Résistance en France, adopté le 15 mars 1944, et dont le Medef réclame la mise à l’Index. Altermondialiste avant la lettre, la Déclaration affirme que « le travail n’est pas une marchandise » ; elle pose la nécessité de la « sécurité économique » et indique que la justice sociale est « le but central de toute politique nationale et internationale ». C’est-à-dire exactement l’inverse des principes du néolibéralisme. Voilà un texte à brandir aujourd’hui et à confronter aux prétendues « libertés » des traités européens qui constituent le carcan dans lequel doivent s’inscrire les politiques nationales.

Se poser la « question européenne » devrait être un préalable à toute réflexion sur la protection sociale. On n’en prend pas actuellement le chemin. Mais cette omerta ne pourra durer indéfiniment. Arrivera bien un jour le moment où les citoyens se rendront compte qu’on les a enfermés comme des mouches dans un bocal de verre européen sur les parois duquel ils butent en permanence. Et grande sera alors la tentation de briser le bocal. Le rôle des responsables politiques devrait être de délivrer les citoyens de ce bocal plutôt que d’avoir à en ramasser après-coup les fragments épars.

(Communication au colloque « Convergences pour dépasser le libre-échange » organisé le 10 avril à Paris par l’association Un monde d’avance. La gauche décomplexée.)


Notes

[1] International Herald Tribune, 23 août 1999.

[2] M. Rama, Globalization and Workers in Developing Countries, World Bank, Washington DC, 2003.

[3] Alain Supiot, L’Esprit de Philadelphie, Seuil, Paris, 2010.

 

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Mardi 13 avril 2010 2 13 /04 /Avr /2010 10:05
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : politique éco et emploi - Ecrire un commentaire
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1 - Nous avions, avant les régionales,  estimé ( mais peut-être à tort) qu'il y avait bien des prétendants potentiels  différents ( sans parler du cas particulier de D. de Villepin) qui étaient aux aguets pour relayer N. Sarkozy aux affaires  et pouvaient pour certains du moins  tenir si nécessaire au feu des fers  meurtriers.

C'est que le propre du Président - au delà de ses engagements initiaux pour une société qui se serait conformée de plus en plus à un modèle Tatchérien - est  de chercher des variantes par des "réformes" en diverses directions,  leur caractère étant précisément qu'elles ne relèvent pas sur le fond  d'un esprit de système, mais d'une méthode nourrie  d'impulsions répondant à des approches différentes, déconcertantes parfois, dans tous les cas  toutes au service de la conquête et reconquête permanente de l'opinion.

Je suis étonné qu'on ait parlé de "coup de barre à droite" en réaction aux résultats des régionales. Il en est peut-être ainsi en image surtout si l'on confond ce qui reste de gaullisme avec la droite et qu'on lise un coup,de barre à droite dans l'appel à quelques personnes de cet héritage. Mais en réalité; ni l'annonce d'une  bataille avec l'Europe s'il le fallait  pour notre agriculture, ni la réaffirmation de l'importance du chantier retraites ( dont tout le monde sait qu'il est à traiter sans qu'il y ait un si grand clavier de variantes ), ni la suspension de la taxe carbone ( (qu'une large part de la gauche avait dans la forme qu'elle avait prise fortement critiquée) ne sont des postures spécifiquement droitières. Celles-ci sont  par contre dans le style et en font partie les  annonces sur la tolérance zéro en matière de  sécurité et dans  l'exploitation (populiste) de la Burka, thème  sur lequel en dehors de la raison juridique qu'on espère demain du Conseil d'État, et pour ensuite s'il le fallait du Conseil constitutionnel,  on ne trouve nulle part  grand courage  pour faire preuve de modération, face aux agressivités des féministes, des beaufs  et des anti-islamistes  Et pour l'instant c'est sur des signes comme celui-là que se jouent des agaceries et des escarmouches   entre prétendants de droite , alors que les tensions ont bien d'autres causes de fond, alors  que sont sans doute en cours  de grandes manoeuvres à caractère quasiment idéologique au sein de la majorité elle-même et ne manquant certainement pas de mobiliser des forces de la société civile , c'est à dire des milieux financiers et d'une part des organisations patronales .

