Il ne faut seulement parler des cantonales; il faut savoir les faire parler.
1- D'abord ne pas se fier aux apparences : les bons chiffres sont ceux du ministre de l'intérieur. La droite "modérée" recule, mais elle reste importante; il faut en effet ajouter à l'UMP tous les divers droite et de majorité présidentielle. Elle n'est donc pas "talonnée par le FN", quoique celui-ci progresse, mais en ne dépassant pas de beaucoup le niveau 2002, un peu amplifié par l'effet "bleu marine" ( le diable est joli garçon de la même manière que cette femme est personnellement bien attractive) . Globalement, toutes les droites ( surtout en tenant compte de ceux des électeurs qui se sont abstenus) pèsent au moins autant dans le pays que toutes les gauches, au sein desquelles il n'y pas peut-être pas autant de facteurs communs qu'au sein des droites.
2 - Des facteurs communs entre droites qui font penser à certains que 2012 pourrait voir naître un rapprochement Sarkozy/Le Pen à l'image de celui d'une bonne part de leurs électorats; ce qui est quand même difficile à concevoir comme affichage politique. D'abord parce que deux crocodiles vont mal ensemble dans le même marigot (ce qui se trabuit par le fait qu'en matière de mode de scrutin la sarkozysme est pour le majoritaire, le FN pour la proportionnelle) . Sur le fond, les"valeurs" - et donc les intérêts -ne sont pas toutes, ni tous, les mêmes . La phobie de l'immigration, la volonté de la sécurité les rapprochent. Mais, en matière économique , l'essentiel les sépare : le FN est "national" , opposé à l'Europe et au libre -échange, deux options qui sont avec le Traité de Lisbonne les piliers du quinquennat, encore que le Président de la République ne soit pas un libéral pur sucre et qu'il s'essaie à exprimer et à défendre des intérêts proprement nationaux.
C'est bien ce qui le distingue - et, à notre sens, positivement - d'une partie de sa majorité, celle d'ailleurs que représente bien le premier ministre
( et la ministre des Finances ): le groupe libéral BCBG. Et ceux là ne peuvent laisser la moindre équivoque dans leur opposition au FN parce que celui-ci veut - ce qui est la cause même de
son envol actuel que nous comprenons d'autant plus que - pour notre part complètement hostile aux autres thèses du FN - nous ne sommes pas loin de l'approuver sur cette esquisse de
stratégie - rôle accru, social et protecteur, de l'État, plus largement "protectionnisme commercial et sortie de l'euro. Voilà les lignes de rupture entre Fn et droite libérale.
C'est ce qui permet de comprendre les "dissensions " au sein de la majorité présidentielle sur l'attitude à avoir au second tour des cantonales. Les libéraux libre échangistes comprendraient
bien un rapprochement avec le FN sur l'immigration et la sécurité, mais il ne faut évidemment à leurs yeux ne renforcer en rien la force anti mondialisation qu'exprime le Front. Les
Sarkozystes sont encore sans doute encore plus convaincus que les précédents sur immigration et sécurité, mais d'un petit côté peuvent trouver un point d'appui tactique dans leurs efforts
de bémol sur la globalisation du fait de l'expression plus marquée ( jusque dans les conseils généraux) d'une hypersensibilité aux intérêts nationaux, et , surtout, d'un autre grand côté
font un raisonnement d'anticipation : il faut reconnaître que le "ni, ni" - du président et du Sg de l'UMP - est certes antipathique et un peu diffcile aujourd'hui à expliquer ,
mais ce qui est qu'il exprime une parfaite logique constituant une bien meilleure base électorale pour draguer à la présidentielle que de prêter le flanc à l'acronyme si
expressif : "le front républicain, c'est "l'UMPS"."
- 3 - "UMPS" !, c'est bien la critique que l'on peut faire - et n'est-ce au fond celle du parti de gauche lui-même - au delà du principe classique des désistements
intergauche et, en l'absence de la gauche au second tour, entre candidats républicains - à l'affichage d'un "front républicain". Un front qui - pour "sauver" quelques
cantons et pour avoir la portée symbolique d'exclure une fois de plus et toujours aussi inutilement le Fn des institutions- additionne dans la confusion les intérêts des hyper
libéraux, les flous des socio libéraux et qui engloberait aussi les porteurs des convictions sociales et d'intérêts économique national de la gauche radicale. La réalité c'est que les
lignes de clivage, comme toujours, ne se superposent pas : la ligne libérale politique peut unir le centre droit et toutes les gauches; la question du libre échange
- vis à vis duquel extrême droite et extrême gauche ont la même légitime aversion car c'est la cause fondamentale de régressions et fracture
sociales - clive au sein de toutes les familles politiques. Bien sûr il est paradoxal que ces questions interfèrent avec les problèmes locaux de bonne gestion qui devraient être ceux
du scrutin cantonal; mais on ne peut faire autrement que d'avoir une imbrication des enjeux nationaux.
L'une des leçons qu'il faut tirer de ces lectures est que l'hostilité manifestée au Front National par une partie de la droite aux affaires n'est nullement garante d'un crédit politique que certains pourraient en conséquence lui accorder . Il est clair, à nos yeux, que cette hostilité au FN n'a pas pour motif la compréhension de l'immigration, mais le rejet de tout ce qui conteste la mondialisation libérale et le support qu'en est l'U.E.
- 4 - Quant aux conclusions que chacun peut en tirer pour des stratégies 2012, il faut attendre. La seule chose certaine c'est que, compte tenu du succès des thèses anti mondialisation - ce sont elles qui portent le FN dans toutes nos régions de tensions pour l'emploi et/ou de désespérances sociales - , il ne suffira pas d'un "front républicain" équivoque pour contrer l'extrême droite. Il faut un programme qui incorpore des propositions sérieuses, raisonnables et crédibles pour maîtriser les effets - et au premier chef les effets commerciaux sur l'emploi - de la globalisation. Et que ce programme ne soit pas fait de subtilités, mais de lignes directrices intelligibles à tous. Une part des droites - et certainement d'ailleurs des électorats du Fn - pourrait d'ailleurs s'y rallier . Telle est la bonne union nationale, et non celle qui - au seul nom de contrer le FN - réunirait des libéraux de tous poils, les socio libéraux, les écologistes et des républicains d'appoint . Celle là n'est qu'une ligne de repli qui ne serait d'ailleurs acceptable que si , pour donner des chances d'audience à tous, elle était assortie d'un engagement d'aller au scrutin législatif proportionnel ( cf. l'article précédent).
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