2 - En effet ce qui est devenu de plus en plus évident ce sont des divergences entre les"fondamentaux de la droite" et des opérations présidentielles, à tel point  qu' à certains titres,  les droites classiques et leurs intellectuels de service  paraissent  plus obstinés que lui-même dans certaines directions économiques qui sont les plus dangereuses.

Le tronc commun de leurs fondamentaux est fait des valeurs de sécurité,  d'exaltation de  l'entreprise, de responsabilisation individuelle, de "protections" envers l'immigration. Il comporte même en commun avec les laïcs de gauche, et avec les identitaires d'extrême droite,  cette forme d'ostracisme à l'égard des "étrangers" différents de nous qu'illustrent les étapes de l'affaire du voile ( cas français singulier en Europe... sauf les facultés d'interdiction locale ouvertes en Belgique).

Surtout  au coeur de la conception libérale il y a ces deux piliers qui vont de pair : une économie largement privatisée dans ses acteurs et ses financements et un libre échange mondial qui garantit la pression sur les coûts, les salaires et les dépenses sociales et publiques.

Or s'il est vraisemblable que la valeur privatisation est bien aussi une valeur présidentielle (quoique obligatoirement tempérée par  des recours nécessaires aux interventions d''État, si bien qu'on discerne parfois mal les différences entre cette posture et celle de ceux des  socialistes qui se sont symétriquement ralliés au fonctionnement du  marché ...à condition qu'il soit régulé  ), l'homme en charge aujourd'hui  de nos affaires est trop réaliste pour ne pas savoir que le libre-échange peut devenir un piège auquel il s'est livré par le traité de Lisbonne, dès lors qu'il l'a fait  endosser  sans retouches protectrices. 

Mais ce qui peut lui paraître ( comme à un H. Guaino) un piège dont l'Union Européenne fait fonctionner les ressorts   est au contraire pour les néo-libéraux l'atout clef du capitalisme contemporain  . Or dès lors que les tenants de cette idéologie  font meilleure recette que lui dans les sondages, sans doute  parce que leur style BCBG n'irrite pas comme le sien  et que la clientèle de droite s'est mise à redouter les innovations de son ex champion, la tentation est là de changer le patron.

En attendant la compétition entre ceux qui aspirent  à faire don de leur personne à une société libérale française ,  cette  droite  cherche à se reformer en ordre de bataille - envers son chef comme envers les oppositions -  sur le carré simplifié et mobilisateur de tous ses fondamentaux , sachant , comme l'a bien dit un commentateur, que "la défaite de la droite n'est pas la victoire de la gauche" car  rien n'est gagné pour celle-ci  en 2012.

3   - A  gauche en effet , la question des "fondamentaux" n'est pas aussi claire. D'abord il a chez beaucoup  une  zone importante de confusion avec les fondamentaux de la droite :  l'Europe, certes à retoucher, mais acceptée telle qu'elle est ; le libre-échange que l'on dit à réguler, mais sans protectionnismes;   l'entreprise désormais ( et sur ce point, c'est bien) ;  des privatisations à consentir encore ( ce qui l'est moins) . Voilà pour l'ordre économique. Dans le domaine de  l'ordre public, exprimée à gauche  en termes moins vifs que par le Président,  l'incontournable question de la sécurité des biens et des personnes est aussi présente avec le point de ralliement républicain des mesures contre les singularités de moeurs et de vêtements, encore qu'il faille créditer la gauche de son approche humanitaire des drames de l'immigration, de la situation  des "cités" et des "sans-papiers"  Dans le reste du domaine societal, il n'y a guère de ligne de clivage:  tout le monde est ouvert à toutes les complaisances ( voire à bien des régularisations de transgressions) qui  font plaisir aux libérateurs des moeurs.  Dans le domaine social enfin, si l'on sait que la gauche "n'a pas le monopole du coeur" et s'il faut accorder à certains droitiers de qualité une réelle ambition d'équité sociale, il faut constater que seules  les propositions de la gauche constituent concrètement dans ce champ un corpus politique cohérent  qui distingue bien,   mais essentiellement en  cette seule matière, (ainsi  que par la compréhension  des immigrés )  ses fondamentaux de ceux de la droite. 

Ce que l'on peut attendre d'elle si elle arrivait aux affaires c'est donc avant tout  trois types d'actions
- des mesures de justice fiscale revenant sur ce qui a marqué le plus caractéristiquement à droite la gestion actuelle : les divers et importants allègements fiscaux en faveur des plus favorisés constituant la base sur laquelle s'obstine le pouvoir au moment même où la puissance publique a particulièrement besoin de ressources. Quand bien même il pourrait y avoir des motifs intelligibles de politique économique à ces allègements, ils sont, avec divers abus profitant à des acteurs économiques privilégiés, ce qui inspire puissamment les sentiments populaires de colère et de  scandale constituant les plus évidents motifs de défaite du pouvoir;
-  le deuxième axe politique de la gauche serait à l'évidence de tenter des réponses aux détresses sociales les plus graves  ainsi qu'aux besoins manifestes de services publics en perdition;
- enfin, allant d'ailleurs de pair avec les deux points précédents, la mise en oeuvre de soutiens à la consommation populaire lui paraîtrait merveilleusement unir une bonne conduite sociale et un levier économique réputé adéquat par ses économistes.   

Ces trois points sont à la fois ce qui fait ses chances de victoire électorale et ce qui serait un inévitable programme d'action bien reçu. Serait-il efficace pour autant ? A même d"en finir avec la crise et d'assurer un meilleur emploi ? 

Ce n'est en aucun cas garanti si un tel programme social n'est pas accompagné d'une stratégie économique en assurant la fiabilité, en donnant les moyens et en en écartant les effets pervers bien connus : d'augmentation de coûts, de pertes de compétitivité, encore qu'il soit certain qu'un climat social apaisé est apte à favoriser la productivité au sein des entreprises.

Néanmoins, à défaut d'une bonne stratégie économique,  les résultats qu'on pourrait attendre d'une gestion de gauche ne seront pas au rendez-vous et le réveil sera  rapide et très douloureux : une grande désillusion sociale et une belle déroute politique.  Or une  stratégie économique 
socialiste ( que ne peut remplacer l'écologie qui peut seulement y contribuer )  reste à définir. Sans lignes de conduite adéquates aucune victoire n'aura ni sens ni durée. Ne serait-elle alors  qu'une  "victoire à la Pyrrhus"?

C'est ce  que l'on peut d'ores et déjà pronostiquer si la stratégie considérée ne fait  pas sa place  - ce que nous répétons depuis des années -   à une novation de la pensée socialiste n'ayant rien à voir avec ce qui est à la mode.  L'ouverture extérieure et la soumission aux fournisseurs et clients  de certains pays tiers  devient un engrenage suicidaire. Le financement privé des besoins de fonds longs des entreprises  implique une forte inégalité. Le développement durable est plus une morale indispensable qu'une baguette magique  pour la croissance. Il faut aussi se défier de  la propension à gérer ( et à légiférer sur)  les affaires de moeurs et de société plutôt que de  concentrer l'énergie des pouvoirs publics  sur les questions de niveaux de vie :  si celui ci s'améliore pour le plus grand nombre, c'est automatiquement que les relations entre sexes, générations, diversités, etc. ( autant de thèmes que l'on veut souvent traiter en soi, alors que les situations critiques tiennent à des insuffisances de niveaux de développement) rencontreront de meilleures chances de satisfaire des déontologies réduisant les discriminations et inégalités. Il faut se défier encore d'une autre propension qui est la réponse de facilité consistant à trouver des solutions par la dépense  publique quand elles peuvent souvent être d'une autre nature, en particulier par une meilleure organisation que peuvent inspirer des analyses de qualité. 

4 - Il faut mettre en relief trois impératifs majeurs.

a - Le premier est qu' il ne peut y avoir de protection sociale sans une part de protection commerciale; sinon la concurrence des moins disants sociaux et fiscaux tire forcément vers le bas  les composants  humains du prix de revient et porte à une insupportable réduction des impôts nécessaires à l'État et aux collectivités territoriales (exemple :  la suppression de la TP) 
b - ensuite, on ne peut progresser dans la diminution des inégalités et du chômage que si l'on remplace une part de l'investissement suivant des canaux privés par une dose significative d'investissement public.
Les inégalités sont en effet les carburants indispensables à une économie dont le financement est  à dominante d'origine privée : ses ressources   ne peuvent naître que  de la forte  propension à épargner (et à faire des placements) de détenteurs de   revenus  élevés, obtenus  notamment par des placements profitables et des faveurs fiscales.  De tels actionnaires, de  surcroît,  demandent la rentabilité la plus élevée , ce qui conduit simultanément à la compression des coûts, à la maximisation des résultats  que recherchent notamment  des licenciements de la part de sociétés dont les bénéfices sont très convenables, mais dont les actionnaires veulent encore plus de profit. Comme l'ouverture généralisée leur perrmet de prendre ces profits ailleurs , les managements les mieux intentionnés sont obligés pour conserver leur actionnariat de le satisfaire. Tel est le  cercle vicieux résultant de la combinaison de la libre circulation mondiale des capitaux et liquidités  avec la couverture des besoins de fonds longs  selon des circuits  où dominent des origines privées  des ressources .

La correction ne peut s'obtenir qu'avec une dose de financement public nourri par des prélèvements fiscaux équitables et remplaçant une part des placements privés. Mais pour que  l'État puisse  jouer le rôle d'un bon capitaliste  il faut  deux conditions : qu'une régulation financière internationale le préserve des spéculations massives et qu'il ne soit pas un propriétaire de firmes , mais seulement un contributeur significatif à la réunion des fonds longs nécessaires à des opérations rentables. Il ne s'agit pas de recréer tout un secteur public nationalisé, mais de participer au financement par des voies publiques d'entreprises d'intérêt collectif et de statut privé .

Ces deux premiers points ont été déjà développés dans les articles inclus dans la rubique "politique économique et emploi" de ce site  : consulter notamment délocalisations (14/12/06); combien pèsent les non localisations ( 17/3/10); synthèse des articles sur le libre échange (17/02/07); contre propositions pour une autre économie  ( 8 et  9/8/2009  ), ainsi qu'au 2 fevrier 2009 la critique du rapport Angels.

Il faut, à titre complémentaire,  donner une approche de la troisième indispensable direction d'une stratégie rénovée pour la gauche .
  
  c) on ne peut sauver et mieux assurer les services publics fondamentaux   que si on gère l'État avec un sens rigoureux des priorités,

- au moyen des ressources que devrait assurer  une fiscalité reconstruite et productive pour exercer des responsabilités rationnellement  réparties entre niveau central et collectvités territoriales ( dont le pouvoir d'initiative fiscal doit être accru : pourquoi ne pas leur transférer les produits -  et le soin de définir des taux -  des impôts à véritables enjeux électoraux  comme l'ISF ou une taxe carbone; pourquoi ne pas imaginer que des Régions pourraient recevoir la faculté de  concevoir pour elles mêmes  des impôts spécifiques; points très provocants sur lesquels on aure l'occasion de revenir)

-    et, bien sûr,  en faisant  toutes les économies possibles  sur ce qui n'est ni  vital, ni adéquat :
        * bien des exonérations fiscales et sociales ne sont pas justifiées lorsque les entreprises ne sont pas exposées à la concurrence internationale;
        *  certaines  dépenses militaires  répondent- elles  vraiment à des menaces et risques? 
        * l'échenillage des subventions montrerait évidemment des abonnements, des abus, de coûteuses  politiques de clientèles
        * alors qu'il y a des retards très graves pour  des ouvrages fondamentaux de transports publics, nombre d'autres  "travaux publics" ne correspondent-ils pas à des perfectionnements plus qu'à des impératifs et certaines  suspensions ne seraient-elles  à envisager?
        * une remise à jour des politiques de bon sens qui avaient essayé de se bâtir sur la rationalisation des choix budgétaires (  révélateur des rapports comparés coûts/avantages la RCB oblige à faire et avouer des choix de priorités) et les cercles de qualité ( c'est la clef de la participation des agents publics)   ferait sans doute apparaître des gisements possibles d'économie plus appréciables que les réformes d'organigrammes ( souvent  inspirées par des consultants  comprenant mal  la mécanique publique)  qui semblent au niveau territorial plutôt ôter de la cohérence  à la déconcentration administrative 

Enfin, alors même que l'on a pu critiquer Jacques Marseille (qui vient de disparaître début mars) pour  son évolution idéologique, il resterait bon de s'en inpsirer dans la découverte de toutes les économies possibles.

Bien évidemment des réalisations d'économies  pourraient avoir à la marge des effets négatifs immédiats sur l'emploi. D'où, plus encore,  l'obligation de réussir la stratégie globale qui doit développer notre emploi par les protections commerciales nécessaires et par les investissements publics indispensables dans le secteur marchand.
 

              
Mercredi 24 mars 2010 3 24 /03 /Mars /2010 16:33
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : politique éco et emploi
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Il y a, parmi d'autres,  un blog économique intéressant . C'est OBO qui étudie souvent des pistes méritant l'attention  .
Nous relayons  aujourd'hui la totalité de son papier


A chaque fois que des journalistes m’interrogent au sujet des relocalisations, une question les taraude : combien d’opérations de relocalisation ont eu lieu ? Combien d’emplois créés suite à ces opérations ? A chaque fois, je réponds qu’on dispose de trop peu de données et je cite une étude allemande, toujours la même, qui montre que 5% des entreprises interrogées ont relocalisées et 29% ont délocalisés. Le problème est qu’il s’agit d’une étude sur un sous-ensemble de secteurs industriels, dans un pays donné (les chiffres sur les autres pays sont à prendre avec précaution car les échantillons sont de très petite taille), à une date donnée, rien ne dit qu’ils soient généralisables.

Ce chiffre de 5% de relocalisation pour l’Allemagne (1417 entreprises interrogées) et de 15% pour la France (attention : 72 entreprises interrogées) explique sans doute qu’on lise un peu partout qu’entre 1 entreprise sur 10 et une entreprise sur 20 ont relocalisé (j’ai dit ça parfois dans les médias, El Mouhoud Mouhoub aussi, en s’appuyant sur la même étude je suppose).

 Je viens cependant de recevoir un document du cabinet Trendéo, qui a mis en place un observatoire de l’investissement en France, à partir duquel de nouveaux petits calculs sont possibles. Les chiffres sont à prendre avec précaution : ils ne prétendent pas à l’exhaustivité et reposent sur un suivi des médias, qui laisse sans doute de côté pas mal d’opérations. Les limites de leur méthode sont assez bien résumées dans le document, sans doute pourra-t-on mesurer un peu plus tard le décalage entre leurs chiffres et les chiffres de l’Insee par exemple Mais bon, cette base a le mérite d’exister et permet de disposer d’informations récentes sur les opérations d’investissement et de désinvestissement réalisées en France.

 Je me concentre ici sur les chiffres 2009 sur les délocalisations/relocalisations (page 9 du document), combinés avec les chiffres sur l’ensemble des opérations d’investissement et de désinvestissement recensées par Trendéo (page 8). Voilà ce qu’on obtient :

 

 

opérations

emplois

total désinvestissements

2496

273473

Délocalisations

99

10499

total investissements

2340

151410

Relocalisations

12

451

délocalisations/désinvestissements

4,0%

3,8%

relocalisations/investissements

0,5%

0,3%

relocalisations/délocalisations

12,1%

4,3%

 Source des données : Trendéo, chiffres 2009

Plusieurs constats : i) les délocalisations pèsent peu, beaucoup moins qu’on l’imagine, 4% du total des opérations de désinvestissement et 3,8% des emplois détruits suite à ces désinvestissements, ii) les relocalisation pèsent encore moins, 0,5% des opérations d’investissement et 0,3% des emplois créés, iii) le ratio relocalisations/délocalisations n’est cependant pas totalement négligeable puisque, en gros, on observe 1 opération de relocalisation pour 10 opérations de délocalisation et 1 emploi créé suite à une relocalisation pour 20 emplois détruits suite à une délocalisation.

Comme déjà dit ici à de multiples reprises : les délocalisations et les relocalisations sont des phénomènes macro-économiquement marginaux. Se focaliser sur elles détourne l’attention des problèmes plus importants à régler. Pas seulement l’attention, d’ailleurs, quand on sait que le gouvernement souhaite allouer 200 millions d’euros à la prime à la relocalisation…


Voici donc un   texte très intéressant
établissant bien que les relocalisations c'est totalement marginal


MAIS L'ON NE PEUT PAS LAISSER DIRE, PAR UNE ESPÈCE DE FAUSSE FENÊTRE, QUE LES DÉLOCALISATIONS C'EST AUSI MARGINAL.

EN EFFET POUR UNE DÉLOCALISATION VISIBLE, COMBIEN DE LOCALISATIONS D'ACTIVITÉS DE SOCIÉTÉS RÉPUTÉES FRANÇAISES QUI SE FONT D'EMBLÉE AILLEURS ? Avec autant d'emplois qui nous échappent...
BIEN DES  OPÉRATEURS NE FONT MÊME PLUS ÉTAPE EN FRANCE ;ILS INVESTISSENT TOUT SIMPLEMENT DANS LES LOW COST COUNTRIES....Le rapport Brunel évoquait cette dimension masquée de la question.
J'ai essayé de voir si le cabinet Trendéo l'abordait, ce qui n'apparaît pas sur ce qui est consultable sur le net et je n'ai pas comme Obo disposé de l'étude in extenso .
Je reste donc devant l'iceberg immergé.  QUEL ÉCONOMISTE AUJOURD'HUI  POURRAIT MESURER LES NON LOCALISATIONS ET CONJOINTEMENT NOS PERTES DE MARCHÉS D'EXPORTATION ?

PS -  Nous avons la satisfaction de croire comprendre que notre ministre des Finances reprend l'analyse au demeurant banale  que nous rappelions il ya quelques jours : LA SUPÉRIORITÉ ÉCONOMIQUE ALLEMANDE TIENT , AU DELÀ DE L'ATOUT DES SPÉCIALISATIONS, À LA  DÉFLATION SALARIALE ET À L'IMPORT EN ALLEMAGNE DE COMPOSANTS PROVENANT DE PAYS TRÈS COMPÉTITIFS. LES PRODUITS RÉSULTANT DE CES DEUX FACTEURS SONT  RÉEXPORTÉS SUR LES VOISINS EUROPÉENS, DONT LA FRANCE.  UN BON JOURNALISTE S'EST MÊME DEMANDÉ SI CETTE ALLEMAGNE LÀ NE DEVENAIT PAS LA "CHINE DE L'EUROPE"? 
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Mercredi 17 mars 2010 3 17 /03 /Mars /2010 16:20
- Par Gérard Bélorgey - Publié dans : politique éco et emploi - Ecrire un commentaire
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